"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 22 août 2009

18ème congrès du CCI:

Distraction pour les petits

dans la maison des oufs

Vous souvenez-vous des 17 précédents congrès du CCI et combien ils ont marqué d’une pierre blanche chaque étape de la lutte pour l’émancipation de l’humanité ? Non ! Moi non plus.

Un congrès du CCI c’est comme un enterrement de première classe. La messe est dite par le patriarche qui distribue les hosties aux plus méritants. On y célèbre l’orgasme militant dans la plus vieille organisation maximaliste du monde. Pour durer si longtemps, the « old one » a dû virer par paquet les principaux fondateurs, mais après ce nettoyage javellisé traîne une casserole indélébile avec le site « bulletin communiste » qui décrit la maladie paranoïaque de « l’organe souverain » de 1996 à 2001, où tout le monde finit par accuser chacun d’être un flic infiltré, où un couple diabolique génère la névrose et la psychose. Ce site de ladite « fraction interne », du genre autiste (et ont-ils encore un espion caché dans le CCI ?) se battait encore la veille de son expulsion pour assurer « qu’on pouvait débattre dans le CCI » (cf. le nommé RL). Identifiant ladite Monique Avril comme policière, celle-ci n’avait plus pour seule défense que d’accuser Jonas d’être policier (« c’est toi qui l’a dit, c’est toi qui l’est »). Voyez le niveau ! Ce cercle d’ex-CCI prétend être désormais le seul centre de regroupement des révolutionnaires non atteints par la maladie mentale de la plus vieille secte du monde. En maintenant la série des racontars, de petites manœuvres et d’histoires de fesses (délires réels de cette bande de ouf, je le confirme) ce site fait le même sale boulot destructeur que le CCI. Laisser en permanence ce ramassis de ragots aboutit à décrédibiliser toute activité révolutionnaire. Bien qu’il ait été normal et éducatif que cela ait été publié, trop c’est trop. Cela me rappelle ce paysan dans mon village qui, pour se venger du refus d’un vacancier de lui laisser bâtir sa grange en mitoyenneté, lui gare en face sa benne à fumier odoriférante en permanence même lorsque les habitants de la maison changent.

Décadence et décomposition du CCI

Jamais une organisation minoritaire maximaliste n’a donc autant senti le fumier en France depuis la guerre. S’il y a encore quelques têtes lucides et pas criminelles là-dedans, à leur place, je proposerais la dissolution pour construire quelque chose de plus clean, pas parfait cela n’existe pas (contrairement à ce que proclame la secte). L’auto-célébration du 18ème congrès sur le cadavre des militants disparus, croire que la secte s’étend alors que, comme le club Méd elle n’a qu’un ou deux correspondants par pays à chaque session. En réalité, le CCI et sa FECCI expriment la même décomposition d’une pensée et activité révolutionnaire en échec à la fin du XXème siècle (cf. Mon histoire du maximalisme, et conclusions, à paraître). Les sections éloignées de l’astre hexagonal décadent ne comptent que les mêmes deux ou trois fondateurs et, depuis jolie lurette, les sections dites « grosses » (bien que fortement amaigries) ne recrutent plus rien. Sauf, les enfants de militants. Nous y voilà. Rien de plus emmerdant qu’une ambiance de congrès qui sermonne et ronronne contre moulins à vent. Aussi, les quelques « vieilles marionnettes » qui restent ont voulu distraire les petits en invitant un scientifique. En effet, comme les petits ne sont pas du niveau politique paranoïaque et risquaient de se sentir étrangers aux monologues successifs des bureaucrates de l’OC (à la moelle) on leur invita un scientifique pour qu’ils puissent poser des questions. Mignons les petits ont pu poser toutes les questions qu’ils voulaient, comme à l’école, comme à la fête de LO : « Pour célébrer à notre façon “l’année Darwin” et manifester le développement au sein de notre organisation de l’intérêt pour les questions scientifiques, nous avons demandé à un chercheur spécialisé dans la question de l’évolution du langage (auteur notamment d’un ouvrage intitulé Aux origines du langage) de faire une présentation devant le congrès de ses travaux, lesquels sont basés, évidemment, sur l’approche darwinienne. Les réflexions originales de Jean-Louis Dessalles sur le langage, le rôle de celui-ci dans le développement des liens sociaux et de la solidarité dans l’espèce humaine ont un lien avec les réflexions et discussions qui se sont menées, et qui se poursuivent, dans notre organisation à propos de l’éthique et de la culture du débat. La présentation de ce chercheur a été suivie d’un débat que nous avons été obligés de limiter dans le temps du fait des contraintes de l’ordre du jour, mais qui aurait pu se poursuivre pendant des heures tant les questions abordées ont passionné la plupart des participants au congrès ». C’est sûr qu’il a fallu freiner les petits qui s’emmerdèrent moins à questionner le chercheur qu’à écouter les pamoisons doctorales en chaire et en OC des « vieux ». On apprend en même temps la proximité du chercheur et du CCI sur « le langage », l’éthique et cet extraordinaire objet du désir nommé – scoop unique produit made in secte néo-stalinienne – « la culture du débat ». Voyez-vous, comme tout débat est forcément anti-organisationnel et anti-marxiste, la secte se penche sur cette étrange « culture du débat » comme un autre chercheur se penche sur une fourmilière : comment est-ce possible qu’une partie de l’espèce humaine, « hors de l’organisation de classe » débatte ? Bouillon de culture répondent les « vieux » aux « jeunes ».

Le CCI montre aussi une étonnante ouverture à l’extérieur, gangrené pourtant par le capitalisme, c’est la première fois qu’il accepte de reconnaître qu’un individu (plutôt bourgeois cultivé, mais n’en dites rien) intellectuel (individualiste ?) « enrichit la réflexion au sein de notre organisation ». Elle en avait donc tant besoin, tant c’est sec et navrant à l’intérieur ? Attention à la « pénétration de l’idéologie bourgeoise » sous le masque d’un darwinien, camarades intoxiqués ! C’est aussi la première fois qu’un groupe stalinien remercie deux fois un invité, une première fois pour sa présence et une deuxième pour ses réponses. L’intellectuel Dessalles pourra toujours témoigner qu’on lui a souri et serré (pas menotté) la main dans la secte, qu’on l’a pas traité de flic. Mais lui a-t-on laissé prendre des notes avant de répondre aux questions ?

« Nous tenons ici à remercier Jean-Louis Dessalles qui, bien que ne partageant pas nos idées politiques, a accepté de façon très cordiale de consacrer une partie de son temps pour enrichir la réflexion au sein de notre organisation. Nous tenons à saluer aussi le caractère très chaleureux et convivial des réponses qu’il a apportées aux questions et objections des militants du CCI ».

Le CCI se cherche toujours une colonne vertébrale après avoir perdu toute sa moelle épinière dans les exclusions hystériques successives ; la recherche perpétuelle du CCI pour masquer l’oligarchie du couple dominant consiste à promettre toujours la centralisation la plus pasteurisée. Les petits n’ont eu qu’à poser des questions à la « vieille garde » puis à écouter les leçons, moins joyeusement qu’avec l’intello invité, et les fesses serrées : « C’est d’ailleurs en vue de surmonter ces difficultés que le congrès avait également mis à son ordre du jour la discussion d’un texte plus général concernant la question de la centralisation. Cette discussion, si elle a été utile pour réaffirmer et préciser les conceptions communistes sur cette question auprès de la “vieille garde” de notre organisation, s’est révélée particulièrement importante pour les nouveaux camarades et les nouvelles sections qui ont récemment intégré le CCI ».

