"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 1 octobre 2022

LES THEORIES DU CHANGEMENT SOCIAL par Marcuse et Neumann

 

Technologie, guerre et fascisme

 

HERBERT MARCUSE

 

OEUVRES COMPLÈTES D’HERBERT MARCUSE

Éditées par Douglas Kellner

 

Volume I

  

Chapitre IV :

Les théories du changement social

Herbert Marcuse et Franz Neumann

Technologie, guerre et fascisme

 

HERBERT MARCUSE

 

OEUVRES COMPLÈTES D’HERBERT MARCUSE

Éditées par Douglas Kellner

 

Volume I

  

 


Chapitre IV :

Les théories du changement social

Herbert Marcuse et Franz Neumann

 

Voici encore un autre chapitre du passionnant ouvrage de Marcuse (rédigé aussi avec d'autres auteurs), jamais publié en français. La traduction a été encore réalisée par l'infatigable Jean-Pierre Laffitte, à ma demande encore et je l'en remercie mille fois. Le texte est beaucoup trop long pour entrer sur ce blog, je ferai suivre l'intégralité à quiconque m'en fera la demande. Toute la première partie est aussi passionnante en ce qu'elle résume l'histoire de la philosophie, les apports des différents grands penseurs, Rousseau, Helvétius, Saint-Simon, etc. et la primauté de l'économie capitaliste avec un progrès qui n'est pas un progrès mais dévoile que le capital est passé du rationnel à l'irrationnel. Marcuse nous livre là un parfait et simple résumé du marxisme dans sa quête du bonheur humain. Sachant que nous allons bientôt disparaître sous les bombes atomiques à Poutine, on aura eu le "bonheur" en tout cas, avec Marcuse, d'avoir envisagé qu'une société du bonheur aurait été possible sans une troisième guerre mondiale. De Profundis!


(...)La dynamique sociale a été divisée en deux sphères : l’ordre industriel et technique et la culture intellectuelle. Dans la première, le changement social apparaît comme le progrès “naturel” vers une prospérité de plus en plus grande, aiguillonnée par des inventions qui s’accumulent, des méthodes de travail plus efficaces, une administration plus rationnelle. Ce processus pouvait être laissé au libre jeu de ses forces intrinsèques précisément parce qu’il était un processus “naturel”, une évolution organique ou même automatique. Le problème du contrôle humain sur le changement se ramenait ici au problème de trouver la forme la plus discrète d’administration, avec aussi peu d’interférence et de surveillance que possible. La sphère de la culture intellectuelle en revanche était le domaine de la liberté consciente, en particulier de la liberté de pensée, de parole et de religion, propre au libéralisme. Le changement était ici le résultat du développement non entravé de la raison humaine dans la variété de ses manifestations, et l’on attendait de lui qu’il soit un riche réservoir d’idées et de normes  pour guider l’organisation du progrès  matériel.

La conception rationaliste, en laissant le développement de la culture matérielle aux mécanismes inhérents au progrès, tendait à dissoudre le problème du contrôle sur le changement social dans celui de la supervision pédagogique. Une certaine forme de supervision, de direction à l’égard du progrès, était nécessaire puisque l’harmonie entre les différentes sphères de culture était une tâche qui devait être encore accomplie, et que les hommes étaient encore loin de connaître leur véritable intérêt. Certes, la Déclaration des droits de l’homme peut être considérée comme le point où l’humanité était arrivée au seuil de la société libre et rationnelle[1], mais les idées, les coutumes, les valeurs et les mœurs, démodées avaient encore une grande influence sur une population induite en erreur par des siècles d‘oppression et d’ignorance. Il résultait de la conception rationaliste que la direction émancipatrice était imaginée comme une direction principalement intellectuelle, fondée sur la raison et libérant les pouvoirs de la raison en chaque individu. Le contrôle pédagogique devait tirer sa justification et ses critères uniquement de la raison, c'est-à-dire il devait agir comme chaque individu agirait s’il utilisait ses facultés libérées et développées, au mépris de toute autorité extérieure. Le contrôle devenait ainsi un facteur intellectuel, et les intellectuels semblaient être ceux qui avaient les compétences requises pour s’acquitter de cette tâche. Le grand rôle joué par les intellectuels dans la préparation de la Révolution française et dans son exécution a été fréquemment souligné.

Il faut cependant remarquer que l’idée d’un contrôle pédagogique n’était pas l’idée caractéristique exclusive de la conception rationaliste, mais qu’elle trouvait une expression semblable dans l’œuvre de son plus ardent ennemi, Rousseau. Sa doctrine, qui traitait la notion de progrès avec mépris et qui refusait de faire dépendre l’établissement d’une société libre de l’évoution et du mécanisme de la culture matérielle, est beaucoup plus dynamique que celle des rationalistes. Pour lui, le saut dans la société libre ne peut être que le résultat d’une décision libre des individus, et la mise en place d’une démocratie absolue en est le seul levier. Cela implique une régression plutôt qu’un progrès de l’ordre économique et technologique, et par-dessus tout la prédominance et la distribution égale de la petite propriété. La démocratie absolue une fois établie, tout changement sera introduit et exécuté par la libre décision du peuple souverain. Mais le mépris de Rousseau pour la méthode historique, pour la vénération du passé, ne l’empêchait de voir l’influence factuelle du passé sur le présent. Le problème  de savoir comment un peuple jusqu’à présent non libre peut soudain connaître et utiliser la liberté se profile largement dans son œuvre et il est concentré dans sa formule frappante : « les hommes doivent être forcés à être libres »[2]. Cela met la question du contrôle social au premier plan et fait de lui le point vital de la théorie la plus radicale de la démocratie : quelle est la légitimité de celui qui force les hommes à être libres ? Rousseau n’élabore pas les phases sociales qui précèdent la consolidation et le fonctionnement de la volonté générale. Sa réponse pourrait être indiquée par l’étrange figure du législateur originel qui est le réceptacle de forces charismatiques et qui agit avec une autorité inconditionnelle, presque divine[3]. Mais même si, à y regarder de près, cette direction pourrait ressembler aux idées national-socialistes récentes, Rousseau est resté fidèle à ses impulsions révolutionnaires dans le fait qu’il envisageait l’obligation de la liberté comme une dictature purement pédagogique qui tendait à sa propre abolition dans la mesure où les hommes devenaient conscients de leur véritable intérêt.

Un aspect fondamental réunit Rousseau avec ses opposants rationalistes. Aussi bien lui que les rationalistes faisaient découler la forme adéquate de l’État et de la société des besoins et de la volonté des individus émancipés. Cela signifie qu’ils considéraient les transformations sociales et politiques sous l’aspect de l’adaptation de l’État et de la société au développement des besoins et des facultés de l’homme. Ils soumettaient les institutions et les relations sociales existantes aux critères de la liberté et ils étaient convaincus que sa réalisation résulterait de l’activité consciente des individus associés. Cette conception impliquait un programme précis de changement : 1) la maîtrise des conditions naturelles préexistantes,       2) leur utilisation conformément à la plus grande liberté possible de tous les individus associés, 3) l’établissement du contrôle autonome de ces individus, réunis en un corps politique souverain, sur toutes les relations sociales et politiques. C'est cette conception qui a provoqué l’opposition la plus virulente et qui a mis en évidence la première théorie cohérente de la contre-révolution. Cette théorie a établi le cadre conceptuel de la lutte ultérieure contre le libéralisme européen sur tous les fronts et elle a fourni un réservoir d’idées qui a nourri les tendances antilibérales jusqu’à nos jours.

Historiquement, l’opposition a combattu la Révolution de 1789, et son but immédiat a été la restauration de la monarchie héréditaire avec la prédominance de l’Église et de la noblesse dans la tournure que prendra la vie publique. Nous ne tiendrons pas compte ici des différences souvent essentielles entre la doctrine britannique (Burke) et la doctrine française (Bonald, De Maistre), et nous nous limiterons à présenter le nouveau modèle de changement social avec ses traits antilibéraux.

Sa première caractéristique remarquable est le fait que le rôle joué par la volonté et l’action humaines dans la production, la direction et le contrôle, du changement social est, s’il n’est pas complètement rejeté, fortement réduit. Cela devient manifeste dans l’attaque de la notion de contrat social, particulièrement violente dans l’œuvre de Bonald et de De Maistre. Ils pensaient que le péché originel de la philosophie politique était de faire découler l’État et la société de l’accord et de l’action volontaires des individus. Pour eux, l’État et la société étaient le résultat d’une ordonnance divine, et les obligations sociales et politiques étaient des obligations naturelles intrinsèques, antérieures à toute opportunité et conditionnant tous les contrats et les accords[4]. En conséquence, la constitution réelle de l’État n'est pas la Constitution écrite, elle n’est pas ce qui a été l’œuvre de la délibération humaine, mais elle est l’ordre naturel et divin non écrit sur lequel toutes les Constitutions écrites se concentrent.  Burke considérait que plus une Constitution est élaborée et pire elle est, et De Maistre proclamait que : « Aucune Constitution ne résulte d’une délibération », et : « Une assemblée quelconque d’hommes ne peut pas donner une Constitution à un peuple »[5]. « La société n'est point l’ouvrage de l’homme, mais le résultat immédiat de la volonté du Créateur qui a voulu que l’homme soit ce qu’il a été toujours et partout »[6]. Si tel est le cas, n’importe quel changement dans la Constitution élaborée par la libre volonté et l’action consciente des hommes est non seulement inopportune ainsi qu’un changement vers le pire, mais un crime et un péché, étant donné que la Constitution est une partie et une parcelle de l’univers, « reliant les natures inférieures aux natures supérieures, connectant le monde visible et le monde invisible » et conservant toutes les natures morales « à leur place appropriée »[7].

À partir de là, la doctrine de la contre-révolution entreprend de diffamer en bloc la raison humaine qui, en adaptant les constitutions établies à ses normes, « ne ferait que les pervertir et les détruire »[8]. Abandonné au développement de ses forces rationnelles, émancipé de la force divine du gouvernement absolu, l’homme devient une bête sauvage qui doit être domptée par tous les moyens[9]. « En général, en tant qu’individu, il est trop malfaisant pour être libre »[10]. C'est là le coup d’épée porté contre le principe même du libéralisme.

Le modèle du changement social qui apparaît ainsi est essentiellement antirationaliste et déterministe. Le seul changement véritable qui soit conforme à l’ordre universel est la croissance naturelle lente du corps social et politique dans son histoire. L’État et la société se développent à partir de leur constitution originelle en raison de leur nature intrinsèque, du fait de la concorde préétablie entre toutes ses sphères, et toute ingérence de l'extérieur n'est que destruction. L’ordre naturel et l’ordre existant, l’ordre véritable et l’ordre dominant, ne font qu’un. Le respect du donné devient une obligation morale, et le droit positif tend à prendre la forme du droit naturel. C’est cette conception qui a guidé le développement de la philosophie antilibérale tout au long du XIX° siècle, en particulier au sein de l’École historique du droit en Allemagne. Cette conception a été l’un des piliers théoriques de l’autoritarisme aussi longtemps que cette École a combattu les forces libérales et démocratiques qui empêchaient son établissement comme système social et politique.

Nous allons maintenant indiquer certaines des conséquences de la doctrine de la contre-révolution qui avait un rapport très étroit avec la théorie à venir de l’antilibéralisme.

Il ne fait aucun doute qu’un critère était nécessaire afin de faire la distinction entre la croissance naturelle de l’ordre et des changements destructeurs. Ce critère a été trouvé dans le caractère charismatique de l’autorité établie. Les monarques et les princes étaient considérés comme des délégués directs de Dieu, et leur obéir était une obligation inconditionnelle. Seules les autorités compétentes pouvaient décider si des changements, et lesquels, devaient être introduits et comment ils devaient être ordonnés. Le caractère divin de leur gouvernement devait être protégé de toute remise en cause. Il n’y avait pas de justification rationnelle des institutions et des relations consacrées, et ceux qui étaient gouvernés n’avaient pas le pouvoir de les modifier conformément à leurs besoins. Burke et De Maistre exposaient les grandes lignes d’une théorie de la domination sur les masses qui annonçait les pratiques fascistes et national-socialistes récentes. Le peuple doit être constamment pris en charge et manipulé. La franchise cynique avec laquelle ces auteurs proclamaient les principes de la domination sur les masses ressemble une fois de plus aux méthodes de l’autoritarisme d’aujourd'hui. Les préjugés et la superstition doivent être entretenus, le patriotisme doit être utilisé comme un dogme efficace. Tout gouvernement se doit d’avoir ses dogmes, ses mystères et ses prêtres, qui sont séparés des mœurs profanes du peuple. « Le premier besoin de l'homme est que son esprit naissant soit au mieux sous un double joug, qu'il s'humilie et se perde dans l'esprit national »[11]. Rien n'est plus important pour l’homme que ses préjugés, ils sont « les véritables éléments de son bonheur, et le palladium des empires ». Et, pour tout gouvernement spirituel et séculier, De Maistre donne le conseil suivant : « L’homme n’a pas besoin de problèmes mais de croyances pour sa conduite. Son berceau doit être entouré de dogmes, et quand sa raison s’éveille, il doit trouver ses opinions toutes faites, du moins celles qui portent sur sa conduite »[12].

La doctrine de la contre-révolution avait rejeté le modèle rationaliste et harmonistique du changement social pour la raison que les principes mêmes de la société individualiste, de laquelle ce modèle découlait, contenait le germe d’une destruction inévitable. L’organisation et la réforme de l’ordre social ne pouvaient pas être laissées à la volonté et à la délibération des individus associés, ni orientées vers leur liberté et leur bonheur, étant donné que la nature corrompue de l’homme le rendait incapable de s’acquitter de cette tâche. L’ordre social devait plutôt être fondé sur une autorité supra-humaine ; il devait être un ordre de contrôle, de châtiment et de contrainte, dans lequel l’intellectuel était l’ennemi éternel, et le bourreau était « la pierre angulaire de la société »[13]. Les défenseurs de la contre-révolution justifiaient leur verdict par une philosophie dogmatique de l’homme, laquelle impliquait la corruption de sa nature et de sa raison. Il faut cependant remarquer que cette philosophie a été étayée par une analyse radicale de la Révolution française et par le désarroi provoqué par les conflits dévastateurs qui ont suivi la période de la Terreur. Il n'est pas surprenant que Burke, Bonald et De Maistre, aient identifié le changement délibéré avec la révolution et la révolution avec l’annihilation. De Maistre n’a pas hésité à étendre ce verdict à la Révolution américaine et de prédire que la ville de Washington ne serait jamais construite et que le Congrès ne s’y réunirait jamais[14].

