"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 11 février 2018

LES ELEMENTS SAUVAGES DU LUMPENPROLETARIAT



le parti est dans la valise (voir plus bas)
Mes journées de 1830 par le royaliste Edmond Marc

Voici un chapitre du journal inédit d'un brillant mémorialiste méconnu, et quelle belle écriture ! Passionnant, plein d'humour et qui nous révèle les exactions des deux camps – royaliste et bourgeois mais aussi du lumpen ouvrier récemment issu de la plouquerie (*) - les secrets de la tactique des barricades ; seulement publié en 1930. On aimerait bien trouver un tel journal de la Commune de 1871, où ses idolâtres intellos académistes bordiguiens puissent se guérir des clichés de plusieurs de ses historiens histrions et des fabulations de Marx. Et je ne publie pas ce texte pour abonder en faveur du marais des idiots inutiles de la mouvance bobo du « comité invisible » qui arnaque en ce moment une partie de la jeunesse bourgeoise et estudantine et dont les éditions de merde (La Fabrique) trustent les rayons des supermarchés Gibert et autres FNAC. La barricade c'est fini depuis 1968 et si la révolution future – d'un prolétariat reformaté - devait se dérouler sur le simple plan de la lutte armée elle serait déjà mort-née.

(*) Dinosaures anars comme bobos triomphants de NDDL portent aux nues les paysans lesquels sont toujours réacs et ont fourni les troupes de répression de toutes les révolutions du 19 e siècle. L'Etat de Macron s'est ridiculisé près de Nantes et les journalistes fouilles-merde en rajoutent tous les jours sur les prétendus écarts sexuels de tout le personnel politique, et pendant ce temps tout va bien pour le chômage perpétuel, l'exclusion et l'exploitation des hommes par les femmes, ou l'inverse... Le XXI e siècle sera-t-il le siècle des rigolos écolos mégalos?



Assemblée de féministes trotskiennes devant le CC du NPA


Mercredi 28 juillet 1830

Je sortis sur les 7 heures du matin et allai d'abord sur la place du Palais-Royal. Elle était occupée par un fort détachement d'infanterie de la garde et couverte de populace. On passait et repassait devant les soldats sur la figure desquels les fatigues de la veille et de la nuit n'avaient point altéré l'empreinte d'un courage à toute épreuve, et qui paraissaient supporter avec impatience cette curiosité injurieuse accompagnée de loin de sourires insulteurs, de propos grossiers ou de sifflets. Les murs des maisons environnantes portaient les traces des décharges de la veille et la place des réverbères n'était plus indiquée que par de longs bouts ce corde rompus qui pendaient ça et là au milieu de la rue.
Leur destruction était un des moyens de désordre et de confusion recommandés par les chefs de la conspiration.
Je montai jusqu'au perron par la Galerie de Foy et pris là un cabriolet ; je redescendis la rue Montpensier et lorsque j'entrai dans la rue Richelieu, le long du Théâtre-Français, je vis un grand rassemblement de populace contre la boutique dévastée de Le Page ; de grands applaudissements se firent aussitôt entendre et en suivant tous les regards dirigés sur la porte de ce pauvre Evrard, tailleur du Roi, j'aperçus au haut d'une forte échelle dressée contre sa maison, un serrurier avec sa trousse, et les bras nus, détachant à grand coups de marteau l'enseigne qui portait l'écusson de France. La chute de cet emblème de la royauté fut accompagnée de battements de mains, de cris furieux et de sifflets par la horde hideuse qui entourait le pied de l'échelle.
Le serrurier ayant terminé sa besogne redescendit tranquillement ; on enleva l'échelle qu'on alla appliquer successivement entre toutes les maisons qui portaient l'écusson du Roi ou d'un prince, afin de le détacher de même.
En descendant la rue, le cheval de mon cabriolet passa sur les débris de l'écusson d'Orléans, arraché de l'enseigne du pâtissier de ce prince, tandis qu'un enfant qui en tenait la moitié, crachait dessus et le souillait de boue qu'il prenait dans le ruisseau. Son Altesse elle-même ne s'en fût pas mieux acquittée.
« Ce n'est rien que cela, me dit mon cocher d'un air mystérieux ; ce n'est là que le commencement de la danse ; vous allez voir autre chose tantôt. Je ne répondis rien, trop préoccupé que j'étais déjà de ce dont j'étais témoin.
Les rues étaient pleines de colporteurs qui vendaient ouvertement des numéros de tous les journaux qui ne s'étaient pas soumis aux Ordonnances et prêchaient la révolte. Déjà donc le Roi n'était plus roi dans Paris.
Je remontai dans le faubourg Saint-Germain. J'allai voir plusieurs personnes de ma connaissance dont quelques-unes ne partageaient pas mes opinions. Je trouvai surtout l'une d'elles, une dame, dans un état d'irritation, véritablement effrayant.
J'eus à peine le temps de lui adresser quelques mots en entrant et je n'étais pas encore assis qu'elle préludait par des exclamations furibondes, à une récapitulation passionnée de tous les crimes, de tous les attentats consacrés par les Ordonnances, dont elle ne parlait qu'en gesticulant comme une pythonisse sur le trépied. Etouffé par mille réponses que je ne pouvais trouver le moyen de placer au milieu du flux de son indignation, sentant d'ailleurs que chaque trait me faisait de plus en plus perdre mon sang-froid dont j'avais tant besoin, pour ne pas manquer à mon interlocutrice, je me précipitai bientôt hors du salon et me rejetai, indigné, dans mon cabriolet.
J'ai retrouvé la même dame imperturbable apologiste de l'état de siège, des mitraillades du cloître Saint-Merry1, des innombrables persécutions de la presse, des violations de la Charte, des violations de domicile, de propriété, de liberté individuelle, des guet-apens de la police, des conseils de guerre, etc., etc..., de toutes les infamies auxquelles le juste milieu nous a presque habitués depuis trois ans. Je ne doute même pas que la boucherie de Lyon2 ne lui ait paru un trait d'héroïsme et la plus belle gloire du roi des barricades.
Le faubourg était tranquille, mais pourtant je ne sais quelle panique fît en un instant fermer les boutiques et détacher ou barbouiller les écussons fleurdelysés qui paraient toutes celles des marchands brevetés. Après un tel exemple il était bien difficile à un roi boutiquier de n'en pas faire autant3.
Je revins à pied au Palais Royal et remontai la rue de Richelieu jusqu'à la Bibliothèque du Roi. Je remarquai que plusieurs journaux non autorisés étaient affichés contre les murs et je lus un petit placard à la main qui portait :
« Citoyens ! La liberté est en péril ! Aux armes ! La brave garde nationale se rassemble de tous côtés sous les ordres de l'immortel La Fayette. Courons grossir ses rangs. C'est le traître Raguse4 qui commande les assassins du peuple. »
Il était au plus 9 heures. De place en place, il y avait dans la rue des groupes de 15 à 20 hommes du peuple ; je m'approchai de l'un d'eux et je vis au milieu plusieurs énergumènes qui chargeaient ouvertement des pistolets et qui criaient à ceux qui les aidaient : « Eh toi, une balle ici ! Passe la poudre ! ». L'un d'eux dit, en montrant la balle qu'il allait mettre dans son arme : « En voilà une qui sera dure de digestion ». Et tous partirent d'un éclat de rire.
Comme je passais sous l'arcade Colbert5, je ne pus voir, sans un pressentiment pénible, les cinq soldats suisses, tout brillants de jeunesse et de vigueur, qui composaient le poste préposé à la garde de la Bibliothèque de ce côté. Je pensais aussitôt au 10 août6. Je me sentis transporté devant ce noble lion de Lucerne expirant sur l'écusson de France que sa griffe puissante étreint encore ; devant cette foule de noms généreux livrés à l'admiration et au respect de la postérité ; et je ne pus me défendre d'une profonde impression de tristesse en songeant que les noms inconnus de ces cinq braves grossiraient peut-être bientôt la liste glorieuse des martyrs de la fidélité.
Il y avait précisément peu de temps qu'ayant entre les mains des détails très circonstanciés sur cette fameuse journée, j'y avais vu que l'huissier qui était de service chez Louis XVI lors de l'envahissement des Tuileries, ayant refusé d'ouvrir aux sans-culottes, fut massacré contre la porte du Roi et qu'une femme du peuple, pour faire honte à un homme à qui la vue du cadavre paraissait faire impression, avait percé de son couteau la poitrine du malheureux officier et avait bu le sang qu'elle avait reçu dans sa main.
J'entrai dans les premières maisons à gauche, rue de Vivienne, qui est l'hôtel Boston, où était descendu Radcliffe. Quand je l'eus embrassé, les premières paroles que je lui adressai furent celles-ci : « Je n'ai pas vu vos chevaux. » En effet, il n'y avait pas d'attelage avancé dans la cour de l'hôtel.
Il ne pouvait partir qu'à 4 heures. En attendant, il me fit faire la connaissance d'un jeune Anglais extrêmement distingué, lors Hill, avec lequel il voyageait.
La veille au soir, se promenant sur la place de la Bourse autour d'un bivouac de la Garde, la foule qui l'entourait avait fait une poussée sur une sentinelle qui l'avait refoulée à coups de crosse en criant : « Arrière, canaille ! » Comme il se trouvait près du soldat, Radcliffe eut la sottise de prendre pour lui cette apostrophe et de riposter en mauvais français. En conséquence, la sentinelle l'avait pris au collet et conduit à son officier. Celui-ci reconnaissant bientôt en ce jeune homme bien vêtu un flâneur anglais, lui dit, en le mettant en liberté : « Ce n'est oint ici, monsieur, la place d'un curieux. Par le pied de guerre sur lequel nous sommes, vous pouvez fort bien recevoir un coup de baïonnette dans le ventre pendant que vous prenez la peine de vous promener ici. Retournez chez vous croyez-moi, et restez-y tranquille. » Mon John Bull, vexé, ne se l'était pas fait répéter.
Il n'y avait pas encore de bruit dans la rue Vivienne ; seulement les boutiques étaient fermées et on s'occupait à noircir ou à effacer tous les emblèmes de la royauté et jusqu'au nom du Roi ou des princes sur les enseignes, tant ces braves boutiquiers avaient peur. Il est vrai que plus tard nous les revîmes à leurs fenêtres hurlant d'un air d'enthousiasme avec les loups de la rue et les excitant de là à des entreprises dont ils se gardaient bien de partager les dangers. Ce qui leur a valu du Constitutionnel, ce brevet de « héros » qui était alors presque aussi bon marché que celui de la Légion d'honneur.
Nous allions sortir lorsque des cris éloignés nous rappelèrent à la fenêtre. C'était une troupe d'une centaine d'ouvriers qui arrivait sur la place de la Bourse ; ils y firent une halte, après quoi ils entrèrent dans la rue Vivienne. Ils passèrent sous notre fenêtre.
En tête était un homme que son pantalon et sa blouse, que sa casquette bleue souillée de plâtre, faisait reconnaître pour un maçon ; il avait dans une main un sabre de cavalerie et dans l'autre un pistolet d'arçon armé. Il marchait avec une arrogance affectée et était sans cesse en se retournant vers les autres et brandissant ses armes : « Vive la république ! A bas Charles X ! Vengeance ! »
Derrière lui marchait un grand homme sans habit et les bras nus qui, d'une main, portait un long bâton au bout duquel étaient attachés trois rubans, trois loques de laine rouge, blanc et bleu, il avait à l'autre main un grand sabre nu.
A la suite de ces deux individus s'avançait une troupe de gens la plupart déguenillés7, tous armés plus ou moins ridiculement, les uns de haches, de baïonnettes fixées au bout de bâtons, de piques, de sabres et d'épées de toutes dimensions, de fusils de munition ou d'armes de chasse, de pistolets , quelques-uns de simples pieux. Il y en avait qui n'étaient point mal vêtus et qui menaient évidemment les autres.
Au milieu du groupe était porté un trophée digne de cette horrible procession.
C'était le cadavre sanglant d'un portier (disait-on) qui avait été tué sur la place de la Bourse, la veille, par la Garde. - Trois bâtons dont chaque extrémité était supportée par un homme, soutenait son cou, ses reins et ses jarrets. Ce corps, fort grand, était déjà raidi et avait un aspect horrible ; le visage défiguré par un coup de feu et souillé de boue, était hideux ; on avait coupé avec soin toute la partie du vêtement qui couvrait sa poitrine afin que l'on pût voir les traces et les trous des quatre balles qui l'avaient frappé en même temps dans cette partie.
A peine le maçon qui était à la tête fut-il arrivé à la hauteur de la rue Colbert, et eût-il porté les yeux de ce côté qu'il se retourna vers sa troupe avec une expression de joie féroce en criant de toute sa force : « Halte Halte ! Voici des habits rouges ! ». Mille cris de « Morts aux Suisses ! » lui répondirent, et l'on se précipita à l'entrée de la rue Colbert. C'est alors que peu à peu et avec toutes les précautions exigées par la prudence, s'ouvrirent les fenêtres aux environs, et qu'on entendit quelques « héros » de boutique risquer le cri de « Mort aux Suisses ! ».
Le corps de garde était à peu près à cinquante pas dans la rue. On commença par leur adresser des huées et des injures. Les passants s'arrêtaient. Il y avait bientôt beaucoup de curieux qui s'installaient comme à un spectacle ordinaire. La plupart animaient même les ouvriers en leur criant : « Allons donc, sautez dessus ! Les poltrons ! Ils ont peur de cinq habits rouges ! » Mais eux restaient soigneusement derrière.
Les malheureux Suisses faisaient la meilleure contenance possible. Mais que pouvaient cinq hommes contre cent ?
J'éprouvais en vérité une angoisse horrible. Je regardais de tous côtés s'il ne viendrait pas à leur secours quelque troupe qui les arrachât aux mains de leurs impitoyables ennemis. - Mais rien ! - Mes pressentiments allaient donc déjà se réaliser !
On se rangea en demi-cercle autour du poste, on dressa le cadavre en face contre la muraille, un orateur le montra aux Suisses comme leur victime, et leur adressa quelques phrases qui étaient de grossiers reproches pour eux en même temps pour la populace un appel furieux à la vengeance. - Le demi-cercle se resserrait toujours presque insensiblement.
On criait toujours de la rue Vivienne : « Allons-donc, finissez-en ! Tombez dessus ! » - Au moins, me disais-je, désespéré de les voir ainsi dévoués à une mort certaine, au moins vendront-ils chèrement leur vie. - Mais, esclaves d'une consigne absurde, ils ne voulurent pas faire emploi de leurs armes avant d'avoir été attaqués et, malheureusement pas une pierre, pas un coup ne vint légitimer à leurs yeux l'usage de leurs moyens de défense. Sans leur rien faire, on s'approcha d'eux peu à peu et quand on fut assez près on les assaillit, aux applaudissements et battements de mains de cette troupe de lâches aboyeurs qui se tenaient à 'écart. On leur arracha leurs fusils, qu'on déchargea sur eux, un seul échappa, nous dit-on8. Au moins un jeune homme, devant lequel nous en parlions plus tard, dans le café du Carrousel, nous a-t-il affirmé qu'il avait été recueilli dans une maison d'où ils sortait.
Sur les quatre autres, on disait que deux avaient fait quelques pas avant de tomber, que les autres étaient tombés sur la place même. On se jeta sur leurs cadavres qu'on dépouilla, on se distribua les gibernes, les sabres, les fusils, on mit en pièces les uniformes, on en accrocha les lambeaux aux cordes des réverbères et on traîna dans le ruisseau leurs épaulettes blanches et leurs schakos9.
Pendant ce temps-là, d'autres brisaient tout dans le corps de garde et jetaient le poêle par la fenêtre. On revint dans la rue Vivienne, on rechargea sous nos fenêtres les fusils qu'on venait de prendre et on s'en retourna sur la place de la Bourse, en laissant le cadavre qu'on avait apporté, dressé contre un mur, tandis que ceux des malheureux Suisses restaient étendus, presque nus, sur le pavé ensanglanté. Nous entendîmes encore les héros de cette expédition sur la place de la Bourse, tirer stupidement des coups de fusil dans la façade du théâtre des Nouveautés. Ils disparurent enfin.