Personne n’ira vérifier quand le CCI ment à plein dentier. Il y a trente années, les étudiants fondateurs étaient plutôt adeptes de Netchaïev, faire des enfants était un empêchement à l’engagement militant total. De nos jours, le CCI pèse sur le budget de la SS avec ses familles nombreuses, qui ravissent les quelques pépés à la retraite : « … un des traits significatifs du XVIIIe congrès du CCI était la présence, que tous les “anciens” ont constatée avec une certaine surprise, d’un nombre élevé de “nouvelles têtes” parmi lesquelles la jeune génération était particulièrement représentée ».

La jeunesse a imprégné d’enthousiasme les travaux du congrès

Gare à la bourgeoisie, atlas, atlas, les enfants du CCI sont là : « Cette présence importante de jeunes participants au congrès a été un facteur important du dynamisme et de l’enthousiasme qui a imprégné ses travaux. Contrairement aux médias bourgeois, le CCI ne cultive pas le “jeunisme” mais l’arrivée d’une nouvelle génération de militants au sein de notre organisation est de la plus haute importance pour la perspective de la révolution prolétarienne. D’une part, comme pour les icebergs, elle constitue la “pointe émergée” d’un processus de prise de conscience en profondeur au sein de la classe ouvrière mondiale. D’autre part, elle crée les conditions d’une relève des forces communistes. Même si les “vieux” militants du CCI conservent toute leur conviction et leur engagement, c’est à cette nouvelle génération qu’il appartiendra d’apporter une contribution décisive aux futurs combats révolutionnaires du prolétariat ».

Si les quelques « vieux » bureaucrates du CCI se prennent à rêver que leurs progénitures vont pouvoir berner et cornaquer les jeunes générations de prolétaires, ils se fourrent le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Les enfants des petits bourgeois du CCI comme ceux de LO ont les mêmes travers que les pères : ce sectarisme impénitent et cette volonté d’écraser toute objection du contradicteur hors la maison-mère (si bien nommée). Le CCI : une secte délirante étrangère au prolétariat et à ses courants multiples, et qui prétend parler en son nom.

Non merci ! Déjà vu !

lundi 17 août 2009

LE CAPITALISME MANQUE D’EAU

DANS SES RESERVES IDEOLOGIQUES

En plein été, après un hiver et un printemps marqués par les affres de la crise systémique, la bourgeoisie nous rechante « tout va très bien madame la marquise ». La croissance ? La reprise est fragile à Paris et à Berlin. Pour l’Europe, experts et chefs d’entreprise se confortent coude à coude en vue d’une sortie de crise « lente ». Oubliées les prévarications, malversations et autres bonus bancaire pharaoniques ! Laissées à la marge les guerres sanglantes ininterrompues en Afghanistan, dans le Caucase, au Moyen Orient ! Place à cette affreuse pénurie d’eau qui menace notre existence sur terre plus que le capitalisme !

Le discours écologique du capitalisme, qui a fait une percée sarkozienne remarquée en France, qui permet d’honorer de bons salaires à ses démarcheurs Bové et Cohn Bendit, qui permet au gouvernement de taxer toujours plus « pour sauver la planète », se préoccupe de notre « survie » dans un monde pollué… non par le profit, mais la surpopulation. L’idéologie fasciste malthusienne refait surface sur les eaux boueuses de la pollution idéologique oligarchique. Le Monde, ce putride porte-voix de la classe dominante nous angoisse :

« L’Inde puise dans ses réserves d’eau souterraines à un rythme inquiétant (en six ans, les nappes ont perdu 109 milliards de mètres cubes dans trois Etats ». Affreux ! Pire que la grippe aviaire et la H1N1 (ex porcine) pour laquelle not’gouvernement invoque le « chacun pour soi » à la rentrée. En Inde, ajoute l’immonde : « le spectre de guerres de l’eau se profile » ; une photo est jointe exhibant des malheureux, femmes et enfants, agitant des bidons vides. Après la guerre prévue pour manque de femmes dans la zone asiatique, voilà qu’un plumitif anonyme de l’immonde bourgeoisie nous menace d’une « guerre de l’eau ». Comment peut se dérouler une guerre de l’eau ? Des émeutes avec des bidons ? Des biberons arrachés aux nouveau-nés par de barbares adultes faméliques ? L’article en termine par la surexploitation des nappes phréatiques par l’agriculture et l’industrie, donc par le Capital et conclut sans garde-fou ni expliquer ce que cela signifie : « l’Inde souffrira en 2050 d’un déficit de 320 milliards de mètres cubes d’eau par an ». Oh si c’est par an, c’est pas grave !

L’article complémentaire le plus drôle de nos écologistes capitalistes est celui consacré à la Hollande : « Les Pays-Bas veulent contenir la mer pour un siècle ». Ces crétins de journalistes bourgeois nous collent donc deux articles, l’un sur la pénurie d’eau dans un pays à forte concentration humaine et l’autre pour un petit pays riche menacé par l’eau… salée. Aussi cynique que l’article précédent, celui-ci ne se soucie pas plus des humains qui crèvent de faim ou de soif, mais des contraintes financières que requiert le renforcement des digues. On se soucie non des risques d’élimination de près de 9 millions de personne dans une catastrophe pire que celle de février 1953 (2000 morts, 40.000 habitations détruites), mais du « revenu potentiellement menacé (qui) s’élève à 1800 milliards d’euros » !

Pénurie d’eau ? Sur une planète où l’eau occupe la plus grande surface et menace de submerger de larges bandes de terres côtières, la bourgeoisie n’a pas froid aux yeux. Elle nous vend l’eau de plus en plus cher, à quand la mise à prix de l’air qu’on respire ?

Les sources se tarissent du fait des abus de l’industrialisation agricole et urbaine. Et alors ?

Au lieu de dépenser pour tant d’aéros et de bombes, la bourgeoisie n’a qu’à se racheter en développant de façon urgentissime des usines de désalinisation. Cela coût cher paraît-il ? Et alors ? Faudra-t-il attendre d’avoir renversé la bourgeoisie et interdit le profit par privation du boire et du manger pour que l’eau de la mer dissolve l’ignoble tache capitaliste ?

jeudi 6 août 2009

LENINE ET TROTSKY POSSEDAIENT-ILS DES OBJETS DE LUXE ?

On ne saurait reprocher à Julien Dray une addiction de collectionneur. A chacun ses goûts et couleurs. Je comprends la passion des collectionneurs de pièces de monnaie, de timbres, moins celle des voitures de sport, des tableaux de maître… J’ai trouvé moi-même une fois une curieuse montre, derrière l’Eglise de la Porte de Choisy, qui nous louait jadis une de ses salles de réunion pour nos réunions internes régulières de principal groupe maximaliste en France. Je servais de tampon avec un brave curé autoritaire qui entrait dans la pièce, chaque mercredi – les réunions ayant été arrêtées à ce jour de la semaine au début des 70 pour convenir aux cadres enseignants. Il entrait sans crier gare dans la pièce en regardant sa montre, laquelle indiquait 23H30 moins deux ou trois minutes, hurlant qu’il fallait vider la salle. Je tempêtais avec lui : « dehors bordel ! ». Ce qui permettait de sauver la mise et laissait le temps aux camarades d’évacuer la salle pendant que je consolais le curé, il est vrai âgé de 75 bougies. J’étais toujours le premier à pester contre les réunions qui se terminaient vers les trois heures du mat, parce que moi je bossais à sept heures le lendemain alors que les cadres de l’orga, cadres dans la vie civile pour la plupart, ne regardaient jamais leur montre.

