"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 18 mars 2010







COUCOU ! VOICI LE REVISIONNISME UNIVERSITAIRE



La dérive académiste des smolniens





« Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était » (aux origines de l’oppression des femmes) par Christophe Darmangeat (ed Smolny)

Une thèse universitaire ne donne pas forcément un bon livre d’histoire, ni un ouvrage politique de référence. Par les temps qui courent, la suffisance de la domination de la pensée unique bourgeoise en histoire fait bon ménage avec les universitaires, pour ne pas parler de la politique dont plus personne ne sait vraiment si elle se trouve, elle, hors histoire ou dans une histoire empaillée.

Dans les éditions bourgeoises, et parallèles mineures, la plupart des essais qui paraissent sont le fait d’universitaires qui s’adressent à des élites. Ils publient pour eux, entre eux et ne se soucient ni de réformer ni de révolutionner le monde. Ils sont contents d’étaler leur savoir comme le prolétaire étale sa confiture au petit matin avant de se rendre, lui tristement, au turbin. La plupart de ces thèses n’ont d’intérêt que pour une clientèle estudiantine petite bourgeoise. Les thèses et contre-thèses s’entrechoquent sans dévier le cours de la Seine ni celui de la Marne, parfois elles émargent sur les plateaux télé ces lieux non fréquentés par toutes les intelligences intègres et qui perdent tout intérêt face à la concurrence conne mais viviale du web. Chaque nouveauté littéraire sent le ranci. On fait du neuf avec du vieux parce que dans l’université, quoique sur ses bancs s’y posent de jeunes fesses arrivistes, tout n’est qu’archivage et conservation sociale avec pour tout horizon l’heure de la retraite du fonctionnaire qui sonne, comme le chantait Jean Ferrat du haut de sa montagne.

Ce monde de vieux nous fait penser aux figurants des films français de 1942. N’avez-vous jamais remarqué que les grands ( ?) classiques, tournés sous occupation allemande – Les enfants du paradis, La symphonie fantastique, Les visiteurs du soir – comportaient un nombre considérable de « vieux figurants » ? Et vous devinez pourquoi ? Eh oui plus de deux millions de jeunes étaient prisonniers en Allemagne ! Les cinéastes devaient bien se résoudre à utiliser les vieux figurants même s’ils étaient utilisés à contre-emploi et provoquent la gêne du spectateur contemporain, un peu avertis, qui ne peuvent s’empêcher de penser que ce cinéma là flirtait un peu trop avec la collaboration artistique quand tant d’êtres humains moisissaient dans de grands camps de prisonniers ou pourrissaient sur les champs de bataille.

Avec les nouveautés essayistes en vertu d’un prétendu « approfondissement théorique » du marxisme, on voit de même qu’il est élégant de faire du neuf avec du vieux, ou même pire de cacher le vieux sous le neuf par l’entremise des éditions amateures toulousaines Smolny sous couverture Agone chez les marchands de livres pasteurisés (et émoustillés à la pensée de vendre du Rouillan).


  1. La prétendue actualisation de l’anthropologie marxiste par le podologue C.Darmangeat :

L’anthropologie marxiste c’est comme la philosophie marxiste ou l’art culinaire marxiste, c’est un domaine réservé aux seuls initiés ou aux comiques de café-théâtre[1]. Où Smolny est-il allé chercher son deuxième auteur ? Le premier auteur était tout trouvé, un certain L.Janover, vieux libertaire rasoir du 19e (arrondissement), avait dévidé sa diarrhée littéraire dans une intro de plus de cent pages pour dégoûter de toute approche réelle de l’œuvre de Rosa Luxemburg. Ils ont été pêcher leur dernier prêcheur à deux balles à l’Université – docteur en sciences économiques s’il vous plaît et employé à Paris 7 Diderot – car le quidam n’avait point trouvé éditeur d’envergure pour publier ses travaux « novateurs ». Pas prétentieux cet auteur assure d’emblée vouloir modérer l’enthousiasme des Marx et Engels pour les découvertes de l’anthropologue Morgan, et « actualiser » les travaux « dépassés » d’Engels. L’ouvrage se présente comme une « enquête » qui suggère que la méthode de Marx et d’Engels « pourrait bien rester la meilleure clé pour pénétrer le lointain passé des sociétés humaines » et « mettre à jour la racine de l’inégalité des sexes, inégalité qui perdure ». Après la possibilité d’une île d’un Tartuffe littéraire voici la possibilité d’un marxisme archéologique dédié à la gloire du féminisme bourgeois! Si si, vous allez voir !

Le titre – Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était – traduit la confusion et les propres incompréhensions de cet auteur concernant une notion marxiste classique qu’il n’a jamais eu l’occasion d’assimiler à l’évidence. Cette notion renvoie à une description très précise d’un type de société antérieure aux sociétés de classe, et qui ne peut être comprise qu’à partir de la méthode marxiste. Du point de vue de cette analyse, les références restent Marx, Engels et Rosa Luxemburg. En 1991, à une époque où Darmangeat jouait encore avec sa game-boy, j’ai traité du communisme primitif dans un ouvrage intitulé « Programmes et perspective communiste » (vous pouvez lire le chapitre sur ce sujet sur mon 2e blog Archives maximalistes, il n’a pas blanchi d’un poil depuis 20 ans). Nulle part dans ces « classiques du marxisme » n’est exaltée cette société « bornée », comme en conviennent Karl et Friedrich et Rosa. Engels corrige ultérieurement à plusieurs reprises plusieurs de ses anciennes appréciations dans « L’origine de la famille… », ce que ne relève même pas notre universitaire si sûr de ses nouveautés villageoises « primitives ». Rosa Luxemburg est parfois superficielle lorsqu’elle avance que les réunions villageoises primitives étaient basées sur « la libre décision de tous », ce qui est faux en général car il y a toujours des personnes plus influentes et elle laisse de côté l’absence de poids politique des femmes… et des esclaves, mais sur le fond elle reste marxiste. Dans mon ouvrage de 2008 – Dans quel ‘Etat’ est la révolution ? – j’ai rappelé le fond de l’argumentation marxiste sur la société primitive, vue non comme « paradis perdu » ni comme « exemple à reprendre » : « Bien qu’avec ses limites archaïques, l’existence d’un communisme primitif réactualisé après Morgan et Marx par Rosa Luxemburg, où prédominait le partage et où le profit était inexistant, prouve en lui-même la possibilité d’une société débarrassée du capitalisme pour une humanité libérée de la pénurie, de la superstition et des hiérarchies tribales ». Là est le fond du souci marxiste d’en référer à d’autres types de société pour démontrer la non éternité du capitalisme et mettre à bas les fadaises sur « il y aura toujours des profiteurs et des tueurs », voire les imbécillités de Hobbes et Cie « l’homme est un loup pour l’homme », ou « deux espèces tuent pour le plaisir de tuer, les hommes et les rats » (ce con de Badinter hier).
Mais laissons de côté des points secondaires dans les analyses magistrales des meilleurs théoriciens du marxisme, pour examiner l’analyse réductrice de notre universitaire. Il annonce son cheval de bataille d’emblée, faisant référence aux nouveautés anthropologiques : « Or, il faut le dire tout net : il y a fort longtemps que les recherches anthropologiques ont invalidé de larges parties des thèses présentes dans « l’Origine de la famille » et que celles-ci ne doivent plus être considérées autrement que comme des théories historiquement datées, des intuitions certes géniales pour l’époque mais qui ne peuvent plus désormais être tenues pour correctes » (introduction p.13). De vulgaires employés d’Etat, anthropologues de surcroît, auraient invalidé la thèse centrale du marxisme : aucune société n’est éternelle ni basée forcément sur le profit ! Quelle classe M.Darmangeat !
Dans les pages qui suivent immédiatement Darmangeat révèle la source de son imposture révisionniste – sous le bla-bla du « reflux du mouvement ouvrier » ( !?) - il a été inspiré visiblement par les remises en cause du chercheur stalinien Godelier Maurice et regrette – dans cet univers éthéré typique des mandarins universitaires qui « ont la science » - que pour la noble recherche anthropologique « il aurait fallu que des intellectuels compétents puissent travailler dans une atmosphère de libre discussion » ! Atmosphère, vous avez dit atmosphère ! Il en avait une gueule d’atmosphère primitive Staline!
En anthropologie et en biologie et en psychologie rien de nouveau « sur le terrain du marxisme » pour notre ornithorynque choqué des « répétitions » des « affirmations d’Engels »[2]. L’introduction ne cache pas sa superficialité, frère Darmangeat ne s’intéresse qu’au rapport homme/femme dans la genèse du « communisme primitif » ; il a décidé de rester primaire comme une vulgaire féministe bourgeoise : « Les questions de la naissance de l’Etat ou de l’apparition des classes sociales, quoique que passionnantes (sic), ont été délibérément laissées de côté… » (p.21).
L’ouvrage a-t-il été rédigé pour la seule journée de libération de la femme début 2010? En tout cas les médias ne s’en sont pas fait l’écho et, partout dans le monde plein de femmes continuent à être battues, tuées ou obligées de porter voile et burqa, sans oublier le collier de l’esclavage domestique. Comme les guerres de massacrer, les prolétaires d’être exploités, les personnes de couleur d’être méprisées, les handicapés de ramer, etc.
Pour combler les « connaissances fragmentaires » d’Engels, Darmangeat va nous balader chez les eskimos, pardon les inuits, puis les indiens commanches et les tribus africaines pour nous faire part des découvertes de ses collègues archéologues et anthropologues. Il ne sera jamais question de mettre en évidence que des sociétés peuvent fonctionner sans profit mais d’étudier les rapports femmes/hommes et de nous révéler que le matriarcat n’a jamais existé !