Ces scènes affreuses nous avaient causé une telle horreur, que nous étions tous comme pétrifiés, lorsque nous rentrâmes dans la chambre.
Nous sortîmes pourtant, lord Hill, Radcliffe et moi, pour aller déjeuner, ou plutôt pour marcher, car l'esprit ne peut être aussi fortement remué, sans communiquer au corps une irrésistible agitation. - Nous descendîmes par la rue Sainte-Anne au Carrousel, où se trouvait réunie une force armée bien plus considérable que la veille. Nous entrâmes au café de l'hôtel de Nantes, sur la place, j'essayai de manger et je m'aperçus que l'odeur même de la viande me dégoûtait, j'avais l'estomac serré et oppressé comme sous le poids d'une montagne. Nous vidâmes force bouteilles de bière, car, quoiqu'il fût à peine 10 heures, la chaleur commençait à devenir insupportable.
Comme j'étais presque toujours sur la porte, je vis arriver, par le guichet du Pont-Royal, un détachement de lanciers de la garde ; un de ces hommes était soutenu par ses voisins sur son cheval ; il avait reçu une balle qui lui avait crevé une partie de la joue et de l'oreille. Le maréchal l'envoya avec un chirurgien à l'ambulance.
Les officiers vinrent descendre de cheval à la porte du café ; ils étaient furieux ; l'un d'eux que je ne connaissais pas me dit qu'ils venaient de faire huit ou dix charges sur la place de Grève et aux environs, où l'affaire était très sérieuse, mais qu'il était impossible de se battre de manière plus ingrate. - « Quand nous piquons sur un rassemblement, disait-il, ils courent autant qu'ils ont de jambes. Toutes les portes s'ouvrent ; en un instant, il n'y a plus personne ; il n'y a pas un coup de lance à donner. Cependant, les coups de fusil, les briques, les pavés tombent comme la grêle de toutes les fenêtres sans qu'on puisse même voir ceux qui les jettent ; et nous ne sommes pas plutôt passés que les portes se rouvrent et vomissent tous ces misérables qui nous envoient des coups de feu dans le dos. »
Il y avait devant la porte du café une douzaine de beaux chevaux tenus par d'élégants domestiques. C'étaient ceux des officiers de lanciers et d'artillerie de la garde qui étaient là réunis, et parmis lesquels était le colonel de la première de ces armes, le brave de Chabannes la Palisse, vieux soldat de Napoléon, qui plus tard eut le pied fracassé d'un coup de feu au pont de Sèvres10, et son lieutenant-colonel, le duc d'Estignac11. La place avait un aspect superbe. Nous en pûmes mieux juger quand nous fûmes remontés à une fenêtre chez M. de la Bouillerie, auquel je présentais mes Anglais.
Un régiment d'infanterie de la garde était posté au pied de la galerie du Musée et en retour d'équerre en avant de la grille. L'espace entre l'arc de triomphe12 et le guichet de la rue de l'Echelle était occupé par le beau régiment des lanciers de la garde et quelques détachements de gendarmerie d'élite ; devant la porte de la cour étaient quatre pièces de canon de la garde ; bientôt arriva un régiment suisse13.
Je crois que c'est vers midi que la ville fut déclarée en état de siège. On entendait à chaque instant des décharges de mousqueterie sur plusieurs points, car les troupes étaient déjà engagées et plus de mille barricades existaient déjà. Il y en eût en tout plus de 4.000.
A une heure environ, il se fit un grand mouvement sur la place ; deux pièces de canon suivies d'environ 300 hommes d'infanterie et d'un petit corps de cavalerie sortirent de la place par le guichet du Pont-Royal ; elles allaient à la Grève ; les deux autres pièces, également escortées, partirent en même temps et traversèrent la place au trot, se dirigeant sur la rue de l'Echelle. Vingt minutes après, une canonnade non interrompue se fit entendre sur les deux points. Deux autres pièces arrivèrent presque aussitôt et furent braquées sur le Louvre à l'entrée de la large rue qui y mène, du Carrousel.
J'étais de service à 3 heures à Saint-Cloud. Je devais partir de la rue Duphot, parce qu'on ne pouvait plus circuler en voiture sur la place du Carrousel. J'y allais avec Radcliffe par les rues de Rivoli, de Castiglione et Saint-Honoré. Elles étaient toutes assez tranquilles. Quelle fut ma surprise en tournant de la première de ces rues dans la seconde, de me trouver nez à nez avec M. le ministre de la marine, le baron d'Haussez. Il avait un frac bleu et un ruban à la boutonnière ; il paraissait se rendre aux Tuileries14.