La montre donc, qui avait due être fauchée quelque part offrait un large cadran. Lorsqu’on la secouait elle repartait d’elle-même. Sous mes yeux ébahis de plouc prolétaire je découvris que c’était une rolex (rollex ou roleix ?). Je la portais pendant un mois environ avec une certaine fierté de posséder un objet de luxe. Hé pourquoi pas ? Ne se moque-t-on pas assez des jeunes qui bavent et ruinent leurs parents pour des « marques » ? Mais basta, au fond, nous les demi-moines révolutionnaires on s’en branle des objets de luxe. On n’irait pas fonder un Etat prolétarien pour s’en mettre plein les poches.

Je passais une annonce sur Libé. Le jeune homme élégant qui me fixa rendez-vous chez lui au cœur du XVIème arrondissement était un juif fou d’horlogerie. Il y avait des horloges partout et des vitrines avec de superbes montres. Il me montra les bottins de mise à prix de ce type de montre. Elle devait valoir dix mille francs de l’époque (environ 1400 euros), mais « neuve » précisa-t-il. Il me l’acheta pour mille francs (150 euros). Cela me suffit pour offrir un lecteur de CD à ma pauvre femme atteinte d’une « maladie incurable ». Le type portait des montres à chaque poignée et même aux chevilles. J’étais un peu sidéré qu’il dédie tout son argent à ces objets. Je laisse au lecteur supputer les torrents de phantasmes qui peuvent habiter un tel collectionneur : remonter le temps, régler son temps, le temps c’est de l’argent, la montre est un mécanisme créé par les hommes pour maîtriser le temps, etc. La même passion pour not’cardiaque président ne me choqua pas non plus. Il y a certainement un complexe d’ancien raté de famille, voire une peur de la pauvreté des objets de « série » qui taraude le bourgeois et que la possession d’une Rolex tranquillise.

Quant à l’ancien djeun député Dray, sponsorisé par Mitterrand après avoir fait ses classes dans le particule de Besancenot qui tétait encore le sein de sa mère - Tonton s’y connaissait en montres de luxe - le problème n’est pas tant dans sa passion horlogère coûteuse, mortifère pour l’heure eu égard à son avenir politique. Le problème n’est pas lié non plus à la déliquescence d’un vieux parti bourgeois, abâtardi par l’intelligent bonapartisme (bon a-partisme) du blaireau cardiaque, sous-produit de la dictature du jeunisme éternel (avatar du fascisme moribond) qui a coulé toute opposition présentable en sponsorisant un tas de râclures transfuges du PS.


TOUCHE PAS A MON OSEILLE


Le problème est surtout que l’affaire Dray fiche par terre la vertueuse idéologie anti-raciste de la bande para-gouvernementale des « touche pas à mon pote » de l’ère de Tonton ex-ministre de De Gaulle et de Pétain. Laquelle propagande servit à dessein à fabriquer deux ou trois générations d’électeurs de gauche caviar. Laissons de côté que Dray aurait été approché par Sarkozy pour rejoindre les râclures Kouchner, Rocard et Cie, et que, vu son refus irréfléchi, les SS (services secrets) de sa majesté n’eurent qu’à balancer le petit rigolo. Les « révélations » policières et du parquet salement bourgeois suffisent à condamner l’impétrant, non en justice, puisque celle-ci n’est qu’une pute, mais aux yeux de « l’opinion », entre autres nous pauvres prolétaires gagne-petit et pue-la-sueur. « Tous pourris » titrera le prochain RI.

Les sommes qui transitaient via l’assoc SOS racisme étaient faramineuses. Elles auraient pu servir simplement, comme on pouvait légitimement le croire, à alimenter le paiement des colleurs d’affiches et la location des salles pour les chanteurs de variété « anti-racistes » mais fort bien rétribué pour leur générosité artistique black-blanc-beur.

Avec les « révélations », la réalité doit toujours dépasser la fiction, vous faire perdre votre latin comme on disait naguère entre riches, cultivés et exploiteurs. Non, les faramineuses sommes, via de menues ponctions pour les sous-fifres, transitaient vers monsieur Dray, sévère potentat oligarchique, selon les dires de certains complices-militants. Drôles de militants « socialistes ». Les sommes étaient en effet « hénaurmes », à vous couper le souffle vous le traîne-la-galère, à faire pâlir l’endetté chronique et à pétrifier le gugusse interdit bancaire.

Ainsi la noble campagne « touche pas à mon pote » n’était qu’une vulgaire SA (société anonyme) pour permettre à un collectionneur « socialiste » d’assouvir sa passion horlogère. Et si, comme vous n’en doutez pas, Dray n’était qu’un arbuste pour cacher la forêt ? Ne vaut-il pas mieux voter « à droite », cette aile de la bourgeoisie si honnête avec les ouvriers, si pingre pour les producteurs de lait, si dispendieuse pour les pauvres patrons floués de la crise systémique, que « voter socialiste » ?

A la bonne heure ! Vous m’avez compris.


PS : ni Lénine ni Trotsky ne possédaient de Rolex. Mais qui sait, Lénine s’est peut-être vu offrir une montre en tant que chef d’Etat, objet d’envie légitime à l’époque. Je rappelle que, pendant la guerre, les vainqueurs piquaient en premier lieu sur les cadavres ou sur les prisonniers, leur montre, avant les godasses.

lundi 20 juillet 2009

LE MEC PLUS ULTRA DES MARGINAUX

« ultra-gauches »

Histoire critique de l’ultragauche « trajectoire d’une balle dans le pied »

par Roland Simon mais ouvrage renforcé, travaillé et annoté par l’équipe

plus sérieuse des Chemins non tracés

PREAMBULE

Les éditions Sinononezéro sont devenues Simonzéro, du nom du principal barde de ce fonds de commerce hardcom. Le prince des communisateurs, comme l’a si bien identifié Robert Camoin, a donc des secrétaires et des metteurs en page à sa botte. Cette boutique sise près du siège de l’OM a organisé une brocante alchimique du marché des ultra-gauches avec une autre épicerie, Les Chemins non tracés - sise à Avignon - qui n’est pas seulement une carte psychogéographique pour vieux randonneurs soixantehuitards, mais un coin du pont de ladite ville réservée au bal des anciens avec la musique bien connue : « sur le dos du prolétariat on y danse, on y danse… ».