Les événements qui se sont produits en France ont paru confirmer l’accusation lancée par les théoriciens de la contre-révolution, et leur philosophie était liée, dans une mesure considérable, à la critique de la société de la classe moyenne, en particulier à la nouvelle distribution de la propriété et aux dangers qu’elle recélait[15]. L’attaque contre le contrôle rationnel du changement social et la justification de l’autoritarisme en sont ainsi venues à être associées à une critique des fondements actuels de la société individualiste. C'est à peu près au même moment que la tendance a été poursuivie et renforcée par une philosophie tout à fait différente, celle de l’idéalisme allemand.

Il pourrait sembler au premier abord totalement incohérent que Kant, qui a fondé sa philosophie théorique et pratique sur la raison autonome et la volonté du sujet libre, en soit arrivé, dans sa doctrine sociale, à réfuter le droit à la résistance et à exiger l’obéissance inconditionnelle aux autorités établies. Il semble de la même façon incohérent que Hegel, dont le système élevait la raison au rang de la seule réalité et l’identifiait à la réalisation de la liberté, ait considéré l’État monarchique de la Restauration comme la période finale de l’histoire et ait doté l’État de pouvoirs divins. Certes, Kant conservait les optimismes rationalistes des Lumières dans sa conception d’un progrès conduisant la communauté mondiale vers la paix perpétuelle, et, comme Hegel, il défendait la Révolution française comme l’un des plus grands événements dans l’émancipation de l’humanité[16]. Néanmoins, Kant n’envisageait un tel progrès que comme un progrès “venant d’en haut” et son acceptation  du fait de la révolution équivalait à une reconnaissance d’un gouvernement établi avec succès et consolidé[17]. La doctrine du changement social chez Hegel sera traitée en relation avec la théorie dialectique ; ici, nous nous limiterons à interpréter l’incohérence apparente dans la philosophie sociale de l’idéalisme allemand.

Les idéalistes rejetaient l’ingérence dans l’ordre social de la libre décision du peuple émancipé parce qu’ils étaient convaincus que la société civile, en tant qu’association d’individus libres, ne pouvait fonctionner que si elle était intégrée et dominée par un État fort. La fameuse distinction entre l’État et la société, qui était la condition conceptuelle préalable pour le développement de la sociologie moderne, était dictée par cette conviction. Selon Kant, et tout particulièrement pour Hegel, un système social établi sur des intérêts personnels divergents de propriétaires indépendants doit nécessairement engendrer une inégalité et une injustice croissantes[18]. Les idéalistes identifiaient la société aux relations de la société civile, c'est-à-dire à l’intégration des hommes au moyen du libre jeu des intérêts privés. Tout changement dans cette sphère était, en dernière analyse, stimulé et guidé par des intérêts privés, principalement les intérêts de la propriété privée, et leur dynamique, si elle était laissée à son libre cours, semblait tendre à la destruction puisqu'elle n'était pas guidée par une communauté consciente et unie. Une telle communauté doit par conséquent être établie de l'extérieur ou plutôt d'en haut de la société civile, et cela était la tâche de l'État. L’État, le « système de gouvernement », doit être tenu éloigné des antagonismes destructeurs de la société ; il est le domaine de l’ordre statique qui doit être érigé au-dessus du domaine du changement destructeur qu’est la société. C'est ainsi que le changement social est contrôlé et guidé par un pouvoir qui n'est pas lui-même entraîné dans l’agitation du changement.

Il est évident que cet étatisme exige un système de gouvernement qui était aussi peu soumis que possible aux intérêts sociaux divergents. Cette conception était non seulement partisane de la monarchie en tant que forme de gouvernement qui correspondait le plus à cette exigence, mais elle mettait aussi de plus en plus l’accent sur le rôle de la bureaucratie dans le processus social. Un “état” de fonctionnaires du gouvernement, qui n’étaient responsables que vis-à-vis du souverain et qui s’occupaient exclusivement des affaires du gouvernement, paraissait être le principal moyen pour réaliser l’indépendance de l’État à l’égard de la pression des intérêts sociaux[19]

Dans la conception idéaliste, la distinction entre l’État et la société menait à une interprétation du changement social en termes de motifs et d'effets sociaux par opposition aux formes et aux institutions politiques. Mais cette distinction était située dans un cadre conceptuel dans lequel l’État dominait la société et exerçait un contrôle suprême sur la portée et la direction du changement social. En dépit de son fondement individualiste, la doctrine idéaliste en arrivait à un modèle extrêmement autoritaire du changement social. Les idéalistes n’ont pas développé l’interprétation strictement sociologique du changement social. Celle-ci a été plutôt réalisée dans l’œuvre de cet homme qui peut être qualifié à juste titre de fondateur de la science sociale, à savoir Saint-Simon.

Saint-Simon a été le premier à faire découler sa doctrine entièrement de l’analyse empirique du processus social en vigueur, à exclure tous les critères transcendantaux et à élaborer un modèle de changement conforme aux tendances de la société industrielle en voie de progression. Il a pris l’initiative décisive de passer de la science politique à la science sociale dans sa déclaration programmatique selon laquelle « la loi qui constitue le pouvoir et la forme de gouvernement n’est pas aussi importante et n’influence pas autant le bien-être des nations que la loi qui constitue la propriété »[20], c'est-à-dire la distribution et la fonction sociales de la propriété dans un ordre social donné. Nous nous souvenons que la conception rationaliste du XVIII° siècle considérait la forme de gouvernement comme le facteur essentiel du progrès social, et qu’elle subordonnait ce dernier à la tâche de trouver la forme politique qui était la plus adéquate au développement non entravé des forces sociales. D’après Saint-Simon, cette tâche avait été accomplie par la Révolution française ; la société s’était libérée des entraves de l’absolutisme gouvernemental et elle devait maintenant passer à la phase de la libre auto-organisation. Cette auto-organisation devait suivre la “loi de la propriété”, c'est-à-dire, le mécanisme et les intérêts qui déterminaient dans les faits la production de la richesse nationale. À la phase atteinte par le développement social, toute richesse nationale était, en dernière analyse, le résultat de la production industrielle. « La société tout entière repose sur l’industrie. L’industrie est la seule garantie de son existence, et la source unique de toutes les richesses et de toutes les prospérités. L’état de choses le plus favorable à l’industrie est donc par cela seul le plus favorable à la Société. »[21]. L’industrie (qui, selon Saint-Simon, inclut l’agriculture dans la mesure où il ne s’agit pas d’une propriété féodale oisive) est non seulement la « seule classe utile »[22], mais aussi la seule classe dont l’activité et les intérêts sont en harmonie avec l’ensemble et dont la croissance signifie la croissance de la prospérité de l’ensemble[23].

Saint-Simon tire de cette conception le modèle complet du changement social et politique. L’industrie est un processus dynamique dans lequel tout pas en avant conduit à une richesse sociale croissante, tout changement est un progrès en productivité et en pouvoir, étant donné que ce changement est provoqué par le libre développement de l’activité industrielle et dicté par les libres intérêts de l’industrie elle-même. L’industrie est le seul véritable facteur du changement social et toute direction ainsi que tout contrôle conscients de la dynamique sociale doivent être guidés par les intérêts industriels : toutes les lois et toutes les mesures administratives doivent être jugées en fonction de leur utilité pour l’industrie[24]. Ceci implique une subordination complète des relations et des institutions politiques aux relations et aux institutions sociales ou plutôt économiques ; l’État est absorbé par la société, et le gouvernement se limite à l’administration technique.

Saint-Simon tire ces conclusions avec une déduction indubitable. Toutes les fonctions gouvernementales, ainsi que l’initiative politique et législative décisive, doivent être transférées aux industriels[25]. La classe industrielle comprend les « industriels théoriques » (scientifiques et techniciens) et les « producteurs immédiats », la théorie et la science « appliquées »[26]. Pour Saint-Simon, le gouvernement par l’industrie signifie l’organisation finale adéquate de la société, l’organisation du progrès illimité. Le gouvernement industriel se distingue des formes de gouvernement inadéquates précédentes par les caractéristiques suivantes : le peuple est uni avec ses “chefs” au lieu d’être dominé et contrôlé par eux ; il est dirigé au lieu d’être commandé ; le désordre est remplacé par l’ordre[27] ; les gouvernants sont simplement des « administrateurs » de la société[28], occupés à « des fonctions subalternes et à des fonctions de police »[29] ; en résumé, toutes les actions dirigées contre les hommes sont remplacées par des actions contre des choses, c'est-à-dire par la domination et l’exploitation collectives de la nature en vue du bien-être de la société dans son ensemble[30].

Nous avons traité la conception de Saint-Simon de manière assez large parce qu’elle a établi un nouveau cadre pour la doctrine du changement social telle qu’elle s’est développée non seulement dans la sociologie du XIX° siècle, mais aussi dans les théories socialistes et les idées plus récentes d’une société planifiée. Nous pouvons caractériser cette nouvelle conception de modèle organisationnel et administratif du changement social (Saint-Simon a lui-même qualifié sa doctrine de « philosophie organisatoire(*) »)[31]. Le processus social est interprété en termes de processus industriel de la technique, et le problème consistant à le diriger et à le contrôler devient un problème d’organisation et d’administration qui doit être traité comme une tâche technique. Le modèle administratif du changement social se développe à partir de la conviction que, dans la culture matérielle, tout est en ordre, que la production a atteint sa forme adéquate, et que tous les changements supplémentaires ne seraient que des changements dans la forme, son développement intrinsèque, et non pas des changements qui affecteraient la forme elle-même. L’idée de progrès et d’une direction intentionnelle du processus social est combinée à un déterminisme technologique selon lequel le progrès dans tous les domaines de la culture est conditionné par le plein et libre déploiement de la technique industrielle. La société est de nouveau conçue comme étant gouvernée par des lois naturelles nécessaires, bien que ces lois ne soient plus celles de l’ordre géographique ou biologique, mais celles de l’ordre technologique. Elles sont naturelles dans la mesure où elles agissent avec une nécessité automatique et où leur utilisation implique l’obéissance à leur injonction et l’abolition de toutes les normes métaphysiques. Les philosophes des Lumières avaient comparé les progrès de la culture matérielle aux potentialités encore insatisfaites des hommes et à l'objectif de la satisfaction universelle de leurs besoins. Ces aspects critiques sont désormais en train de disparaître ; la conception devient essentiellement harmonistique. Le fossé entre la productivité factuelle et potentielle, entre les nouvelles forces et impulsions et les relations de travail existantes, ne se situe plus au centre de la doctrine du changement social ; elle est réduite à la question de l’adaptation la plus rapide et la plus sûre de la culture intellectuelle à la culture matérielle, et la réponse à cette question est l’appel à une organisation technique efficace.

 Nous avons mentionné la justification idéologique de la bureaucratie politique dans le système de Hegel ; nous trouvons maintenant, dans la philosophie de Saint-Simon, une justification encore plus frappante de la bureaucratie industrielle et technique. Le contrôle social et politique est transféré à cette bureaucratie qui apparaît comme le seul garant du progrès et de l’ordre. Il faut noter que cette conception était accompagnée d’un changement décisif concernant l’importance accordée aux valeurs sociales : l’intérêt du consommateur était subordonné à ceux du producteur[32], le bonheur et la liberté l’étaient à la raison, à l’efficacité et à l’ordre, techniques. Ces tendances sont consommées dans la sociologie de Comte. Dans ses principes, Comte ne va pas au-delà de Saint-Simon et nous pouvons donc nous abstenir de les discuter[33]. Comte a donné aux idées de Saint-Simon des fondements philosophiques et scientifiques plus importants et il a rempli son cadre conceptuel avec un matériel empirique plus ample. Mais en ce qui concerne la doctrine du changement social, Comte ne fait que renforcer et développer les tendances déjà visibles dans l'œuvre de Saint-Simon. Sa loi des 3 états(*) mettait de plus en plus l’accent sur le caractère “naturel” et automatique du progrès fondé sur le développement de l’industrie et de la science. Il considérait la dynamique sociale principalement sous l’aspect de la croissance cumulative de la culture intellectuelle, en particulier de « l’intelligence et de la sociabilité(*) »[34]. Les lois gouvernant la dynamique sociale découlaient de la conception selon laquelle chaque état de la société était « nécessairement le résultat de l’état précédent et le moteur indispensable de l’état suivant »[35]. Le changement social a ainsi été conçu comme une suite sans saut de transformations, en partant de la culture matérielle et en prenant, à l'ère du positivisme, la forme d'une évolution harmonieuse de la productivité industrielle et intellectuelle. La domination politique sera remplacée par l’autogouvernement des « classes productives » et par l’administration technique et scientifique. La révolution et l’anarchie seront abolies étant donné que ces troubles résultaient uniquement de l’immaturité du processus productif et de sa sujétion à des formes de gouvernement extérieures et obsolètes. Le progrès sera fondé sur l’ordre et, finalement, il deviendra identique à l’ordre : l’ordre est « la condition fondamentale du progrès », et « tout progrès tend au bout du compte à consolider l’ordre »[36].

En dépit de ses suggestions harmonistiques et libérales, le modèle administratif du changement social manifestait les traits de l’autoritarisme. Ils étaient presque négligeables dans la doctrine de Saint-Simon, mais ils sont devenus très avérés dans la sociologie de Comte. Nous avons vu que Comte, aussi bien que Saint-Simon, complétait le gouvernement industriel par un gouvernement de scientifiques. Ils considéraient la science comme l’incarnation de la raison technique qui était supposée donner à l’homme la parfaite maîtrise de la nature et de la société. L’organisation et l’administration devaient procéder selon les principes scientifiques qui étaient non seulement conformes aux exigences du progrès industriel, mais qui garantissaient aussi l’émancipation de l’humanité de tous les préjugés et de tous les dogmes. Naturellement, ces principes étaient tirés de la science physique, fondés sur l’observation et guidés par la vérification empirique. Mais la conviction que les hommes s’inclineraient volontairement devant le verdict de la raison scientifique impliquait une trop haute opinion de la rationalité intérieure et de la bonté de la nature humaine qui n'était pas du tout confirmée par les faits. Il est donc aisément compréhensible que Comte ait consolidé son gouvernement scientifique par un système de contrôle totalitaire, qui était conféré à une hiérarchie détaillée et glorifié par de nombreux symboles et dogmes.