Dans la rue de Rivoli, qui était presque déserte, nous vîmes un homme, en uniforme de garde national qui accourait et qui fut arrêté au guichet de la rue de l'Echelle, la garde nationale étant dissoute15.
Toutes boutiques étaient fermées. En arrivant à la rue Duphot, nous aperçûmes du mouvement vers la rue Royale et nous y entendîmes bientôt une fusillade après quoi nous vîmes des soldats prendre position sur ce point. Tout le monde était aux fenêtres ou sur les portes et la rue était très libre.
Le bon Radcliffe ne pût s'empêcher de m'exprimer à plusieurs reprises son regret de la nécessité qui me forçait d'aller à Saint-Cloud, tout en venant chez moi. Quand mon service ne m'y eût pas appelé j'y serais encore allé très certainement, à plus forte raison quand il s'agissait de remplir un devoir rigoureux. Je prévoyais bien aussi qu'il pourrait y avoir quelque danger, mais eussé-je été digne de servir le Roi, si cette pensée, loin de m'ébranler, n'avait été pour moi un attrait tout-puissant ! Il est certain que j'eusse pu trouver dans la difficulté extrême qu'éprouvaient déjà les voitures et les piétons à circuler et à sortir de Paris, la facile justification d'une lâcheté que je ne me serais jamais pardonnée. Mais ma conscience ne me reprocha point d'avoir un instant songé à un aussi indigne expédient pas plus qu'à aucun autre.
Au lieu de prendre par la rue Saint-Florentin, le cocher ayant voulu aller par la rue Royale, fut arrêté à l'entrée par une sentinelle qui lui ordonna de retourner sur ses pas. Le peuple hua la sentinelle et on criait tout autour de la voiture du cocher : « Ne l'écoute pas, poltron ! Avance donc ! Passe-lui sur le ventre ! ». Le cocher voulait parlementer, mais je lui ordonnais si haut de retourner, qu'il le fît ; et le peupel le siffla.
En traversant la place Louis XVI, je remarquai à l'entrée de la rue Royale deux pièces de canon en batterie sur la Madeleine et soutenues, comme les autres, d'infanterie et de cavalerie de la garde. Deux escadrons d'un régiment de grenadiers à cheval débouchèrent en ce moment des Camps-Elysées et entraient par le quai sous la terrasse. Il arrivait.
Saint-Cloud était tranquille, mais le château commençait à prendre un aspect triste et agité. J'assistai au dîner qui fut silencieux et court. On entendait distinctement des décharges d'artillerie et de mousqueterie. Il était aisé de voir que chacune portait un coup sensible au cœur de Sa Majesté et de sa famille, qui se réduisait à Monsieur le Dauphin16 et à Madame17 ; Madame la Dauphine étant aux eaux. Cependant la physionomie des augustes personnages était calme et résignée. Le repas fut plusieurs fois interrompu par des aides de camp ; et le Roi ayant reçu un message entre les deux services se leva aussitôt et passa dans son cabinet où L.L. AA. RR. Obtinrent la permission de les suivre. - On se remit à table, vingt minutes après.
La soirée fut agitée. La canonnade ne cessait plus ; plus elle se prolongeait, plus il était à craindre que l'issue ne devint funeste car elle était la preuve d'une résistance opiniâtre. Quand on emploie les moyens extrêmes contre une révolte, il faut qu'ils soient dès le principe si formidables, si irrésistibles, si décisifs qu'ils ôtent de suite aux rebelles l'idée même de la résistance et c'est en ce sens qu'il est vrai de dire que faire une démonstration de prime abord très énergique, c'est épargner du sang en terminant plus promptement la lutte.
Un combat de six heures était donc déjà un présage menaçant. M. le Dauphin entrait à chaque instant chez le Roi. Il arrivait de temps en temps de Paris des aides de camp dont on ne pouvait rien tirer, mais dont la physionomie et la contenance fournissaient le texte d'une foule de récits plus effrayants les uns que les autres. Ce n'étaient d'abord que des bruits, des vraisemblances, des on dit ; ils circulaient en un clin d'oeil dans tout le château comme nouvelles officielles et y répandaient la consternation. Tant il est vrai que dans des circonstances décisives l'incertitude est insupportable, et qu'en comparaison la plus mauvaise nouvelle, avec une apparence de réalité, est encore accueillie comme un soulagement. Il était devenu impossible de rien faire parvenir à Paris et d'en rien recevoir. - On sait ce qui s'y passait alors. - Les gardes du corps à pied du Roi arrivèrent le soir18. - On leur prépara un bivouac sur la terrasse au-dessous du Trocadéro19.
Je montai, après mon service (vers 8 heures du soir) chez Mme Le Gros (femme du valet de chambre du Roi) où je trouvais entre autres le bon docteur Distel, chirurgien de S.M.20 Un était dans une grande anxiété. Des fenêtres la vue plongeait par delà la cour du château sur ces magnifiques voûtes de verdure sur lesquelles elle semblait reposer ; sur les charmants coteaux de Sèvres, le bois de Boulogne et le vaste bassin qui lui sert d'encadrement. A l'horizon enfin, sur Paris dont on distinguait encore parfaitement les dômes, les clochers, les monuments, à travers un long réseau de vapeurs vivement coloré par les derniers rayons du soleil. A l'aide d'un excellent télescope, Mme Le Gros me fît remarquer qu'une fumée rougeâtre s'élevait entre les tours de Notre-Dame et celles de Saint-Sulpice, et aussi du côté de Montmartre. C'était bien la direction des boulevards et de la place de la Grève où le feu était si vif et si opiniâtre.
Je restai longtemps les yeux fixés sur cette ville sans pouvoir les en détacher. Le plus beau soir terminait la plus belle journée d'été ; le ciel était d'une pureté admirable, une fraîcheur embaumée tempérait la chaleur excessive dont le soleil avait embrassé l'air. Un silence, un calme délicieux régnaient sur toute cette belle nature qui m'entourait, et pourtant une inquiétude secrète, des pressentiments de plus en plus sinistres s'étaient tellement emparés de tout mon esprit, qu'il était devenu insensible à ces jouissances. Mes yeux ne pouvaient s'arracher de cette ligne sombre qui terminait l'horizon et d'où sortaient sans cesse ces terribles détonations qui avaient déjà duré neuf heures. Ce contraste d'un calme profond et d'une agitation épouvantable me serrait le cœur.
Je devinai cette confusion d'une ville immense livrée à la guerre civile, l'acharnement des deux partis. Je me représentais Paris devenu le théâtre de toutes les horreurs de la première Révolution. J voyais les maisons s'écrouler, des files de citoyens enlevées par les boulets et les rues jonchées de cadavres. J'entendais les cris du désespoir ou de la rage. Je pensais que deux ennemis à jamais irréconciliables, le jacobinisme et la monarchie, vivaient dans cette enceinte leur vieille querelle et que chacun sentant qu'il s'agissait pour lui de la vie ou de la mort, apportait dans la lutte toutes les ressources qu'une haine implacable et le désir d'une victoire décisive pouvaient lui suggérer.
Et c'était ce tragique dénouement que préparaient sciemment à leur longue et dégoûtante parade de quinze ans21, un prince de sang parjure, des députés, des pairs pour la plupart pétrifiés de frayeur et qui devaient plus tard se proclamer les sauveurs de la patrie. Et tant d'autres traîtres au pays, à la Constitution et au Roi, troupes d'histrions éhontés qui depuis ont eu le courage de faire pompe (sic) de leurs masques et de leurs travestissements, ramas d'ambitieux frénétiques, déguisant sous les dehors du plus pur désintéressement une soif d'argent, de dignités, de distinctions, d'honneurs22.
Ou en était le combat ? Qui l'emportait ? La nuit allait-elle suspendre ces scènes de carnage, ou bien ses ombres devaient-elles en favoriser de plus affreuses encore ? Que devenaient mes parents, mes amis au milieu de ce chaos ?...
Il faut songer que nous n'avions alors qu'un terme de comparaison, notre première révolution de sang-froid dont les enjeux, du côté de certains coryphées, ne passaient pas la valeur d'une paire d'escarpins ou d'une course de cabriolet ; d'une révolution arrangée d'avance comme une pièce de théâtre par des acteurs consommés et finissant à point nommé comme quand le rideau tombe. Nous n'avions l'idée que du drame et non de la parodie23.
Telles étaient donc les tristes idées qui m'occupaient l'esprit. J'allai me jeter sur mon lit, mais la chaleur, plus encore l'inquiétude et l'agitation, ne me permirent de fermer l'oeil ni de rester couché. Je sortis vers minuit. Toujours ce sont des détonations. J'allai chez un de mes camarades. Il chargeait à balles des pistolets et un fusil de chasse, « afin, me dit-il, puisque nous allons être attaqués, qu'il fût au moins en état de vendre sa vie le plus cher possible ». Je le priai de s'expliquer. « Vous ne savez donc pas, ajouta-t-il, que nous sommes traqués ici comme des bêtes fauves, que Sèvres, Boulogne, Auteuil, Rueil, Nanterre, Saint-Germain sont en feu et rugissent autour de Saint-Cloud, n'attendant qu'un signal pour fondre sur le château ? Que Saint-Cloud lui-même n'est tranquille que parce qu'il est maîtrisé par la présence de notre faible garde? Qu'on assure, enfin, qu'une très forte colonne est déjà en marche pour venir nous surprendre. Vous savez dans ce cas à quoi nous devons nous attendre. Rappelez-vous le 10 août d'autrefois. Il ne faut pas nous faire d'illusion. Nous en aurons ici la répétition. Me comprenez-vous maintenant ?

