"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 15 mars 2021

Rompre avec le messianisme



Destinée ou mission ?

               (bonnes feuilles de mon prochain livre)


En 1928, l'instituteur socialiste devenu communiste oppositionnel, Fernand Loriot décrit une situation de la classe ouvrière quelque peu améliorée comparée à ce qu'elle vivait au 19ème siècle, quoiqu'il soit encore question d'une mission : « Le prolétariat est une classe nettement caractéristique et distincte des autres classes sociales. Ses intérêts ne se confondent pas avec ceux de la bourgeoisie capitaliste. La co-existence de ces deux classes est incompatible avec l'évolution des sociétés modernes. Il appartient au prolétariat d'accomplir la Révolution qui marquera la chute définitive de la domination capitaliste. Qu'on ne s'imagine pas que, en rappelant cela, je ne fais qu'énoncer des truismes sur lesquels l'accord des ouvriers soit à peu près général. A cet égard, le dernier manifeste de la C.G.T. est des plus caractéristiques. Les mots classe, prolétariat, n'y figurent nulle part, sans qu'il soit possible d'y voir une omission involontaire. Il n'est plus question que du monde du travail, dans lequel se confondent indistinctement les ouvriers et les patrons, les exploités et leurs exploiteurs. Ce n'est pas pour la défense des intérêts prolétariens que s'exerce l'action ouvrière, mais pour la sauvegarde des intérêts de la collectivité. Cette substitution de l'intérêt général à l'intérêt de classe a pour corollaire la collaboration pacifique des classes, c'est-à-dire l'asservissement du syndicalisme au capitalisme.(...) il n'est pas inutile de rappeler en quelques mots ce qu'est le prolétariat et quelle est sa mission historique (…) Certes, si l'on s'en tient aux apparences, le niveau de vie des masses semble s'être élevé. L'ouvrier d'aujourd'hui se nourrit et s'habille mieux que l'ouvrier d'autrefois; encore cet avantage n'est-il marqué que pour certaines catégories d'ouvriers des grands centres. Il a plus de vacances, plus de distractions. Cependant, sa part des richesses sociales qu'il produit diminue progressivement, comme aussi sa capacité d'achat. La journée de travail est moins longue, mais les conditions de travail s'aggravent sans cesse, ruinant plus vite et plus sûrement l'organisme humain que ne le faisait autrefois la journée de douze heures. La rationalisation ne porte pas seulement en elle l'asservissement physique, c'est moralement et intellectuellement qu'elle agit sur l'homme en assimilant celui-ci à la machine »1.

Dix ans plus tard en 1938, le tapissier Julien Coffinet, qui a bourlingué de la CGT au cercle Spartacus de René Lefeuvre, écrit dans la revue REVISION qu'il est d'accord avec ce constat somme toute devenu traditionnel de la guerre à nos jours – une destinée dominée par l'exploitation - mais il ne croit plus vraiment à une mission du prolétariat :

« C'est Marx qui a donné vie à la conception d'une mission du prolétariat, conception un peu mystique mais à laquelle il sut attacher une application rationnelle qui parut longtemps incontestable. La société actuelle étant divisée en deux classes principales, violemment opposées, la bourgeoisie et le prolétariat, le développement de la première a pour résultat l'augmentation du nombre et de la cohésion des prolétaires. (…) La classe ouvrière se révèle non comme l'héritière culturelle du passé et l'accoucheuse de l'avenir, mais comme l'appendice manuel d'une société dégénérescente et condamnée avec elle. Sa « mission » disparaît, et il ne peut rester d'espoir que dans l'éternel besoin instinctif de justice, d'égalité et de vérité que seront seuls à représenter les non-conformistes de toutes origines, soumettant la décourageante et complexe situation actuelle à l'imparable critique de l'esprit objectif, pour préparer l'avenir, en attendant les catastrophes inévitables »2.

LE SOCIALISME ET SON SUCCESSEUR LE COMMUNISME N'AURAIENT-ILS ETE QU'UNE NOUVELLE RELIGION ?

A la fois révolte terre à terre et espoir messianique ? Deux guerres mondiales, la Shoah, Hiroshima et tant de massacres depuis dans de nombreuses guerres locales. La barbarie cyclique aurait-elle définitivement enterré le socialisme et ses variétés communistes, tant du marxisme à échelle humaine que celui, cynique, du petit père des peuples ? Tant de marxismes se sont succédés.

Les marxismes n'eurent-ils pas tous en commun cet aboutissement eschatologique le paradis communiste, nouvelle terre promise, nirvana enfin atteint ou rédemption universelle rachetant toutes les horreurs d'un capitalisme bicentenaire et deux fois décadent ?

Le philosophe allemand Nietzsche fait mourir dieu en 18823. Doit-on en déduire que son remplaçant supposé par quelques-uns des marxismes, le prolétariat, lui est mort en 1940 ?

Le professeur Henri Desroche, écrivant pour l'Encyclopédia Universalis, qui a pourtant été remplacée par Wikipédia, et sous la rubrique « communismes religieux » (au pluriel) estime que le terme « communisme » n'a été forgé que tardivement en France, vers les années 1840, c'est rétrospectivement qu'on a conféré l'appellation « communisme religieux » à une série de phénomènes qui se sont présentés sous d'autres noms, mais qui se trouvent avoir été groupés en raison du trait qui les caractérise tous : la vie et le travail en commun, dans un régime de propriété commune des biens.

Si cette communauté de vie et de travail distingue le « communisme » ainsi pratiqué, son caractère « religieux » relève de modèles divers. La plupart du temps, il s'agit d'une ressemblance entre ces expériences et l'expérience de la vie religieuse cénobitique. Etienne Cabet dans son Voyage en Icarie, fait de cette ressemblance l'origine de la vocation de son héros, Icar le charretier : « Ce fut en conduisant sa voiture dans un vaste monastère qu'il eut la première pensée que tous les habitants d'un pays pourraient travailler et vivre en commun. » (…) D'autre part, cette religion n'entend pas seulement animer une microsociété en modèle réduit ou exceptionnelle, mais elle prétend envahir, dominer et organiser la société tout entière. Il s'agit alors non plus de petits royaumes de Dieu à loger comme des projets marginaux dans les interstices d'une société globale, mais d'une transformation de l'ensemble de la société en un royaume de Dieu devenu communautaire, « communioniste » ou communiste.

Je revendique avec toute ma conscience de me réclamer uniquement de Spartacus et de Marx.


IL Y AURAIT EU UN COMMUNISME CHRETIEN


L'histoire préchrétienne nous a laissé quelques expériences de communisme religieux : l'histoire juive, avec la tradition des Réchabites et, surtout, l'organisation essénienne ; l'histoire grecque, avec les utopies communisantes imaginées par Platon, avec les expériences pratiquées par les pythagoriciens et, beaucoup plus tard, par les plotiniens (Platonopolis) ; l'histoire indienne avec l'institution bouddhiste du sangha, ce proto-monachisme.

Dans l'histoire de la culture occidentale, l'organisation de la première communauté chrétienne de Jérusalem cristallise cette tradition que nous livrent deux fragments des Actes des Apôtres promis à tant de commentaires : « Tous ceux qui croyaient vivaient ensemble et ils avaient tout en commun » (Actes, II, 44). « La multitude des fidèles n'avait qu'un cœur et qu'une âme ; nul n'appelait sien ce qu'il possédait, mais tout était commun entre eux » (Actes, IV, 32).

Bien que les détails de cette expérience demeurent très peu connus, elle n'en exercera pas moins une extraordinaire influence. Non seulement ces deux versets seront évoqués comme la règle d'or de la vie religieuse parfaite préconisée par les différents monachismes, mais l'expérience elle-même est invoquée par les nombreuses dissidences, contestataires des Églises, qui protestent contre les situations établies. Beaucoup plus tard, les socialismes utopiques s'y référeront en assimilant du reste l'expérience essénienne à l'expérience chrétienne primitive. E. Troeltsch (Sozial Lehre), évitant aussi bien de maximiser que de minimiser cette expérience chrétienne primitive, restitue avec pertinence son « communisme », le « communisme de l'amour » : « Ce fut un communisme composé seulement de consommateurs, un communisme fondé sur le postulat que les membres continueraient à gagner leur vie par l'entreprise privée afin de se rendre capables de pratiquer générosité et sacrifice» Une interprétation semblable avait été proposée par K. Kautsky.

On n'en finirait pas de citer les imposants travaux d'Henri Desroche – que j'avais republié naguère en feuilleton dans la version papier de PU - qui, en quelque sorte, démontre brillamment que le communisme, dans son « étiologie » ou comme repoussoir des puissants, aurait été présent à toutes les époques de l'histoire de l'humanité.

À chaque siècle, ou à peu près, ajoute notre intarissable H. Desroche, on voit apparaître des courants que l'on reconnaîtra rétrospectivement comme des courants du communisme religieux. Au XIIIe siècle, dans les montagnes du Piémont, des franciscains dissidents se joignent à des insurrections ou à des maquis. G. Segharelli, puis Fra Dolcino et les apostoliques en sont les principales figures, et K. Kautsky, dans ses Vorlaüfer, les saluera comme « le premier mouvement communiste d'Occident ». D'autres prendront la suite et formeront les vagues des Pauperes Christi, évoqués par E. Werner.

Au XIVe siècle, c'est en Angleterre le soulèvement travailliste de 1381, jumelé plus ou moins avec le mouvement des lollards, animé par Wyclif, élaborant une théologie de l'expropriation du pécheur, c'est-à-dire du propriétaire indigne.

Au XVe siècle, c'est le soulèvement hussite en Europe centrale, suivi de ses différenciations : d'une part, le mouvement militaire des taborites ; d'autre part, le mouvement pacifiste de l'Unitas fratrum, tous deux axés sur l'instauration de communes chrétiennes collectivisantes.

