"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 16 juin 2016

SOUTENIR LA CGT OU SE PREPARER A UN COMBAT DE PLUS EN PLUS DUR ?


Une magouille pétitionnaire des amis des bonzes CGT, ne signez pas la pétition intitulée : « je ne respecterai pas l'interdiction de manifester », que j'ai signé naïvement, pour m'apercevoir que ce n'était plus le même libellé ou qu'il peut être confondu avec celui-ci (change.org pétitionne à tour de bras tant et si bien que cela n'a pas plus d'importance qu'un sondage).La même ou la deuxième est ainsi libellée:

INTELLECTUELS, REFUSONS LA HAINE DE CLASSE ANTI-CGT attisée par les médias dominants Appel contre la haine de classe anti-CGT

avec ce sous-titrage navrant typique des néo-staliniens qui veulent racoler tous antifas de salon :
Appel d’intellectuels français et étrangers contre la fascisante campagne anti-C.G.T.
« L’esprit critique, l’indépendance intellectuelle ne consistent pas à céder à la réaction, mais à ne pas lui céder ». Georges Politzer, philosophe, fusillé par les nazis en 1942.

Ne pensant pas que l'animatrice de ce réseau Sylvette, était une courroie de transmission de ce syndicat pourri depuis 1936, je n'avais pas encore vu la pétition jointe, je répondais simplement ceci : Soutenir la CGT en bbr très peu pour moi, c'est une radicalité à bon compte d'un syndicat comme les autres fossoyeur des luttes. C'est comme l'affiche de leur préposé Altmann, saignante. Le virage "radical" de la CGT correspond à la volonté de museler une colère qui n'est pas près de s'éteindre. Je rappelle que l'appareil CGT est rétribué par le Medef et le gouvernement, et que ce n'est pas avec les maigres cotis qu'il pourrait fonctionner. Enfin la campagne gouvernementale anti-CGT vise à recrédibiliser ce syndicat, vous n'imaginez pas que le gouvernement payerait un syndicat "révolutionnaire" ni qu'il lui ferait autant de pub dans les médias? « L'ennemi du travailleur est, aujourd'hui, le bureaucrate syndical tout autant que le patron qui, sans lui, serait la plupart du temps impuissant. C'est le bureaucrate syndical qui paralyse l'action ouvrière ». Benjamin Péret (Les syndicats contre la révolution, 1952)

Sylvette Minnaert Je n'avais pas fait attention à la couleur bleu, blanc, rouge Ce n'est pas le drapeau que j'aime, le rouge me sied mieux. Cependant je ne crois absolument pas que le gouvernement veut crédibiliser la CGT bien au contraire. et actuellement la CGT malgré toutes les critiques que l'on peut faire quant à la tactique utilisée pour s'affronter au gouvernement(journées de mobilisation trop éloignées, déclaration ..) fait le travail .La bureaucratie syndicale est certes un frein pour les travailleurs , partout où cela est possible la base avec ses militants révolutionnaires doit dépasser la bureaucratie en l'obligeant à aller là où elle ne le souhaitait pas .On peut dire ce qu'on veut mais si les syndicats n'appellent pas à la mobilisation, il n'y a pas grand monde dans la rue, ils nous sont indispensables et la CGT doit être défendue face aux attaques gouvernementales.

Ma réponse :

Chère Sylvette, je ne pense pas l'on puisse considérer que la CGT pourrait mordre la main qui la nourrit. Ne soyez pas naïve ou alors il faut m'expliquer pourquoi les gros bras de la CGT ont prêté main forte à la police il n'y a pas si longtemps que cela soit effacé des mémoires. Croyez-vous sérieusement que ces machines syndicales (rétribuées par l'Etat via officine patronales, cf. scandale de l'IUMM p.328 de mon livre, "L'aristocratie syndicale", et l'excellent "Demain quels syndicats?" de Hubert Landier (poche 1981). Deuxièmement "le travail" de la CGT n'est qu'un sabotage perpétuel, manifs enterrements successives qu'elle cornaquait, puis blocage arbitraire des raffineries (je vous rappelle que l'appareil décide et stoppe quand il veut (cf.2010) arbitrairement hors AG; le virage radical qui consiste à entretenir es conflits dispersés participe de la même comédie: épuiser et éradiquer tout mouvement massif. Sa base est aussi pourrie, au mieux animée de servitude volontaire avec ce confort moral du petit bourgeois si bien décrit par landier à la suite de Marx (cf. je tape un article pour vous sur mon blog). Jamais les gauchistes de base ne dépasseront l'appareil. L'argument "si les syndicats n'appellent pas..." ne vaut rien, il est typique de l'esprit syndicaliste "ce sont toujours les mêmes qui font grève, etc." Votre erreur est de ne pas réfléchir au fait que la syndicratie a été intégrée depuis un siècle à l'Etat pour empêcher justement tout mouvement massif, comme les CRS avec leurs canons à eau ont été inventés pour éviter ces fusillades au XIXe siècle qui entrainaient immédiatement des insurrections... La question n'est pas de défendre cet appareil gouvernemental en milieu ouvrier, mais de défendre les prolétaires qui ripostent, même maladroitement avec des jets de pierre, et en leur expliquant, comme je l'ai fait sur le terrain, que le combat pour l'essentiel ne se passe pas dans la rue ou la bagarre avec les CRS, mais par notre capacité à agir hors des prisons syndicales, à tenir nos AG contre les manipulateurs syndicalistes et gauchistes. C'est des discussions en assemblées partout où elles seront possibles que naîtra le vrai mouvement, pour l'instant il est cadenassé avec répartition des rôles, le bon gouvernement des patrons et les méchants de la CGT. C'est leur problème, le nôtre est bien semé d'embûches. Bien à vous.

En complément de ma réponse à Sylvette, je tiens à apporter ici un élément de réflexion rare sur le syndicalisme par Hubert Landier, auteur de l'excellent « Demain, quels syndicats ? », publié en 1981 en édition de poche Pluriel, et qui semble être resté bien méconnu, en particulier chez nos augustes militants maximalistes anti-syndicaux (FOR, CCI, etc.) et bien sûr chez les tacticiens éternels du syndicalisme « rouge » à la PCI ou Robien Goodfllow. La principale tare du syndicalisme est l'entretien déguisé du corporatisme sur les allures universelles du « on est tous concerné », ce qui n'est jamais vrai, sinon unie immédiatement sous un même régime, la classe ouvrière se lèverait comme un seul homme pour faire la révolution. Landier remonte aux subtilités de Marx qui ont même échappé à nos rudes anti-syndicalistes semi-professionnels.

LE CORPORATISME A LA FRANCAISE

« Que les membres d'une profession particulière s'efforcent pour accroître les avantages dont ils bénéficient, de présenter leur intérêt commun comme étant identique à celui de la société tout entière, il n'y a rien là de très nouveau. C'est par le service rendu au client que les petits commerçants justifient leur marge et les magistrats n'exigent de moyens supplémentaires que dans le seul but d'améliorer l'exercice de la justice. Chaque corporation tend plus ou moins explicitement à marchander le statut que la société lui accorde en faisant état de l'importance de son rôle ainsi que des contraintes qu'elle subit pour le bien de la collectivité.
Ce qui par contre, dans la France d'aujour'hui, présente un caractère particulier, c'est la conjonction de la défense d'intérêts étroitement corporatistes et d'une idéologie à prétention universelle, la vulgate marxiste telle que la gauche en sa majeure partie la confesse en ses différentes variantes et qui vise, à l'ordre politique et économique actuel, à en substituer un autre (on a compris depuis que c'était du blabla..., note de JLR). Ce qui demande donc à être examiné attentivement, c'est la façon dont les intérêts particuliers peuvent tenter de se justifier par la médiation d'un filtre idéologique et comment intérêts corporatistes et militantisme politiqu ou syndical trouvent intérêt à joindre leurs efforts.
C'est devenu un truisme d'observer que de plus en plus les conflits sociaux sont appelés à mobiliser l'opinion publique. Les éboueurs comme les agents de l'EDF, par la gêne qu'ils causent en cas de grève, doivent, s'ils ne veulent pas se discréditer auprès du public et faciliter une riposte vigoureuse de leurs autorités de tutelle justifier leur décision ou tout au moins créer un doute. De même, les ouvriers de telle entreprise en faillite n'ont-ils d'autre moyen afin de susciter des mesures appropriées que d'éveiller l'opinion publique à travers telle action spectaculaire comme de barrer une route ou de retarder un train. Il leur faut donc à la fois développer un argumentaire et trouver, face aux moyens de communication « officiels », un moyen de diffuser cet argumentaire. C'est là qu'intervient la médiation idéologique.
Il n'est pas toujours facile de présenter l'enjeu d'un conflit comme étant conforme à l'intérêt général. Ce qui est possible pour les agents de PTT revendiquant un accroissement des effectifs – en vue, bien entendu, de mettre fin à la dégradation du service public – ne l'est guère pour les agents de la Régie Renault ou de Cléon pariticipant à la lutte des travailleurs français contre la politique d'austérité imposée par la bourgeoisie et son gouvernement ; tous sont donc invités à manifester une sympathie au moins platonique pour leurs camarades de la RNUR.
La lutte des classes représente ainsi une justification commode des revendications les plus étroitement corporatistes (cf actuellement grèves des cheminots de d'Air France, note de JLR). Elle assure un certain confort moral : il est grand, il est exaltant de savoir qu'en débrayant pour obtenir une revalorisation de la prime de salissure, on participe à la juste lutte du prolétariat universel (sic) ; elle permet d'autre part de s'assurer au moins la neutralité bienveillante de l'opinion publique : on a toujours raison de se défendre contre les « gros ». Mais ce n'est pas tout. Il n'est pas exagéré d'affirmer que la traduction idéologique des enjeux d'un conflit représente la condition sine qua non d'un accès aux puissants moyens d'information dont disposent les partis politiques de gauceh d'une part – principalement le PCF-, les organisations syndicales – principalement la CGT et la CFDT -, de l'autre. Comment tenter d'obtenir, comme l'ont fait les contrôleurs du trafic aérien, une augmentation des primes sans accepter que partis et syndicats, en fassent un épisode des luttes ouvrières contre l'intransigeance gouvernementale ?
Les grands appareils politques et syndicaux fondés sur le principe de la lutte des classes s'alimentent de tout conflit susceptible d'être présenté comme une manifestation du mécontentement et de la combativité des travailleurs en même temps que de la malfaisance du patronat et du gouvernement. Là où les intéressés directs trouvent un moyen d'amplifier l'expression de leurs intérêts et d'accroître leurs chances de succès, le PCF, la CGT et la CFDT trouvent un moyen de justifier leur raison d'être et de faire avancer leur cause. Il y a donc conjonction, à travers la médiation d'un discours idéologique, entre des intérêts corporatistes immédiats et des intérêts politiques médiats, et ceci quel que soit le degré de cohérence ou d'incohérence, à terme, entre les uns et les autres.
D'un côté, une corporation visant essentiellement à accroître les avantages dont ses membres bénficient par rapport aux autres ; de l'autre, une organisation exaltant le combat de la classe ouvrière tout entière. L'articulation entre l'une et l'autre peut être acceptée comme telle, voire même voulue. La participation au « combat de classe » sera alors l'alibi d'intérêts catégoriels ; et inversément, les intérêts catégoriels peuvent être conçus comme autant de leviers susceptibles d'être mis au service d'un stratégie visant, au moins à terme, à renverser l'ordre social (certainement pas avec le sclowns de la cigit ! Note de JLR). On reconnaît là un de ces comportements typiquement « petit-bourgeois » que Karl Marx a décrit, dans un texte qui n'est pas, il est vrai, le plus connu de lui :
« Le petit-bourgeois dans une société avancéenet par nécessité de son état, se fait d'une part socialiste et d'autre part, économiste, c'est à dire qu'il est ébloui par la magnificence de la haute bourgeoisie et sympathise aux douleurs du peuple. Il se vante dans son for intérieur de sa conscience, d'être impartial (…) Il doit se justifier par la théorie de ce qu'il est en pratique (…) La petite bourgeoisie sera partie intégrante de toutes les révolutions sociales qui se préparent » (cf. Lettre à Annenkov, 28 décembre 1846).