Cette tendance autoritaire était en outre renforcée par le fait que le plaidoyer en faveur d’un auto-gouvernement industriel et scientifique était inévitablement associé au plaidoyer en faveur d’une régulation efficace de toutes les relations sociales. Le gouvernement par une administration technique nécessitait un contrôle scientifique du processus social, et ce contrôle semblait être impossible sans une manipulation consciente de tous les rapports [c'est-à-dire les relations] décisifs entre les hommes en société. À ce point, la conception de Comte devenait typiquement contraire aux idéaux du libéralisme. Il envisageait un État dans lequel les relations sociales fondamentales, en particulier celles entre l’ouvrier et l’entrepreneur, ne seraient plus « suffisamment garanties dans le libre antagonisme naturel entre elles », mais exigeraient d’être régulées « en vue d’une harmonie indispensable »[37].

Les éléments autoritaires dissimulés dans le modèle administratif du changement social allaient bientôt régresser devant l’influence du libéralisme dans la seconde moitié du XIX° siècle. Le modèle a été développé en suivant ses lignes harmoniques fondatrices. La science sociale, renforcée dans sa revendication d’indépendance par la Logique de Stuart Mill, a concentré ses intérêts sur les lois générales immuables qui étaient censées transformer tout développement en progrès. Dans la justification théorique de l’idée de progrès, les facteurs biologiques et psychologiques ont pris leur essor. La sociologie de Spencer considérait le changement social non pas tant sous l’aspect de lois physiques que sous celui de l’évolution organique. La société apparaissait comme un organisme vivant qui, en vertu de son pouvoir intrinsèque, s’adaptait constamment à l’environnement changeant. L’adaptation était, dans une large mesure, un processus psychique : la jeune génération héritait des facultés et des impulsions que la vieille génération avait acquises dans sa lutte avec la nature, et elle les développait. Puisque cette lutte tendait à un accroissement continu de la domination de la nature et de la satisfaction du bonheur, le processus psychique tendait tout à fait naturellement à la croissance mentale et culturelle. Étant donné la grande importance attribuée aux facteurs psychiques, l’éducation assumait un rôle primordial dans le contrôle et dans la direction du changement social : l’éducateur libéral remplaçait le scientifique autoritaire de Comte. La sphère économique, qui jouait un si grand rôle dans l’œuvre de Saint-Simon et de Comte, n’était plus au centre de l’orbite sociale. Spencer était convaincu que l'économie était au niveau du progrès historique et il tenait pour acquis que toutes les perturbations et toutes les déficiences pouvaient être supprimées sans établir de nouvelles formes sociales et politiques.

Cette conviction donnait à l’utilitarisme de Spencer la nuance inoffensive et de renoncement qui caractérisait déjà la philosophie de Bentham et de Mill et qui se distinguait  si clairement de la conception des Lumières. Les partisans des Lumières demandaient, autant que Bentham, que Mil et que Spencer, que la poursuite de l’intérêt personnel soit en accord avec l’intérêt des autres et  ils exigeaient  que le bonheur ne doive et ne puisse pas être obtenu aux dépens du malheur de son semblable. Mais les partisans des Lumières considéraient qu’une telle union entre l’intérêt personnel et l’intérêt commun ne pourrait être réalisée que dans un état futur, parce que, dans les conditions en vigueur, l’intérêt personnel de l’un était incompatible avec l’intérêt personnel de l’autre. En revanche, le type d’utilitarisme de Spencer n’impliquait pas un tel fossé et un tel saut entre le présent et le futur. En conséquence, l’exigence de l’union entre l’intérêt personnel et l’intérêt commun subordonnait la poursuite du bonheur à la constellation sociale dominante d'intérêts qui apparaissait comme étant la barrière préétablie au bonheur ainsi qu’à l'utilité. Les motifs de changement social, qui découlaient de l’utilité et de l’intérêt personnel, devenaient autant de motifs pour conserver et respecter l’ordre et les relations existants. En dépit de ses prétentions au bonheur et au progrès, la conception utilitariste de Spencer prenait le ton de la résignation plutôt que celle de la libération.

Le fait que les mêmes impulsions et les mêmes événements, qui ont donné naissance au modèle harmonistique et administratif du changement social, aient conduit à la conception opposée, à savoir à la doctrine révolutionnaire du changement social, est quelque chose de curieux. Saint-Simon a fondé sa philosophie sur le développement de la société industrielle, ce qui impliquait que c’était la structure économique de la société qui décidait du progrès dans toutes les sphères de la culture. L’un de ses plus ardents disciples, bien qu’il ait conservé la conception du maître, tirait la conclusion que l’organisation factuelle de la société industrielle ne garantissait pas le plein développement de ses capacités, que les intérêts industriels n’étaient pas du tout en harmonie avec les intérêts de l’ensemble, et que les relations économiques elles-mêmes réclamaient un changement révolutionnaire. Les crises récurrentes qui ont frappé la France au cours de la période postnapoléonienne ont paru étayer cette opinion. Déjà avant la Révolution de 1830, le saint-simonisme était devenu une doctrine radicale. Avec la critique économique de Sismondi relative la production marchande capitaliste et avec les écrits des premiers socialistes britanniques, il a constitué un corpus d’idées socialistes qui a grandi constamment au cours du XIX° siècle, jusqu’à ce qu’il soit éclipsé par la théorie marxiste.

Dans les conférences que l’élève de Saint-Simon, Bazard, a publié sous le titre de la Doctrine saint-simonienne, l’image harmonistique est déjà détruite. L’industrie est interprétée comme « l’exploitation de l’homme par l’homme », comme la lutte sans cesse s’aggravant entre « toute la masse des travailleurs » et « ceux « dont il utilise la propriété », et l’ordre social existant est considéré comme un désordre général qui résulte du « principe de compétition sans limites »[38]. Puisque, selon Bazard, ces conditions sont liées à la propriété privée et à la disposition privée des moyens de production[39], la transition vers un état d’administration rationnelle ne peut être atteint que par une nouvelle révolution « qui se débarrassera enfin de l’exploitation de l’homme par l’homme dans toutes ses formes insidieuses » et de l’institution de la propriété qui perpétuait cette exploitation[40].

Les contradictions sociales, et la révolution qui doit les faire disparaître, apparaissent dans la version radicale du saint-simonisme comme des événements plutôt uniques. Dans la conception dialectique, dont nous allons maintenant discuter brièvement, elles établissent le modèle général du changement social à travers l’histoire.

La conception dialectique du changement a été élaborée en premier lieu dans la philosophie de Hegel. Cette conception renversait la logique traditionnelle de poser un problème en prenant le changement comme la forme même de l’existence, et en prenant l’existence comme un ensemble de contradictions objectives. Chaque forme particulière de l’existence est en contradiction avec son contenu, lequel ne peut se développer qu’en brisant cette forme et en en créant une nouvelle dans laquelle le contenu apparaît sous une forme libérée et plus adéquate. Une libération et une adéquation pleines et entières ne sont atteintes dans l’ensemble de toutes les formes que quand cet ensemble est compris et qu’il a accompli la réalisation de la raison. Selon Hegel, cette réalisation est le résultat et l’avantage du processus historique, et elle est identique à la mise en œuvre des formes libres et rationnelles de l’État et de la société. Ce processus est motivé par les besoins et les intérêts matériels des hommes et il progresse du fait de leurs pensées et de leurs actions, mais celles-ci ne sont que les instruments de la raison objective qui s’affirme dans l’histoire de l’humanité[41].

Quelles ont été les conséquences de cette conception sur le problème du changement social ? (1) Le changement social n'est plus un événement qui se passe dans, ou se déroule vers, un système plus ou moins statique, mais le modus existentiae du système, et la question n’était pas comment et pourquoi des changements avaient lieu, mais comment et pourquoi une stabilité et un ordre du moins provisoires étaient réalisés. (2) Toute interprétation harmo-nistique du système social était rejetée puisqu’un tel système n’était que l’intégration de contradictions intrinsèques qui ne pourraient être résolues que par la destruction du système. (3) Les impulsions et les causes du changement devaient découler de la structure même de l’ensemble du système qui était en soi une structure antagonique et destructive. (4) La direction du changement était une direction objective qui était déterminée par le contenu donné du système et par les relations nécessairement antagoniques et contraignantes dans lesquelles ce contenu était organisé. (5) Cette détermination objective indiquait la direction d’une liberté et d’une rationalité croissantes, étant donné que le processus historique lui-même rendait disponibles, dans une mesure de plus en plus grande, les moyens pour réaliser la liberté et la satisfaction humaines. La transition entre la « conscience de la liberté » qui faisait des progrès et sa réalisation n’était pas une transition automatique, mais elle nécessitait l’action consciente des hommes. Hegel lui-même a utilisé la conception dialectique dans le domaine de la philosophie sociale en analysant la société civile comme se développant à travers l’antagonisme entre l’intérêt personnel et l’intérêt commun, l'accumulation de richesses et l'augmentation de la pauvreté, la croissance de la productivité et la guerre expansionniste[42]. Il pensait que l’on pouvait faire face à ces antagonismes avec un État fort, et il voyait dans l’État monarchique de la Restauration l’institution qui convenait pour maîtriser les mécanismes sociaux destructeurs. Lorenz von Stein a détaché la conception dialectique de la systématique philosophique et il l’a appliquée à une analyse sociologique concrète, à savoir à l’analyse des luttes sociales en France de la Révolution de 1789 à celle de 1848. Il voyait le moteur de la dynamique sociale dans la lutte inévitable entre le capital et le travail en vue de la possession du pouvoir, une lutte qui devait nécessairement conduire à une révolution. Mais la révolution contient une nouvelle dialectique : la classe victorieuse exclura d’autres groupes du gouvernement et elle organisera l’État en fonction de ses intérêts particuliers. Lorenz von Stein a soutenu que cette dialectique ruineuse pourrait être stoppée par une réforme sociale globale à laquelle les classes belligérantes finiraient par se rallier[43].

Mais c’est seulement avec la théorie marxiste que la conception dialectique a connu son plein effet. Nous ne considérerons ici que ceux de ses aspects qui ont un rapport direct avec le problème du changement social.

Marx faisait découler toutes les sortes de changement social de l’antagonisme entre les forces productives, agissant dans une forme donnée de société, et les rapports dans lesquels cette même société organisait l’emploi de ces forces. Selon Marx, toute société se développe jusqu’à un point où ces rapports entravent et finalement empêchent la pleine utilisation des forces productives dans l’intérêt de tous. Il considère que ceci est engendré par le fait que la société est une société de classe, qu’un groupe social possède les moyens de production en tant que sa propriété exclusive et qu’il les utilise dans son intérêt particulier. La classe dominante remplit d’abord une fonction sociale progressiste parce que son propre intérêt et sa propre position l’obligent à abolir les formes obsolescentes de production et de domination, à déployer les potentialités économiques, à créer de nouveaux besoins et de nouveaux moyens pour les satisfaire. Ce processus incorpore une partie de plus en plus grande de la population dans la division sociale du travail, mais elle ne peut le faire qu’en étendant et en intensifiant l’exploitation. Marx a cherché à démontrer cette dynamique-là dans son analyse du capita-lisme. Dans la société capitaliste, la production marchande a couvert la terre, les forces productives ont grandi dans une mesure inconnue jusqu’à présent, l’homme a entraîné la nature sous sa domination, et les moyens destinés à la satisfaction de tous les besoins humains, à l’établissement d’une société libre et rationnelle, sont à portée de main. Mais ces forces se sont développées par l’intermédiaire de l’utilisation du capital, et ce dernier exige l’appropriation continue de la plus-value, laquelle, à son tour, ne peut être obtenue que par une exploitation continue de la force de travail libre. La concurrence entre les entrepreneurs indépendants mène à une utilisation de plus en plus intensive des machines dans le processus de production, et par conséquent, d’une part, il y a la réduction du “travail vivant”, de l’emploi  des ouvriers et du taux de profit, et, d’autre part, l’accélération de la concentration et de la centralisation du capital entre les mains d’un petit nombre. Ces tendances, selon Marx, plongent le système capitaliste dans des crises qui vont en s’aggravant et qui ne peuvent être surmontées que par une révolution, laquelle transfèrera les moyens de production au prolétariat. La dictature révolutionnaire du prolétariat abolira les classes, et la société deviendra alors une « union des hommes libres » qui décideront collectivement de l’organisation de leur vie.

Il était nécessaire de donner un bref aperçu de la conception fondamentale bien connue de la théorie marxiste afin d’obtenir un point de départ dans la présentation du nouveau modèle du changement social. Nous pouvons dire que ce modèle combine et en même temps transforme les caractères décisifs des doctrines précédentes. Et il est possible de reconnaître en lui le modèle rationaliste, l’idée du progrès, l’intégration culturelle, la recherche de “lois  naturelles” du processus social. Dans le nouveau cadre conceptuel, toutes ces notions prennent cependant une signification entièrement différente. Nous allons illustrer cela par des exemples qui pourraient élucider deux des questions qui sont les plus largement discutées et qui sont impliquées dans la doctrine du changement social : (1) le problème du déterminisme, et (2) le rôle joué par les facteurs idéologiques dans le changement social.

 

    1 Marx était convaincu que les lois qui gouvernent la société capitaliste agissaient avec la nécessité des lois naturelles[44], que des tendances, qui s’affirmaient dans les actions et dans les pensées des hommes, l’emportaient sur leurs intentions, leurs motifs et leurs intérêts, particuliers. La “loi de la valeur” comprend toutes ces tendances : elle détermine le mécanisme de l’échange, de l’offre et de la demande, la centralisation et la concentration, les crises et la panne du système. Mais ici la règle des lois physiques prend fin. L’acte de la révolution, ainsi que celui de la construction d’une société libre et rationnelle, ne sont pas déterminés par de telles lois, mais, bien que dépendants des “conditions objectives”, ils ne peuvent être que le résultat de la libre décision des travailleurs associés. Pour Marx, la société est gouvernée par des lois  naturelles précisément dans la mesure où elle n’est pas encore une association libre et rationnelle. Le caractère naturel du système social qui, pour Comte, était le signe du progrès et de la raison, est, pour Marx, la marque de son irrationalité et de son esclavage, et l’équilibre constitué par les lois naturelles de la société est l’intégration de l’anarchie, du gaspillage et de l’oppression. En conséquence, Marx refusait de donner à tout le développement de la société de classe le titre d’histoire humaine et il l’opposait, en tant que préhistoire ou Entstehungsgeschichte, à l’histoire réelle de l’humanité qui, selon lui, commen-cerait seulement avec la mise en fonction de la société sans classes[45]. L’idée de progrès est ainsi transposée vers un nouveau domaine : la croissance économique et technologique qui culminaient dans le capitalisme, le processus entier de culture cumulative dans la société de classe, ne constitue un progrès que dans un sens ironique ; il est aussi, avec toutes ses caractéristiques positives, un phénomène négatif – émancipation et, en même temps, restriction et distorsion de toutes les potentialités humaines et naturelles. Marx conservait la conception selon laquelle une société rationnelle impliquait le contrôle autonome des hommes sur leur vie sociale et selon laquelle ce contrôle devait remplacer la domination par l’administration, mais il soutenait que cela ne pourrait être le cas que quand des individus librement associés se seraient constitués en sujet conscients du processus social. Mais cet événement était séparé de la forme prédominante de la société par un fossé qui excluait toute interprétation évolutionniste et harmonistique du progrès.