  1. Une révélation qui n’en est pas une :
Depuis la nuit des temps on se doute bien que jamais les femmes n’ont eu la position dominante, qu’elles ont été infériorisées, battues, violées, utilisées comme monnaie d’échange. Darmangeat ne révèle rien au prolétariat universel ni aux plus ignares citoyens du peuple indifférent. Engels n’est pas non plus bête au point de croire à cette pré-existence du matriarcat mais il nuance en général et révèle que la femme des « tribus primitives » était certainement moins méprisée que la femme sous le capitalisme, avec des variations selon les régions du monde et les coutumes : « L'économie domestique communiste, où les femmes appartiennent pour la plupart, sinon toutes, à une seule et même gens, tandis que les hommes se divisent en gentes différentes, est la base concrète de cette prédominance des femmes universellement répandue dans les temps primitifs, et dont c'est le troisième mérite de Bachofen que d'en avoir fait la découverte. J'ajoute encore que les récits des voyageurs et des missionnaires sur le travail excessif qui incombe aux femmes chez les sauvages et les barbares ne contredisent nullement ce qui précède. La division du travail entre les deux sexes est conditionnée par des raisons tout autres que la position de la femme dans la société. Des peuples chez lesquels les femmes doivent travailler beaucoup plus qu'il ne conviendrait selon nos idées ont souvent pour les femmes beaucoup plus de considération véritable que nos Européens. La « dame » de la civilisation, entourée d'hommages simulés et devenue étrangère à tout travail véritable, a une position sociale de beaucoup inférieure à celle de la femme barbare, qui travaillait dur, qui comptait dans son peuple pour une véritable dame (lady, frowa, Frau: domina), et qui d'ailleurs en était une, de par son caractère ».


Dans une longue première partie chiante et pour spécialistes de l’anthropologie, Darmangeat va vous balader dans les systèmes de parenté, la famille punaluenne, la filiation unilinéaire, toutes catégories qui peuvent intéresser le chercheur de pou, l’étudiant en structuralisme ou le militant ultra-gauche retraité. Mais en ce qui concerne l’avenir de la société actuelle, quel intérêt ? Quelle somme de vieilleries archéologiques oui. Quel ravissement pour des examinateurs universitaires de thèses mord-moi le nœud !

  1. La notion petite bourgeoise libertaire d’égalité :

S’inspirant directement du féminisme bourgeois (qui aurait fait évoluer les choses comme il le dit au début) Darmangeat nous fait le coup de la nécessaire égalité, jamais obtenue, toujours revendiquée, homme/femme. Cette notion au demeurant parfaitement anti-marxiste – l’égalité est une outre vide qui ne correspond à rien (et qui est bien typique de l’idéologie de la révolution jacobine triomphante) – pas plus dans la relation homme/femme que dans la dialectique des besoins humains. A chacun selon ses besoins, comme Marx l’a repris aux utopistes, hommes comme femmes[3]. Marx et Engels n’ont pas de leçons à recevoir des bourgeoises féministes modernes puisqu’ils ont été les premiers à formuler aussi clairement la « première division du travail » comme le raconte Engels :

« Dans un vieux manuscrit inédit, composé par Marx et moi-même en 1846, je trouve ces lignes: «La première division du travail est celle entre l'homme et la femme pour la procréation. » Et je puis ajouter maintenant: La première opposition de classe qui se manifeste dans l'histoire coïncide avec le développement de l'antagonisme entre l'homme et la femme dans le mariage conjugal, et la première oppression de classe, avec l'oppression du sexe féminin par le sexe masculin. Le mariage conjugal fut un grand progrès historique, mais en même temps il ouvre, à côté de l'esclavage et de la propriété privée, cette époque qui se prolonge jusqu'à nos jours et dans laquelle chaque progrès est en même temps un pas en arrière relatif, puisque le bien-être et le développement des uns sont obtenus par la souffrance et le refoulement des autres. Le mariage conjugal est la forme-cellule de la société civilisée, forme sur laquelle nous pouvons déjà étudier la nature des antagonismes et des contradictions qui s'y développent pleinement ».
Engels n’adhère pas à la théorie du matriarcat de Bachofen, mais les doutes d’Engels sur l’existence d’un matriarcat antérieur sont ridiculisés par la vision égalitaire du petit bourgeois Darmangeat, qui prête sa vision à Engels : « Engels ne pouvait guère admettre qu’avant le développement de la propriété privée, la domination des hommes ait été précédée par celle des femmes ; il concevait les rapports entre les sexes dans la préhistoire bien davantage sous la forme d’une certaine égalité » (p.151)[4]. Darmangeat prend donc Engels pour un imbécile alors que, comme Marx et Rosa, il n’oublie jamais de noter l’aspect « borné » de la « société en commun » primitive ni ne délire sur une prétendue égalité, qui n’existe même pas dans la nature. Ce nain universitaire est bien obligé de reconnaître qu’Engels posait le problème de « l’égalité de fait » par la participation entière des femmes à la vie économique (p.156) mais sans être à l’abri en définitive de « l’autorité masculine » qui restera dominante sous le capitalisme moderne comme Darmangeat oublie de le préciser, refilant la patate chaude à Engels (p.156). Tout à son souci de démontrer une oppression originelle et éternelle de la femme et une inexistence du matriarcat (non controuvée, et on s’en fout comme du big bang), Darmangeat passe un peu vite sur la peur ancestrale des hommes de la femme comme force supérieure, voire divinité créatrice du monde avec une évocation du triangle pubien[5] ; au niveau fantasmatique d’autres auteurs ont apporté des éclairages autrement intéressants que la simple faiblesse physique[6] ou l’activité économique pour justifier l’infériorisation diabolique de la femme (par les religions surtout).Mais, concernant la question centrale de la société communiste d’avenir (et non pas les supputations diverses sur le passé de l’humanité ou le sexe des anges) nous pouvons laisser de côté ce genre de spéculations.
L’ennui avec Darmangeat, comme avec tous les apprentis anthropologues et autres podologues du passé est qu’ils en réfèrent à des tribus d’un peu partout, un coup les Comanches, puis chez les Grecs, puis chez les Cheyennes, puis les Bena Bena de Nouvelle-Guinée pour passer au viol collectif comme punition vers l’Australie, sans indiquer de dates. On apprend en passant des choses intéressantes certes et on n’insistera jamais assez sur les violences commises (et impunies) contre les femmes, mais la marche de la société ne se résume pas au rapport homme/femme, quand bien même la situation de la femme est révélatrice en général du degré d’évolution de la société. Pas besoin d’aller chercher du côté des « chasseurs-cueilleurs-égalitaires » ou dans les délires de Kollontaï pour chercher des raisons à une prééminence d’un sexe sur l’autre. Darmangeat veut enculer des mouches (chose impossible au demeurant) en pleurnichant : « Il reste bien du chemin à parcourir en revanche pour que les femmes accèdent à une authentique égalité dans le monde du travail, et sans doute bien davantage au sein de la famille… » (p.264). Quésaco cette « authentique égalité dans le monde du travail » ? Où a-t-il été chercher cela ? Ignore-t-il que le régime capitaliste fonctionne sur la base de la hiérarchie des salaires et des incompétences managériales ? Où existe-t-il une « authentique égalité » entre prolétaires, femmes, hommes et travailleurs immigrés ou sans-papiers ? Peut-elle exister cette « authentique égalité » même dans une société débarrassée de la loi du profit ? Sommes-nous tous doté de la même intelligence, de la même force physique ? Les femmes doivent-elles se muscler pour être les égales des plus costauds des mecs ? Les hommes doivent-ils se faire greffer des implants mammaires pour réaliser l’ « authentique égalité » ?
L’égalité des sexes ? Et de la pointure des chaussures ?
Cette vision anarchiste d’égalité est plus parente avec l’idéologie du nivellement stalinien que conforme à la théorie marxiste de l’altérité des individus, et on peut lire le charabia suivant qui croit qu’il suffit de supprimer toute différenciation sexuelle, comme si tous les métiers, toutes les activités humaines et toutes les spécialisations étaient interchangeables, avant même qu’une éventuelle autre société libérée n’ait rendu les tâches moins lourdes ou moins ingrates : « Que l’on milite en sa faveur ou qu’on s’y oppose, l’égalité des sexes ne se conçoit donc dans la société moderne que comme la disparition de toute différenciation sexuelle dans les tâches, les comportements et les fonctions sociales en général (…) ce que nous appelons « l’égalité » des sexes signifie donc en réalité leur identité, leur indifférenciation – du point de vue de la société et non de la biologie cela va sans dire » (p.265). Au pays des camps khmers rouges, le petit livre rouge de Mao remplaçait la sexualité ! Quelle connerie d’intello abstrait ! Quelle que soit le type de société où je mènerai une activité quelconque on ne me fera pas croire que je peux travailler avec une femme comme avec un homme, avec un blanc comme avec un noir, avec un enfant comme un adulte, ou que chacun des êtres humains, selon son âge ou sa santé, peut réaliser les mêmes choses, créer à l’identique dans tous les domaines. A moins que l’homme nouveau (néo-anarcho-stalinien) ne soit unicellulaire et auto-masturbateur, il faut se rendre à l’évidence que l’altérité, comme la fraternité, n’est pas rédhibitoire mais « complémentaire », plaisir de partager pas d’être une série de miroirs à l’infini, plaisir de découvrir l’autre dans sa différence ou dans une adversité enrichissante.
On se fiche donc dans la perspective d’une humanité, non pas retrouvée (je n’ai jamais cru au paradis perdu) mais supérieure de l’égalité des sexes, guimauve pour féministes bourgeoises dans la société présente. La question est : et si l’égalité est mal placée ?
L’égalité entre sexes et races se pose en termes politiques pas en termes quantitatifs ou sexuels. La liberté d’expression de tous les individus telle est la réalisation exigée par la perspective de société « commune ».

