"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 2 juin 2016

UNE énième MANIFESTATION contre la loi " travaille ! "

Lorsque je lis l'encart suivant, je me laisse abuser en croyant qu'une AG inter-catégories va se dérouler immédiatement dans la foulée de la manif promise « intercatégorielle ». J'ai lu trop vite, l'AG n'est programmée qu'à 18H30, Bourse du travail, place de la République, non loin des zoos de Nuit debout, et une fois les manifestants dispersés. Les syndicats radicaux n'ont rien à inventer par rapport à leurs grands frères des syndicats officiels de l'Etat capitaliste, ils n'ont qu'à imiter.

Manifestation des cheminots

http://paris.demosphere.eu/rv/48217
Trajet / parcours : rendez-vous à 13h30 à la gare MontparnasseGare Montparnasse > Rue du Départ > Rue de Rennes >Bd Raspail > Bd St-Germain > Ministère des Transports
Rassemblement devant la Gare Montparnasse à partir de 13h30
Arrivée vers 15h30, rassemblement devant le Ministère des Transports, dispersion vers 17h

Manifestation déposée par la fédération SUD-Rail.
Appelée aussi par l'AG inter-luttes et les "enseignants debout".

Soyons ingouvernables !
Manifestation jeudi 02 juin à 14h00 Gare Montparnasse
Rassemblement devant la Gare Montparnasse à partir de 13h30
Arrivée vers 15h30, rassemblement devant le Ministère des Transports, dispersion vers 17h

18h30 AG de lutte à la Bourse du travail de République, salle Croizat



A 13H30 il y a énormément de gens sur les quais de la gare Montparnasse, je me dis qu'on ne peut pas les confondre avec les manifestants. Ces derniers sont déjà sur le parvis face à la tour : drapeau CGT, SUD-Rail, NPA. Pas la foule mais déjà un zigoto qui s'amuse à cramer le goudron avec un fumigène. Je m'aperçois que je ne suis jamais seul lorsque je viens à une manif à Paris, et que je connais plein de gens même si tous ne me reconnaissent pas. Je vais tailler la bavette avec de vieux chefs de LO retraités, qui persistent à ne voir dans le terme du conflit qu'un deal entre la CGT et le gouvernement, façon : tenez-compte de notre syndicat ou on fait un malheur ; ce que je considère comme une fable à journalistes. On croise des vendeurs d'un petit canard « bolchévik », des vieux chenus avec « Lutte Ouvrière », plus loin flottent au vent de la tour des drapeaux noir et rouge.

Mais voici mon quart d'heure de gloire, un journaliste de la BBC et son caméraman demandent à m'interviewer.
  • en anglais ?je vous préviens je ne possède qu'un anglais de caserne...
  • no no en français.
  • Vous êtes solidaire de ce mouvement ?
  • Tout à fait, c'est la principale attaque contre la classe ouvrière depuis la guerre mondiale, par un parti qui se disait socialiste, qui nous avait accordé les 35 heures pour partager le travail, et qui maintenant veut qu'on partage les salaires... là on veut plus !
  • que pensez-vous que vont pouvoir faire ces milliers de visiteurs étrangers pour l'Euro de football si les grèves continuent ?
  • C'est pas grave ils viendront jouer au football dans les manifs avec nous.
  • Vous êtes célèbre en France ?
  • Oui
  • quel est votre nom ?
  • Jean-louis Rock
  • Jean-louis comment ?
  • Rock : r.o.c.k.
  • Merci de votre témoignage.

Apercevant une autre vedette, je vais la saluer. Philippe Poutou arbore le sourire rayonnant du type que vous avez certainement vu à la télé au moins une fois, ce qui titille toujours votre histrionisme personnel. Je lui rappelle mon erreur de lui avoir conseillé de rester calme le jour de son passage à l'émission de Ruquier face à la bourgeoise Pulvar, qui s'était moqué de son absence de diplôme :
  • voilà c'est de ta faute, dit-il avec son sourire éclatant.
  • Mais merde il faut savoir s'énerver parfois, tu n'aurais pas dû m'écouter ! Allez bonne manif.
    La manif démarre, comme vous le voyez sur mon film sur face-book, précédée par la camionnette de Sud-rail avec son animateur gogol qui fait crier ses slogans simplets par la foule (1500 ou 2000 à mon avis). La manif vit si on sait se déplacer à l'intérieur. Elle tangue. Elle danse. On y croise d'ex-militants. On apprend que certains ont été emportés par le cancer, même des qui croyaient plus à l'orga ni au communisme. C'est moche quand même de claquer à la cinquantaine. La foule est mélangée, des vieux machins chaloupent au milieu de jeunes lycéennes au cul rebondi. On se croirait presque en boite de nuit quand le gogol de service animation sud-rail cesse de hurler ses slogans anti-capitalistes très corporatifs pour alterner avec de vieux tubes pop ou un rap sauvage. On gigote des hanches et des bras. On salue les ouvriers immigrés dans les étages des immeubles en construction. Ils saluent aussi et leurs portables flashent le passage des syndicalistes radicaux. Je peste au carrefour qui indique le Sénat à trois cent mètres, je crie « tous au Sénat », mais l'encadrement syndicaradico-cheminot continue à entraîner le troupeau chantant et dansant vers la Seine comme le joueur de flûte du conte allemand. Vers une dispersion ridicule.