Le déterminisme du changement social devenait ainsi une caractéristique historique, uniquement valable pour une forme historique particulière de société. L’automatisme des lois sociales était considéré comme corrélatif à une société dans laquelle la reproduction de l’ensemble n’était que le résultat d’un mécanisme aveugle qui agissait “dans le dos” des individus libres.

Dans le développement ultérieur de la théorie marxiste, le problème du déterminisme et du contrôle autonome est devenu l’un des points principaux de conflit entre l’école réformiste et l’école radicale. La première étendait l’automatisme des lois sociales jusqu’à la période même qui, selon Marx, devait abolir cet automatisme, à savoir la révolution. Elle était considérée come un événement qui découlait avec une nécessité naturelle de la dynamique capitaliste, et la préhistoire et l'histoire de l'humanité étaient liées dans un même schéma évolutionniste[46]. Tandis que Marx faisait ressortir de manière frappante le contraste entre le royaume de la liberté et la nécessité aveugle qui gouvernait toutes les formes “préhistoriques” de société, sa théorie était maintenant encensée car « elle introduisait le royaume de l’histoire dans le royaume de la nécessité »[47]. Tout changement qui avait lieu dans la société depuis le tournant du siècle était supposé tendre du constitutionnalisme libéral au constitutionnalisme parlementaire, et de là à la démocratie socialiste. Au même moment, « l’intérêt de classe s’estompe, et l’intérêt commun grandit en puissance », et la législation contrôle dans une mesure de plus en plus croissante les forces économiques « qui étaient précédemment abandonnées à la guerre aveugle de l’intérêt particulier »[48].

Au pôle opposé du marxisme, l’école radicale, tout déterminisme social était violemment rejeté, et le “facteur subjectif” était mis en avant par opposition au fétichisme très répandu des conditions objectives. Cela allait si loin que tout déterminisme économique du changement était rejeté et que la “spontanéité politique” devenait le facteur principal dans l’action révolutionnaire. « La politique ne peut qu'avoir le pas sur l'économie. Argumenter autrement, c'est oublier l'ABC du marxisme. »[49].

 

2 Nous avons mentionné que, dans la conception dialectique, les différentes causes et impulsions du changement social sont intégrées dans un tout et qu’elles sont structurées par la tension entre les forces productives et leur organisation. Les forces productives ne sont pas identiques à la capacité industrielle et technologique en vigueur. Marx les a autrefois définies comme les « résultats [historiques] de l’énergie humaine appliquée » et il a inclus en elles les forces aussi bien objectives que subjectives. Ces dernières comprennent les facultés intellectuelles et physiques développées par les hommes, dans la mesure où elles contredisent et transcendent les formes culturelles dans lesquelles la société les utilise et les satisfait. Autrement dit, le terme de forces productives est un concept critique qui mesure la productivité culturelle donnée par rapport à son propre contenu. Ceci veut dire que la dynamique sociale est à nouveau considérée sous l’aspect du fossé qui existe entre la productivité factuelle et la productivité potentielle, et qu’elle n’est en aucun cas identique au plein développement de la capacité industrielle et technologique. La question décisive, c’est la direction dans laquelle ce développement se produit, à savoir s’il est orienté vers la libération de toutes les capacités matérielles et intellectuelles dans l’intérêt de l’ensemble de la société.

Cette conception donne la clé de la question relative au rôle du facteur idéologique dans le changement social. Les idéologies qui prédominent dans une société, bien loin de n’être rien d’autre qu’une “illusion”, fournissent un critère important concernant le caractère objectif des contradictions sociales et la direction dans laquelle leur solution peut être cherchée. Marx  lui-même a utilisé de cette manière l’idéologie de la société bourgeoise. Cette idéologie affirmait vouloir organiser la société selon les principes de liberté, d’égalité, de l’échange juste et de l’intérêt personnel ; elle envisageait ainsi les vrais principes de la société libre et rationnelle. Mais, étant donné les relations dans lesquelles la société bourgeoise avait organisé le processus productif, ces principes se transformaient inévitablement en leur contraire et ils créaient l’esclavage, l’inégalité, l’injustice et l’exploitation. Le contenu idéologique lui-même, si on le prend au sérieux, indique un nouvel ordre dans lequel il trouverait sa forme adéquate, et l’idéologie est une conscience “illusoire” seulement dans la mesure où elle est l’illusion de la vérité.

La conception dialectique tente d’élaborer un modèle intégrateur de changement social à l’intérieur d’une théorie globale de la société, en soumettant les formes, les causes et les tendances, empiriques particulières du changement social à des critères critiques et rationnels qui transcendent le contexte social en vigueur. Dans la période ultérieure, les éléments philosophiques et intégrateurs ont été progressivement supprimés, et la doctrine du changement social a pris la forme d’un théorème strictement empirique et spécialisé qui concentrait son intention sur les impulsions et les effets factuels du changement dans l’ordre social existant. Là où l’on peut voir le mieux cette transformation, c’est dans la sociologie de Durkheim et de son école, et elle est consommée dans l’idée d’une sociologie wertfrei, dont le type idéal est l’œuvre de Pareto. Certes, les impulsions qui animaient les conceptions rationalistes et intégratrices n’ont pas disparu, mais leur influence devient de plus en plus faible, et c’est uniquement sous l’effet des crise d‘après-guerre et de l’autoritarisme  européen en pleine ascension que la sociologie revient aux premiers modèles critiques.

Les derniers vestiges d’une conception intégratrice du changement social peuvent être étudiés dans la sociologie de Lester Ward. Il conserve les idées fondamentales qui ont déterminé le développement du problème depuis le  XVIII° siècle. Pour lui, le bonheur est le but de la vie privée et sociale, et la question principale est de savoir si les changements qui ont lieu dans la société peuvent être contrôlés et s’ils peuvent être dirigés vers une satisfaction de plus en plus grande des désirs humains, vers une abolition de la douleur et une création du plaisir de plus en plus complètes. En outre, Ward est convaincu que la société peut atteindre ce but au moyen de l’application de « principes scientifiques strictement analogues à ceux grâce auxquels les rudes conditions de la nature ont été améliorées dans le processus que nous appelons civilisation »[50]. Il affirme que l’homme est encore « sous le contrôle de la nature extérieure et non pas sous le contrôle de son propres esprit »[51], et il accorde autant d'importance au rôle de l'éducation dans ce processus d'amélioration que les partisans français des Lumières. Mais en même temps, il rejette toute sorte de fétichisme technologique et d’interprétation harmonistique du progrès. Le progrès technologique, c'est-à-dire l’accumu-lation de culture matérielle, a eu lieu avec tous les traits aveugles et destructeurs qui caractérisent le développement naturel d’une espèce ou d’un individu. « Les mêmes guerres et les mêmes méthodes dilapidatrices prédominaient dans la société comme dans le règne animal et végétal… Toutes les fonctions de la société sont exécutées d'une manière aléatoire tout à fait analogue aux processus naturels d'un monde organique inférieur. »[52]. La croissance régulière de la culture accumulative n'est pas encore un progrès, car ce dernier ne peut être mesuré qu'en termes de bonheur et de satisfaction humains croissants. Le fait même que le progrès moral se situe loin derrière le progrès matériel est un indice que la société n'a pas encore atteint le niveau d'auto-développement libre et consciemment contrôlé dans toutes les sphères de la culture.

Si la dynamique sociale est vraiment un progrès, elle ne l'est que dans la mesure où elle se développe d'une manière tout à fait différente des processus naturels. Ward oppose le          « progrès génétique » de la nature au « progrès télique » de la société[53] : ce dernier est un processus planifié, rationnel autant que moral, et dépendant de la libération des facultés émotionnelles et intellectuelles de l'homme. Il réclame non seulement un contrôle technologique et administratif, mais, plus important encore, un ordre conscient de toutes les relations sociales vers l'objectif final du bonheur. Avec cette conception, la doctrine de Ward est définitivement liée à la grande tradition critique et rationaliste de la philosophie sociale.

    

   

  

NOTES


[1]  Condorcet, Tableau, p. 240 sq.

[2]  Rousseau, Le contrat social [The Social Contract (Everyman’s Library), pp. 36–8].

[3]  Ibid.

[4]  Burke, Reflections on the Revolution in France, seconde éd. Londres 1790, p. 144.

[5] De Maistre, Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, Préface.

[6]  De Maistre, Considérations sur la France, Œuvres complètes, Lyon 1891–2, vol. I, p. 317.

[7]  Burke, Reflections on the Revolution in France.

[8]  De Maistre, Considérations sur la France, vol. I, p. 367.

[9]  Ibid., vol. I, p. 357.

[10]  Ibid., vol. II, p. 399.

[11]  Ibid., vol. I, p. 376

[12]  Ibid., p. 375 ; à comparer à l’hymne de Burke sur le préjugé comme étant la source de la sagesse et de la vertu, dans Reflections, p. 130.

[13]  De Maistre, Les Soirées de Saint-Pétersbourg.

[14]  Voir W. Montgomery McGovern, From Luther to Hitler, Houghton Mifflin Company 1941, p. 103.

[15]  Voir les remarques de Burke à propos de la fonction sociale et politique de la propriété foncière, dans Reflections, pp. 62 sqq., 75 sqq.

[16]  Kant, Werke, éd. Cassirer, vol. VII, p. 398 sq. ; Hegel, Philosophy of History, traduction de. J. Sibbree, New York 1899, p. 447.

[17]  Kant, ibid., p. 129 sq.

[18]  Kant, ibid. p. 66 sq. fait résulter l’ordre civil du “caractère accidentel” de l’acquisition. La présentation par Hegel des contradictions inhérentes à la société civile se trouve dans sa Philosophy of Right [Philosophie du droit] §§ 246–248.

[19]  Hegel, Philosophy of Right, §§ 289 sq.

[20]  Saint-Simon, L’Industrie, vol. II, dans Œuvres, éd. Enfantin, Paris 1868 sqq., vol. III, p. 82.

[21]  L’Industrie, Prospectus, vol. II, p. 13.

[22]  Ibid., vol. III, p. 74.

[23]  Ibid., p. 47 sq., 168 sq.

[24]  Ibid., p. 74.

[25]  Ibid., p. 83.

[26]  Ibid., p. 60.

[27]  L’Organisateur, vol. IV, p. 150 sq.

[28]  Ibid., p. 187.

[29]  Ibid., p. 202.

[30]  Ibid., pp. 192, 161 sq.

(*)  En français dans le texte. (NdT).

[31]  Ibid., vol. I, p. 138.

[32]  Voir le passage caractéristique dans Saint-Simon, ibid., vol. III, p. 83.

[33]  Pour les discuter, voir Herbert Marcuse, Reason and Revolution, New York 1941, pp. 340–360.

(*)  Ces trois états sont nommés par Comte : théologique, métaphysique, positif. (NdT).

(*)  En français dans le texte. (NdT).

[34]  Discours sur l’esprit positif, Paris 1844, p. 56.

[35]  Cours de philosophie positive, 4° éd., Paris 1877, vol. IV, p. 263.

[36]  Discours, p. 56 ; Cours de philosophie positive, vol. IV, p. 17.

[37]  Cours de philosophie positive, vol. IV, p. 485.

[38]  Bazard, Doctrine Saint-simonienne - Exposition, Paris 1854, pp. 123 sq., 145.

[39]  Ibid., p. 124.

[40]  Ibid., p. 127.

[41]  Pour un compte rendu plus détaillé de la philosophie de Hegel, voir Herbert Marcuse, Reason and Revolution.

[42]  Philosophy of Right [Philosophie du droit], §§ 185, 243 sqq., 248, 333 sqq.

[43]  Geschichte der sozialen Bewegung in Frankreich von 1789 bis auf unsere Tage [Histoire du mouvement social en France de 1789 jusqu’à nos jours], éd. G. Salomon, Munich 1921, vol. I, Introduction.

[44]  Capital, traduit par. S. Moore, E. Aveling and E. Untermann, Chicago 1906–09, Préface à la première édition, et vol. I, p. 837.

[45]  Ökonomisch-philosophische Manuskripte, dans Marx-Engels Gesamtausgabe, 1927, vol. III, p. 153.

[46]  Voir en particulier Eduard Bernstein, Zur Theorie und Geschichte des Sozialismus [Théorie et histoire du socialisme], Berlin 1904, partie III, p. 69 sq.

[47]  Karl Kautsky, dans Die Neue Zeit, 1898–9, vol. II, p. 7.

[48]  Bernstein, Zur Theorie und Geschichte des Sozialismus, p. 69.

[49]  Lénine, Selected Works [Œuvres choisies],  New York 1934 sqq., vol. IX, p. 54.

[50]  Lester F. Ward, Dynamic Sociology, 1903, vol. II, p. 2. Voir Samuel Chryerman, Lester F. Ward, Duke University Press, 1939, pp. 444–48.

[51]  Dynamic Sociology, vol. I, p. 14.

[52]  Ibid., vol. II, pp. 88–9.

[53]  Chryerman, p. 445.


jeudi 29 septembre 2022

Guerre mondiale coincée: UNE MOBILISATION PARTIELLE CATASTROPHIQUE


ET UNE DENONCIATION UBUESQUE DE L'ARME DE DESTRUCTION MASSIVE DE POUTINE

Le peuple russe avait été amorphe jusqu'à ce qu'on lui balance une "mobilisation partielle", qui est en fait une mobilisation générale, où les hommes jusqu'à 65 ans sont réquisitionnables pour l'impôt du sang pour "empêcher la destruction de la Russie éternelle". C'est la première fois dans l'histoire des guerres modernes que l'on voit près de 300.000 jeunes fuir la guerre sans se considérer comme des déserteurs ou des traîtres à la patrie. On est informé ensuite d'un certain nombre d'automutilations par des refuzniks, ainsi que de nouvelles manifestation des "mères de soldats".

Même à la veille d'octobre 1917,, comme à la veille de 1914 dans tous les pays, on n'avait pas vu un tel refus de la guerre "patriotique".