  1. Des scénarios datés d’Engels ?

Poursuivant son combat féministe, Darmangeat croit nous apporter la grande révélation du début du XXIe siècle en témoignant que les femmes avaient été pourvoyeuses de nourriture au moins autant que les hommes (horticulture, cueillette). Il n’en demeure pas moins que pour l’essentiel (la chasse, les actions prédatrices) rien n’est venu mettre en cause la primauté des hommes. Darmangeat qui ne se prend pas pour de la petite bière persiste à accabler Engels lequel aurait imaginé le communisme primitif comme une complète collectivisation. Or il n’appuie cette affirmation sur aucun texte de référence et oublie de mentionner encore qu’Engels, comme Marx et Rosa n’oubliaient jamais de préciser le caractère « borné » de ce type de société. Pas très rigoureux comme démonstration de la part d’un universitaire qui aime bien expliquer et décortiquer comme s’il était un maître es sciences du passé ; il est d’ailleurs magnanime avec Luxemburg qui n’accorde pas assez d’importance à la relation homme/femme (p.285). Plus focalisé sur la division sexuelle du travail, notre féministe homme trouve retreintes ou trop larges les questions pourtant de plus en plus prédominantes de l’omnipotence de l’Etat et de la propriété privée (p.344). Il s’attache à suivre les exemples d’oppression de la femme et perd de vue la marche même de la société. Comme les anarchistes primaires qui ne voient dans l’esclavage que l’esclavage, Darmangeat ne voit plus que l’exploitation de la femme par l’homme et plus l’exploitation en général.



La politique est une affaire d’hommes, déplore-t-il ? Mais il ne sait pas l’essentiel qui est que la politique est devenue une activité rétribuée au siècle de Périclès alors que ce n’était pas le cas auparavant, et ce fait dépasse la simple infériorisation de la femme qui, à l’époque actuelle, pour une minorité de bourgeoises certes, profitent d’une activité lucrative de dominants. Mais il insiste toujours pour l’antiquité « primitive », la naissance des Etats n’a pas permis l’émancipation politique des femmes (mais où Engels aurait-il dit le contraire ?). Et il nous ressasse que nulle part les femmes n’ont été « libérées, mais l’ensemble du prolétariat non plus, lui rétorquons-nous.

La répartition des tâches – quête de la nourriture et domestiques – apparaît « inégalitaire » dans les sociétés primitives pour le féministe Darmangeat qui a horreur de faire la vaisselle à la place de sa bonne femme. Mais répartition des tâches signifie-t-il automatiquement inégalité ou bien plutôt complémentarité ? Si je fais la vaisselle et que Marie-Claire, mon épouse fait la bouffe, est-ce inégalitaire ? Ou bien doit-on faire l’inverse ?
Le partage des tâches dans les périodes dites primitives ne renvoient donc pas en soi à une infériorisation de la femme ; on peut au demeurant considérer comme la tâche la plus noble d’élever les enfants et de préparer la nourriture en d’autres temps sans plaquer un jugement aliéné de féministe de fin de XXe siècle !





  1. Une compilation de vieilleries gauchistes :
Que « la domination masculine plonge ses racines loin dans le passé, bien avant l’apparition des classes sociales et de l’Etat », nous n’en doutons point, que tout ne soit pas la faute au capitalisme non plus, qu’il existe un instinct primitif animal chez l’homme (et sa femme) c’est certain. Comme Paul Lafargue l’a exprimé mieux que je ne pourrais le faire, nous ne nous battons pas pur, nous n’espérons pas une autre société parfaite, comme nous ne croyons pas à une égalité chimérique des hommes et des femmes. Que la femme continue à être le prolétaire de l’homme ce n’est vrai qu’à une certaine échelle, ce n’est pas général. La question de l’injustice du monde ne se résume pas à la « division sexuelle du travail » ni à une « guerre des sexes » où des « stratégies masculines » seraient à combattre en lieu et place de la lutte politique et sociale contre la classe dominante dans une sorte de retour aux farfelues luttes gauchistes contre la vie quotidienne ou à une « morale » féministe bien sentie.
Spécialiste de la petite promenade à pied dans les bibliothèques, le « voyage » de l’ami podologue Darmangeat prend fin bien tristement en reconnaissant le caractère limitatif (borné ?) de son enquête[7] : « Nous avons arrêté notre tour d’horizon à l’aube des sociétés de classes… ». Comme n’importe quel anthropologue, cet auteur a fouillé dans l’infinitésimal, nous a promené dans diverses tribus primitives pour une longue litanie en faveur de la libération de la femme, mais la femme n’est pas l’avenir de l’homme comme l’a dit un stalinien bien connu, homosexuel d’ailleurs. Le capitalisme n’a pas droit à nos fleurs quoique Darmangeat termine en le félicitant d’être le premier système à avoir « permis de poser de leur égalité avec les hommes » (bien que sans le réaliser). Or le capitalisme jusqu’au bout saura poser les questions les plus stupides, les questions pièges comme sa trilogie hypocrite : liberté, égalité, fraternité – alors que nous lui opposons : liberté, altérité, fraternité !
Pourquoi un coup de clairon final pour l’émancipation des femmes par cette outre vide « la révolution sociale de l’avenir » alors que c’est toute l’humanité qui a besoin d’être libérée par une classe donnée, bien définie et orientée « politiquement », et libérée historiquement parce que la réalité de la « vie en commun primitive » a montré qu’un système non basé sur le fric et l’exploitation est possible, sans revenir en arrière dans un mode de vie « borné », et sans faire de l’oppression des femmes le seul instrument de mesure de la barbarie capitaliste.








[1] Je ne m’adresse pas aux intellectuels sur ce blog même s’il ne leur est pas interdit de me lire comme aux flics. L’anthropologie est l’étude de l’homme et des groupes humains pour sa définition la plus simple. Les anthropologues, comme les archéologues, les psychologues et les météorologues sont des cons enfermés dans leur spécificité professionnelle. L’anthropologue, surtout de l’espèce structuraliste, est propice au mysticisme, au relativisme – toute analyse comparative est vulgaire « généralisation marxiste » - et ne s’intéresse qu’à sa promotion hiérarchique interne. Projeté en milieu révolutionnaire il peut faire un bon indic pour la police.



[2] Pour faire riche et instruit Darmangeat nous refile sa définition du marxisme : « Le marxisme est certes plus qu’une simple méthode de raisonnement : il est aussi un corps de connaissances, une doctrine ». Tout à fait la doctrine de n’importe quel petit con du corps enseignant : le savoir et les diplômes avec. Le terme doctrine m’a toujours fait frémir, et je le laisse aux plus bornés et fossiles du mouvement maximaliste : les bordiguistes qui au temps de leur splendeur numérique furent surtout enseignants, de profession. Or le marxisme comme méthode ne s’enseigne pas, on l’accepte par conscience et volonté de combattre ou on le combat par éclectisme.



[3] En 2008 – « Dans quel ‘Etat’ est la révolution ? » - j’ai analysé cette stupidité anti-marxiste d’égalité en lien avec ce que Marx en a dit dans sa critique du programme de Gotha. Pour résumer un homme gros et une femme maigre n’ont pas les mêmes besoins. Les inégalités de salaires inévitables sous la domination de la hiérarchie capitaliste ne concernent pas que femmes/hommes mais femmes/femmes et hommes/hommes dans la compétition salariale…L’infériorité salariale séculaire de la femme a aussi une histoire, liée à sa fonction « privée » avant le développement de l’industrialisation. Beaucoup de choses à approfondir qui échappent à notre ardent féministe, hors du raisonnement du champ politique finalement.



[4] Il récidive p.221 taxant en quelque sorte le grand Engels de naïveté, or l’insistance d’Engels, parfois exagérée sur la liberté de la femme sauvage est certainement plus proche de la réalité historique si l’on en juge même par la faconde de la femme africaine d’aujourd’hui comparée à la bourgeoise européenne coincée. Darmangeat ne possède lui-même que des connaissances fragmentaires… Il faudrait qu’il nous explique certaines règles tribales particulières comme celles relatives aux belles-mères en Afrique : est puni de mort celui qui fait de l’ombre à sa belle-doche ou sanctionné s’il marche devant elle… Beaucoup du passé de l’humanité reste à découvrir qui n’est pas possible pour un seul chercheur, fusse-t-il universitaire ! Et cette recherche pourra fort bien deveni un passe-temps prisé dans la société communiste à l’avenir, si elle a le temps de naître et se développer.



[5] Rions un peu, avec son image du capot de 2CV Citroën notre universitaire révèle qu’il ne sait pas ce que sont les chevrons, non pas une représentation stylisée des pièces d’engrenage, mais des galons (publicitaire pour une voiture populaire…), voire allusion à une toiture roulante…



[6] Bebel par exemple, qui ne fût pourtant pas un foudre de science, et un chouïa réducteur comme notre universitaire sans imagination : « Ce qui a créé la servitude de la femme dans les temps primitifs, ce qui l'a mainte­nue dans le cours des siècles, ce qui a conduit à une disproportion bien marquée des forces physiques et intellectuelles des deux sexes et aggravé l'état de sujétion de la femme, ce sont ses particularités en tant qu'être sexuel. La femme primitive, tout en suivant, au point vue de ses forces morales et physiques, un développement analogue à celui de l'homme, ne s'en trouvait pas moins en état d'infériorité vis-à-vis de celui-ci, lorsque les périodes de la grossesse, de l'accouchement, de l'éducation des enfants la soumettaient à l'appui, au secours, à la protection de l'homme » (op.cit.).



