"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 25 janvier 2008


JEUNES TRADERS DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !

MORT AUX BANQUES !

MORT AU CAPITAL !

Krach boursier à suivre… Le feuilleton qui masque au jour le jour la gravité de la crise économique du capitalisme connaît son lot de rebondissements. Tout nouvel épisode sert à masquer le fond de la crise. Après le coup des subprimes, voici celui d’un présumé hacker qui aurait eu des pouvoirs exorbitants. Il est évident plutôt que la hiérarchie affolée de la Société Générale a cherché à déguiser des pertes liées à la crise des «subprimes» en les attribuant au seul Jérôme Kerviel. Qui peut croire le Bouton en chef de la SG lorsqu’il déclare au Figaro : «Ce qui est arrivé à la Société Générale n'a rien à voir avec une catastrophe qui aurait été le fait de notre stratégie. Cela s'apparente à un incendie volontaire, qui aurait détruit une grosse usine d'un groupe industriel» !? Dans le dos du grand patron de l’Elysée, ils ont tout bonnement transféré dans un trou nouveau des pertes provenant d'un autre trou, et font porter le chapeau à Kerviel, étrangement disparu (coulé dans du béton ?).

Les amerloques ont voulu profiter du mensonge systémique en accusant la simple SG de la chute spectaculaire des marchés financiers en début de semaine, obligeant la Réserve fédérale américaine (Fed) à abaisser mardi son principal taux directeur de 0,75%. Et la SG de renvoyer la balle en Extrême-Orient : «C'est absurde! Ce sont les bourses asiatiques qui ont donné le “la” ! On se marre.

Mais on peut continuer à rêver quand même à l’action « directe » ou « anarchiste » de plusieurs traders pour faire effondrer la chaîne des banques. Après tout le système capitaliste est très fragile… il suffira de le pousser un petit peu.

Nota bene : (La fraude a bon dos, elle pourrait masquer une audacieuse politique du risque", juge un banquier. "La Société générale a pu charger la barque sur le thème de la fraude pour faire passer plusieurs mauvaises opérations de marché", suggère de son côté Elie Cohen à l'AFP.)


jeudi 24 janvier 2008

EN AVANT LA ZIZIQUE :

MŒURS SEXUELS DE 68

OU POLITIQUE DES MOEURS ?

Formidable moment de remise en cause du pouvoir d’Etat et de toutes ses hiérarchies, période intense quotidienne de jubilation et d’inquiétude, d’attente de l’épisode suivant, du retournement de situation, mai 68 dérange encore. Comme avec le salut à notre dernier poilu (pourtant très dérangeant lui aussi) on s’efforce de saluer avec l’hypocrisie et la lâcheté de l’arrière. C’est parti. FR3 a lancé la commémo. L’épatante fille Drucker dirigea de main de maître l’inventaire télévisuel hier soir. Rien de bien nouveau pourtant au milieu des poncifs récurrents. Tout le monde a fini par connaître par cœur : répression des étudiants, trahison du PCGT, fuite de De Gaulle, retour au calme et élections « piège à cons », fermez le ban.

Avant une série de colloques, d’expos et radotages divers dans l’hexagone où on dissèquera grammaticalement Rimbaud, on s’aperçoit que « le pouvoir » actuel n’a rien de nouveau à nous en dire ni rien de plus à effacer. Il peut convoquer sur le plateau des vaches quelques clowns rassis, le Cohn-Bendit de service, le bêta Balladur, les navrants Fiterman et Juquin, le geignard Geismar, le nullissime Max Gallo ; c’est encore la jeune journaliste Marie Drucker, pas née à l’époque, qui pose les questions les moins idiotes et qui semble plus lucide que les épaves qui défilent devant son bureau. Cohn-Bendit fait le dur en affirmant que Marchais était une ordure (Marie en reste bouche-bée) mais le Bibi Fricotin a tellement sorti d’âneries dans sa vie politique officielle qu’il est remis à sa juste place par les images d’archives : un banal leader étudiant petit bourgeois. Oui Marchais était une ordure mais Cohn-Bendit lui a succédé en proclamant qu’il avait toujours fait semblant et que la question en 68 n’était pas celle du pouvoir mais de s’éclater… et il conclut : « heureusement qu’on a perdu politiquement » ; mais il ne parle qu’en son nom et pour une frange de la petite bourgeoisie plus très verte. (En 1985, sur Canal+, j’ai eu l’occasion de dire son fait au petit « Dany le rouge ».)

Principal poncif : les mains fragiles des étudiants n’ont pu serrer celles, calleuses, des ouvriers. Je trouve toujours un côté surréaliste à cette manif d’étudiants qui va à Billancourt pour tenter la jonction avec les ouvriers tenus en cage par la CGT et le PCF. Ni les étudiants, désordonnés et impulsifs, ni les plus gros bras CGT, n’eussent pu empêcher les ouvriers de tenir des AG et d’accueillir qui ils voulaient s’ils en avaient eu la volonté… Or ni les orateurs étudiants ampoulés ni les crétins des partis de gauche ne représentaient une alternative crédible dans cet éveil brumeux, opaque et incertain d’une révolution balbutiante et inachevable pour l’heure. Revenons à la prosaïque chaîne publique n°3, qui resta benoitement sur le seul quadrilatère franchouillard comme si 68 n'avait été qu'une simple affaire du cru, comme si l'éclat de 68 se délimitait à un mois, comme la France avait été isolée du monde, comme si les mouvements concomittants des années suivantes n'en avaient pas été partie intégrante: Italie (69), Pologne (71), Angleterre (72)... pauvres journaliers de l'écran incompétants en séismologie de la lutte des classes!

La seule innovation de l’émission est sa révélation que les CRS furent les héros de 68. Braves gars, fils de paysans ou d’ouvriers venus chercher la sécurité de l’emploi à Paris, voilà-t-il pas qu’ils se prirent des caillasses dans la gueule ! Pasolini, acoquiné aux partis staliniens, avait déclaré lui que les flics étaient fils d’ouvriers et les étudiants fils de bourgeois. En suivant la description misérabiliste de l’uniforme sans défense et des boucliers couvercles de poubelles de nos pauvres CRS, avec des séquences d’étudiants hargneux protestant avec dédain sous les coups e matraque, moi, téléspectateur averti, ne pouvais-je pas en déduire que (certes par procuration) le fils d’ouvrier en uniforme matraquait son futur cadre chef de service ou commissaire ?

Finalement tous ces CRS ne furent-ils pas les gentilles victimes d’un mai 68 petit-bourgeois arrogant ? Non, sous l’uniforme, ces lascars n’étaient plus fils d’ouvriers mais des brutes épaisses qui n’ont jamais cessé de frapper à terre les manifestants (n’en déplaise à l’onctueux et hypocrite Grimaud). Braves CRS de 68 qui, peu avant (en 1961) avaient massacré des centaines d’ouvriers algériens et qui eussent recommencé contre les foules étudiantes si leurs chefs ne leur avaient pas hurlé fréquemment : « gaffe, y a nos gosses là-dedans ! ».

Plus dérisoire que la défense sarkozienne du CRS victime de 68, l’interprétation conjointe de la fuite impulsive du Général par les râclures du PCF et de son embonpoint Balladur : une manœuvre habile ! Ouaf ! Surtout quand la parole est donnée au sinistre Pasqua qui fût un des organisateurs de l’ombre de la manif gaulliste des Champs Elysées, présentée comme éteignoir de la « majorité silencieuse ». Comme nombre de curieux restés sur les trottoirs, j’ai été moi-même vérifier le tonus de cette manif « organisée » : minable et inconsistante ! Toutes les possibilités de répression dure et même de massacre ont été soupesées par De Gaulle (comme il le suppute dans son discours glacial du 30) et les officines mafieuses comme le SAC et le milieu OAS étaient prêts mais ont été réduits à organiser la manif « pacifiste » plus payante après le poignardage de la CGT. Un des conseillers de Pompidou, Joël Lecat nous livre la vérité. Le jour de la manif d’adieu à De Gaulle, le gouvernement interdit de rue les CRS : « …il valait mieux laisser le service d’ordre de la CGT s’occuper des gauchistes que de leur renvoyer les CRS » (qui auraient été enclin au bain de sang).

Mai 68 n’est plus si bon enfant qu’on a bien voulu nous le radoter quand on examine ainsi le rapport des forces !

L’émission s’efforce ensuite de gonfler la possibilité de l’alternative de « l’opposition de gauche ». Mitterrand qui ramène sa fraise et propose un gouvernement avec Mendès. Mais qu’est-ce qu’on s’en foutait ! Mitterrand n’était pas du tout crédible, ni Mendès qui d’ailleurs s’était dégonflé à Charlety (ou bien avait-il été l’objet de menaces occultes de mort par SAC ?).

Pour boucler le tout et refermer l’éteignoir, l’inventaire de la fille Drucker nous sort le dernier poncif : la libération des femmes. Et de nous raconter qu’elles n’avaient pas droit à la parole et qu’on était tous des machos… Le système idéologique sarkozien se dédouble pour faire oublier le conservatisme de ses pairs : la mixité n’existait pas encore dans les écoles, De Gaulle avait donné le droit de vote aux femmes en 1945 parce que le socialisme n’y avait pas pensé, deux fois sur trois chaque fois qu’une femme prenait las parole en public elle était l’objet d’une raillerie masculine, la CGT revendiquait des augmentations de salaires mais pas le droit pour les femmes de posséder un carnet de chèques, etc. Mais l’émission n’élève pas le niveau et détruit son propos féministe en montrant les ouvrières grévistes qui se battent en tant que membres d’une classe sociale, digne et dangereuse si elle prend en charge la question politique vue non comme une hausse des salaires mais pour « changer la vie ». Paradoxalement, cette émission nous a rappelé, par contre, notre sympathie pour toute une génération de journalistes virés brutalement qui nous enchantèrent (De Caunes, Desgraupes, Dumayet, Chapatte, Pottecher, etc.) qui eurent le courage de faire grève, mais trop tard. Les fayots comme le répugnant Bernard Volker ou le sire Mourousi (SM) et Cie connurent une bonne carrière mais la télé était morte pour les années 1970 et le mépris dont elle est l’objet chez la majorité des prolétaires date de cette époque. La défaite de 68 est avant tout politique. Les ouvriers n’ont touché que des clopinettes et on leur a institué la police syndicale d’entreprise. Les journalistes, derniers grévistes, voient leur mouvement cassé et divisé par des augmentations de salaires. Ils disent alors, tristes et dégoûtés, mais comme au nom de toute la classe ouvrière : « on ne s’était pas battus pour ça ! ».
JLR

PS : Mai 68 est surtout important au fond pour sa répercussion inouïe. Dans la période qui suit immédiatement, je suis encore abasourdi et envahi par le doute.