Ce diagnostic lucide conduit à une double conclusion. En premier lieu, il est illusoire d'imaginer que l'enrichissement général des différentes catégories de la population entraînera une mise en sommeil de la lutte des classes dans la mesure où celle-ci est susceptible de s'alimenter autant des préventions des membres des catégories socio-professionnelles déjà privilégiées que des récriminations des plus démunis. Le petit bourgeois sera socialiste, voire communiste, dans la mesure où il estimera , à tort ou à raison, que le socialisme ou le communisme lui apportera un surcroît d'avantages matériels. En second lieu, il est prévisible que la lutte des classes s'alimentera de plus en plus en « conflits de riches » tel celui des contrôleurs du trafic aérien. Ainsi pourrait se vérifier de plus en plus le partage de la France entre les véritables prolétaires – qui sont loin d'avoir les moyens de se faire entendre, les travailleurs immigrés notamment – et ceux qui, tout en jouissant déjà d'un statut privilégié, entendent l'améliorer encore en se fondant sur l'alibi de l'alibi de la « lutte des classes ». (Demain, quels syndicats ? Hubert Landier p.353-356.)

Mes commentaires concernant l'article : Sur l’instrumentalisation des vitres de l’hôpital Necker - Témoignage d’un parent

pas besoin de ce témoignage de "parent", je confirme que Cazeneuve est ridicule, j'étais juste en face, j'ai filmé, la plupart des casseurs ne visaient pas et n'ont pas visé l'hôpital, ils canardaient en direction des flics qui tapaient et envoyaient leurs saloperies bruyantes et les gaz nocifs pour les yeux et les poumons. Le zigoto filmé par toutes les télés avec une massue en train de briser une vitre extérieure était un flic déguisé ou un "envoyé spécial". La provoc est venue depuis le début des flics: 1. bloquant systématiquement le début de la manif, 2. en se plaçant tout contre les manifestants en particulier au niveau de l'hôpital, ils n'avaient pas besoin de se placer à cet endroit, en fait des deux côtés de l'avenue face à cet hôpital ils ont sciemment provoqué pour scinder la manif, de même que la hiérarchie policière a envoyé un cordon de CRS au casse-pipe dans l'impasse face à l'hôpital où les pauvres pioupious ont été canardés grave pendant de longues minutes sans qu'aucune autre escouade n'interviennent pour les libérer de la nasse, j'avais honte des connards qui canardaient sans cesse comme de la hiérarchie policière. Enfin ces ministres socialos de merde sont aussi une honte pour le malheureux couple de policiers égorgés, la plupart des manifestants étaient comme moi révulsés par le crime abject du tarés des Yvelines, il ne faut pas tout mélanger, sinon à chaque fait divers on pourra dire que c'est la faute à la police qui... n'a rien fait! Enfin l'injonction faite à Martinez de virer ses militants jeteurs de pierre si elle vise à ridiculiser la CGT, ne ridiculise que le ministre des flics, pour la plupart que j'ai ce fût en effet une réaction de défense et d'indignation devant les provocs violentes cornaquées par la hiérarchie policière au milieu des sous-fifres en armes; on n'est pas miro, on a vu exactement comment ces chefaillons ordonnançaient la bagarre. Manifester redevient un combat et ce n'est pas fait pour nous déplaire, mais gare aux médias qui s'acharnent contre nous parce que leurs "infaux" ne passent plus.

mercredi 15 juin 2016

MANIF BAROUD D'HONNEUR ?

 OU ENIEME EPISODE D'UNE COLERE QUI NE S'ETEINT PAS ?


Beaucoup de discussions en cours de route de cette douzième ou treizième manif qui n'enterre pas plus la colère que les précédentes, défiant tous les pronostics, y compris les miens – je croyais même que tout serait réglé avant l'Eurofoot – pourquoi ? Est-ce à dire que la CGT, avec son moustachu si peu impressionnant et si convivial dans le secret des cabinets ministériels, serait devenue vraiment l'expression de la colère ouvrière au niveau national ? Voire révolutionnaire pour les plus naïfs ? Voire ne voudrait pas se retrouver numéro deux en France derrière la CFDT comme l'assurent journalistes et LO ?

Aucune de ces hypothèses n'est sérieuse en réalité, la CGT reste le principal CRS du gouvernement comme elle l'a prouvé il y a peu -mais vous l'avez oublié ! - en prêtant main forte aux vrais CRS contre les « casseurs ». Au cours d'une manif comme celle-ci, pour peu que vous discutiez un peu hors de votre corpo ou avec celles et ceux qui défilent hors cordons syndicaux, vous en apprenez des tonnes. Témoignages de visu du matraquage de manifestants « incontrôlés » par le SO de la CGT, témoignages du lâcher depuis les hélicoptères de la police de pétards lacrymogènes et autres bombinettes de désencerclement.

Mais observons les principales caractéristiques de ce genre de manifestation avec une présence importante des régions. La précédente à Paris dite intercatégories avec les cheminots avait été gentillette et un peu ridicule avec les slogans gauchistes éculés sur l'anticapitalisme. Je n'avais pas participé à la plupart des manifs-enterrements (ratées) précédentes, mais ayant fait celles de 68 et après, je suis frappé par un niveau de violence très rapide et bien supérieur au temps jadis. Une première explication : l'exclusion sociale, et par conséquent aussi syndicale (les syndicats se fichent des chômeurs) a créé une génération très peu disposée à ronronner en rang sous les bannières syndicales. Ne vous laissez pas abuser au début par la marée des fanions CGT ou SUD, elles décorent les traîne-savates, toujours en retard d'un métro, mais qui font partie de notre classe et ne sont pas méprisables. Ce jour ils étaient venus de toute la France et certains m'ont répliqué qu'ils n'avaient pas été décervelés par le voyage en car syndical (ce dont je doute, chants gogols pendant centaines de kilomètres accompagnant force libation et après... plus aucun sens critique). On n'était pas un million, certainement plus près des chiffres de la police, je dirais 100.000, ce qui peut paraître énorme sur un parcours d'avenues plus étroites que Bastille-République et avec un défilé qui mettra près de cinq heures à s'écouler.
La deuxième explication est que les manifestations attirent un plus grand nombre de chômeurs que jamais, jeunes, combatifs, déterminés, peu sensibles aux discours corporatifs syndicaux, ils veulent la confrontation. De mes yeux vu que les ouvriers casqués de Lorraine, des Hauts de France ou d'ailleurs n'aiment vraiment pas les CRS et en fin de manif faire comme les dits casseurs ; surtout à aux Invalides, avant de monter dans les cars, ces prolétaires ont persisté à canarder les CRS, sans doute pour leur laisser une carte postale de leur province, et écluser leur colère (certains étaient complètement éméchés) des fins de manif sans but et sans AG ; la mouvance obscure Nuit debout appelle systématiquement à des AG après les manifs mais loin de celles-ci ou à des endroits farfelus comme le Sénat ou le jardin du Luxembourg, ce jour, en tout petits caractères sur un tract gros comme un timbre. L'idéologie pacifiste des « nuit debout » est très présente, et révulse les jeunes chômeurs. Une des facéties des bobos de cette engeance est de s'approcher mains en l'air des CRS pour les faire reculer ou parlementer. Cette farce ne marche pas, le gourdin est la seule réponse ou le canon à eau comme vous pouvez le voir sur mon film, pas sur ma galerie photos.