[7] Qui n’arrive pas à la cheville d’Engels, de Marx et de Rosa Luxemburg, tout de même ! Et n’innove qu’avec des vieilleries féministes et des découvertes secondaires de réactionnaires anthropologues.

samedi 13 mars 2010



SALUT JEAN FERRAT



Compagnon de route du parti stalinien comme beaucoup d’artistes de l’après-guerre alors que le PCF détenait le pouvoir culturel en partage avec le parti gaulliste, saltimbanque obligé des sinistres ‘fêtes de l’Huma’, critique tardif du stalinisme (1980), supporter de la Perestroïka huesque du PCF puis, pour finir, sympathisant du lamentable front de gauche de petit Mélenchon, Jean Ferrat n’aura jamais brillé par sa sagacité politique. Il a chanté la France à une époque où celle-ci n’était plus qu’une défroque de la puissance mondiale qu’elle fût et au service de l’idéologie électorale d’un des pires partis chauvins français. Ses bacs de disques en vinyle s’écoulaient surtout dans les parages commerciaux du parti stalinien encore triomphant des 60 aux 70. Il a chanté la Résistance, cet embrigadement nationaliste impuissant d’une minorité de la population, sans faire le choix de la révolution internationale du prolétariat, par ignorance sans doute, par une trajectoire qui n’a pas trop cherché certainement hors du milieu artistique et médiatique d’autres pistes, telles que celles qui mènent à la tradition révolutionnaire marxiste, enfouie, rayée des cartes, réservée à quelques obstinés, encore une poignée ridicule avant la fin des années 1960. Il n’a jamais prétendu non plus être un barde révolutionnaire du prolétariat.


A sa décharge il faut reconnaître que Jean Ferrat fût surtout un artiste généreux et humain, compositeur de talent à la voix superbe, métallique et virile, mais toujours empreinte de douceur. Il a chanté avec son cœur la montagne, la mer, l’amour, mais aussi, alors que la génération de 68 n’était pas encore éveillée à la politique, la condition ouvrière (le poulet aux hormones et les HLM), les trains de déportation, la révolution russe. Dans la banlieue ouvrière au début des années 1960, il était notre référence avec Brassens, Brel et Ferré, quand nous méprisions Hallyday et les Beatles. Il a même réussi à nous faire aimer certains poèmes de la crapule stalinienne Aragon. Des crapules peuvent avoir du talent, mais Ferrat ne fût jamais une crapule, comme en témoigne son repli en Ardèche depuis des années par répugnance contre les diktats du show business. Gros fumeur il souffrait de troubles respiratoires. Venu pour subir des examens, il est mort en tombant de son lit d’hôpital à Aubenas, un hôpital de merde de province. Un épisode médiatique suffira ici à démontrer l’honnêteté de Ferrat et explicitera que si les grands artistes, quoiqu’ils ne possèdent pas les « positions de classe » ni les certitudes du militant pur et dur, sont capables de s’élever au-dessus des meilleurs politiques révolutionnaires par leur perception de l’universel et la dénonciation de l’injustice ou du meurtre sans parti pris et sans haine.


En janvier 2005, Meïr Waintrater, nationaliste juif, directeur haineux de la rédaction de L’Arche, "mensuel du judaïsme français", attaque Jean Ferrat, qui est d’origine juive, et dont le père a été assassiné à Auschwitz ... pour "négationnisme implicite" ! « La chanson Nuit et brouillard décrit les victimes [comme] des gens qui sont dans des « wagons plombés », et dit : « Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel, Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vishnou D’autres ne priaient pas mais qu’importe le ciel Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux ». Les deux derniers vers évoquent les résistants, essentiellement les résistants communistes puisque c’était la mouvance à laquelle appartenait Jean Ferrat[1]. Dans les deux premiers vers, « Natacha » fait référence à l’Union soviétique. « Jean-Pierre », on comprend aussi. Le seul moment où l’identité juive apparaît est dans « Samuel » et [dans] « Jéhovah ». Quant à « Vishnou », on suppose que c’était pour faire la rime. Aujourd’hui, un tel texte serait attaqué pour négationnisme implicite ».

Jean Ferrat, stupéfait et visiblement choqué par l’outrance et la stupidité du propos, répondit ceci :
« Monsieur,

Je viens de prendre connaissance de votre interview publiée par Nouvelles d’Arménie Magazine de janvier 2005 et ne saurais rester sans réagir à vos déclarations me concernant et concernant aussi ma chanson Nuit et brouillard, car c’est la première fois depuis 42 ans qu’elle suscite une réaction de cette nature. C’est la première fois qu’on me reproche, en définitive, de n’avoir pas parlé uniquement de l’extermination des Juifs. Vous osez le faire. J’ai envie de dire : « Tant pis pour vous », mais je vous rappelle que justement, Nuit et brouillard est dédié à toutes les victimes des camps d’extermination nazis quelles que soient leurs religions et leurs origines, à tous ceux qui croyaient au ciel ou n’y croyaient pas et bien sûr, à tous ceux qui résistèrent à la barbarie et en payèrent le prix. Que vous puissiez justement, faire un compte dérisoire en regrettant que « Le seul moment où l’identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah » me paraît particulièrement indigne. Je ne puis également accepter vos interprétations tendancieuses qui concernent les résistants que je célèbre et qui seraient, d’après vous, « essentiellement communistes ». Je passe sur l’évocation de « Vishnou » que je n’aurais utilisé que pour la rime alors qu’il symbolisait pour moi toutes les autres croyances possibles. Si j’avais aujourd’hui à regretter quelque chose, c’est de n’avoir pas cité les autres victimes innocentes des nazis, les handicapés, les homosexuels et les Tsiganes. Mais il est temps, à présent, d’en venir à votre affirmation finale : « Aujourd’hui, un tel texte (vous parlez, bien entendu, de Nuit et brouillard) serait attaqué pour négationnisme implicite ». Je me demande par quelle dérive de la pensée on peut en arriver là, et si vos propos ne relèvent pas simplement de la psychiatrie ».

Meïr Waintrater, comme tout bonimenteur de "l'exceptionnalité juive", persista « explicitement » dans ses accusations outrancières, en y ajoutant perfidement une "explication" : selon lui, le prétendu "négationnisme implicite"qu’il attribuait à Jean Ferrat relevait de "la vulgate communiste" ! Laissant croire que Ferrat avait été un stalinien pur jus[2], ce pitre signifiait donc non seulement que les seules victimes de la guerre mondiale avaient été juives mais que, au surplus, ceux qui persistent à rappeler le sort des autres victimes de toute race sont des « négateurs » et par conséquent des antisémites. Franchement dérisoire et infantile. Malheureusement pour les suppôts de l’Etat colon israélien et ses lobbies terroristes intellectuels, par le contenu de sa réponse universelle, par le refus de victimiser une population plus qu’une autre, Ferrat a été le plus fort en posant au niveau universel les conséquences de la barbarie de la guerre mondiale. Il n’était pas assez éduqué politiquement pour enfoncer le clou contre la propagande antifasciste à sens unique ; cela est mieux en un sens car il aurait eu affaire aux cris d’orfraie de tous les chantres du rempart de mensonges sur 1945, et aurait été diabolisé pour avoir osé s’attaquer à l’histoire officielle. L'exclusivité du massacre des juifs, qui néglige celui des arméniens, des noirs américains ou des bosniaques, c'est à dire la victimisation des seuls juifs européens fût une invention récente du bloc US pour suppléer au stalinisme disparu, quoique le "terrorisme islamique" ait repris la place au hit-parade de l'idéologie dominante. Elle ne vise, cycliquement et rétroactivement, comme le nazisme, qu’à effacer de l’histoire que c’est le prolétariat, y inclus la masse des juifs prolétaires (les "sans-papiers" de l'époque), qui fût victime de la barbarie. La chanson "Nuit et Brouillards" de Ferrat reste bien plus saisissante et éducatrice pour rappeler aux jeunes lycéens les horreurs de la guerre, que toutes les leçons d'histoire sur la Shoah dans les écoles, que la focalisation sur Auschwitz… ce grand et longuet alibi pour esquiver l’ensemble des horreurs de la guerre et masquer les causes réelles du cataclysme inter-impérialiste.

Admirable chanson de Ferrat de 1963, sans haine, toute de constat accablant, qui résonnera longtemps de génération en génération comme mémoire saisissante de l’horreur, contrairement aux petits plumitifs qui suent la haine et qui ont tenté de salir notre barde prolétaire à la sémillante moustache.

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers

Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés

Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants

Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres

Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés

Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre

Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps

Survivre encore un jour, une heure, obstinément

Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs

Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir

Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel

Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou

D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel

Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage

Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux

Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge

Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors

La lune se taisait comme vous vous taisiez

En regardant au loin, en regardant dehors

Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours

Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour

Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire

Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter ?

L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été

Je twisterais les mots s'il fallait les twister

Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers

Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés

Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants

Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent






[1] Une imbécillité de plus de ce nationaliste juif étroit, il n’est même pas sûr que dans ces vers Ferrat évoquait la Résistance, mais plutôt chaque homme, chaque enfant, chaque femme qui voulaient échapper à l’enfer de la guerre ou du sort funeste que leur réservait la soldatesque. Le talent du compositeur est de nous « mettre dans la peau » des victimes, pas d’expliquer une « ligne politique » à tenir ou, pire, faire croire que l’antisémitisme était le premier but de guerre d’Hitler quand l’antiracisme aurait été celui des Alliés… Le filon de la Shoah est régulièrement exploité au cinéma mais toujours en défense de l'Etat bourgeois éternel et en soutien à la continuité policière ; le dernier avatar du ciné philosémite hypocrite - La Rafle - excuse même la police franchouillarde, pourtant si lâche et veule face aux occupants nazis, jamais repentante et maintenue tel que une fois le pays "libéré" par l'armada US. Braves képis qui ont traînés de petites menottes d'enfants vers les gazages et qui sont morts tranquillement dans leur lit "français"! La "Shoah ideology" met en cause les "français" en général mais jamais la police et accessoirement ducon Pétain (où le brouillage simpliste du passé rejoint la comédie politique bourgeoise actuelle: papy Copé tient le rôle!).