Il n'y avait rien à répondre. Je me remis entre les mains de la Providence et descendis. Je gagnai, avec bien de la peine, à cause de la sévérité des sentinelles, le bivouac des gardes du corps à pied. J'allai partager la botte de paille de mon ami Hamel de la Berquerie, officier dans ce beau corps24
On s'attendait tellement à une attaque que les hommes étaient couchés tout équipés et qu'on les avait avertis qu'ils devaient être prêts au premier signal. Dans toutes les directions, à toutes les distances, on entendait les cris des sentinelles répondant aux nombreuses patrouilles dirigées sur tous les abords du château, ou ceux qu'elles échangent entre elles la nuit pour se tenir éveillées. Ces cris lointains se croisant dans le silence de la nuit avaient quelque chose de mystérieux et de solennel qui faisait une grande impression.
Nous étions tout à fait sous le régime d'une place assiégée. Ces précautions s'expliquent doublement par la présence de la famille royale et par la position la plus difficile qu'on puisse imaginer pour une défense possible sur tous les autres points que du côté de la Seine. Le château est tellement enveloppé de bois sur trois de ses faces au moins, qu'il n'y a qu'une allée à traverser pour y entrer, des appartements du Roi particulièrement.
Je restai là assez longtemps. Le canon cessa de 1 heure à 3 heures du matin. Après quoi, il recommença comme la veille accompagné du bourdonnement sourd et lugubre de la grosse cloche de la cathédrale sur laquelle on sonnait le tocsin.
Le mercredi s'était passé à Paris en combats partiels, mais très vifs et très acharnés. Le peuple s'était emparé des vivres de la guerre en sorte que les troupes ne pouvaient plus recevoir ni pain ni aucune espèce d'aliments. Les soldats pouvaient à peine, à prix d'argent, se procurer un verre d'eau pour étancher la soif qui les dévorait25.
Je ne puis résister au plaisir de donner sur la prise des magasins de vivre de la guerre, des détails que je tiens de première source.
Ma mère habitait rue du Cherche-Midi26, une maison contiguë à cet établissement. Le rez-de-chaussée de cette maison était occupé par une belle boutique d'épicerie tenue par un jeune homme, veuf, fort tranquille, et sa sœur. Je ne sais pour quelle raison le général Boinot, qui commandait les vivres, lui avait depuis quelque temps ôté sa pratique. L'épicier lui en conservait rancune.
La révolution lui mit en tête de s'en venger ; et, saisissant l'occasion d'un petit rassemblement inoffensif qui s'était formé devant le bâtiment des vivres, il s'arma d'une hache et alla enfoncer la porte aux applaudissements de tous les voisins qui estimaient le général et connaissaient d'ailleurs le fond de l'héroïsme de l'assaillant. Cependant, les quelques pauvres vétérans qui formaient la garde ordinaire des vivres ne songèrent même pas à résister à l'envahissement et à l'occupation de l'établissement. La porte une fois tombée sous les coups de hache de l'épicier, celui-ci avait atteint son but, en faisant passer la femme et la fille du commandant par quelques moments de la plus cruelle anxiété.
Revenu chez lui, M. Durand27 ne savait plus à qui entendre ni à qui répondre. Sa sœur et quelques braves femmes, bien alanguies du quartier, s'étaient établies, en l'attendant, dans la cour et sous la porte. Dès qu'il y posa pied, elles firent fondre sur lui un tel déluge de reproches, qu'après avoir essayé de continuer quelques moments avec elles sur le ton de bravache qu'il avait pris dans la rue, l'héroïque champion de la liberté alla se cacher tout confus dans son arrière-boutique. Le bruit de son exploit ayant bientôt couru les environs, une partie de ses pratiques le quitta et celles qui savaient, comme nous, que ce n'était de sa part qu'un méchant coup de tête, dont il ne tarda pas à éprouver le plus grand regret, se contentèrent de le tancer. Jusqu'ici, il n'a encore ni la croix de juillet ni même la croix d'honneur. Mais, patience !
Les ministres, dans la journée, s'étaient établis aux Tuileries où ils passèrent la nuit et d'où ils communiquaient avec le maréchal. C'est alors que le ministre des finances délivra, après délibération du Conseil, 400.000 francs, accordés par le Roi aux troupes pour qu'elles puissent se procurer elles-mêmes les subsistances nécessaires, qu'on n'était plus dans la possibilité de leur distribuer. Cet ordre de M. le comte de Montbel n'ayant pu être ordonnancé par l'agent chargé de cela au ministère de la guerre, faute de communication avec ce ministère, demeura imparfait et valut au ministre un procès dont le résultat fut la répétition sur ses propres biens de cette somme entière28.
La garnison engagée partiellement dans les rues, par une tactique dont on trouvait les détails imprimés sur presque tous ceux qu'on arrêtait, et dont le général en chef n'eût pas dû être dupe, avait éprouvé des pertes énormes. On commençait à s'apercevoir que grâce à cette tactique, le combat lui était toujours désavantageux et très meurtrier. On attirait une compagnie ou un détachement dans une rue au bout de laquelle était une barricade ; dès qu'il y était engagé on dressait une autre barricade derrière lui ; les portes s'ouvraient pour recueillir ceux qui l'avaient ainsi attiré par une apparence de résistance et une feinte retraite ; alors commençait contre lui un feu horrible des deux extrémités de la rue, de toutes les fenêtres, d'où pleuvaient, en outre, des meubles et des pavés ; des toits et jusque des soupiraux des caves.
Les ministres parlèrent au maréchal de faire employer la mitraille parce qu'on rapportait que les insurgés faisaient assez bonne contenance devant le canon, qui n'avait encore tiré qu'à boulet et dont même, m'a-t-on assuré, bien des coups avaient été tirés à blanc29. Le maréchal répondit que le boulet faisait beaucoup d'effet, parce qu'il pénétrait davantage ; il semble pourtant que la mitraille atteignant sur une plus grande surface doive avoir un résultat plus efficace dans la circonstance en jetant le désordre et l'effroi dans les premiers rangs, les seuls qui agissent directement, et ordinairement aussi ceux où se placent les chefs et les plus furieux.
Une autre fois, en présence de M. de Sémonville30 et consorts (voir la déposition du grand référendaire auprès des ministres) un officier d'artillerie, entrant pour lui demander à la hâte la permission d'employer la mitraille dans la rue Saint-Nicaise où le peuple, devenu de plus en plus audacieux, menaçait de s'emparer des pièces, M. le duc de Raguse, à cette seule proposition, s'emporta et témoigna hautement son indignation de ce qu'on vint lui parler d'employer contre le peuple déjà si maltraité, des moyens encore plus meurtriers que ceux dont on avait usé jusque là. Il refusa donc cette permission.

C'est toujours sans doute d'après ces principes philanthropiques, si peu d'ailleurs d'accord avec le langage qu'il tenait auparavant aux ministres, que le maréchal, qui avait à sa disposition à Vincennes (c'est à dire à une demi-poste de Paris), une trentaine de pièces de canon de l'artillerie de la garde avec toutes les munitions imaginables en quantité31, n'employa contre l'insurrection qu'une seule batterie (8 pièces) ; quant aux troupes, il est demeuré démontré que le dépôt de paquets de cartouches prise sur des soldats, qu'il leur en avait été délivré qui ne portaient pas de balles. Dans les commencements de l'engagement, le maréchal avait enjoint de ne faire usage des armes qu'après des provocations matérielles et bien constatées et de tirer qu'après avoir reçu plusieurs coups de fusil. On ne pouvait, certes, pousser plus loin les ménagements pour les rebelles.