Dans les lycées mai 68 s’apparente déjà à un conte de Noël ou à un bon western. Début mai 1969, dans la cour du lycée Buffon, mon ami Denis Martignon, anarchiste échevelé avec la même coupe de cheveux que Georges Sand un long manteau noir et des rangers, s’avance porteur d’une bougie fixée sur un pavé, suivi par une centaine de lycéens. Il stoppe au milieu de la cour face au chef des maoïstes, Nicolas Peskine, flanqué du petit chef de la Ligue boufonne, l'aîné d'Albert-Paul Lentin, entourés par leur cohorte de porteurs du livre rouge. Tous les deux jouent du menton quelques instants avant de retourner en classe avec les autres. Nombre de bons marcheurs des manifs qui ont traversées Paris trouvent bien ridicules tous ces gauchistes et considèrent le gauchisme comme un versant secondaire et plutôt ridicule de mai. La répercussion sur les marcheurs-spectateurs ser surtout politique et dans le domaine essentiel, celui de la représentation. J’ai raconté mon itinéraire dans « Les montagnes ne se rencontrent pas », mais j’ai oblitéré que j’avais été délégué de classe en terminale, ce fût la seule fois de ma vie où j’ai accepté ce rôle dérisoire de « délégué syndical », que j’ai parfaitement ridiculisé. Nous n’étions que trois fils d’ouvriers en classe de philo, et me voilà élu pour défendre des « congénères ». Lors de ma candidature j’avais, à mon corps défendant, tenu un discours parfaitement démagogique et hypocrite (« je défendrai ici chacun et tous indépendamment de ses opinions politiques », et je pensais « même les enculés de fils à papa » ???). Mais surtout, je m’étais engagé à ne trahir personne et à rendre compte intégralement des débats avec les profs et le proviseur. Lors du conseil de classe pour le bac, je me présente avec mes cheveux longs, une longue cape noire, mes chaussures à grosse boucle Louis XIV et des mi-bas roses. Le proviseur fixa un moment ces curieux bas. Cet accoutrement visait à tromper l’adversaire car, dans ma sacoche posée au sol, il y avait mon magnétophone Philips qui enregistra à l’insu de tous. Je défendis les plus mal lotis intellectuellement de mon mieux, en particulier mon copain Dominique Borde (le futur critique de cinéma du Figaro) mais il était trop nul pour bénéficier d’encouragements et incapable de passer le bachot. Le lendemain, je convoquai toute la classe pour faire écouter l’enregistrement et faire valider mon honnêteté comme délégué, et je remis ma démission. Apprenant l'existence du scandaleux enregistrement secret, l'association des parents d'élèves (cette officine nuisible et superflue que nous dénoncions comme étrangère aux élèves) me fit savoir par une lettre sévère que je méritais d'être foudroyé! Je fis circuler la lettre bien évidemment dans toute la classe pour la joie de tous.

Mon idée révolutionnaire fût reprise par les ouvriers polonais en 1980, bien qu’ils aient eux finalement réclamé le « direct » (micro dans la salle de négociations gouvernement-syndicat et répercussion par les hauts parleurs de l‘usine). Les années sont courtes et passent si vite. Douze ans c’est rien. Le mouvement des ouvriers polonais fût aussi une répercussion sonore de 1968, plus puissante puisqu’on ignore encore que c’est cette lame de fond qui devait mener à l’écroulement d’un bloc impérialiste… et non pas la simple pression militaire des USA.

Je me tiens à l'écart des groupuscules gauchistes du lycée qui me navrent. Je délaisse ma passion pour la littérature américaine et russe pour m'intéresser de plus en plus aux essais politiques de Daniel Guérin, Marx, Trotsky, etc. Le GMPCT (groupe marxiste pour le pouvoir des conseils ouvriers) - avec son cercle GUMR (Groupe d'union marxiste révolutionnaire) dans les parages de "pouvoir ouvrier" et des bordiguisants (avides lecteurs d'Invariance) ne vont pas tarder à m'influencer, mais lentement car ce sont des potaches peu sérieux qui passent leur temps à picoler en rond et à se moquer des gauchistes - ce qui est certes un pas important pour se démarquer des imbéciles petits bourgeois - mais pas suffisant pour évoluer vers l'engagement marxiste du combat de toute une vie.

L’image ci-joint est restée ma préférée de 1968, l’émission Droit d’inventaire se lamenta qu’elle fût la seule représentant la femme. Et alors ? Même avec une seule image, la femme restait partout en 1968 dans l’âme des poètes et des révolutionnaires. Il y a longtemps que votre serviteur a choisi cette image comme sigle de ses éditions du pavé !



mardi 22 janvier 2008

Krach boursier et fin

de cycle capitaliste triomphant

Tous les marxistes ringards se pâment. Les ultra-spécialistes de l’économie capitaliste se cachent, rouges de honte car, comme à chaque fois – en serviles moutons du système confiant en un enrichissement perpétuel - ils ont été incapables de voir venir la tempête.

Je pourrais reproduire ici tout mon article d’août 2007. On se contentera de relire ceci : « Le krach bousier (que j’attendais pour septembre) est causé en apparence par des changements du marché monétaire et du crédit, mais en vérité le bouleversement provient surtout des conditions de la production et des heurts dans la compétition marchande. La recherche difficile de débouchés pour les marchandises aboutit à une tension grandissante du crédit et à une hausse des taux d’intérêt. Marx a démontré que le développement du crédit ne constitue pas la cause des crises, il favorise leur répétition et extension, tandis que la spéculation renforce les tendances contradictoires à la hausse et à la baisse des prix. L’extension du crédit a toujours représenté un danger, pour les Etats comme pour les particuliers… Le système bancaire n’est plus un intermédiaire impartial qui redistribue mais un pourvoyeur de crise dans la mesure où il y a des limites aux engagements « liquides » des banquiers. L’arrêt du crédit provoque la chute des prix. Et les fonds d’épargne ne peuvent servir éternellement de réserve de sauvetage du système financier international. »

Il s’est écoulé six ans depuis le 11 septembre 2001 qui avait déclenché le dernier krach, et une guerre pour assurer la relance économique américaine, tous les observateurs affolés oublient de le dire en ce moment. Oserai-je dire que la guerre exutoire contre l’Iran n’a que trop tardé ? Oui, j’ose le dire. Ficelée par ses rivaux impérialistes, la superpuissance US est restée coincée et va le payer cher, mais en entraînant les autres dans sa chute…

Nos spécialistes érudits vous racontent que c’est la faute à ces moutons d’opérateurs financiers qui font hausser irrationnellement les cours boursier qui s’effondrent comme un vieux loup épuisé ! L’autre explication nous est servie concernant « l'impressionnant dynamisme de l'économie américaine » dont la nature ne pouvait être durable. L'envolée des cours boursiers avait apporté aux ménages américains un `effet de richesse´ qui les a poussés à s'endetter pour consommer massivement, ce qui a permis le développement des importations américaines et, par extension, des exportations européennes, asiatiques et latino-américaines. Mais les cours boursiers surévalués, la consommation à découvert et le déficit commercial américain (passé en quelques années de 100 à 450 milliards de dollars) ne pouvaient éternellement croître et l'édifice mondial craque de toutes parts. On a tenté ensuite de nous faire croire que la crise demeurerait américaine comme si les marchés financiers n’étaient pas interconnectés. Hélas ce coup-ci les trois locomotives de l'économie mondiale (Etats-Unis, Allemagne et Japon) et adieu l’horizon d'une éventuelle reprise avec les trois machines en panne.

La jambe de bois d’un capitalisme `actionnarial´ a ridiculisé la prétention des syndicats à défendre les ouvriers et a appauvri les prolétaires en général (plus de 10% des couches moyennes en sus) ; la part des profits a décuplé par rapport à la baisse équivalente des salaires, et le retour de bâton ne s’est pas fait attendre avec la chute de la consommation des masses.

Abandonnant toute stratégie industrielle cohérente, les entreprises se sont focalisées sur la création de valeur boursière à court terme par toute une série de techniques financières: fusions-acquisitions, licenciements boursiers, transfert de dettes vers des filiales, rachat de leurs propres actions, manipulations comptables. L'édifice boursier s'effondre en même temps que des entreprises considérées jusque-là comme des modèles (Enron, Worldcom, Vivendi-Universal, etc.). La reprise risque bien d’être repoussée aux calendes grecques. La gravité de la crise actuelle va poser des problèmes politiques énormes aux dominants. Le système capitaliste est basé sur le moteur de la croissance financière. Sans croissance, il lui faut au moins une bonne guerre. Justement, nous en sommes là. Le système a trop créé de besoins artificiels et il apparaît que rien ne justifie plus une consommation artificielle ou inabordable.

Le capitaliste du XIXe siècle disait il vaut mieux vendre pas cher et au grand nombre que cher à un petit nombre. L’élite bourgeoise, ultra repue ne peut tout de même pas relancer la consommation nécessaire à la machine capitaliste. En privant de ressources suffisantes ceux-là mêmes qui pourraient consommer, le Capital se prive du carburant essentiel. Là est le ridicule des mesures d'urgences lancées en catastrophe par l'administration Bush vendredi 18 janvier 2008. À quoi bon offrir un programme de réductions fiscales quand les masses appauvries qui pourraient relancer la consommation, ne sont plus imposables depuis des lustres.

Les richesses ne sont plus réinjectées dans l’économie ou sont investies dans les pays émergents non fiables au moyen terme comme la Chine et l’Inde. Ces pays ont un faim immense de consommation et leurs dizaines de millions de prolétaires ont encore moins de moyens de consommer que dans l’Occident faussement repus. Il leur est impératif d'exporter… vers l’Occident qui sature ! C’est donc sur les places asiatiques que le krach boursier est aujourd'hui le plus sévère.

La crise des subprimes n’aura été que la cerise sur le gâteau. L’heure est grave. Ce ne sont pas que les « couches moyennes » ou les petits accédants à la propriété privée d’une baraque qui vont être jetés à la rue. Le krach va frapper cruellement des millions de prolétaires – déjà souterraine la crise en avait déjà terriblement appauvri un grand nombre – et reposer les questions majeures d’alternative de société dont tous les dominants et leurs laquais intellectuels se moquaient depuis un bon bout de temps. Il ne s’agira plus de lutter simplement pour maintenir des acquis salariaux ou défendre les retraites…

PS: Au niveau des entrefilets des chiens écrasés, la presse nous apprend ce jour que quelques milliers d'ouvriers des transports ont défilé dans Paris pour "continuer à peser sur les négociations portant sur la réforme des régimes spéciaux". Avec le servile Thibault en tête il ne s'agissait que des quelques affidés de la CGT et d'employés municipaux provinciaux. Autant dire qu'il ne s'est rien passé. "Le Monde" nous a fait beaucoup rire en titrant l'entrefilet: "les syndicats parviennent encore à mobiliser sur la question des régimes spéciaux".

dimanche 13 janvier 2008

LES IDEES REVOLUTIONNAIRES NE SONT LA PROPRIETE DE PERSONNE

(suite de l’article : La revendication et la grève politique)


Plus que tout autre, Marc Chirik a dénoncé de façon permanente les travers de la petite bourgeoisie qui ont accompagnés jusqu’ici tout le mouvement révolutionnaire, voire l’ont gangrené ou lui ont fait perdre sa spécificité (mille exemples éclairants dans ses ultimes textes in Marc Laverne, tome II, toujours très demandé dans plusieurs pays alors qu’il est épuisé et qu’on est obligé de faire circuler en format numérique, même Google est intéressé ! Ohé éditeur moins ignare que les autres !). La petite bourgeoisie retombe toujours dans l’idéalisme et a du mal à se rendre compte comment fonctionne la classe ouvrière. Elle encule souvent des mouches abstraitement et avec son impatience coutumière sans réaliser ce que le mouvement lui-même déroule sous ses yeux. Sur le lien, ténu et non automatique des revendications immédiates et du passage à la lutte politique décisive, on relira avec profit le compte-rendu génial de la grève générale à Marseille en 1944 par Marc (in Bulletin interne de la Gauche communiste internationale n°6, juin 44, dans le tome I pour ceux qui ont encore la chance d’en posséder un exemplaire). Sur cette question du lien entre quête immédiate et but politique, je vous livre ci-dessous la méthode employée par Marc pour résoudre la quadrature du cercle concernant les revendications immédiates des chômeurs ; cela se trouve dans le tome II pour une discussion de l’année 1980 :