Au XVIe siècle, enfin, c'est le soulèvement des paysans allemands contre l'alliance des noblesses luthérienne et catholique ; une interprétation chiliaste de communisme religieux est proposée à ce soulèvement par Thomas Münzer. Malgré son écrasement en 1525, il y aura d'une part le sursaut militaire de l'anabaptisme à Münster, avec son organisation d'un communisme religieux d'insurrection ; d'autre part l'anabaptisme pacifiste qui suscitera, à partir des frères suisses de Zurich, le courant maintenant quatre fois centenaire des communautés huttériennes.

La révolution anglaise et l'immigration nord-américaine connaîtront d'autres phénomènes semblables, mais ceux-ci se placent déjà au niveau des utopies pratiquées. En revanche, la confession orthodoxe à travers le schisme du raskol et sa résistance à l'occidentalisation connaîtra maintes péripéties de communisme religieux.

En 1882, Engels rédige un long texte – Bruno Bauer et le christianisme primitif – où il démontre pourquoi le christianisme est devenu la principale religion, parce qu'il s'est placé justement au plan universel en dépassant tous les particularismes :

« Dans toutes les religions antérieures, les cérémonies étaient l’essentiel. Ce n’est qu’en participant aux sacrifices et aux processions, en Orient en outre en observant les prescriptions les plus détaillées concernant le régime alimentaire et la pureté, que l’on pouvait manifester son appartenance. Tandis que Rome et la Grèce étaient tolérantes sous ce rapport, régnait en Orient une frénésie d’interdictions religieuses qui n’a pas peu contribué au déclin final. Des gens appartenant à deux religions différentes (Egyptiens, Perses, juifs, Chaldéens) ne pouvaient manger ni boire ensemble, ni accomplir en commun aucun acte quotidien, à peine pouvaient-ils se parler. Cette ségrégation des hommes est une des grandes causes de la disparition de l’ancien monde oriental. Le christianisme ignorait ces cérémonies, qui consacraient une ségrégation, comme il ignorait même les sacrifices et les cortèges du monde classique. En rejetant ainsi toutes les religions nationales et le cérémonial qui leur est commun, en s’adressant à tous les peuples sans distinction, il devenait lui-même la première religion universelle possible. Le judaïsme aussi, avec son nouveau dieu universel, avait fait un pas vers la religion universelle ; mais les fils d’Israël demeuraient toujours une aristocratie parmi les croyants et les circoncis ; et il fallut d’abord que le christianisme lui-même se débarrassât de l’idée de la prééminence des chrétiens d’origine juive (qui domine encore dans l’Apocalypse de saint Jean) avant de pouvoir devenir réellement une religion universelle. D’autre part, l’Islam, en conservant son cérémonial spécifiquement oriental a limité lui-même son aire d’extension à l’Orient et à l’Afrique du Nord conquise et repeuplée par les Bédouins arabes : là il a pu devenir la religion dominante, en Occident il n’y a pas réussi ».

Et Engels ajoute dans un autre texte :

« Le christianisme s'est emparé des masses comme le fait le socialisme aujourd'hui sous la forme de sectes multiples... En premier lieu, des sectes et encore des sectes ». Comparant christianisme et socialisme primitifs, il analysait : « Les deux grands mouvements ne sont pas faits par des chefs et des prophètes – bien que les prophètes ne manquent ni chez l'un ni chez l'autre – ce sont des mouvements de masses. Et tout mouvement de masses est au début nécessairement confus... Cette confusion se manifeste dans la formation de nombreuses sectes qui se combattent entre elles avec autant d'acharnement qu'elles combattent l'ennemi commun du dehors »4.

Engels se livre parfois à des amplifications proprement spéculatives :

« Pour Münzer, le Royaume de Dieu n'était pas autre chose qu'une société où il n'y aurait plus aucune différence de classes, aucune propriété privée, aucun pouvoir d'Etat autonome s'opposant aux membres de la société... De même que la théologie de Münzer frisait l'athéisme, son programme politique frisait le communisme »5.

Engels ne craint pas de violer le déterninisme économique marxiste avec un tel prophétisme qui n'est qu'une anticipation subjective donc inapproprié surtout après avoir écrit dans ce même texte de 1850 : « C'est le pire qui puisse arriver au chef d'un parti extrême que d'être obligé d'assumer le pouvoir à une époque où le mouvement n'est pas encore mûr pour la domination de la classe qu'il représente et pour l'application des mesures qu'exige la domination de cette classe »6. 


Quid du communisme religieux avec les socialismes utopiques ?


L'Allemagne, au début du XIXe siècle, connaît aussi une telle fermentation : « en dépit de toutes les persécutions, certaines sectes chrétiennes s'étaient maintenues en Allemagne [...] où elles enseignaient un communisme primitif conforme à l'esprit des premiers chrétiens »... (Menchen-Helfen et Nicolaïewski). W. Weitling, le fondateur, selon Karl Marx, du communisme européen, fut directement influencé par cette fermentation : son socialisme utopique et insurrectionnel finira par déboucher sur une expérience communautaire au Nouveau Monde : Communia. Robert Owen avait étudié et approché shakers et rappites et sa dernière communauté anglaise, Queenwood, était sinon religieuse du moins millénariste. Trait commun d'ailleurs de tout cet ensemble socialiste utopique ; s'il conteste la société dominante, il contestera conjointement la religion dominante, et cette double contestation le conduit à fomenter un royaume de Dieu, un « millénium » qui liquiderait l'organisation dominante de la politique, de l'économie et du culte, Saint-Simon, dans son Nouveau Christianisme, en appellera à la réalisation de l'époque « messiaque » identifiée par lui à l'application d'un principe « qui appartient au christianisme primitif ».

Pour Saint Simon il n'y a pas de miracle, toute religion est ou a été le système d'une société à un moment donné, religion de relève pour une société montante ou caduque si cette société était devenue sénescente7 Babeuf lui-même avait exalté son projet : « C'est là et là seulement la seule réédification de Jérusalem. » Fourier se présente comme « prophète postcurseur » et le fouriérisme américain, dans ses nombreuses expériences de phalanges, s'unit avec le christianisme « unitarien », puis « transcendantaliste ». Cabet voit dans le communisme le « vrai christianisme ». Moses, maître en communisme de Marx et Engels, apercevait ce communisme, au débouché d'une Histoire sainte de l'humanité (1837), au terme de laquelle « la nouvelle Jérusalem sera fondée au cœur de l'Europe »...

L'utopie a été une sorte de transition entre l'imaginaire religieux des siècles passés et l'apparition de la théorie du prolétariat, rapide et cohérente, d'une manière accélérée par l'industrialisation. Il faudra bien reconnaître un jour que c'est l'effondrement du stalinisme qui a accéléré dans le monde le retour du religieux, même si la lente érosion de ce « marxisme totalitaire » avait déjà renvoyé une masse de l'élite bourgeoise à leurs multiples conceptions idéalistes, religieuses et libérales ou les trois en même temps. Chacun s'est entiché d'une revisitation de l'histoire, et de l'histoire des religions surtout, pour inventer ou se réfugier dans un Marx utopiste, à commencer par Rubel qui nous avait sorti du chapeau un « Marx anarchiste ». Ernst Bloch, comme la plupart de ses collègues de l'Ecole sociologique de Francfort, a été en pointe pour évicérer Marx de tout objectif politique sérieux.

Comment situez-vous Hannah Arendt ? J.M. : Elle s’est opposée au groupe des Ex-communistes auto-proclamés « experts en totalitarisme » qu’elle prenait soin de distinguer des « Anciens communistes », elle n’appréciait guère Adorno et n’avait aucune raison de s’intéresser à l’École de Francfort ou aux Francfortiens en exil, grands critiques de la modernité et étrangement muets sur le stalinisme (Marcuse est à part mais symptomatiquement son livre sur le marxisme soviétique n’est pas ce que l’on retiendra de lui). Sa pensée se situe à mille lieues de la méthodologie du modèle, si elle avait été impressionnée par la soviétologie, cela se saurait su.

Comme l'a résumé justement un professeur d'université : « Il n'y a guère chez Marx, d'usage théorique du concept d'utopie, c'est cependant à un usage utopique des concepts théoriques de Marx que nous confie Bloch »8. Avant d'examiner les diverses spéculations des marxismes trotskistes, néo-staliniens et dits « communisme critique », on va simplement fournir par avance à tout ce beau monde la réponse de quelqu'un qui a fait partie d'un courant autrement plus sérieux de défense du marxisme que tous les petits marxistes universitaires de la rive gauche, le bordiguisme. Si Marx se fiche au fond de l'utopie comme de la religion, et s'il caractérise comme secte socialiste c'est pour souligner son caractère prè-scientifique et pour noter que des révoltes ont été aussi orientées vers des chimères d'un autre temps auxquelles les gargouilles de l'avenir ne sont pas obligées de s'identifier. Ce que Dangeville, même avec son parti communiste virtuel planant au-dessus des siècles, a mis en évidence en 1976 nous semble encore valable.

LA REPONSE DE ROGER DANGEVILLE

Les Münzer et Babeuf ont surgi avant les utopistes classiques. Cependant leur vision du communisme a quelque chose de plus plein, voire de supérieur à celui des Fourier, Saint-Simon et Owen, car la société bourgeoise ne faisait pas encore écran devant eux et leur but. Elle était peut-être plus fruste et naïve, mais pour cela plus directe et spontanée, d'un seul jet. Elle ne s'embarrassait ni de descriptions ni de justifications. Leur foi et leur instinct, solides et inébranlables, leurs donnaient des certitudes qu'aucun système fantastique de l'utopisme ne pourra jamais créer. Ils avaient l'avantage d'être corps et âme dans la lutte directe pour la destruction des sociétés de classe, source de paupérisme. Ce n'est pas que les Fourier, Saint-Simon et Owen puissent être qualifiés de communistes des temps de paix sociale - celle-ci existe-t-elle jamais sous le capitalisme ? Ce qui trouble leur communisme, c'est qu'ils surchargent de leurs systèmes rationnels et de leurs modèles abstraits de la société future les simples intuitions de la foi révolutionnaire (qui a une solide base matérielle) - et sur ce point ils sont quelque peu en retrait sur les premiers.