Revenons au début de la manifestation. Du jamais vu, la CGT ne contrôle plus ce genre de manif comme naguère où ses imposantes troupes municipales et bureaucratiques faisaient régner l'ordre, en remettant à la police une infime minorité de ploum-ploum. Désormais c'est une escouade de deux à trois mille, anarchistes je ne sais pas, mais incontrôlés et manifestants qui ne se sentent pas à l'aise dans les boites de conserve corporative oui et qui mènent la danse en début de cortège. Sur ce point la CGT est en effet cuite. Il y existe une véritable solidarité intercatégorie ; à un moment suffocant sous les gaz et les paupières brûlées on est venu me soigner, et on me demandant plus loin si j'allais mieux... Les masqués sont souvent très jeunes, très sympathiques et bourrés d'humour, et humour qui fait plaisir à lire sur les murs comme vous pouvez le voir dans mon reportage photo.
En marchant il est une autre chose inouïe qui dépare avec le ronron syndical, et jamais vu depuis des décennies à mon avis : les manifestants parlent de la nécessité d'un changement de société. Pas seulement les laissés pour compte mais aussi les ouvriers des secteurs dits privilégiés du public;
Un des slogans qui m'a frappé au début pépère de la manif place d'Italie était « Berger on est pas tes moutons ». Le chef de la CFDT en France se nomme malheureusement pour lui « Berger » ; le principal syndicat fayot de la gauche bourgeoise au pouvoir ne perd rien pour attendre : il est minoritaire dans la rue ; mais comme je l'ai dit à des manifestants, tous les chefs syndicalistes se prennent pour nos bergers. En tout cas, l'argument de ce berger selon lequel il faut savoir terminer une grève pour les secteurs pas concernés a fait rire la plupart. Même si les secteurs publics ne sont pas concernés (pour l'heure), ces travailleurs ont des épouses, maris et enfants qui eux sont concernés directement par l'attaque bourgeoise du 49.3 ; un jeune manifestant, hostile au stupide bashing police, m'a même dit : « les CRS aussi ont des femmes et des enfants qui passeront sous la coupe du 49.3 ! ».
Ce qui est tout de même enthousiasmant dans ce mouvement hétéroclite, protéiforme, sans queue ni tête, malgré l'apparent ordonnancement de l'appareil CGT – et ses tentatives infructueuses d'usure en alternant grèves dispersées et grèves minoritaires – c'est cette conscience extra-corporative, hors revendication de boite, qui se développe contre l'attaque « sarkozienne » de la bande à Hollande en fin de parcours, bande particulièrement méprisante comme me l'a fait remarquer une jeune infirmière. Le « tous ensemble » qui est parfois entonné a un côté vieillot et inadapté, rappelant le saucissonage de 1995, où chacun était resté dans sa case corporative, ce qui avait finalement permis à l'attaque sur les retraites de passer. Plus géniale est cette réflexion : nos enfants, d'autres que nous, sont attaqués par cette loi de merde. Et surgissant, débarrassée de ses vieux oripeaux (pas tous, il y a encore des illusions sur le merdier de la Commune de 1871), pour parodier Morin en 68, rejaillit l'idée de révolution, cette nécessité de foutre en l'air un ordre bourgeois de plus en plus cynique, cause de guerre. Notons que malgré la dramatique tuerie du couple de policiers de Magnanville par un nazislamiste, l'ambiance « état d'exception » du père chysanthème Hollande et de son bedeau Valls, est pratiquement nulle sur la lutte de classes ; un des badges les plus vus au cours de cette manif faisait plaisir à voir : « je lutte des classes ».

Venons en au déroulé de la manif elle-même. Comme la CGT ne peut plus décemment policer une telle volonté de gueuler la colère ni encadrer les défilés, la Préfecture, et donc le gouvernement a choisi une stratégie de la provocation. Ses pions policiers sont présents de façon arrogante dès le départ, barrant chaque petite artère de grande avenue pour transformer le défilé en nasse et en masse à matraquer ou à gazer si cela tourne mal. Leur intervention n'est pas toujours négative même si plein de manifestants m'ont rapporté qu'une fois lancés à l'assaut ils cognent indifféremment sur les femmes et les vieux. Ils peuvent intervenir au milieu des manifestants sur tout individu portant un paquet suspect. Il peut toujours y avoir en effet des comportements bizarres, les cinglés ne sont pas tous dans les Yvelines. Un rmiste, en voie d'adhésion à la CGT (?) - qui s'était pris la tête avec des badgés CGT du premier rang qui bousculaient les CRS et les insultaient, leur demandant de les respecter - m'informa qu'un type portant une tronçonneuse sans lame avait été arraché aux mains des cognes au départ. Etrange de se balader avec une tronçonneuse pour une manif... avec sans doute un copain plus loin avec la lame ! Autre avantage dans l'ambiance du moment, personne n'est borné. Le bashing police n'est pas du goût de tout le monde, et j'ai même trouvé qu'il n'y avait qu'une infime minorité d'abrutis pour rendre les CRS responsables de tous nos malheurs. Curieux n'est-ce pas ce mouvement de rue où on discute comment il faudra passer à une société communiste et gagner les CRS à notre cause... Inédit aussi, la plupart des manifestants filment avec leur portable, voire se mettent en scène en selfie, comme quoi il reste toujours une part de narcissieme et d'hédonisme des sixties.

Revenons à la stratégie policière de ce jour qui a choqué plusieurs de mes collègues manifestants, plus habitués que moi aux manifs de ces dernières années. Vu la configuration donc, deux à trois mille incontrôlables en début de cortège, il faut tenter de saucissonner la manif, de scinder son aile la plus radicale et jem'enfoutiste des consignes corporatives syndicales. J'ai eu du mal à comprendre la manœuvre alors que je marchais aux premiers rangs dans l'ambiance festive avec cornes de brume et pétards de carnaval dont certains sont très violents et nous mettent les nerfs à fleur de peau. Une rangée d'une quarantaine de CRS nous précédait, marchant à reculons, mais chaque reculeur était épaulé par la main d'un collègue derrière lui pour éviter qu'il ne tombe. Subitement la rangée marquait un coup d'arrêt. Nous pensions que c'était pour éviter que la manifestation s'étire ou n'aille trop vite. Bernique ! Comme la muleta excite le taureau, le but était d'énerver nos casseurs qui piaffaient d'impatience. A ce jeu, au niveau de l'hôpital Necker, des objets ont commencé à voler en direction de la rangée de CRS : fusées, petit carreau de plâtre, canettes... Devant on poussait, ne comprenant toujours pas la raison de ce blocage alors que la manifestation devait voir son termes place des Invalides. Les CRS n'ont pas dégainé les matraques mais envoyé les lacrymos produisant un début de recul de la foule, en tout cas son interruption. L'avant-garde de la manif était scindée en deux. De chaque côté des rues adjacentes se trouvaient deux compagnies de CRS qui sont immédiatement canardées, des pierres volent, des fusées sont tirées dans leur direction. Des manifestants pensent qu'il y a des policiers-voyous en civils qui sont mêlés aux casseurs. Sans doute mais cela n'élimine pas la volonté de réplique des jeunes casseurs cagoulés à la provocation policière. Deux de ces jeunes m'expliquent que le but recherché est d'enfermer les plus « radicaux » dans un nasse et en sandwich, pour les couper du reste du long cortège ; le cortège a été certainement un des plus importants de ces dernières années. Retournant à pied (j'aurai accompli au moins 20 bornes) vers la place d'Italie, j'ai constaté que des groupes de manifestants n'avaient pas démarré alors qu'il était dix huit heures (départ à 13 heures).
Cela canarde très dur. Retournement de situation, une compagnie de CRS se retrouve bloquée dans
une rue en impasse près du carrefour de Duroc. C'est la curée. Une avalanche d'objets atterrit sur les CRS, qui ont beau être harnachés comme des chevaliers de la table ronde mais peuvent être assommés ou grièvement blessés par des pierres jetés avec grande force et agilité, des boucliers sont éclaboussés de peinture. Je peux dire que j'ai vu de la terreur dans leurs yeux. La presse bourgeoise ne parle jamais de l'exposition dangereuse de cette « piétaille » ; elle fait sa une ce matin sur des vitres cassées de l'hôpital Necker (voir plus bas ce que j'ai vu). Plus incroyable cette compagnie est laissée ainsi agressée pendant de longues minutes avant que la hiérarchie policière ne daigne envoyer des renforts. Spectacle effrayant ou on a même honte qu'aucun manifestant de crie « arrêtez ! ». Plus tard le camion moto-pompe se met en branle dans la rue parallèle, mais tel un gros nounours il n'impressionne pas les manifestants. Ceux qui sont loin de l'engin rigolent en voyant ses jets d'eau. Ceux qui sont près viennent narguer ce King Kong balourd, lui jette des objets. Lorsque le gros balourd va vouloir tenter de barrer l'avenue, le pauvre tank anti-émeute est pris à partie, certains tentent de lui crever les pneus, un autre entreprend de briser un des parebrises. L'engin est de travers, ne peut plus avancer ni reculer, sinon il écraserait des manifestants. La hiérarchie policière a mis du temps à aussi à envoyer deux colonnes de CRS pour entourer King Kong à la peine. Entretemps la manif s'est reformée, les anarchistes ont appelé de leurs mains les rangs des SUD et NPA qui hésitaient à se mouiller. Beaucoup pleurent sous l'effet des lacrymos. Vaut mieux avoir un foulard et du jus de citron.
Le défilé va reprendre mais en ayant perdu toute dynamique par suite aux coups de boutoir de la provoc policière. Pire les centaines de milliers qui arrivent derrière avec leurs marées de casques ouvriers et de drapeaux rouges syndicaux défilent en regardant pantois toutes les vitrines et abribus brisés depuis Montparnasse jusqu'à Sèvres -Babylone. Ils ne chantent plus, leur regard est désolé de la désolation qu'ils voient. Provoc policière et dégâts d'abrutis masqués avec gros caillous sur toutes sortes de boutiques. On a plus de chance de ridiculiser cette manif comme baroud d'honneur contrarié grâce aux casseurs. Le chef moustache CGT ne se gênera pour appeler à dénoncer les casseurs, d'autant plus que les manifestants pépères de l'arrière ne sauront jamais ce qui s'est passé devant ni sur le comportement tordu de la hiérarchie policière.

J'ai réalisé une galerie des slogans néo-soixantehuitards sur les murs des quartiers bourgeois, certains sont rafraîchissant et débordant d'imagination, d'autres nunuches communards. Ce genre de manif est propice aux sectes pour arroser de leurs tracts et pensums. Mes poches débordaient de leurs pensums. Passons en revue les mutins de Panurge.