Or, pour ceux qui s'enthousiasmeraient en imaginant une nouvelle insurrection révolutionnaire. Premier élément, l'absence de la classe ouvrière comme principal opposant au régime, une classe d'ailleurs laminée par presque 100 ans de stalinisme. Deuxième élément refroidissant: Poutine et son aile la plus militariste, - que l'Occident nomme l'extrême droite pour laisser croire qu'une fraction de la bourgeoisie russe serait moins méchante – ont tout intérêt à laisser s'échapper les plus opposés à cette guerre pour affaiblir la colère qui va monter de toute façon à l'intérieur. Les fuyards sont surtout des petits bourgeois individualistes, ce qui a toujours été le cas des déserteurs anarchistes, qui n'ont ni arrêtés les guerres ni favorisés les révolutions (quoiqu'ils soient depuis toujours admirés et chantés par la gent artistique bourgeoise).

Poutine peut s'en servir justement pour dénoncer "leur lâcheté" alors que la nation est menacée de destruction. Mais voilà sa guerre s'est enlisée.

Pour autant, Poutine est en très grande difficulté. D'abord son invasion rapide de l'Ukraine a foiré. Ensuite, conséquence de la défaite militaire et de l'épuisement de l'armée russe, la "mobilisation partielle" se déroule dans l'affolement; le recrutement se déroule de manière policière et sauvage. En février et en mars il y avait déjà eu une fuite de milliers des couches moyennes. Ici aussi on nous a surtout exhibé la fuite des petits bourgeois quand la classe ouvrière, qui était jusque là la plus patriotique1, est touchée de plein fouet par ce patriotisme impérialiste: des ouvriers sont arrachés depuis leur lieu de travail et déportés vers des centres d'entraînement où rien n'est préparé pour les accueillir et où il n'y a pas assez d'uniformes!

Par contre il faut saluer le courage et la persistance des manifestants malgré les arrestations et aussi ceux qui ont incendié des centres de recrutement forcé. Certains journalistes imaginent une future répression forcenée, or, avec la plupart des troupes mobilisées au front2, même la garde prétorienne créée il y a quelques années il sera, il serait impossible d'encadrer et de réprimer une révolte de masse. Ce dont le pouvoir russe est à mon avis totalement conscient à l'heure actuelle., il peut deviner que le retour des cadavres de vrais "russes blancs" et "orthodoxes" ne va pas favoriser la continuité de "l'orthodoxie nationale impérialiste", et la colère plus dangereuse que la protestation au Daghestan.

UNE GUERRE PATRIOTIQUE QUI SE REVELE SIMPLEMENT IMPERIALISTE

Basta les fuyards, les problèmes risquent de provenir du front où les nouveaux arrivants recrutés à la hâte vont composer un cocktail explosif avec ces milliers de soldats, estropiés, épuisés par une guerre irrationnelle et probablement déjà les plus fervents opposants à la continuation d'une guerre, en effet fratricide, dont beaucoup de soldats se constituent prisonniers de l'armée ukrainienne (qui a payé le plus lourd tribut, près de 80.000 tués). Autre faille, les protestations des régions musulmanes comme au Daghestan où avaient été embarqués les soldats "volontaires". Manifestations et cris du genre "nous en avons assez de la mort de nos frères dans une guerre qui nous est étrangère". Les redditions de soldats russes sont aussi de plus en plus nombreuses...

Poutine a reconnu des erreurs dans le recrutement en disant qu'il fallait faire les choses "calmement", "sans précipitation", or, en mettant tout sur le dos de ses sous-fifres il révèle cependant tout l'affolement de l'Etat russe et la faillite de ses mensonges répétés et franchement débiles.

Le peuple russe ne bougeait pas (et me décevait) parce qu'on lui avait assuré qu'il ne s'agissait que d'une simple intervention périphérique, avec cette mobilisation soudaine le pacte social pacifiste est rompu.

Les simulacres de référendum – l'annexion policière des territoires séparatistes - ont été considérés comme ridicules et, demain, Poutine ne pourra pas faire avaler à la population que ces annexions faussement démocratiques, servent à confirmer un triomphe militaire sur le dos de milliers de morts pour des territoires sans importance, quand le niveau de vie est affecté par cette guerre et les sanctions occidentales, et face au spectacle de milliers de jeunes qui fuient à l'étranger non pour trahir la patrie mais sauver leur peau contre une guerre simplement impérialiste. Même s'il continue d'agiter la fibre patriotique, qui n'est plus qu'un nationalisme impérialiste, néo-colonialiste, et qui, par conséquent, ne peut enthousiasmer les masses russes plus longtemps.

QUI A SABOTE LE NORD STREAM UN ET DEUX?

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a jugé «stupide et absurde» de suspecter la Russie, le pays aurait pourtant plusieurs bonnes raisons de vouloir saboter ses propres infrastructures stratégiques. Pourquoi ne serait-ce pas plutôt l'impérialisme américain?

«Ce sabotage permettrait d'augmenter la dépendance européenne aux États-Unis», abonde Edouard Jolly. Mais «si l'Europe est en crise, les États-Unis vont en pâtir également», rappelle le directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe. De fait, de nombreuses entreprises américaines sont liées à des entreprises européennes et pourraient être touchées par ricoche

Une interprétation fait fureur aux Etats-Unis. Une déclaration de Joe Biden, prononcée deux semaines avant le début de la guerre en Ukraine, a réveillé les théories complotistes. «Si la Russie envahit (l'Ukraine), alors il n'y aura plus de Nord Stream 2. Nous y mettrons fin», avait assuré le président". Et les amis complotistes en France de souligner qu'une flotte américaine patrouillait au large du gazoduc russe.

Or les barbouzes militaires russes peuvent d'autant plus se servir d'une déclaration maladroite de Biden comme celui-ci de ne pas l'assumer. L'essentiel reste la confusion dans la surenchère.

Pourquoi c'est du pipeau? L'autodestruction comme arme de guerre ou laisser-faire, la bourgeoisie en guerre sait très bien s'en servir. Voire détruire la force militaire d'un allié (cf. Mers El Kébir et la flotte française coulée par l'armée britannique). Ce n'est pas écrit dans les livres d'histoire et ce n'est pas du complotisme, l'Etat américain a laissé faire le massacre de Pearl Harbor pour inciter le peuple américain à entrer dans la guerre mondiale. Personne n'a oublié la fable des "armes de destructions massives" pour que l'armada US envahisse l'Irak; d'ailleurs l'utilisation "massive" du danger nucléaire russe (avec la collaboration sibylline et involontaire de Poutine) n'obéit-elle pas au même objectif d'unifier et de soumettre l'Occident à l'hégémonie US?

On peut laisser faire un crime ou l'organiser soi-même en sous-main. Du point de vue policier, historiquement la tradition étatique russe reste un exemple indépassable pour tous les Etats du monde, compétence policière et carcérale et fabrique de faux attentats. Au début de sa carrière Poutine, simple flic de base, avait reçu une formation accélérée, puis mise en pratique lors des faux attentats tchétchènes de 1999. Attentats odieux puisque visant des prolétaires dans leur lieur d'habitations. Conclusion longtemps après!

« Je crois qu'il faut se garder d'interpréter rapidement les attentats, par exemple de 1999, qui ont servi d'alibi à déclencher la seconde guerre de Tchétchénie. Eh bien il est aujourd'hui clair, ça ne l'était pas à l'époque bien entendu, mais maintenant nous savons que ces attentats n'étaient pas du tout l'œuvre des Tchétchènes auxquels on les a attribués, mais l'œuvre du FSB. D'ailleurs, il y a eu trois attentats au total dans différentes villes, mais la quatrième ville, Riazan, là le FSB a été pris la main dans le sac. Par la suite, on a su que non seulement le modus operandi n'était pas du tout dans l'habitude tchétchène, mais qu'en plus les explosifs n'étaient pas des explosifs tchétchènes mais bien des explosifs russes. Le FSB est capable de beaucoup de choses, y compris contre son peuple. » 3

Dans le même genre de manipulation-victimisation et de maints exemples d'auto-sabotage, on pourrait épiloguer sur le laisser-faire de la bourgeoisie US lors de la destruction des twins ou aussi de la bourgeoisie française pendant la guerre d'Algérie. Un agresseur dominant a toujours intérêt à se faire passer pour victime.

L'attentat contre le gazoduc permet d'abord d'entretenir l'ambiguïté surtout auprès du peuple russe, à qui on rabâche que les Etats-Unis sont derrière tout ce qui est contre la Russie4. A la limite peu importe, il faut laisser accroire que tout est permis désormais! Même une frappe nucléaire limitée. Ici ou là on nous assure que cette histoire de gazoduc saboté serait la dernière menace poutinienne avant l'usage d'une arme nucléaire. Mais le fait que l'Etat russe se répande en justifications pour être lavé de tout soupçon, prouverait plutôt sa culpabilité.

D'autres explications plus techniques et financières le disputent à la manipulation médiatique5 soit pour dénoncer plus encore l'impérialisme russe soit pour faire abonder dans les réseaux sociaux la haine du pouvoir, certes pachydermique, américain. Or, pas de bol, les services danois ont signalé que des sous-marins russes gravitaient dans le coin le jour de l'explosion du gazoduc.

L'ECONOMIE CAPITALISTE REPREND TOUJOURS LE DESSUS

"... Or, les Russes vont bientôt se trouver à court d'arguments et vont devoir remettre en route Nord Stream 1 s'ils ne veulent pas que le litige se retrouve devant la justice. Avec le sabotage, «ils vont invoquer la clause de force majeure, grâce à laquelle ils se sentiront légitimes de rompre leur contrat à cause d'un événement indépendant de leur volonté», analyse Igor Delanoë. Cette stratégie n'empêchera pas l'affaire «d'aller devant le tribunal d'arbitrage, car les sommes en jeu sont énormes», mais la Russie arrivera en position favorable. Une question reste cependant en suspens avec ce scénario : pourquoi avoir également saboté Nord Stream 2, qui n'est pas encore en activité ?

Si l'on élargit un peu le panorama, ce sabotage pourrait aussi tout simplement être une manière de faire paniquer les Européens, à l'arrivée de l'hiver. C'est en tout cas un effet «quasiment assumé et proclamé par certains députés de la Douma : ils ne se gênent pas pour se féliciter du fait que l'Europe va grelotter cet hiver pendant qu'eux seront bien au chaud», pointe Igor Delanoë. Cette perspective risque d'ailleurs de créer des dissensions au cœur de l'UE : «Ce sabotage vient aggraver le contexte, surtout pour l'Allemagne. La France avait prévu de livrer du gaz à son voisin, mais cela va tout remettre en question». Un effet probable de «diversion», précise le chercheur : «Toute la presse européenne parle de ce sabotage et pendant ce temps, la Russie va entériner l'annexion des territoires ukrainiens »6.

QUID DES MUTINERIES ET DE GREVES OUVRIERES CONTRE LA GUERRE?

Ce qui apparaît de plus en plus, et objectivement comme une fuite en avant de Poutine, confirme une situation qui devient plus complexe à gérer. Une partie de la haute bourgeoisie russe a déjà fait savoir son désaccord, généraux limogés et assassinats troublants de plusieurs oligarques.

On sait la bourgeoisie de tous les pays capable de tout et surtout de collusion et d'accords secrets. Je pense que des contacts ont été établis aux plus hauts niveaux pour arrêter les frais. L'usage du nucléaire ne s'arrêterait pas aux frontières de la Russie, même s'il est possible d'envisager que pour mystifier et terroriser le prolétariat de tous les pays, Poutine et séides usent d'une attaque nucléaire pour sauver "la nation" de sa destruction par l'Occident (et lancer un processus de paix pourrie et radioactive)... aux mânes de Huxley, Orwell et Philip K.Dick je dis que ce serait un suicide planétaire.

La bourgeoisie russe ne tient pas à être le fossoyeur de ses propres intérêts et la bagarre interne doit faire rage. Or, une nouvelle impressionnante est parvenue à nos oreilles, Jack Sullivan le directeur de la sécurité nationale américaine a annoncé que le "téléphone rouge" avait été remis en service. Ce qui révèle la prise en compte de la gravité du moment et que dans les deux camps il n'y a pas que des fous, par exemple certains diplomates Us qui auraient prévenu Poutine des risques d'une explosion sociale intérieure inévitable à même de se généraliser avec les conséquences de la crise économique en Occident et des millions qui vont s'insurger qu'on les laisse crever de froid...


À suivre demain...

Demain donc, dans son exhibition kitsch le Poutine n'ayant pas peur du ridicule a paraphé le rattachement gangstériste des quatre régions à l'Est de l'Ukraine sans doute pour justifier le passage de "l'opération spéciale" au statut de guerre pour défendre une partie artificielle de la "patrie russe"...millénaire (comme celle d'Hitler). La "dénazification" de la Russie ne prendra probablement pas longtemps. En attendant les fuites massives font plus penser à la débâcle de 1940 en France et fort peu aptes à empêcher un bombardement nucléaire (si l'on en croit les journalistes tarés et historiques de la télévision d'Etat). Mais l'armée russe est dans un délabrement tel que l'arrivée des recrutés par force risque de l'aggraver. Quel pays voudra accueillir l'ancien flic Poutine s'il s'enfuit? 

En attendant si les bombes atomiques doivent éradiquer l'espèce humaine, non pas tous aux abris (il n'y en a plus) mais, à l'instigation de joyeux ukrainiens: allons dans la montagne et dans les forêts profondes pour nous éclater dans des partouzes grandioses avant "adieu l'amour, adieu la vie", et merde au trou du cul Poutine.



NOTES


1 Comme chez nous en Occident où la gauche bourgeoise, en l'absence d'un mouvement ouvrier affirmé et de minorités révolutionnaires influentes, a fini par la jeter dans les bras des diverses droites. Mais seulement sur le plan électoral et du fait de l'absence de perspective sociale et  politique crédible.

2C'est un élément du début de la révolution en 17 qu'on a oublié ou négligé, quand les armées sont au front elles ne peuvent s'occuper de l'ordre à l'arrière!

4Et comme l'a déclaré aujourd'hui Poutine "la guerre actuelle a été causée par la chute de l'URSS", ce sur quoi il dit la vérité pour une fois! Ce qui n'est pas la même chose quel'interprétation du toutou bourgeois Edwy Plenel qui va partout déplorant que Poutine s'attaque à un régime démocratique et à "nos valeurs"! Poutine ets bien plus prosaïque et il est soutenu par toute l'extrême droite européenne, expérimentée en matière de collaboration avec les dictateurs, et qui est la seule menace dans le capitalisme pour l'ancien trotskien reconverti dans la presse policière.