[2] Voire que le dit communisme stalinien était antisémite parce qu’il traitait de fous ses opposants ; au pays du délire plus déconnant que déconcertant de certains bigots juifs, au fond ordinairement nationalistes.

vendredi 12 mars 2010



LA CORRUPTION DU SYNDICALISME EST AVEREE, et alors ?



PEUT-ON REMEDIER A L’ABUS DE CONFIANCE PERMANENT


DES COTISANTS EN PEAU DE CHAGRIN?



« Toujours moins ! Déclin du syndicalisme à la française »


par D.Andolfatto et D.Labbé (ed Gallimard, sept 2009)



Toujours mal écrit ! Et couverture moche ! Comment peut-on se prétendre « spécialistes » de la question syndicale française ? Comme s’il y avait des « spécialistes » des partis politiques comme il y a de prétendus spécialistes de la salade d’endives? Comme si la question de se syndiquer ou d’être membre d’un parti dépendait dans le choix du vulgum pecus d’un « expert » ? Le trust gallimardesque qui n’a jamais rien publié de subversif présente ainsi ses deux sous-auteurs pour un ouvrage au titre mauvais, vague resucée d’un succès de librairie d’un certain De Closets, et au sous-titre encore plus confondant : « déclin du syndicalisme à la française » qui s’adresse à un public d’élite, mais qui noie le poisson du quant à une soit disant diversité de l’idéologie syndicaliste dans l’ensemble du monde capitaliste. Il n’y a pas un syndicalisme « à la française » mais diverses formes d’adaptation de ce caméléon étatique modernisé. Cette prétendue étude du syndicalisme hexagonal, décrit comme particulièrement pourri alors que dans les autres pays (Suède, Allemagne, etc.) il fonctionnerait sur la base de probes cotisations des prolétaires eux-mêmes, ne dénonce pas tant la corruption (réelle et avérée) des principaux syndicats français que « l’abus de confiance » permanent – non vis-à-vis de la classe ouvrière – mais concernant les deniers publics. Nos intellectuels d’édition n’ont jamais eu faim ni fait grève.


Plusieurs commentateurs, comme M.Noblecourt du Le Monde, en octobre dernier, ont frémi en y décelant une thèse « séduisante » bien qu’avec une plume trempée au vinaigre car les « syndicats sont payés par le patronat » (mais jamais vraiment décrit comme des organismes étatiques). Or, il n’y a rien de radical à lister les affaires de corruptions successives des syndicats étatisés si c’est pour nous chanter qu’il suffirait de rétablir des cotisations honnêtes dans un Europe clean et balayer tant de faussaires parasites trade-unionistes définitivement coupés de toute base « de classe ». De plus l’écriture des deux sociologues n’est ni vinaigrée ni passionnante. Leur démarche est à la traîne de tout ce que le monde ouvrier maximaliste a compris depuis 30 ans, mieux que les gauchistes organisés et les anarchistes désorganisés. Une première vérité fondamentale est esquivée : partout dans le monde des pays développés, le syndicalisme a dû son déclin depuis 3 à 4 décennies, non pas aux supputations des sages intellos en conclaves rampants dans les salons de la revue gallimardesque « Le Débat » sur le financement obscur des bonzes des mafias syndicales qu’ils auraient révélé au bon prolétariat, mais du fait avéré et répété DU SABOTAGE PERMANENT DES GREVES ET LUTTES du prolétariat par les appareils syndicaux étatiques depuis des années et des années.


Le déclin n’est pas le mot juste non plus, mais paraît plus rassurant pour les élites qui ne ratent jamais une occasion non plus de remettre leurs larbins à leur juste place. Parler de déclin concorderait avec des organisations autrefois nobles, or dès 1914, et à la vieille de 1939, les syndicats étaient déjà des instruments de la bourgeoisie[1]. La conscience prolétaire a opéré à un rejet des syndicats saboteurs en permanence des luttes, plus qu’elle ne s’est souciée des prébendes de leurs édiles hauts placés. De la colère au dégoût et à la démotivation, les prolétaires ont voté avec leurs pieds et laissé en rade les cotisateurs et autres sébilles des gauchistes de base. Cette tendance s’est confirmée dans la plupart des pays, un peu comme la perte de croyance religieuse. Et c’est tant mieux. Nos auteurs chics sponsorisés par la revue distinguée « Le Débat » ne se soucient jamais d’analyser l’origine des grèves et leurs poussées, croyant que les grands camions allemands et les bureaucrates français contrôlent tout de mains de maître. Ils font parler les statistiques qui sont muettes comme ma grand-mère défunte concernant les rapports de force, les confrontations sur le terrain. En gros, ces cuistres veulent ignorer la lutte des classes, et ils l’ignorent tant qu’ils finissent par en être ridicules, qu’ils finissent par passer à côté de l’essentiel. Ils font partie de l’élite, discutent entre mandarins universitaires, et nous ne perdrons pas notre temps à les corriger ou à débattre avec eux. Par contre nous pomperons sans vergogne un certain nombre d’informations et d’appréciations qui sont totalement utiles à la cause révolutionnaire et de nature à déciller tant de prolétaires du genre veaux consentants pour l’abattoir, divers imbéciles bornés quand on n’en trouve pas tant complices de l’esprit de clan parce qu’ils en recueillent des miettes. Bien que je m’illusionne point, seuls ceux qui ont déjà compris la NATURE (pourrie) du syndicalisme, découvriront avec joie les sources que nous avait déjà fourni la presse bourgeoise elle-même (ces éléments se trouvent en permanence au bas de la colonne droite de ce blog, depuis des mois).


1. Une étude peu sérieuse sur la perte d’influence du syndicalisme hors histoire :


Le premier reproche qui vient à l’esprit est que, voulant faire très actuel et factuel, les auteurs oublient de mentionner la longue histoire du syndicalisme, en quoi il fût un moyen constitutif de l’esprit collectif ouvrier, bien que toujours minoritaire, mais ne devint jamais un instrument révolutionnaire, et en quoi son action permit aussi au capitalisme de s’améliorer. Le mouvement maximaliste communiste moderne qui s’est réclamé de la Gauche allemande après 1968 a été un éclaireur sur la faillite moderne du syndicalisme. Pour ne parler que de la France, l’ouvrage de Munis et Péret « Les syndicats contre la révolution » publié en 1968 (mais écrit bien avant), puis à la fin des années 1970, la brochure de Révolution Internationale rédigée par Raoul Victor « Les syndicats contre la classe ouvrière », sont restés des phares pour la compréhension de la mort du syndicalisme pour le mouvement ouvrier, et ont précédé de plusieurs longueurs la prise de conscience par des millions de prolétaires de la faillite du mensonge syndical.


Les auteurs gallimardesques ne sont pas net d’emblée, en ignorant volontairement l’immense rejet des syndicats initié par mai 68[2], tout comme en ignorant la thèse maximaliste ; pour une raison simple, ils surfent à la queue de la gauche caviar avec l’amalgame très médiatisé depuis des lustres : déclin des syndicats = déclin de la classe ouvrière. Leur propos reste terre à terre, petitement sociologique. Et de nous enfoncer dans les pourcentages de syndiqués du public et du privé, dont chacun connaît disparités, faiblesses, jalousies et inégalités effectives de traitement. S’ils s’élèvent au-dessus de l’hexagone, en nous disant qu’un quart des salariés européens sont syndiqués c’est pourtant pour relativiser ce chiffre, important surtout à l’étranger, au vu de la syndicalisation obligatoire de ces pays qu’ils montrent tout de même en exemple pour les pauvres bonzes français sans troupes correspondantes, voire sans troupes du tout. Le taux de syndicalisation en France est très faible, se plaignent-ils. « Infidélité des adhérents » posent-ils ? Vont-ils nous faire croire qu’il s’agirait d’une perte d’identité[3]… des adhérents prolétaires ? Non, ils prétendent surgir à contre courant : « L’individualisme des salariés et la précarité sont finalement des explications bien commodes pour les essayistes et les institutions censées s’occuper des questions sociales. Elles épargnent toute interrogation sur le fond et permettent de ne rien changer. De plus, cette légende confère au militant et au permanent, seules figures stables au milieu de ce tourbillon, les rôles de gardiens et de représentant légitime de l’organisation. Comment en effet, confier le pouvoir à des individus qui se conduiraient en usagers passifs, qui cotiseraient l’espace d’une saison et qui se désintéresseraient de l’organisation ? ». Très juste, or ce discours méprisant du syndicaliste moyen existait déjà avant la naissance de ces deux auteurs (dixit « c’est toujours les mêmes qui se battent »), le même discours depuis plus de 60 ans qui justifie la confiscation des luttes et des organisations par leurs chefs et permanents appointés hors de la production.


En grands naïfs démocrates qui oublient qu’ils vivent dans la société du mensonge de la classe dominante, nos pèlerins d’un syndicalisme propre déplorent « l’absence d’études indépendantes et fiables dans le domaine social » en France, parce qu’ils imaginent qu’il en existe de « propres » ailleurs ? Ils posent alors aux « scientifiques » qui vont démystifier les « légendes ».


2. L’absence de mythes du passé dans les casernes corporatives miteuses:


Pauvres observateurs en labo universitaire, ils lisent le marc de café d’un beau syndicalisme avec augmentation de salaires garantie même pour les non-syndiqués, avec les légendes cramoisies de 1936, de 1945 et ces braves militants qui consacraient leur temps « aux contacts avec les syndiqués et à la collecte des cotisations », à la gestion des œuvres sociales et à la défense individuelle, quoique l’ensemble de cette misérable activité écervelée et apolitique « représentait l’essentiel de l’activité de ces cellules de base »[4] ; quoique cet encéphalogramme plat trade-unioniste puisse se comprendre aussi dans les calmes années de la reconstruction, ou ni crise économique ni révolution ne semblaient vouloir à nouveau menacer à l’horizon. Période bonne enfant où de toute façon : « les congrès et les grands débats n’atteignaient guère les adhérents de base… ». Belle époque du taux syndical élevé dans les grosses corporations (cheminots, postiers, mineurs, enseignants, postiers, EDF –GDF, banques, assurances, etc.). A l’intérieur des corporations comme à Renault, les syndicats avaient créé des sous-corporations catégorielles, à côté du secteur ouvrier (délégués à vélo) il y avait les fameux ETAM (délégués en voiture). La première condition pour devenir militant (stalinien ou chrétien) était de faire ses preuves au travail, même brièvement, pour les rapides à la promotion bureaucratique dans les appareils des « fédés ».