Le titre du livret est déjà un faux air pour appâter le client. L’ultra-gauche c’est quoi ? La propagande récurrente des médias concernant à chaque époque une poignée infinitésimale d’individus marginaux. Le Simon bavard du bistrot ultra-gauche qui trône là vient nous chanter immédiatement, de sa voix de fausset (ses conférences étaient partiellement inaudibles et ce type ne cesse de bafouiller en public), qu’il va nous livrer l’histoire du mouvement révolutionnaire et critique avec çà. Le sous-titre se veut marrant : « trajectoire d’une balle dans le pied », que me rappelle trop la sentence bourgeoise « les ouvriers font leur propre tort ». Cela est plutôt rassurant, au moins ce type ne se situe pas d’emblée dans le camp des prolétaires et leur pisse à la gueule. Il est ailleurs, sa subsomption en tout cas. C’est un génie méconnu, on lui doit la découverte suivante : « c’est le capital qui détermine le mode de vie ouvrier et les biens de consommation » (p.96). Il publie une revue, « Théorie communiste », que d’aucuns disent entièrement imbitable quand d’autres assurent dégobiller le terme communisme après l’avoir parcourue, voire se réjouissent de la quantité considérable d’invendus. Les gens sont méchants.

1°) D’esprit critique il n’en a point. Esprit critique s’entend, selon moi, non comme pinaillage d’intellectuel onaniste, mais en tant que capacité à se positionner contre l’ordre dominant, c'est-à-dire capacité à ne jamais oublier qu’il y a D’ABORD un ordre dominant. L’esprit critique part donc de là avant de considérer si dans l’opposition à l’ordre dominant il y a un tri à opérer ou si maman doit rester sous papa ou monter dessus.

2°) Il faut savoir que ce petit milieu de communisateurs (ils ont enfin délégué un potache pour lister leurs théorisations rigogoles sur wikipédia, plutôt que de me laisser les fesser) est et a toujours été l’ultra-gauche française post-68, de Dauvé à Pierre Guillaume et Roland Simon. Mais oui mes braves lecteurs, c’est la même bohème immature qui pointe le bout de son nez une fois tous les dix ans pour nous resservir des salades théoriques à faire pâlir d’envie l’écriture paranoïaque automatique d’un Irénée Lastelle. C’est la même mouvance de Rastignac(s) libertaires devenus vieux hibous communisants qui fibrilaient autour d’ICO au début des 70 avec le clown Jean-Jacques Lebel, bref toute une frange d’ignorants anarchistes qui « refusaient le travail », bavant d’admiration pour Guy Debord et sa phrase florentine, pour P.Guillaume et son aura de tribun au CATE(schisme) de Censier, qui finirent pour la plupart dans la secte des profs certifiés et des instites complexés.

Qu’ils veuillent enterrer l’ultra-gauche, c'est-à-dire eux-mêmes, on s’en fiche. Qu’ils prétendent s’annexer l’histoire du maximalisme communiste avec ses deux branches italienne et allemande, est une autre affaire.

Leur tentative de pillage de « l’or du temps » communiste et de destruction de cette valeur du passé sera dénoncée ici et maintenant.

3°) En général, ces petits profs bohèmes qui tressent leurs paniers aux ed. l’Harmattan - lesquelles ne publient que des navets sur papier rêche -, CACHENT D’OU ILS ONT PIQUE leur radicalité : ils ne sont que des parasites nuisibles de la pensée révolutionnaire moderne. Tout leur discours critique du monde, toute la morgue qu’ils affichent face aux politiques gauchistes et au bourgeois craintif, ils en ont puisé le suc chez Marx et dans les Gauches allemande et italienne (je ne parle ici que de l’aile gauche de la communisation, pas de l’aile droite gauchiste avec Negri qui ignorèrent le maximalisme, cf. mon Précis de communisation). Ils veulent nous faire avaler la pelure après avoir jeté le fruit. Comme l’abeille qui a butiné la fleur, ils prétendent que le miel fétide théorique qu’ils nous produisent ne provient que d’eux-mêmes. Comme leurs maîtres, immatures et post-adolescents éternels, feu Debord et l’attentiste Dauvé, ils n’ont même pas gardé le pollen mais la couleur jaune, celle des briseurs de grève. Prétendant supplanter la fleur rouge Rosa Luxemburg, la reine du maximalisme communiste, ils n’ont produit que des OGM, objets généralement minables. En réalité l’allégorie tourne en leur défaveur : l’abeille bosse, elle, quand le communisateur passe son temps à se branler, fonction non reconnue d’utilité sociale.

4°) La connaissance de l’histoire du mouvement révolutionnaire maximaliste moderne n’est pas un césame en soi qui autoriserait ce genre de quidam anarchiste à en juger sérieusement des fondements et de la postérité. La plupart des prolétaires ne connaissent ni Pannekoek ni Bordiga, sont mille fois plus conscients que nos connaisseurs parasites et s’ils avaient connu les deux grands hommes auraient voulu les compter au rang de leurs plus proches amis. Nombre de bourgeois n’ignorent rien des théories révolutionnaires dites ultra-gauches et cela ne les gêne aucunement dans leur fonction sociale. La bourgeoisie dispose d’ailleurs à Sciences-Po d’un concierge figurant, C. Gintzburger-Kinsbourg, qui se fait appeler Christophe Bourseiller, post-ado lui aussi, qui compile tout ce qui se dit et s’écrit chez les navrants gauchistes, dans les milieux marginaux communisateurs et chez les sectes marxistes (gare ! son prochain ouvrage s’appellera « Les communisateurs négateurs des chambres à gaz »). Le conseiller es-UG est invoqué par R.Simon, sans critique comme la référence d’une première histoire de l’ultra-gauche où, pour l’essentiel, ce cuistre qui se prend pour une vedette de cinéma, s’était ingénié à faire passer le courant révolutionnaire maximaliste pour antisémite, en conformité avec l’idéologie dominante US selon laquelle il n’y a que les juifs qui ont été massacrés pendant WW2 ; R.Simon reste très soft sur la campagne anti-négationniste montée de toute pièce par les « francs-macs » de la gauche caviar pour marginaliser le courant maximaliste. Reconnaître la gravité de l’attaque signifierait en outre pour le post-ado R.Simon admettre que le marxisme et des minorités théoriquement solides restent dangereux ; (cette pudibonderie je la déchire immédiatement, le photocopieur R.Simon cache sa source principale qui reste Pierre Guillaume, cité p.298 sous son pseudo de Pierre Nashua et qui crachait sur le prolétariat révolutionnaire et la « panacée » des conseils ouvriers (allez donc faire un tour sur le site facho ARRRGH et vous aurez des surprises d’y retrouver de drôles de collaborateurs volontaires ou pas, comme un certain François Savel, c’est le contenu qui importe n’est-ce pas ?…).

R.Simon et Cie n’ont jamais rien compris à la classe ouvrière. Ils ne savent toujours pas QUI ELLE EST ! NI CE QU’ELLE EST CAPABLE DE FAIRE ! Ils connaissent les noms des divers groupes, l’histoire des scissions mais ils restent étrangers à l’âme du mouvement communiste internationaliste. Ils peuvent bien gigoter en riant et nous chanter qu’ils « connaissent ». Ils n’ont pas la conscience de l’exploité. Ils n’ont pas la conviction, forgée par deux siècles du mouvement ouvrier, que si on a été vaincu, vaincu plusieurs fois, qu’on sera vaincu encore d’autres fois, ON REFUSE DE CEDER à toute remise en cause de notre nature et situation de classe comme MOUVEMENT et non simple composition sociologique. En un mot la classe ouvrière est révolutionnaire à la fois parce que classe exploitée, consciente de son exploitation et animée par la conviction qu’il est possible d’en finir avec ses oppresseurs. C’est, en plus, compliqué par de soit disant amis des opprimés « en général ». Le prolétariat, dans ses actions collectives et par ses minorités politiques, doit, hélas, constamment écarter la confusion persistante introduite de l’extérieur par les complices des oppresseurs, les syndicalistes et les communisateurs.