L'utopisme classique des Fourier et Saint-Simon par rapport au communisme de Babeuf représente en quelque sorte le petit pas en arrière qu'il faut effectuer en apparence pour taire un nouveau saut qualitatif en avant et préparer le marxisme. Les grands utopistes ont repris les germes de communisme des premiers combattants du communisme dans la révolution anti-féodale, et ont assuré, en outre, une première critique corrosive des conditions de vie de la société bourgeoise qui, dans la succession des formes sociales de production, précède immédiatement le socialisme.

Le « parti communiste réellement agissant », au feu de la révolution antiféodale, ne se fixait plus comme but la restauration du communisme primitif, comme les systèmes utopiques réactionnaires cités dans le Manifeste. Il avait le mérite historique d'anticiper directement le communisme supérieur, comme il ressort par exemple du texte d'Engels sur La Guerre des paysans (1525) lorsqu'il expose les idées de Münzer. La sympathie du marxisme va toujours en premier à ceux des siens qui se battent les armes à la main, leur communisme est peut-être plus instinctif et grossier, mais il n'en est que plus réel.

Mais Dangeville ne s'est pas penché sur le retour ou plutôt la continuité des religions. Marx avait déjà remarqué que la modernisation de la vie culturelle des masses ne suffisait pas à évacuer leurs mythes religieux, voire au contraire pouvait en produire de supplémentaires, sans compter les fake news :

« On croyait jusqu'à présent que la formation des mythes chrétiens sous l'Empire romain n'avait été possible que arce que l'imprimerie n'était pas encore inventée. C'est tout le contraire, la presse quotidienne et les télégraphes qui répandent leurs inventions en un clin d'oeil dans tout l'univers fabriquent en un jour plus de mythes qu'autrefois en un siècle »9.

Henri Desroche a grandement raison, si on observe de nos jours les concessions de la gauche électorale bourgeoise à l'islamisme, de remarquer la limite de la comparaison entre religion et communisme à une époque où la tâche de Marx et Engels de leur vivant aura été bien davantage de pourchasser les formes de collusion entre le communisme et toute conception (religieuse) qui en aurait été l'affabulation, communisme chritianisant, aussi bien que christianisme communisant ; comme ils auraient dénigré le phénomène du curé-guérillero en Amérique latine dans les sixties.

Le Manifeste de 1848 ne versait pas dans l'exégèse et rejetait un messianisme suspect : « Rien n'est plus facile que de donner une teinture de socialisme à l'ascétisme chrétien. Le christianisme ne s'est-il pas élevé lui aussi contre la propriété privée, le mariage, l'Etat ? Et à leur place n'a-t-il pas prêché la charité et la mendicité, le célibat et la mortification de la chair, la vie monastique et l'Eglise ? Le socialisme chrétien n'est que l'eau bénite avec laquelle le prêtre consacre le dépit de l'aristocratie ».

Ou encore dans le même texte, et cela vaut pour toutes les religions, car il ne peut y avoir de religion du prolétariat : « Les principes sociaux du christianisme sont des principes de cafard et le prolétariat est révolutionnaire ».

RELIGION OU POLITIQUE


A chaque époque son idéologie dominante. L'antiracisme, petit-fils de l'antifascisme, mais du même tonneau qui réduit la politique à une morale, révèle un ressenti irrationnel, domine largement les médias du monde actuel, avec le même sectarisme qu'au temps de la guerre froide et qui se traduit par la fossilisation de l'univers en deux camps, toujours cet oxymore le bien/le mal. Et l'époque se permet de juger le passé avec les ornières du présent. Ainsi le principal concurrent moderne de la bible et du coran, le Manifeste communiste et son appendice - La question juive - sont prémumés enterrés car racistes. Laissons les ignorants enterrer les incultes mais le texte de Marx, s'il se moque des juifs capitalistes n'est nullement antisémite et, même si parfois il contient des formules absconses, qui montrent surtout que Marx est encore un jeune philosophe bouillant et pas encore « marxiste », c'est à dire théoricien du prolétariat, que sa pensée est encore hégélienne, il démonte de façon impitoyable la pensée religieuse. Quelques citations suffiront ici aussi à ridiculiser nos nombreux inventeurs modernes d'un marxisme religieux, après avoir été pour nombre d'entre eux au service de la religion stalinienne.

« Dès que le Juif et le chrétien ne verront plus, dans leurs religions respectives, que divers degrés de développement de l'esprit humain, des « peaux de serpent » dépouillées par le serpent qu'est l'homme, ils ne se trouveront plus dans une opposition religieuse, mais dans un rapport purement critique, scientifique, humain. La science constitue alors leur unité. Or, des oppositions scientifiques se résolvent par la science elle-même ».

« Au Juif allemand, notamment, s'oppose le manque d'émancipation politique en général et le christianisme prononcé de l'État. Mais, dans le sens de Bauer, la question juive a une signification générale, indépen­dante des conditions spécifique­ment allemandes. Elle est la question des rapports de la religion et de l'État, de la contradiction entre la prévention religieuse et l'émanci­pa­tion politique. S'émanciper de la religion, voilà la condition que l'on pose aussi bien au Juif, qui demande son émancipation politique, qu'à l'État, qui doit émanciper et être lui-même émancipé ».

« En France, la liberté universelle n'est pas encore érigée en loi, et la question juive n'est pas résolue non plus, parce que la liberté légale - c'est-à-dire l'égalité de tous les citoyens - est restreinte dans la vie encore dominée et morcelée par les privilèges religieux, et parce que la liberté légale reflète cet asservissement de la vie dans la loi : elle contraint à sanctionner la distinction des citoyens naturellement libres en opprimés et oppresseurs»10.

« Retirez à la religion sa puissance exclusive, et elle n'existera plus ».

«Le point de vue de l'émancipation politique a-t-il le droit de demander au Juif la suppression du judaïsme, et à l'homme la suppression de toute religion ? ».

« Si, dans le pays de l'émancipation politique achevée, nous trouvons non seulement l'existence, mais l'existence fraîche et vigoureuse de la religion, la preuve est faite que l'existence de la religion ne s'oppose en rien à la perfection de l'État. Mais, comme l'existence de la religion est l'existence d'un manque, la source de ce manque ne peut être recherchée que dans l'essence même de l'État. Nous ne voyons plus, dans la religion, le fondement, mais le phénomène de la limitation laïque. C'est pourquoi nous expliquons l'embarras religieux des libres citoyens par leur embarras laïque. Nous ne prétendons nullement qu'ils doivent dépasser leur limitation religieuse, dès qu'ils abolissent leurs barrières laïques. Nous ne transformons pas les questions laïques en questions théologiques. Nous transformons les. questions théologiques en questions laïques. Après que l'histoire s'est assez longtemps résolue en superstition, nous résolvons la superstition en histoire ».

« S'émanciper politiquement de la religion, ce n'est pas s'émanciper d'une façon absolue et totale de la religion, parce que l'émancipation politique n'est pas le mode absolu et total de l'émancipation humaine ».

« La conscience religieuse se délecte dans la richesse de la contradiction religieuse et de la variété religieuse ».

UN PROPHETISME JUDEO-MARXISTE ou le juif errant du marxisme-léninisme

La confusion de la religion avec le marxisme ou le marxisme considéré comme issu de la religion est une idéologie qui a eu la vie dure chez des marxistes pas comme les autres, ou des croyants qui se croyaient marxistes. Sur le concept d’histoire, un marxiste religieux comme Walter Benjamin considérait en 1940 que le matérialisme historique ressemble à cet automate qui, jouant aux échecs, gagne à chaque coup. Un pantin actionné, en réalité, par un « nain bossu , maître dans l’art des échecs », dissimulé sous la table. Selon Benjamin, « la marionnette appelée « matérialisme historique » peut hardiment se mesurer à n’importe quel adversaire, si elle prend à son service la théologie, dont on sait qu’elle est aujourd’hui petite et laide, et qu’elle est de toute manière priée de ne pas de se faire voir ». Pour les intellectuels bourgeois cela renvoie au « messianisme marxiste » car le mouvement ouvrier a partie liée avec le christianisme de Saint Paul. Le Christ aurait été un personnage manipulé par Saint Paul pour faire croire que tout était possible sur terre. Pour Benjamin l’arrivée des temps messianiques pourrait être accélérée par l’action révolutionnaire. Or les marxistes révolutionnaires sont tout sauf mystiques. Au moment de la chute du mur de Berlin, il y a quelques années, sur une chaîne de télévision la diva médiatique Attali déclarait que la politique mondiale procédait plus de Shakespeare que du marxisme. Pour les élites bourgeoises la possibilité de renversement du capitalisme reste une utopie, le « mythe du salut prolétarien», malgré sa longue marche triomphale au XXe siècle était encore moribonde et qu'une génération entière ne suffirait pas à ranimer le mort, au moment où toute la bourgeoisie mondiale républicaine et mafieuse commémore la chute du mur de Berlin vingt ans après comme si celle-ci était un triomphe définitif contre toute alternative politique « communiste ». La société serait en mesure désormais d’apprendre à vivre avec « le réel » : la pérennité de la division en classes, le règne de l’argent, les guerres permanentes et l’exploitation inévitable de l’homme par l’homme.

