"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 12 janvier 2018

LE TERRORISME EST-IL UN SUBSTITUT A LA GUERRE MONDIALE DEPUIS 60 ANS ?



« Plus de trente ans plus tard, l'illusion d'un peuple algérien homogène et le silence fait sur la participation de chrétiens à la révolution algérienne auront sans doute rendu plus faciles les meurtres de chrétiens des années quatre-vingt-dix ». Mohammed Harbi (Mémoires)

« L'Algérie nous a trahis ». Houria Boutelja

Le terrorisme est devenu un casse-tête chinois. On peut partager la vision apocalyptique du CCI sur la possibilité d'une nouvelle guerre mondiale Armaguedon1 . La presse bourgeoise se fait l'écho d'ailleurs ponctuellement de ce « souci » universel chez tout honnête homme : « Nos dirigeants sont-ils des « somnambules » qui nous conduiraient en 2017 à une troisième guerre mondiale, en reprenant le concept de l'historien australien Christopher Clark pour les mois précédant 1914-1918 ? Vraisemblablement pas. Certes l'ONU, comme la SDN en son temps, a montré son incapacité à arrêter les conflits militaires qui tourmentent - et tourmenteront en 2017 - la planète.
Certes, rarement depuis soixante-dix ans le monde n'a donné l'impression d'être au bord du précipice. Le concept d'une guerre mondiale contre le terrorisme a même fleuri »2.

Curieuse époque, tout se passe comme si on devait endurer perpétuellement de vraies guerres locales plus ou moins lointaines, en Syrie, en Ukraine, et se sentir menacé dans les zones privilégiées des pays riches par une menace inopinée, obscure, aléatoire et visant le moindre passant3. Ce qu'en d'autres temps on eût nommé menace devient terreur diffuse ou terreur indirecte. Si on laisse de côté la théorie du complot d'un conclave de généraux préparant dûment la guerre mondiale et qu'on conserve l'analyse de base marxiste que deux guerres mondiales n'ont pas été le simple produit d'un attentat dérisoire, celui de Sarajevo (comparé à ceux qu'on subit de nos jours) ni du maléfique Hitler, mais bien l'hypothèse de la marche à l'abîme intrinsèque à un mode de production capitaliste en décadence, dirigé par un personnel politique « somnambule », qui ne peut plus se perpétrer que par des magouilles financières, d'incessantes guerres locales et les diverses formes de terrorismes qui fondent l'économie prédatrice, on peut se poser la question : le terrorisme n'aura-t-il été depuis 60 ans qu'un substitut à la guerre mondiale ou un long épisode de préparation à la future ?

Le terrorisme mène à tout à condition de s'en servir. Comme la gabelle écologique , on a même créé une taxe anti-terroriste4. Il est une affaire fructueuse dans l'édition. Des rayons entiers de supermarché vous offrent les mille et une interprétations du phénomène, au point de tenir la dragée haute à la presse pipole. Mon choix de consommateur s'est arrêté sur l'ouvrage de Frédéric Charpier parce que le quatrième de couv promettait de démarrer l'analyse du phénomène depuis la phase de décolonisation d'après guerre. Quel lien pouvait-il y avoir avec les attentats des « libérateurs nationaux », qu'on pouvait rationnellement et même marxistement comprendre, même si on désapprouvait, et un cycle actuel de crimes au nom d'Allah5. Par devers le propos sensationnaliste de l'auteur, une propension à en rester au niveau de l'investigation policière et aux biographies des terroristes islaminguants, son enquête approfondit – si on prend du recul – la nature gangstériste du capital décadent. Marx avait bien démontré le gangstérisme originel du capitalisme par l'extorsion de la plus-value, mais il ne pouvait encore soupçonner en son temps le degré de vilenie à laquelle sombrerait le marché capitaliste pour sa survie plusieurs décennies plus tard. Ce brigandage, Lénine l'a bien dénoncé en succédant à Marx6. Voilà une preuve de plus de la décadence du capitalisme, une révélation propre à interloquer même l'orthodoxe Robin Goodfellow : toute négociation industrielle d'ampleur passe nécessairement par l'intermédiaire terroriste. Le concept de nécessaire obsolescence programmée de la marchandise a été inventé lors de la crise de 1929 pour vanter la pérennité du capital ; l'obsolescence programmée des produits est devenue si contre-productive et comparable à l'obsolescence du capital que celui-ci la remet en cause pour vanter la « robustesse » de ses nouveaux produits (portables, imprimantes, etc.), gages de... longévité de la société marchande qui ne se résout pourtant pas à l'obsolescence de la guerre pour l'humanité.

J'ai en même temps procédé à une relecture parallèle du bel ouvrage de Mohammed Harbi, pour séparer le bon grain de l'ivraie et montrer que l'islam menteur connaît une utilisation à éclipses et que tout ne dépend pas des grandes puissances ni de leurs rivalités7.

LE TERRORISME UNE HISTOIRE POLICIERE ou d'abord terrain des rivalités inter-impérialistes ?

Le titre de Charpier est mauvais. Qui lutte ou plutôt qui est chargé de lutter contre le terrorisme. Moi, citoyen lambda, possible victime anonyme ou spectateur affligé ? Par ma capacité de délation de tout individu dangereux que j'apercevrais porteur d'une kalach et d'un sac de bombes ? Par mon vote à un candidat politicien plus « sécuritaire » que les autres ? Par ma suggestibilité à l'idéologie de « protection nationale » ? « 60 ans de lutte AVEC le terrorisme » eût été plus indiqué, n'est-ce pas messieurs les fabricants de modes idéologiques ? Ce que je craignais se vérifie en début d'ouvrage, Charpier a trouvé le filon : l'islam délétère qui explique tout « axe du mal » aux époques successives : « Premier enseignement des archives, l'islam a servi de ciment à la révolution algérienne ». C'est faux. La démonstration qui suit est typique du caméléonisme trotskien ; hier il eût fait porter le chapeau au seul courant stalinien, aujourd'hui il inverse les données citant un ouléma bigot et réduisant un mouvement qui allait enchanter le tiers-monde et les marxistes fêlés du monde entier et les versets du Coran qu'utilisa le premier « guide » Messali Hadj dans sa propagande pour l'indépendance. Le parti de Hadj « passe plutôt pour une secte politico-religieuse dont les accointances avec les grands centres internationaux de l'islam sont indéniables » (p.25). Idem avec les origines du FLN : « Ce n'est pas sans raison que ceux-ci se dénommèrent Moujahidine, les « combattants de la foi » (fait avec le mot « Djihad »). C'est l'islam qui a conduit leurs pas. Leur cri de guerre était Allah Akbar ». Problème c'est que c'est la version de Ferhat Abbas, éphémère président, écarté après les incessantes bagarres entre caïds militaires, pas du tout concerné par Allah mais par la lutte pour le pouvoir ; surtout les « libérateurs » de la dernière heure, les « marsiens » quand Mohammed Harbi nous décrit la réaction de la classe ouvrière algérienne juste après la « libération », pleine d'exactions et de crimes horribles : « Reste que, dès cette époque, les « libérateurs » n'avaient pas tous bonne presse. Un mois après l'indépendance, les rapports entre eux et la population s'étaient déjà dégradés dans certaines régions. C'est que les algériens voyaient qu'ils n'avaient ni le travail ni la sécurité, ni la liberté, mais une censure des mœurs (la hisba) brutale, les tracasseries aux barrages routiers. Les privilèges des hommes en armes sur les gens ordinaires s'imposaient au regard de tout observateur » (p.366).
Allah et Akbar étaient très loin du souci de la classe ouvrière du pays « libéré » ! Ce que se garde de rappeler cet admirateur des collabos « porteurs de valises »8, comme d'insister sur le rôle des services secrets « soviétiques » et « chinois ». Il nous égare dans l'enquête policière romancée pour nous sortir des stéréotypes du genre : « Durant la guerre d'Algérie, le FLN bénéficie d'un soutien internationale considérable. Ses liens avec des pays étrangers ou des organisations internationales sont une préoccupation constante des services antiterroristes ». Il se place résolument du point de vue de la « conscience policière » pas depuis un positionnement politique hors système des artefacts policiers. Il y a des « centres d'instruction en Chine ou en Tchécoslovaquie » où l'on ne chante pas allahou akbar. Idem sur les tarmacs « soviétiques » où sont entraînés, sur MIG-15, des pilotes algériens.
La terreur militaire contre la classe ouvrière algérienne en France que décrit Mohammed Harbi en Alagrie n'est pas prise en compte par Charpier, qui nous évoque sans état d'âme « l'impôt révolutionnaire », pourtant « le plus souvent sous la contrainte », pour alimenter des banques en Suisse, pays pourtant mécréant. On passe de longues pages sur les mystères des enquêtes policières, dont on se fout royalement, pour tomber sur un autre cliché inodore : le trafic d'armes : « Les pays du Moyen-Orient ont été les premiers fournisseurs d'armes du FLN, plus particulièrement l'Egypte, la Syrie et l'Irak9. A partir de 1957, la cause arabo-musulmane élargit ses soutiens en raison de la guerre froide et de l'aide aux mouvements de décolonisation : le FLN reçoit désormais des armes de Tchécoslovaquie, de RFA, d'Espagne, d'Italie, de Turquie ou encore et surtout de yougoslavie ». Aucune analyse politique ni géostratégique ne suit. Les fournisseurs d'armes ont-ils pour motivation une généreuse aide aux gentils « mouvements de décolonisation » ? Quelle grande puissance autorise un tel commerce (partagé) ? En quoi la production d'armes à outrance est-elle nécessaire à la survie du capital et au partage des richesses du monde ?
Les héros du roman de Charpier sont des policiers, bons ou mauvais enquêteurs à la poursuite des terroristes masqués. On nomme en passant les lieux où ils sont formés, par exemple à Leipzig « un centre de formation politique et militaire », mais aucune réflexion sur le fait que la RDA est inféodée à l'impérialisme russe et ne forme pas pour la beauté des « mouvements de décolonisation ». Voici un autre stéréotype généraliste, accessoire, dans la bouche d'un collabo des policiers : « Non, si la guerre continue, selon l'informateur du SDECE, c'est qu'une coalition hétérogène et puissante combat pour l'éviction de la France d'Algérie. Cette coalition s'est forgée après la découverte de richesses immenses en pétrole et gaz naturel qui « a bouleversé les données du problème algérien ». C'est faux. Le pétrole est l'argument passe-partout de tout sectaire gauchiste. La vérité dont ne se rendent compte ni Charpier ni Harbi, c'est surtout que la puissance américaine mène la danse. C'est Kenndy qui est obligé de venir à Paris pour dire à De Gaulle que la France est priée de déménager fissa d'Algérie, et que, mêmes éloignés, les Etats-Unis contrôlent et surveillent toujours la situation en Algérie aujourd'hui. Mais Charpier nous livre une remarque fondamentale, mais qu'il est incapable de développer comme toujours (ce n'est qu'un journaliste), et qui est fondamentale pour notre propos ici pour la compréhension d'une « si longue utilité du terrorisme » :

« Quelle que soit l'horreur des crimes commis par les terroristes, les Etats finissent par accepter de négocier avec les organisations politico-criminelles » (p.56)10

Au lieu donc de nous resituer les différentes phases d'une histoire des terrorismes, Charpier vient nous conter la fable des « foyers islamiques » avec « bases terroristes » dans tel ou tel pays lointain. Au lieu de montrer à chaque époque le jeu des impérialismes, on invite le lecteur idiot à croire aux seules petites révélations policières et à se sustenter de l'islamisme comme cause principale du terrorisme et donc à la bonté de la police démocratique sanctifiée dans son rôle de pompier anti-terroriste. De l'indépendance algérienne on saute, vingt ans plus tard dans la « révolution islamique » en Iran, en oubliant de mentionner qu'elle a été possible par la courte utilisation de la révolte du prolétariat iranien, blousé ensuite par la camarilla des bigots chiites. Charpier montre en passant, sans s'y attarder, que les attentats de Beyrouth (1983, 58 paras français tués), de la rue des Rosiers, sont une réaction à la vente d'armes à l'Irak et de l'invasion israélienne du Liban. N'est pas évoqué à cet endroit l'attentat contre Tati Montparnasse parce que Chirac avait refusé de rétrocéder aux mollahs l'argent versé par le Chah avant sa chute en 1979, pour des avions jamais livrés. Une analyse de ces transactions gangstéristes et louches eût été plus éclairantes sur la marche du capital que ce retour systématique à la picrocholine enquête policière digne de n'importe quel nanar du Fleuve noir.
On rit (jaune) parfois des citations fournies des « lutteurs » contre le terrorisme. Mitterrand promet une « guerre implacable » au terrorisme. Son valet, Mauroy, au moment des fameux accords (surtout antiterroristes et anti grandes puissances) de Schenghen, fait un curieux lapsus : « Le terrorisme est un crime qui dispose de moyens de guerre » (p.61).