LO et NPA étaient présents avec leurs ballons, les deux égéries Arlette et Nathalie posaient pour la photo comme si elles étaient des stars à Cannes. LO est désormais le seul groupe imposant, quoique
composé d'une majorité de têtes chenues. Quelques militants d'un groupe délirant, « Science marxiste » diffusaient leur presse imbitable 'L'internationaliste', j'ai attrapé celui qui paraissait être le chef en lui demandant d'ôter sa cravate, le cave était habillé comme un vulgaire Macron ; il m'assurait que cette secte, qui certes publie de beaux livres façon La Pléiade, était le principal groupe révolutionnaire en Europe.

ATTAC FRANCE faisait distribuer un petitou tract : « MEDEF ETAT convergence des luttes contre les citoyens » qui propose évidemment comme tout le monde le retrait « définitif », et pour rompre avec les politiques néolibérales, propose les mesures bolcheviques suivantes :
  • revaloriser le travail (même s'il y en a de moins en moins)
  • relocaliser les activités (sans doute pour que les bobos soient moins loin de leur résidence principale à la campagne)
  • mettre la finance au service de la société (en gros un capitalisme propre).

FAKIR faisait distribuer un supplément grandeur nature où il déclare : « Nous ne voterons plus PS », lequel est devenu un mouroir. Grande révélation : le scandale de Panama (80 ans après...) alors qu'on s'en fout. Comme Attac ces ânes imaginent une finance propre.

ACRIMED (action critique médias) se désole des « Tribunaux médiatiques pour syndicalistes « radicalisés ». Légère exagération : les syndicats sont mis en scène par les partenaires journalistes, nuance !

Un collectif Ni Guerres Ni Etat de guerre, reproche à la police d'utiliser les mêmes sales méthodes que contre la jeunesse d'origine immigrée, de perquisitionner ad aeternam de nuit, d'envoyer ses CRS en Grèce pour faire la chasse aux migrants et les entasser dans des camps, et conclut :
« L'état d'urgence contre le mouvement social, contre les jeunes, contre les musulmans, ça suffit ! Tous dans la lutte contre la loi Travail et son monde ». Il y en aura comme ça pour tout le monde.

Le « Pôle de Renaissance communiste en France » râle contre le déguisement d'un eurodiktat « déguisé en loi El Khomri ». La digne représentante des ouvriers arabes ne serait-elle qu'un pion de Bruxelles ? Le PRCF est ferme : « Revenons à 100% au syndicalisme de classe ». Enfin pour toute renaissance on a le plaisir de voir déterré les compères Thorez, Marcel Paul et Croizat – qui ont tant fait pour l'aristocratie ouvrière (c'est moi qui le dit) – quand ils étaient membres du PCF « alors léniniste, et de la CGT de Frachon ».

Un POID (Parti ouvrier indépendant démocratique) prévient que deux camps se feront face le 14 juin, d'un côté vous et moi, mais de l'autre : « le gouvernement, ses soutiens « syndicaux » (CFDT et UNSA), ses forces de répression et ses maîtres de Bruxelles et de Washington ». UN peu déséquilibré non ?

Pour le Bolchevik, la loi El Khomri est « une machin ede guerre antisyndicale » : « c'est à la classe ouvrière de chasser les traîtres à la tête des syndicats et les remplacer par une direction lutte de classe renforçant les syndicats ». Alors pourquoi virer les traîtres ? Le Bolchevik, sans le bonnet ridicule du général Trotsky, voit loin... en arrière : « Une mobilisation de la jeunesse peut être l'étincelle pour une mobilisation ouvrière d'ampleur, comme cela a été le cas en 2006 avec le CPE ou en Mai 68 ». Mais le plus important enfin concerne la lutte contre le fascisme : « Pour des mobilisations du mouvement ouvrier et des minorités contre les fascistes ». Vous l'avez deviné, ce sont les fascistes qui sont en train de faire passer la loi 49.3.

Alternative libertaire nous promet pour bientôt « Un autre futur », expliquant que la véritable opposition au gouvernement n'est pas Sarko and CO « c'est le mouvement social ». De plus le « gouvernement faiblit ». Conclusion : « Rejoignez-nous maintenant, pour ne plus subir et imaginer une autre société, communiste et libertaire ». Ah quand l'imagination libertaire sera au pouvoir ce sera un fumet d'oxygène bakouninien !

« Nous sommes le pouvoir réel » c'est PLATEFORME 2016 qui le dit avec un format journal luxueux sur papier glacé. « Pour un mouvement de libération : fédérons-nous ! ». Fakir avec ses facéties anti-PS et Attac avec sa lessive anti-finance devraient pouvoir se retrouver dans les promesses alléchantes de Plateforme 2016, que je ne citerai pas toutes tellement elles vont vous faire baver... de rire :
  • embauche de 6 millions de chômeurs avec une embauche supplémentaire pour 4 salariés occupés.
  • Semaine des 25 heures et échelle mobile des heures de travail.
  • Augmentation du salaire minimum à 1500 euros net
  • transparence des salaires
  • gratuité des produits de première nécessité
  • réquisition des logements vides
  • expropriation des grandes fortunes
  • naturalisation automatique de tous les résidents en France.

OCML VOIE PROLETARIENNE (VP-PARTISAN.ORG) commence par une réflexion sensée, comme seuls mes maoïstes sont capables avant de plonger dans les pires délires : « L'énorme travail de mobilisation pour la réussite des manifestations du 14 juin ne doit pas masquer l'absence de perspectives claires pour la suite ». Alors voici quelques conseils :
« La lutte syndicale est indispensable mais insuffisante, c'est toute la société qu'il faut changer (…) La révolte même radicale ne suffit pas. Les Nuits debout ou autres regroupements à la base, c'est bien pour se retrouver, débattre et être actifs. Mais c'est impuissant pour être une force agissante et efficace face aux exploiteurs ». Quelques propos sensés mais horreur, comment pourrait-on confier à des maoïstes « la reconstruction d'un vrai parti communiste » ?

Le GSI (groupe socialiste internationale, avec le tampon Ive Internationale) ne dit rien de marrant ni de sérieux : « Pour gagner, il appartient à l'intersyndicale d'appeler haut et clair à la grève générale jusqu'au retrait. Cet appel serait un signe fort.

Une poignée de mémères s'étaient invitées sur le trottoir pour exiger la libération de Georges Abdallah, donnant rendez-vous dimanche à la place des fêtes, et concluant par le triste : Palestine vaincra.

Un FRONT SYNDICAL DE CLASSE, répertorié à Marseille, après avoir cité en exergue une forte pensée du grand philosophe Henri Krasucki, nous rappelle que « notre bataille présente » est « profondément inscrite dans la lutte pour la démocratie ». Il fallait le dire, au risque qu'on ne se rende pas compte de cette ânerie.

Les associations charitables pullulent en général, il n'y en avait à ma connaissance qu'une : réseau salariat, qui devrait faire copine avec Attac et Plateforme 2016 : « L'emploi c'est pas une vie... Généralisons les salaires à vie et les co-propriétés d'usage ! ».

J'ai gardé pour la fin le placard de la coordination intermittents et précaires (CIP-IDF). Ce milieu marginal auquel tout est dû, plaide pour la fin du jour et de la nuit en espérant que Nuit debout « s'avèrera un mouvement révolutionnaire ». Il faut commencer par jouir sans entraves : « Dans le grand bazar de la lutte, il y a d'immenses ressources de plaisir : la mise en pratique d'une véritable horizontalité des relations, une invention de nouvelles formes de lutte, une émulation entre les acteurs ». En espérant que ce n'est pas une pub pour boite échangiste, essayons de suivre l'oracle :
« La lutte que nous menons est asymétrique. Plutôt qu'une guerre, c'est une guérilla avec des objectifs, des moyens, des forces sans cesse mouvants. Peut-être projetons-nous ainsi dans une forme endémique de contestation, qui aura la qualité de l'organisation que nous saurons lui inventer, mais qui, à Paris ou ailleurs, est appelée à essaimer et à s'étendre ». Derrière ce bla-bla inconsistant il y a une inquiétude pour la pérennité des revenus des saltimbanques si obligés de la gauche au pouvoir, et la tranquillité de leur intermittence dans l'emploi. Un énième discours qui veut éterniser la somme des luttes catégorielles sans remettre en cause l'Etat bourgeois (Etat papa ou tonton) comme les melting-potes d'Attac et de Plateforme 2016. Ce qui est sûr, comme tous ces extraits le montrent, ainsi que les échos de la manif et, persistants, de l'affaire Nuit debout : il y a pléthore de réformateurs et autres programmateurs de projets de société « accommodée » aux rêveries romantiques incrédibles anarchistes (l'autogestion), une garantie de revenu sans rien foutre (le rêve de tout bobo), et de travailler éventuellement le moins longtemps possible. A d'autres époques on a connu foison de programmes rigolos, mais, pour notre part, nous sommes désolés, un seul est sorti du lot : le Manifeste communiste de 1848.

MENSONGES DE LA PRESSE BOURGEOISE

Version Le Point : L'hôpital Necker vendalisé ! Mensonge, au carrefour Duroc les policiers étaient placé dans la rue adjacente, ce qui fait que des projectiles ont pu briser des vitrines de l'hôpital, mais le titre permet de dramatiser :
« Les violences des casseurs ternissent la mobilisation. Selon les organisateurs, un million de personnes ont participé à ce rassemblement, ils étaient près de 80 000, selon la préfecture de police. Mais, encore une fois, de nombreuses violences ont émaillé le cortège. Selon un bilan provisoire de la préfecture de police (PP) de Paris, 29 policiers et 11 manifestants ont été blessés dans la capitale. Les heurts entre plusieurs centaines de personnes encagoulées et les forces de police ont commencé rapidement après le début du cortège parti de la place d'Italie. Sur l'ensemble du pays, 1,3 million de personnes ont battu le pavé, selon les syndicats, « au moins 125 000 », selon les autorités. Selon un bilan provisoire de la préfecture de police (PP) de Paris, 29 policiers et 11 manifestants ont été blessés dans la capitale. Sur l'ensemble du pays, on comptait 73 interpellations. Les syndicats contestataires, qui refusaient de voir cette journée comme « un baroud d'honneur », ont salué le « succès » de la mobilisation. « Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère, cette société-là, on n'en veut pas », scandaient les manifestants à Lyon... ».