Dans les années 1960, en Italie, il n'était pas courant de comparer des religions d'origines historiques et géographiques différentes, ni communément admis de voir en elles un chemin vers la liberté. Et cela en vertu des positions intellectuelles des deux camps qui dominaient alors le débat culturel italien, dans un climat politique dicté par les macro-alliances de la guerre froide : le bloc marxiste et le bloc catholique. Pour résumer cette situation complexe sur laquelle il n'est pas utile de s'étendre ici, on peut dire que, dans la culture catholique, le salut concernait avant tout l'âme et l'au-delà de l'imaginaire chrétien. Dans la culture marxiste, en revanche, la liberté passait précisément par le dépassement de la dimension irrationnelle et mythologique des religions : s'y attarder ne pouvait qu'engendrer un retard inutile sur un chemin qui avait désormais révélé, dans le cadre d'une soi-disant sécularisation de l'Occident, le destin entièrement humain du monde et de la vie. D'une façon encore plus simple et schématique, l'on pourrait dire que, pour les catholiques, la version sécularisée du salut était un détournement du telos occidental ; pour les marxistes, elle représentait au contraire une évolution et un accomplissement. Tous deux partageaient toutefois l'idée de l'unicum du parcours historique de l'Occident.

Il y a un lien entre le puritanisme, le missionarisme, le trotskisme, le néo-conservatisme, différents visages de cette passion occidentale pour la guerre.

Suivons maintenant Alexandre Zévaès11 qui fait remonter le messianisme communiste au christianisme.

(...)


NOTES

1Paru dans " La Révolution prolétarienne " nº55 du 1er avril 1928

2Revue REVISION n°5, juillet 1938.

3In Le Gai savoir.

4D'après Rubel, cité en note par Henri Desroche, Marxisme et religions p.59 (ed PUF 1962).

5Cité p.91 de l'ouvrage de Henri Desroche.

7Il y voit un progrès, pas un dépassement par une rupture : « Messieurs, la condition des premiers chrétiens doit nous servir de modèle. CE que nous avons à faire, c'est de terminer ce qu'ils ont commencé », cité par Henri Desroche dans son introduction à la réédition du Nouveau Christianisme aux éditions du Seuil. L'oeuvre de Saint Simon contient de nombreuses formules qui soit ont été reformulées, avec le même souci par Marx et Engels, soit telles que : « Il s'agit de montrer ici que la classe la plus nombreuse, en un mot, que le peuple se compose aujourd'hui d'hommes qui n'ont plus besoin d'être soumis à une surveillance particulière, d'hommes dont l'intelligence est suffisamment développée et la capacité de prévoyance assez épanouie pour qu'il puisse sans inconvénient, s'établir un système d'organisation qui les admette comme sociétaires ». (ibid)

8Guy Bouchard, Marx, Bloch et l'utopie, érudit 1983.

9Lettre à Kugelmann du 27 juillet 1871, citée par Henri Desroche p.111.

10 La Question juive, p. 65.

11L'agitation communiste de 1840 à 1848 (Suite) (I) - Persée (persee.fr)

mercredi 3 mars 2021

POURQUOI JE NE M'ASSOCIERAI PAS AUX COMMEMORATIONS DE LA COMMUNE DE 1871


« Pour qu’une révolution sociale puisse triompher, deux conditions au moins sont nécessaires : des forces productives hautement développées et un prolétariat bien préparé. Mais en 1871 ces deux conditions faisaient défaut. Le capitalisme français était encore peu développé et la France était surtout un pays de petite bourgeoisie (artisans, paysans, boutiquiers, etc.). Par ailleurs, il n’existait pas de parti ouvrier ; la classe ouvrière n’avait ni préparation ni long entraînement et dans sa masse, elle n’avait même pas une idée très claire de ses tâches et des moyens de les réaliser. Il n’y avait ni sérieuse organisation politique du prolétariat, ni syndicats ou associations coopératives de masse…Mais ce qui manqua surtout à la Commune, c’est le temps, la possibilité de s’orienter et d’aborder la réalisation de son programme. Elle n’avait pas encore eu le temps de se mettre à l’oeuvre que le gouvernement de Versailles, soutenu par toute la bourgeoisie, engageait les hostilités contre Paris. La Commune dut, avant tout, songer à se défendre. Et jusqu’à la fin, survenue entre les 21 et 28 mai, elle n’eut pas le temps de penser sérieusement à autre chose ». Lénine (15 avril 1911)1

« Maintenant, c’en est fait du socialisme, et pour longtemps ! »le nabot sanguinaire Thiers

Suivi d'extraits de Cerises de sang

LA CATASTROPHE BOBO ET LES MOYENS DE LA CONJURER


  • A partir du 18 mars prochain et durant 72 jours, la mairie de Paris va organiser près de 50 événements pour célébrer les 150 ans de la Commune de Paris.

  • Un événement culturel aura notamment lieu au premier jour de la révolte, le 18 mars, dans le square Louise-Michel (18e), en présence d’Anne Hidalgo.

Les partis décatis à la rescousse :


« Beaucoup des valeurs que nous portons étaient celles de la Commune » dit Laurence Patrice (PCF), adjointe d’Anne Hidalgo chargée de la mémoire et du monde combattant, qui prépare les célébrations en grande pompe du 150e anniversaire, elle soutient que l’alliance rose-verte-rouge d’Anne Hidalgo se place en héritière des idées et valeurs de la Commune. « La Commune est une expérience de démocratie participative qui est un sujet dont on parle beaucoup et qui est une de nos préoccupations. Il y avait une grande modernité des sujets avec un aspect avant-gardiste. Notamment la place des femmes, la liberté d’aimer, l’amélioration des conditions de travail et de vie pour les plus modestes, l’accueil des étrangers… C’est d’actualité. Beaucoup des valeurs que nous portons aujourd’hui étaient au cœur de celles de la Commune. »

Fin janvier, les écologistes de la capitale ont demandé au gouvernement de reporter le classement du Sacré-cœur, comme « monument historique » car « construit avec le sang des Communards ». Ce voeu a été voté par les forces de gauche et ce « afin de ne pas heurter et respecter ainsi les commémorations liées à la Commune ». Quelques mois auparavant, le préfet d’Ile-de-France avait décidé d'inscrire la basilique au rang de monument historique à l'été 2021. Le gouvernement, par la voix de la ministre de la culture Roselyne Bachelot, s’en était même félicitée. Finalement, son classement ne devrait se faire qu'en 2022.

« On voit encore des dérives versaillaises au Conseil de Paris »2

Le best-off revient au petit prof Martelli, présumé historien ; cet ex membre du comité central du PCF en 1982, qui « rappelle », dans une tribune au « Monde », l’importance du « premier pouvoir » qui s’est appuyé sur des valeurs démocratiques et sociales « qui n’ont pas pris une ride » surtout au temps où il soutenait la « démocratie » stalinienne !3

Lénine avait bien résumé les quelques leçons de la Commune, et pas du point de vue aux allures subversives (et comiques troupières) qui sentent la naphtaline de la pensée conservatrice stalino-gaucho-libérale, totalement étrangère à l'esprit communard :

«  (…)  malgré la brièveté de son existence, la Commune réussit à prendre quelques mesures qui caractérisent suffisamment son véritable sens et ses buts. La Commune remplaça l’armée permanente, instrument aveugle des classes dominantes, par l’armement général du peuple ; elle proclama la séparation de l’Église et de l’État, supprima le budget des Cultes (c’est-à-dire l’entretien des curés par l’État), donna à l’instruction publique un caractère tout à fait laïque et par là même porta un coup sérieux aux gendarmes en soutane. Dans le domaine purement social, elle n’eut pas le temps de faire beaucoup de choses, mais le peu qu’elle fit montre avec suffisamment de clarté son caractère de gouvernement ouvrier, populaire : le travail de nuit dans les boulangeries fut interdit ; le système des amendes, ce vol légalisé des ouvriers, fut aboli ; enfin, la Commune rendit le fameux décret en vertu duquel toutes les fabriques, usines et ateliers abandonnés ou immobilisés par leurs propriétaires étaient remis aux associations ouvrières qui reprendraient la production. Et comme pour souligner son caractère de gouvernement authentiquement démocratique et prolétarien, la Commune décida que le traitement de tous les fonctionnaires de l’administration et du gouvernement ne devait pas dépasser le salaire normal d’un ouvrier et en aucun cas s’élever au-dessus de 6 000 francs par an » (ibid).

Mais Lénine a eu tort de dire « la Commune est éternelle ». Le terme est d'ordre religieux d'ailleurs, rien n'est éternel, surtout pas les révolutions qui ne sont que moments de passage. La défaite de la Commune a eu des conséquences plus lourde encore que le nombre pourtant effroyable des ouvriers et artisans parisiens et internationalistes étrangers massacrés, c'est ce que je démontrerai par après. Marx n'a pas pu tirer toutes les conséquences délétères de l'échec de la Commune au long terme, et Lénine également.

Pour l'instant, par contre, si on peut concéder un caractère à vocation éternelle, c'est bien celui des éternels fossoyeurs laudateurs faussaires d'une révolution mort-née. La Commune est bien morte, non parce qu'elle date de 150 années mais parce qu'elle est tout sauf une pensée commune avec les traficants bobos de la mairie de Paris, les anars ringards et cie. On remarquera que ces laudateurs hypocrites taisent les critiques du communard de base Elysée Reclus et aussi de Marx. Très critique dans un premier temps, il se sentait du côté allemand, Marx a analysé l'importance symbolique de l'expérience communarde, pour l'avenir du mouvement ouvrier, dans La guerre civile en France, qui est devenue une référence un bréviaire militant, servant à tous les réactionnaires de la gauche bourgeoise pour tenir sous le boisseau les critiques ultérieures sévères de Marx et du savant anarchiste Reclus . Sa postérité est longue : l'exposition montre comment, dans l'Allemagne de 1919, lors de la révolution succédant à la défaite, les journaux spartakistes se réclament de la Commune de Paris. Après 1945, le souvenir de la Commune est exalté en Allemagne de l'Est.