LE TERRORISME UNE THEORIE REVOLUTIONNAIRE POUR L'EMANCIPATION DES PEUPLES ?

S'il existe une continuité réelle depuis les époques de libérations nationales invraisemblables, ce n'est pas l'islam, ni simplement les maquillages inter-impérialistes, c'est bien le soutien récurrent des factions de l'extrême gauche de la bourgeoisie. Clairement avec les sous produits du gauchisme et du stalinisme décomposés, les Baader et Rouillan, plus filandreux et hypocrite par toutes les chapelles qui se revendiquent d'un trotskisme modernisé. A la fin des années 1960, les fondateurs du mouvement maximaliste marxiste disaient fort justement « ils choisissent toujours un camp pourvu que le sang coule », le pouvoir n'était-il pas « au bout du fusil » du vietnamien de base ? Pendant la guerre pour la libération de l'Algérie, les trotskiens Pablo (Michel Raptis) et autres ont porté des valises d'armes, comme le rappelle Harbi, mais aussi un projet de fabrication de fausse monnaie (p.349). Comme en 1945, où ils avaient choisi le camp américano-russe, ils se tenaient prêts à soutenir même la Russie et ses satellites.
Charpier nous regroupe pêle-mêle, les Georges Ibrahim Abdallah, chef de « fractions armées révolutionnaires libanaises », Frédéric Oriach « animateur de la branche internationaliste d'Action Direct et ex-dirigeant des NAPAP « noyaux armés pour l'autonomie prolétarienne ». Il nous apprend que Abdallah était en contact avec les Brigades rouges. Ces corrélations sont vicieuses en réalité, tous les terrorismes ne se mélangent pas. Pas les mêmes mœurs. Quand la bande à Baader va s'entraîner dans un camp au Liban ou en Palestine, ils se rendent compte que leurs nanas ne peuvent pas bronzer à poil sur les toits, cela ne se fait pas en terre musulmane ! Même plus ou moins financés par le bloc russe, les terroristes politiques des années de plomb professaient un avenir débarrassé du capitalisme grâce à l'activation de leurs bombes pas le règne mortifère d'Allah ni une libération « nationale ». Indépendamment de la connivence ou du soutien virtuel de tous les naïfs gauchistes à tout ce qui bouge ou qui est foncièrement anti-impérialiste, le terrorisme participe bien de la realpolitik, comme le sous-titre Charpier (p.79) ; ce passage est plus intéressant avec l'affaire Gordji. C'est l'époque des « Etats-voyous », où même le CCI développe une analyse de « la force du faible » : « L'Iran n'est d'ailleurs pas le seul Etat terroriste – on parle alors de rogue state, d'  « Etat voyou » - avec lequel la France a maille à partir : à la fin des années 1980, le colonel Khadafi, qui porte haut les valeurs de l'islam, lui reproche de chasser sur ses terres et d'empiéter au Tchad sur sa zone d'influence ». Ce n'est pas tout à fait vrai, avec son train de vie, ses amazones sapées comme des militaires hommes et ses pitreries populistes on ne peut pas dire que Khadafi porte haut les valeurs de l'islam, mais Charpier tient à son gimmick. Et l'islamisation, vingt ans avant, dans le courant des libérations nationales a toujours été combattue par une partie des soldats-militants : « Contrairement aux étudiants des universités françaises, ceux du Moyen-Orient, qui n'avaient pas de gages à donner sur leur identité, optaient sur le plan linguistique pour le choix de l'arabe comme langue officielle en rejetant toute formulation qui aboutirait à l'amalgame entre islamisation et arabisation (…) d'autres : « voulaient une laïcisation du politique, l'islam n'étant à leurs yeux qu'une arme pour renforcer la résistance morale du peuple contre les menaces du communisme » (Harbi, p.326-327).

On saute dix ans après dans ce qu'il nomme « la génération GIA », qui a tant ensanglanté et meurtri l'Algérie. Génération (?), terme trop sympa et philo-gauchiste pour désigner des tueurs, certes souvent jeunes, qui n'auraient été - « anciens alliés de l'Occident face à la menace soviétique » - que des produits :  « de l'effondrement de l'URSS (…) du racisme, de la ségrégation sociale, de la misère et de la pauvreté » (p.89). Cet « islamisme armé » serait un héritier « du temps de la décolonisation (où) se sont forgées les formes modernes du terrorisme » !? Dans le FLN l'islamisme n'était qu'une frange.
Pas vraiment à une époque, avant et pendant, où la classe ouvrière algérienne a subi tant d'exactions et nullement admiré le terrorisme : « La démagogie, la recherche d'une clientèle et l'absence d'esprit de responsabilité ont, sans aucun doute, favorisé les excès effroyables qui ont marqué cette période : des dizaines de milliers d'hommes, harkis et autres supplétifs de l'armée française, ou soupçonnés de l'être, furent assassinés, souvent avec sauvagerie par des « marsiens » qui cherchaient par ces actions criminelles à s'inscrire, à retardement, dans le camp des vainqueurs » (Harbi, p.366).

Il est notoire que c'est bien le pouvoir militaire qui, durant les années 1970, favorise, avec l'arabisation, l'implantation d'un islam archi-arriéré quand l'épopée de la guerre d'indépendance s'effiloche, vu la réalité sociale miséreuse pour de larges couches de la population (je l'avais vérifié sur place en 1980). La charte du pouvoir militaire avait institué l'islam religion d'Etat en 1976.
Charpier ne développe pas comment le Front islamique du salut s'est d'abord imposé par un détournement du mécontentement de la classe ouvrière lors de grèves impulsées en 1991 par le syndicat islamique du travail. Il n'explique vraiment ni le développement du GIA ni ses financements et nous fait retomber dans les méandres des enquêtes policières et les rodéos du GIGN au lieu de poursuivre une réflexion politique sur tenants et aboutissants. Décide, au cours des années
Il faut patienter jusqu'à cinquante pages plus loin pour retrouver un brin d'analyse géo-politique où on apprend que toutes les ONG sont des armes de guerre : « Ben Laden entretient lui-même des liens étroits avec Alija Izetbegovic pour lequel il a créé de nombreuses ONG qui servent de « bureaux d'embauche » pour les islamistes souhaitant combattre en Bosnie (…) Au cœur de l'Europe, environ 4000 moudjahidin combattent à ses côtés, encadrés par des forces spéciales iraniennes (…) Bill Clinton et son vice-président Al Gore en font leurs poulains. Face aux russes et à leurs frères slaves de Serbie, les Etats-Unis jouent la carte bosniaque. Al Gore plaide pour la levée de l'embargo sur les ventes d'armes à destination des musulmans des Balkans (…) Washington décide, au cours des années 1994 et 1995, de fermer les yeux sur les livraisons clandestines, notamment celles de Téhéran, et avec la même discrétion, il encourage d'anciens des forces spéciales nord-américaines à apporter aux SR bosniaques leur savoir-faire ». L'Arabie Saoudite aide aussi « les frères » par l'intermédiaire de l'organisation de secours islamique internationale (l'IIRO). Les « musulmans internationalistes » se ruent contre les lignes serbes au cri bien connu, mais Charpier ne se livre à aucun commentaire politique sur le soutien de la grande puissance, et laisse ainsi croire que le fil conducteur de la guerre reste l'islam. Les bandits djihadistes « grouillent toujours dans les Balkans » et se font de l'argent « en exploitant le marché de la charia ».
L'épopée sinistre des « nouveaux djihadistes » après l'an 2000 n'est présentée là encore que comme une longue quête policière où on ne retombe sur l'analyse géostratégique des terroristes (sur commande) qu'en page 226, où il leur faut contrer la France qui possède de l'uranium au Niger, sans étayer qui commande quoi derrière, en restant focalisé sur les cinglés exécutants des crimes de ces « organisations politico-criminelles », mais en glissant en fin de chapitre que face au terrorisme (mais pas à ses concurrents masqués qui se servent des attentats) « le Pentagone a déployé ces dernières années des bases militaires plus ou moins secrètes ».

La dernière partie, qui traite factuellement et chronologiquement, des derniers attentats en France contre Charlie, au Bataclan et à Nice, constitue certes un bon résumé (à garder pour ne pas oublier) mais n'explique rien et nous laisse pantois avec cet autre cliché « relevant davantage de la psychiatrie que de la politique », et le dénouement de ces affaires a été dû au « hasard ». Tout ça pour ça ! Et sans avoir prouvé une continuité islamique en 60 ans dans la périodicité des attentats, Charpier se fout de son lecteur en conclusion en mettant sur le même plan les exécutions extra-judiciaires pendant la bataille d'Alger et les escadrons de la mort en Amérique latine dans les années 1960 ! Et enfin ce truisme flicard : « La lutte antiterroriste incombe à des techniciens chevronnés ».
Les mêmes qui ont été incapables de défendre Charlie, le Bataclan et la promenade de Nice?

Une secte irait plutôt dans le sens de donner à l'islamisme un rôle central qui n'est que de surface. Je les nommes : les indigents de la République.

LE TERRORISME ET LA TAQYA

Le terrorisme, on l'aura compris ici, est une arme de recrutement de guerre, outre mesure médiatisé. Il n'est pas plus difficile à comprendre que le patriotisme. Il contient la même religiosité, qu'elle soit catho ou musulmane mais lié à l'époque moderne au désoeuvrement. Déjà dans les années 1970 nous pouvions identifier l'engagement pour la Palestine à son juste niveau. Dans les camps de réfugiés, comme aujourd'hui, au type sans abri ni travail on pouvait tendre une mitraillette : tiens voilà du travail et tu auras ta pitance ! Bouteldja applaudit sans conteste le terrorisme islamique, en le cachant soigneusement avec la maïeutique lourdingue de la taqya. Ce soit disant art de la duperie, est plutôt un produit de l'aliénation actuelle que l'art des troubadours arabes. Le système de domination capitaliste dupant en permanence et sachant qu'on sait qu'il nous dupe, s'étonne quand les enfants des banlieues éclatent de joie en 2001 alors qu'il y a trois mille morts dans les twins. Ce n'est pas la faute à l'islam ni aux zéros terroristes, mais une façon, certes maladroite, bête et inconsciente, de dire merde à ce système puisqu'on les considère comme des zéros, bêtes et inconscients.

La Palestine a remplacé l'Algérie de 1960 dans l'idéologie d'embrigadement des masses arabes et africaines. On pouvait comprendre l'illusion de l'indépendance de l'Algérie à cette époque dans une phase nécessaire, bien que pourrie et excluant tout développement du capitalisme moderne dans les colonies, et encore moins après décolonisation. La libération de la Palestine n'est pas seulement une caricature mais une impossibilité et une imagerie de plus pour concrétiser le besoin fumigène d'Allah akbar pour les braves soldats suicidaires.