« Le seul débat concevable aujourd'hui est de savoir comment intégrer les spécificités de cette catégorie (les chômeurs) de la classe dans la lutte générale de la classe, de savoir quelle peut être la forme d'organisation et de luttes de ces ouvriers en dehors des usines, et le contenu concret de leurs revendications immédiates les reliant à la lutte générale de la classe, immédiate et finale.
C'est à ces préoccupations que répond le Manifeste contre le chômage de la section en Espagne, et à ce titre il reste un modèle pour tout le C.C.I..
2) Il ne nous appartient pas d'établir une "plate-forme" de revendications, pas plus pour ce qui est des chômeurs que pour ce qui est des ouvriers au travail. Nous ne sommes ni des gauchistes-autonomes, ni des bordiguistes, ni des trotskystes qui se plaisent à fabriquer des "Programmes de transition".
Ce qui nous incombe, c'est:
- premièrement soutenir inconditionnellement toute lutte des ouvriers au travail ou hors du travail pour la défense de leurs intérêts immédiats sur un terrain de classe, se gardant de toute démagogie et de toute surenchère du type du FOR,
- deuxièmement veiller à ce que les luttes ne s'enferment pas dans le catégoriel (professionnel) ni localiste,
- troisièmement à oeuvrer pour leur extension et généralisation maxima et leur auto-organisation,
- quatrièmement à lier ces luttes (et dans ces luttes) aux problèmes généraux historiques de la classe, à sa finalité et à ses butes (lutte contre les menaces de guerre et pour la transformation révolutionnaire de la société: la révolution socialiste).
Nous n'avons ni recettes, ni panacées à offrir mais nous devons nous efforcer, au sein de la lutte et en la soutenant, de donner le cadre général de son développement.
3) C'est avec force et raison que le Manifeste insiste que la lutte et les revendications des chômeurs ne doivent jamais apparaître comme une requête de charité, mais comme une lutte contre les conditions de misère que leur impose l'Etat capitaliste. Les chômeurs ne quémandent pas mais exigent de l'Etat la satisfaction de leurs revendications immédiates. Ils ne demandent pas "du travail", mot d'ordre réactionnaire et par-dessus le marché utopique car irréalisable par le capital en crise. Ce qu'ils exigent, c'est que le Capital (et son Etat) porte toutes les conséquences de cette crise dont il est le seul responsable; les prolétaires au chômage (comme ceux encore au travail) refusent de subir ces conséquences. Et c'est encore avec raison que le Manifeste affirme que la satisfaction de ces exigences ne peut être obtenue que par "la lutte sans merci, l'unité de tous les prolétaires".
4) Cependant, quand le Manifeste propose comme "unique moyen" dans la lutte contre le chômage "la grève générale" ou lance pour conclusion le slogan "Contre le chômage : grève générale!", il nous semble qu'il quitte la terre ferme de la réalité concrète de la lutte pour de la "phraséologie révolutionnaire".
Ce n'est pas pour rien que la "grève générale" faisait partie de l'arsenal de la phraséologie pseudo-radicale des anarchistes et anarcho-syndicalistes qui en ont fait une panacée. Très rares sont les grèves générales, dans la longue histoire de la lutte du prolétariat, et plus rarement encore ont-elles été le point de départ d'un développement révolutionnaire (voir l'expérience de la révolution russe et allemande). Le mot d'ordre de "Grève Générale" a quelque chose d'abstrait, de statique, de "préparé d'avance" et décrété un beau jour (par qui?). Dans ce sens, ce mot d'ordre sonne creux, utopique, et peut parfaitement être récupéré et utilisé par tous les tenants du syndicalisme. Nous préférons de loin les appels à la "Grève de masses" de Rosa qui exprime mieux la tendance réelle, dynamique de la lutte. »

On est hélas loin d’une telle méthode avec le suivisme invraisemblable et l’interclassisme (confusion du rôle des militants et des étudiants) qui ont prévalu au long de la brève grève des transports. Pauvre Marc, comme il doit trépigner dans ses cendres, lui qui, en phase terminale du cancer, avec toute sa lucidité, nous écrivait :
« Nous avons toujours défendu l'idée que nos analyses ne sont pas des "vérités" éternelles, qu'elles peuvent être partiellement, et même complètement erronées. C'est ainsi que nous nous donnons la possibilité de vérifier la validité de nos positions, et au besoin de les corriger. Mais pour cela, il ne suffit pas que tout d'un coup, on énonce des idées qui viennent de vous passer par la tête. Nos positions reposent sur des analyses mûrement élaborées et qui ont nécessairement des implications politiques sur nos activités et sur notre intervention. Pour mettre en question une position importante, il faut opposer une autre analyse et non des fantaisies improvisées ». MC (4/09/1990)

CONTINUITE OU DISCONTINUITE ?

Dans l’immédiat après-guerre, Marc démontre que la continuité organisationnelle est du bluff, en étudiant successivement les dissolutions de la première Internationale mais aussi de la Ligue des communistes, comme la disparition du mouvement Chartiste (p.263 du Tome II, ‘La tâche de l’heure…’, Internationalisme n°12). Par contre il théorise faussement le repli initié par Marx et lui fait dire qu’il se consacre à « des tâches plus fécondes… la formation des cadres », ce qui est encore une concession à la continuité comme si elle était formelle alors qu’en vérité tous les meilleurs militants sont dispersés et n’entretiennent qu’une correspondance ponctuelle avec Marx ou entre eux. Cette carence signe aussi l’échec du projet de Marc Chirik, non seulement de fonder la nouvelle Internationale de son vivant, mais même d’armer théoriquement ses héritiers présumés. Marc et le CCI, c’est en plus petit comme Lénine et la révolution russe, on ne sait pas bien (s’ils avaient survécu) s’ils auraient empêché la décadence du mouvement. Dans les années 1960, il est pourtant résolument contre la théorie de la continuité organique, dans le cadre d’Internacionalismo où il dit « nous avons toujours combattu cette stupidité bordiguiste » (cf. p. 439 du tome I).

A la veille de sa mort, s’il évoque la continuité, celle-ci est organisationnelle ; il consacre ses toutes dernières forces à passer le témoin à cette organisation dont il a été le Saturne et qui a été le couronnement de toute une vie. Mais il est terriblement lucide et il met en garde : « …le dilemme qui nous est posé est: ou nous serons dignes d'être cette continuité, ou nous allons devenir des parasites de ce mouvement, devenir une entrave supplémentaire pour le prolétariat dans son effort pour se donner les organismes dont il a besoin pour faire triompher son destin historiquement déterminé. » MC (4/09/1990, hôpital Tenon)

« …Une telle défaillance, une telle faiblesse de l'ensemble du C.C.I. restant figé sur d'anciennes questions et de vieux débats, se transforme en une véritable entrave pour suivre et comprendre l'évolution de la situation. Poursuivre ce chemin voudrait dire que le C.C.I., d'avant-garde qu'il est toujours, devient l'arrière-garde du prolétariat.
Nous avons toujours insisté sur le fait que l'organisation révolutionnaire secrétée péniblement par la classe ne porte aucune garantie assurant et justifiant son existence et cela, non seulement par un processus de dégénérescence politique, mais sa perte peut aussi se produire par des incompréhensions et le fait de ne pas être à la hauteur de l'évolution des évènements et des situations. Dans ce cas, la classe se trouvera obligée de secréter et de constituer une nouvelle organisation, ce qui demande beaucoup de temps et d'efforts.
L'objectif de mon article est de pousser le C.C.I. tant qu'il est encore temps à prendre conscience de ce risque et à réagir fermement. » (Paris, le 9/11/1990. MC.)

Ce dernier écrit a valeur de testament politique, et il ne visait pas que le CCI mais toutes les organisations à prétention révolutionnaire qui peuvent servir, comme je l’ai dit dans la première partie de cet article à aider théoriquement le prolétariat et lui éviter de gâcher son énergie. Ne nous avait-il pas souvent soufflé : « si nous ne sommes pas capables d’assurer, d’autres nous remplaceront ». Ceci est une leçon d’histoire : si l’un de nous tombe, un autre se lève et reprend le flambeau, telle est restée dans l’esprit de Marc la vision du prolétariat sans cesse renaissant, même après les pires contre-révolutions, même après les plus longues faillites d’organisations.

Théoriquement nous ne sommes plus tout nus comme les canuts. Les écrits marxistes de notre tradition de ce que Marc Chirik nommait justement la « Gauche communiste internationale » restent nos guides et disponibles sur le web ! La continuité aura alors des airs de retrouvailles !

S’il faut réécrire le manifeste communiste, nous le ferons.

mercredi 9 janvier 2008

LA REVENDICATION ET LA GREVE POLITIQUE

(réponse à une critique à mon bilan des grèves de novembre 2007)

Le camarade qui rédige la Lettre internationaliste a fourni un effort d’analyse remarquable pour ce numéro 8. On peut y lire un éditorial très compact et percutant sur les exigences pour la lutte des classes, une analyse approfondie du krach qui vient qui s’appuie judicieusement sur la conscience partielle des observateurs bourgeois eux-mêmes, une autre réponse assez imparable aux facéties théoriques des anarchistes humanistes qui se nomment « communisateurs » et des documents historiques.

Je m’attacherai à répondre ici à deux critiques qu’il a portées dans son deuxième article « Où en est la classe ouvrière en 2008 ? » à mon texte bilan de la grève des transports en France de novembre 2007.

Michel Olivier a été enthousiasmé par ma critique de l’intervention des divers groupes politiques, disons surtout ceux qui peuvent avoir une prétention révolutionnaire. En me citant abondamment, il passe cependant à côté du fond de mon argumentation par deux critiques pour l’essentiel :

1) un dérapage où je sauterais des luttes défensives du prolétariat à la lutte politique, faisant de moi un pré ou pro-communisateur (espèce qui nie tout rôle révolutionnaire au prolétariat) ;

2) une velléité de rompre avec la « continuité organique », c'est-à-dire (mais c’est exprimé confusément) de se passer des « liens d’avec les organisations du passé (qui) sont très ténus mais c’est une raison supplémentaire pour ne pas les nier et même les combattre » ( !?). Il avait précisé en tête de paragraphe « nous ne pouvons pas nous passer des organisations révolutionnaires existantes actuellement.

Il ne s’agit pas d’un simple débat entre Michel et moi après-coup, et à froid une fois le tumulte gréviste passé, mais une injonction à s’en mêler pour tous ceux qui veulent aller plus loin en évitant au mouvement des chausse-trapes répétées.

Avant de répondre à ces deux critiques je tiens à préciser que je me situe fondamentalement du point de vue des besoins de la classe ouvrière au niveau de ses revendications immédiates aussi confuses et multiples soient-elles et surtout, inséparablement au niveau de ses besoins « politiques ». L’avis subjectif peut bien paraître dérisoire, ou si à la mode de nos jours, mais pour la plupart des sujets pensants normalement il n’existe plus de parti pour penser à la place de chaque individu d’une classe donnée. Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, c’est un fait. Le parti-père comme la SD allemande ou parti-mère comme l’IC n’existent plus et ne sont pas prêts de renaître comme ils furent. Comme tout ancien militant, j’ai plutôt tendance à regretter toute disparition d’organisation de référence, même minoritaire. 40 années se sont écoulées depuis l’heureuse année 1968, et des dizaines de minuscules brûlots successifs qui ont joué au parti du prolétariat ont pour la plupart disparus, quand ceux qui ont subsistés n’en finissent jamais de s’étriper (par papiers interposés) et de s’exclure les uns les autres.

Comme tous les gens un peu plus informés, je jette évidemment un œil sur les prises de position des groupes existants et même sur celles des rigolos gauchistes et de l’élite rose. Les partis bourgeois eux-mêmes décadents n’ont plus un grand pouvoir de leurs mandants ; des groupes de pression minoritaires tirent les ficelles. La politique bourgeoise a même corrompu complètement le fonctionnement des néo-léninistes comme LO et LCR ; la personnalisation-pipolisation autour de figures de proue comme A.Laguillier et Besancenot rigidifie plus encore la hiérarchie de ces organismes. Dans l’ensemble, la politique est redevenue, par devers l’inquiétant mai 68, affaire d’experts, d’économistes patentés et de guignols de l’info. Est-ce à dire qu’il ne faudrait plus de parti et attendre un nouveau mai 68 spontanément révolutionnaire ?