La référence à la Commune a été une constante évidente des bolcheviques aux spartakistes mais hélas l'est restée toujours chez les increvables anarchistes irresponsables et leurs compères staliniens, particulièrement comme couverture idéologique ambiguë dans les mouvements de résistance nationale française, les groupes de francs-tireurs et partisans de 39-45 se plaçant sous sa bannière pour justifier d'une libération nationale restauratrice de la bourgeoisie autochtone. Des tonnes d'ouvrages et d'articles déifient l'expérience communarde à la sauce de chaque faction bourgeoise : autogestionnaires libéraux, écolos bobos, staliniens rangés des voitures (les amis de la Commune), etc. Ce que résume bien le petit-fils de Marchais, Roger Martelli : « La Commune de Paris est un bien commun que la République se doit de célébrer ». On atteint le combre du ridicule avec l'assimilation des hétéroclites gilets jaunes comme Héritiers, par l'histrion historien Pierre Vesperini  présumé historien explosif, et l'abaissement de la révolution à une « urgence » sociale, comme loreque j'ai envie de faire pipi, selon une bureaucrate de LFI4.

Le seul ouvrage qui, rappelant essentiellement les critiques dures de Marx, dérange l'intelligentsia gauchiste est celui de Philippe Riviale dont j'ai déjà dit tout le bien : « Sur la Commune, cerises de sang »5.

FOIN DES SUPPUTATIONS DES DEMOCRATES RAMPANTS DE LA BOURGEOISIE

A l'heure où l'Eduque naze n'enseigne plus mais « informe » et déforme, ces couches d'histoire liophylisée et multiculturalisée à la mode racialiste, viennent renforcer la misère culturelle et politique de la jeunesse, qui n'a jamais été révolutionnaire en soi6. La jeunesse c'est comme le peuple, on leur fait dire ce qu'on veut, ce que veut la pensée dominante ; c'est pourquoi le sondage du Point se plaignant qu'une majorité de lycéens se prononcent contre la laïcité est du vent, on n'a aujourd'hui que la jeunesse que mérite une société individualiste et sans mémoire. Ce sondage est truqué comme les autres par la façon de poser la même question et le résultat permet une interprétation dans le sens des indignés islamo-gauchistes: une légère majorité des mômes seraient contre la laïcité. Ils ne connaissent déjà pas l'histoire et leur réflexion politico-religieuse reste celle de leurs parents. Le sondage est faussé parce que s'il confirme qu'une écrasante majorité d'élèves musulmans sont pour tolérer le mode de vie et de déguisement musulman, cela vérifie non "une évolution" (comme veut le faire croire Fassin) et confirmation que les vieux seraient ringards et "racistes", mais une ghettoïsation sentimentale et familiale. Les autres élèves, comme je le démontre dans l'encart, ne sont pas prêts à adouber les exhibitions musulmanes ni surtout leur morale étroite.

Je conseille aux jeunes, à l'esprit critique et méfiants face aux modes idéologiques, de profiter du confinement pour s'instruire eux-mêmes, et pour, comme nous en 68, se méfier des divers sachants, des professeurs d'histoire en général et des militants rabatteurs de l'islamo-gauchisme simpliste. Rien ne remplace l'effort de recherche personnelle et surtout sur la base de l'observation de la réalité sociale.

Je l'ai remarqué, c'est pourtant sur les sites classiques de l'Eduque naze qu'on peut lire des analyses historiques plus proches d'une certaine « objectivité historique » et qui laisse chacun prendre parti contrairement aux tonnes de merde du stalinisme, du trotskisme et de l'anarchisme.

À l’époque de la Commune, la France est encore à forte dominante rurale, 65% d’une population de plus de 38 millions. Paris compte environ 2 millions d’habitants, dont plus de 900 000 employés et ouvriers, 114 000 domestiques, 45 000 concierges. La composition « industrielle et commerciale » représente environ 70% de la population parisienne. Confronté à de sérieux problèmes de politique intérieure et à un mouvement ouvrier revendicatif, et en même temps piégé par Bismark, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Un mois et demi plus tard, l’empereur capitule à Sedan le 2 septembre.  Le Paris de 1871 n'est pas seulement une exception au milieu d'un pays encore principalement agraire, il est coincé dans les bagarres nationalistes européennes. Lors d'un discours prononcé à Metz, le 14 juillet 1946, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Winston Churchill se rappelle aussi sa visite, jeune garçon, à la statue de Strasbourg de la place de la Concorde. Cette dernière a été voilée de noir par les Parisiens dès le bombardement en août 1870. Elle est restée ainsi jusqu'à la veille de la guerre de 14-18.

À la permanence de la revanche nationale s'ajoute le malaise lié à l'interprétation de la Commune et de son écrasement. Le statut particulier de cette guerre (civile) devenue défensive - donc assimilable aux idéaux révolutionnaires - contre des États dynastiques est révélé par l'engagement des volontaires internationaux qui se sentent redevables envers la France et veulent lui apporter leur soutien. C'est le cas de volontaires américains, en souvenir de l'aide apportée par la France à l'indépendance américaine. C'est aussi le cas de volontaires grecs et de garibaldiens, combattant en mémoire de l'aide apportée par la France contre l'Empire ottoman ou contre l'Autriche, voire au nom d'une fraternité universelle. Au plan européen, les diplomates et politiques, notamment britanniques, s'inquiètent de la montée en puissance allemande. Avec l'unification, le centre de gravité de l'Europe s'est déplacé vers l'Est et c'est à Berlin qu'auront désormais lieu les grandes rencontres internationales.

LA DEFAITE DE LA COMMUNE A OUVERT LA VOIE A LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

Trois éléments viennent tuer définitivement les leçons de la Commune :

    - le génocide d'une partie de la population parisienne (voir les expos qui montrent l'ampleur des dégâts immobiliers considérables et le nombre des morts impressionnants de l'ordre de dizaine de milliers) a montré la puissance militaire et cynique de la bourgeoisie et miné le courage du prolétariat pour des décennies tout en lui montrant que la révolution ne peut gagner sur un plan militaire ;

  • dix ans après cette terreur joue la réconciliation : Après l'amnistie du 11 juillet 1880, la République réintègre des cadres, certains communards sont élus députés, favorisant le courant réformiste et syndicaliste du mouvement ouvier ;

  • la pensée patriotique est devenu dominante (l'Alsace et la Lorraine sont toujours occupées), l'internationalisme n'est pas la préoccupation majeure de la classe en France qui honore ses morts7 .

Enfin, deux moments viennent précipiter la marche à la guerre, la crise boulangiste et l'Affaire Dreyfus qui contribuent à fabriquer l'esprit d'union nationale qui triomphe avec le retour du service militaire de trois ans.

Le développement de l'industrie pose le problème – non crié sur les toits - des limites économiques du capitalisme et la lutte ouvrière s'englue dans la possibilité de réformes . Les ouvriers et les petits fonctionnaires multiplient leurs revendications Leur action est facilitée par leur adhésion aux Bourses du travail et à la CGTnée en 1895. Partisans du recours au sabotage (anarcho-syndicalisme) et à la grève générale pour obtenir satisfaction, les syndicalistes créent une agitation sociale de type utopique anarchiste. Si l'opposition conservatrice est réduite à l'impuissance, les socialistes (Guesde et Jaurès), qui se sont regroupés en un parti socialiste unifié en 1905 (SFIO), après le congrès de l'Internationale socialiste d'Amsterdam de 1904, rompent avec les radicaux. La rupture s'aggrave quand Clémenceau devenu président du Conseil (octobre 1906-juillet 1909), brise par la force les grèves ouvrières, celles des fonctionnaires et les manifestations des vignerons du Midi. Ajoutée à la division « socialiste » la lutte ouvrière, limitée par la vision syndicaliste et ouvriériste ne sera qu'une baudruche dégonflée au moment de la déclaration de guerre.

Ainsi, quarante années plus tard, chose que n'avait pu constater Marx, enterré à Highgate8 à Londres, on peut mesurer que c'est bien l'écrasement de la Commune qui avait complètement démoralisé le prolétariat et qui l'a rendu impuissant à fusiller les généraux criminels, aux ordres des ministres socialistes et de droite, qui l'envoyèrent au front .

De même c'est l'échec de l'internationalisation de la révolution russe qui a permis deux décennies plus tard l'éclosion de l'effroyable seconde boucherie mondiale.

Tout cela les laudateurs « communophiles » et « islamophiles » de la gauche et de l'extrême gauche bourgeoise ne vous en diront rien, eux qui veulent conserver le cadre du système capitaliste. Car il a du bon et des bonnes places.

La pandémie a du bon aussi, elle limitera considérablement le carnaval de deux mois de pitreries anarcho-hidalgesques!


Notes

2J'ai barré exprès l'outrecuidance des chefaillons politiques des bobos parisiens.

3La célébration ridicule des « ami(e)s de la Commune » Accueil (commune1871.org)

ces vieux croûtons staliniens, voiture-balai des veuves staliniennes dont l'ineffable Roger Martelli est devenu co-président. Voir mon interview de son honorable prédécesseur, Marcel Cerf (dont ma compagne de l'époque était la nièce) en janvier 2001 dans mes Archives maximalistes (Le blog de Jean-Louis Roche - (over-blog.com) . A l'époque, lors d'une conférence à la mairie du 13 ème, j'avais été porter la contradiction à ce ramassis de retraités staliniens en compagnie de Guy Sabatier et de André Claisse (dit Goupil, qui avait été membre du comité de grève Renault en 1947). Les vieux coucous de cette engeance de muséographie stalinienne s'étaient montrés menaçants, mais face à moi, qui assume physiquement, les petits vieux ne faisaient pas le poids.