La question à se poser non seulement pour chercher à s'expliquer la série de meurtres dit islamistes en France, n'est pas de chercher à tout prix des commanditaires (qui complote ou planifie, sachant que des complots existent bel et bien dans tous les domaines mais dont nous ne savons rien pas plus que Charpier) mais de reprendre cette notion de somnanbulisme que nous avons évoquée en introduction pour expliquer les impulsions du capital vers les guerres mondiales. Ce système, reconnu tardivement comme « mondialisé » produits de belles inventions techniques, génère des progrès épatants en médecine mais encore plus de phénomènes nuisibles et destructeurs pour l'humanité qu'Allah ne m'a pas chargé de lister ici. Ce système gangstériste se nourrit de toutes les arriérations au nom de la multiculturalité, diversité et poils au nez. Il a besoin des meilleurs simplismes pour gouverner mais surtout d'idéologies pour ridiculiser toute espérance de « changer le monde ». La chose est pourtant simple à comprendre. Prenez n'importe quel tyran dans l'histoire, tant qu'il ne peut obtenir satisfaction il terrorise ses sujets ou ses subordonnés, mais en prenant soin qu'ils ne puissent éventuellement se regrouper pour lui faire face.
Compartimenter les inquiétudes est une réelle réussite de ce capitalisme pas si somnanbule qu'on pourrait le croire. Les cibles désignées par le nouveau terrorisme pour tuer dans les églises, mosquées, cimetières, ou écoles, s'attaquent à la vie en société, à l'espèce humaine sans défense comme pour lui faire croire qu'il n'existe pas d'autre destin que la soumission ou le sacrifice au dieu fictif. L'ancien terrorisme s'en prenait aux symboles de l'Etat pas à la population lambda, ou alors par dommage collatéral. On peut encore comprendre que des jeunes exclus s'en prennent systématiquement aux flics qui ne sont pourtant pas les hauts responsables de l'Etat bourgeois, moins les pompiers.
On peut comprendre aussi qu'au bout de soixante ans d'absence de règlement de compte au niveau mondial, la débilité mentale tienne lieu de raisonnement, comme nous y invite Houria Bouteldja dans son livret compartiment de chemin de fer et ghetto de la pensée : « Les blancs, les juifs et nous » ; « nous » c'est les arabes, et le sous-titre aurait dû être « Vers une politique de la haine révolutionnaire » :
« Je voudrais ici remercier trois grands fous que dieu a eu la bonté de mettre sur mon chemin (…) J'entends par « fous » des militants radicaux qui agissent par idéal, sans trop réfléchir aux conséquences de leurs actes, qui prennent des risques, sans trop se préoccuper de leur intérêt immédiat, et qui rendent la vie plus légère parce qu'avec eux, militer c'est aussi rigoler ».

La même auteure écrit laconiquement « Des bombes explosent dans le métro » et ajoute froidement : « immédiatement la bonne conscience fait son oeuvre » (…) c'est le cri du cœur des démocrates. L'union sacrée » (…) ils sont tous Charlie. Ils sont tous blancs ».

De tout temps des gens se sont rassasiés du spectacle des meurtres, des pendaisons, des rivières de sang. C'était la jouissance de la vengeance du pauvre, le plaisir solitaire du plouc, l'orgasme de la vieille femme délaissée. Le brouet de Bouteldja est du même ordre : vengeance contre « les blancs », ces salauds de colonialistes, racistes et assassins. Sartre est un petit blanc sympa quand il dit que c'est bien de tuer un homme blanc puis un salaud à zigouiller quand il meurt sioniste. Tissu de phrases lapidaires, d'insultes sophistiquées, de haine récurrente et névrotique, cette compilation indigeste est pénible à lire dans son incohérence mais se ridiculise elle-même en invoquant l'amour, certes un amour qui a « un prix », qu'il faut payer avec les contours fantasques du moi décolonial « le Nous de l'amour révolutionnaire ». Le pensum haineux, bourré de mensonges, d'inepties11, d'approximations, de citations qui tiennent lieu d'absence de pensée propre, n'a pas été écrit seulement à Sainte Anne12, mais sur un cahier d'écolière de quinze ans d'âge mental en manque de repère et de père plein d'humour : « J'appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l'Algérie, à l'islam ». La pauvre fille n'appartient à rien du tout, même pas à elle-même. Il dit sans cesse tout et son contraire, elle invoque « notre moi collectif », comme n'importe quelle féministe demeurée, mais son livre est envahi par son « je », tout en disant p.131 « que dieu nous préserve du mot je » !!!

On comprend qu'elle ait roulé ses lecteurs gauchistes et trotskistes, faisant référence à ses origines « ouvrières » (un des axes de la propagande du GIA et du NSDAP). Ouvriers et immigrés : « ça suffit pour faire de nous des acteurs majeurs de l'histoire et du présent de la France ». L'immigré stade suprême de l'apologie du terrorisme et de la ghettoïsation des « géniaux » enfants décolonisés arabes (certes blancs) et noirs (vraiment noirs?)13. Etre fille d'ouvrier immigré ne vaut pas une médaille ni n'est une garantie d'intelligence. A moins que la demoiselle s'adresse à une clientèle néo-stalinienne et ouvriériste (si si il y en a encore!), sans oublier tous les neuneus qui ont acheté le livre et seront incapable de le lire, plus d'ailleurs par lassitude pour le ton employé, lassant et la médiocrité de l'argumentaire saccadé.
La fable des cicatrices du temps « béni » des colonies qui saigne toujours est à la base de cette compil haineuse des « blancs » (catégorie indifférenciée donc raciste et anti-ouvrière). Or, à la fois le désenchantement du prolétariat en Algérie depuis près de 60 ans et la révolte discontinue des masses paupérisées fichent en l'air cette fixette névrotique sur le caractère racial de catégories de la population. La dérive des vrais problèmes sociaux et politiques sur cette haine du blanc indifférencié et du juif traité à la manière taqiya (t'es pourri mais on t'aime quand même) où « l'indigène oppose sa propre rationalité », fait pitié. Ce raisonnement de banlieue stalinienne tente de remplacer le culte de l'ouvrier Stakhanov par le culte suprême de Mohammed ce bon croyant est un guide et un « homme politique qui s'ignore » : « … l'immigré a l'expérience du prolo blanc. Il le connaît. Il sait comment il a été livré, désarmé, privé de Dieu, du communisme et de tout horizon social, au grand capital ». Presque du Marchais dans le texte avec des remugles d'anarchisme primaire et d'écologie primitive. On promet la bienvenue « aux autres utopies de libération, d'où qu'elles viennent (sic) spirituelles ou politiques, religieuses, agnostiques ou culturelles » ; puis paf au moment du camp d'été décolonial, exit « les blancs » et « les autres utopies » comme à un vulgaire camp d'été moscoutaire ou un stage camping de LO.

La pauvre Houria a fait reposer tout ce prêchi-prêcha sur le sable d'une libération morte et enterrée, qui n'est surtout plus référentielle même pour l'ouvrier migrant, qui se nomma libération nationale en Algérie sur des milliers de cadavres et la dictature des généraux en compétition pendant des décennies non pour Allah mais pour le pouvoir capitaliste. Elle est minable avec son injonction finale à crier soir et matin Allahou akbar, comme cet autre secte radote Haré Krishna en tant que décervelage quotidien. Avec sa fabrique de la kesta préparée « clandestinement », « au péril de leur vie », par les grands-mères qui « ravitaillaient les combattants de l'indépendance », Houria reste dans l'arrière cuisine des commères de l'histoire. Son « Nous de la majorité (?) décoloniale », de la « diversité de nos croyances » n'est même pas une utopie mais une blague imbécile qui termine par ce non-sens, pervers typique de la taqya narcissique : « Le Nous d'une politique de l'amour qui ne sera jamais une politique du coeur ». Du cynisme inconscient certes et de l'amour de l'humanité point.

Quant à la première question que j'avais posé en tête de cet article, je réponds comme les enfants : les deux ! Et oui au titre.




NOTES



1https://fr.internationalism.org/icconline/201801/9644/capitalisme-menace-lhumanite-dun-avenir-apocalyptique
2Les Echos, https://www.lesechos.fr/18/11/2016/LesEchos/22321-031-ECH_1---une-troisieme-guerre-mondiale-peut-elle-eclater--.htm#
3« La guerre actuelle est la première vraie guerre mondiale. Elle menace en permanence chaque homme, femme, enfant, vieillard, où qu’il se trouve, et sanctionne son athéisme, son christianisme, son judaïsme, son apostasie réelle ou supposée, son engagement dans les forces de l’ordre ou dans les ordres, en fait tout et rien, ce qui est le propre de l’acte destiné à semer la terreur ». cf. Catherine Rouvier (Causeur, 4 juin 2017). Le nombre de morts liés à cette « guerre mondiale » opaque « contre le terrorisme est en réalité effrayant ajouté à celui des attentats en zones « impérialistes » : https://humanite.fr/la-guerre-mondiale-contre-le-terrorisme-tue-au-moins-13-million-de-civils-572310 (1,3 pas 13). Précisons que le journal du parti troglodyte ne peut plus que citer des « autorités indépendantes » pour ce type de chiffrage, car, s'il lui faut prendre position, comme les gauchistes l'anti-impérialisme généraliste leur sert de cache-sexe pour soutenir tel ou tel clan militaire des rackets régionaux folkloriques.
4Au mois de décembre dernier, en France, commerçants et artisans ont été obligés de payer une taxe de 250 euros tout en signant une charte indiquant qu'ils s'engageaient à ne pas utiliser leurs bénéfices à venir pour financer le terrorisme ! A régler sous quinzaine, sous peine de représailles fiscales.
5Je connaissais la méthode de travail journalistique de Charpier, très superficiel cet ancien trotskien de la LCR, comme je l'avais noté en 2002 dans mes « trotskiens », pour son histoire du trotskisme.
6Il qualifia la Société des nations de « caverne de brigands », et cela la bourgeoisie ne le lui pardonne toujours pas, comme on le verra dans notre prochain article sur le faussaire Courtois et divers affidés acharnés contre le « tyran du Kremlin ». Je pense même que je laisserai Lénine répondre lui-même.
7Mohammed Harbi « Une vie debout, mémoires politiques » (La découverte, 2002). J'ai gardé de l'époque un article élogieux de Gilles Meynier, dans Le Monde : « L'ego-histoire de Mohammed Harbi » : « Etre en même temps algérien pétri d'algérianité, citoyen du monde et internationaliste, était une offense aux replis obscurantistes qui s'annonçaient ». Harbi dénonce déjà les dérives de « l'Etat libéré », le poids des obscurantistes islamiques. On attend toujours le tome II, sachant que, malheureusement Mohammed Harbi, le si clairvoyant politique, est devenu aveugle. Son fils reste toujours lui un élément révolutionnaire très estimé dans le courant maximaliste.
8Le rôle des porteurs de valise n'est pas si glorieux que le vante le mémorialisme gauchiste. Le transport d'argent et d'armes pour les tueurs de pioupious français n'aurait pas fait l'objet d'un culte « libérateur du colonialisme » si les généraux avaient pris le pouvoir en 1958. Les porteurs de valise auraient pris une balle dans la nuque comme Curiel. Et vu ce qu'est devenue la situation de la classe ouvrière et des classes pauvres en Algérie, les porteurs de valise n'ont pas à être fiers.
9Charpier ne nous dit pas quelle grande puissance pilote alors des pays artificiellement créés par l'impérialisme britanniques tels que les jumeaux Syrie et Irak.
10Cela dit... entre organisations politico-criminelles, les Etats occidentaux perpétrant aux-mêmes des guerres à distance pour préserver leurs intérêts néo-coloniaux même par des « exécutions extra-judiciaires ». Entre petits et grands terroristes on peut donc se boucher le nez sans état d'âme sur les comiques droits de l'homme pour conférence de presse.
11Comment peut-elle se permettre sans honte d'écrire : « La shoah ? Le sujet colonial en a connu des dizaines » ! Au moment où il est interdit à Gallimard de republier les écrits antisémites de Céline, pourtant avec un encadrement critique, comment est-il possible de ne pas inculper l'éditeur Hazan pour avoir publié un tel ramassis de bêtises qui, circulant dans les lycées joue son rôle de fake-news sans être inquiété ni contredit ? Et sert de breuvage « scientifique » à des nigauds qui savent à peine lire et dont le niveau mental ne dépasse pas la théorie du complot.
12Il a été co-rédigé par un avocat car la plupart du temps la taqya permet de ne pas tomber sous l'accusation de racisme, les phrases les plus grossières contre « les blancs » ou « les juifs » sont immédiatement tempérées par un charabia confusionniste et lèche botte.
13Déjà elle est mal la petite Houria, le racisme contre les algériens noirs est historique et toujours actuel malheureusement ; Mohammed Harbi s'en émeut à plusieurs reprises pourtant en pleine saga de libération nationale, histoire que Houria ne connait que... religieusement. En France aussi la communauté décoloniale arabes + noirs n'existe pas, et les racistes sont probablement aussi nombreux chez les arabes « de souche » que chez les blancs « de souche ».

mercredi 3 janvier 2018

QUAND LE DERNIER MOLLAH SERA PENDU AVEC LE TURBAN DU DERNIER AYATOLLAH....