Rien de très exaltant dans cette saga rapide d’un passé peu mythique, et des affirmations creuses comme celle qui suppose que jusqu’aux années 1980, les élus syndicaux auraient constitué un « véritable contre-pouvoir » ! Palinodie ! Les bonzes étaient depuis fort longtemps aussi serviles envers leurs maîtres, même si ceux-ci n’étaient que les maîtres de la place du colonel Fabien mais néanmoins cogestionnaires du pays avec la bourgeoisie gaulliste.


3. Des révélations sur la « syndicratie » ou la farce de la « privatisation » syndicale[5]?


En négligeant l’historique du syndicalisme du point de vie ouvrier, en laissant entendre que sous l’époque stalinienne les syndicats avaient une utilité pour la défense des prolétaires (sales, mal éduqués, rongeant leurs crottes de nez), en se souciant de l’affaiblissement de la police sociale, les auteurs se dévoilent incohérents, sans méthode, et parsèment de ce fait leur texte de redites, qui se veulent accusatrices mais relèvent d’une littérature anémique qui recherche à faire sensation par le scandale sans susciter une réelle réflexion, non sur la corruption syndicaliste (qui va venir, qui est annoncée comme le chœur de l’ouvrage), mais de la fonction destructrice anti-révoltionnaire du syndicalisme contre l’ensemble du prolétariat.


Ils s’adressent aux managers, par-dessus la tête des ouvriers, on nous ressortant cette vieille idée morte qu’une bonne concertation en entreprise, qu’un bon syndicalisme de dialogue peut contribuer à la « modernisation des entreprises » ; et ce qu’on s’en fout de la modernisation du capitalisme et de ses dérivés… Tout cela nous rappelle trop le bla-bla sur « l’entreprise citoyenne » du parti caviar et du pneu syndical Besancenot.


Les révélations arrivent enfin, mais elles n’en sont que pour l’élite éblouie des journaleux comme M. N.Noblecourt du Le Monde, les prolétaires ont tranché depuis la Saint Glinglin : « (aucun chef syndical n’est sûr du nombre de ‘salariés’ qui vont obéir à un appel à cesser le travail) ce qui signifie que le réseau syndical ne fonctionne plus et que les représentants ont, pour la plupart perdu leur légitimité professionnelle ». Belle entourloupe pourtant cette perte de « légitimité professionnelle », car les prolétaires ont jugé bien plutôt qu’il s’est agi d’une perte de « légitimité de classe », autrement dit en langage non châtié : « ils pensent qu’à leur gueule les salariés des appareils» !


Et c’est bien l’idée centrale que nos auteurs enfourchent maintenant : oui les syndicalistes ne pensent qu’à leur gueule. Nos auteurs n’ont plus de raisons d’avoir peur de se faire cogner par les abrutis du syndicat du livre ou les dockers ivres de Marseille, contrairement aux militants maximalistes qui avaient dénoncé la mystification trotskienne et anarchienne du martyrologue syndical il y a près d’un demi-siècle : « nous avons rencontré plus de militants syndicaux ayant eu de belles promotions que de militants chassés de leur entreprise » (p.49). Nous n’avons pas attendu, en milieu prolétaire et révolutionnaire, pour approuver les ouvriers qui se rendaient compte que le syndicat avait servi de marche-pied aux plus corrompus parmi eux – et qui jouaient aux pères la vertu militante – et qu’ils avaient été trompés par leurs discours ; quoique la masse des prolétaires soit molle, malléable en général et sans mémoire.


Après une affirmation vraie, en voici une autre, carrément fausse, les patrons s’emploieraient aujourd’hui à « vider les syndicats de leur substance ». Galéjade ?


« Fonctionnement formel des instances représentatives, encouragement au cumul des mandats, mise à disposition de personnels, multiplication des réunions sans contenu, tolérance envers le détournement des ressources du CE au bénéfice d’un syndicat, d’un parti, voire au profit de quelques leaders, financement accordé au syndicat sans aucune condition formelle à l’utilisation de ces ressources, etc. ». Mais tout cela fonctionnait dès l’après-guerre, sous Thorez puis sous Marchais, Mitterrand et ses 40 ministres gauchistes. Si l’on s’élève au-dessus de ce collage de constats incohérents, il apparaît qu’on nous fournit tout de même un aperçu d’une énorme population parasitaire de la classe ouvrière. Des milliers et des milliers de bonzes syndicaux officient et gèrent paritairement derrière de grands bureaux : négociations en délégation permanente, gestion des camps de vacances, des CE, des organismes sociaux, caisses d’assurances-maladie, etc. la moitié des juges des prud’hommes, ils siègent aux conseils (non insurrectionnels) économiques et sociaux au niveau national et dans les régions. Et après cela comment voudriez-vous qu’ils rêvent prendre le pouvoir d’Etat puisqu’ils le partagent même avec leur front étroit, leurs incompétences et leurs attitudes de potentats arrogants ? Ou qu’ils se soucient d’une éventuelle « identité » des ouvriers crasseux du rang ? Qui le leur ont bien rendu avec leurs pieds et qui détestent ces petits fonctionnaires parasitaires et planqués. Non, la vraie raison de la perte de contact avec les bouseux de base, objectent nos « spécialistes » d’une histoire syndicale en zi-zag, fût au tournant des 70, dès les premiers pas élyséens de Mitterrand avec son petit Auroux[6], la création de la section syndicale et du délégué syndical dans les entreprises privées (ceux du public sont délaissés à leur tour au passage). La section syndicale financée désormais par l’employeur sous l’aval de l’Etat, comment ne pas comprendre que les anciens syndicalistes marchaisiens ou chrétiens qui ramaient après la moindre cotis, se soient sentis allégés de ne plus à avoir à jouer les « assistantes sociales » ou les « marchands de parapluies » ?


4. Le syndicalisme est-il d’abord une corruption financière ou une police de la « conflictualité » [7]?


Sous les termes sociologiques empruntés perce le souci de la bonne marche de la société capitaliste et les propositions claquent comme un discours électoral d’un bourgeois du PS : « Il n’existe que deux parades : le protectionnisme ou l’action syndicale internationale ». Ah bon ! De démonstration point, pas plus des caciques européens à part « faut régler le problème au niveau des entreprises ». On revient obstinément à l’indifférence (inquiétante il faut le reconnaître) des prolétaires traités bassement de vulgaire « salariés » : « les salariés ne se sentent pas vraiment engagés dans ce que les syndicats signent en leur nom ». Cela aura de quoi choquer les lecteurs syndicalistes sensibles, mais quoi ? Vous rêvez messieurs les parasites sociaux qu’on vous laisse signer entre nom ? Pauvres types !


L’avènement de la négociation d’entreprise, toujours à l’époque de la gauche caviar au pouvoir aurait « aggravé la dépendance des syndicalistes ». Or la négociation d’entreprise a toujours existé ! Pourquoi nous sortir cette nouvelle sornette ? Pour montrer du doigt les affairistes Sirven et son pote président de la République ? Pour nous faire croire que les « versements en liquide » ont commencé à polluer le probe syndicalisme stalinien d’antan ? Non cela nous savons que la bourgeoisie n’a pas attendu l’aventurier Mitterrand pour graisser la patte aux chefs syndicaux. Non, nos auteurs, ne voulant pas paraître s’appuyer sur l’explication simpliste de la seule corruption par l’argent sorte une autre carte du chapeau mais balancent une bien belle cruelle vérité pour les collaborateurs syndicaux de l’Etat, l’intérêt national auquel ils sont accrocs : « Cette dépendance est d’abord intellectuelle : la majorité des syndicalistes partage aujourd’hui l’opinion dominante selon laquelle les salariés doivent consentie des sacrifices pour réduire les déficits publics ou pour défendre la compétitivité des entreprises françaises. Avant même de commencer la négociation, ils sont convaincus que les salariés en sortiront perdants. De plus, beaucoup de ces syndicalistes s’imaginent qu’ils gagneront une stature « churchillienne » en imposant aux salariés des sacrifices dans l’intérêt supérieur du pays ». Tout pour leur gueule, comme disait l’ouvrier tout à l’heure ! Nos auteurs si percutants par ce constat n’en tirent ni conclusion ni matière à réflexion sur la fonction du syndicat en général à notre époque. L’absence d’analyse laisse place à nouveau aux mêmes constats que ce sont toujours les mêmes (syndicalistes) qui s’en foutent plein les poches. C’est vrai mais là n’est pas l’essentiel qui est comment empêcher les appareils syndicaux de nuire à la lutte prolétarienne, et, avant de détruire ces engeances de l’Etat, de mettre au boulot prosaïque leur nombreux personnel parasitaire.


5. Un bon syndicalisme étranger à l’entreprise…


Pour nous les maximalistes, bien plus connaisseurs des vices et de l’illégitimité du syndicalisme que des intellos de labos, celui-ci n’a plus de secrets partout dans le monde où il plastronne et fait risette au public. Laissant transparaître encore leur souci d’un syndicalisme rénové, « modernisé », nos auteurs gallimardesques prennent les leçons d’un syndicalisme résolument moderne, majoritaire et vacciné contre la corruption patronale et étatique… à l’étranger : « Dans les autres pays, les négociateurs sont étrangers à l’entreprise et appointés par le syndicat. Au cours des négociations, ils doivent rendre des comptes aux syndiqués de l’entreprise et l’accord n’entrera en vigueur que s’il est ratifié par les intéressés, c'est-à-dire selon les pays et les traditions locales, par les syndiqués ou par l’ensemble des salariés ».