5°) La marge communisatrice a relayé les modernistes à la Dauvé pour perpétuer cette fable de la perte d’identité de classe du prolétariat. C’est le défaut typique des intellectuels désenchantés, aigris et impulsifs de tomber dans l’extrême (pas forcément dans l’extrême-droite ! imbécile de Bourseiller !) c'est-à-dire, de taper du pied comme un bébé et jeter son jouet parce qu’il ne marche pas comme on veut. Comme le bourgeois, ces petits profs (d’école) qui n’ont jamais distribué un tract à l’entrée d’une usine, ni mis les pieds dans l’entreprise capitaliste (ils sont leur propre patron dans la classe scolaire !) ne voient plus que la classe ouvrière sociologique, cette masse de moutons, échine courbée que vous pouvez observer défilant tôt le matin dans les couloirs du métro, ces pauvres types qui ne pensent qu’à payer leur loyer et, pire encore, qui consacrent la plus grande partie de leur vie à travailler (au lieu de suivre l’injonction du tag du grand-maître Debord qui, comme Marx et Munis, ne travailla jamais, mais vécut, comme eux au crochet de ses femmes…).

6°) Pour l’essentiel, malgré l’auto, la télé et internet, rien n’a changé pour la classe ouvrière depuis le XIXème, elle reste motivée par deux idées simples :

- la peur du lendemain (cf. Babeuf)

- la conscience épisodique de la nécessité de la violence révolutionnaire.

Même si l’autre Simon (Henri) s’échine à comptabiliser des grèves essentiellement (que) revendicatives dans « le monde en lutte », même si nous n’avons plus autant de grèves sauvages et politiques (voire politiquement sauvages) que pendant les sixties à nous mettre sous la dent, même si la révolution n’a pas eu lieu depuis 1968, même si etc., les enjeux de société sont tels qu’il est impossible sérieusement d’envisager une transformation de la société sans affirmation du prolétariat, leçon de cent ans de maximalisme communiste moderne ! Tout le reste n’est que de la couille en barre à la Roland Simon ! Jamais la bourgeoisie régnante ne pourra être dépossédée de SON POUVOIR pacifiquement. Alors qui ?

- les « gens » c'est-à-dire les bobos écolos si soucieux de « notre terre », de leurs piscines chauffées au panneau solaire, de leurs 4X4 ? Avec Cohn-Bendit comme playmate ?

- la masse indistincte du peuple, c'est-à-dire les émeutiers veules et leurs théoriciens p’ticouns avec Coupat et sa robe de mariage?

- le « monde du travail » avec des syndicats ragaillardis, quand la fable de l’autogestion n’est même plus tenable dans un monde en crise devenu « village mondial » ?

- les « travailleurs en lutte » votant massivement pour Nulle Part Ailleurs, voiture-balai de Besancenot qui ne récupère que les pauvres du PCF ?

- un nouveau parti républicain remplaçant le PS avec BHL comme secrétaire général à la place de Martine Aubry ?

- une guerre mondiale où la presse du CCI prendra le nom de « Smolny » avant de lancer les prolétaires à l’assaut du ciel dans la guerre des satellites et des pandémies?

En aucune façon la société ne s’oriente vers une mise en commun automatique « commune » des richesses de la société, faut être un doux dingue communisateur pour dire cela. Le problème de l’humanité n’est pas la disparition de la classe ouvrière, de sa carte d’identité ou de ses gènes ouvriéristes, mais – dans l’instant présent - la disparition de ses organisations révolutionnaires maximalistes, à force d’exclusions, d’insultes et de sectarisation. Il n’y a plus de voix révolutionnaire pour gueuler dans le désert, plus de groupes comme RI, le FOR, le PCI ou même le PIC des années 1970-80 pour se faire les porte-voix d’un « milieu » révolutionnaire, le faire respecter et affirmer la volonté communiste maximaliste. (J’étudierai la question dans mon histoire du maximalisme). Avant-guerre dans le mouvement maximaliste marxiste existait une solidarité de Davoust à Vercesi (Davoust pourtant étrillé pour sa position sur l’Espagne) était directeur de la pub de la Fraction. De Bordiga à Gramsci, les camarades de tendances opposées fraternisaient en prison. Aujourd’hui il n’y a que haine et autisme. C’est pourquoi les parasites modernistes communisateurs ramènent leur fraise, bien qu’ils ne soient toujours que de pauvres chauves-souris et sans importance au fond pour Gallimard and Bernard Pivot.

7°) Imaginez, avant un combat de boxe, un entraineur qui dirait à son challenger : « n’affirme pas ta force, l’autre te laissera vaincre sans combat ! » Il prendrait le premier gnon avant le combat ! Excusez-moi de l’image suivante, mais vous n’allez pas y couper. Debord se reprochait un manque de virilité (il aurait voulu être un « costaud ») mais il prétendait donner des leçons de machisme grammatical au prolétariat avant de s’en désintéresser, comme une femme volage délaisse une grosse brute qui passe son temps à beugler. Il y a un côté viril non vulgaire par contre dans la classe ouvrière, surtout souvent chez les militantes et les ouvrières les plus déterminées – et ce n’est pas péjoratif (cf. nos Louise Michel, Rosa, Sylvia Pankhurst, etc.). N’a-t-on pas dit que Rosa était le seul homme de la social-démocratie allemande ?

Comme Debord vieillissant, R.Simon a des problèmes avec une virilité qu’il n’a peut-être jamais eue (il m’a demandé si j’étais impuissant dans deux mails insultants): le prolétariat n’a pas besoin de s’affirmer avant la révolution, assure-t-il, prétendant jeter à la corbeille un pansement de « l’ancien mouvement ouvrier ». Et, avançant dans ses galimatias plus ou moins mis au propre par ses petites mains des « chemins non tracés », cahin-caha, on finit par découvrir le fond de pensée du bonhomme : comme Vaneighem il est fleur bleue. Et ouais ! C’est le mec plus ultra de la théorie du marginal bien nourri. Son « histoire critique » ne contient aucune approximation « humaine » de tous ces hommes et femmes qui ont combattu pour changer le monde, qui l’ont payé de tortures, de misère, de leur vie. Comme un vulgaire fasciste indifférent, ils nous décrit de pauvres marionnettes de l’Icé… des « pions », vaincus « par eux-mêmes ». Chassez le bourgeois, il revient au galop ; en effet à plusieurs reprises, des bolcheviks aux « gauches » ils sont vaincus par eux-mêmes (« ils se sont tirés une balle dans le pied »). Même la bourgeoisie n’ose pas dire une chose pareille ; elle crédite de la répression contre-révolutionnaire qui le stalinisme, qui le nazisme… R.Simon ose même mieux : « les « gauches » n’ont pas compris la contre-révolution » ! Mais bien sûr puisque qu’elles étaient « la » contre-révolution même !