Les prolétaires iraniens sont descendus dans les rues depuis le 28 décembre pour s'affronter à la police, les milices religieuses, détruire des commissariats et tenter de s'emparer des armes, à leurs risques et péril. Ils fustigent la corruption et la capacité du gouvernement du mollah Hassan Rohani à mépriser la situation de misère des masses.Comme l'insubordination est cette fois vraiment politique et qu'un tel chambardement pose inévitablement tous les aspects de la liberté, des femmes iraniennes revendiquent également la liberté d'ôter le voile religieux mutilant leur personnalité. Quand les niqab valsent, c'est bien, c'est de liberté qu'il s'agit, et cela restera gravé dans les mémoires, mais pas toutes. Quoique cette lutte contre le voile imposé policièrement reste ancienne et marginale, depuis trois ans le groupe My Stealthy Freedom (« Ma liberté furtive ») continue de drainer de nombreuses photos d'Iraniennes dévoilant leurs cheveux sur le web. Sans se soucier du niveau de vie du prolétariat ni des inégalités et des privilèges.


Difficile encore de se prononcer sur l'ampleur de l'insubordination civile en train de se dérouler en Iran. Ce mouvement ne semble pas encore à la hauteur de celui de 2009, tel qu'on peut s'en rappeler en lisant la prise de position du CCI à l'époque1. Le mouvement avait été limité de lui-même à la protestation contre la tricherie électorale, et il put être liquidé finalement parce qu'il opposait deux factions bourgeoises, dictateurs religieux contre bourgeois libéraux. Cette fois-ci, les causes sont plus « prolétariennes » si je puis dire, et la protestation est partie surtout des villes de province, comme en Russie en 1917. On oublie que les révolutions commencent loin de la centralisation étatique ; les capitales sont en général très embourgeoisées et « gentrifiées » à outrance. Il est un autre signe frappant, et si inquiétant pour l'ordre mollahrchique : que toute la presse occidentale déplore une absence de « dirigeants » ou même de « leaders » cette fois-ci dans cette masse qui s'attaque aux institutions de l'Etat, ministères et commissariats de police.violemment . 
 
Alors que madame Lagarde nous prédit une bonne et heureuse année économique pour le capital mondial, et que M. Macron se prend pour un fabricant de poudre de Perlimpinpin, voilà que la misère sociale se pointe en fanfare et sans crier gare, sans craindre les balles – une vingtaine de tués déjà – ni les emprisonnements par centaines. Ce ne sont plus les simples étudiants mais bien la classe ouvrière qui entre dans le combat2, on le vérifiera bientôt par ses grèves de solidarité politique. Et ce qui va se passer, dans la douleur, en Iran risque d'inquiéter autant les oligarques du Kremlin que les banksters de New York, les petits rigolos d'une Europe sans colonne vertébrale comme tous les derniers despotes d'Algérie et d'Arabie Saoudite3.

Contrairement à la presse et à ses suivistes gauchistes, on ne peut pas soutenir que la cause est due dans le fond à la « corruption » du régime, laquelle est réelle, 40.000 soudards dits « gardiens de la
révolution » (bigote et spoliatrice du prolétariat) s'engraissent sur 80 millions d'habitants. La cause en est l'état de guerre auquel est soumis le pays, qui inclut le long embargo américain. Ce qui rend comique le « soutien » de Trump aux révoltés encore anonymes, ces martyrisés par la troupe des flics religieux. Trump ne veut pas du changement radical qui est contenu dans le moment actuel de la confrontation avec les barbares religieux au pouvoir4.
Une nouvelle manipulation de la CIA comme lors des « printemps arabes » est aussi franchement exclue, à moins qu'on ne considère la misère comme fruit vénal d'un complot torve5. Les insultes contre les dictateurs d'Etat (que nous ne connaissons pas toutes) signifient une mise en cause du régime plus grave qu'en 2009
Les mêmes mesures de répression que celles de 2009 sont de retour, mais on va s'apercevoir qu'elles jettent de l'huile sur le feu, car l'Iran est au carrefour du jeu terrible des impérialismes et de l'indignation de l'immense prolétariat de la région, avec de plus l'étiolement de daesch, qui était la créature de plusieurs Etats de la région. Voici en particulier ce que j'écrivais le 22 juin 2009 dans l'article : Comment peut-on être persan ?
La révolution iranienne n’est pas prête de commencer
Iran : DRAME à double, à triple fond ?


«La pièce dramatique se joue en cinq actes. Au cours du premier acte, depuis 2005, la stratégie nord-américaine au Proche et au Moyen-Orient briguait un changement de régime en Iran, soit par une guerre soit par une agitation interne quelconque. Le Monde diplomatique du 14 janvier 2005 l’exprimait parfaitement de la façon suivante : « Flatter, encercler, isoler ». Pour l’oligarchie iranienne il ne faisait aucun doute que le pays, sans arme atomique, ne peut être une puissance hégémonique régionale et est démuni face à la menace des Etats-Unis et d’Israël. La question était seulement de savoir le prix à payer pour détenir l’arme atomique (embargo américain, guerre). Les pressions économiques et géostratégiques (les Etats-Unis ont des troupes stationnées dans presque tous les pays voisins) ont démontré qu’à long terme la république islamique ne peut pas jouer le rôle de puissance dominante régionale sans l’accord politique des Etats-Unis. L’Iran a évité la confrontation avec ces derniers, tant durant la guerre en Afghanistan qu’en Irak et a misé en vain sur la coopération avec l’Europe dans sa politique atomique. L’Union européenne, la Chine et l’Inde sont des acteurs importants dans cet acte. L’Union européenne est le principal partenaire commercial de l’Iran. 40 % des importations iraniennes proviennent des pays de l’Union européenne et 35 % des exportations (le pétrole comptant pour 80 % de celles-ci) vont dans l’Union européenne. Dans la question de l’énergie atomique, le triangle Chine, Russie et Iran se pose en rival des Etats-Unis. La Chine et la Russie livrent le matériel et le savoir-faire, et 13,6 % des importations chinoises de pétrole sont dès aujourd’hui couvertes par le pétrole iranien. En mars 2004, une entreprise pétrolière chinoise a conclu un accord pour l’importation de 110 millions de tonnes de gaz naturel iranien. Et l’Inde a engagé à son tour des pourparlers avec l’Iran au sujet de livraisons à long terme de gaz naturel. Ces deux pays veulent investir dans l’exploitation de champs pétroliers iraniens, malgré les menaces de sanctions des Etats-Unis qui veulent aussi empêcher la construction d’un pipeline pour dans l’exploitation de champs pétroliers iraniens, malgré les menaces de sanctions des Etats-Unis qui veulent aussi empêcher la construction d’un pipeine pour le transport du gaz naturel de l’Iran vers l’Inde via le Pakistan. On ne s’étonnera donc pas du silence des divers Etats concurrents des Etats-Unis au cours de l’acte 3 de la fraude électorale, ils ont tous intérêt au maintien du statu-quo de l’oligarchie intégriste, de Chavez à Poutine.




Au cours du second acte, assez long et poussif, la bourgeoisie arrogante américaine n’eût de cesse de proférer menace sur menace concernant la prétention nucléaire iranienne, avec pour résultat de cimenter le nationalisme interne dans ce pays, vivant d’un importante rente pétrolière mais aussi exploitant une classe ouvrière expérimentée dans un jeu de classes qui n’est pas binaire vu la masse petite bourgeoise assoiffée de placements extérieurs et qui réclame une plus grande part du gâteau d’hydrocarbures ».

Avec le récent réchauffement des relations internationales vis à vis de l'Iran, l'impérialisme américain a compris que la menace ne suffisait plus, et pense d'une certaine façon que la révolte intérieure lui tend les bras. Ce qui par contre va permettre aux mollahs d'en appeler à la « défense nationale », mais au souvenir de la terrible guerre avec l'Irak, et de la mobilisation militaire de la vie civile depuis tant d'années avec des privations sans fin, il est douteux que l'argument fonctionne.

Dans les grands moments d'ébranlement des sociétés, on peut toujours gloser sur les doubles ou triples fonds, mais ce qui nous intéresse est d'abord l'expression des masses, les formes qu'elles donnent à leur lutte pour se sortir de l'ornière. Il fallait commencer bien sûr par la violence, laquelle est forcément limitée et coûte cher en vies humaines. Le mouvement devra tôt ou tard s'organiser, se doter d'organismes éligibles et révocables...

C'est le constat au plan social qui est le plus subversif, et qui est commun à la plupart des Etats capitalistes surarmés de la région : une énorme partie de jeunes diplômés est sans emploi ou ne trouve que des jobs minables et le budget de l'Etat en sa majeure partie bénéficie à l'armée et aux gangs religieux, sous l'égide du guide de suprême, l'ayatollah Ali Khameini, faiseur de promesses électorales mais aussi de misère massive. Le suprême guide barbu comme le père Noël est sorti de son silence olympien ce mardi pour accuser ce qu'il qualifie les "ennemis" de l'Iran de s'être unis pour porter atteinte au régime de Hassan Rohani, considéré comme un libéral par les capitales occidentales.  Un dictateur bigot qui salue un autocrate libéral, on aura tout vu.
L'ancien président, le réformateur Mohammad Khatami, a condamné les violences de ces derniers jours, mais il a aussi dénoncé la "profonde duperie" des Etats-Unis. Il appelle les forces de sécurité à la retenue mais assure que le gouvernement est déterminé à "régler les problèmes de la population".
"Depuis presque 40 ans, ce sont les ayatollahs, les islamistes qui sont au pouvoir en Iran. Et d'ailleurs, c'est une sorte d'Etat islamique. On n'a jamais eu une vraie République en Iran. Le type de pouvoir politique en Iran, même si il y a des élections, ce sont une poignée d'ayatollahs qui le décident", déplore Irène Ansari de la Ligue des femmes Iraniennes pour la Démocratie. Elle dénonce également les discriminations à l'égard des femmes votées au parlement iranien. Cette aile bourgeoise compte bien servir à arrimer les révoltés sur un terrain de classe à un simple changement de régime "plus libéral", et prouve encore que le féminisme ne signifie en rien une libération de la femme en général. Et que l'exhibition d'un voile ôté en public peut servir bien plutôt de provocation pour laisser les autres enfermées dans leur voile et... leur pauvreté. Le mouvement social qui s'annonce sera-t-il affaibli par les revendications partiales et parcellaires de la bourgeoisie "émancipée"? Le fait divers fait diversion quand le voile fait dispersion...

à suivre...