4 « Toujours à gauche dans l’hémicycle, Danielle Simonnet, conseillère de Paris (LFI) se pose, elle aussi, en « héritière ». « Je me retrouve pleinement dans les idées de la Commune, dans sa démarche insurrectionnelle, son patriotisme républicain et une démocratie au service de l’égalité et de la liberté. La Commune a été confrontée à la situation d’urgence sociale et a répondu avec une exigence démocratique », détaille-t-elle. Et de conclure : « En tout cas, 150 ans après, on voit encore des dérives versaillaises au Conseil de Paris, et un mépris de classe dans les rangs de la droite mais aussi chez les socialistes. Pendant les "gilets jaunes", ils étaient surtout solidaires des familles des vitrines ». Des vitrines sur lesquelles fleurissent encore lors de manifestations quelques tags en l’honneur de la Commune ».

5L'Harmattan, 2003. Etre obligé de publier dans cette édition, où l'auteur paye l'impression, est scandaleux et montre la censure régnante, quand la petite bourgeoisie « radicale » du comité invisible du trust Hazan-Agambem publie ses merdes « insurrectionnalistes » de papier qui font passer pour subversives des fonds de pensée réacts, mépris de classe et apologie du petit commerce. On peut par contre se féliciter de la fermeture de Gibert jeune où Hazan ne pourra plus écouler ses sous-produits gauchistes creux.

6Je me rappelle au début de la révolte de 68 que, dans la plupart des lycées parisiens la majorité ne suivait pas les agitateurs échevelés, et a été plus bloquée par la grève que présente à toutes les manifs. Mais ces agitateurs estudiantins peut-on considérer aujourd'hui qu'ils étaient révolutionnaires (ou en quoi) vu ce qu'ils sont devenus pour la plupart ?

7Apparus après la guerre de 1870-1871, les monuments aux morts ont été élevés dans leur grande majorité à la suite de la guerre de 1914-1918 ; les noms des " morts pour la France " des conflits postérieurs y étant alors simplement ajoutés. De nos jours, des monuments aux morts sont encore édifiés.

8 Et célébré depuis toujours chaque année, comme le mur des Fédérés, par tout ce que compte le monde de crapules staliniennes et trotskiennes


EXTRAITS DE "CERISES DE SANG"

« On voit la méprise : Rossel dénonce l'impéritie des généraux, l'inutilité d'un armement complexe, pour mener une guerre populaire. Ce qu'il veut c'est un commandement intelligent, des troupes fidèles et capables de sacrifices pour une grande cause. C'est ce qu'il croit trouver dans le Paris insurgé du 18 mars, et il se trompe, non sur leur courage, mais sur la militarisation possible de cette insurrection, qui n'est ni une armée de guerre civile, ni une révolution en marche » (p.177 de Cerises de sang)

« Une Commune élue composée en majorité de bavards (…) Le plus ignoble mensonge est de dire que l'heure est à la guerre révolutionnaire, tandis que c'est à l'extermination de tous ceux qui résisteront, ou bien qui auront « mauvaise allure » (p.305). « (…) Il se trouva quelques hommes d'action, et mieux, quelques hommes réfléchis et courageux, qui savaient ce dont ils ne voulaient plus, à quoi ils préféraient ne pas survivre. Ces hommes-là, et je devrais dire aussi ces femmes-là, étaient comme des égarés, dans une cohue de rivalités personnelles, d'ambitieux soudain à même de jouer leur rôle, de poltrons, d'uniformes et de grades honorifiques, de commissions, de sous-commissions qui n'étudiaient rien, ne prenaient pas de décisions, se disputaient la préséance comme ils se disputaient les canons » (p.349).

(…) Marx s'est trompé sur les faits, car il voulut que les récits qu'on lui faisait , les légendes diffusées par la presse en Angleterre, où il était cloîtré, malade, fussent vrais. Mais ce n'était pas de l'aveuglement, c'était le livre du courage. Car, peu importe au fond, la part de vérité ou de mensonge qu'on trouve dans « La guerre civile en France », l'ouvrage que Marx a écrit, puis réécrit, sur la Commune : « La plus grande mesure prise par la Commune , c'est sa propre existence. Elle œuvre et agit dans des circonstances d'une difficulté inouïe. Le drapeau rouge, hissé par la Commune de Paris, ne flotte que sur le gouvernement ouvrier de Paris ». Il affirme encore que le peuple n'a pas remis son pouvoir entre les mains « des saltimbanques républicains des classes dirigeantes ». C'est un écrit de propagande, mais, à la différence de « La lutte des classes en France » ou « Le dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte », ce n'est pas une bonne analyse de la réalité, du social-historique, parce que ce n'est pas un reportage. Le même Marx, qui parlait de gouvernement ouvrier, avait écrit à Varlin et Frankel, les seuls auxquels il savait pouvoir faire confiance :

« Chers citoyens Frankel et Varlin (…) j'ai écrit plusieurs centaines de lettres dans votre cause à tous les coins du monde où nous avons des branches. La classe ouvrière était du reste pour la Commune dès son origine. Même les journaux bourgeois de l'Angleterre sont revenus de leur première férocité. Je réussis à y glisser de temps en temps des paragraphes favorables. La Commune semble perdre trop de temps avec des bagatelles et des querelles personnelles. On voit qu'il y a d'autres influences que celles des ouvriers. Tout cela ne ferait rien si vous aviez du temps pour rattraper le temps perdu (…) Ainsi prenez garde ! ». (p.353)

Dixit Philippe Riviale : "SUR LA COMMUNE, Cerises de sang" (ed L'Harmattan 2003)



lundi 1 mars 2021

LES ENTREPRENEURS DE LA RACE ET LES BOUTIQUIERS DE L'ANTIFASCISME


Un anticapitalisme de façade


« Si le Noir, dont l'émancipation est maintenant proche, s'attaque à un homme à cause de sa blancheur, il commet la même
tragique erreur qu'ont commise les racistes blancs »

J.H. Griffin (Dans la peau d'un noir, 1962)

Les buts de l'état-major spécial Rosenberg (Einsatztab Rosenberg) :« Ils consistent en la création d'un arsenal de matériaux fournissant les bases scientifiques et techniques pour la lutte contre l'adversaire idéologique. De ce point de vue il s'agit de créer une bibliothèque sur tous les problèmes du judaïsme, de la franc-maçonnerie et du bolchevisme, ainsi que des archives de films, affiches, disques, photographies, tableaux et tous les objets propres à faire connaître les bases spirituelles et la tactique de l'adversaire idéologique ».Ordonnance d'Hitler du 1er mars 1942 (in Bréviaire de                                                                                                 la haine de Léon Poliakov, p.78)


Les pétitionnaires savants antiracistes et antifrançais qui ont voulu défendre leur bastion de recherche privilégiée en quémandant la démission de la ministre qui a annoncé vouloir ouvrir une enquête sur l'islamo-gauchisme en milieu universitaire – qui n'accouchera que d'une souris – ne se sont pas seulement ridiculisés mais ils ont révélé qu'ils accumulent des documents à la manière de l'Einsatztab Rosenberg pour faire connaître « les bases spirituelles et la tactique de l'adversaire idéologique » : l'histoire de France et la théorie de la lutte des classes.

Leur pétition tremblait de peur de perte des subventions alors qu'il ne s'est agi que d'une manière de propagande électorale en direction des électeurs de tout horizon qui en ont marre des pitreries universitaires visant à culpabiliser la mémoire des frasques dans le passé de la bourgeoisie dominante en s'en servant contre « les blancs » ou « les français en général » ; le tout enveloppé par l'accusation de fascisme faute de repentance en bonne et dûe forme. Ni les français en général ni les prolétaires en particulier ne peuvent se reconnaître dans ces recherches défaitistes nihilistes ou islamo-sadiques.

La valetaille de ces idées dominantes de négation de l'histoire de la lutte des classes au profit d'une histoire imaginée comme histoire de la lutte des races et surtout une ignoble « domination blanche », a immédiatement apporté son soutien aux cuistres du CNRS. La secte NPA qui radote toujours le même discours simpliste pour la formation limitée de ses bobos militants imberbes reprend les mêmes termes que les sachants payés à faire des recherches à la con  et révèle que le gouvernement... s'aligne sur l'extrême droite :

« C’est pourtant ce même CNRS qui a tenu à lui répondre que le terme d’« islamogauchisme » « ne correspond à aucune réalité scientifique », rappelant que ce terme creux et flou prend ses origines dans le vocabulaire de l’extrême droite. Il renvoie aussi au sinistre spectre du « judéo-bolchévisme », synthèse de l’antisémitisme et de l’anticommunisme qui s’était diffusée partout en Europe au début du siècle dernier, particulièrement du côté de l’Allemagne nazie... (…). Heureusement, la réaction du monde universitaire ne s’est pas faite attendre : tribunes, déclarations officielles révoltées émanant d’institutions de recherche ou de directions d’universités… La démission de Vidal est au centre des exigences, et les personnels de l’enseignement supérieur ont bien raison. (…) Cette riposte commune doit se construire avec touTEs : personnels de l’éducation, organisations syndicales et politiques, associations antiracistes, collectifs musulmans… Il s’agit de combattre l’islamophobie d’où qu’elle vienne, des sommets de l’État ou de l’extrême droite la plus rance ».

Abandonnant toute politique de classe la secte trotskienne ne s'allie pas avec le monde ouvrier mais avec les pourritures syndicales (toutes rétribuées par le grand patronat) et des « collectifs musulmans »


(les bâtards des pétromonarchies). Le NPA c'est l'apprentissage à penser bourgeois, une simple agence de recrutement pour les pourritures organisées pour se ficher de la classe ouvrière et du peuple. La plupart des jeunes recrues, bobos militants, ne connaissent rien à l'histoire du mouvement révolutionnaire marxiste et se contentent d'incantations antiracistes et antifascistes, autrement dit le degré zéro de la pensée politique de la gauche bourgeoise avec ses « hommes de bonne volonté » au service des variants de l'idéologie dominante « moraliste ». Ils se destinent à des carrières typiques des couches moyennes de professeurs, à infirmières et à ingénieurs ; ils croient être appelés à devenir les maîtres du monde de demain. Leur inculture politique est plus élitaire et moraliste que celle des jeunes de banlieues, dont ils peuvent bien saluer la révolte anti-flic mais sans jamais se soucier de l'avenir des embrigadés de l'islam au chômage perpétuel.