La dépêche AFP est simplement recopiée par tous les torchons provinciaux :

« Dans la capitale, la manifestation a rapidement tourné à l'affrontement. Plusieurs centaines de personnes encagoulées ont pris à partie les policiers et gendarmes avec des jets de projectiles. Dans le secteur de Port-Royal, des « individus sont entrés sur un chantier pour prendre des palettes avant de les jeter sur les forces de l'ordre », selon la police.
Les agents en tenue anti-émeute ont fait usage du canon à eau, notamment sur une place située près de la station de métro Duroc. Quinze policiers ont été blessés à cette occasion. « On n'a jamais vu l'utilisation du canon à eau c'est fou », s'est étonné un retraité assistant à la scène. Dans le XVe arrondissement, l'hôpital pour enfants Necker a été vandalisé. « Quinze baies vitrées ont été cassées », a indiqué l'Ap-HP, qui va porter plainte.
Dans la soirée, un véhicule de la RATP et deux Autolib ont été incendiés par des casseurs.
Sur le plan politique, le leader cégétiste Philippe Martinez doit rencontrer vendredi la ministre du Travail Myriam El Khomri. Les syndicats ont d'ores et déjà programmé deux nouvelles journées de mobilisation, les 23 et 28 juin.



Le compte-rendu de libération est le plus près de la vérité et signale qu'il y a eu encore un blessé grave:
«  Tout de noir vêtus, les manifestants les plus radicaux harcèlent les forces de l’ordre. Leurs projectiles ? Des bouteilles de bière et des pierres. En face, on réplique à coups de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes. Le défilé est bloqué de longues minutes. Mais les manifestants, masque sur la bouche et lunettes de plongée sur les yeux, ne reculent pas. Loin de se désolidariser des «casseurs», comme les y avait invités le préfet de police de la capitale, ils font bloc. Une fanfare entame Bella Ciao dans une nuée de lacrymos, tandis que les équipes médicales prodiguent les premiers soins aux blessés, pour l’instant légers : yeux rougis, contusions… Les slogans sont classiques : «Anti, anti, anticapitaliste!», «Paris, debout, soulève toi !» D’autres sont revisités : «La police déteste tout le monde», au lieu de «Tout le monde déteste la police». Ou encore : «Si t’es fier d’être CRS tape ton collègue!»
 
http://www.liberation.fr/france/2016/06/14/paris-afflux-tendu_1459498


Mais c'est aussi hypocrite de la part du journal de Rotschild, il suffit de lire les commentaires indignés pour voir comment police et CGT ont laissé faire pour que ce soit un baroud d'honneur, sale :
j'aimerai connaitre tous les avantages( nature financier....) des dirigeants de la cgt
Quelle honte que de caillasser un hôpital !!  Cégétistes, c'est le chant du cygne
pas honte de s'en prendre à un hôpital pour enfants ?????????
Bravo les camarades!



















dimanche 12 juin 2016

L'industrie du migrant ou le commerce des migrants ?


(Participation à la discussion lancée par Henri Simon sur l'industrie du migrant)


Désespérant qu'on finisse par avoir une discussion lucide et politiquement anticonformiste sur la question des migrations dans les milieux dits révolutionnaires, les plus proches de la vision d'une mission historique du prolétariat selon le marxisme, je suis tombé avec intérêt sur le long article d'Henri Simon, sans doute notre dernier grand mohican de l'ingrate période de la reconstruction. Le titre semble médiatiquement bien choisi : « L'industrie  du migrant », mais il y manque au moins un sous-titre : « et son utilisation politique » et un commentaire : « industrie ou commerce ? ».(cf. ECHANGES n°154, hiver 2016).

Il faut en effet que tous ceux qui ne sont plus enfermés dans les oeillères militantes puissent réfléchir au chaos actuel, comment il est subi et utilisé, comment on entend toujours une chose et son contraire, comme disait Marx dans le Manifeste de 1848, et comment il faudra se mettre dans la tête qu'on n'a pas non plus à opposer une réponse simple ou une simple réponse aux mystificateurs dominants, dont la novlangue finit par se ridiculiser elle-même.

Il y avait longtemps que j'attendais un article intelligent du point de vue marxiste et donc du point de vue du prolétariat, sur le sujet : un sujet traité jusque là de façon simpliste aussi bien par le « milieu révolutionnaire » iconoclaste du maximalisme que par les variétés de gauchistes : « tous immigrés », « solidarité avec nos frères de classe », « abolition des frontières », etc. Ce souhait qu'un débat qui brise le disque rayé de la bien-pensance bourgeoise et gauchiste, j'avais espéré le faire changer en blue-ray d'une approche plus consciente des changements introduits par le chaos capitaliste avec mon livre « L'immigré fataliste et sa religion policière » ; mais, excepté un rédacteur de la revue Echanges, motus et bouche cousue. On préféra continuer à dormir sur les certitudes simplistes et une bonne conscience humanitaire.

Même si je suis obligé de la critiquer sévèrement, je formule donc le vœu que cette contribution intelligente, argumentée et documentée de Henri Simon serve à fouetter un dépoussiérage des ballades du temps jadis pour une discussion fructueuse non sur le plan des diverses variantes de secourisme mais sur le plan politique révolutionnaire, celui qui n'attend aucun arrangement d'une société qui ne vit plus que de ce chaos dont elle se targue de survivre.

Henri Simon, dans une écriture impeccable et sereine décrit le phénomène historique des migrations comme permettant le développement du capitalisme, avec ses formes les plus barbares, de l'esclavage à la fuite des populations en guerre, en subissant des révolutions (migrants riches).
Très vite il sort de l'ornière des simplismes à la CCI ou PCI, basés sur une culpabilisation bobo compatissante - migrants = classe ouvrière - :
« « Le migrant » n'est pas le personnage homogène que l'on tend à nous présenter, une sorte de modèle uniforme de victime expiatoire du système, mais les migrants sont une population différenciée venant de classes, de milieux et d'origine sociale diverses : la même collection d'exploiteurs, de cyniques, de naïfs, d'égoïstes, d'intelligents et d'imbéciles que l'on trouve dans toute la société » (p.14).

En rappelant que les migrations ne concernent que 3% de la population mondiale, le camarade semble atténuer l'importance moderne du phénomène, et accréditer la propagande des menteurs d'Etat à la Médiapart ou Libé, or ce n'est pas par rapport à la population mondiale que cette statistique doit être référée, mais par les concentrations d'invasions : les migrants vont se masser massivement dans les zones urbaines ou tenter d'aller là où est concentrée la richesse ; ainsi vous verrez la place énorme prise à Londres par les migrants (pour les besoins de l'immobilier olympique) mais aucune en lozère. Simon passe à côté également de l'aspect culturel – invasion d'un marché de bazar (le marché de commissions dont parlait déjà Marx) et de règles morales pré-capitalistes barbares (infantilisation de la femme, justice par soi-même, catéchisation autoritaire des enfants, meurtre au nom de dieu, etc.).
A ce stade, si l'auteur avait déjà pris en compte ces aspects proéminents des migrations nouvelles, il se serait posé la question suivante : pourquoi le Capital laisse faire ? Nous serons forcé d'y revenir.

Le tableau qui conditionne ces migrations, faibles certes en pourcentage comparé à la population mondiale, mais énormément prégnantes par leur concentration en zones urbaines européennes, est cependant bien analysé :
« Surpopulation, misère, déstabilisation économique, guerre... toutes ces facettes de l'activité capitaliste, si toutes ces variantes alimentaient et alimentent encore les besoins en main-d'oeuvre du capital dans certaines régions du monde, leur caractère a profondément changé en raison de l'évolution du capital dans certaines régions du monde, leur caractère a profondément changé en raison de l'évolution du capital lui-même, à la fois dans ses techniques de production et dans ses mutations géographiques ».

Tout ce que décrit Simon sur l'utilisation intensive de l'immigration au cours de la période de reconstruction est incontestable, sauf qu'il oublie là aussi de signaler que l'immigration à l'époque était de souche européenne et catholique, quand l'immigration musulmanne colonisé restait au second plan, pratiquant humblement et discrètement sa religion ; qu'il existait deux grands blocs impérialistes qui occupaient une partie des chômeurs des pays périphériques dans des guerres locales incessantes qualifiées de révolutionnaires, et que les deux seules grandes religions qui s'affrontaient étaient la capitaliste libérale et la stalinienne. Entre le marteau et l'enclume il n'y a pas l'espace d'un souffle d'air religieux, sauf quand le forgeron vient à perdre un bras... vers la fin des années 1980, et que ce handicap le pousse à fermer boutique.

On y arrive au bémol, sauf l'Allemagne1, : « … l'immigration n'est plus du tout souhaitée et on est passé d'un caractère bénéfique à une calamité, avec des politiques nationales anti-immigrés, des barrières politiques et matérielles et une montée de la xénophobie et du racisme à la démesure d'un afflux croissant de migrants en raison du chaos mondial causé par l'expansion capitaliste et sa crise ».

Ce qui était somme toute dans l'ordre des choses « pour la vie sur terre », selon les termes de Simon, ce flux perpétuel des populations sur une terre désespérément ronde, est donc freiné, voire combattu. Au lieu de partir des contradictions du capital, qui ne peut plus intégrer et qui « limite » l'humanité, Simon part du besoin individuel du migrant quelconque, quand l'analyse de la baisse tendancielle du taux de profit et la fuite en avant dans les guerres sont les causes premières. Il reprend ensuite des arguments bons pour les sociologues :
  • « ..la migration dévalorise le coût de la force de travail à la fois par cette uniformisation par le bas et par la pression que cette dévalorisation entraîne dans le pays d'accueil » (ce qui n'est pas faux évidemment sinon on ne comprendrait pas l'objet du 49.3, mais c'est un argument de surface... économique) ;
  • « ce sont des familles entières qui tentent l'aventure et la notion de regroupement familial n'a plus cours » (or que des familles entières rappliquent est bien là tout le problème : révélant à la fois l'affolement dans la guerre et la misère + l'importation de coutumes tribales) ;
  • « l'offrande de femmes dociles et affectueuses... issues des rapports patriarcaux » (Henri Simon n'a jamais dû essayer de draguer une femme voilée ni de lui serrer la main... et jusqu'à preuve du contraire, la migration concerne une majorité de mâles qui possèdent des désirs sexuels normaux que les bordels allemands ne peuvent remplir.