NOTES :

1https://fr.internationalism.org/icconline/2009/manifestations_massives_en_iran_tankstballes_gardes_rien_ne_peut_nous_arr%C3%AAter_dunya_devrimi.html
2Ce sont souvent les petits bourgeois qui tirent les premiers dans les grands mouvements sociaux, on avait vérifié cela en Pologne dans les années 1970, mais aujourd'hui les enjeux de généralisation sont autrement plus prégnants et avec des prolétaires en première ligne qui en ont marre des curés de toute obédience et plus du tout envie de se mettre à genoux.
3Contrairement à leurs homologues iraniens, les dictateurs saoudiens semblent bien avoir anticipé le mouvement de fond qui gronde dans les tréfonds de ces sociétés encasernées par les vieux carcans religieux, même avec timidité on lança la « révolution » du permis de conduire pour les femmes... ce qui reste très pingre.
4En même temps, l'oppression islamique vole en éclats. Non pas que la population, en se débarrassant du voile (au moment de la fin de daesch), rejette la religion, mais elle réclame la séparation de l'Etat et de la religion, non la destruction de l'Etat (faut pas rêver frères en marxisme!), ce qui sera certainement un ponton d'endiguement du mouvement par les « démocrates » bourgeois républicains dans une phase ultérieure, s'ils parviennent à éjecter mollahs terroristes et leurs gardiens... de la corruption. Dans ce combat, il faut remarquer qu'on se fiche aussi de la division entre chiites et sunnites. Tout est possible, en octobre 1917 en Russie des prolétaires moins nombreux suivis par des millions de paysans ont bien réussi à ficher en l'air l'aristocratie capitaliste corrompue.
5On peut aussi intégrer un complot d'une faction bourgeoise, ainsi certains affirment que les manifestations auraient été initiées en sous-main par les conservateurs qui contestent la politique libérale du président Hassan Rohani. Peu importe, c'est comme l'affaire Gapone en Russie, car très vite elles ont échappé à tout contrôle pour déboucher sur des revendications économiques et politiques qui visent le cœur du pouvoir iranien, qui ne peut plus être endiguée par une simple répression sanglante.

samedi 30 décembre 2017

AU CARREFOUR DES ANTIRACISMES, le séparatisme est roi


« Surtout ne pas discuter de politique. Et ne pas aborder les problèmes de famille. C’est à la maîtresse de maison de savoir diriger la discussion en évitant de parler de la belle-sœur, du beau-frère ou des gens divorcés. Il faut faire passer le mot avant le dîner ». Nadine de Rothschild


La librairie du drugstore Publicis recèle toujours des ouvrages bizarres. C'est pourquoi j'aime me rendre parfois en haut des Champs, ancien lieu de ma feuille de paye1. On trouve aux côtés des ouvrages pipoles pour mondains, dans un coin tel livre hors norme non publié par les éditions officielles courantes. L'Artilleur fait partie d'un réseau de librairies Decitre existant pourtant depuis 1907. Je suis accroché par un titre bizarre, et dont le contenu sera encore plus bizarre et limité : « Autopsie d'un déni d'antisémitisme » par un collectif d'auteurs où je reconnais Michèle Tribalat et Boualem Sansal. Le quatrième de couverture explique faire référence à un procès contre un certain Georges Bensoussan en début d'année, dont ni moi ni la classe ouvrière ne se souvenaient avoir été marqués. Le type, spécialiste du Mémorial de la shoah, était accusé de (retenez votre souffle) : « délit de provocation à la discrimination, la haine, la violence à l'égard d'un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion déterminée ». Ouf ! Ce type devait donc être un terroriste de première main à condamner à mort (au moins moralement). Son méfait, dans une polémique sur la radio de Finkielkraut (France Culture, sic!), avoir dit ceci : « l'antisémitisme on le tète avec le lait de sa mère »2.
L'auguste 17 e chambre correctionnelle du Tribunal de Grande Instance de Paris avait-elle besoin de renflouer les caisses de ses avocats pour gonfler aussi pompeusement un membre de phrase émis sur une radio peu écoutée voir pas du tout par les masses prolétariennes ? On se demandera plus loin qui compose cette chambre, politiquement ?
Le quatrième de couverture dramatise donc un procès picrocholin, quoique Bensoussan ait été relaxé une première fois : « A l'instar d'autres procès intentés par les acteurs de l'islam politique, le procès contre Bensoussan a illustré le mésusage de notre droit démocratique au nom d'un antiracisme dévoyé (hum ! Hum!). Il a montré comment des propos peuvent être déformés et tronqués, pour accuser de racisme celui qui dit le réel. Ce procès avait pour objet, ni plus ni moins, que d'entretenir le déni de réalité sur l'antisémitisme d'origine arabo-musulmane, un déni dont les conséquences dépassent le sujet juif et concernent désormais l'identité démocratique de la France ».
« Mésusage de notre droit démocratique » ? Moi pas être concerné d'abord comme prolétaire par ce soit disant droit. Ensuite peut-être que ce cartel d'intellos bourgeois peut dire des choses intéressantes sur cet « antiracisme dévoyé ». Voyons voir.
Quelques soutiens ou représentants de l'exclusivisme de la souffrance juive peuvent confirmer ce que je constate chaque jour de l'expansion de l'idéologie islamiste (et de son soutien irénique par la gauche néo-stalinienne et trotskienne), cela n'en fait pas des amis, surtout pour des proches de l'académicien de radio Finkielkraut souteneur ambigu de l'Etat colon d'Israël. Ce qui frappe dans cette défense collective de Bensoussan c'est qu'on sait fort bien que la meilleure défense c'est l'attaque, et qu'on va élargir le sujet au-delà de la simple provocation du « chercheur » (d'ennuis...), pour nous convaincre qu'il n'y aurait désormais QU'UN PROBLEME MAJEUR : l'antisémitisme d'origine arabo-musulmane ! Et pas le déni de focalisation sur les arabes en général!
Je savais qu'un ancien de la secte CCIF, Marwan Muhammad, avait déclaré en 2011 : « Qui a le droit de dire que la France dans trente ou quarante ans ne sera pas un pays musulman ? Qui a le droit ? (…) De nous nier le droit d'espérer dans une société globale fidèle à l'islam »3. Ni nonplus le grand combattant de l'islamisme sur les plateaux TV gardés par les flics, Mohamed Sifaoui : « … Certaines chapelles, comme l'obscur Collectif contre l'islamophobie (CCIF)4, profitent du climat ambiant, de la naïveté ou de la lâcheté des responsables politiques et de la crédulité de quelques musulmans, pour entretenir un malaise dès qu'un débat légitime doit s'installer sur des thématiques liées à l'islam ». Cette secte pratique le chantage à l'islamophobie, terme creux inventé comme Hitler inventa la croix gammée.
Boualem Sansal, qui est traité comme un collabo de l'impérialisme par les fachos des sectes
islamistes, est plus culotté de Sifaoui : « Dire que l'islam est incompatible avec la démocratie, c'est simplement répéter ce que le dogme islamique lui-même dit et ce qu'enseignent les autorités religieuses. Au regard du musulman, la démocratie est une bida'a, une innovation impie, fortement condamnée. Il n'y a de pouvoir que celui d'Allah » (p.40). Je suis emmerdé à cet endroit car je suis plutôt d'accord avec le musulman anonyme et pas avec le bon élève Boualem : la démocratie bourgeoise est en effet une fumisterie, mais moi je n'ai pas besoin d'Allah mais d'un humain nommé Karl Marx.
Michèle Tribalat a aussi un côté fayote. La liberté d'expression n'a pas été mise en danger par le micro procès contre Bensoussan. La fumisterie de l'interprétation dominante de la liberté d'expression a été réaffirmée. Le système bourgeois ne défend pas, démocratiquement, la liberté de pensée (ou de penser) mais la liberté de croire ! Nuance : croyez ce que vous voulez bien chers frères en démocratie ! Vous avez le choix parmi le panel des nombreuses supercheries religieuses, mais continuez à tolérer l'intolérable mais à ne pas vous mêler de ce qui est intolérable chez votre voisin !
Alain Finkielkraut, pipole intello souvent crucifié à droite ou pire, fait pourtant souvent de forts subtiles remarques : « Nous avons vécu dans le mythe réconfortant selon lequel le raciste n'avait qu'un visage. Celui de Dupont la Joie. Les cibles étaient les juifs, les arabes, les roms, les noirs. Tout cela a explosé. Il existe toutes sortes de racisme et d'antisémitisme. D'où le secret. Quand l'antisémitisme est français, on ne fait pas les délicats. En revanche, dès qu'il s'agit d'un antisémitisme non prévu au programme, l'idéologie s'affole et montre les dents » (p.65). Et c'est vrai qu'il y a pléthore de Nacira Guénif pour nier tout racisme ou antisémitisme des pauvres de banlieue, mais qui, en même temps, sont capables de dériver et glisser vers la mise en accusation de tous les juifs à cause des méfaits de Tsahal. L'indépendance rêvée de la Palestine sert de bouillon de culture à tous les intégrismes islamistes. Mais là encore, je suis emmerdé. Lorsque Nacira Guénif définit un « ressentiment reposant sur un sentiment d'abandon », elle touche à l'ambiguïté de l'accusation à tout bout de champ d'antisémitisme. Il faudrait que tous ces juges gauchistes maîtres censeurs lisent Proust pour approcher les ressorts contradictoires de l'esprit humain (je ne parle pas d'âme). Condensé de chimie et d'électricité, notre cerveau n'est pas une nappe blanche, ni un dîner de gala comme aurait dit feu Mao. Il est habité parfois de pensées incohérentes, de ressentiment, parfois habité ou envahi par des fantasmes peu amènes voire mortifères. La raison n'a pas toujours raison de nos impulsions profondes. En réalité, cent ans après la justice bourgeoise n'a toujours pas revu sa législation arriérée et rigide à la lumière de Freud, pour juger des motivations impulsives ou réfléchies des réactions hominidées, des réflexes qui échappent à l'entendement du premier concerné . Croyez-vous que le plus vertueux des antiracistes n'est pas au cours d'un séjour prolongé dans le métro passé par vingt secondes d'impulsion raciste, qu'il a toutefois immédiatement combattue en pensant au calvaire de Nelson Mandela ou d'Anne Frank ? Cette grosse femme noire qui, à la queue chez Tati, s'en prend violemment à la « bougnoule » qui vient de la doubler à la caisse, ne mérite-t-elle pas d'être envoyée devant l'auguste 17 e Chambre correctionnelle pour « délit de provocation à la discrimination » et offense au civisme requis à la queue d'une caisse embouteillée de tout supermarché ?
Moi-même, je reconnais passer par des phases où je suis trop gentil, des fois totalement con, voire impulsivement un poil antisémite ou raciste (ce que je me charge de corriger moi-même), ou victime d'un réflexe conditionné. Je peux parfois « manquer d'intelligence », être bête comme mes pieds, jamais obtus (le doute est toujours présent), mais cela ne handicape pas ma faculté de me reprendre, raisonner avec du recul et de faire la part entre des idées débiles qui sont venues parasiter mon for intérieur et de me relever avec des conceptions respectables et qui me valent l'amour de mon prochain5.
Les inepties d'un cerveau déréglé peuvent se lire pourtant dans nombre d'articles de presse de nos jours ou dans des livres que la « justice » ne se soucie point de poursuivre, embouteillée qu'elle est paraît-il, mais soucieuse de faire avancer les dossiers qui sont plus porteurs pécuniairement. On empêche certaines librairies de vendre le Mein Kampf imbitable d'Hitler, par contre l'éditeur gauchiste de la Fabrique, peut étaler partout un brouet raciste et antisémite plus ou moins rédigé par une certaine Houria Bouteldja, égérie des indigents de la République.
Bensoussan pouvait postuler au rôle de lanceur d'alerte (cf. Ses banlieues perdues de la République) mais il eût fallu qu'il fût neutre. Or c'est un des responsables des études sur la dite shoah, exclusiviste, négatrice de la primauté du massacre impérialiste, une des théories américanophiles qui servent à faire oublier qu'une partie des capitalistes ricains ont financé le nazisme à ses débuts et continué à commercer avec lui. Les magistrats néo-staliniens et gauchistes ne sont pas dénués de tout subconscient politique au point de rater l'occasion de régler des comptes, à façade antiraciste, comme un clin d'oeil de l'Etat français aux anciens colonisés maghrébins toujours principaux clients obligés de la métropole. Le procès Bensoussan n'ébranla point la sérénité intérieure antiraciste française, ne fut pas un déni d'antisémitisme mais une opération politique de charme à l'international. Il ressortira d'ailleurs sous peu dans une programmation très politique.
Avec la contribution qui est titrée « les tartuffes de l'antiracisme », on pourrait croire que les amis de Bensoussan, viennent s'aligner sur nos dénonciations de marxistes maximalistes, jusqu'au concept faux d'islamophobie6. Du tout, on y cause de « manipulation sémantique », d'une « métaphore inculpée ». L'antisémitisme serait la perpétuelle épée de Damoclès qui expliquerait de nos jours toutes les dérives racistes, mortifères ou totalitaires ! Exit le monde décadent du capitalisme ! Exit les causes véritables des guerres. La faute à l'antisémitisme s'il faut faire garder l'entrée des églises chrétiennes par des soldats armés de mitrailleuses ? La faute à l'islam ou au racisme si des chrétiens sont régulièrement massacrés en Egypte ou des musulmans au Pakistan ? 7