On s'aperçut donc beaucoup trop tard que ce genre de combat n'était plus tenable et l'on songea à faire ce que le maréchal Victor avait conseillé dès le principe : à prendre les positions de défensive, en attendant des forces suffisantes pour reprendre l'offensive avec avantage. Le Louvre fut confié aux Suisses qui s'y enfermèrent et se défendirent vaillamment ; mais ils l'évacuèrent bientôt sur un ordre formel et les révoltés, seulement alors s'en emparèrent. La garde se concentra aux Tuileries et dans le Carrousel. Il y avait déjà assez longtemps que plusieurs régiments de la ligne, le 15 e léger entre autres, avaient refusé de prendre part au combat et laissaient les rebelles traverser leurs rangs pour tirer sur la garde. Il n'y avait pas en tout 5.000 hommes de troupes combattantes32 avec huit pièces de canon.
Dans la nuit du mercredi au jeudi, on avait enfin expédié l'ordre à Vincennes d'amener en toute hâte les batteries de la garde et aux troupes des camps de Lunéville et de Saint-Omer33 d'accourir sur Paris – mais il n'était plus temps.


NOTES


1Le 5 juin 1832, à la suite des funérailles du général Lamarque, les républicains élevèrent à leur tour des barricades contre le gouvernement de Juillet ; l'émeute dura deux jours et se termina de la façon la plus sanglante au cloître Saint-Merry. Paris fut mis en état de siège.
2Insurrection du 9 avril 1833 qui dura jusqu'au 12, marquée par des combats meurtriers dans les quartiers populeux de Lyon.
3En 1831, Louis-Philippe remplaça par le coq gaulois ou les tables de la Charte , les armoiries de son blason ; trois fleurs de lys d'or, accompagnées du lambel (blason) de la maison d'Orléans.
4Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, duc de Raguse (1808), maréchal d'Empire (1809) et pair de France (1814), est un militaire français né le 20 juillet 1774 à Châtillon-sur-Seine et mort le 2 mars 1852 à Venise. C'est le commandant en chef de la répression sanglante à Paris, lire sa notice sur Wikipédia qui raconte plus largement que Marc les journées sanglantes : https://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste-Fr%C3%A9d%C3%A9ric-Louis_Viesse_de_Marmont
5Le long des bâtiments nord de la bibliothèque de la rue de Richelieu.
610 août 1792, jour de l'attaque révolutionnaire des Tuileries, que défendirent les régiments suisses que la populace massacra.
7C'étaient des figures telles qu'on n'en rencontre pas dans tout autre temps ; les uns couverts de haillons, les autres à peine habillés – Mais c'étaient les moindres traits de ce hideux et dégoûtant spectacle. Les expressions de ces visages, avec toutes les nuances qu'on peut imaginer de la fureur à la stupidité, de la férocité à la bassesse. ET puis dans quel accès de frénésie nous les trouvions ! Ils étaient ivres de tous les genres d'ivresse, celle du vin était la moindre ; l'odeur de la poudre, la victoire qui n'était pour eux que la réaction de la peur, les cris, le sang, les avaient mis hors d'eux » BARON DE VITROLLES, Mémoires, III, 413.
8En note, au crayon ajouté sur le manuscrit : « Nous ne pouvions voir le lieu même de cette scène, mes fenêtres ne donnant que sur la rue Vivienne et l'entrée de la rue Colbert ».
9Couvre-chef militaire.
10Inexactitude ; c'est le lieutenant-colonel des lanceurs de la garde, le duc d'Eslignac, qui fut blessé au pont de Sèvres, le 29 juillet.
11Charles de Marestang d'Onessan, duc d'Estignac, était né en Espagne (1700) ; il mourut en 1873. Il succéda, en 1827, à son père, à la Chambre des pairs. - IL avait épousé Georgina de Talleyrand-Périgord.
12Le petit arc de triomphe du Carrousel.
13Tous ces détails se trouvent confirmés de leur côté dans ses Mémoires, par le général de Saint-Chamans. Il a laissé un récit très vivant des combats de juillet, auxquels il prit lui-même une part très honorable.
14A 11 heures du matin, les membres du Conseil avaient jugé convenable de s'établir aux Tuileries, pour décider ensemble, sans crainte de voir leurs communications coupées par les insurgés, et de conserver le contact avec le duc de Raguse. Mémoires du baron d'Haussez, II, 255.
15Depuis le 30 avril 1827, après les cris d'irrévérence partis de ses rangs à la revue du Champ de Mars, la veille.
16Le duc d'Angoulême.
17La duchesse de Berry.
18La compagnie des gardes à pied ordinaire du corps du Roi était casernée rue Neuve du Luxembourg ; leur capitaine colonel était le duc de Mortemart ; leur lieutenant colonel le marquis de Rougé.
19Nom donné, après l'expédition française en Espagne de 1823, à la partie du parc de Saint-Cloud réservée aux promenades du duc de Bordeaux et à son jardin botanique.
20Premier chirurgien honoraire ; le premier chirurgien en titre était le baron Dupuytren.
21On connaît l'aveu – si juste – de Laffitte à Béranger, après le triomphe de 1830 : « Quelle canaille, mon cher Béranger, quelle canaille que la plupart de nos amis de la comédie de 15 ans ! ». Sur cette comédie qui a trait aux magouilles du banquier Laffitte, lire ici : https://fr.wikisource.org/wiki/Jacques_Laffitte_-_Sa_vie_et_ses_id%C3%A9es_financi%C3%A8res
22« L'acte agressif en 1830 a été l'Adresse factieuse des 221. Les Ordonnances n'ont été qu'une riposte défensive ». - EMILE OLLIVIER, L'empire libréal, I, 221.
23Laffite disait le 28 juillet : « Nous touchons à un drame dont le dénouement sera la royauté du duc d'Orléans. »
« Les troupes firent des prisonniers dans la journée du 28 juillet. Tous étaient porteurs de cartes ou de sigles de reconnaissance qui semblaient indiquer une organisation préparée depuis longtemps. Ces cartes triangulaires portaient d'un côté une signature, de l'autre une date remontant aux derniers mois de 1829 ou aux premiers mois de 1830, avec les inscriptions : « liberté, égalité, fraternité » - NETIEMENT , Histoire de la Restauration. Etudes politiques du prince de Polignac. Journal de M. de Guernon-Banville. La Garde royale pendant les journées de 1830.
24Avec le rang de lieutenant, il était sergent de deuxième classe.
25« Un assez grand nombre de bourgeois qu'on avait laissé se mêler parmi les soldats, étaient entrés en pourparlers avec eux et leur faisaient même distribuer de l'eau de vie et du vin. Je fis appeler le colonel d'un de ces régiments. Celui-ci me répondit qu'il reconnaissait la justesse de mon observation, mais qu'il ne savait pas comment interdire à des hommes qui, depuis la veille, n'avaient ni mangé ni bu, la faculté de profiter de l'offre de ces bourgeois » - BARON D'HAUSSEZ, Mémoires, II, 256.
2631, rue de Cherche-Midi.
27L'épicier.
28Quoique la délivrance et l'objet de la délivrance de cette somme fussent demeurés incontestables (note d'Edmond Marc).
29Des Anglais de ma connaissance m'ont répété ce que leur avait affirmé un vieil officier de leur nation, sous les fenêtres duquel il fut tiré une assez grande quantité de coups chargés à blanc (Note d'Edmond Marc)
30Le marquis de Semonville (1754-1830), conseiller aux enquêtes, sous Louis XVI, chargé de missions sous la République, conseiller d'Etat, ambassadeur et sénateur sous Napoléon, pair de France sous Louis XVIII, créé grand référendaire à la Chambre des pairs, il tint, pendant les journées de juillet, la conduite la plus équivoque ; BARON D'HAUSSEZ, Mémoires, II, 208.
31« J'avais beaucoup d'artillerie à Vincennes. La difficulté de traverser Paris m'avait empêché d'en disposer ». Mémoires du DUC DE RAGUSE.
32« L'insuffisance du nombre de troupes était évidente », dit le duc de Raguse (VIII, 218) qui donne les emplacements qu'il assigna à ses colonnes, et l'état des forces dont il pouvait disposer.
« On a évalué leurs adversaires à environ 40.000 ; il faut encore tenir compte de cette observation : le poindre ordre ne pouvait être expédié que par le moyen d'un détachement ; une ordonnance isolée était tuée ou prise avant d'avoir fait deux cent pas.
« On a aussi fait cette remarque qu'il y eût à peu près quatre cent morts dans les trois journées, mais pas un député, ni un électeur, ni un journaliste, ni un fonctionnaire public, ni un avocat, ni un banquier, ni enfin personne de ceux qui avaient le plus poussé à l'insurrection » (note d'Edmond Marc).

c'était la version anarcho qui traine sur FB et que j'ai détournée en haut

33Les plaines autour de Saint-Omer offraient de vastes terrains de manœuvre aux troupes réunies là périodiquement.