5"Depuis le début du mois de septembre, les réservoirs de gaz russes sont quasiment à pleine capacité de stockage, du fait que le pays exporte beaucoup moins. Or, stopper la production a un coût exorbitant et le torchage serait un gaspillage également très coûteux de ressources. «Saboter les gazoducs permettrait à Moscou de se débarrasser rapidement du gaz en surplus, tout en produisant un effet stratégique». Cette opération pourrait également viser à couper le débit vers l'Europe sans rompre les contrats. Depuis plusieurs semaines, le gazoduc Nord Stream 1 est complètement à l'arrêt, et les Européens et les Russes se renvoient la balle pour trouver le responsable. Bruxelles accuse Moscou d'utiliser le gaz comme une arme économique en représailles aux sanctions. De son côté, le Kremlin affirme que l'arrêt des livraisons de gaz russe vers l'Allemagne est de la seule faute des Occidentaux, car leurs sanctions empêchent la maintenance des infrastructures gazières". (in Le Figaro)

6In Le Figaro qui fait les articles les moins débiles sur le cours actuel des événements.

samedi 24 septembre 2022

La contre-révolution féministe

suivi d'une critique de ce texte

La rentrée « sociale » s'annonçait sous les meilleurs auspices et elle finit à l'hospice. Pauvre Mélenchon qui nous annonçait qu'on allait voir ce qu'on allait voir par une manif monstre jusqu'à l'Elysée pour protester contre, slogan très syndicaliste, « la vie chère ». De la part d'un parti de bobos soucieux surtout de féminisme bcbg et de la liberté de porter ce voile opprimant pourtant tant de femmes maghrébines et iraniennes, cela ne manquait pas de sel. On aurait pu crier à la tricherie électorale sur le contenu et donner raison à notre Peppone national moustachu qui lui avait rétorqué que ce n'était pas de son domaine.

Patatras la NUPES est nue, déchirée entre vilains machos et tristes juges fémino-staliniennes d'une police des mœurs qui n'a rien à envier à la surveillance de la vie privée sous le régime des goulags ni au professionnalisme moral de la femme à Thorez. Sus aux « mâles du siècle » !

A l'origine de la crise très bien sponsorisée par les médias du gouvernement, une banale baffe comme il s'en produit tant dans les couples sans qu'on en fasse une affaire d'Etat, plus souvent qu'on ne l'imagine par des femmes elles-mêmes. J'ai vu mon père giflé par ma mère quitter la pièce pour aller bricoler à la cave le restant de la journée. Il n'est même pas allé déposer une « main courante » au commissariat ; ce qui m'indigne aujourd'hui c'est que tant d'hommes n'aillent jamais faire cette main courante de peur de passer pour un pauvre con.

Mais ça sert à quoi une main courante ? A rien m'ont répondu des flics honnêtes que je côtoyais dans le cadre de mon travail. Je pourrais ici vous livrer moult anecdotes sur une situation, qui n'a pas changé, où des femmes d'en bas, totalement absentes du discours des bourgeoises féministes et qu'elles méprisent dans les faits. Premier type de constat : dans le quartier de Malakoff où j'habitais il était de notoriété publique qu'une femme, mutilée volontairement par ses deux macs (clochards d'ordinaire), leur servait de source de revenu par l'aide sociale. Deuxième type de constat plus éclairant sur l'hypocrisie du féminisme d'en haut. Lorsque je travaillais encore à EDF j'étais aux premières loges pour constater la misère et le fond de l'horreur. A Montrouge je reçois l'ordre de coupure de courant pour impayé concernant une cliente de la cité en briques rue Camille Pelletan. Une première fois j'ai affaire à une belle femme de la quarantaine. Lors de mon passage je lui laisse encore un délai sans en informer ma hiérarchie. Enfin la troisième fois je découvre une femme martyrisée, le visage couvert de bleus, claudiquant avec une canne.

Surpris et indigné je lui ai demande : qui vous a fait çà ?

  • mon mec !

  • Fuyez !

  • Impossible il me tient sous sa coupe.

  • Vous n'aves trouvé personne pour le buter ?

  • Si, mon second compagnon lui a filé un coup de marteau sur la tête et du coup a été envoyé en prison. Et l'autre m'a repris avec son fils qui me tape aussi.

  • Incroyable ! Ne bougez pas, je reviens.


J'ai laissé tomber mon sac à clous et j'ai foncé voir les flics municipaux qui m'ont répondu, l'air las :

  • mais mon pauvre monsieur, on est au courant et on n'y peut rien.

On était dans les années 1990. Je téléphone à un bureau de « protection » des femmes battues à Nanterre. La femme au bout du fil après avoir écouté mon constat me répond :

  • elle n'a qu'à porter plainte.

Indigné je lui réponds :

  • pauvre imbécile quand vous êtes martyrisée et sous emprise vous n'avez même plus la force de porter plainte et les « main courante » ne servent à rien.

Et je lui ai raccroché au nez. Je suis retourné reprendre mon sac à outils et sans lui couper le courant, j'ai dis à la pauvre femme que j'allais réfléchir comment la sortir du trou.

En réalité je n'ai rien trouvé comme solution, à part l'héberger chez moi puisque j'habitais à côté, mais avec le risque que le voyou vienne me casser la gueule.

Repassant dans l'immeuble quelques semaines après j'avisais la concierge qui me dit que la femme avait été expulsée et qu'elle était probablement morte sous un pont à Paris.

Cette anecdote est assez révélatrice du féminisme d'en haut comparable aux fausses promesses des politiciens une fois élus. En outre genre d'anecdote, comme les viols fréquents par des sans papiers, qui est classée par la bonne conscience féministe et gauchiste au rang de « fait divers » pour masquer l'aspect répugnant de l'indignation à géométrie variable des puissants hypocrites qui ont, seuls, droit d'expression et d'analyse loin de la misère, clpws politiques, avocats vénaux, journalistes concupiscents, ministres soumis, etc.

Le plus révélateur de la cuistrerie des féministes officielles, surexposées derrière leur bureau et leur comportement typiquement stalinien, c'est qu'elles prétendent parler « an nom » de toutes les femmes battues, même de celles dont personne ne s'occupe « en bas » loin des flonflons et des chichis entre journaleux. Idem pour la femme de Quatennens, qui, peut-être avec un poix chiche dans la tête, a été faire une main courante qui aurait dû rester anonyme puis qui a expressément demandé qu'on s'en mêle pas. Trop tard, alors que la plupart des « main courante » finisse à la corbeille de courageux magistrats "féministes » et aux ordres de Macron, ont indiqué que la « justice » allait assumer ses responsabilités. Alors que la femme du député avait demandé de cesser les frais, voilà que toute la sphère médiatique s'en empare à la suite des féministes officielles dont la fameuse Sardine Ruisseau, ruisseau de toutes les calomnies et affabulations puantes. On condamne, on déplore pour la « victime », on « pense avant tout à elle ».

DES FEMINISTES QUI VEULENT ETRE CALIFE A LA PLACE DU CALIFE

Julien Bayou cloué au pilori par la police des moeurs vertes, sans savoir d'où c'est parti, avec une mise en scène de la néo-stalinienne Sandrine Rousseau, a été accusé de harcèlement de sa petite amie, qui a l'air pourtant quelque peu dérangée d'après l'avocate de Bayou, en plus sadique: "tu vas voir ce que tu vas voir, tu vas tomber de très haut!". Le congrès de EELV doit se tenir dans trois mois... la lutte des places sera aiguë. Tous ces partis de LFI à EELV révèlent un fonctionnement interne lamentable fait de coups bas et d'exagérations odieuses... ce qui est typique de l'idéologie bourgeoise où il faut détruire le voisin pour prendre sa place.

Tout le monde a compris que le clan féministe prétend parler « à la place des gens » comme tous les politicards, et veut être calife à la place du calife ; un pouvoir total des femmes dans la vie politique ne supprimerait-il pas toutes les injustes et mettrait fin aux femmes battues... Tout un programme bidon surtout parce que ces fémino-staliniennes font motus et bouche cousue sur les nombreux cas de dérapages sexuels, autrement plus graves que le pauvre Quatennens, par ministres et députés socialistes, sans mentionner le fameux faux journaliste Taha Bouhafs dont Clémentine Autain prenait la défense en clamant que c'était une dénonciation raciste ; laissant de côté les milliardaires PPDA et le footeux Mendy.

Non contentes de prétendre remplacer la lutte des classes par la lutte des sexes, ces connes révèlent surtout la lutte des places au sein de la gauche bourgeoise et bobo1. Prétendant donner le la à toute cette gauche décadente, effilochée et cacophonique. En réalité meilleures allies du pouvoir en place. Et je ne dis pas cela pour excuser Mélenchon et sa bande car l'effet boomerang d'une concession à une des pires idéologies bourgeoise anti-socialiste et anti-ouvrière, devait se payer un jour.

UNE OPERATION POLITIQUE COUSUE DE FIL BLANC

La métaphore est facile à comprendre classiquement: une histoire « cousue de fil blanc » est une histoire où l’intrigue, les rebondissements ou la chute finale sont très visibles, voire parfaitement prévisibles. Je pense que, hors du champ journalistique totalitaire avec ses nombreux imbéciles comme Pascal Prau, la plèbe, nous les sans-grade, les pue-la-sueur, avons compris la manœuvre sans être complotistes neuneu pour autant. La chute finale provient du gouvernement lui-même qui rend la conclusion prévisible.

La sous-ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes de la diversité et de l'égalité des chances a dénoncé comme « odieuse » la défense de Quatennens par Bompard (collègue de parti). Pourtant la relativisation du calife et de ses bras droits est tout à fait recevable même si on nr'est pas d'accord avec eux au plan politique. L'affaire Quatennens est une affaire Dreyfus en mode mineur, avec la même hystérie du côté des dominants et de leurs soumises. On attend toujours les réactions du NPA et de LO.2

Nul doute que la rentrée sociale, la gravité de la crise économique (on est à la veille d'un nouveau krach historique), les conséquences économiques de la guerre en Ukraine et la valse des prix, inquiétaient au plus haut point le gouvernement, lui-même dont des membres ont été virés pour des scandales sexuels plus graves. La trouvaille du « crime » de Quatennens a été conçue en haut. Il a suffi de demander aux flics soumis de faire transiter la « main courante » inoffensive en soi au Canard Enchaîné, qui porte bien son nom en tant que porte-voix pas drôle des divers barbouzes et manipulations d'Etat. On connait le but et l'aboutissement désormais : décrédibiliser le maris de la gauche bourgeoise dirigée par des bobos anarchiques et des folles hystériques. Avec une simplicité désarmante la noria de féministes bobos s'est ingéniée, sans gêne, et mise en valeur par tous les médias et des journalistes minables, à poignarder la partie (sic) « masculin », « macho », et mes couilles.

Rien n'est joué, la lutte de classe face à la gravité des événements qui nous pend aui nez peut remettre en place les collabos féministes et nous débarrasser des prétentions de la NULLE confrérie de l'inculture politique et sociale des féministes bourgeoises.

Enfin mon propos, pour l'essentiel, vise à mettre en évidence le rôle ultra-réacttionnaires des féministes. Au cours des sixties je pouvais comprendre voire approuver une partie du combat féministe (droit à l'avortement, égalité de salaires) mais avec ces nouvelles générations on nage dans le renouvellement de l'idéologie bourgeoise. Il faut ajouter que le Marx qui avait déclaré que « la femme est le prolétaire de l'homme » n'est plus vrai en général sauf dans les pays entièrement islamisés et en Iran. La plupart des femmes travaillent, preuve en est le plus grand nombre de divorces car elles peuvent prétendre à une indépendance financière. Dans la vie privée, même lorsque les femmes ne travaillent pas, elles ne sont pas forcément réduites au rôle de femme de ménage, beaucoup d'hommes, dont moi, font quand même la vaisselle et passent l'aspirateur.

On se rappelle des années 1980 et surtout 1990 où la bourgeoisie avait décrété que les classes n'existaient plus et qu'il n'y avait plus qu'une classe moyenne universelle et une poignée de riches, autre manière de voiler le rôle délétère de la petite bourgeoisie qui croyait diriger seule les opérations, tout en restant aux ordres de la bourgeoisie. Le truc ayant commencé à s'effiler, et sous conseil wokiste US, on ressortit du placard l'idéologie féministe qui, aux côtés des idéologies du même acabit (j'allais dire du même gouvernement) hypocrite, anti-raciste, écologiste industrielle, anti-fascisme de pacotille, servent à inventer un anti-capitalisme creux et conservateur.

Mais la dimension est plus vicieuse. Quand la bourgeoisie pendant deux ou trois décennies se permettaient de nier la classe ouvrière et sa possible dangerosité, on pouvait s'en moquer et la lutte de classe ne vacillait pas. On assiste désormais à une attaque bien plus insidieuse qui touche à la vie privée, du même ordre, comme je l'ai déjà noté, que le pistage intime par la police secrète stalinienne ; en outre, plus le système informatique actuel est le plus grand flic de tous les temps... il existe un projet de nous mettre sous la peau une puce contenant toutes nos infos personnelles.

Le rôle politique du féminisme officiel est de séparer les couples normaux. Qu'il y ait des transgenres, des homosexuels, etc., n'a pas à être légiféré ni exhibé en modèle. Or multiculturalisme et multi-sexualité (dite libérée) s'attaque à une composante essentielle de la lutte de classe : le couple de prolétaires.

Les féministes en nous exhibant la femme en général comme une victime systématique mentent totalement. C'est faux, il y aussi nombre d'hommes victimes, bien que minoritaires. ET surtout de quoi sont victimes des masses de femmes et d'hommes ? De l'exploitation salariée et de la misère ! Pourquoi tant d'immigrés sont au nombre des violeurs? Parce que la bourgeoisie fait venir des masses d'hommes sans se soucier qu'ils ont naturellement des besoins sexuels et pas envie d'aller au bordel.

Historiquement on sait que les femmes ont été l'étincelle des révolutions. En 1789 une masse de femmes marcha sur Versailles. En 1917 des foules de femmes ont manifesté contre la guerre. A l'heure actuelle les femmes russes ne veulent pas que leurs « machos » payent l'impôt du sang. Nos hystériques bourgeoises se fichent de la primauté de la guerre pour montrer du doigt une baffe picrocholine alors qu'on torture, viole et massacre indifféremment.