Super ! Mais où nos auteurs ont-ils déniché ce conte de fée ? Au Groenland ? En Norvège ? En réalité ils parlent pour ne rien dire. Les luttes ouvrières se confrontent partout tôt ou tard aux mafias syndicales. Si nous ne lisions pas la presse étrangère, si nous n’avions pas été membre d’une organisation internationaliste qui permettait de vérifier les mêmes problèmes de confrontations avec les flics sociaux dans les autres pays, nous pourrions peut-être agréer à de telles fadaises, que nous pouvons démonter par mille exemples. Et un syndicat financé par de simples cotisants cela n’existe plus nulle part. Dans les grands barnums allemands, les syndicalistes restent ficelés aux ordres de leur hiérarchie et de l’Etat omniprésent. Tous les cas de figure existent dans la plupart des pays développés. En France, comme en Allemagne, la promotion des bonzes peut dépendre d’un patron comme de l’Etat ou vice versa, c’est prendre les lecteurs pour des imbéciles de prétendre qu’il existe une distinction à la française. Et la phrase qui voulait faire mouche, fait donc pschitt[8]. Mieux encore, nos découvreurs sociologiques d’un syndicalisme corrompu mais amendable croient que les bonzes ont définitivement tué la grève : « Enfin, la disparition des syndiqués et la transformation des syndicalistes en professionnels de la représentation ont eu une autre conséquence. La plupart des salariés ont été privés, en pratique, de la dernière arme qu’il leur restait pour se défendre : la possibilité de faire la grève ».


Vont-ils s’interroger sur cette étrange disparition, au moins sous les ordres syndicaux ? Que nenni, ils ne sont point menacés par un licenciement chez Gallimard. La situation de l’ensemble de la classe ouvrière et de la population paupérisée dans la crise systémique est le cadet de leurs soucis. Leur souci : que le syndicalisme soit passé à côté de toutes les professions nouvelles (électroniques, téléopérateurs, etc.) et que « l’économie post-industrielle (ait) échappé aux syndicats ! Dame la question est d’importance car il en va de la « modernisation » ! Du coup les syndicats ne sont plus populaire, pas parce qu’ils planifient des grèves pour emmerder la majorité des prolétaires, pas parce qu’ils sabotent professionnellement toutes les grèves importantes (c’est leur fonction étatique) mais parce que leurs bonzes « glandent » et sont absent du terrain. Et quand ils sont sur le terrain ils ne sont pourtant pas plus « populaires » !


6. La grève est dépassée :


Déclin du syndicalisme = déclin des grèves. Dans un raisonnement qui tord le coup à la logique simple, nos auteurs justifient en fait le sabotage répété des grèves par les appareils, à coups de négociations bidons et de fausses informations, à coups de saucissonnage des assemblées et de rumeurs inventées. Le « privé » n’a jamais pu, par son fractionnement et ses petites unités, mener de véritables grèves ou menacer d’extension ; en 36 le « privé » en grève n’a pas cassé des briques. Nos auteurs se moquent du « rituel » des grèves syndicales du « public » qui sont en effet une vaste comédie de foutage de gueule contre l’ensemble du prolétariat et soigneusement encadrées et conclues invariablement sans « conflictualité » dangereuse pour l’Etat bourgeois. Et cela ne les empêche pas d’avoir le culot de déclarer « l’épuisement de la grève comme instrument de lutte » - c’est pourquoi le patron de droit divin Gallimard les a édités – toujours au nom de l’identification très stalinienne : syndicat = classe ouvrière. Syllogisme : impuissance des syndicats = grève morte[9]. Les syndicats ne sont pourtant pas impuissants mais des fossoyeurs, certes récompensés, de la grève. Quand nos auteurs semblent s’intéresser aux principaux acteurs bafoués des « grèves syndicales rituelles », les ouvriers, c’est pour les plaindre : « Beaucoup de salariés ne comprennent pas non plus pourquoi ils devraient renoncer à leurs salaires pour un bénéfice incertain, alors que les syndicalistes initiateurs du mouvement peuvent se mettre en heure de délégations (les encules, ndt) et par conséquent ne perdent rien dans le conflit » ; ajoutant que la surestimation des mobilisations syndicales s’expliquerait par la politique de l’autruche des prolétaires, leur souffrance et mal-être au travail. La classe ouvrière est complètement individualisée dans sa perception de son sort, et il suffit de glisser quelques phrases radicales (repiquées aux révolutionnaires) sur « les révoltés (ouvriers) qui n’ont jamais vraiment la parole » quand on fait appel « aux pompiers » syndicalistes extérieurs… pour sauver l’entreprise.


7. Le syndicalisme vous ouvre une carrière au service de la bourgeoisie :


Cela a été répété à satiété, par la corruption patronale, ainsi que cela fût confirmé en septembre 2007 lorsque l’UIMM, union des industries et métiers de la métallurgie, tout puissant syndicat patronal dût répondre à la police sur la destination d’importantes sommes d’argent liquide destinées aux « œuvres sociales ». Ces fonds versés de manière occulte ou officielle par le patronat ou l’Etat, le con syndiqué moyen n’y croit pas un seul instant, même si nos auteurs tentent de démonter le subterfuge : « … il ne fait guère de doute qu’une partie des sommes ainsi perçues par les sections et les syndicats sont recyclées en cotisations, ce qui permet d’entretenir la fiction d’un syndicalisme d’adhésion et de se constituer un matelas de mandats très utiles lorsqu’il s’agit d’établir la liste des candidats aux élections ». Le financement occulté transite aussi par les salons organisés par exemple par la CGT et payés à prix d’or pour des stands vides par les mêmes caisses occultes, ou les publicités chère payées dans les magazines syndicaux, ou par la « formation ». C’est une évidence mais vous ne convaincrez jamais le con moyen syndiqué avec ce genre d’arguments, soit parce qu’il fait partie des parasites qu’on arrose un peu, soit parce qu’il est si trouillard qu’il a besoin de croire que le leurre temporaire de la protection syndicale n’a pas à se soucier de « ces détails » plus ou moins vrais… Les moutons de Panurge syndiqués trouvent d’ailleurs un entier soutien de la part des partis de droite au pouvoir qui, en accord total avec la dite vertueuse Cour des comptes, n’ont jamais osé inquiéter le bastion imprenable du CE d’EDF. Donnant-donnant, la CGT en tête a fait preuve d’une si rigoureuse complicité avec les « directions » (c'est-à-dire l’Etat patron) pour permettre la réussite de la privatisation qu’il serait, qu’il eût été malséant de lui envoyer les flics ouvrir ses comptes opaques et louches à Montreuil. En écrivant cela il ne m’échappe pas que je suis devenu un ami du patronat, comme me le révèle le militant CGT du coin.


Quand ils cessent de répéter que les syndicats sont payés par l’Etat (ce qui est vrai et logique pour tout individu un peu intelligent) les auteurs font parfois des preuves de sagacité sur le comportement des syndicalistes, qu’ils soient staliniens, gauchistes ou anarchistes. Vivant de la manne étatique et se passant de tout contrôle d’adhérents, les « vendeurs de parapluie » en viennent à « développer une philosophie de la représentation, des comportements et des discours proches de ceux des hommes politiques ». Très juste, mais ils oublient d’ajouter qu’on retrouve la même idéologie de la gauche caviar et que les quelques syndiqués sont traités avec autant de mépris que les électeurs en politique. Ils se contredisent, par rapport à la soit disant indépendance de l’entreprise des délégués à l’étranger, en constatant la même bureaucratie interchangeable en France malgré le financement des syndicalistes par les grosses entreprises, l’appareil syndical : « … utilise librement la personne mise à sa disposition et peut donc l’affecter à des tâches sans aucun rapport avec l’entreprise ou l’administration qui est toujours financièrement parlant son employeur », et ils bénéficient de promotions syndicales (par ex. dans les carrières parallèles à EDF). On nous décrit les carrières fulgurantes des « représentants ouvriers » Mailly, Notat, Kaspar, Blondel, etc. Les chauffeurs de Blondel, d’Edmond Maire, de Marchais et leurs gardes du corps, étaient rétribués par la Mairie de Paris ou une vulgaire caisse de retraites des concierges. Tout cela prouve bien sûr que ces pékins ne sont pas des bolcheviques prêts à renverser l’Etat bourgeois, mais des membres à part entière de la classe dominante, à la tête d’une noria de milliers de petits parasites syndicaux, de militants bons à rien et de bonimenteurs professionnels prêts à tuer père et mère pour demeurer en fonction dans les appareils ; ils sont des milliers à EDF, à la Poste, dans l’Eduque Naze et se battent comme des chiens, trotskiens contre anarchistes, crétins contre chrétiens pour ravir les places honorifiques de mandataires de la syndicratie depuis bien avant le faux clivage inventé de la fin des années 1980. Ils sont tous extrêmement soumis à la hiérarchie des « fédés », et les auteurs ne font que répéter ce que nous disons depuis plus de 30 ans : « le ‘mis à disposition’ vit en permanence avec la hantise de déplaire aux dirigeants de son syndicat »… et d’être renvoyé à la base !


La bureaucratie syndicale, cette mafia étatique existe donc de la même façon dans tous les pays et génère le même genre de larbins militants qui n’ont plus aucun rapport avec leur ancien milieu professionnel[10], financés par l’impôt obligatoire sur le dos des ouvriers en Suède ou Belgique, ou financés en France par les impôts indirects ou les tours de passe-passe comptable des diverses administrations.