EFFLUVES D'ANTISEMITISME et fausse rationalité judiciaire

Les défenseurs mordicus de Bensoussan se tirent une balle dans le pied par leur fixation sur un antisémitisme arabo-musulman. D'abord parce que la formule « tété au sein maternel » est parfaitement idiote. Nos chers cailleras des familles monoparentales ne tètent pas longtemps et sont plutôt abreuvés au crétinisme de rue par une fixette sur les rumeurs des « réseaux sociaux » ; comme tel simple harcelé sur face book, leurs délires ne proviennent pas du sein maternel ou de leur origine arabe mais de ce que le nec plus ultra de la technique informatique (US) leur vomit8. Ensuite l'antisémitisme moderne est surtout européen et reste un fantasme collant dans l'inconscient français (donc prégnant sur ses ex-colonisés), lequel, dans la durée, est certainement plus antisémite que celui qui végète entre arabes et juifs, qui, eux, savent que de toute manière ils sont tous de racine sémite.
L'idéologie de tradition antisémite est certainement l'idée la plus réactionnaire que radotent les défenseurs de Bensoussan, à la suite d'ailleurs des chauvins comme Sternhell qui avait inventé une tradition antisémite française. C'est bombarder le passé avec des concepts d'aujourd'hui. L'attitude dominatrice envers les colonisés au XIX e siècle ne peut pas recouvrir l'accusation de racisme comme aujourd'hui. Il n'y a pas un racisme ou un antisémitisme équivalent à toutes les époques. C'est même une duperie de parler du racisme du coran. A l'époque ils se combattent entre factions et sectes religieuses avec des arguments létaux et des métaux ; ce sont des arguments belliqueux qui ne sont pas du même ordre que ce racisme excluant et rabaissant de l'époque contemporaine, dont l'échantillonnage s'étend de la couleur noire nazie à d'étranges coloris antiracistes.
L'évocation des commémorations pour Charlie Hebdo, et du ridicule burkini juste après la tuerie de Nice veulent faire appel au civisme français. Mais on s'en fout du civisme français. J'ai affirmé dans ce blog ne pas me considérer Charlie. Les enterrements d'union nationale impuissance m'ennuient. Et les provocations comme l'invention du burkini aussi. Tarnero a raison de conclure cependant : « Au bal orchestré par le CCIF, les faux-culs de l'antiracisme, la LICRA, le MRAP, la LDH, SOS racisme, seront sur la piste » (p.92). Il eût fallu aussi s'interroger sur les motivations financiaro-politiques du tribunal parisien, et sur le mystère renversant que toutes ces sectes humanitaires rétribuées par nos impôts se rangent en ordre derrière une autre toute petite secte, raciste et facho. Peut-être faudrait-il comparer avec la poignée de main à Montoire ? Ou à la guerre entre Trump/Poutine et le clan US Clinton/mafia financiaro-pétrolière ?

QUI SONT LES MAGISTRATS ANTIRACISTES ?

Encore un titre alléchant d'une certaine Barbara Lefebvre : «L'antiracisme » une vieille lune qui ne
Nadine de R. dévoilée mieux qu'un magistrat
sait plus à quel saint se vouer » . Et elle va nous révéler qui sont les accusateurs qui mettent en cause « l'identité démocratique de la France :
« Si l'on doit se féliciter que le CCIF existe, c'est pour une raison et une seule : faire apparaître publiquement les lâchetés de l'antiracisme à géométrie variable qui prévaut depuis l'institutionnalisation de cette noble cause. Avec la création de SOS racisme en 19849 signifiant la mise sous tutelle idéologique par la gauche caviar mitterrandienne de la lutte contre le racisme, l'antiracisme a suivi la pente fatale à toute doxa : il s'est fossilisé, ridiculisé par ses aveuglements sélectifs, il a fait le lit de ses ennemis (…) Est-il d'ailleurs si étonnant qu'on retrouve dans les rangs des idiots utiles de l'islam politique certains nostalgiques du totalitarisme communiste ? Ils partagent en effet les mêmes méthodes d'intimidation et de disqualification de leurs adversaires idéologiques, et pour certains gauchistes tout vaudra mieux que s'allier aux bourgeois laïcards. Au début de la guerre (mondiale), les communistes français préféraient déjà la neutralité stalinienne (qui n'en était pas une comme on le sait) en mettant dos à dos le nazisme et le capitalisme américain pour justifier de ne pas prendre parti ! C'est la même rengaine aujourd'hui où l'islamisme n'est condamné par les gauchistes qu'à condition d'y voir l'expression d'une souffrance due à l'impérialisme occidental (américano-sioniste de préférence) (p.94). Fort bien dit, mais cela fait des années que je dis que les gauchistes sont au pouvoir, mêlés à la bourgeoisie classique et ne laissant que quelques figurants sans importance en opposition de carnaval dans les sectes NPA, LO et lambertologues collabos. Le texte de cet auteure contient de nombreuses pépites sur la manière de gouverner (et de manipuler) en France grâce à tous les amis du pervers Tariq Ramadan et de la girouette Sifaoui, des indigents de la République, et la liste est longue, il ne faut pas oublier les assocs frauduleuses pour la déradicalisation. Oui il apparaît nettement que l'antiracisme bcbg a supplanté le vieil antifascisme. Oui il existe non pas un racisme d'Etat mais un antiracisme d'Etat, père de toutes les confusions et amalgames. La dame perd son temps à défendre Bensoussan et l'identité de la France. Elle fait l'impasse sur le fait que toute cette théorie antiraciste n'est qu'un vulgaire produit des identitaires américains, qui ont trouvé un meilleur et plus pervers concept que le fascisme (mort) pour dissoudre la lutte des classes.


UN ARRIERE-FOND POLITIQUE FRANCO-ALGERIEN ?

Un certain Olivier Geay veut digérer le lait de sa mère en abordant une autre hypothèse, plus machiavélique, mais pas idiote, concernant la mise en scène du procès Bensoussan. On y rencontre un autre mot à la mode chez les esthètes et les soldats gauchistes : « essentialisation » (= enfermer le quidam dans ses origines ou l'enfermer dans une case). Quel lien avec l'Algérie ?
Sifaoui ment, nous dit cet auteur, en laissant entendre que l'antisémitisme en Algérie « serait apparu avec l'émergence des mouvements islamistes dans les années 1980 », car i ne faut pas oublier « l'importance de l'antisémitisme au sein du mouvement national algérien (à l'exception de Messali Hadj) ». Ensuite, « pour comprendre d'où parle Sifaoui », l'auteur nous fait faire un détour par la « sale guerre » de 1997, « dans un contexte où nombreux sont ceux qui s'interrogent sur le rôle exact des forces spéciales du régime ». On apprend que le général Khaled Nezzar, premier dirigeant de l'armée algérienne, a fait citer un certain journaliste nommé Mohamed Sifaoui... Curieux que celui qui se présente comme le premier opposant au régime des généraux « accepte de témoigner pour le premier d'entre eux » ! On passe ensuite au témoignage De Mohammed Samraoui10, ancien officiers des services de renseignements algériens, qui raconte comment le pouvoir a instrumentalisé la tendance salafiste la plus radicale et les détails de comment « la sécurité militaire algérienne mit sur pied de faux maquis islamistes lesquels accueillirent en revanche les plus fanatiques des militants islamistes » (p.127). L'Etat algérien recrute en parfaite connaissance de cause (si je puis dire) les pires brutes islamistes « dans le dessein de frapper et d'impliquer la France dans la guerre civile ». L'auteur ne développe pas sur le fait que nos « dirigeants » gouvernementaux le savaient et que tous le tairont toujours en complicité avec la mafia gouvernementale algérienne, because intérêts commerciaux mutuels et indéfectibles, au nez et à la barbe de nos gentils antiracistes tierspleureuses tiermondistes.
Du coup on a perdu Sifaoui en route.Et l'auteur n'en parle plus. Il faut donc croire que si Sifaoui a retourné sa veste de royal accusateur de l'islamisme pour se retourner contre le « raciste » Bensoussan, c'était pour changer de conversation, nous convaincre que l'Etat algérien était plus complice des terroristes alors que l'Etat « juif » qui, lui, est une blanche colombe.
On s'en tiendra ici en définitive à un des derniers textes, lettre au président de la LICRA où Muriel Pill met le doigt, sans vraiment s'en rendre compte, sur la fausseté de l'argument raciste et sur l'exagération de l'antisémitisme, promouvant le pauvre Bensoussan au rang de lanceur d'alerte :
« Quand ouvrirez-vous les yeux et reconnaîtrez-vous que les Arturo Ui dont Brecht a démontré la Résistible ascension sont à l'oeuvre ici même et répandent leurs idées séparatistes (souligné par moi), mortifères, dans des manifestations, des tribunes, des vidéos, des cassettes, des tweets, et autre camp d'été « décolonial » (sic) interdit aux non-racisés (resic). Qui stigmatise ? » (p.157).


Quelle insanité! L'islamisme n'est pas un remake du nazisme, mais bien plus son inspirateur amaigri. Le chef de la secte LICRA n'est certainement pas plus aveugle que nous sur les divers compétiteurs en lice, ni sur l'expansion islamique. On compte tant de sectes politiques de droite, de gauche, religieuses, athéistes, baptistes, gauchistes alternatifs et alternants, gauche identitaire, droite identitaire, qu'il est ridicule de se focaliser sur la seule secte à la folle Houria, et qui plus est pour dévier d'une certaine arrogance des animateurs du Mémorial de la shoah, enfin en espérant nous rallier pour demander justice dans un procès qui dépasse le simple accusé, masquant de tragiques visées prosaïquement politiques et impérialistes. Le fond de l'affaire est incompréhensible, même pas à l'aune de l'antisémitisme, sauf si l'on jette un œil en terre ibérique, vers ce séparatisme catalan qui manifeste si bien l'éclatement qui gagne des régions entières du monde capitaliste, comme un repli frileux d'escargot qui ne voit venir que la tempête et l'impossibilité d'inventer un nouveau monde.