J'espère ne pas être seul à le souligner. La conscience de classe n'est pas uniquement sur le lieu de travail, elle se développe surtout au foyer. Le couple discute, voit les problèmes économiques et culturels pour les enfants. Le plus souvent concernant la guerre justement, le couple ne veut pas qu'ils soient un jour chair à canon comme ils souhaitent qu'ils fassent des études pour n e pas bouffer de la merde comme leurs parents. Depuis une centaine d'années les manifestations comptent des couples main dans la main. Aucune guerre des sexes sur le plan social, humain et politique.

Voilà pourquoi les féministes bourgeoises sont au premier plan de la réaction : dévitaliser, détruire toute conscience de classe avec cette invention de la lutte des sexes. Pour l'heure c'est l'invention qui prédomine dans les médias et qui nous permet de conclure que l'affaire Quatennens n'est même pas un fait divers, mais un problème qui relève du privé et qui devrait être résolu par le couple lui-même à condition que les petits magistrats aux ordres de Macron s'occupent de leurs fesses. Le violences trop fréquentes, voire de plus en plus fréquentes ne cesseront jamais, ne cessent d'ailleurs jamais même avec les pleurnicheries de ces fausses défenseuses de la condition féminines, il faudra une REVOLUTION VRAIMENT ANTI-CAPITALISTE que vous souhaitez empêcher aux ordres du pouvoir dominant !

 Les antagonismes hommes/femmes ne peuvent être mis sur le dos des "mâles". Leurs causes sont pour l'instant liées au monde capitaliste: tu es ma propriété privée, celui qui veut me piquer cette propriété privée je veux le tuer, je suis fatigué après ma journée de boulot donc femme as-tu préparé le dîner, tu m'as trompé c'est horrible tu mérites que je te frappe, tu es ma seule richesse alors fais-toi belle pour que je t'exhibe... Ce que certains font mais seulement en images sur les sites porno. En tout homme ne subsiste-t-il pas un maquereau? Tous ces clichés, partiels et non généralisables n'abondent pas en faveur de l'idéologie bourgeoise féministe. Je n'en sais rien si dans une autre société, humainement supérieure la jalousie disparaîtra complètement mais ce que je sais c'est que l'on ne nait pas homme ou femme mais que la société nous façonne avec ses archétypes de telle époque de tel siècle. Enfin que le capitalisme est le premier responsable du pourrissement des rapports humains, et que ce pourrissement n'a rien d'éternel versus les religieuses féministes et fumistes. 

Le « mal du siècle » ce n'est pas le rapport hommes/femmes mais prolétariat contre bourgeoisie.

PS : j'ai lancé deux pétitions. L'une « Lâchez la grappe à Quatennens ! Et l'autre :  « Troupes russes hors d'Ukraine », manifestons tous les samedis devant l'ambassade russe à Paris comme on le faisait devant l'ambassade américaine lors de la guerre du Vietnam.


notes

1A la base il existe plusieurs règlements de comptes politiques. Quatennens et Mélenchon gardent tout de même de beaux restes de leur passage dans le trotskisme. En 2019 Adrien Quatennens avait qualifié, avant l’été, de « provocation » l’entrée de femmes en burkini dans une piscine municipale de Grenoble. Mélenchon comme Manuel Bompard ou Adrien Quatennens, rechigne à employer le terme « islamophobie » au nom de la liberté de la critique des religions. En interne ils sont largement conscients de la nocivité du féminisme hystérique. En outre Ruffin et Roussel ont compris le danger d'effondrement total de la gauche avec cette idéologie bobo-stalino-démago. Ils sont d'ailleurs félicités par Le Monde d'avoir remis au centre « la question sociale » (merde aus féministes) quoique d'une manière sournoise, toujours réformiste impuissante et pour damer le pion au RN.

2Le NPA, rival du jeune Quatennens, comme le PS, fait déclarer par une de ses féministe et lâchement que Quatennens est "un homme violent", la cause est entendue pour cette petite secte dominée par le féminisme bobo. LO plus consistant avec un langage de classe se tait sur l'affaire?

UNE CRITIQUE DE MON TEXTE CI-DESSUS

Je la reproduis ci-dessous parce que je ne comprends pas pourquoi google ne m'autorise pas la publication des commentaires après mes articles.

Salut JL

Je suis partagée dans ma réponse et dans ma position vis à vis de cette affaire de baffes ;

Donc je commence par les critiques.

La description que tu fais des femmes battues est précisément ce contre quoi les femmes s'élèvent qu'elles soient d'en bas ou d'en haut. Je ne crois pas qu'il faille introduire une division de plus . Il est aussi une domination mâle plus subtile dans les classes aisées, elles peuvent tout autant être battues ou psychologiquement maltraitée.

Qu'il y ait des hommes battus, c'est certain. Ce n'est pas le problème. Le problème est dans une société de patriarcat, de faire reconnaître la soumission des femmes, de l'importance de la reconnaissance sociale du phénomène et de la non banalisation d'actes de violence qui trouvent leur justification dans ce patriarcat. Si la société occidentale a bien évolué, il n'est pas si loin le temps où le femme n'avait pas le droit de vote ni d'ouvrir seule un compte bancaire. Nos mères l'ont connu. Qu'il faille défendre le droit de toutes les femmes, dans toutes les sociétés et sous toutes les religions, ,c'est évident. Que des politiciennes pensent plus à leur carrière qu'à la défense des femmes, c'est aussi évident. Les batailles de B GROULT ont plus de valeur que la parole de miss ROUSSEAU

"Une banale baffe comme il s'en produit tant dans les couples sans qu'on en fasse une affaire d'Etat"

Je ne crois pas que ce soit « banal ». Ton père en a souffert, la fille d'un ami renoncé à son mariage parce que son futur mari lui en a flanqué une lors d'une dispute  peu avant le mariage.

Une gifle est une agression physique et l'accepter, c'est accepter d'être agressé.

« «qui, peut-être avec un poix chiche dans la tête, a été faire une main courante »

Tu ne peux pas dire ça. Tu ne connais pas l'intimité de la relation, le nombre de disputes qui ont précédées. Faire une main courante ne sert à rien, d'un point de vue judiciaire, mais c'est le premier geste pour sortir justement de l'intimité, de la sphère privée. Si d'autres actes de violence surviennent et qu'il finissent par entraîner une plainte, cette première démarche est prise en compte. Je suppose que cette femme a fait cette démarche dasn ce sens. C'est aussi une façon d'avertir son conjoint de ne pas aller trop loin dans ses réactions violentes. C'est un avertissement pour lui .

Mais je suis absolument d'accord sur l'exploitation médiatique et politicienne de cette affaire.

Je pense comme toi que cette affaire était à régler au sein du couple et n'avait pas à venir sur la place publique.

Les médias sont utilisés pour dénoncer, dans un but polémique, tous les accidents de la vie des hommes politiques. Il doivent être absolument parfaits, on va finir par avoir des robots, stéréotypés, marchant au pas des exigences sociales, sans idéaux et sans saveur. Et cela décourage bien des êtres de valeur de s'engager en politique, de crainte d'être ainsi exposés à la vindicte médiatique.

Il faut faire la chasse aux abus de pouvoir, aux pressions, à ceux qui utilisent leur poste à leur profit,. Après... les défauts personnels n'ont pas à être étalés sur la voie publique si cela n'a pas d'incidence sur la vie sociale. J'avais déjà trouvé qu'éliminer celui qui devait se présenter à la mairie de Paris, parce qu'il avait une vidéo sexuelle, était excessif.

Je ne suis pas sûre que ta pétition ait un succès. Essaie plutôt de savoir qui, dans la population, s'intéresse effectivement à cette affaire. A mon avis, on n'en fiche..

Quant aux manœuvres politiques, c'est certain. Je ne sais pas si c'est une rivalité entre partis ou au sein même des partis. Probablement les deux. Et le parti au pouvoir en joue.


H. (qui est une femme)

mercredi 21 septembre 2022

LE SUICIDE DE POUTINE



« Du point de vue de la classe ouvrière et des masses laborieuses des peuples de Russie, le moindre mal serait la défaite de la monarchie tsariste et de ses armées qui oppriment la Pologne, l’Ukraine et nombre d’autres peuples de Russie, et qui attisent la haine nationale afin de renforcer le joug des Grands-Russes sur les autres nationalités et de consolider le pouvoir réactionnaire et barbare de la monarchie tsariste ».

Lénine (« Les tâches de la social-démocratie révolutionnaire dans la guerre européenne », 6 septembre 1914).



Habitué aux mensonges de guerre je doutais depuis quelques jours de la percée de l'armée ukrainienne armée par Etats-Unis et Etats européens, elle vient d'être confirmée par la panique et pantalonnade de Poutine. Panique que l'invocation de l'arme nucléaire et annonce d'une mobilisation forcée comme chair à canon pour des milliers de jeunes russes. La menace du nucléaire c'est de « bonne guerre », « pure propagande », car Poutine n'est pas seul à décider, même s'il sait qu'il va devoir défendre sa peau désormais, et chèrement. Je rappelle qu'au temps du cinglé Trump, un haut responsable militaire chinois avait téléphone à son homologue américain, s'inquiétant que le faux blond puisse appuyer sur le bouton, et celui-ci lui avait répondu : « ne vous inquiétez pas ce n'est pas Trump qui décide »1.

Plus frappante est la réaction de la population russe, soudaine et intransigeante. Des milliers ont défilé partout criant « Poutine dehors », d'autres se sont précipités pour prendre l'avion. Des centaines de manifestants ont déjà été mis sous les verrous avec des menaces de dizaines années de prison pour désertion. J'ai dit mon indignation à plusieurs reprises face à une classe ouvrière russe amorphe. Je me trompais en partie, pour la simple raison que la population russe vivait comme nous la guerre en Ukraine, comme quelque chose de lointain ; sauf quand on vient lui demander de se sacrifier pour une guerre qui ne fût ni rapide ni économe en massacre de soldats russes. Ensuite la classe ouvrière n'apparaît toujours pas comme telle. En tout cas les millions de russes ne se sentaient pas concernés ou pratiquaient le politique de l'autruche, ce qui n'est plus possible quand sonne la trompette de l'impôt du sang.

Ce sont surtout les couches petites bourgeoises , intellos et artistes, qui sont les premières à protester2. D'ailleurs le ministre de la défense s'est immédiatement adressé à elles ; Sergueï Choïgou a déclaré que la « mobilisation partielle » ne concernait que les hommes ayant une expérience militaire, pas les conscrits ni les étudiants ». Le bureaucrate du Kremlin a été chargé de demander à la population de faire preuve de patience en attendant que la loi soit clarifiée... piètre correction dans la panique face à cet ordre de mobilisation bancal et peu convainquant de la part d'un Poutine qui louchait en suivant son prompteur.

Poutine est conduit à faire n'importe quoi pour l'heure et c'est un tournant capital qui va tout bouleverser dans les jours à venir. L'armée et les généraux sont déficients. La Russie intra-muros n'est pas du tout préparée à la guerre (qui ne passait jusqu'à maintenant que pour une « opération spéciale »). La pitoyable intervention télévisée de Poutine n'est qu'un aveu de sa déroute militaire. Le dilemme est simple : à courte échéance soit il parvient à réorganiser l'armée, soit il saute. Curieux que les médias n'ébruitent pas l'attentat dont il a été l'objet où une voiture de son escorte a sauté. Le lecteur du prompteur a fait référence à la chute de l'URSS mais pas au cuisant échec en Afghanistan3. En tout cas si la défaite en Afghanistan a pris dix ans, cette guerre en Europe n'aura pas pu excéder... ne pourra pas excéder quelques mois. Poutine est désormais seul, lâché par l'Inde et la Chine et des militaires et députés4...

L'appel à la mobilisation de 300.000 réservistes (nombre équivalent à celui des soldats ukrainiens) ne tient pas debout. Il faudrait les former et la débandade suite à cette annonce, fait augurer un risque de sédition généralisée. L'appel était douteux dès ce matin ; en réalité il est destiné à ceux qui sont au front, démoralisés, où les désertions se multiplient, pour prétendre leur insuffler l'énergie de combattre pour une cause (impérialiste) perdue. Enfin si, sur le plan politique et sociale c'est la catastrophe sans les moyens de la conjurer, c'est déjà cuit sur le terrain militaire.

Ancien des guerres d'Irak et d'Afghanistan, le général Ben Hodges a commandé l'armée américaine en Europe de 2012 à 2017, au moment de l'annexion de la Crimée et de la guerre dans l'est de l'Ukraine, il a répondu à une question de l'Express :

«  Les jours prochains seront déterminants pour l'issue du conflit. Nous sommes à un moment décisif, car les Russes sont en sérieuse difficulté. Pour commencer, ils n'ont pas autant de soldats qu'ils l'avaient annoncé. Tous les rapports vont dans le même sens : le moral des troupes russes est en baisse, il y a des désertions, de nombreux commandants russes ont été tués. Il y a un cas de mutinerie sur un navire en mer Noire. Les Russes envoient au front des appelés du contingent peu ou pas entraînés. Bref, rien ne se passe comme prévu. Les Russes sont en mauvaise posture et ils le savent. Pour étoffer leur armée, ils sont réduits à demander l'aide de 16.000 combattants étrangers notamment syriens. En vérité, les Russes ne vont pas tenir longtemps avec de tels problèmes de ressources humaines ».

En réalité, Poutine sait très bien désormais que son principal ennemi c'est le peuple russe, et il fera tout comme ses compétiteurs à la solde de l'impérialisme américain pour que la protestation n'émane pas ou de semble même pas émaner de la classe ouvrière ; comme en 1945 où ils ont tous fait croire que le prolétariat avait compté pour du beurre et que le monde avait été sauvé par staliniens et démocratie du dollar. En face tous les médias ne cessent de vanter le courage patriotique des soldats ukrainiens, dont un chef militaire ce soir encourageait les troupes « à détruire les mobilisés russes », en guise de coup de chapeau au sanguinaire Poutine.


ET LA PROTESTATION DE CLASSE CONTRE LA GUERRE  IMPERIALISTE ?