Roland Simon restera dans l’histoire, à l’égal d’un Einstein de la théorie communiste comme le grand découvreur de la subversivité moderne : « pour la première fois le communisme comme abolition du prolétariat » (p.273) dépassant ainsi d’une tête Marx qui déconnait avec son histoire « d’abolition du salariat ».

VESTIBULE

Au risque de vous choquer et de paraître paradoxal et inconséquent, je vous avoue, cher lecteur, que j’ai aimé lire ce livre comme un document exceptionnel comparé à la littérature de merde produite par Sinononestzéro. Il apporte des éléments de compréhensions introuvables chez le concierge policier et adepte de la shoah s’story exclusive Bourseiller. Il y a longtemps que les hagiographies et histoires religieuses du mouvement ouvrier m’emmerdent. L’ancienne propagande des staliniens, des trotskiens et de toutes les sectes marxistes qui prétendaient éduquer les ouvriers en ôtant de leur vue tout texte non lénifiant, est définitivement obsolète. De toute façon, c’est comme le prétendu contrôle parental – évanescent comme dirait Guigou – tout môme peut zieuter du porno sur la Toile quand maman dort. Au beau temps de la contre-révolution, le stalinien de service pouvait vous crier aux oreilles que les goulags c’était une invention de la CIA et qu’il était malsain pour les yeux d’ouvrir certains livres. Aujourd’hui, d’ailleurs comme hier, personne ne peut faire barrage à l’esprit de recherche critique. J’ai connu des staliniens qui lisaient sous le manteau Trotsky ou Pannekoek. Lénine conseillait de lire les livres de Kropotkine mais aussi d’historiens mencheviks.

Il faut donc lire le livre de R.Simon et Cie. Si vous êtes un crétin embrigadé par l’idéologie bourgeoise, vous serez ravi du niestzchéisme ambiant entre les chapitres. Si vous êtes convaincu par contre du rôle révolutionnaire du prolétariat, ne vous emportez pas subitement, ne jetez pas le livre par terre. Sautez les paragraphes les plus débiles et continuez jusqu’au bout. Il y a là un travail passionnant qui n’avait jamais été fait. Mon camarade Paul m’avait déjà dit du bien des conférences de Simon, mais l’intérêt de ce travail éditorial est réellement didactique. Pour celui ou celle qui connaît pas ou confusément, Dauvé et Bourrinet peuvent aller se rhabiller. Tout s’éclaire : merveilleux diagrammes (les tableaux synoptiques d’Echanges n°98, automne 2001, sont faibles en comparaison). Ajoutez à cela : datation systématique en début de chapitre + thèmes avancés par les « Gauches » + des critiques valables aux Gauches (la religiosité de parti de Bordiga et ses illusions sur la Russie, l’idéalisme de la Gauche allemande, etc.) + des notes systématiques qui évitent au néophyte de se perdre et lui donne graduellement une connaissance non rébarbative de cette phénoménale école du maximalisme marxiste si méconnue ou décriée au XXème siècle. Les 94 premières pages sont un bijou pour la compréhension minimale du mouvement révolutionnaire moderne, ainsi que les pages de la postface de 274 à 284 et 299 à 304. Merci aux petites mains des « chemins non tracés ». Le tracé à ces endroits est louable.

Pour le reste, il me faudrait plusieurs pages de rectifications sur les erreurs contenues. On trouve une même fixation que le concierge Bourseiller sur Socialisme ou Barbarie et le situationnisme (près de 70 pages chacun). S ou B ne méritait pas autant de place pour une étude biaisée du maximalisme communiste, et le situationnisme encore moins, cette clique d’ignorants du mouvement révolutionnaire et de militants de drugstore. Mais, R.Simon comme Bourseiller, est plus en recherche de gloire sonnante et trébuchante que de restauration de l’or du temps révolutionnaire. Les deux mamelles politique et artistique qui ravissent les salons bourgeois depuis trente ans impliquaient une exégèse savante, avec une dose de thé glacé, pour entrer par la grande porte des idées aseptisées, digérées par la bourgeoisie et disponibles dans les grands supermarchés.

Etude biaisée du mouvement maximaliste, disais-je à l’instant, et plutôt que simplement superficielle, incomplète à dessein. Et pour cause, pendant les 20 ans où il n’a rien produit (de 1970 à 1990 environ) R.Simon ne peut rien dire ! Par contre il nous intéresse tout un pan du mouvement maximaliste (que nous célèbrerons dans notre histoire réelle du mouvement) dans cette tranche, en particulier le rôle très important tenu par RI-CCI, en dehors et contre toute l’ultra-gauche de merde dont Simon faisait déjà partie. J’ai été dans ces années-là à la pointe du combat contre le « modernisme » dans le CCI (que toute l’aile droite du groupe familial de Raoul Victor à sa sœur Taly caressait dans le sens du poil banquisard, tous ces gens-là pique-niquent désormais ensemble à la marge de toute activité de parti révolutionnaire).

Dans l’éclosion ou plutôt le bourdonnement de la mouvance révolutionnaire hors du stalino-gauchisme généralisé en milieu étudiant et lycéen, se produit donc une césure très importante. En 1972, s’extirpant du marais petit bourgeois d’ICO, trois groupes vont donner naissance au CCI, mais on oublie souvent le plus important. Il s’opère ainsi une délimitation entre un marais ultra-gauche merdique (des pro-situs à Négation d’Astarian, aux conseillistes et anarchistes élitaires) et un milieu révolutionnaire qui compte déjà outre le For, le PCI, Battaglia, etc.

En page 75, Simon écrit laconiquement deux lignes pour vingt années de combat : « A partir de 1980, le CCI s’oriente vers un léninisme de moins en moins critique et une connerie de plus en plus évidente ». Je suis d’accord avec lui, mais à partir du milieu des années 1990, après la mort de Charlemagne, Marc Chirik (pour des causes qu’on trouvera dans mon histoire du maximalisme). Pour S ou B, je renvoie le lecteur à l’article de Taly du bulletin d’étude et de discussion de RI n°11 (janvier 1975) : Une tentative de dépassement du marxisme ; qui est probablement le seul article intéressant qu’elle ait écrit dans sa vie ; et évidemment à mon ouvrage avec Laugier « La critique de S ou B » (épuisé). S ou B n’est resté qu’un bâtard du trotskysme générant confusion et abandon du combat marxiste. Toute la bande des Guillaume, Baynac, Dauvé, Simon (les 2), restent des admirateurs d’un groupe qui, dans les années 1950 ne se différencie aucunement du gauchisme trotskyste, et a trop longtemps servi d’écran aux gauches maximalistes allemande et italienne qualifiées de « fossiles » alors que leur vieil héritage politique et théorique est profondément actuel et toujours dérangeant. Les écrits des Lefort, Causseron, Lyotard restent consternants de faiblesse politique et d’insuffisance théorique. Pas étonnant que R.Simon se délecte encore de l’eau putride de ce cadavre.