jeudi 8 février 2018

CONFERENCE SUR TERRORISME ET ANTITERRORISME


Invité à Lille pour exposer mon analyse du terrorisme par un cercle de jeunes révolutionnaires qui font référence fondamentalement au marxisme dans leur réflexion sur la société actuelle, qui organisent une série de rencontres avec des courants et personnalités diverses, j'ai tenu à les remercier pour cette invitation, tout en les prévenant que je suis fils de « terroriste », et que je pouvais fort bien jeter des bombes dans mon exposé comme au cours de la discussion qui s'ensuivrait. Mon père fût un des fondateurs des maquis d'Auvergne, ce qui relativise sa qualification par certains à l'époque de « terroriste ». L'exposé ne se déroula pas de façon classique formelle puisque, selon le désir des participants, il était interrompu par questions ou remarques à chaque fois que nécessaire ; ce qui ne diminuait en rien l'exposition mais permettait d'avancer ensemble.
En général les remarques ou objections furent assez pertinentes à ma grande surprise de la part d'éléments aussi jeunes, manifestant une réelle maturité politique, un étonnant sens critique contrairement aux excités des cervelles creuses gauchistes. Leurs questions ou remarques décoiffaient :
  • on n'a pas encore donné une définition réelle du terrorisme...
  • est-ce que le terrorisme a vocation à prendre le pouvoir ? (suite à la comparaison que je fais dans l'exposé du nazisme qui ne tue pas des centaines de femmes et d'enfants avant sa prise du pouvoir contrairement aux mercenaires tarés des gangs islamistes)
  • pourquoi le rôle des services secrets est-il systématiquement ignoré par les médias ?
  • Il y a une utilisation du terrorisme contre des populations désarmées qui n'excuse ni le terrorisme ni l'antiterrorisme...
  • une vraie révolte se définit par les fins qu'elle vise...
  • le terrorisme se pose en décalage avec toute alternative de société, la terreur ne pourra jamais être le moteur d'une future révolution...
  • l'action terroriste quelle qu'elle soit sert à retarder le mouvement historique vers une transformation révolutionnaire de la société...
  • daech maîtrisait assez bien le spectacle médiatique à la manière d'Hollywood...
  • il faut mesurer les conséquences de la raréfaction du travail sur l'éclatement de la société, et ce que signifie l'exclusion du mode de production...

J'ai observé une capacité hors du commun à prendre en compte et analyser le machiavélisme de la bourgeoisie, évacué par tout anar ou gauchiste moyen obnubilé par la théorie du « complot », qui ne serait que mensonge facho, mais tout prêt à se ranger derrière l'antifascisme médiatique dès que se produit un fait divers qui frôle une question politique.

La discussion très fraternelle mais sans ronds de jambe ni facilités fût suivie d'une seconde partie portant sur l'histoire du CCI. Conscients des limites du mouvement maximaliste actuel et informés partiellement des avatars des différents groupes et en particulier du CCI, ces camarades désiraient que je leur apporte des précisions sur ma trajectoire dans cette organisation et sur son fonctionnement interne, ce que je me suis efforcé de faire, tout en ne niant pas l'importance historique de ce courant pour les décennies après 1968, et la qualité des articles fournis par ce qui est devenu pour moi une secte, qui aurait dû crever il y a longtemps pour mieux renaître sur des bases saines. Je n'en dirai pas plus ici pour ne pas régaler anarcho-conseillistes, voyeurs divers et flics qui peuvent zieuter sur ce blog sans se dévoiler ni oser entrer en discussion. Je me suis efforcé de répondre à leurs demandes concernant le type de fonctionnement qui devrait être celui d'une organisation révolutionnaire moderne, prenant en compte la « dématérialisation » du prolétariat, mais pas sa disparition. Je les ai encouragés à aller aux réunions (rares) des groupes politiques hors du merdier inconsistant du trotskisme et de l'anarchisme, aller voir aussi du côté des rares Réunions Publiques du CCI et félicités pour leur démarche ouverte et pleine de bon sens.
Bonne route mes amis du prolétariat universel ! Même si elle est encore longue !


Voici l'exposé sous sa forme brute.

Aléas d'une savonnette idéologique


« Le monde tel qu'il est provoque des réactions désespérées ». G.Sanguinetti

Dans ce monde de guerres opaques et médiatisées, le terrorisme relève-t-il de la psychiatrie ? De la misère ? Des guerres impérialistes lointaines ? N'est-il que manipulations ? Mais au fond peut-on séparer le terrorisme de l'antiterrorisme ? Hurler avec les loups n'est-il pas aussi conformiste que de se féliciter que le sang coule ? Une réelle réflexion sur les campagnes anti-terroristes reste invisible chez le profane.

Hier, le régicide, l'attentat personnel fût un acte exemplaire contre les puissants autocrates.
Aujourd'hui : l'acte terroriste vise à effrayer le plus grand nombre, il est crime de masse.
Hier, le crime était décrit par le jeune Marx comme nécessaire à la société, au fonctionnement et à la rétribution de sa « justice ».
Aujourd'hui, la société a besoin du terroriste qui n'est le plus souvent que l'instrument de luttes de clans sur fond de conflits géopolitiques et bienfaits de la rente pétrolière.
Hier, le terrorisme ponctuel et aléatoire servait la cause des indépendances nationales.
Désormais, depuis l'étiolement du terrorisme stalinien et gauchiste, avec la chute du mur de Berlin, le terrorisme est devenu un entité mondiale sans patrie et à consonance religieuse, tel un armaguedon ou la sanction finale d'un monde sans avenir.
Chez les esthètes le débat fait rage ; l'ancien maoïste Olivier Roy n'y voit que révolte nihiliste (non pas radicalisation de l'islamisme mais islamisation de la radicalité) vision assez représentative de la compassion gauchiste pour justifier les crimes de faux ex-colonisés en colère. Gilles Kepel place l'islam comme explication centrale du terrorisme, ce qui convient mieux à l'explication officielle assommante.

Peu de groupes politiques, et très minoritaires, dénoncent à la fois terrorisme et antiterrorisme. Les groupes gauchistes, comme toujours, choisissent toujours un camp bourgeois, le plus pauvre de préférence. Le plus clair, le CCI, ne voit pas le grand remplacement du stalinisme opéré par l'idéologie islamiste fruit de toutes les manipulations médiatiques ni ne s'intéresse aux questions culturelles alors qu'il faut prendre en compte que les pires arriérations religieuses voisinent avec les gratte-ciels comme l'a dit un jour le Trotsky désarmé vers 1940.

Essayons d'examiner rapidement ce qui est commun aux terrorismes d'hier et d'aujourd'hui. D'abord c'est la conspiration, qui est le propre d'une poignée d'individus et le complot qui concerne le personnel supérieur de l'Etat ou d'instances multinationales. Ceux d'aujourd'hui, comme les nihilistes russes de la fin du 19 e siècle, ont le sentiment de n'être rien, mais un mépris de la mort alimenté par la superstition religieuse. Dans le cas du terrorisme islamique, qui est devenu le principal acte de terreur, la religion sert de justification comme science mais cache des intérêts très prosaïques à la fois de l'exécutant terroriste que de la part de ses commanditaires. Le terrorisme ne peut être lié à l'immigration comme le prétendait Sarkozy.
Hier avec l'acte personnel anarchiste comme aujourd'hui avec l'acte criminel à vocation islamiste, le personnel exécutant est généralement issu des couches petites-bourgeoise ou petites-beurgeoises mécontentes de leur sort, et très souvent, dans le cas islamiste, du lumpenprolétariat.
Le terrorisme actuel est très divers mais il est rarement spontané. Il peut être favorisé par la création de bandes armées mercenaires en Afghanistan comme en Syrie qui, avec le soutien de tel ou tel impérialisme, seront amenées à se développer de manière plus ou moins autonomes. La CIA peut encore se réclamer de la paternité d'Al Qaida et l'Arabie Saoudite et le Qatar ont certainement plus contribué à créer daesch que les troupes de feu Saddam Hussein. La maîtrise des exactions ultérieures ne peut être totale mais leur utilisation comme repoussoir par contre complètement. C'est d'ailleurs pourquoi la dénonciation hystérique des attentats sans cesse renouvelés ne pourra jamais permettre l'arrivée au pouvoir d'un islamisme fantasmé ; si les nazis avaient mené pendant les années 20 et 30 de tels attentats contre les populations civiles innocentes, ils ne seraient jamais parvenus au pouvoir ; leurs crimes ils les ont commis une fois au pouvoir.

Penser le terrorisme et l'anti-terrorisme nous renvoie à la question de la guerre mondiale, qui est toujours dans les cartons des généraux de tous les pays. Le terrorisme lancinant et à répétition exprime le fait que la bourgeoisie ne peut pas aller à la guerre mondiale. Situation cruelle pour les victimes à venir, mais qui interroge quand on voit qu'il avait suffi de l'assassinat d'un simple archiduc pour déclencher la première boucherie mondiale, et qu'aujourd'hui on tue surtout des centaines de femmes et d'enfants de toutes nationalités sans que cela n'occasionne d'autre révolte que des processions larmoyantes.
En vérité guerre et terreur sont les vrais liens du terrorisme actuel dans l'opacité médiatique où on nous fait prendre des vessies pour des lanternes, et où la novlangue avec ses mots valises passe son temps à nous expliquer que les complots n'existent pas et que croire cela c'est être un fasciste qui sommeille.

Un ancien ministre du précédent président nous radotait que « nous sommes en guerre » pour justifier l'impuissance ou l'imprévision des services de police face aux cruels attentats renouvelés. Nous lui répondons, nous les prolétaires d'Europe, que non nous ne sommes pas en guerre ! La plupart des chefs d'Etat des grandes puissances sont en guerre, des guerres loin des centres où l'on envoie des armées de métier – c'est pourquoi la lutte prolétarienne contre la guerre n'est plus possible comme hier – et que la seule réponse à cette guerre serait de penser que les populations des pays riches sont complices et qu'il faudrait se ranger derrière la charité des radicaux réformistes, les gauchistes, pour se lamenter sur le sort des migrants jetés à la mer. L'idéologie gauchiste n'est qu'une des mystifications bourgeoises pour noyer et culpabiliser le prolétariat dans un secourisme politique parfaitement creux et qui n'aide en rien ni les migrants ni ne milite pour l'arrêt des guerres « lointaines ».