Il y a une vingtaines d'années, le CCI encore capable d'élaboration originale avait signalé que dans sa décadence le capitalisme s'alignait sur le fonctionnement des pays du tiers-monde, idée prémonitoire géniale puisqu'elle se vérifie aux pourtours des villes avec la généralisation du bazar moyen-oriental (où je préfère aller acheter les objets fabriqués par les enfants chinois que chez mon ex-quincailler en blouse grise aux prix obscènes), un mode de vie voilé au quotidien pour les femmes, une obligation de ne pas critiquer la croyance musulmane ni juive. Simon note que la décision de migrer en Afrique n'est pas individuelle (l'a-t-elle jamais été?) mais est une condition de circulation de l'argent pour la diaspora qui a toujours caractérisé le « commerce de commission », un des avatars déjà du jeune capitalisme dont Marx disait :

« Le commerce des premières villes et des premiers peuples commerçants autonomes et superbement développés reposait, en tant que commerce intermédiaire pur, sur la barbarie des peuples producteurs entre lesquels il jouait le rôle d'intermédiaire. Au premier stade de la société capitaliste, le commerce domine l'industrie ; dans la société moderne, c'est l'inverse. Bien entendu, le commerce réagit plus ou moins sur les communautés entre lesquelles il est entrepris ; il soumet davantage la production à la valeur d'échange en faisant dépendre la jouissance et la subsistance plus de la vente que de la consommation directe des produits. Par là, il désagrège les conditions anciennes. Il augmente la cirulation d'argent. Il ne se borne plus à se saisir de l'excédent de la production elle-même et met sous sa dépendance des branches entières de la production. Cependant, cette action dissolvante dépend beaucoup de la nature de la communauté productrice. Aussi longtemps que le capital marchand met en œuvre l'échange de produits de communautés non développées, le profit commercial ne se présente pas seulement comme du vol et de l'escroquerie, mais c'est en grande partie là qu'il a trouvé son origine » (p.321 et 322 de mon livre).

Cette longue citation de Marx, peu connue, sur le commerce de commission peut donner lieu à plusieurs interprétation et on dira que Marx ne connaissait pas le monde actuel ni la phase de régression du capitalisme en son entier. Il y a bien un génie prémonitoire à voir le capitalisme comme retournant en priorité au commerce qui règne depuis des siècles dans les zones arriérées. Que le patron du PSG soit un milliardaire du Qatar, représentant de ces micros Etats artificiels et odieux qui coupent les mains aux voleurs de pommes, traitent pire qu'en esclavage leurs immigrés ou encouragent le massacre des incroyants, tel est bien le symbole du capital en burka mais paré des bijoux de la place Vendôme.

La crise économique n'explique pas tout, ni les restructurations du capital depuis la fin du fordisme. Simon nous dit que « la migration est devenue aujourd'hui un parcours du combattant » ; le mot est bien choisi, on verra plus loin qu'il ne croit pas si bien dire. Il y a eu transformation structurelle du capitalisme : « avec l'automatisation, le capitalisme développé n'avait plus besoin de force de travail non qualifiée et, avec la mondialisation liée à la révolution des transports maritimes, le capital pouvait aller puiser cette main-d'oeuvre dans les pays surpeuplés (…) la crise économique et le chaos engendré ont précipité dans l'émigration une masse croissante de candidats au voyage au même moment où ils n'étaient plus aucunement nécessaires ». Il est juste et cohérent de rappeler cet aspect mais il y manque le critère marxiste : l'arrêt des forces productives, qui conditionne une misère généralisée où le capital se refuse cyniquement (et sans honte sinon il ne serait pas décadent) à prendre en compte. L'automatisation ne peut jamais être séparée des compétitions impérialistes ; du point de vue du mouvement ouvrier on ne peut être que favorable à l'automatisation mais dans une société qui fasse prévaloir les besoins humains. Le capital ne se soucie pas d'intégrer des masses de populations à la dérive mais de les assister. Simon a raison de décrire cet assistanat avec ses légions d'organismes humanitaires comme nouvelle source de profit, mais la question n'est pas dans ce qu'il nomme « l'industrie du migrant », dont les parasites profiteurs profitent certes des « commissions » mais qui n'est qu'un commerce impuissant à rajeunir la capital2, mais dans, le fait que des millions d'êtres humains vont se retrouver parqués à vie dans des camps et dans une misère sans fin ; sans espoir d'intégration ni de révolution pour changer leur sort3. Enfin il n'est pas vrai que la majorité des migrants appelés à devenir prolétaires ne soient « plus aucunement nécessaires » ; la bourgeoisie a besoin autant de femmes de ménages que d'informaticiens, même si elle favorisera et sponsorisera toujours les aspirants migrants des couches moyennes4.

Enfermé dans sa thèse d'une industrie du migrant, Simon s'imagine qu'il suffit, pour corroborer sa géniale invention, d'aligner les profits tirés des petits marchés des salauds de passeurs : bateaux gonflables (fabriqués en Chine SVP), citation du Financial Times « une embarcation avec 450 migrants rapporterait 1 millions d'euros pour un seul passage », le budget « migrants » des bourgeois européens rapporterait des milliards aux pays d'Afrique. Plus loin Simon nous balade aussi avec sa prétendue révélation du juteux business des restaurateurs viennois (p.31), que veut-il prouver ? Que le capital favorise l'enrichissement sous couvert humanitaire ? Qu'ils rançonnent les populations avec ses inspecteurs des impôts et ses passeurs ? Tout cela on le savait déjà !

Jamais tout ce cinéma « humanitaire » n'est corrélé avec les guerres capitalistes qui non seulement font fuir les populations civiles mais montrent qu'elles sont plus nécessaires aux profits et aux pillages que la « manne » de cette fumeuse « industrie du migrant ». Suivent des commentaires erronés, et erronés parce qu'ils ne prennent pas en compte le fait politique de la guerre, comme si le capitalisme était devenu rationnel ou au moins un tant soit peu progressif comme à la fin du XIXe où l'industrie primait sur le commerce. Non les camps de migrants ne sont pas des « réservoirs de la force de travail », ni « provisoires » mais d'immenses réservoirs de misère ! (Simon note pourtant que la plupart ne peuvent pas s'en échapper!). Sur les camps comme celui de Calais, on eût aimé voir dénoncé l'hypocrisie anglaise et allemande.
On espère que Simon va frôler la réalité lorsqu'il nous dit qu'il reste « une voie tragique » pour les milliers de prisonniers des camps de la misère capitaliste. Eh bien non, il ne dit rien à ce sujet. Mais nous le disons, oui il reste une échappatoire aux miséreux et c'est daech ou n'importe quelle armée de bachis bouzouks du coin. Exister à nouveau, avec un uniforme et une solde, pouvoir se faire respecter et prendre plaisir à tuer, cela est fourni pour une partie. C'est une promotion, il faut jurer fidélité à Allah et posséder un cynisme hors du commun ; mais la misère fait si bien les choses. IL y a longtemps qu'au Moyen Orient comme dans la plupart des zones en guerre, la guerre est la solution au chômage. Mais hélas elle n'est pas très rentable pour les masses de populations plus attirées par la paix et l'aisance des pays riches qu'à se sacrifier pour un livre de contes moyenâgeux. C'est pour cela que la fuite des migrants est à la fois révolutionnaire mais inquiétante à la fois, cette fuite n'a pas de solution dans un éventuel accueil confortable, mais elle appelle la guerre, comme la fuite des républicains en Espagne en 1936 sentait l'odeur de guerre mondiale.

Au lieu de progresser vers la politique, c'est à dire d'analyser l'utilisation tout azimuts par la bourgeoisie mondiale de la trilogie migrations-chaos-islam, il s'en éloigne un peu plus :
« Il faut cesser de considérer le problème des migrants sous les aspects divers que nous avons évoqué (sic) pour le centrer sur ses seuls aspects économiques et au-delà sur la relation que l'on peut faire entre les migrations modernes et celles du passé. Se concentrer sur les aspects humanitaires et/ou politiques masque les réalités économiques... ». Consternant, et cela évite de se mouiller dans les difficultés idéologiques et politiques générées par le chaos capitaliste. On retombe dans l'irénisme et l'angélisme gauchistes. On s'appuie sur un quelconque labo qui a inventé que si on ouvrait grand les frontières : « tout le monde y gagnerait, même l'économie du système capitaliste ». Le dernier commentaire est bien de Simon, appuyé par une déclaration irresponsable d'un institut bourgeois. C'est d'un monde sans guerre et débarrassé du capitalisme qu'il rêve le père !

Il veut nous faire rire, avec son économie de bazar, en nous expliquant que les maigres possessions et le bijoux des migrants aboutissent à cette opération du saint esprit : « conversion de capital immobilisé et capital monétaire n'est pas sans incidence : d'une part il fait entrer de nouveaux capitaux dans les circuits financiers... ». Après le micro-crédit, Simon pourra se targuer d'avoir vu le capitalisme s'enrichir grâce aux bijoux en ivoire arrachés aux migrants ! Sur les dépenses de ces pauvres ou moins pauvres migrants, on nous ressert les statistiques des organismes pourris de l'OCDE, belles références ; références qui viennent conforter le discours gauchiste oecuménique ouvert à toute la misère du monde dans un seul pays (comme hier le socialisme...) où le migrant est à nouveau la principale victime, jamais un emmerdeur de première qui a tous les droits (Simon n'a jamais été à Calais voir de près et reste bien gentil envers la perfide Albion).