NOTES INDISPENSABLES ET PENSEES


1Mon premier job était crêpier à la tour Eiffel. Je fus viré après le 14 juillet 1969, parce que, agrippé aux grilles du deuxième étage j'avais chanté l'internationale avec mon tablier de cuistot. A l'époque le drugstore Champs Elysées était couplé avec la tour Eiffel. Mon patron était Marcel Bleustein-Blanchet. Mon père avait été pistonné responsable à l'étage du magasin de confiserie par le député UDR Jean-Pierre Vigier, ancien résistant comme Bleustein-Blanchet, et comme mon père dont ils connaissaient le passé de fondateur d'un maquis auvergnat. On ignore que la droite bourgeoise est souvent pourvoyeuse d'emploi à discrétion, comme la gauche... ce qui explique la fidélité d'une partie des électeurs.
2Loin d'être spontanée cette petite provocation, qui peut laisser supposer que les arabes sont tous antisémites, était bien préparée puisque Bensoussan l'avait fait précéder d'une déclaration analogue d'un sociologue algérien, Smaïn Laacher, se protégeant ainsi de l'accusation crétine d'islamophobie puisque s'appuyant sur un avis... d'arabe. En vérité, Bensoussan ne faisait que produire ainsi ce qui est souvent tété dans certaines familles juives ou israéliennes, c'est que les arabes sont des crétins. Atavique et non biologique ou viscéral n'est-ce pas ? Atavique désigne le culturel, et viscéral, qui dépasse la raison, plaida Bensoussan.
3Sur ce point, le type avait pourtant raison... d'espérer. Rien ne m'empêche, moi, ni la justice de classe ni ce quidam ni Finkielkraut de penser que dans trente ou quarante ans les frontières nationales auront disparues et qu'on entamera la première phase de la société communiste.
4Mieux connus sur mon blog comme « indigents de la République ».
5Simone Signoret a dit un jour que, concernant justement ces idées bizarres qui viennent en nous malgré nous dans nos petites têtes, comme des effluves racistes ou des relents d'antisémtisme, il faut être très rigoureux dans la vie privée familiale face aux enfants. Et donc se retenir de tout ce qui vous passe par la tête. A ce point de vue, j'ai tout maîtrisé face aux divers enfants que j'ai élevé, et contrôlé les inepties ; il faut dire que j'ai eu la chance de n'avoir que des enfants intelligents. Ma perception des inepties dans l'intimité commença très jeune. J'ai toujours éprouvé de la compassion pour l'étranger abandonné, quelle que soit la couleur de sa peau. Je méprisais autant les expressions « crouillas » (pendant la guerre d'Algérie) que « youpins ». Pourtant ancien résistant, défenseurs des juifs persécutés pendant la guerre, mon père voyait des « youpins » partout dès qu'il se produisait un scandale financier ; mai 68 était un coup monté des « youpins ». Cela me choquait de me sentir méprisant... à l'égard de mon propre père. Dans la famille au fin fond d'un bled lozérien a débarqué un jour un beau-frère libanais qui se mit à expliquer à mes petits neveux qu'un livre expliquait TOUT : les protocoles des sages de Sion. Ma fureur fut à la mesure du sentiment d'impuissance que l'on ressent à chaque fois que les vieux clichés reviennent faire les beaux et vous narguer : « va-y démystifie moi une fois encore ! ».
6Je ne suis pas islamophobe parce que je ne craint pas l'islam. L'islam m'emmerde, comme tant d'autres idéologies qui croupissent grâce au capitalisme, je suis donc islamo-hostile de fond, mais je ne place pas cette hostilité sur le plan du racisme ou de l'antiracisme, mais sur celui de croire ou ne pas croire, et surtout de ne pas emmerder systématiquement les autres avec ses propres croyances.
7La plupart des attentats, sous couvert de vengeance religieuse ou de folie islamique (avec des dérapages individualistes nihilistes) servent les politiques des Etats les plus puissants. Cela ne signifie pas que, comme par le passé, les exécutants ne soient pas habités par les pires arriérations, meurtriers de l'Irgoun ou du FLN. Tarnero rappelle justement ce qui ne fait pas honneur aux « libérateurs nationaux », et sur lesquels les trotskiens font silence : « La guerre d'Algérie a fait oublier les pogroms arabes, les liens du nationalisme algérien avec le nazisme, car la juste cause de l'indépendance primait sur les bavures racistes de FLN. Inscrit dans le giron progressiste du tiers-mondisme, le signifiant « arabe » éclipsait les parts d'ombre régressive de l'islamisme » (p.84)
8L'ignorance crasse de cette réalité se trouve en page 151, dans la contribution d'une Muriel Pill. L'IFOP a travaillé à partir de l'idiote question suivante : « Comment des français de culture musulmane construisent-ils leur perception des juifs ? ». Question ridicule et typique d'ânes académiques ! Menée avec les pires clichés, l'enquête obtient les réponses qu'elle voulait par ses questions ! Toujours les mêmes affabulations sondagières générées par le pouvoir de maintenir... dans l'ignorance et l'obscurantisme démocratique.
9Cf . L'immigré fataliste et sa religion policière (2012, ed du pavé). Je suis modeste en général, mais je trouve que certaines formules eussent pu être écrites par moi-même, à moins que ces auteurs ne me les aient repiquées, ce en quoi je leur sais plutôt gré.
10« Chronique des années de sang. Algérie : comment les services secrets ont manipulé les groupes islamistes (ed Denoël 2003).

jeudi 28 décembre 2017

POURQUOI CE BESOIN DE CROIRE... AU TRAVAIL?


dieu vit mon salaire et pleura
« L’ouvrier qui a porté sa propre peau au marché ne peut plus s'attendre qu'à une chose, à être tanné » Marx

« L'ancien mode d'exploitation féodal ou corporatif de l'industrie ne suffisait plus aux besoins qui croissaient sans cesse à mesure que s'ouvraient de nouveaux marchés. La manufacture prit sa place. La moyenne bourgeoisie industrielle supplanta les maîtres de jurande; la division du travail entre les différentes corporations céda la place à la division du travail au sein de l'atelier même. Mais les marchés s'agrandissaient sans cesse : la demande croissait toujours. La manufacture, à son tour, devint insuffisante. Alors, la vapeur et la machine révolutionnèrent la production industrielle. La grande industrie moderne supplanta la manufacture; la moyenne bourgeoisie industrielle céda la place aux millionnaires de l'industrie, aux chefs de véritables armées industrielles, aux bourgeois modernes ».
Manifeste communiste

« Le travail est la mise en jeu de toutes les richesses et de toutes les forces naturelles ou artificielles que possède l’Humanité dans le but de satisfaire tous ses besoins. » Auguste Comte


De la religiosité pendant le travail ?

De la division du travail à la division religieuse dans le travail

Avis à tous ceux qui croient à la disparition du travail, je n'y crois pas. Et contrairement à ce que mon titre pourrait laisser à penser il ne sera pas question dans cet article d'une croyance au travail, mais de la nécessité de penser à autre chose qu'au travail, pendant le travail et hors du travail. Vous ne trouverez pas non plus d'élucubrations sur le remplacement des hommes par des « machines intelligentes » ni de l'intérêt de la productivité nationale à l'horizon 2018, quoique je regrette qu'on n'ait point commémoré Octobre 17 par un remake d'ampleur honorable cette année écoulée. Le travail reste central dans la société mais il n'est plus central pour la majorité des prolétaires, alors même que nous n'avons pas changé le monde pour une société plus évoluée... La division du travail base de la division1 entre classes sociales... Le travail comme activité libre pourrait exprimer le développement des libres capacités des individus leur permettant de se produire comme sujets singuliers dans un monde de partage sans frontières et sans argent... mais ce n'est pas le cas en ce monde-ci.

L'antiquité, puis le Moyen Âge et enfin la période moderne ont accordé une place variable au travail. Du mépris du travail considéré comme réservé aux esclaves, au servage, puis à la naissance du salariat et à sa généralisation à l'époque actuelle, le travail est envisagé comme périssable ou même un perpétuel lieu d'aliénation. Il a été une obligation. Il est parfois aujourd'hui une distraction ou une denrée rare. Il peut être constitutif de soi comme répulsif pour la santé mentale. La diminution du temps de travail n'est plus devenue un objectif urgent ou nécessaire du si vieux mouvement ouvrier comparé au besoin de réorganisation de la vie en général. Pourquoi le religieux revient-il s'en mêler ?


LE TRAVAIL NE PEUT PLUS ETRE AU COEUR DE LA SOCIETE ?

(le livre de Denis Maillard : Quand la religion s'invite dans l'entreprise)

« Ce sont les lois Auroux d'août 1982, qui introduisent formellement les « libertés personnelles » dans l'entreprise privée, où régnait jusqu'ici la subordination au pouvoir patronal » (Maillard p.105)
 400 francs pour tous, 5e semaine accolée aux congés, 30 minutes pour le Ramadan ; nous voulons être respectés ! », ce slogan brandi sur une banderole des grèves du printemps 1982, résume la complexité du fait religieux en entreprise; mais pas encore les à côtés pathologiques et asociaux tels que le refus de serrer la main aux collègues femmes ou la généralisation de l'uniforme islamique pour les femmes. Comment dans un conflit social en est-on venu à aligner une demande personnelle sur les revendications liées aux conditions de travail ? Pourquoi la religion a-t-elle été avancée à l'époque comme un élément constitutif du respect de la dignité de l'ouvrier immigré ? Ou d'origine immigrée ?
L'islam est d'abord, pour l'époque moderne, « une religion issue de l'immigration »2, et cet islam des années 1980 « est essentiellement ouvrier »3. Maillard aborde l'islamisation, non pas sous l'angle idéaliste habituel mais comme une donnée liée « au cœur des transformations du travail puisque la crise et la désindustrialisation vont le (le monde industriel ouvrier) frapper de plein fouet et renvoyer brutalement ces croyants à la catégorie d'étrangers » (p.143). Sous l'angle de la diversité d'abord, une théorie de la gauche bourgeoise, la religion fait un « retour » dans l'entreprise, car elle y avait déjà été présente par exemple sous sa forme chrétienne à la fin du XIX e siècle. La réislamisation des « descendants d'immigrés » va se faire sous l'angle d'une « individualisation de la croyance », « qui est particulièrement bien adaptée aux mutations du travail contemporain, mais qui paradoxalement en souligne les limites ».

Le premier à s'indigner de cette immixtion de la religion en entreprise est le ministre du travail Jean Auroux ; en février 1983 il déclare : « Je m'oppose à l'institutionnalisation d'une religion, quelle qu'elle soit, à l'intérieur du lieu de travail (…) « Lorsque des ouvriers prêtent serment sur le Coran dans un mouvement syndical, il y a des données qui sont extra-syndicales (…) Un certain nombre de gens sont intéressés à la déstabilisation politique ou sociale de notre pays parce que nous représentons trop de choses en matière de liberté et de pluralisme ».
Les grèves « pour la dignité » des ouvriers majoritairement musulmans en 1982, Citroën à Aulnay, puis Talbot à Poissy et à Renault Billancourt, mettent en avant cette curieuse revendication que nous ne voyons même pas poindre à l'époque, nous les petits groupes du maximalisme toujours en soutien aux revendications « immédiates » (salaires, horaires, etc.) mais pas immédiatement religieuses. L'auteur exagère de présenter ces grèves comme « mai 68 des immigrés », ce qu'elles ne sont pas plus que des « grèves saintes » que soutient la CGT (dont les 30 minutes pour le ramadan). On n'est pas loin des ouvriers polonais agenouillés dans les usines de Gdansk en 1981 ; les meetings sont entrecoupés de prières qui ont lieu sur les parkings des usines occupées. On n'a rien vu de tout cela, focalisés que nous étions sur les principales revendications immédiates et sur les violences à Poissy en particulier. Confondre dignité de prolétaire et religion aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Même le premier ministre Mauroy, qui finira par autoriser des salles de prière à Billancourt, tente de résister à cette nouveauté, « la dignité religieuse en entreprise », et il n'a pas tort de voir des travailleurs immigrés « agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales » (p.152).