Les prolétaires européens qui mettent des hydrocarbures dans leur voiture pour aller au travail seraient-ils des complices de leur Etat et des héritiers du colonialisme ?


  1. LE TERRORISME A LA FIN DU 19e SIECLE :



Marx a réagi avec colère à l’action des Fenians. Dans une lettre à Engels, il écrivait : “Le dernier exploit des Fenians à Clerkenwell est une affaire complètement stupide. Les masses londoniennes, qui ont fait preuve d’une grande sympathie à l’égard de la cause irlandaise, en seront furieuses, et cela les conduira directement dans les bras du parti au gouvernement. On ne peut pas attendre des prolétaires de Londres qu’ils acceptent de se faire exploser en l’honneur des émissaires des Fenians. Il y a toujours une sorte de fatalité à propos d’un tel secret, une sorte de conspiration mélodramatique ».
La colère de Marx était d’autant plus grande que, peu de temps avant l’explosion de Clerkenwell, de nombreux ouvriers anglais avaient participé à des manifestations en solidarité avec cinq Fenians exécutés par le gouvernement britannique en Irlande.
MARX EN 1885 :
« La terreur des membres de la Volonté du peuple est un moyen spécifiquement russe, historiquement inéluctable, à propos duquel il convient aussi peu de moraliser, de se demander si l'on est pour ou si l'on est contre, qu'au sujet du tremblement de terre de Chio ».
Or, à la fin du siècle ce n'est plus vrai. Piotr Tkatchev avait théorisé le terrorisme depuis 1861, il le justifiait dans une lettre à Engels du fait qu'il n'existait ni liberté de la presse en Russie ni prolétariat. Lénine et le parti bolchevique rejetteront la stratégie de la conspiration et de l'attentat.
Chez l'étonnant Lénine de 1918 dans « les tâches immédiates du pouvoir des soviets » en lien avec la place de la petite bourgeoisie :

«  Et il est évident que tous les éléments de décomposition de la vieille société, fatalement très nombreux et liés pour la plupart à la petite bourgeoisie (car c'est elle que chaque guerre ou crise ruine et frappe avant tout), ne peuvent manquer de « se manifester » dans une révolution aussi profonde. Et ils ne peuvent « se manifester » autrement que multipliant les crimes, les actes de banditisme, de corruption et de spéculation, les infamies de toute sorte. Pour en venir à bout, il faut du temps et il faut une main de fer ».

« En toute période de transition, on voit surgir cette racaille qui existe dans toute société et qui, elle, non seulement n’a aucun but, mais est même dépourvue de toute trace d’idée […] Les individus les plus abjects avaient soudain pris le dessus, s’étaient mis à critiquer ouvertement ce qui est sacré, alors qu’auparavant ils n’osaient même pas ouvrir la bouche. » (Les Possédés, III, i, Dostoïevsky)

On voit que la notion de décomposition est ancienne et pas une création du CCI. La décomposition du capitalisme peut-elle expliquer à elle seule le terrorisme actuel ? On y reviendra.

La révolution prolétarienne en Russie sanctionne la fin de l'acte personnel (mot de Pannekoek) mais son impossible extension ouvre la voie à sa réapparition, et Lénine en sera même une des premières victimes et usera de méthodes plus expéditives que notre Etat de droit face à ses propres terroristes.

  1. LE TERRORISME DES LIBERATIONS NATIONALES et des années de plomb :

A part Trotsky ministre d'Etat, on n'a jamais vraiment théorisé un terrorisme prolétarien. L'idée de terreur rouge est un non sens du point de vue du marxisme. Cependant nos maîtres ne méprisent jamais le terroriste individuel (de Marx à Pannekoek, voire saluent son courage (Van der Lubbe et Bilan), le caractérisent comme acte désespéré (Chirik et anecdote CCI sur Bande à Baader).
Il y a toujours un aspect sacrificiel.

Evocation de la décolonisation de l'Algérie à la Palestine.

Evocation du terrorisme issu de la décomposition du stalinisme et du gauchisme = absence du prolétariat ou repli sur la scène historique. Conjonction des activistes gauchistes et poseurs de bombe staliniens.

Terrorisme des Etats voyous préliminaires à la dislocation des deux blocs.

  1. LE NOUVEL AXE DU MAL : LE TERRORISME RELIGIEUX

Laisser de côté les mots valises tel que islamo-fascisme et islamophobie = novlangue.

La fin des deux blocs ne peut s'expliquer par la décomposition, car la guerre froide ne pouvait être que temporaire et déboucher sur une guerre mondiale qui n'eût pas lieu. C'est une implosion des deux blocs qui rebat les cartes et ravive les conflits locaux. On voit aussi le phénomène des pays émergents, un aspect guerre de tous contre tous même si les Etats-Unis restent la puissance dominante militairement et économiquement, seulement concurrencée par la Chine et la Russie. Avec la raréfaction du travail excluant d'énormes masses de la population mondiale et le tout mis sur le dos de la seule crise écologique, on assiste à un retour à un capitalisme libéral plus proche du modèle du 19e siècle, mais perpétuellement chancelant sous les coups de crises financières à répétition. L' économie semble articulée aux actions terroristes délétères sans qu'on puisse prouver un lien de cause à effet ni comment l'attentat relève aussi de la rechercrhe effrénée du profit, ce qu'on verra plus précisément dans le cas des massacres en Algérie.

Il faut relever que l'acte terroriste est d'abord personnalisé à outrance. Les auteurs sont généralement d'origine arabes et invoquent eux-mêmes l'islam comme base politique de leur action. Ce qui est complètement creux et pourrait plutôt en effet relever de la psychiatrie, ou, pour parodier le CCI, d'une décomposition du psychisme rationnel moderne. Le nouveau ministre de l'Intérieur Gérard Colomb avait cru bon il y a peu de « mobiliser les hôpitaux psychiatriques » à ce sujet ; avec la pantalonnade des impuissantes campagnes de déradicalisation, cela ne fait pas très sérieux.

Un nouveau fascisme le terrorisme islamique ?

Non, même si on peut trouver des accointances : meurtre des ennemis politiques, antisémitisme, imposition du dogme religieux et de ses rites à des populations prises en otage et violées, mépris des femmes, culte des armes et des égorgements). Il n'a pas la fonction contre révolutionnaire du nazisme. La classe ouvrière n'existe pas plus pour la racaille terroriste que pour les bourgeois vendeurs d'armes. Ils ne sont que les idiots utiles pour règlements de compte entre gangs capitalistes. Sauf à ne pas oublier la composition des corps francs en 1918 et les putschs ratés de Kapp et d'Hitler, je n'ai pas trouvé d'attentats nazis contre la population indiscriminée avant 1933.
C'est justement parce qu'il ne peut pas être assimilé au fascisme que les réformistes radicaux, les gauchistes, sont muets en général au moment des attentats islamistes, dits islamistes... (cf. l'attentat de Barcelone) et que la vision antiterroriste déconcertante et irréelle du gauchisme reste le vieux refrain antifasciste . Quant au terrorisme « tiers-mondiste » c'est la faute à la société capitaliste. CQFD. Simple et complice.

Le terrorisme serait secondaire face au permanent « danger fasciste » :

Le massacre du tueur d'Oslo en 2011 servit à lancer une incroyable campagne anti-nazie. Le tueur Anders Breivik était emblématique du raz de marée d'attentats fascistes qui allaient se répandre dans le monde. Nos intellectuels gauchistes en frissonnaient de terreur ; ce ne fût pourtant qu'une misérable chasse à la baleine « ultra-droite » qui met tant en péril nos démocraties parlementaires et corrompues !
Breivik fait partie heureusement (et malheureusement) d'une minorité de psychopathes, qui existent aussi chez les encadrés islamiques, capables de tuer sans remords et formé au meurtre indifférent par la vision prolongée des images de torture et de meurtres sanguinaires de daech et des cartels de la drogue en Amérique du Sud, visibles sur internet.
La police française a elle-même finie par être intoxiquée par ce fantasme gauchiste – le fascisme imaginaire père de tous les dangers – puisque pendant plusieurs jours elle soupçonna les « milieux d'extrême-droite » d'avoir fait le sale boulot de Merah.

Cachez cette religion que je ne saurais voir !

L'islam est supposée être la religion des pauvres dans le pauvre cerveau gauchiste moyen, donc il faut la respecter même si elle ne respecte à peu près rien de ce qui est humain. Le gauchiste a bonne conscience en se répétant tous les matins que la violence terroriste est anti-colonialiste. Le gauchisme, et sa vieille canne le trotskisme, choisit toujours un camp bourgeois ou n'importe quel « camp armé » dans sa vision simpliste et chrétienne de la « guerre révolutionnaire » !

Comme avec le cas du tueur d'Oslo, l'attentat de Charlotteville le 12 août 2017 déclencha une hystérie antifasciste chez nos réformistes radicaux ! Des deux côtés de l'océan Atlantique s'éleva un concert de protestations contre une forte poussée du nazisme aux USA, alors qu'il s'était agi du crime d'un seul lâche abruti au volant d'une voiture fonçant dans la foule.