Le Capital laisse faire parce que le chaos le sert. Mais le projet politique communiste maximaliste peut-il sans se renier (libération de l'humanité des superstitions) laisser croire que la société va éternellement supporter les arriérations religieuses et que les milliards d'habitants de la terre vont pouvoir se déplacer comme bon leur semble avec pour tout liant « la musique », voire ce qui en tient lieu, le Rap ?

La conclusion de l'industriel des migrants est affligeante de recopiage des pires banalités qu'on nous fait subir, avec des trucs carrément idéalistes (le courant migratoire ancestral, le vieillissement des populations, l'extension de l'hygiène) et une apologie du melting-pot américain.

Invoquant les migrants Sarko, Valls et Hidalgo, le melting-pote Simon nous conforte dans notre déception qu'un aussi auguste dinosaure social-barbariste conçoive l'avenir de l'humanité en coalition de communautarismes où la musique réalise déjà « la fusion ». Prolétarienne ? Communiste ?

Finalement son article est bien écrit, mais il a réussi le tour de force d'évacuer et le prolétariat et la révolution. C'était un article apolitique, comme aurait dit Grandizio Munis. Ou Marc Chirik.



Notes : 
 
1On me permettra de mettre en doute cet argument de la dénatalité de l'Allemagne. Lorsqu'elle fît venir initialement des millions d'ouvriers turcs la bourgeoisie blondasse pétasse n'avait aucun problème de natalité, son problème était la reproduction de la classe ouvrière et sa contribution à la formation des couches moyennes « de souche », seul rempart réel à la révolution prolétarienne. Angélique Merkel est une crapule comme toutes les girouettes politiques du sérail politicien des deux côtés du Rhin. L'opportunité de faire venir autant de syriens « victimes de la guerre » (et très sélectionnés, beaucoup sont renvoyés en catimini comme l'oublie Simon) n'est pas simpement là pour développer l'industrie, mais – ne remettant nullement en cause la guerre des pétroles – pour cacher la manne pour l'industrie d'armement teutonne de la continuité de l'opaque guerre contre daech. En plus, hélas les infos passant si vite et étant trop rapidement digérées, on oublie tous les efforts pour imposer en première langue l'allemand en Europe (l'arabe pour les français, inutile au niveau commercial mondial) ; il y a peu d'années, avant le revirement subit d'Angélique, les « autorités allemandes » avaient demandé instamment que l'allemand soit enseigné prioritairement dans les pays latins... pas aux migrants arabes ou afghans! Sans compter que la question de la soudaine « générosité » d'Angélique ne fait pas l'unanimité des factions bourgeoises, et demeure révisable du jour au lendemain...
2 Avec sa théorie de l'industrie du migrant (titre qui espère avoir la même célébrité que l'industrie de l'holocauste?) Simon veut nous faire le coup de l'analyste marxiste chevronné : « cette industrie du migrant n'en est pas moins constitutive à part entière du procès de production capitaliste : le voyage consomme un certain nombre de produits faisant en cela la prospérité de telle ou telle industrie ; il permet d'accumuler en raison de sa haute rentabilité une masse de capitaux investis dans ces circuits légaux ». Bla-bla, bous avons vu qu'il n'en était rien avec Marx et le commerce de commission. Le commerce de migrants est une retour au pré-capitalisme ! La traite des migrants est un commerce ignoble plus qu'une industrie en soi, même si une partie sert à renouveler la classe ouvrière.
3 Simon montre bien par ailleurs que l'économie du chaos capitaliste peut avoir des conséquences dramatiques. Dans sa note 14 il dit qu'une chute du prix du pétrole pourrait bien entraîner une « désétatisation » de l'Algérie ou du Nigéria et jeter sur la route de l'exil des milliers de personnes. Cela n'est pas faux, mais il faut faire attention avec le terme désétatisation (utilisé pour la Syrie, l'Irak et la Libye) les Etats locaux de la décolonisation n'ont jamais été que les fantoches des impérialismes opposés, et, dans le chaos il y a toujours le recours à la guerre et l'Etat ne disparaît jamais de lui-même... comme je le montrerai concernant le chaos dans la guerre d'Espagne en 1936. Page 30 Simon se trompe à nouveau complètement : il n'y a pas socialisation des travailleurs immigrés, car, désormais ils ont le droit de prier dans l'entreprise et la police est impuissante à sermonner toutes les hyper-voilées qui envahissent les banlieues.
4La lozère qui fût la vitrine d'une émission de FR3 pour un hameau d'intégration de migrants. Au milieu de couples de pauvres syriens ou afghans, seuls seront gardés l'avocat libanais et sa famille !

mercredi 8 juin 2016

MUNICIPAL OU SYNDICAL, LE RACOLAGE EST TOUJOURS AU SERVICE DU CAPITAL


UNE REPLIQUE GERIATRIQUE DE « NUIT DEBOUT » : GENTILLY couché !

Suivi de quelques réflexions sur l'aumônerie syndicale

La clique, politique ou syndicale, pue. Elle parsème toute assemblée de quatre ou cinq de ses veilleurs de nuit qui surveillent et font la cabale. La clique politique, qu'elle se nomme « à gauche autrement » ou »à droite carrément », elle génère de pauvres tâches, qui ont besoin de demander la permission aux « dirigeants » ou à leurs multiples directeurs de conscience si un quidam leur adresse la parole. Ou mieux, d'esquisser un sourire de messe compatissant et raide pour signifier que parler risque de faire du bruit à la messe municipale - si bien apprêtée « sans étiquette », avec le mot d'ordre de n'importe quelle équipe de footeux « tous ensemble » - si vous vous penchez pour faire un commentaire sur la tribune ou le comique qui tient le micro. Le membre de clique reste méfiant. Le nouveau venu a de fortes chances d'être un ennemi. On ne va pas se laisser entraîner imprudemment à converser avec lui. Surtout qu'au fond de la salle, grisonnant, l'adjoint au secrétaire général Machin veille sur les comportements dans la salle.
On dirait que je les sens à dix mètres les encartés, les militants de tout comptoir à boniments, ces cliques d'enfoirés fesses serrées incapables de penser par eux-mêmes, empruntés, impuissants à rire aux éclats devant failles des montages de télé d'Etat qu'on leur fait projeter en guise de distraction pour administrés considérés comme débiles profonds, mais pas si débiles qu'eux.

Projection débat « Nous, ouvriers »
Gentiment à Gauche Autrement, organisait une conférence (pièce jointe) à partir d'une projection du film "Nous, ouvriers", récemment passé sur FR 3. Placard publicitaire :
« Gentilly A Gauche Autrement est une association politique locale, fortement ancrée à gauche, souhaitant placer les citoyens au cœur de la vie politique locale (plus de renseignements sur notre site facebook). Nous projetterons la 3 ème partie du film, "Nos cœurs battent encore" Le débat s'orientera, au-delà des questions de témoignages sur la vie ouvrière (objet du film), autour de la confrontation entre la classe ouvrière et le capital : la fierté d'être ouvrier, la solidarité, les luttes et les conquêtes de la classe ouvrière et l'offensive du patronat pour balayer les avancées sociales acquises au prix de luttes souvent très dures. Nous aborderons aussi la question des inégalités croissantes et les particularités de la situation présente : travail précaire, nouvelles formes de travail (ubérisation...), loi El Khomri, chômage de masse.... Et dans ce contexte, quel avenir ? ».


UNE REPLIQUE GERIATRIQUE DE « NUIT DEBOUT » : GENTILLY gentillet !

Je m'étais fendu la poire lorsque j'avais vu l'intitulé « Nous, ouvriers ». Etait-ce une espèce en voie de disparition ? Une manière d'accrocher les caves à la Léon Zitrone qui, naguère faisait des conférences dans toute la France avec pour thème : « les grands hommmes que j'ai rencontré »... J'imaginais nos deux chevronnés syndicalistes écumant les sentiers poussiéreux telle Flora Tristan pour porter la bonne parole : nous, ouvriers et derniers mohicans...

Apparemment les bonzes à la retraite se prennent encore pour des généraux, avec médailles pour les batailles perdues (nombre de licenciements, état de service comme bon flic syndical). Comment pouvaient-ils prétendre engager un débat sur « la confrontation entre la classe ouvrière et le capital », avec leur niveau apolitique syndical et post union de la gauche bourgeoise ? Le film de propagande de FR3, où la syndicaliste exhibait sa fierté d'être passée à la télé, était affligeant. Typique des films de propagande traditionnel, complètement démoralisant : longs panoramiques sur les murs sales des usines désaffectées. Slogans à la con typique syndicalisme étroit qui prend les ouvriers pour des figurants ; zoom sur le mur où est inscrit : « le capitalisme a tué nos emplois ». Plus bête tu meurs ! Succession d'interviews individuelles de vieux et de vieilles ouvrières dégoûtés par la sauvagerie du capitalisme (on le serait à moins et comme on les comprend mais on s'en fout, tout cela on connaît). Comme si la classe ouvrière n'avait plus de jeunes, voire des jeunes qui ne savent pas ce que c'est d'être exploité! Sempiternels regrets que les enfants se trouvent illico jetés au chômage, et une fin typique de la vision petite bourgeoise et néo-stalinienne : zoom sur des mains graisseuses d'ouvriers et d'ouvrières. Bref le « réalisme socialiste » n'eût pas faire pire. Et la maison de retraite de Gentilly presque au complet, une petite vingtaine de têtes chenues, d'applaudir. Le seul interviewé qui avait frôlé la vérité dans la propagandgnagna FR3 avait été le renégat Martin syndicaliste promus ministre :"mais j'ai eu des bons moments dans ma vie d'ouvrier". Bon mais c'est quand même mieux d'être ministre! Le papy qui salue les présents tient à saluer les élus présents dans la salle. Gaffe ? Moi je ne les ai pas raté les élus « cachés » lorsque j'ai dit que le « on » des présentations je ne savais pas au nom de quel parti il parlait... Il me fût répondu qu'il fallait savoir parler sans étiquettes (surtout si les élus voyeurs gardaient la leur dans la poche!).