Des élément cultivés comme ces perroquets à slogans simplistes nous n'en voulons pas dans le vrai, et hélas étriqué milieu révolutionnaire. Friedrich Engels n'en voulait déjà pas de ces « encultivés » :

« Liebknecht a le défaut de vouloir attirer à toute force des éléments "cultivés" dans le parti [...] Si les "cultivés" et en général ceux qui nous viennent de milieux bourgeois ne se placent pas ENTIEREMENT sur le terrain prolétarien, ils sont pure corruption.(...) La presse du parti se ridiculise si elle se laisse aller à attribuer une valeur scientifique à Dühring [Eric Fassin, pour actualiser] simplement ... parce que les Prussiens [les Macroniens] le persécutent »1.

Eloge de la complexité de Plenel à Fassin  ou comment rendre la réalité plus confuse

Quel intérêt de faire simple quand il vaut mieux faire compliqué pour justifier de sa prétention journalistique ? Plenel dans son « Pour les musulmans » (2014) laisse de côté que le poids de l'islam et sa propagation reposent surtout sur les pétromonarchies et que ne pas critiquer l'islam c'est s'abstenir de dénoncer des dictateurs milliardaires qui maintiennent dans la misère et l'oppression des peuples entiers sous morale islamique. Alors pour évacuer la dénonciation de sa complicité involonaire Médiapartisan moralisant aléatoir invoque le printemps tunisien de 2011 « onde de choc géographique sans frontière » : « En commençant à écrire de nouveau leur histoire, ils (ces peuples) ont fait mentir les préjugés concernant les nôtres, qui les condamnaient à être soumis à des régimes autoritaires ou à être enfermés dans l'extrémisme religieux. (…) Les idéologues du choc des civilisations qui essentialisent les identités, les cultures et les religions, n'ont que faire des incertitudes et des précautions d'une pensée complexe (?) de cette crise multiforme, où les sursauts démocratiques côtoient des précipices sanglants. Prompts à décrédter que l'islam est incompatible avec la démocratie, ces boutefeux de la guerre des mondes, font, depuis le début, le pari de la défaite des peuples qu'il faudrait soutenir dans leurs revendications d'idéaux universels de liberté et d'égalité ».

Et ce cuistre concluait son maigrichon pamphlet par le pire cri moral de ralliement pacifiste et religieux de la bourgeoisie honteuse :

« Appel aux femmes et hommes de bonne volonté !!! ».

Le coup du « printemps tunisien » il aimerait bien nous le refaire, en faisant croire qu'une démocratie « luxueuse » comme la française serait possible dans ces contrées, ce qui est un mensonge caractérisé – l'émancipation réelle des peuples reste à mon avis dépendante du prolétariat des pays dominants – mais son pronostic n'est qu'une éternelle billevesée de sa maigre formation trotskienne ! Les libérations « démocratiques » sont encore plus fumeuses que les anciennes « libérations nationales ».

On a déjà parlé ici du dernier opus de Beaud et Noiriel, mais il faut voir comment l'un des principaux cerveaux de la gauche caviar, l'OBS leur porte la critique. L'OBS a beaucoup d'abonnés islamo-gauchistes aussi est-il normal qu'il prenne la défense des « entrepreneurs de la race » qui défrisent soudain B&N qui en furent pourtant les premiers fondateurs :

« Pourquoi chercher à discréditer scientifiquement ceux qui sont qualifiés d’« entrepreneurs de la race » ? Cette véhémence est d’autant plus étonnante que les deux hommes ont contribué, en 2006, à un livre fondateur : « De la question sociale à la question raciale ? ».

« Ce livre se concluait sur un “éloge de la complexité”. Analyser la mécanique de la race ne rend pas aveugle à la classe : il faut articuler les logiques, pas les opposer », souligne aujourd’hui le sociologue Eric Fassin, qui en était un codirecteur. Tous les débats actuels y étaient en germe. Noiriel et Beaud y défendaient l’importance de la lecture de classe et de l’enquête de terrain. D’autres évoquaient avec plus d’enthousiasme ce nouvel élan de la recherche. Mais tous se parlaient encore. Aujourd’hui, toute discussion semble impossible ».

 L'OBS fait bien de mentionner la contradiction des Beaud et Noiriel qui avaient préparé en effet le terrain aux entrepreneurs de la race avec cet ouvrage de 2006 et celui de Noiriel qui inventait le racisme entre ouvriers français et italiens au 19ème siècle ; comme je l'ai remarqué Noiriel et Beaud sont simplement des arroseurs arrosés qui se chamaillent avec le même monde de sociologues pourris qui se font passer pour scientifiques. Il ne s'agit même pas d'un débat entre identitaires de la race et identitaires de la classe, la plupart ont été formés au stalinisme et au trotskisme, les deux idéologies qui se sont le plus moquées du prolétariat au 20 ème siècle, et qui ont accouchés la plupart de ces sociologues de merde.

C'est une dispute entre enculeurs de mouches, que les pétttionnaires ont tenté de cacher, comme la décrit pourtant bien l'OBS :

« Chacun est sommé de choisir son camp. D’un côté, ceux qui, au nom d’une gauche dite « républicaine », refusent d’entendre parler du concept de race et font la police sur les réseaux sociaux. De l’autre, le Parti des Indigènes de la République – dont l’ombre plane sur toute tentative de creuser les questions coloniales, leur ex-porte-parole [elle a quitté le mouvement en octobre 2020, NDLR] Houria Bouteldja étant accusée d’antisémitisme. Or, si l’on regarde de plus près, une grande partie des chercheurs qui ont soutenu le premier manifeste des Indigènes s’en sont détachés quand il est apparu que ces derniers « remplaçaient la classe par la race, en en faisant une explication monocausale » (dixit l’un d’eux, qui préfère rester anonyme). A l’inverse, Beaud et Noiriel ont été applaudis dans le camp des durs, alors qu’ils n’appellent aucunement à bannir la notion de race de l’université ».

Il faut en convenir, tout part et est parti des USA, comme c'est dit dans cet article ; aux USA la focalisation sur la race s'est faite (depuis très longtemps) aux Etats-Unis au détriment de la classe ouvrière, quand en France, à partir de 2011 une officine de la gauche bourgeoise, comprenant politiciens du PS, universitaires et syndicalistes, Terra Nova a pondu sa note appelant à abandonner les « classes populaires » (comprenez la classe ouvrière) pour se concentrer sur « les minorités ». Frantz Fanon, qui n'est pas mon livre de chevet, héros pour les tiers-mondistes décatis, répond excellement à toute cette engeance de liquidateurs professionnels du prolétariat :

« Dans les pays capitalistes, entre l'exploité et le pouvoir, s'interposent une multitude de professeurs de morale, de conseillers qui créent autour de l'exploité une atmosphère de soumission et d'inhibition qui allège considérablement la tâche des forces de l'ordre »2.

LES EX-COLONISES SONT-ILS DEVENUS COLONISATEURS A LEUR TOUR ?

De Lagasnerie, qui est lui-même un théoricien englué dans la sphère islamo-gauchiste nous fournit une analogie pas si bête mais insuffisante, une inversion de la perception du fils de l'ex-colonisé qui ne peut se sentir (naturellement) que hors la loi... française :

« … il n'y a aucune raison de ne pas désigner leur Loi comme une loi coloniale et la police comme une force d'occupation. Au fond, on pourrait presque dire que nous appelons démocratie un régime colonial où l'espace géographique au sein duquel règne le pouvoir est relativement homogène culturellement ou ethniquement (en sorte que ce n'est pas un hasard si les mobilisations dans les quartiers populaires, menées principalement par des Noirs et des Arabes, s'articulent souvent à une rhétorique de la critique de la « gestion coloniale » de ces quartiers, la distance ethnique entre gouvernés et gouvernants permettant l'accès à une grande lucidité sur la nature du lien politique)3.

L'islamo-gauchisme n'est pas seulement une entourloupe pour revisiter l'histoire à reculons et avec des critères de jugements inappropriés pour l'époque, c'est une manipulation pour se voiler la face, comme les bourgeois brésiliens qui dans les années soixante avaient fait monter des murs pour cacher les bidonvilles. C'est bien typique de la gauche et de l'extrême gauche bourgeoise, on roule à fond en voiture pour traverser Saint Denis, mais on n'y vit pas, sinon on y deviendrait raciste. Padamalgam est le pire des hypocrites, et il est islamo-gauchiste. Les banlieues sont en effet progressivement islamisée, avec une « personnalisation » de l'environnement qui est de plus en plus triste et étrangère au mode de vie en France... avant.

Ce qui "fait société" en banlieue ce n'est pas cette société où les bobos prétendent faire la morale antifa et antiraciste? Et on peut le comprendre sans aménité, c'est un islam du quotidien, familial, banal le plus souvent, qui est contre-révolutionnaire mais qui fournit repères collectifs, morale individuelle, lien social, là où la République bourgeoise a multiplié les promesses sans les tenir.

La croyance religieuse est plus structurante que la croyance républicaine, donc. Vingt-cinq ans après avoir publié une enquête référence sur la naissance de l'islam en France - intitulée Les Banlieues de l'islam (Seuil) -, Gilles Kepel, accompagné de cinq chercheurs, est retourné dans les cités populaires de Seine-Saint-Denis pour comprendre la crise des quartiers. Six ans après les émeutes causées par la mort de deux adolescents, en octobre 2005, son équipe a partagé le thé dans les appartements des deux villes, accompagné les mères de famille à la sortie des écoles, rencontré les chefs d'entreprise, les enseignants, les élus. Le sentiment de mise à l'écart a favorisé une "intensification" des pratiques religieuses. Une fréquentation des mosquées beaucoup plus régulière. Une pratique du ramadan presque systématique pour les hommes. Une conception extensible du halal, enfin, qui instaure une frontière morale entre ce qui est interdit et ce qui est autorisé, ligne de fracture valable pour les choix les plus intimes jusqu'à la vie sociale.