8. Extraire les syndicalistes de leur fonction de sabotage permanent de la lutte ?


Le syndicalisme ne trahit pas, comme le crient les aspirants et arrivistes gauchistes, il est la trahison même dès qu’il pointe le bout de son nez, et nos auteurs font mine de ne pas le comprendre en nous assurant que les racailles actuelles rétribuées pour parader seraient des « permanents » et pas des « militants » ; ce qui est une autre manière de nous refourguer la fausse séparation bien connue et fallacieuse grouillot de base/chefs au sommet. Comme nous l’avions constaté au début de leur livre, nos braves auteurs intellos, refusant toute référence sérieuse à l’histoire, picorent superficiellement dans les légendes faisandées de la gauche caviar : 1936[11], 1945 et 1968 auraient été des occasions (réformistes) manquées « pour l’édification de relations professionnelles équilibrées et durables »… Où l’on retrouve le même conte de fée à chaque fois qu’il s’agit de prolonger l’analyse sur le gangstérisme des appareils syndicaux : une paix sociale bc bg, un capitalisme clean et éternel. La dernière partie aborde l’Europe pour montrer certes l’immense hypocrisie qui règne, le dumping, l’encouragement aux situations complètement contrastées pour les salaires, les mêmes formes de rétributions capitalistes pour la Confédération européenne des syndicats ; laquelle joue le même rôle de sabotage de l’extension de la lutte ouvrière, mais au niveau international. A ce niveau également : « Les syndicats ont fait un marché de dupes en n’exigeant aucune garantie sérieuse en échange de la « modération salariale ». Au niveau européen les syndicats laissent d’ailleurs la place à plus spécialisés qu’eux : avocats, experts, huissiers divers, nouveaux « pilleurs d’épaves ».


Conclusion gauchiste lamentable de nos auteurs. Ils rêvent à un « mouvement syndical puissant et unitaire » - qu’ils viennent de nous décrire comme intrinsèquement pourri et irrécupérable – pour ce poncif imbitable « une Europe sociale ». Ces auteurs révèlent une incapacité à saisir même la mue des appareils de la syndicratie. Ainsi que je l’ai déjà signalé il y a quelques mois, lors de son dernier congrès la CGT a abandonné la fédération en entreprises pour « fédérer » sa machinerie au niveau régional, ce qui signifie bien qu’elle s’est inspirée des modèles étrangers tant vantés par nos naïfs auteurs, non simplement pour mieux paraître indépendante de chaque entreprise, mais, à mon sens, pour parer au surgissement d’organismes dangereux, qui naissent en général au niveau régional, les conseils ouvriers insurrectionnels…


Les auteurs en rajoutent une couche en fin de parcours sur les petits arrangements entre amis patronaux et syndicaux, toujours sans analyser la répartition des rôles, et peu importe, si un seul syndicat dit « représentatif » (c'est-à-dire financé par l’Etat) signe, tout accord est validé, même si la CGT ou FO jouent les vilains ; ou se trouvent en position de signer quand les autres mafias boudent à leur tour. Aucune analyse de la pourriture de SUD qui n’est qu’un aspirant à recevoir les mêmes prébendes que les officiels pour leurs militants arrivistes.


Effaçant finalement tout le contenu très édifiant de leurs répétitions sur la corruption syndicale, les auteurs gallimardesques tentent au final de nous refiler la même camelote de syndicats « indépendants », ce qui n’a jamais existé et ne peut pas exister car (point de vue évidemment bourgeois : « … le syndicalisme – reste le principal moyen disponible pour imposer des compromis économiques et sociaux plus équilibrés, seuls capables d’enrayer la spirale déflationniste et l’anomie qui gagne de nombreux secteurs de la société française ».


Enoncer enfin la tautologie : un syndicat dépendant de l’employeur « n’est plus un syndicat mais un agent patronal (ou un rouage de l’Etat) » ne convaincra pas les complices et employés des appareils, attachés à leur vie parasitaire, et encore moins les pauvres ouvriers et employés clientélistes, qui savent mais sont consentants. Nos intellectuels gallimardesques sont décidément bien naïfs à côté des ouvriers en général. Ils cherchent pire que « corruption » et cela donne « abus de biens sociaux », ce qui est la langue de bois de la justice de classe et un domaine qui dépasse le quotidien des prolétaires qui se doutent bien que les « maisons syndicales » et autres placements dans les CE ne sont de toute façon pas leur propriété. L’abus de confiance des masses est permanent de la part des militants professionnels, et ce qui est dramatique, c’est que tout le monde le sait à présent dans le prolétariat, et qu’on n’avait pas besoin d’un livre aussi mal fagoté pour en amoindrir les dangereuses conséquences au niveau politique au moyen terme.


Faillite du livre à rendre compte donc des vraies raisons du dit déclin syndical – le rejet historique de ces organismes par la classe ouvrière – au nom d’un espoir imaginaire que, par la grâce du Saint Esprit la désyndicalisation serait enrayée sous l’égide du nouveau Grand Syndicat Uni (GSI) les prolétaires se remettraient à cotiser pour les pires parasites du mouvement ouvrier depuis 1914 et les meilleurs complices de leurs exploiteurs. La vérité est là, la grève syndicale est morte. La lutte syndicale n’est plus qu’une compétition entre fainéants arrivistes. Les syndicalistes sont plus dangereux que les flics, parce qu’ils ne portent pas d’uniforme, excepté les calicots et ballons ridicules pour jours de foire. La classe ouvrière reste bien vivante, capable de créer des organismes nouveaux qu’elle peut contrôler, non pour « négocier » une stabilisation de l’exploitation ou une sortie fallacieuse de la crise systémique mais pour foutre en l’air qui vous savez.













[1] C’est la tentative de révolution en Allemagne en 1918 et les années suivantes, qui révèlent la compromission définitive des appareils syndicaux, malgré l’entretien de l’idée morte syndicale par les anarchistes arriérés (cf. mon ouvrage « En défense de la Gauche communiste et de la November révolution »



[2] Excepté sous ce doux euphémisme vague et cabalistique de « la rupture de la fin des années 70 ».



[3] C’est affirmé d’une autre manière page 38 : « Pendant près d’un demi-siècle, le « syndicalisme à la française » a produit de l’identité sociale ». Mon œil comme « L’homme de fer » de Wajda, le syndicalisme félicitait les stakanovistes pendant que les « militants » jouaient les beaux parleurs.



[4] Ils caractérisent cela plus loin page 39 comme « une vie syndicale intense dans ces petites cellules d’entreprises » ; qui peuvent-ils ravir avec ce genre de considération pour la cogestion apolitique du quotidien ouvrier, mamie Arlette ou maîtresse Arthaud la sévère ? Pour atténuer leur vision méprisante du « management pour les nuls » ? Mais mieux ils témoignent pour le mépris des bonzes syndicaux rattachés à ces tâches subalternes pour un bon prolétariat croteux : « Les délégués éprouvaient parfois le sentiment de perdre leur temps – les heures de délégation passaient vite – à entendre les mêmes banalités sur la saleté ou l’inadaptation des locaux, l’incompétence ou l’autoritarisme de la maîtrise, l’insuffisance de la paie, la non-reconnaissance des compétences et des qualifications… ». Témoignage du mépris conjoint des intellos et des bonzes syndicaux pour les questions de base où ils se gardent bien d’élever les débats par exemple à une alternative de société quand ils considèrent que les ouvriers ne sont bons qu’à se soucier du nombre de rouleaux de papier chiotte. Et ils sont si bêtes ces encadreurs professionnels qu’ils s’offusquaient en plus que les adhérents même anciens n’aient eu aucune attirance « pour les idées de l’organisation » (p.41) ; parce que l’organisation syndicale avait des idées… autre que la cogestion de l’entreprise et la promotion de ses ouailles ?



[5] « Un bien collectif qui aurait dû profiter à tous » (p.56)



[6] Un bond « citoyen » pour l’humanité que les lois de ce bon M.Auroux qui n’ont jamais servi à rien d’autre qu’à revaloriser les bonzes syndicaux et à continuer à prendre pour des nuls la masse des ouvriers (j’en étais pendant 35 ans).



[7] Je m’abaisse ici à me servir de la langue de bois de nos sociologues juchés sur leur grue giratoire.



[8] « … la disparition des syndiqués et la transformation des syndicalistes français en boss nord-américains ont été les conditions nécessaires du développement de ce curieux dialogue social » (p76).



[9] Autre syllogisme réducteur de la même eau pour faire avaler la mort de la grève : « En France, seule une minorité suit les mots d’ordre de la grève et le mouvement se termine souvent dans la confusion » (p.93).



[10] Comme le métier de politicien, syndicaliste est devenu aussi un métier bourgeois. J’ai raconté dans mon livre « Dans quel Etat est la révolution ? » que, si les Grecs ont inventé le métier de la politique, cela signifie qu’il devra être supprimé dans la société communiste comme fonction séparée et rétribuée comme telle ; idem pour la profession de syndicaliste. Le communisme met fin radicalement à toutes les activités parasitaires.



[11] On atteint des sommets de bêtises en général dans les interprétations de 1936, et ici nos auteurs atteignent des sommets… d’ignorance crasse en écrivant : « Historiquement (sic), en effet, les responsables syndicaux, particulièrement ceux de la CGT, ne se concevaient pas comme les élus des salariés, au nom desquels ils auraient parlé ou agi. Il y avait une grande méfiance à l’égard des élections sur le lieu de travail… ». Mensonges, bien qu’auto-nominés les bonzes CGT prétendaient bien sûr parler au nom de la majorité des ouvriers, et nos historiens à la manque ne savent pas que la bolchévisation (stalinisation des PC) était basée sur la « cellule d’entreprise » avec les manips adéquates des intellectuels dirigeants. Et c’est Publié chez Gallimard, ces mensonges historiques d’amateurs.