Dans l’étude que j’ai consacré il y a très longtemps (consultable à l’institut d’Amsterdam et à la bibliothèque du Temps présent), j’écrivais :

« Du point de vue de "l'organisation" et de "l'intervention", Socialisme ou Barbarie n'avait jamais été un véritable groupe politique, tenant plus du cercle de discussion emmené par un gourou (Castoriadis) et dont le financement reposait plus sur les deniers de ce dernier que sur une véritable structure et des cotisations. Ce groupe laissa des idées et une aura abusivement mise à la mode après 1968 par des journalistes. Un tel groupe, qui exista tout de même près de 16 ans (1948-1964), était donc incapable de laisser une descendance, non seulement à cause de ses faiblesses théoriques mais par son mode de fonctionnement. Peu de critiques ont été faites après 68 sur ce groupe, excepté par "Révolution Internationale": "Une tentative de dépassement du marxisme" (par Taly, in Bulletin d'étude et de discussion n°11, janvier 1975), et, auparavant, la critique des épigones dont on va parler ici, dans R.I. ancienne série : n°7: "Volontarisme et confusion" par Raoul Victor (mars 1972) avec une tonalité très anti-léniniste. S ou B était antiléniniste également mais ce ne fut pourtant pas le cas de ses petits-fils de la "gauche marxiste".

Groupe "nouveau" issu d'une rupture avec le trotskysme dans l'immédiat après-guerre, S ou B (qui a fait l'objet d'études approfondies depuis) a été constitué par des éléments intellectuels devenus par la suite des personnalités de la sociologie, du syndicalisme et des références complémentaires pour la gauche anti-stalinienne: outre Castoriadis, Lefort, Lyotard, Mothé, etc.)

Avec l'explosion de Mai 68, les deux principaux penseurs de S ou B, Castoriadis et Lefort aux côtés d'Edgar Morin, repointent le bout de leur nez avec un ouvrage "La Brêche" qui exalte la spontanéité du mouvement et rappelle leurs belles heures passées et leurs illusions perdues. Il ne s'agit pas d'une renaissance de groupe prétendant agir sur les événements mais un glorieux coucou d'intellectuels spectateurs. Les deux originalités obsessionnelles de S ou B - le "capitalisme bureaucratique d'Etat" et la division entre dirigeants/exécutants - n'étaient pas de nature à donner un rôle historique à ce courant ».

Personne ne s’est avisé de questionner ou de comprendre le pourquoi de la disparition de Pouvoir Ouvrier en 1969, scission marxiste de S ou B en 1958, dernier avatar de ce néo-trotskisme. J’en ai rendu compte partiellement pour les archives historiques, mais la question est d’importance. Ces types que je n’ai croisé que deux ou trois fois, les Véga, Souyri, etc. avaient une sacrée bouteille, des années d’expérience dans la sale période et voilà qu’ils s’opposaient à la création d’une nouvelle organisation en 1970. Et ils avaient bien raison pourtant. Formellement constituée contre les « vieux » (ils n’avaient pourtant encore qu’à peine la cinquantaine) la Gauche Marxiste ne sera qu’un bâtard gauchiste.

Le métro Pasteur fût un haut lieu du maximalisme rajeuni. RI tenait des réunions dans le café du haut de l'avenue Pasteur. Le GMPCT tenait conférence dans les cafés face au lycée. Le lycée Buffon était la pépinière de lycéens de Pouvoir Ouvrier, le GMPCT était plutôt un groupe de cancres dont la discussion politique consistait surtout à se moquer d’une façon situationniste des gauchistes mais aussi de la trajectoire des vieux ultra-gauches… Moi j’oscillais entre mon ancien lycée à Suresnes proche de Nanterre la Folie et ce nouveau lycée, très bourgeois, où (fils d’ouvrier) j’étais délégué de classe pour ces progénitures de fils à papa (et premier saboteur de toute négociation secrète, j’emmenais mon magnétophone caché dans le cartable pour faire écouter le contenu des négociations avec le proviseur à toute la classe). L’intérêt pour la vie politique en milieu lycéen se manifeste ainsi, non en conscience des injustices ou de la misère sociale, mais par la dérision, laquelle devient un moyen de s’affirmer et de dominer les autres…

Il n’y avait pas grand-chose à l’époque. Les situationnistes élitaires ne recrutaient pas. Les étudiants gauchistes trotskistes et maoïstes étaient minables. RI payait la connerie des vieux de la GCF dont MC qui avait été « sauver sa peau au Vénézuela » (dixit Goupil), absent en Europe de la fin des sixties ; il ne fallait pas rêver être influent au dernier moment, donc on les moquait. Pourtant, même barbouillés, c’est une généralité, les plus clairs arrivent souvent après coup, ou trop tard (mais pas pour se tirer une balle dans le pied).

RI n’était qu’un groupe provincial (Toulouse, Marseille, Clermont). On ne les avait jamais vu à Paris en 1968 (ce qui n’avait pas été un mal pour eux, dans le bordel gauchiste dominant on ne les eût de toute façon pas distingués). RI ne disait rien sur le parti… avait la réputation d’un groupe familial limité dans ses analyses politiques et économiques ; pourtant leurs textes étaient les plus nets politiquement au point d’énerver Debord et tous les fainéants refuseurs du travail ! ICO était un repaire d’éléments marginaux aux préoccupations petites bourgeoises à la mode…

CONCILIABULE

Je peux continuer avec mon témoignage personnel. La réflexion critique sur la dérive du groupe « Gauche Marxiste » j’aurais été incapable seul de la mener ; c’est le travail de ma cellule – et surtout du plus brillant de notre génération JP Hébert – (moitié de Manchette et de Debord) - qui, évoluant en tendance puis se faisant jeter par notre micro comité central, m’avait guidé pour ne pas tomber dans le néant… grâce aux repères fournis par… Invariance, et des lambeaux de connaissance des Gauches allemande et italienne (un italien, dit Blanchard, était membre de notre cellule et admirateur de Bordiga).

Extrait du type d’ambition de la « Gauche Marxiste » :

« La G.M. se fait inviter à quatre conférences "ouvrières" (où je fais partie à chaque fois de la délégation, étant quasiment le seul véritable ouvrier du groupe, mais je ne suis salarié que depuis deux ans et père d’une petite fille):

- juin 1972: rencontre à Poissy avec des militants du PSU et de la GOP (Gauche Ouvrière et Paysanne qui publie "L'Outil (éphémère) des Travailleurs") où de vieux activistes gauchistes donnent de la voix en additionnant leurs actions ou faits de grève, sans que cela débouche sur une alternative politique;

- octobre 1972: conférence nationale ouvrière à Clichy de l'ensemble des groupes gauchistes (L.O., P.S.U., A.M.R., etc.); y a une preuve de ma présence dans mon dossier à la CNIL : la plaque minéralogique de ma deudeuche garée à proximité !

- décembre 1972: rencontre à Nevers avec un comité d'action de cheminots.

- Février 1973: rencontre à Tours avec la GOP, cette dernière rejoint "Révolution", la scission néo-maoïste de la LCR ».

Toute la prétention de la GM se dégonfla très vite. Les vieux avaient eu diablement raison de nous freiner ! Je leur envoie ma lettre de démission après avoir vu partir mes camarades de Cellules (XVème + Vanves) néo-bordiguistes, puis assisté impuissant à la gauchisation du groupe et à sa reprise des délires de Potere Operaio :

« On s'est contenté des analyses de "Matériaux pour l'Intervention" (recopiés de Potere Operaio) "parce qu'il y en avait de bonnes", y avait qu'à les prendre! Malgré la belle couleur théorique et les justifications à l'emporte-pièce, le "refus du travail" équivaut au fameux "jouir sans entraves" et ne peut être compris que comme tel. Il rappelle les insuffisances des situs. Oui, les jeunes, les voyous, les faux malades de la sécu refusent le travail. Mais l'absentéisme sous sa forme individuelle, c'est donc une forme de lutte?