La dénégation de l'islamo-gauchisme : attaque inédite contre la liberté de recherche ou même type de mensonge que les « libérations nationales » ?

Ils jouent aux naïfs moralistes, qui auraient tant à se faire pardonner les Plenel, Fassin et compagnie, en posant aux défenseurs des « minorités » de la « diversité ». C'est avec ce même raisonnement sectaire de curés qu'ils avaient soutenu le combat chauvin des « peuples opprimés » qui a servi à les opprimer encore plus et à éterniser la misère.

Je ne vais pas développer sur le soubassement idéologique de cette compassion toutes bourgeoise pour les « peuples opprimés » en leur faisant la leçon ou en prétendant parler en leur nom ; d'une certaine manière les vrais colons de la pensée n'étaient pas Massu et Bigeard mais les collabos trotskiens des futurs dictateurs. Les porteurs de valise des idéologies tiers-mondistes qui ont partout foiré, sont les mêmes qui portent les valises des « minorités opprimées » qui réclament le droit de rester aliénées ou plutôt qui doivent se taire pour laisser pavoiser leurs bobos fort en gueule et en citations du coran. Ils se sont multipliés, diversifiés : politiciens écolos, féministes bourgeoises, végans ploucs, etc. Ils ne peuvent même plus s'organiser en parti politique parce que les partis politiques ne sont plus crédibles, ils sont morts comme forme et comme lieu de pouvoir. L'idéologie dominante, il faudrait plutôt dire les idéologies dominantes, sont sur les réseaux sociaux, n'importe qui peut lancer une manifestation pour n'importe quoi. Il n'y a même plus de leader possible. Ce sont des assocs vagues, des courants sans contour, des clans, des regroupements éphémères. Pour parodier Fanon, se pullulement facilite le travail de la police et de l'Etat. Ce n'est pas une décomposition dramatique comme le croit le CCI. L'état de déliquescence de la pensée politique et rationnelle SERT A PROLONGER LE SYSTEME.

Si le gouvernement en est venu à pointer du doigt l'islamo-gauchisme ce n'est pas parce qu'il le considèrerait comme dangereux (la liberté bourgeoisie c'est le droit de dire n'importe quelle connerie sans conséquence contre le PROFIT), c'est qu'en effet une grande partie de la population et du prolétariat souffre à la fois au souvenir des attentats odieux mais aussi des violences (qui ne sont que des faits divers sans lien avec l'islam hors la loi française comme l'approuve l'internationalisme pervers de l'islamo-gauchisme) et d'une délinquance qui ne viennent pas de Norvège (tant pis si vous trouvez l'argument « identitaire » ou « facho »). La misère et la délinquance viennent le plus souvent des derniers pauvres arrivés sur place.

L'islamo-gauchisme est une vague forme de radicalisation de la croyance en l'insertion. Ils sont l'extrême-gauche de Martin Hirsch, pas plus et même moins sur le plan réformiste. Personne ne le souligne mais la stratégie islamophile s'il elle réussit à s'implanter en milieu intellectuel, foire complètement au niveau social, les gens restent dans la misère, et les populations de ces quartiers sont toujours les premières victimes des déliquants quand les gauchistes (sans le proclamer) sont d'accord avec les racailles pour canarder la police (sans se faire prendre) comme Macron lui-même qui n'a jamais cherché à les éborgner comme les gilest jaunes.

Cet échec de l'islamo-gauchisme – et qui se prétend pourtnat victorieux – est la fonction « en mode échec » typique de la fonction du gauchisme depuis 1968. Leurs agitateurs ont toujours soutenu les pires fausses révolutions et n'ont jamais critiqué les idéologies réactionnaires qui ont triomphé finalement après avoir jeté aux orties toute notion de socialisme. Prenons le cas de l'Algérie où des trotskiens furent conseillers des futurs dictateurs militaires. Jamais ils n'ont critiqué l'islam, cette idéologie moyenâgeuses si utiles aux dictateurs milliardaires et aux aventuriers militaires. Comme aujourd'hui ils ont pu serrer la main aux pires théoriciens du terrorisme.

La Charte nationale de 1976 n'est plus la charte stalinienne de 1964 mais annonce la fusion des sphères politiques et religieuses. L'islam y est considéré comme partie intégrante de l'idéologie d'Etat et « composante fondamentale de la personnalité algérienne ». Qu'en ont pensé les Berbères ? Pour ceux qui n'auraient pas compris la Charte répète lourdement : « l'édification du socialisme s'identifie avec l'épanouissement des valeurs islamiques »4 .

Jamais un seul des courants trotskistes ne s'est vanté de cet « épanouissement » de la libération nationale. Comme tout souteneur il n'était pas responsable des faux pas de la prostituée. Par son silence ou son mépris l'extrême gauche trotskiste est donc restée dans la position du complice comme aujourd'hui encore avec les diverses sectes islamistes au nom du droit à la culture originelle, et par pleutrerie politique. Les dictateurs successifs, pour dériver l'attention de leur propre oppression arriérée et anti-socialiste, ont régné en débitant les mêmes arguments que nos islamo-gauchistes aujourd'hui : la France avait « déculturé » les populations algériennes. Mais l'argument valait pour les bureaucrates au pouvoir et leurs clans, les « populations algériennes » rêvant plutôt de retrouver un mode de vie à la française (et pas de s'islamiser à fond ou jouer à la minorité racialiste »), comme en témoigne le maintien de la langue française dans la presse et les débats publics. Je me rappelle l'époque de Boumedienne où la bataille ppur l'arabisation avait été mal vécue par une majorité de la population, et avait développé plus de francophones que les nationalistes exotiques imaginés par les bobos trotskistes de l'époque5.

L'ISLAMO-GAUCHISME ESQUIVE LA QUESTION SOCIALE EN SOUTENANT L'ISLAM AU NOM DE LA DEMOCRATIE BOURGEOISE

Achraf Ben Brahim va au fond de la question lui :

« Quel est l'avenir d'un jeune de banlieu aujourd'hui en France ? S'endetter our ouvrir un kebab ? Finir chauffeur Uber ? Enchaîner les stages et les services civiques sous-payés alors qu'il a sacrifié les plus belles années de sa vie sur les bancs de l'école ? Subsister des miettes qu'une municipalité daignera lui lancer s'il ouvre une association de quartier ? Et s'il se montre « bien républicain » sous tous aspects, recevoir un pris « Talents des cités » qui lui sera remis au Sénat par de bedonnants parlementaires paternalistes et indifférents ? »6.

Les djihadistes disent aussi cette autre vérité, que feint d'ignorer Padamalgam et aussi l'Etat français :

« … l'islam n'est ni religion de « bisounours », ni de paix mais de « justice ». Inutile de perdre son temps à la rendre compatible avec la France ou l'Occident car son essence, sa législation et ses mœurs sont radicalement « opposés à un système laïc, mécréant, de législation terrestre quand la charia est divine »7

Le fascisme et le stalinisme n'étaient pas compatibles non plus avec l'avenir de la société mondiale et ont dû être combattus sans concession mais par d'autres formes d'oppression qui ont besoin du maintien des croyances religieuses autoritaires. L'islam est plus vicieux mais doit être aussi dénoncé comme incompatible avec la libération humaine des obligations et arriérations encore pesantes dans le capitalisme.


NOTES


1Merci de ta trouvaille Courvoisier.

2Cité par Geoffroy de Lagasnerie in « La conscience politique, p.43 (2019)

3Ibid p.152. La pensée islamo-gauchiste dans toute sa splendeur ! Preuve que ces philo-sociologues gauchistes ont pignon sur rue depuis longtemps et ont été catéchisé petits à l'antifascisme stalinien ou trotskien, dont nous est livrée ici l'aboutissement théorique... anti-prolétarien : « Oui les militants antifacsistes s'opposent au principe formel de la liberté d'expression. Ils articulent leur pratique politique à un principe substantiel : le bien-être et la sécurité des populations marginalisées » (p.199). ET ils articulent les assassinats terroristes islamistes et les meurtres au couteau entre lycéens à quoi ?

4In La guerre d'Algérie vue par les algériens II de Benjamain Stora et Renaud de Rochebrune, p.386.

5Qui furent également muets lors de la terrible répression de 1988. J'ai eu l'occasion de m'illustrer dans la protestation le soir même sur le parvis du Trocadéro. Venu avec l'intention de simplement vendre RI, je me suis retrouvé avec le mégaphone en main, fourni par la police comme je l'ai compris par après ; un leader étudiant algérien est venu me demander la parole, je lui ai donc rendu l'appareil. Je me suis trouvé malgré moi président de la place. Il y avait là des centaines de personne dont Krivine et les gens de LO, et pas mal d'agités du bonnet. A un moment je ne sais quel abruti a proposé de chanter la Marseillaise. Alors j'ai repris le micro et j'ai dit qu'on n'allait pas chanter notre chant nationaliste au moment où un autre nationalisme massacrait à Alger. On m'a applaudi. Puis les prises de parole partant en tous sens entre étudiants arabes, j'ai décidé de rentrer chez moi. On avait dû me prendre pour un personnage important puisque pendant plusieurs stations de métro, un type en gabardine m'avait suivi.J'avais été passer un mois superbe en famille à Alger quelques années auparavant et penser à ces centaines de jeunes tués par balles m'avait très affecté.

6L'emprise, enquête au sein de la djihadosphère (ed lemieux 2016).

7ibid