Certainement pas. Il existe des tas de cercles actuels ou à venir, des minorités et des individus qui ne demandent qu’à retrouver ou à fonder un creuset commun de réflexion et d’orientation.

Je répète ce que je disais dans mon article : si un groupe politique existe pour le prolétariat, pour son émancipation, c’est avant tout, on en conviendra, pour l’aider de sa lucidité dans l’analyse du rapport des forces et pour lui éviter de gâcher son énergie. Alors un groupe politique pour l’ambitieuse transformation du monde moderne est-il possible et viable de nos jours ?

Si les groupes dont j’ai critiqué la prestation syndicaliste suiviste – hors des gauchistes qui ne s’adressent plus qu’à la « population » électorale – pensent représenter ledit prolétariat, ils le représentent bien mal et surtout ne lui donne aucune orientation crédible. Sur ces groupes (et j’y reviendrai) contrairement à Michel qui les enveloppe sous l’étiquette « gauche communiste », je ne pense pas qu’on puisse dire qu’ils sont en crise. Leur autisme « léniniste » les préserve de toute remise en cause et ils ne discutent pas chez eux non plus ; le CCI a exclu successivement tous ceux qui pensaient qu’on pouvait encore y débattre et le BIPR, dont Michel se fait le chantre, n’a jamais laisser briller le reflet de véritables discussions internes.

Chacun est le parti mondial unique de demain dans son village et on ne trouve aucune réflexion originale permettant de s’orienter dans le marasme théorique actuel ; or le centre de mon souci dans l’article était et reste la théorie, ce que Michel n’a que partiellement saisi et veut rattacher à la survivance de groupes stériles.

1) LES LUTTES IMMEDIATES CONDUISENT-ELLES AU RENFORCEMENT DU PROLETARIAT COMME CLASSE ?

Je préfère formater ainsi la question car je ne veux pas qu’on en revienne au vieux débat de l’après-68 entre petits bourgeois « modernistes » pour le saut révolutionnaire impatient contre la tradition marxiste du primat de l’économique dans la lutte.

On n’est plus au XIXe siècle bon sang ! Les revendications immédiates des grèves ne sont pas en soi et depuis belle lurette un gage de développement de la conscience de classe puis viaduc pour l’insurrection, ce que s’échinent à imaginer le moindre syndicaliste trotskien ou anarcoïde qui solutionne le rébus en déclarant qu’il faut toujours « accompagner les ouvriers même dans leurs illusions » (et dans le but de « se mettre à leur tête ») et de « nous prendre la tête ».

Le Capital a intégré à son fonctionnement la plupart des luttes corporatives en les chapeautant avec l’institution syndicale. Les grèves corporatives ne dérangent personne en général et ne sont aucunement vouées à se généraliser. Il y a toujours eu plusieurs types de grèves sans intérêt pour la majorité des exploités; grèves pour le salaire de telle usine, le temps de travail de telle entreprise, contre des licenciements dans une branche en déclin (que l’Etat restructure comme il l’a fait pour les mines, j’ai vu arriver à EDF d’anciens mineurs assez arriérés et peu solidaires), mais aussi pour la défense de statuts particuliers, etc.

La grève des transports a été engagée d’emblée dans l’impasse d’une grève de type corporatif (préservation de garanties de retraite précoce pour une catégorie de travailleurs) après que la majeure partie de la population ouvrière ait été « alignée » en une dizaine d’années sous le même régime. Au lieu de se poser la question de quel type d’action mener face à une telle grève ni de s’inquiéter du coup fourré du gouvernement, la plupart des groupes gauchistes et de la dite « gauche communiste », et Michel lui-même, ont embrayé à la suite des syndicats pour crier « retour aux 37,5 annuités pour tous ! ».

Parce que je me suis moqué depuis le début de cette galéjade je serais désormais à compter parmi ces horribles « communisateurs » qui nient « la valeur des luttes défensives de la classe » ! Toute lutte défensive n’a pourtant pas une valeur en soi ! Et, dans le piège tendu par gouvernement et syndicats complices, l’hameçon des 37,5 annuités est resté suspendu en l’air ! La dite revendication « unitaire » avait des allures d’archaïsme, dont la presse servile s’est bien gaussée auprès des autres ouvriers et employés !

On m’objectera que les grévistes ne pouvaient pas se laisser faire sans réagir et qu’ils n’avaient pour espoir que la surenchère : puisque le gouvernement croit nous ficeler, on va appeler les autres, tous les autres travailleurs à réclamer la même chose que nous ! En réalité, la grève est restée probablement minoritaire tout le long même parmi les premiers concernés et les pauvres grévistes sont restés, eux-mêmes, dubitatifs sur une lutte de derniers des Mohicans. C’est pour cela que, même piégée et provoquée par le gouvernement, on peut dire qu’elle fût une grève politique, au sens où les ouvriers anticipaient sur leur défaite mais voulaient montrer leur force. Elle fût politique par sa résonance, par la détermination des grévistes, par leur capacité à se replier face au piège en ne se laissant pas enfermer dans une durée préjudiciable. Elle fût politique parce qu’elle révéla toute la haine de classe de la bourgeoisie contre les prolétaires en lutte. D’ordinaire le mépris total des ouvriers est de mise, mais en novembre la presse veule s’est déchaînées, l’artificialité et la manipulation des sondages n’ont jamais été aussi patents.

La grève n’a pas pu prendre l’ampleur de 1995. Et pourquoi ?

En 1993, Balladur avait fait passer le privé à 37,5 annuités, grâce à Mitterrand et à ses amis syndicalistes des nationalisations (flattés dans leurs forteresses). Fort de ce premier succès obtenu sans peine (le privé ne fait que peu grève car il n’en a pas les moyens, excepté au moment de la fermeture !), l’aile droite de la bourgeoisie, débarrassée de la pénible cohabitation, croit pouvoir aligner tout le monde avec Juppé-Chirac, mais ne mesure pas assez combien l’affaiblissement de la gauche au pouvoir a libéré l’énergie des masses. Le mouvement prend une ampleur plus politique que syndicale, réouvrant les vannes en partie comme en 68 du gouffre entre ceux qui « savent » et le peuple « incapable » - on se rappelle des discours assommants sur l’intérêt général, le franc fort, les impératifs économiques pour « sauver les retraites », etc. Le fusible Juppé saute mais pas le fond de la réforme qui est dès lors découpée en tranches. En 2003 Raffarin aligne les fonctionnaires à 40 annuités sans riposte. Son successeur Fillon, déjà maître d’œuvre sur le même sujet, parfait la continuité en 2007 pour le dernier carré sur les rails de la défaite annoncée.

Bien sûr, rien n’est resté très clair des « négociations », qui ont repris leur habituel ronron secret, on se doute des multiples arrangements et dérogations par corporations pour calmer les ouvriers (dont nombre ont eu l’envie légitime de faire péter les rails et pas seulement de menacer à plusieurs reprises les chefs syndicaux comme Thibault, qui sort toujours accompagné de gardes du corps).

Mieux, on se souvient avoir été « informé » que le gouvernement comptait peaufiner son avantage en poussant le bouchon jusqu’à 41 années en 2008 pour tous. C’est gentil une année supplémentaire (qui protesterait serait taxé de goujaterie n’est-ce pas ?) alors qu’il faudra ajouter deux, trois, voire cinq années supplémentaires ; la question du paiement des retraites est un puits sans fond…

Ce n’est pas une simple provocation verbale, c’est la volonté de la bourgeoisie. Quand une première attaque a connu le succès, une deuxième a toutes les chances de passer, surtout si le fer de lance des principaux secteurs paralyseurs de l’économie a été émoussé. Mais, dirions-nous bien haut, si nous étions un parti du prolétariat avec pignon sur rue : qu’il essaye maintenant que tout le monde est aligné sur le même régime, et alors on ripostera sans hésitation « tous ensemble » !

Facile à dire, mais « tous ensemble » pour quoi ?

Est-ce qu’il n’y a pas risque à nouveau d’immobilisme :

- parce que tous les travailleurs auront été convaincus que la « sauvegarde de la retraite pour tous » serait l’objectif de l’Etat bourgeois en vue de « combler les déficits »?

- parce qu’il n’y a aucun syndicat ni parti politique pour proposer une alternative à la crise ou à « la situation en France » ? (la faiblesse de la gauche en opposition ne joue plus en faveur d’une lutte décidée comme en 1995, elle peut même illusionner en donnant espoir en sa réanimation ou cure de vitamines de jeunesse évanouie…).

A mon sens, le gouvernement reste prudent des risques que peut quand même faire peser l’alignement de tous sur 41 annuités, et il ne peut plus recommencer à découper en tranches l’attaque-réforme. Il prend le risque de confronter des grèves « politiques », non pas sans revendication économique, ni potentiellement insurrectionnelle, mais comme en 68 comme un ras le bol du mépris institutionnel et de la faconde des corps de répression sociale. ICO est le seul groupe en 1968, à voir clairement que la révolution est une question de besoins, non du simple besoin de pain que le Capital satisfait mais en vue d’une production « qui donne satisfaction totale aux besoins de l’homme et d’une société où l’individu ne soit pas constamment frustré dans son activité » (p.88, reprint ed. Spartacus 2007). La classe ouvrière en mai 68 ne réclamait pas en soi des augmentations de salaires – augmentations dérisoires accordées et présentées comme immense victoire par la CGT – mais un changement du mode de production (cf. les larmes de l’ouvrière de Wonder).

On ne peut pas séparer le souci du pain du souci de la vie mensuelle, comme on ne peut pas séparer dans la protestation contre l’Etat bourgeois les grèves des émeutes de 2006 et 2007 dans une « société qui n’a plus de rêves » comme l’a dit une jeune étudiante. Chaque événement va poser, on l’espère , de plus en plus le problème au niveau de la société en général ; c’est pour cela que la bourgeoisie a pour cheval de bataille dérisoire et accessoire l’écologie et les selles de vélos.

L’agitation personnalisée sur Sarkozy reflète surtout l’énervement de toute la bourgeoisie. Elle est poussée au cul par les craquements de son système. Son gouvernement lance en piste début janvier de cette nouvelle année, Chérèque, le principal toutou. Chérèque teste : « tant que le niveau d’emploi des seniors reste si faible, le passage à 41 ans ne sert à rien » (le 8/01). Pourquoi n’a-t-il pas dit la même chose pour les 40 annuités ? Il se prépare à nouveau à jouer le croque-mort de la grève suivante ?

Après l’échec du dernier carré des services publics, avec le lourd matraquage des « experts » sur la conduite des finances de la nation, des efforts requis pour toutes les catégories (excepté pour le monarque président et ses ouailles politiques et industrielles), la question qui se pose n’est pas simplement de dire qu’on ne va pas encore laisser passer cela (et de se préparer à une nouvelle comédie syndicale) mais de poser les questions politiques : que signifient ces attaques renouvelées et de plus en plus rapprochées, quelle riposte, dans quel état est la société, va-t-on se laisser enfermer petit à petit dans la misère face à l’arrogance des « spécialistes », va-t-on être encore les moutons de Panurge de la compétition pour le poste de PDG des PME municipales ? Cirque qui bafoue les stupides citoyens électeurs à sa guise et au même titre que le traité de Lisbonne où la bourgeoisie européenne s’assoit peinarde sur le référendum noniste français.