Nous ne savons pas encore comment les diverses sectes et particules du maximalisme vont réagir et je me fous des gauchistes et de leur soutien à la démocratie « populaire » et autres « libérations nationales ». Ne parlons pas de la Nupes qui est en train de couler grâce à ses stalino-féministes débiles, laissant toute latitude à Macron de jouer le beau Serge au niveau international. Le sommet du ridicule aura été atteint par le CCI (RI) lors de son appel à ses réunions publiques début septembre :

"Après six mois de barbarie guerrière en Ukraine, le prolétariat en Grande-Bretagne donne un début de réponse

Le CCI tiendra, le samedi 17 septembre, des réunions publiques pour discuter de l'accélération de la barbarie capitaliste, démontrée par la guerre en Ukraine ainsi que par l'approfondissement de la crise économique mondiale et l'aggravation des effets du changement climatique. En considérant la réponse de la classe ouvrière internationale, nous accorderons une attention particulière aux importantes luttes ouvrières qui se déroulent actuellement en Grande-Bretagne »

Alors que l'absence de la classe ouvrière s'est fait remarquer partout, on tente ici de nous refaire le coup de « la paix et le pain », comme si les grévistes en GB avaient manifesté pour autre chose que leurs besoins corporatifs ! C'est typique des groupes économistes, c'est le cas aussi de leur queue (Guerre ou Révolution). Poussés à bout par la cherté de la vie les ouvriers (ou ce qu'il en reste) vont faire la révolution contre la guerre. Voire on pourrait supposer que les grèves des prolétaires anglais étaient aussi des grèves contre la guerre en Ukraine. En attendant la religieuse et fumeuse grève générale ces ouvriers ont tout arrêtés pour pleurnicher avec la firme royale !

Heureusement on trouve un texte de désaccord dans ce groupe qui a bien plus la tête sur les épaules, citations !

- le CCI aujourd’hui, en ce qui concerne le rapport de force entre les classes, tend à sous-estimer le sérieux de l’actuelle perte de perspective révolutionnaire de parties du prolétariat, ce qui mène l’organisation à assurer que la classe ouvrière peut retrouver son identité de classe et sa perspective communiste essentiellement à travers les luttes ouvrières défensives.

- la sous-estimation de la dimension théorique de la lutte ouvrière. Sans la lutte de classe quotidienne, il n’y aura ni perspective communiste, ni identité de classe prolétarienne. Ceci étant dit, ni la perspective communiste, ni l’identité de classe ne sont le produit DIRECT de la lutte ouvrière immédiate. Ils en sont le produit indirect, en particulier si l’on prend en compte leur dimension théorique. La lutte de classe prolétarienne n’est pas une révolte plus ou moins aveugle, pas plus qu’elle ne réagit de façon simplement mécanique à la dégradation de sa situation, comme les chiens du professeur Pavlov.

-  nous consolant avec les luttes défensives quotidiennes, vues comme le principal creuset de la voie à suivre, ce qui est à mes yeux une concession significative à une approche « économiciste » de la lutte de classe déjà critiquée par Lénine et Rosa Luxemburg au début du XXe siècle. La compréhension que le « prolétariat n’est pas vaincu », qui donnait une vision correcte et très importante dans les années 70 et 80, est devenue un article de foi, un dogme creux, qui empêche toute analyse sérieuse, scientifique du rapport de force ».

Bravo à cet opposant courageux qui ne devrait pas tarder à être éjecté puisque plus dans la ligne économiste et déjà étiqueté « moderniste ».

RETROUVONS NOTRE BON VIEUX LENINE

Lénine défend la position du « défaitisme révolutionnaire », c a d qu'il faut souhaiter la défaite de sa propre bourgeoisie. C'est nouveau et choquant pour les patriotes socialistes ! Et il ajoute malgré tout que désirer et œuvrer pour la défaite de son propre gouvernement ne veut pas dire pour autant souhaiter la victoire du gouvernement adverse (l’Allemagne contre la France, par exemple, comme le souhaita ce pauvre Engels). Hors de question alors pour les révolutionnaires de faire sauter des ponts ou de contribuer militairement à la victoire de l’armée ennemie. Mais au contraire encourager la fraternisation entre les soldats ennemis dans les tranchées ou déclencher des grèves dans les secteurs stratégiques de l’économie. Ainsi, toute tactique révolutionnaire de lutte antimilitariste n’a de sens et ne peut être efficace que si elle contribue à la défaite de son propre gouvernement et de sa propre bourgeoisie. En espérant qu'en face ils fassent pareil.

Cette position n’était en réalité qu’un rappel des positions de principe du mouvement socialiste d’avant la guerre. Appeler à la grève générale insurrectionnelle, voter contre les crédits de guerre, provoquer la fraternisation des soldats, etc., étaient autant de mesures à la portée des principales organisations socialistes européennes qui auraient précipité les événements et facilité la transformation de la guerre mondiale en une guerre civile révolutionnaire entre les classes.

C’est dans cet esprit que Lénine ne cesse de revendiquer le manifeste de Bâle de 1912 de l’Internationale dans sa brochure « Le socialisme et la guerre ». Il rappelle l’exemple de la Commune de 1871 et la révolution russe de 1905 comme des conflits internationaux (la guerre franco-prussienne et la guerre russo-japonaise) qui se sont transformés en guerres civiles, c’est-à-dire en révolutions qui ont renversé par la violence le pouvoir politique des classes dominantes.

La guerre avait dégradé considérablement les conditions de vie et de travail des classes populaires européennes. En France, les ouvriers sont remplacés dans les usines par des femmes et des enfants qui, pour le socialiste Millerand, « n’ont pas de droits ». Il n’y a effectivement plus de droits syndicaux : les réunions syndicales sont à peine tolérées, La période de guerre supprime tous les acquis sociaux.

Contre les acquis du mouvement ouvrier de 1848 les journées de travail peuvent maintenant aller jusqu’à douze heures consécutives et les patrons se concertent sur une baisse générale des salaires. L’Union sacrée avait provoqué une baisse considérable du nombre de grèves. Il faudra attendre l’année 1916 pour qu'elles recommencent. Cependant, pour Lénine, la lutte de classes ne devait pas s’arrêter au seuil des intérêts « nationaux », ni devant aucune considération « patriotique », ni pour de simples questions économiques. La défaite militaire de son propre gouvernement affaiblit l’Etat, aide à libérer le prolétariat de son influence idéologique et rend la transformation de la guerre en guerre civile plus facile. Pour le prolétariat, la défaite de son propre gouvernement est donc gage d'insurrection, enfin était car la bourgeoisie est devenue très forte depuis 1945. Une défaite et éjection de Poutine ne risque d'entrainer la révolution, et, en Ukraine la victoire sera aussi moche que la défaite russe.

Si la défaite est exclue comme mot d’ordre d’agitation, que peut alors le prolétariat ? Comment ne pas le réduire à la passivité au milieu du conflit ? Il ne revient pas au prolétariat de dicter les termes de la paix, du désarmement, des futures frontières après la signature d’accords de paix.

Rosa Luxemburg vient s'opposer à Lénine avec des conceptions caduques. À partir de l’exemple de la Commune de Paris de 1871 ou des Jacobins français, Rosa défendit que la seule politique responsable à défendre par les sociaux-démocrates était la « défense de la patrie » par le peuple en armes et non par l’armée permanente dirigée par les classes dominantes. Elle reprochait au au futur parti bolchevique d’avoir « abandonné » la perspective d’une défense de la patrie face à une guerre impérialiste dont le but principal serait la conquête. Cela ne constituerait pas un ralliement politique à la bourgeoisie, mais une entreprise révolutionnaire de renversement de la bourgeoisie à travers l’armement de la population, en dehors de l’armée permanente comme détachement séparé d’hommes armés.

Lénine, invoquant le caractère fondamentalement différent de la guerre impérialiste par rapport aux guerres passées, répond à Rosa en 1916 avec ce texte « À propos de la brochure de Junius ». Aux guerres féodales et dynastiques des classes dominantes, on pouvait opposer les guerres révolutionnaires autour d’un programme démocratique bourgeois, de libération nationale ou de défense de la patrie. Or, l’impérialisme a effacé ces distinctions, puisque quelle que soit la forme de l’Etat bourgeois (l’Empire, le Royaume ou la République démocratique), toute victoire de celui-ci ne peut être que réactionnaire pour le prolétariat.

On ne peut donc pas opposer la « défense de la patrie » au « défaitisme révolutionnaire » car il n’y a pas de patrie à défendre, seulement un Etat bourgeois imbriqué profondément dans la chaîne impérialiste mondiale. Ainsi, la « capacité d’action des masses prolétariennes dans leur lutte contre l’impérialisme » que Rosa revendiquait n’était qu’un vœu pieux ne s'inscrivant pas dans la perspective de la défaite de son propre gouvernement comme moindre mal.

L’erreur de Rosa était alors de se placer toujours dans le schéma qui avait existé de 1793 jusqu’en 1871, celui où la « défense de la patrie », dans la continuation des luttes de libération nationale ou de l’exemple de la Commune de Paris, qui pouvaient avoir un caractère progressiste et potentiellement révolutionnaire. Mais ne l'ont pas eu.

La misère économique en Russie du fait de la guerre accrut la conscience de classe, ce qui n'est pas du tout apparu des deux côtés du conflit en Ukraine ! Le mécontentement se faisait sentir au front à travers des désertions par milliers et dans les usines par de nombreuses grèves face à une guerre qui durait au-delà de ce qui avait été envisagé par les classes dominantes. Les défaites militaires et la misère dans les villes avaient créé une situation au bord de l’explosion sociale, où chaque grève et chaque manifestation risquait de tourner en conflit ouvert. Lorsque les femmes ouvrières de Petrograd ont fait grève le 24 février 1917, déclenchant la première révolution russe, le temps était venu pour le mouvement révolutionnaire et ses partis de transformer la guerre mondiale en guerre civile maximaliste.

Dans les manifestations, le slogan « Du pain ! » a très vite été systématiquement accompagné par « À bas la guerre ! ». Selon les propos d’un soldat rapportés par Trotsky dans son Histoire de la révolution russe. Ces slogans n'étaient pas révolutionnaires en tant que tels. Ce qu’il fallait était la paix, la fin de la boucherie, le retour des soldats et le retour à la paix antérieure. Difficile dans la confusion du début de la guerre, c'est pourtant le travail politique effectué par les vrais socialistes opposants à la guerre, avec Lénine, qui parvint à insuffler de la haine de classe dans la démoralisation qui commençait à s’installer au sein de la population. En Russie, ce sentiment prit corps à travers les manifestations de masse qui allaient renverser une autocratie installée depuis des siècles.

Concrètement :

« Si le prolétariat se révèle impuissant à empêcher la guerre au moyen de la révolution --et elle est l'unique moyen d'empêcher la guerre--, les travailleurs, avec le peuple entier, devront participer à l'armée et à la guerre. Les mots d'ordre individualistes et anarchistes d'objection de conscience, résistance passive, désertion, sabotage, sont radicalement opposés aux méthodes de la révolution prolétarienne. [...] Il demeure un combattant, apprend à manier les armes, explique, même dans les tranchées, la signification de classe de la guerre, regroupe autour de lui les mécontents, les réunit dans des cellules, transmet les idées et les mots d'ordre du parti, suit attentivement les changements d'état d'esprit des masses, le reflux de la vague patriotique, la montée de l'indignation et, au moment critique, appelle les soldats à soutenir les ouvriers. »
En Ukraine et en Russie si les ouvriers ne soutiennent pas les soldats ce sera déjà un pas en avant. Mais la bourgeoisie mondiale sait ce qu'il faut faire pour continuer museler le prolétariat en particulier en augmentant les salaires, en arrêtant provisoirement les attaques économiques. La majorité de la bourgeoisie mondiale en a assez des conneries de Poutine et veut lui régler son compte avant l'hiver sinon son obstination va mettre le feu partout d'autant qu'on craint la venue du froid dans les pays où la classe ouvrière reste dangereuse.


NOTES 

1On peut toujours supputer un tir nucléaire « tactique », qui, non seulement dresserait la colère de la bourgeoisie du monde entier, mais serait contre-productif quant à la récupération de territoires réduits à une glaciation. La bombe nucléaire pour en terminer avec la guerre mondiale a été un scandale historique minimisé et jamais véritablement dénoncé comme une grande saloperie, because la sainte démocratie US... Poutine ne pourra pas être un deuxième Truman... grâce au souvenir de Hirsohima et Nagasaki, juste revanche de l'histoire mémorielle.

2Depuis le début de la guerre la classe ouvrière était enfermée dans une idéologie nationale, amère depuis la chute de l'URSS, et surtout par les diverses humiliations dûes à son approvisionnement ; comme me le disait cet été un diplomtAe : « par exemple , aprrès 91 en Turquie les prostituées furent longtemps des femmes russes « proies des muslims ». Sardine Ruisseau n'était pas née et s'en fiche, plus grave est la baffe d'un mari trompé.

3Poutine a été piégé dès le départ par l'impérialisme américain, qui n'en est pas à son premier coup d'essai. Zbigniew Brzezinski a avoué je cite : « Oui. Selon la version officielle de l’histoire, l’aide de la CIA aux moudjahidine a débuté courant 1980, c’est-à-dire après que l’armée soviétique eût envahi l’Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la réalité gardée secrète est tout autre : c’est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. Et ce jour-là j’ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu’à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques. » À rappeler aussi que le gouvernement de l'époque était prosoviétique et que le Président Taraki ne cessait de demander une aide russe que Moscou refusait jugeant que le nombre des conseillers militaires étaient suffisant. C’est à la considération de l’afflux de milliers de djihadistes au Pakistan grâce aux financements de la CIA et des Saoudiens et de leur entrainement à Peshawar par l’ISI pakistanais que l’idée au Kremlin d’une opération militaire limitée a fait son chemin. « Lorsque les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu’ils entendaient lutter contre une ingérence secrète des Etats-Unis en Afghanistan, personne ne les a crus. Pourtant il y avait un fond de vérité. Vous ne regrettez rien aujourd’hui ? Zbigniew Brzezinski : Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’attirer les Russes dans le piège Afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au président Carter, en substance : « Nous avons maintenant l’occasion de donner à l’URSS sa guerre du Vietnam. » De fait, Moscou a dû mener pendant presque dix ans une guerre insupportable pour le régime, un conflit qui a entraîné la démoralisation et finalement l’éclatement de l’empire soviétique. A la question d'un journaliste de l'OBS - Vous ne regrettez pas non plus d’avoir favorisé l’intégrisme islamiste, d’avoir donné des armes, des conseils à de futurs terroristes ? Zbigniew Brzezinski : Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités islamistes où la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ?

4Boris Nadezhdin, ancien député à la Douma d'Etat, une des chambres de l'Assemblée Russe, a tenu des propos peu optimistes à la télévision : “Nous en sommes au point où nous devons comprendre qu’il est absolument impossible de vaincre l’Ukraine, en usant des ressources actuelles et des méthodes de guerre coloniale que la Russie utilise, en se servant de conscrits, de mercenaires, sans mobilisation..."