Six jours plus tard, au cœur de l'été, silence-radio sur le massacre à Barcelone et sur le camion fou à Nice (prétexte « on ne doit pas se solidariser avec notre Etat »). Attentats autrement plus graves qui ne firent l'objet que d'une remarque laconique de Besancenot parlant de « manifs humanistes », tout en adhérant à la théorie fumiste "qu'il n'y a pas de guerre propre" et en filigrane qu'il est normal qu' "ils" tuent nos enfants puisque "on" tue les leurs. Le CCI fît lui aussi preuve d'humanisme lors du massacre de Charlie et du Bataclan, interprétant bizarrement la réaction secouriste naturelle des survivants auprès des blessés presque comme une solidarité de classe.
Les régulières funérailles patriotiques bourgeoises ne font plus applaudir les flics comme au tout début, car ils protègent bien les puissants, s'étonnent qu'on conchie leurs bavures, et ne se rendent pas compte qu'ils ne nous servent à rien en cas d'attentats ou de guerre.

Les messes antifascistes de gauchistes sont généralement effacées par les messes antiterroristes. Ni soutenir, ni participer, tel doit être notre mot d'ordre du point de vue du prolétariat. En précisant qu'on ne peut ni approuver la férocité des assassins ni adhérer aux coups de clairons policiers de l'Etat.

QUI COMPOSE LES RANGS DU TERRORISME ET LEURS MOTIVATIONS ?

J'ai déjà cité Lénine, mais je n'en avais pas besoin pour identifier d'où viennent les assassins terroristes, d'une petit bourgeoisie décadente et d'une petite beurgeoisie perpétuellement insatisfaite. Dans un article sur le bobo Baudelaire, Walter Benjamin décrivait bien avant guerre ce qui fonde le conspirationniste :

« Benjamin insiste encore sur l’écart, et l’opposition, entre la position de la vie excentrique du décadent vis-à-vis de la société capitaliste et celle de la politique révolutionnaire : « Dans la personne du flâneur, l’intelligence va au marché. Pour en contempler le spectacle, croit-elle, mais, en vérité – pour y trouver un acheteur. A ce stade intermédiaire où elle a encore des mécènes, mais déjà commence à se familiariser avec le marché, elle se présente comme bohème. Au flou de sa situation économique correspond le flou de sa fonction politique. Laquelle apparaît de la façon la plus visible chez les conspirateurs professionnels, qui tous viennent de la bohème. Leur premier champ d’action est l’armée, puis la petite bourgeoisie, occasionnellement le prolétariat. C’est pourtant parmi les véritables chefs du prolétariat que cette couche sociale trouve ses adversaires. Le Manifeste communiste met fin à son existence politique. La poésie de Baudelaire tire sa force du pathos de la rébellion que cultivent ces groupes » (Ibid., p. 59).

La majorité des islamistes dits radicaux des années 1980 étaient des enfants de fonctionnaires et des classes moyennes. La nébuleuse qui sympathise avec le terrorisme, avec l'argument du romantisme palestinien, fonctionne avec les bobards qui circulent sur les réseaux sociaux, voue une admiration contrariée par les viols à Tariq Ramadan, se distrait chic et subversif avec Dieudonné, sans oublier les analyses foireuses du réseau Voltaire et les fake news qui servent à oblitérer tout sérieux raisonnement politique.

L'attraction pour le voyage en djiad est une variante du club Med : du fric, des voyages offerts, de l'aventure (souvent brève), des équipements modernes (une vraie kalach), une image de héros anti-souchiens aux yeux des nanas qui ne demandent qu'à être convertie son leur leur offre le coucher et le manger, le paradis garanti avec les houris impatientes (pour les plus neuneus) ; tout cela et guère plus face à une vie monotone sans flouze et sans prestige.
Ils n'auront été que de pauvres mercenaires dans l'attente de se retrouver au pénitencier une fois de retour au pays.

Individuel ou télécommandé et soigneusement organisé le terrorisme dit islamiste s'est fondu dans le terrorisme des Etats bourgeois, il n'est finalement qu'un de ses instruments, qu'il amplifie. On a presque tout dit et rien dit sur Al Qaida et daesch, et on n'a pas le temps d'épiloguer ici sur les manipulations des uns et des autres, mais je voudrais terminer en illustrant comment peut procéder le machiavélisme des Etats qui dénoncent « haut et fort » le terrorisme en évoquant le cas de l'Algérie à l'époque de ce qu'on a appelé la guerre civile qui fît deux cent mille morts en 1992 et 1998, avec le témoignage de Hocine Malti dans son très intéressant ouvrage : « Histoire secrète du pétrole algérien » (la découverte, Paris 2010) sur le machiavélisme des généraux corrompus :

« Il leur fallait démontrer aux yeux du peuple algérien et du monde que les islamistes étaient des monstres qui, s'ils venaient à accéder au pouvoir, instaureraient un régime sanguinaire. Et l'Algérie n'y avait échappé que grâce au coup d'Etat qu'ils avaient organisé, leur présence aux rênes du pouvoir n'en devenant que plus nécessaire. Le Schéma machiavélique mis au point, principalement par les généraux Larbi Belkheir, Mohamed Médiène et Smaïl Lamari, consistait à noyauter les groupes armés se réclamant de l'islam pour les pousser à commettre les pires crimes, en Algérie même mais aussi à l'étranger.
Ils voulaient ainsi convaincre la communauté internationale – et surtout le gouvernement français, qui avait été plutôt sceptique à leur égard au moment du coup d'Etat – que son intérêt était de les soutenir. Ils montèrent alors plusieurs opérations exécutées par des islamistes manipulés : détournement d'un Airbus d'Air France Alger-Paris en décembre 1994 ; vague d'attentats sur le territoire français, dont celui, particulièrement meurtrier, de la station RER de la place Saint-Michel à Paris en juillet 1995, assassinat des moines de Tibhirine en mai 1996 ; et maintes autres actions criminelles, évidemment toutes revendiquées par les « groupes islamistes armés ». Le message à l'intention du gouvernement français qui accompagna ces crimes était en substance le suivant : « Soutenez-nous et faites taire les organisations de défense des droits de l'homme et autres ONG françaises qui nous accusent de manipulations et d'exactions que nous n'avons pas commises. A défaut, voilà ce qui vous attend dans le cas où le FIS et ses composantes arriveraient au pouvoir en Algérie. Nous sommes en réalité la première ligne de défense de l'Occident face au péril vert ». L'auteur qui était employé par la Sonatrach à l'époque raconte très bien comment le lobby pétrolier de Bush et Dick Cheyney s'est lancé à la conquête des hydrocarbures algériens, et que ce sont les attentats du 11 septembre 2001 à New York qui ont aussi servi à resserrer les liens de coopération entre l'Algérie et les Etats-Unis.


Une chose frappe enfin lorsque l'on fait un historique du terrorisme comme ce petit bilan non exhaustif c'est l'absence du prolétariat dans l'équation : terreur des Etats en guerre/ terrorisme machiavélique.

Lorsque le prolétariat apparaît ou réapparaît sur la scène de l'histoire (Russie 1917, France 1968), le terrorisme redevient chauve-souris, son action relève de la nuit, de l'ombre, de la conspiration.

Le terrorisme réapparaît si le prolétariat subit d'importantes défaites sociales et politiques, ou n'a pas été capable de tenir ses promesses de bouleverser la société de classes.

En effet, depuis plusieurs décennies, on ne peut pas considérer qu'il y a eu de grandes affirmations du prolétariat, ou alors de manière très locale ou très trade-unioniste. Les soit disants « révolutions arabes », le temps qu'elles ont duré (malgré aussi leur forte manipulation) avaient gommé de la scène le spectacle terroriste.

Dans le cas de l'Algérie, où existe un prolétariat bien plus important qu'en général ailleurs en Afrique, et lié au prolétariat en Europe, les prolétaires comme la population indifférenciée ont laissé l'armée venir à bout des bandes terroristes mais sans pouvoir se retourner contre cette même armée qui avait si bien sponsorisé ces mêmes assassins.

C'est hélas dans les pays les plus importants où le prolétariat peut s'affirmer qu'il est possible de faire reculer le terrorisme et donc la guerre. Car le terrorisme est résolument un assassin des ouvriers (une spécialité de daech était d'assassiner tous les ouvriers en grève).

Le terrorisme peut être cependant utilisé contre la lutte de classe au moment de son déroulement dans des conditions confuses ou peu favorables à une véritable internationalisation ; ce fût le cas en Italie pendant les années de plomb.

Qu'il soit produit par des bandes armées autonomes ou monté de toute pièce par les services spéciaux d'un Etat, le terrorisme finit toujours par servir un ou plusieurs Etats dans cette sorte de guerre mondiale opaque que nous subissons.
Le principal ami du terrorisme est l'antiterrorisme au nom duquel peut régner et sermonner n'importe quel dictateur africain, Macron ou Poutine ou Trump.
Comme tel, le terrorisme, l'acte qui vise à tuer massivement en semant la terreur chez le plus grand nombre et avec une résonance mondiale immédiate, n'est plus, à de rares exceptions, que le prolongement de la guerre permanente dans la chair des civils et des enfants.
Il est injustifiable même s'il est commis par un ancien colonisé lecteur de Sartre, basané et mal dans sa peau.

Un ancien premier ministre nous agaçait quotidiennement en nous promettant dix ans de terrorisme garanti. Le terrorisme ne pourra cesser qu'avec une prochaine guerre mondiale ou reprendre du service après une éventuelle révolution des masses paupérisées qui ne pourra jamais éradiquer les anciens amis du capitalisme au début d'une difficile transition du capitalisme au communisme, pour l'heure plus imaginaire que tangible.