LA QUESTION DES RETRAITES est au cœur de la crise du système capitaliste. Elle véhicule sa vérité dérangeante mais autant de contre-vérités. Entité multiforme et spongiforme, la retraite est le serpent de mer de tous les égoïsmes de castes, promesse de havre de paix dans le turbulent capitalisme tout autant que terre d’ennui et remise avant le cimetière. Les capitalistes au sommet des hiérarchies managériales sont sur le sujet plus émancipés que nos révolutionnaires amateurs modernes : ils la méprisent. Un Lagardère est mort à 75 ans en pleine fonction managériale. Journalistes, personnel politique bourgeois et syndicalistes permanents ne cessent jamais leurs activités. En face, la retraite est légitime au plus tôt pour en finir avec des boulots de merde, pour en finir avec le mépris hiérarchique et la théorie fasciste de la jeunesse ou de la génération montante. Mais qu’on ne me dise pas qu’elle est le but de l’existence ! Ou le but de la société ! Dans l’Antiquité les vieux n’étaient pas jetés hors de la société, mais, s’ils n’étaient pas tout à fait considérés comme des dieux, ils devenaient les sages de la cité. Aujourd’hui encore il existe des contrées où les vieux sont respectés : en Asie et dans les pays musulmans on ne les parque pas dans des maisons de retraite, on ne les laisse pas crever dans la solitude.

En soi, depuis les géniaux écrits de Marx, la bourgeoisie n'a pas inventé d'autres moyens pour extorquer la plus-value que l'augmentation de la durée du travail et la baisse des salaires, comme le rappelle Rosa Luxemburg dans "Introduction à l'économie politique". La plupart des prolétaires ont compris cela de Thiers à Sarkozy. Mais cela ne les renforce pas pour autant dans le sens de renverser le capitalisme. On attend la retraite comme on attend la paye, comme un dû et tant que cela vient, bon an mal an comme une sorte de tranquille acquis, bon vent. Hélas nous ne sommes plus dans l'épopée du XIXe siècle, plus aucun progrès ni aucune sécurité ne sont visibles à l'horizon.

En ce début de XXIe siècle, comme le chômage, la retraite est devenue endémique, ambiguë et incertaine. Généralement, et au cours des discussions avec les jeunes prolétaires grévistes, on a tous entendu : « la retraite nous on l’aura pas » ! Grave non ? Mais aucun de ces jeunes prolétaires ne va jusqu’à en tirer les conclusions qui sont claires : si le capitalisme nous jette massivement, jeunes ou vieux, dans une situation de SDF, de sans-ressources, on va le faire exploser ! Pas si simple pourtant, ce n’est pas au niveau N du seuil de misère généralisée que peut surgir une révolution. Le capitalisme expulse de plus en plus de la production dans les pays riches et s’avère incapable d’assurer le lendemain aux prolétaires démunis. Insensiblement le capitalisme reproduit ses propres fossoyeurs en générant la conscience de l’identité de classe, disons l’être de classe (non une conscience désincarnée), c'est-à-dire « la peur du lendemain » comme l’a dit un jour lointain Babeuf. Dans le même ordre d’idée, les prolétaires se battent par conséquent pour des lendemains qui ne fassent plus peur. Sur ce chemin ils retrouveront inévitablement la théorie communiste flambant neuve.

REEDITION DES MEMES ECHECS OU SORTIE DE SECOURS ?

Il faut se résoudre à se démarquer enfin de ce trade-unionisme bien-pensant, complaisant pour l’ouvrier borné, et oser dire enfin que jamais les révolutions ne sont sorties de la lutte syndicale ni des revendications en soi. La grève en soi fait l’objet d’un sacro saint respect pour la plupart des minorités qui se prétendent révolutionnaires. Naguère, Proudhon et Weston, révolutionnaires petits bourgeois cosidéraient les grèves inutiles, considérant que toute augmentation des salaires entraînait une hausse correspondante des prix. Marx avait raison contre Proudhon, la lutte gréviste permit jusqu'en 1914 une importante amélioration des salaires réels. Avec la fumisterie de l'action syndicale moderne et sa cogestion de la misère sociale, Proudhon aurait à présent plutôt raison. En tout cas, Pour Marx (en faveur des grèves renforçant l’expérience prolétarienne), à toute époque, il ne faut pas se mettre à genoux derrière les ouvriers ; en septembre 1850, au sein de la Ligue des Communistes, il vitupère contre la conception idéaliste (« la simple volonté comme moteur de la révolution ») , il enjoint aux ouvriers « de se transformer eux-mêmes » et « pour se rendre aptes au pouvoir politique ». Marx s’indigne qu’on flatte le « caractère primitif » du prolétariat allemand, qu’on flatte « outrageusement le sentiment national et les préjugés corporatifs », ce qui rend « populaire ». Hélas : « De même que les démocrates font du mot « peuple » une entité sacro-sainte, vous sanctifiez le mot « prolétariat ». Si on est révolutionnaire, on n’est pas là pour flatter le prolétariat (ou une de ses parties) quoiqu’il fasse.

Les révolutions mêlent toujours le politique et l’économique, mais c’est bien les questions politiques (guerre, répression, catastrophes, chômage de masse) qui sont décisives et favorisent l’unité de la classe ouvrière. La révolution est le point de rencontre entre la crise du capitalisme à son sommet (krach ou guerre) et la théorie révolutionnaire dont les masses s’emparent. Michel Olivier découpe en deux tranches la conscience de classe :

- pour la partie basse des « travailleurs ont énormément régressé » (ils votent à nouveau et suivent les syndicats) qui peut aller jusqu’à la création d’organes autonomes,

- -pour la partie haute des « organisations doivent donner du contenu à la conscience de classe » et éventuellement créer le parti politique révolutionnaire.

Ce clivage me gêne vraiment car il recoupe en gros, et confusément, la séparation bourgeoise économie/politique, qui, à toute époque, vise à confisquer le contrôle de la politique par les masses ouvrières. Les révolutionnaires ont de tout temps tendance à se substituer et à confisquer des idées qu’ils n’avaient pas imaginées (cf. Les Conseils ouvriers en Russie) ; il faut aussi se méfier maintenant des prétendus révolutionnaires, les puristes, les moralistes, les qui se trompent jamais, les qui on va voir ce qu’on va voir, etc.

Les ouvriers ont toujours une tête politique et pas seulement les mains dans leurs poches. Nous, ex-militants ou militants, ne sommes pas différents d’eux sur le plan de notre impuissance politique actuelle. Nous sommes différents parce que nous croyons une autre société possible et savons comment les meilleurs révolutionnaires des années 1920 ont été éliminés (après avoir trempés eux aussi les mains dans le cambouis), et surtout parce que nous avons la passion de l’histoire car nous avons appris qu’aucune société n’est éternelle.

Sur le fond, ce n’est pas vrai que la classe ouvrière régresse à notre époque - les conditions qui lui sont faites, dignes du XIXe siècle, vont la pousser à de grandes choses - et il faut toujours se méfier de l’eau qui dort. La classe ouvrière continue à s’abstenir massivement et les syndicats ont toujours des effectifs ridicules. La bourgeoisie sait fort bien qu’en cas de brusque montée des eaux, les barrages machiavéliques sont très fragiles.

En mai 68 (événement spontané) les clivages sociaux sautent dans la rue, on n’est plus ouvrier ou étudiant mais un des millions « d’enragés » ou des millions de la « pègre » et culpabilité de l’ignorance (événement non spontané) on recherche partout dans Paris des livres sur la Commune de Paris et la révolution russe, et on n’en trouve pas ou peu. On chercha à adhérer à un parti représentatif du mouvement, mais il n’y en avait pas parce que les partis ne peuvent représenter vraiment un mouvement de masse. Ce qui était frappant était le déclin du PCF, signifiant la fin du parti unique, même version léniniste pure et certifiée. Le comblement du vide par une myriade de groupuscules gauchistes confirmait aussi l’inanité de la multiplicité. Ni parti unique ni partis multiples ne peuvent suppléer à la création d’organismes de masse. Les comités d’action, produit de ce mai bigarré et mal débarbouillé, n’arrivèrent pas à la cheville des Conseils ouvriers des années 1920, et c’était bien naturel : ce n’était qu’un début… Les tracts des groupes étaient lus avec avidité. L’intérêt était goguenard pour les discours des groupuscules. Les situationnistes n’ont eu qu’une réputation d’esthètes et sont restés invisibles pour la plupart. Les groupes historiques de la « gauche communiste » ont brillé par leur absence ou leur modestie. RI n’existait pas encore ni les Cahiers du communisme de Conseils, etc. Des individus qui commençaient leur apprentissage politique ont ensuite romancé leur activité réelle. Les plus actifs des cercles révolutionnaires à Censier et dans quelques villes provenaient du tronc Socialisme ou Barbarie, comme Pouvoir Ouvrier (déclinant), ICO (lieu de rencontre intéressant qui a permis la fécondation des nouveaux groupes) ; et rien n’était cloisonné, on pouvait aller participer aux réunions des Cahiers de mai avec Daniel Anselme, aux AG des facs, dans la rue. Rien à voir avec notre époque où chacun est frileusement replié sur soi, où les groupes cherchent à confisquer politiquement le moindre pet du prolétariat ou un rot d’étudiant.

Quelques groupes, issus de mai, ont réussi à se développer et même à reconstituer un travail théorique appréciable sur une vingtaine d’années (RI-CCI quasiment seul) quand les vieux groupes de la « gauche italienne » se rabougrirent en gardant quelques beaux restes. Aucun de ces groupes n’a été capable de percer ou de peser dans les luttes ouvrières depuis 40 années.

L’initiative de rencontre de regroupement (Milan 1977) lancée par Battaglia Comunista et surtout prise en main par le CCI a été une vanité de plus ; depuis 30 ans il n’y a plus eu de conférences entre fotuti et fotenti (enculés et enculeurs). Comme les ancêtres de l’immédiat après-guerre, l’histoire de ces groupes n’est qu’une suite ininterrompue de procès mutuels, de divisions, d’anathèmes, d’exclusions, de scissions… Dans leurs querelles, CCI et BIPR se sont ridiculisés mutuellement pour leur prétention à construire le « squelette » du parti futur : le BIPR se riait du CCI « créant des sections nationales par le bourgeonnement d’une organisation préexistante (…) avec un centre de publication rédigées ailleurs » ; mais ce même BIPR se ridiculisait aussitôt en faisant dépendre l’apparition de sections internationalistes « des réelles batailles politiques et sociales dans le pays lui-même ». En gros, pour la caricature, le CCI planait comme archange d’une IC bis (suiviste et bureaucratisée depuis Paris) et le BIPR pour un remake de la SD allemande (sur bases nationales et aussi bureaucratisée depuis Milan).

Le CCI, dans les années 1980, a couru derrière le syndicalisme radical sans parvenir à le dépasser. Michel nous confie « Seul le BIPR fait un grand effort pour réévaluer et suivre la situation mouvante au niveau international », et on s’en fiche ! L’idée de continuité organisationnelle que défend Michel (en roulant pour le BIPR, vieux groupuscule italien qui s’est nommé « bureau » pour faire pièce à l’extension d’une poignée de correspondants multilingues du CCI pompeusement nommés « section du CCI » du pays où ils se trouvent) est fausse historiquement et ne correspond pas à la vision et à l’activité de Marx. Comme le CCI il croit dépasser les critères artificiels bordiguistes (parti historique et parti formel) en fusionnant les deux ; ainsi le ou les futurs partis de l’insurrection anticapitaliste ne pourraient apparaître que du corpus de ces deux sectes pithécanthropes ! Ces organismes gériatriques sont devenus un obstacle à l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes par leur sectarisme, les mensonges répétés sur leur propre histoire et leur propre impuissance à renouveler la théorie marxiste.