Avec cette vision typiquement syndicaliste et misérabiliste de la classe ouvrière servie par la propagande d'Etat et sous les auspices des bureaucrates municipaux de la gauche bourgeoise de Gentilly, il ne fallait pas s'attendre à des miracles. Le retraité général syndicaliste se prit pour un grand conférencier qui allait nous expliquer le capitalisme depuis 1914, quelques généralités suffirent à montrer qu'il n'y connait que pouic en économie, mais surtout une incapacité à tirer des leçons politiques de la crise du capital et à poser les responsabilités du prolétariat, ou à dénoncer les principaux ennemis de la classe ouvrière : le gouvernement de gauche au pouvoir et le sabotage des manœuvres de dispersion syndicales... tout en parlant d'unité... électorale.
Cette pauvre chose d'élus masqués et de syndicalistes qui se croient glorieux, nous engageait à lutter...contre la fraude fiscale et la défense de la SS, car « nous ne pouvons être offensif mais défensif pour surveiller où va l'argent » ! Avec une défense des journaputes qui se battent eux aussi... ce nouveau porte-voix des objectifs électoraux de la gauche bourgeoise est à pisser de rire. La clientèle électorale classique du PCF était là : vieux profs et vieilles syndicalistes. Ils n'ont pas supporté que je leur rentre dedans. C'est une version banlieusarde de la confrérie bobo « nuit debout », à cette différence que eux, ils doivent prendre un cachet « socialiste » pour continuer à dormir. Les papys censurent comme à « nuit à la con », dès que quelqu'un veut développer son point de vue : hop on lui retire le micro ! L'ennui c'est que de plus en plus de prolétaires ne veulent plus poser de questions, et encore moins aux vieux pneus usagés ces pitres politiques de la petite bourgeoisie retraitée ! Ah oui j'allais oublier deux vieux machins retraités se sont mis à exalter le temps libre... En plus ils sont impayables ! Laissons les ronronner dans leurs chaises longues, ceux au moins n'encombrent pas les transat..lantiques !

Sur facebook je consulte le lendemain le site de la mairie qui héberge « à gauche autrement », et je trouve des photos pépères de la salle municipale, et ce seul commentaire (alors que le mien, celui que vous venez de lire n'a pas pu être effacé) : « Une cinquantaine de participants hier soir à la projection du film " Nous, ouvriers" et au débat qui a suivi. Des échanges riches, il se passe des choses pour créer une alternative au libéralisme, reste à rassembler! ». Minable, on n'était pas plus de 30 et aucun résumé, aucune explication de la honteuse façon avec laquelle la clique muncipale des papys et de leurs jeunes exécutants arrachaient le micro à tout intervenant qui durait trop à leur goût... De toute manière ces blogs municipaux ne sont lus par personne et, vu la petitesse intellectuelle de la petite confrérie bureaucratique de la « plus petite cellule de base de la démocratie » (Hollande) népotiste et incompétente, la plupart des ouvriers ne peuvent pas plus les prendre au sérieux que les respecter.

LE SABOTAGE DE LA LUTTE PAR LES AUMONES SYNDICALES

La presse bourgeoise, la télé et le web se sont fait largement l'écho des quêtes CGT, par son VRP un certain Romain Altmann, intermittent de spectacle CGT qui traîne un peu partout sur les réseaux sociaux, comme ces permanents syndicaux de naguère qui traînaient dans l'usine pour mieux surveiller les ouvriers. Avec ce ton neutre qui sied si bien parfois comme intermède à des médias excédés par ces « syndicalistes bornés » on lisait ceci depuis hier :

Grèves : 224.000 euros de cagnotte récoltés par des syndicats CGT

Une indemnisation pour aider les grévistes. La cagnotte de grève lancée fin mai par quatre syndicats CGT pour aider des salariés impliqués dans des grèves reconductibles contre la loi travail a récolté plus de 200.000 euros. Le premier chèque sera versé mercredi à des cheminots, ont indiqué mardi à l'AFP des responsables CGT. Dans le détail, la somme récoltée atteignait 224.292 euros vers 18h00. La majeure partie a été versée en ligne, soit 190.000 euros. Le reste a été remis par chèque ou liquide.
"C'est une caisse destinée à tous les salariés, même venant des autres syndicats non CGT ou non syndiqués", a précisé Romain Altmann, secrétaire général de la fédération Info'com (information et communication). Le montant moyen de l'indemnité va tourner autour de 30 à 50 euros par gréviste et par jour de grève. "Il ne s'agit pas de compenser le salaire d'une journée de travail", a-t-il souligné.
Un premier chèque de 15.000 euros pour les cheminots de Versailles
Près de 4.400 donateurs, principalement des jeunes et des retraités, ont participé à cette initiative des syndicats CGT Info'com, Air France, Goodyear et SIP (imprimerie de la presse), lancée le 24 mai, au moment des premiers appels à des grèves reconductibles dans les raffineries. Le premier chèque, de 15.000 euros, sera remis mercredi aux cheminots de Versailles. D'autres seront remis aux grévistes du site de vente en ligne Amazon, aux grévistes du Havre (raffinerie, dockers) et aux postiers des Hauts-de-Seine, a précisé M. Altmann.
(avec AFP)

Magnifique élan de générosité vous dira le premier syndicaliste de base venu ! Un peu d'honnêteté dans un monde pourri ! Hélas pas du tout cher syndiqué de base, quoique je partage votre indignation contre la loi « travaille ! » (et ferme-la!). Depuis très très longtemps les quêtes de solidarité sont un « truc » des syndicats d'Etat et des aventuriers gauchistes pour se faire « reconnaître » comme de vrais amis des ouvriers. « Camarade ! Mettez aux drapeau ! ». Combien de fois n'ai-je pas vu depuis une quarantaine d'années militants syndicalistes et gauchistes en appeler à la solidarité devant telle ou telle entreprise au profit de salariés d'une autre en lutte depuis quelque temps ou un temps qui s'allongeait sans que le patron ne daigne négocier! Et j'y allais de ma poche bien sûr, pas comme ce nigérian qui abusa Marie sur Meetic en la suppliant de lui envoyer 2000 euros parce qu'on avait pillé son appartement, car l'Afrique est très pauvre, et que sa fille allait mourir de la variole, et qu'il l'épouserait en venant un jour en France, non un petit billet, et voilà.

L'aumône syndicale (aide pécuniaire à des nécessiteux...) est très perverse. Vous le savez bien, qui dit argent dit pouvoir, et pouvoir sur l'autre. Marx a si bien parlé des « eaux glacées du calcul égoïste » et décrit comment on peut si bien manipuler l'autre :

« Tout produit est un appât avec lequel on tâche d'attirer à soi l'être de l'autre, son argent ; tout besoin réel ou possible est une faiblesse qui attirera la mouche dans la glu ; - exploitation universelle de l'essen­ce sociale de l'homme, de même que chacune de ses imperfections est un lien avec le ciel, un côté par lequel son cœur est accessible au prêtre ; tout besoin est une occasion pour s'approcher du voisin avec l'air le plus aimable et lui dire : cher ami, je te donnerai ce qui t'est nécessaire ; mais tu con­nais la condition sine qua non; tu sais de quelle encre tu dois signer le pacte qui te lie à moi; je t'étrille en te procurant une jouissance). L'eunuque industriel se plie aux caprices les plus infâmes de l'homme, joue l'entremetteur entre son besoin et lui, excite en lui des appétits morbides, guette chacune de ses faiblesses pour lui demander ensuite le salaire de ces bons offices » (Manuscrits de 1844).

Vous pouvez remplacer l'eunuque industriel par l'eunuque syndical CGT ou LO, c'est la même chose : les quêtes syndicales de bébé Altmann dans les circonstance actuelles obéissent à deux objectifs clairs :

  1. Empêcher toute généralisation de la lutte après avoir organisé (ficelé) des grèves corporatives isolées et longues , où les concernés, qui n'ont pas vraiment décidés en AG, jouent les héros face aux médias (quand en catimini leurs chefs syndicaux se démènent pour que les jours de grève... soient payés pour mieux faire avaler la fin de la récré au coup de sifflet des bonzes en chef) ;
  2. faire durer des « ilôts de résistance » dispersés, mais contrôlés par la structure syndicale nationale et étatique (les chefs syndicaux sont en lien permanent avec la police), où le syndicat arbore le chapeau de principal « lutteur », mais qui emmerdent surtout le reste de la classe ouvrière, vaguement conviée un beau jour à « étendre la lutte » (mais en attendant des consignes précises qui ne viennent jamais), où à participer « massivement » à des manifs qui font rire les ministres en costard cravate ; qui emmerdent surtout la classe ouvrière parce que ce sont des grèves hyper corporatives : dans le transport alourdissant le déplacement quotidien au turbin, le rendant plus insupportable encore avec l'odeur des poubelles elles aussi en grève syndicale. Tout se passe comme si les syndicats dits radicaux CGT et SUD voulaient ridiculiser la classe ouvrière de ne pas se ranger sous leurs ballons et leurs fausses promesses.

La véritable solidarité n'est évidemment pas financière mais c'est celle d'entrer en lutte très vite partout au début d'une grève ou d'une protestation politique... mais vu les circonstances, et le fait qu'on est à la fin comme tout le monde s'en rend compte, la saloperie des principaux ennemis du prolétariat, syndicats et gauchistes, est d'accoucher de cette souris : l'aumône syndicale, dont au demeurant on peut douter de l'hônneteté de la distribution : ira-t-elle aux non-syndiqués, aux syndiqués d'un syndicat collaborateur direct, etc. Qui décide de la répartition, du montant, de ce que doit recevoir chacun (célibataire ? Père de famille?) ; bien trop compliqué pour que cela ne permettre pas des entourloupes... Une nouvelle arlésienne près celle des AG truquées ou inventées...

Et je n'en ai pas rajouté, mais tous les témoignages dont je dispose depuis longtemps sur les « caisses de solidarité », de LIP à PSA – non seulement ont été des exemples de mise sous l'emprise (politique ou syndicale) des collecteurs, mais ont servi à laisser de côté la question de la « généralisation » de la lutte en enfermant les ouvriers dans la problématique : comment tenir longtemps... (et dans l'isolement) grâce aux quêtes de l'aumônerie syndicale ! Ces cul-bénis de l'enterrement des luttes !