Le jeune gangster ou la prostituée qui refusent le travail sont donc révolutionnaires. La classe ouvrière n'est donc pas déterminée par l'exploitation qu'elle subit ni par le combat qu'elle mène dans ses multiples formes à partir de l'entreprise. La classe ouvrière ce sont…les guerilleros + les petits paysans + les étudiants et le MLF (on se rappelle que lors de la Réunion Publique à Censier, Ogier/Poupoune avait défendu sa propre position…en faveur du MLF!)

On croyait que la classe ouvrière luttait contre les cadences, pour la diminution des horaires de travail et qu'elle luttait à plus ou moins long terme pour la transformation de la société tout entière, non pas abstraitement à la recherche d'une découverte métaphysique du monde ni pour aller plus souvent à la pêche.

Mais si les travailleurs ne refusent pas le travail, ils le contestent sous sa forme actuelle. La société capitaliste tourne grâce au prolétariat. On peut bien sûr tout supprimer en pensant que dans la phase minimum du communisme le travail n'existera plus même sous une forme atténuée, l'an 01 quoi! Qu'en pensent les travailleurs de Lip, sur quoi la GM n'a rien à dire, à Noguères, à Roman, à Besançon où les prolos ne refusent pas le travail… Alors on nous cite l'exemple des jeunes qui partent (phénomène underground), qui travaillent un mois sur deux puis partent à Katmandou. Oui! Les voilà les vrais révolutionnaires, ceux qui n'ont que le tort de ne pas vouloir mettre dix ans à s'acheter la 2 cv de leur père…

On ne renverse pas le système en refusant le travail, c'est une analyse individualiste et petite bourgeoise. La "stratégie du refus", elle, est contrerévolutionnaire parce qu'elle s'adresse aux couches périphériques: aux lumpens, aux étudiants, aux femmes, nouvelles classes en mutation…

IL N'EST PAS POSSIBLE D'ACCEPTER LE MOT D'ORDRE DE REFUS DU TRAVAIL DANS UN SENS AUSSI VAGUE, lutte contre l'organisation du travail, contre les cadences, contre la productivité oui (et de manière générale, lutte pour la transformation radicale de l'activité matérielle, c'est-à-dire pour le communisme, etc.) mais non pour la désertion de la production car "un prolétariat qui ne travaillerait jamais ne serait plus un prolétariat" et on voit mal comment il pourrait faire la révolution (c'est vrai que le capitalisme s'effondrerait mais dans cette affaire il n'y aurait pas que le capitalisme, et croire au passage automatique au socialisme, c'est se prendre pour Kautsky ou Bernstein). Marx, lorsqu'il parle d'abolition du salariat n'agite pas comme solution à nos maux le simpliste "refus du travail", il s'agit tout simplement d'une théorisation à la mode de la conscience "ras-le-bol" de quelques couches petites bourgeoises.

1) Sur le salaire politique:

Le salaire garanti n'est pas une revendication à mettre en avant, hormis le problème de la présence dans l'usine, il ne s'agit pas d'une revendication réellement unifiante car la "réaction en chaîne" prévue est le produit de l'imagination économiste de Potere Operaio. Le vieux mot d'ordre trotskyste d'échelle mobile des heures de travail est peut-être tout aussi utopique (et l'utopisme, c'est-à-dire le caractère acceptable par le capital n'est pas le problème) au moins il est réellement unifiant face aux licenciements.

Le pré-salaire ce serait presque l'allocation-chômage de l'avenir, l'argument étant aussi de dire que les jeunes trouveraient leur indépendance avec cet argent. On peut alors se demander où va l'argent de la sécu, des bourses, le salaire des jeunes apprentis encore chez maman? C'est une question de fric; l'aliénation, l'idéologie familiale ça n'existe pas comme dirait Arlette Laguiller. On voit donc avec stupeur la politique se dissoudre en économie, la stratégie en tactique. L'économie devient un jeu d'échecs. Cette solution "à la suédoise", radicale en paroles, que l'on nous propose est un objectif réformiste, à moins de se figurer une aura du système capitaliste, il y faut une condition - en Suède, les étudiants sont largement payés le temps de leurs études. Mais que se passe-t-il lorsque l'on interrompt en cours de route un diplôme en France ou aux U.S.A.? Oui il est possible d'avancer des objectifs unifiants en milieu étudiant et qui tiennent compte de la réalité de la lutte de classes, la gratuité des locaux, des fournitures par exemple.

Quand on dit que le pré-salaire tiendrait doublement les mecs et recréerait des inégalités (comment et en fonction de quoi serait-il alloué, à partir de quel âge, etc.) en s'adressant aux couches périphériques de la classe ouvrière, susceptibles d'en faire partie ou pas. On nous répond que c'est une vieille conception du mouvement ouvrier, que le travail n'est pas rétribué à sa juste valeur. Tout cela on le savait déjà, le droit au travail c'est le droit à l'exploitation. Mais pour Pouvoir Ouvrier-Gauche Marxiste, tout le problème réside dans "l'apparition de la richesse sociale" d'où l'on passe à l'abolition du salariat/appropriation de la richesse sociale détachée du travail) et au communisme tout de suite!

Il n'y aurait donc que des problèmes de consommation et de distribution, l'organisation de la société, la production, tout cela ne doit être qu'idéologie. C'est pourquoi on peut dire que pour P.O. et la G.M., la révolution, c'est avant tout une affaire de gros sous. On provoque la crise du capitalisme en demandant "plus d'argent, moins de travail" et l'on retrouve E.Mandel.

Vous comprendrez donc après cette petite mise au point que je ne considère plus faire partie de la G.M. comme une nécessité, et que je ne puisse plus prendre fait et cause pour des idées gadgets. Et cela ne signifie pas pour moi la renonciation à tout projet politique.

Salutations communistes, (je signe Rigaux à l’époque)

(le 10/08/1973)

Dégoûté de la faillite des derniers enfants de S ou B et de l’incohérence de mes camarades de cellule bordiguisants (et proches de bordiguisants purs qui allaient fonder plus tard Communisme ou Civilisation) je téléphone à Pierre Souyri senior depuis Châtillon :

- allo Pierre, c’est la merde, le groupe est fini. Je pense prendre contact avec RI, qu’est-ce que tu en penses ?

- oh tu sais, je me méfie de ce truc-là, c’est comme les sectes…

J’ai appris, beaucoup plus tard que Souyri, comme Christian Lagant, s’était suicidé. J’ai eu de la peine. Son fils m’avait dit qu’il avait regretté de ne pas avoir joué un grand rôle historique dans une nouvelle révolution. L’envers du ressac de mai 68 fût une tragédie pour beaucoup, on n’en parle jamais. Souyri, malgré sa carrure théorique, sa grande taille, sa gentillesse, était parti lui aussi comme beaucoup, beaucoup qui avaient désespéré. Hélas. Souyri m’avait confié qu’il n’en admirait plus qu’un, Lyotard, mais qu’il méprisait ce qu’était devenu Castoriadis.

A suivre…