Démissionnant du PCI en 1971, notre ami Goupil écrivait :

« Rappelons simplement que Marx a toujours souligné le danger de vouloir maintenir une continuité organisationnelle. Conscient de la nouvelle phase de prospérité qui allait s'étendre en 1850, il affirme "l'impossibilité d'une véritable révolution" et proclame la dissolution de la Ligue des Communistes. C'est la seule façon de détruire une ambiguïté dangereuse. Dans une lettre à Sorge en 1874 il précise : « lorsque les circonstances ne permettent plus à une association d'agir efficacement, lorsqu'il s'agit d'abord de maintenir le lien d'union pour qu'à l'occasion, il puisse être utilisé encore, il se trouve toujours des gens incapables de s'accommoder de cette situation, qui veulent absolument "qu'on fasse quelque chose", lequel quelque chose ne saurait être ensuite qu'une bêtise. Et quand ces gens réussissent à obtenir la majorité, ils obligent tous ceux qui ne veulent pas assurer la responsabilité de cette bêtise à s'en aller ».

Goupil, comme d’anciens valeureux membres du PCI, était conscient que la plupart des petits groupes depuis 1968 étaient trustés par les petits bourgeois radicaux, les petits profs mal récompensés et les intellectuels ratés. Les conditions de paupérisation, d’expulsion et de soumission aux hiérarchies diverses du capitalisme actuel, ne remplissent-elles pas les conditions où pourront se réaliser les fulgurantes lignes du Manifeste communiste de 1948,

« Tous les mouvements historiques ont été, jusqu’ici, accomplis par des minorités ou au profit de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l’immense majorité au profit de l’immense majorité. Le prolétariat, couche inférieure de la société actuelle, ne peut se soulever, se redresser, sans faire sauter toutes les couches superposées qui constituent la société officielle ». Fort et étonnant, non?

A suivre…

lundi 31 décembre 2007

DANS QUEL ETAT

EST LA REVOLUTION ?

« Peut-on construire le socialisme dans un seul pays ?

- Oui, mais il vaut mieux aller vivre ailleurs ! »

« Après la mort de Staline, son entourage ouvre son testament et trouve trois enveloppes. Sur la première il est écrit : « Enterrez-moi dans le mausolée de Lénine ». Ses héritiers l’enterrent.

Sur la deuxième enveloppe, il est marqué : « Ouvrir quand ça ira mal ». Ils l’ouvrent et trouvent indiqué : « Mettez-moi tout sur le dos ». Ils lui mettent tout sur le dos.

Sur la troisième il est indiqué : « Ouvrir quand ça ira très mal ». Ils l’ouvrent au moment de l’insurrection hongroise et lisent : « faites comme moi ».

BLAGUES RUSSES des années 1950 (extraites de « Prolétaires de tous les pays, excusez-moi ! » d’Amandine Regamey, ed Buchet-Chastel 2007)

La révolution, ou tout au moins le projet révolutionnaire de renversement de la société bourgeoise pour transformer de façon communiste la société moderne, est en mauvais état. C’est le moins qu’on puisse dire. Pourtant on va en parler beaucoup de révolution dans l’année qui vient, avec les commémorations éditoriales quasi-conjointes de 1917 et 1968. Le calendrier fait bien les choses au fond. Comme je l’explique d’entrée dans mon livre à paraître, du même titre que cet article, 1968 fut hanté par 1917, et je suis très explicite sur le pourquoi pour ceux qui auront la chance de me lire.

Les festivités éditoriales ont commencé au cours de ce dernier trimestre 2007 avec une série d’ouvrages haineux contre les bolcheviks, accompagnés par la série d’articles hystériques d’un certain Jan Krauze, déshabillé ici, et rétribué par Le Monde en faillite (et tant mieux). Sur 68, on réédite à tour de bras des fadaises ou du pipole à la July avec photos vieillies. Bon augure pour la bourgeoisie sarkozienne ces clichés d’un monde de jadis où la classe ouvrière peut être montrée en noir et blanc comme une sorte d’archives de vieux films d’avant-guerre qu’on consulte avec nostalgie. Et puis, 40 années écoulées c’est beaucoup plus qu’entre 1945 et 1968… bien que mai 68 nous reste plus proche que ne l’était la deuxième guerre mondiale à la fin des sixties. Bien que les syndicats clientélistes aient fait passer les grévistes des transports pour des pépères-la-retraites et non des combattants isolés, la lutte sociale reste du domaine du réel actuel plus que le délirant holocauste planétaire, c’est déjà çà (*).

La vieille taupe révolutionnaire creuse toujours son trou sans en avoir l’air puisque comme on va le voir, la bourgeoisie éclairée se soucie des flammèches d’espoir qui perdurent malgré l’assourdissante domination des médias en faveur du monde tel qu’il est. Que disent donc les élites, ou qui se croient telles, de la révolution et du marxisme ?

AMOINDRIR LE SOUCI DE CHANGER LE MONDE

L’hebdomadaire marginal, mais fort bien diffusé, « Marianne » se fait en général l’écho d’une critique radicale en apparence du système médiatique. Ce magazine, aux titres provocateurs, au contenu insignifiant et superficiel, convient fort bien ) cette masse d’employés de bureau qui peut le parcourir dans le métro avec le sentiment de s’encanailler en complicité avec le dangereux révolutionnaire JF Kahn et ainsi compenser la servitude au boulot en croyant se moquer de PPDA, de Libé et du figaro. Cet organe de presse est aussi négationniste que l’ensemble des médias bourgeois de toute alternative à la société libérale. Après avoir hystériquement dénoncé la baudruche Sarkozy, cet organe, arrosé aussi par la publicité conformiste, se pique d’offrir des idées dérangeantes au bon peuple. Son dernier numéro de l’an 2007 agite l’hydre d’un cataclysme financier, qui certes vient, mais pour ridiculiser toute idée de révolution.

« 1640-2008 » Comment naissent les révolutions ? » est un formidable patchwork de tout et n’importe quoi. Préposé à l’introduction, après un laïus populiste contre les riches, un Guy Sitbon partait pourtant d’un constat indiscutable :

« … Il est à peu près aussi idiot d’annoncer une révolution que de pronostiquer l’impossibilité de toute nouvelle révolution. A première vue, tout irait dans le sens des prophètes de la « fin de l’histoire ». Il n’y a plus personne pour avancer le projet d’une autre société que la nôtre. Aménager les règles qui nous régissent, ajouter plus de justice, atténuer les souffrances, oui. Mais déconstruire notre société pour en reconstruire une autre de toutes pièces, personne, même parmi les gauchistes les plus enragés, ne nous dessine les plans d’un système de remplacement (…) Si une révolution devait un jour éclater dans notre monde capitaliste, elle ne ressemblerait, à coup sûr, à rien de ce que nos ancêtres ont connu. Il n’y aura ni prise de la Bastille ni chute du palais d’hiver. Autre chose, n’en doutons pas : la bombe explosera. »

Comme tous les articles de Marianne il suffit de lire le titre et la dernière phrase pour avoir le contenu et le contenant, c'est-à-dire à peu près rien. Les révolutions du 18e au 21e siècle sont toutes furtivement examinées par le petit bout de la lorgnette sans plan d’ensemble ni progressivité.

1871 : « S’ouvre une course à la révolution où chaque faction s’efforce de déborder les autre ». Crétin !

1968 : « Des révolutionnaires frustrés » !? Raoul Vaneigem est sponsorisé « barde de mai » ! Plus poncif que les poncifs éculés : « Faute de convergence étudiants-salariés, le mouvement ne déboucha pas sur le grand soir. Le pouvoir paraissait pourtant à portée de la main » !

Ci-contre grenade lacrymogène
authentique de la rue Gay-Lussac
(collection privée)

La révolution américaine côtoie la révolution islamique, Mussolini le Portugal de 1975… Mais celle qui reste trainée dans la boue, à l’unisson du sinistre Jan Krauze, c’est celle d’Octobre 1917. Ah ce que la bourgeoisie la hait par tous ses pores. Le petit préposé médiatique et rachitique, Nicolas Werth en perd même toute mesure dans les chiffres : « l’usine d’armement Poutilov, en rupture d’approvisionnement, met à la rue des millions d’ouvriers » ! Fichtre, c’est beaucoup improviser avec la réalité, alors que Poutilov ne comprenait que quelques milliers d’ouvriers et que la classe ouvrière russe ne comportait que trois millions d’individus ! On apprend que les ouvriers ne se battaient que pour leurs vulgaires salaires et qu’ils ne « faisaient guère allusion au socialisme »…. En service commandé comme Krauze, Werth fait semblant d’ignorer que c’est la GUERRE stupide et sanglante qui a été le meilleur propagandiste du communisme, et non pas l’habituelle et charlatanesque accusation de manipulation bolchevique. Ce salopard nous ressort l’histoire du train blindé d’un Lénine traître envoyé par l’état-major allemand pour poignarder la sainte Russie, ce qui est encore un GROSSIER MENSONGE, Lénine n’ayant pas pour l’heure plus d’importance que tous les autres militants des divers partis logés dans ce train. La crise d’avril est décrite comme la fin de l’espoir du passage pacifique au socialisme, or cet espoir pacifique n’existe que chez les intellectuels bourgeois demeurés. Connard d’historien à la manque ! Magazine de merde.

UN MARX DE SALON OU LE MARXISME COMME BOITE A OUTILS

Le magazine patronal « Chalenges » rend hommages aux principaux marxistes encore vivants : Pierre Rosanvallon, éminence des cercles bourgeois du PS et du Nouvel Obs, Alain Minc cet « éternel marxiste » des conseils d’administration bourgeois, Jacques Attali cet auguste représentant des révoltés dans les cabinets successifs de Mitterrand, Pascal Lamy le bien connu révolutionnaire dirigeant de l’OMC, et Henri Weber un défroqué du guévarisme LCR.

Le magazine patronal peut conchier Pinay et Keynes et convenir que lorsqu’on tape « Marx » sur le moteur de recherche Google, le web compte près de 8 millions de références, loin devant Keynes (2,1 millions)… « Challenges » rassure tout de suite ses lecteurs super-bobos et super-ébahis : « Certes le Marx polémiste violent, le Marx utopiste prédisant la venue d’un monde parfait après la dictature du prolétariat s’est effondré dans l’échec économique des régimes communistes ». Le trotkien tonitruant du boul’Mich, avec son costard trois pièces de sénateur PS, Henri Weber vient aussi à la rescousse bourgeoise libérale et faussement anti-étatique : « Chez nous, plus personne n’est pour la socialisation des moyens de production ou la conduite de l’économie par le plan ». Pourtant le camarade Rosanvallon suggérait dès 1992 au PS : « … de redevenir marxiste pour décrypter avec précision les nouveaux modes de production et d’organisation ». Le camarade Pascal Lamy avoue lui le vide idéologique du capitalisme contemporain (qui s’autodétruit comme dit Artus) : « Si l’on veut analyser le capitalisme de marché mondialisé d’aujourd’hui ? L’essentiel de la boite à outils intellectuelle réside dans ce que Marx et un certain nombre de ses inspirateurs ont écrit » !

Mieux encore le camarade Attali, très intelligemment convient que si le prolétariat n’a pas pris le pouvoir (et on s’en serait aperçu) l’analyse par classe sociale reste la norme pour les observateurs ! Enfin bien que Sali par le « communisme », le camarade Minc conclut que « Marx est indépassable » ! Si, camarades, et par la prochaine révolution justement!

Souhaitons donc ici que l’an 2008 soit une bonne année marxiste, non pas au sens invertébré des camarades ici listés complaisamment, mais contre eux et leurs prébendiers !

(*) La perte de crédibilité des syndicats n’est plus à démontrer, par contre le misérable soutien du gouvernement à ses serviteurs – un décret instituant que payer une cotisation à un syndicat aura comme bonus une réduction d’impôts – achève et de les ridiculiser et le les figer dans une position, même plus réformiste, mais clientéliste. La corporation comme stade suprême du salariat encadré est le stade ultime de la bourgeoisie française, et confirme qu’elle est bien la plus bête du monde. Et lire, ci-contre, colonne de droite, la lettre du PCI sur les liaisons dangereuses CGT-LCR…

mercredi 19 décembre 2007

Quelle implication des groupes politiques dans la grève des transports en France?