Les grèves jusqu'ici, comme la communale, avaient plutôt servi comme facteur d'intégration à la conscience de classe. Le travailleur d'origine étrangère, italien, espagnol ou maghrébin, se trouvait souvent être le plus remuant et le plus déterminé dans le « combat de classe » avec ses « camarades de classe ». Même la gauche stalinienne est dépassée par l'événement. Feu le ministre Jack Ralite, pas encore gagné à la théorie fumeuse de l'antiracisme, défend encore l'idée que la meilleure solution est l'aide au retour au pays face aux plans sociaux massifs dans l'industrie. L'action unanimement décriée par tout le monde du maire PCF de Vitry, qui avait tenté de se débarrasser d'un foyer pour travailleurs maliens, est encore dans les mémoires. Penser limiter l'immigration, alors que le PCF voulait limiter les ghettos et exiger que les communes de droite prennent leur part pour accueillir, c'était encore à l'époque « faire le jeu du FN ». De ce moment date l'intronisation de l'accusation de « racisme », avant c'était plutôt « facho » ou « réac ». Maillard résume assez bien le tour de passe passe réalisé par l'idéologie bourgeoise, capable de se renouveler constamment : « Il est impossible d'enchâsser la question migratoire dans la question sociale, car, déjà, les ouvriers immigrés sont vus comme des étrangers en proie à des discriminations raciales plutôt que des travailleurs aux prises avec les conséquences de la crise économique ». Or, c'est une créature du parti gouvernemental (socialiste) qui va introniser la nouvelle idéologie ad hoc pour les jeunes révoltés, SOS racisme qui s'arroge d'incarner les « banlieues rebelles » et antiracistes. La marche des beurs, dont l'auteur ne nous dit pas qui l'organisa en sous-main, n'est pas un échec, ce sont les fonds baptismaux de l'antiracisme bobo, dont toute la presse s'extasie. L'ancien travailleur immigré, plutôt combatif et désintéressé, va laisser la place aux jeunes réislamisés et « fiers de leurs origines ». La dignité aura été replacée hors du travail mais pour y faire un retour en force. Le mouvement de complaisance étatique et de reconnaissance des « différences » par les gouvernements successifs est évidemment à la traîne des événements internationaux, depuis l'Iran jusqu'aux apologies de la multiculturalité depuis les Etats Unis et les pays anglo-saxons. Avec l'effilochement de la croyance en Moscou la gâteuse, dès avant la chute du mur de Berlin, la bourgeoisie mondiale n'aurait-elle pas anticipé l'intérêt de favoriser le retour du religieux ? L'auteur ne nous répondra pas puisqu'il demeure dur le terrain franco-français comme si ce retour du goupillon n'avait été qu'hexagonal.

Il note cependant que c'est bien la propagande pour une société multiculturelle des gays aux musulmans par les élites de la gauche bourgeoise qui font de « l'épanouissement de la question religieuse au travail », « l'enfant improbable de ces politiques de diversité », résultat « d'un demi-siècle de subjectivation et d'individualisation de la relation au travail ».

La plupart des transformations du travail seraient, selon cet auteur, une réaction au choc de Mai 68. C'est donner beaucoup d'importance à Mai 68 pour ses récupérateurs superficiels. L'abandon du modèle fordiste du « travail à la chaîne » est tout autant la conséquence des manifestations de la fin des sixties à Berkeley que des milliers de grèves partout dans le monde. C'est le néolibéralisme qui triomphe dans les années 1970 pas la théorie bolchevique. On peut dire que Mai 68 a ridiculisé les traditionnelles revendications salariales des syndicats, prônant à la fois amélioration des conditions de travail mais surtout besoin de consommer et de s'épanouir « hors du travail ». Le néolibéralisme transforma aussitôt ce besoin en « aspirations de l'individu au sein de son travail ». Mai 68 posait confusément à la fois la transformation et la fin du travail, on ne peut par conséquent lui faire porter le chapeau de l'individualisme en régime capitaliste ou du désir de prier au travail. Le néolibéralisme, avec le prurit consumériste, met fin à la séparation vie privée et vie professionnelle. L'individualisation de la relation au travail – on est reçu un à un aux bureaux de chômage – met fin au temps où les prolétaires embauchaient aux mêmes heures, où les augmentations étaient collectives. Mieux que les syndicats corporatifs étouffoirs de la conscience de classe, le néolibéralisme parvient à émietter complètement la conscience ouvrière. L'ambiance du travail envahit la sphère domestique ; jamais dans l'histoire autant de salariés n'ont été victimes de longues dépressions où se chevauchent humiliations au travail et échecs personnels, de suicides et de désespérance. La flexibilité a généré la psychologisation du travail ; la surveillance des chefaillons n'était pas vécue comme harcèlement, l'envie de cogner un chef brutal a mué en « risques psychosociaux » (= meurtres de collègues). Le travail n'est plus qu'une expérience individuelle où l'on espère la promotion de son... intimité !
L'auteur parle d'une vague crise d'appartenance, mais nous pouvons en déduire qu'il y a bien une crise d'appartenance à la classe ouvrière, comme classe collective dès lors que le « salarié » en est réduit à ce qu'il croit être un « rapport personnel » à l'entreprise ou à l'entité économique ou industrielle dont il n'est plus qu'un anonyme sous-traitant, qu'on le qualifie de manager, d'ingénieur ou de responsable des commandes. La majorité des prolétaires en France travaillent dans le secteur privé en CDD, et sans jamais avoir le moindre soutien réel des « bastions » du public, où le chacun pour soi règne en maître grâce et avec les divers syndicats.

QUE FAIRE POUR RETROUVER UNE IDENTITE ?

La démarche de cet auteur a donc été très marxiste finalement jusqu'ici, au lieu de faire dépendre la réislamisation de méchants gourous masqués ou du complot terrien de daesch, il ets parti des transformations du monde du travail, le véritable monde terre à terre et contraignant qui permet de prétendre à une vie sociale, quelles que soient nos origines à tous. Maillard en déduit un deuxième âge de la subjectivité. Le premier, car le travail ouvrier même collectif n'a jamais été le nirvana, donnait sens à l'individualité « à travers une adhésion et une inscription dans des collectifs : nation, parti, église, syndicat, association, quartier et, bien sûr, entreprise. On était « les Renault », « les LU », ou on était cheminot, postier, etc. ». Le deuxième âge est plus tortueux. L'individu veut être « reconnu » dans son travail, mais l'amour, la politique et le bénévolat se vivent tous sur le « mode projet » dans la guerre de tous contre tous.Maillard tape juste en disant que la travail connait une crise non pas religieuse mais existentielle ! Il considère que l'on est passé « de l'âge marxiste à l'âge hégélien ». En gros la lutte des classes serait remplacée par la lutte pour la reconnaissance des communautés. Hegel était le grand penseur de la reconnaissance, mais sans changer l'ordre des choses, quand Marx pensait surtout à faire reconnaître la nécessité d'une société supérieure au capitalisme.
« Croire c'est montrer que l'on croit ». L'exhibitionnisme musulman (terme que n'utilise pas l'auteur) n'est pas moyenâgeux mais très moderne. On montre son uniforme de bigot provocateur plus qu'on ne croit à un dieu inventé, comme on montre sa BMW mais pas le listage des années de crédit revolver. Il est ridicule de mettre dans le même sac l'établissement en usine ce Simone Weil au mitan du siècle dernier, cette brillante intellectuelle (compagne de route de notre GCF) était bien venue pour se battre avec le prolétariat universel pas pour prier en usine. L'affirmation musulmane en entreprise n'est qu'une recherche de l'affirmation individualiste, dans le prolongement des modifications du monde du travail, qui fait croire qu'il tient compte désormais des désidératas individuels concédant qu'il les avait tant méprisé auparavant, mais finalement méprisant dix fois plus le salarié en lui concédant quelques minutes de prière au lieu d'augmentations de salaire. Ce n'est pas le religion qui s'engouffre dans les failles du travail (p.187) c'est le travail qui se sert de la religion pour perpétuer inégalités et hiérarchie des fonctions, où la religion sert de baume au travail en miettes.
La politique d'accommodement religieux, d'essence multiculturaliste néo-américaine, est la vaseline qui permet de faire passer toutes les politiques de flexibilité pour les travailleurs qualifié désormais de « nomades heureux » qui peuvent « multiplier les identités au travail ». La reconnaissance des « identités au travail » recèle pourtant un plus grand totalitarisme, juridique celui-là qui repose encore sur des mesures disciplinaires et une juridiciarisation des conflits au travail. La liberté au travail, c'est bien le dernier mythe putride que le capitalisme moderne aura voulu inventer.
Maillard croit qu'il suffira de tempérer « l'ardeur des croyants » et plaide idéalement pour « la reconstitution de conditions de la vie en commun », « une reconstruction du sens collectif que revêt le monde professionnel » dans « la révolution numérique qui permet de travailler comme on le souhaite, où on le décide et quand on le désire »

Loin de cette conclusion enchanteresse de sociologue idéaliste il nous faut revenir aux réalités économiques du capitalisme. Depuis des décennies, la part du travail (traitements et salaires) a diminué dans le revenu national de tous les pays de l'OCDE, sans que cela implique une dégradation du niveau de vie des travailleurs qualifiés ; quoique le paupérisation touche de plein fouet les prolétaires non qualifiés... Face à la concurrence des pays (émergés, l'INDE va ravir la 5e place à la France l'an prochain) à bas coût de main d'oeuvre, l'Etat s'est désengagé du secteur marchand. Les privatisations ont permis des profits faramineux. Le secteur privé permet toutes les dérégulations salariales et d'employabilité, et réduit à zéro le co-pouvoir syndical. La politique des bras ouverts aux migrants ficelés idéologiquement par la religion de la soumission est tout à fait conforme à cette mutation gigantesque et misérable du développement du travail précaire, sous payé, pour, en effet, produire à bas coûts et sans risque de grèves. Il est prouvé que là où des salles de prière ont été accordées les grèves se font rares ou inexistantes ; singulière postérité des grèves « pour la dignité » de Poissy en 1983. Vivent les migrations et l'islam clament tous les collabos du capitalisme « internationaliste » comme le super révolutionnaire Benoît Hamon, complètement en phase avec le capitalisme concurrentiel français4.

Le monde du travail est dans l'enfer, et, en attendant qu'il fasse éclater tous les particularismes, on peut toujours lire cette fameuse sentence collée au mur dans les entreprises pendant les trente glorieuses :

« Le bon dieu se pencha sur ma feuille de salaire. Et il pleura ».

Parodions enfin en l'actualisant le Manifeste de 1848 :

« L'ancien mode d'exploitation nationalisé ou corporatif de l'industrie ne suffisait plus aux besoins artificiels qui croissaient sans cesse à mesure que s'ouvraient de nouveaux marchés émergents. La mondialisation prit sa place. La bourgeoisie bancaire et industrielle supplanta la machine à écrire et le téléphone filiaire par la transmission informatique; la division du travail entre les différentes corporations céda la place à la division religieuse du travail au sein de la boite même. Mais la crise s'agrandissait sans cesse : le chômage croissait toujours et ni Jésus ni Mohammed ne se manifestaient. La religion en entreprise, à son tour, devint insuffisante. Alors, l'insurrection et la révolution mirent fin à la crise existentielle. Le communisme supplanta le règne du capitalisme; la bourgeoisie totalitaire céda la place aux prolétaires universels, aux femmes libérées, aux enfants du monde émancipé ».
1
2Maillard p.142.
3Ibid p.143.
4Lire : http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/12/26/31003-20171226ARTFIG00197-elisabeth-levy-en-matiere-d-immigration-macron-va-bien-plus-loin-que-ses-predecesseurs.php . Le pape appelle à ouvrir grand les bras aux migrants, mais ses délégués tiennent un tout autre langage sur le terrain. J'ai été vérifier à la messe de minuit de l'Eglise Saint Eloi à Paris, l'officiant a déclaré qu'il fallait les aider à se développer « chez eux ». Nuance. Mais les curés n'ont jamais été très forts en économie.