Bilan d’une grève provoquée par le gouvernement

Et enseignements politiques pour l’avenir

Il faut mesurer l’échec de la grève des transports de novembre 2007 en France. Le bilan est mitigé. Gouvernement et syndicats, surpris d’abord par la détermination des grévistes ont réussi à enterrer la grève au son des négociations prorogées en coulisses au mois de décembre.

Grève bizarre, comme je l’indiquais dans le premier tract diffusé début novembre, grève si bien préparée contre le dernier carré des jeunes retraitables, qu’il ne fallait pas s’illusionner d’un poil sur ses chances de succès. Alors : demi-échec des ouvriers ou demi-réussite du gouvernement, ou les deux ?

Les ouvriers n’en sont pas à leur premier échec pour partie d’entre eux et s’en relèveront. Il n’y a pas mort d’homme et, si l’intérêt national économique a pris le dessus, ce n’est que partie remise pour des sacrifices bien plus élevés qui seront posés ultérieurement. Pour le gouvernement qui s’est tellement emberlificotés dans des négociations de couloirs au point qu’on se demande comment les syndicats ultra-corporatifs font pour retrouver leurs petits, la victoire n’a pas de panache : on se doute de drôles de concessions financières, on se doute aussi de son incapacité à résoudre sur le fond la question des déficits.

Plus que sur la forme de la grève et les litanies sur les habituelles trahisons syndicales, je pense nécessaire de traiter en premier lieu de la prise de position des groupes gauchistes, ou cercles à prétention révolutionnaire. Si un groupe politique existe pour le prolétariat, pour son émancipation, c’est avant tout, on en conviendra, pour l’aider de sa lucidité dans l’analyse du rapport des forces et pour lui éviter de gâcher son énergie. On commencera donc par ceux qui ont foncé dans le piège syndicaliste, et on examinera ensuite les carences des « prudents ». En dernière partie, j’examinerai ce que j’appelle la crise de la théorie révolutionnaire et l’absence de propagande communiste par la plupart des groupes, sectes et cercles, qui en reste au ras des pâquerettes syndicalistes.

  1. LA COURSE DERRIERE LE SYNDICALISME OFFICIEL :

a) Evidemment de la LCR (« C’est le moment » rantanplan…) à la secte LO et la FA, la plupart des groupes gauchistes se sont rués derrière les représentants de l’Etat en milieu ouvrier, avec leur mot d’ordre le plus navrant, le plus suicidaire et le plus inutile : retour aux 37,5 années pour tous ! Mais la ruée des gauchistes suivistes du moindre signal syndicaliste resta molle et accompagnatrice avec ballons et flonflons d’une grève planifiée pour aller dans le mur. Si la grève était au fond surtout politique, elle n’avait pas besoin d’être affaiblie par une revendication aussi inutile et qui, finalement, divisait ! Les travailleurs des transports n’ont pas montré eux-mêmes un niveau de conscience très élevé en tolérant en permanence la tenue de tractations secrètes (dont la presse faisait état chaque jour) et ils étaient eux-mêmes coincés dans l’impasse de leurs soit disant acquis corporatifs qui ne pouvaient permettre de dégager une quelconque revendication unitaire ; imaginez un groupe d’accusés qui refusent de subir le sort d’autres, déjà condamnés et derrière les barreaux, et qui s’échineraient à revendiquer la liberté pour tous… Les cris des gauchistes syndiqués et implantés revenaient à réclamer la liberté en prison, et de SUD à la CNT, ils se ridiculisèrent par le même jusqu’auboutisme infantile ; ce dernier se dégonfla même début décembre pour passer le relais à la CGT, sûre désormais que les grévistes, épuisés financièrement, ne récidiveraient pas de sitôt.

b) LA DILUTION DE LA GREVE PAR LES GROUPES ULTRA-GAUCHES ETIQUES :

Ultra-gauche ou même « milieu révolutionnaire » hors du Parlement et contre la bêtise gauchiste, tout cela ne signifie plus rien avec en pôle position le résidu du CCI (Révolution Internationale) qui ne se distingua en rien à la suite des gauchistes dans l’apologie du retour dit « unificateur » aux 37,5 annuités : Tous les unitaires s’appellent Martin, mais tous les Martin ne sont pas unitaires ! Plus enthousiaste que les gauchistes, le CCI appela partout à aller « massivement » aux manifs enterrement.

R.I., qui fut plus perspicace dans son lointain passé, n’a pas vu que les revendications petites bourgeoises des étudiants (revendication gauche caviar d’une université non privatisable), orchestrées par les suivistes gauchistes, servaient à affaiblir la grève des transports en la remisant au niveau du cortège des mécontents de toute sorte. Pire, et du jamais vu dans l’histoire au moins depuis 1968, ce petit groupe s’est fabriqué une intervention inédite et cocasse. Comme il n’est implanté à peu près nulle part contrairement aux gauchistes, cela lui est un casse-tête à l’idée d’aller porter la bonne parole aux entreprises en grève, alors ce coup-ci il a eu recours au subterfuge suivant : « un petit groupe d’étudiants venus à notre dernière réunion publique a amené une délégation de vieux travailleurs politisés, membres du CCI, dans deux AG de cheminots » !

Ce groupe qui avait longtemps combattu l’idée que la conscience apportée de l’extérieur de la classe ouvrière, version Lénine bourré, a révolutionné la science politique moderne par le présupposé : no problem, les étudiants sont les enfants de la classe ouvrière ! Et comme on le voit, les étudiants « boites à idées » (de futurs cadres ?) sont aussi désormais les suppléants du parti révolutionnaire inexistant et des passeurs de la parole (méprisée) de « vieux travailleurs politisés ». Ces militants déguisés en « vieux travailleurs » viennent bien sûr enseigner à ces « crétins » d’ouvriers la trahison permanente des syndicats de tout bord mais pas seulement. Ils viennent faire la leçon aux syndicats qui ne se préoccupent pas de la situation des étudiants et des autres fonctionnaires. Et au lieu d’insister sur la nécessité de discuter entre travailleurs de diverses entreprises, nos retraités de la révolution virtuelle ont proposé dans deux ou trois AG d’aller discuter avec les étudiants pour construire l’unité (électorale ?) et puis de défiler derrière une banderole unique. Peine perdue, porte ouverte enfoncée, la banderole unique et syndicale existait déjà et elle portait : « retour aux 37,5 annuités pour tous » !

Le degré de décadence révisionniste du CCI est véritablement lamentable, non parce qu’il substitue à son ancien ouvriérisme une apologie de la jeunesse petite bourgeoise - en crachant au passage sur les couches pauvres du prolétariat, ces émeutes « qui ont toujours constitué le prétexte parfait ( !?) pour renforcer encore et partout l’Etat policier » - mais parce qu’il ridiculise toute intervention de parti.

Le CCI, à la queue de tout, et après avoir lu PU, tire comme seule leçon en fin de grève qu’il faut dénoncer les négociations… secrètes ! Ne l’eussent-elles pas été moins si on avait admis les étudiants comme « intermédiaires » ?

Un dernier mot sur la dite lutte étudiante (*). Celle-ci fut minoritaire de bout en bout, ne concerna point la classe ouvrière – Sarkozy était plutôt du côté de l’efficacité même si c’est de la daube, en proposant une université qui débouche vraiment sur l’industrie et non les belles lettres – et se caractérisa par toute une série de magouilles gauchistes, faux délégués, menaces aux récalcitrants, charivari anar provocateur et inconsistant. Et c’est ce « milieu » que le CCI nous a présenté comme « l’avenir de l’humanité », en partie, ou en totalité comme intermédiaire entre organisation politique et ouvriers en grève ! Aux fous !

2) LES GROUPES ETIQUES PLUS PRUDENTS :

a) le cercle PCI (bordiguiste) a bien vu l’organisation du simulacre de grève et le contrôle de plomb par les mafias syndicales dès le départ en un résumé lapidaire : « Les directions syndicales appellent donc les travailleurs à lutter pour négocier la sauce à laquelle ils seront mangés ».

Néanmoins, les bordiguistes sont toujours superficiels dans leurs critiques de la bourgeoisie, et avec leur vision hiérarchisée pour leur propre compte, ils ne voient que des « directions » au lieu de considérer des « appareils » et tous les gougnafiers « de base » qui ont fait voter les non grévistes pour la reprise. Dans leur tract, on trouve une tautologie époustouflante : « pour que la lutte soit victorieuse, il faut d’abord qu’elle ne soit pas trahie par ses dirigeants » ! Il eût fallu alors que les travailleurs aient l’initiative et aient élaboré LEURS revendications.

Le petit PCI n’analyse pas la situation, les problèmes de société plus que salariaux qui sont posés, et oppose la solution formelle de l’élection de comités de grève. Il n’est pas d’une bien grande aide pour le prolétariat en lui disant qu’il doit se préparer à de nouvelles attaques, croit-il que le prolétariat a besoin de ce conseil ?

b) le cercle Tumulto de Toulouse, proche de ce milieu politique de la Gauche communiste historique, a réalisé lui un tract convenable mais abstrait. Il engageait au combat sans état d’âme « Une seule classe ouvrière » (car il n’y en a pas deux) afin qu’elle « réaffirme son identité de classe », terme langue de bois pour le prolétaire lambda de nos jours (prolétaires vos papiers ?), comme « combat de classe » ou le très luxemburgiste, frustrant et guère enthousiasmant « la seule victoire est la lutte elle-même ». Ses slogans au final « portons haut la fraternité et la solidarité ouvrières », avec le même formalisme que le PCI (délégués élus et révocables) pouvaient incliner à souffler dans le sens de l’impasse syndicale.

c) la fraction externalisée du CCI n’a rien fait et a bien fait en publiant un communiqué sur la grève des transports. Alors qu’il y a quelques années, ce cercle crut à l’échappée belle de la lutte prolétarienne mondiale à partir des casseroles petites bourgeoises en Argentine, cette fois-ci, le simulacre de grève en France s’inscrit dans un « lent développement des luttes au niveau international », ce qui est très discutable dans la mesure où la grève a été provoquée rapidement par la bourgeoisie. Après la répétition de vieux poncifs du CCI sur le prolétariat allemand, sorte de Saint Paul du prolétariat mondial et une imaginaire accumulation d’expériences de grèves fragmentées ou parcellaires en une conscience unificatrice, la fiction interne du CCI salue la tradition de luttes des travailleurs des transports et décrit très bien le saucissonnage et le sabotage total de la grève de la veille au soir. La plupart des remarques qui analysent la faible dynamique de la grève, le facteur de désorientation du charivari étudiant (aux « revendications petites bourgeoises »), placent cette fois-ci ce cercle à un autre niveau de sérieux politique que la maison mère, même s’ils sont autant autistes. Les beaux restes du CCI ne seraient-ils plus qu’externes ? La fraction mesure justement dès le départ l’absence de perspectives d’élargissement de la grève et décrit le cinéma de la radicalisation des syndicaux de banlieue. Selon eux la grève n’a pas été un véritable échec, et ils font confiance au gouvernement pour généraliser de nouvelles attaques à l’ensemble de la classe ouvrière, ce qui est une vision simpliste et peu perspicace après la grève des transports et sur comment opèrent en général les gouvernements.

Ce cercle trade-unioniste révolutionnaire réduit, qui se présente comme le pôle de regroupement du futur parti mondial, conclut avec une arrogance non dissimulée qu’il lui a suffi de distribuer un tract contre la misère mondiale pour aider la classe ouvrière à réfléchir à « la réalité du capitalisme ». Ces gens-là expliquent la misère à la classe ouvrière, hé hé… et espèrent qu’en voyant enfin l’horreur capitaliste la masse ouvrière asservie idéologiquement à la bourgeoisie comprendra qu’il lui faut déclencher le grand soir. On en est fort marri. C’est aussi un révisionnisme de la théorie marxiste mais version spontanéisme. En lisant leur tract dit international sur la misère, on pense à ce que disait Lénine en 1903 : « seuls quelques (pitoyables) intellectuels pensent qu’il suffit de parler « aux ouvriers » de la vie de l’usine et de rabâcher ce qu’ils savent depuis longtemps » !

3) L’ABSENCE DE THEORIE REVOLUTIONNAIRE :

Des milliers de fois a été cité la phrase sans verbe de Lénine : « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire ». La pauvreté idéologique de ce qu’on vient de lire, l’attente de la rédemption spontanée du prolétariat par la revendication du jour, le suivisme le plus plat derrière les chants syndicalistes, nous obligent à compléter ce qui accompagnait les six mots de Lénine et qui va comme un gant à nos donneurs de leçon radoteurs : « On ne saurait trop insister sur cette idée (la théorie révolutionnaire) à une époque où l’engouement pour les formes les plus étroites de l’action pratique va bras dessus bras dessous avec la propagande de l’opportunisme à la mode ».

Il est frappant que ces divers groupes ou cercles qui existent depuis des années n’aient pas été capables d’analyser les revendications, de se passer de tout suivisme pour des revendications de salariés qui ne sont pas des tables de lois. Il a toujours existé des revendications totalement corporatistes voire répugnantes (produisons français…). Aucune réflexion non plus sur la retraite vue comme une institution intouchable au point que c’est Sarko qui est apparu comme plus progressiste en prétendant faire entrer en ligne de compte les spécificités, la pénibilité, etc. ; j’ai titré mon deuxième tract : « Vieillir au boulot ? Jamais ! » et il était accueilli par un œil intéressé et avec le sourire des manifestants.

Aucune réflexion critique sur comment les puissants nous ont trimballés de la retraite égale pour tous au pouvoir d’achat ce serpent de mer ! Le CCI fît montre par le passé d’un vrai sens critique sur les mirifiques promesses de l’autogestion et des 35 heures.

Pire aucun de ces cercles ou prétendu « squelette » du futur parti mondial du prolétariat n’a analysé cette grève comme politique, alors que des commentateurs bourgeois l’ont clairement identifiée comme telle, suscitant l’ire du bonze Chérèque (surtout pas !). Politique parce qu’elle posa un problème de société que la bourgeoisie prétend résoudre au niveau national, politique parce que les grévistes ont, même dans une situation largement défavorable, tenus tête au gouvernement, politique encore parce que la lutte de classe étouffe dans le carcan du simple questionnement économique et syndicaliste. La grève était devenue politique parce qu’il est apparu très tôt qu’il ne pouvait y avoir satisfaction sur la revendication économique catégorielle et donc qu’il s’agissait de défaire une riposte ouvrière sur la retraite qu’il a fallu une dizaine d’années pour épuiser : 1993, 1995, 2003, 2007.

Tous ces groupes anémiques ou cercles indigents, en exaltant une lutte pour l’essentiel corporative, très contestable du point de vue de l’ancienneté au travail, très ambiguë sur la notion des « acquis », ont participé de l’asservissement idéologique des travailleurs des transports à la bourgeoisie, sans, heureusement, convaincre les autres de la validité des « cas particuliers ». Par contre, plus la grève durait plus elle nuisait à la perception encore confuse et peu probante de « l’unité de classe » (comme dit Tumulto) et divisait la classe ouvrière. A trop se prolonger aux basques de la comédie des négociations, la grève devenait… anti-ouvrière ! Les hippies de Sud l’ont bien compris qui ont mis fin à leur jusqu’auboutisme qui ne faisait plus que servir le gouvernement comme l’interminable grève des petits bourgeois étudiants.

Personne parmi tous les groupes n’a posé le problème de société et de l’avenir qui réside derrière la question des retraites. La plupart sont restés arcboutés sur la défense des « acquis » pour les beaux yeux des « gros bataillons » de la classe, par bêtise trade-unioniste ou visée électorale. Il y avait matière, non pas à décrire la misère comme la fiction interne du CCI, mais à souligner l’absence de perspective sociale et économique de la bourgeoisie, surtout la lente exclusion de millions de prolétaires de la production et de toute protection sociale. Ainsi, la lutte économique pour la défense d’une retraite raccourcie par nos divers suivistes du syndicalisme est restée liée à la politique bourgeoise de cogestion des déficits abyssaux de l’Etat.

Gauchistes ou ultra-gauches, en misant sur un développement de la seule conscience économique espèrent que la classe ouvrière surmontera spontanément la césure de la chute de la maison stalinienne et les tonnes d’ordures déversées sur le marxisme et les révolutions. Cela fait quarante ans finalement que cette politique d’attente de la radicalisation économique, au fond syndicale, ne sert à rien comme alternative au capitalisme. La plupart des grèves ne sont plus une école de la lutte des classes, et n’apportent aucune réflexion sur un possible changement de société, laissant le prolétaire individuel amer et replié sur lui-même. La bourgeoisie absorbe régulièrement sans trop de casse toute cette agitation en rien dangereuse et la dénonciation de la trahison des syndicats en fin de grève est elle-même devenue une tradition acceptée. Et, je parle par expérience, la « trahison » n’est jamais vécue par tous les ouvriers comme la trahison de tous les syndicats quand elle n’est pas vécue comme une victimisation de nos propres capacités.

J’ ai lancé des pistes de réflexion dans PU 163 sur ce que cette grève manifestait au plan politique du point de vue du prolétariat :

- la contestation du travail, de sa durée, de sa hiérarchie,

- la diversité des revendications et des besoins, il n’y a plus de revendication unificatrice (par ex. les 8 heures, la retraite à 60 ans, etc.) mais un besoin d’unité par les mêmes méthodes de lutte, contrôle de sa marche, concertation directe entre patron et ouvriers,

- savoir commencer une grève (beaucoup de cheminots n’avaient pas envie d’aller au casse-pipe au début…) et l’occupation du terrain par les syndicats est en général la preuve que la grève est mort-née…

- la grève n’est pas la seule forme de lutte (la fin de cette grève a été plus dûe à la perte de salaire qu’aux trahisons syndicales ou à la haine quotidienne déversée par les médias) manifestations et assemblées de rues peuvent permettre aux ouvriers et employés de s’exprimer politiquement et de renvoyer au bercail les avocats du gouvernement.

Mais, au fond, ce qui importe n’est pas simplement formel, il faut aussi que les individus ou groupes qui veulent faire avancer la lutte ne cachent pas leur programme, s’ils en ont un. Laissons de côté les histoires sans fin de conscience apportée ou pas de l’extérieur. La lutte économique actuelle restera toujours un peu plus liée à la politique bourgeoise si l’insistance n’est pas portée sur la gabegie du capitalisme. Sans promettre le beau communisme universel qui résoudra tout, le rôle des révolutionnaires (sans aucun parti crédible pour l’heure) n’est-il pas de favoriser des débats qui, en soulignant les limites du capitalisme, posent la nécessité d’une réorganisation de la société et par conséquent qui créent la nécessité d’une large organisation en parti (sans illusion sur une satisfaction syndicaliste immédiate) faute de quoi la spontanéité ouvrière restera inséparable de la politique bourgeoise de gestion de la misère et de l’exploitation.

S’il reste des flous, des impondérables, si je produis des exagérations, autant pour moi, mais une réflexion s’impose sur le cul de sac des revendications immédiates, faute de quoi la misère restera dans l’ornière.

(*) Théorisée comme telle, l’idéologie fantasmatique du « mouvement étudiant », éphémère et caméléon par nature, se nourrit d’un activisme syndical qui est souvent le premier diplôme avant la vie active, et qui n’est rien d’autre que le label dirigiste de cette couche sociale impuissante. Celle-ci ne peut qu’aller mendier auprès de l’Etat la garantie d’un statut intermédiaire dans la hiérarchie sociale. Queue de la petite bourgeoisie intellectuelle, le mouvement étudiant considère que l’Etat est neutre, d’où ses appels incantatoires à des diplômes républicains, à l’égalité des portes d’entrée dans la vie active.

L’étudiant de mai 68, en général (et en sciences humaines…) peu centré sur son nombril arriviste s’était trouvé dans une situation passionnante de jonction avec les ouvriers dans une découverte de la politique révolutionnaire, et pas comme histoire d’addition de revendications corporatives. A Censier, ce n’étaient pas les étudiants qui allaient vers les ouvriers, mais l’inverse. Les ouvriers étaient attirés par les possibilités matérielles des lieux : locaux pour tenir des discussions, ronéos, etc. Ce lieu échappait au flicage syndical des usines et aux manœuvres des politiciens staliniens. Il a existé une situation similaire dans les universités russes à la veille de la grande révolution de 1917. Dans les deux cas, il n’y eût pas unité étudiants-travailleurs, la plupart des étudiants restent destinés à être des encadreurs, mais possibilité pour les ouvriers et les révolutionnaires de se servir d’un espace de liberté.

Mai 68 est avant tout la contestation de la politique par des experts, ce que des groupes non liés à une continuité organisationnelle formelle ont bien compris (situationnistes, milieu issu de Sou B et enfants de la GCF). L'étudiant de 68 ne conteste pas dans ce cadre seulement l'Université mais la société entière. Contre toutes les légendes qui vont être à nouveau colportées en 2008 sur 68 il n'existe que trois ouvrages valables pour appréhender le sens de 68, outre mon "mai 68 et la question de la révolution" (1988, épuisé), "L'insubordination ouvrière dans les années 68" de Xavier Vigna (presses universitaires de Rennes 2007, dont je dis tout le bien dans mon prochain livre) et surtout le prodigieux livre de Kristin Ross "Mai 68 et ses vies ultérieures" (New York 2002, et ed complexe 2005). Cet auteure a le mérite non pas simplement de reprendre ma thèse (68 comme mouvement social et antiléniniste, qui est surtout la thèse des groupes de l'époque non fossilisés par la légende évaporée de la tradition révolutionnaire, PO, RI, Cahiers du communisme de Conseils, etc.) mais de montrer que 68 FIT ECLATER LES CLOISONNEMENTS DES STRATES SOCIALES: les étudiants n'ont pas agi comme étudiants mais comme révélateurs d'une crise d'ensemble, ils ont même cessé de fonctionner comme étudiants, comme les travailleurs de cesser de fonctionner comme travailleurs, pour devenir des êtres politiques acharnés à revendiquer liberté et égalité politique. Contre la doxa médiatico-intellectuelle et les légendes sous-culturelles qui ont oblitéré la réalité de mai 68, Kristin Ross a écrit LE LIVRE qu'on attendait depuis longtemps. Elle me cite à plusieurs reprises et s'est inspiré visiblement de quelques analyses de ma modeste contribution. La seule critique que je me permets de lui porter est de surévaluer l'impact des guerres coloniales sur l'évènement. Par avance, je répondais en p.19, avec PV Naquet: "La génération de 1968 n'avait pas connu la guerre d'Algérie. On peut même suggérer que seule la fin des guerres coloniales et la diminution du service militaire a rendu une fraction de la jeunesse disponible pour la révolte". Cependant Kristin Ross touche quand même le fond de la vérité en décrivant dans la répression les méthodes de la contre-révolution qui prédominaient non seulement depuis 1962 mais aussi depuis 1945. On peut comparer avec le Portugal de 1975 où la "révolution des oeillets" sort des casernes de l'interminable guerre coloniale. Comme quoi les révolutions (même soit disant pacifiques) se font toujours contre les guerres proches ou lointaines. L'ouvrage de Kristin Ross a connu un succès de librairie et j'en suis très heureux. Je lui envoie d'ici mille baisers en son fief de New York!