Boulevard Montparnasse je viens tenir une large banderolle flageolante, en partie abandonnée par une des porteuses, je l'agrippe et marche aux côtés des autres porteurs, ce qui permet une sympathique discussion. Je leur dis : vous savez, nous on a beau être retraités on est avec vous. Le jeune à catogan me répond : c'est normal on est ouvert à tous à nuit debout. Je lâche la banderolle et je vais me placer devant pour voir ce qui est inscrit dessus : « DEBOUT CONTRE LE 49.3 : Etudiants, chômeurs, sans papiers, précaires, retraités ». J'ai été flashé plein de fois par des photographes, pas grave mais je sais maintenant pourquoi moustache, un ex du CCI me faisait les gros yeux. Je vais me mêler d'une algarade entre manifestants qui empêchent des cagoulés de péter la vitrine d'une banque, je suis du côté des manifestants anti-casse.
La balade corporative sera pourtant très courte, quoique animée de sautillements et de courtes cavalcades. Elle est déjà dissoute au niveau de Sèvres-Babylone et de l'hôtel Lutecia ».

Pas de meeting, ni d'orientation intelligente. Le zozo de Sud Rail demande aux manifestants s'ils veulent se payer Hollande, la foule répond : ouiiiii ! Et ajoute : savez-vous qu'il est à la Porte de Versailles ? Nonononon... Et bien nous allons aller le retrouver là-bas, vous pouvez descendre à la bouche de métro juste en face de vous... on se retrouve là-bas.

Désarroi d'un groupe de lycéns : qu'est-ce qu'on fait ? Je m'approche d'eux. Ils vont m'entourer, ce sera une ...mini AG. Je vais leur tenir des propos que j'aurais jugés réacs à leur âge.

  • c'est la nasse, la dispersion à la manière classique des grands syndicats. Vous savez, depuis 50 ans toutes les manifestations syndicales sont organisées pour qu'il n'y ait surtout pas d'AG à la fin pour réfléchir ensemble, pour laisser aux appareils « quelle suite donner au mouvement »... Pas la peine d'aller à la Porte de Versailles, Hollande n'y sera plus et les cars de police vous attendront un à un.
  • oui mais les flics là-bas.... qui bloquent le boulevard Raspail...
Un des gamins salive à l'idée d'aller se faire un CRS. Et les autres sourient, d'un air entendu. Ils n'ont guère plus de quinze ans et sont plutôt minus physiquement.

  • laissez tomber ! Combattre le capitalisme c'est pas taper sur un CRS. En plus vous faites pas le poids, et sachez qu'un seul coup de pied contre un flic coûte très cher. Y a un jeune ouvrier qui s'est pris huit mois ferme à Lille. Dans ce cas, vous êtes seuls face à la justice de classe, plus un ami ni un syndicat pour vous défendre... les vrais flics sont les syndicats et le discoureur que vous venez d'entendre...
  • mais monsieur vous pouvez pas aller prendre la parole au micro pour dire ça ?
  • Sans problème, j'ai déjà parlé devant des milliers de personnes mais ils ne vont pas me passer le micro. Sachez que, lorsque vous serez dans la vie active il faut imposer des AG et des décisions collégiales contre les appareils qui décident à notre place...
  • ouais ça c'est vrai monsieur c'est « ferme ta gueule je décide à ta place » !
  • mais m'sieur l'émeute fait aussi partie de la révolution ?
  • Oui mais ce n'est pas son niveau le plus intéressant.
  • oui, objecte un autre, faudrait que les syndicats soient unis...
  • non observe bien, après guerre on a créé FO pour diviser l'avis des ouvriers ou les empêcher d'échapper dans la nature au syndicalisme pourri du syndicat unique stalinien CGT... et tu vois bien qu'ils prennent des avis différents lors de chaque conflit, non il faudra créer nos propres organisations... la révolution c'est dans la tête pas jeter des cailloux sur les CRS, si votre pote veut se dérouler, faites un match de foot dans la cour du lycée...
Ils s'éloignent finalement vers le métro. L'un d'eux lance : j'espère qu'on se reverra m'sieur !

Voilà pourquoi je peux mourir heureux. Comme m'avait dit Christian le moustachu, ex du CCI, au début de la manif: ton blog ne se renouvellera pas lorsque tu seras mort et on ne le saura même pas, que tu es mort, on n'est que de passage.

Pas vraiment honteux d'avoir porté le slogan de la banderole « nuit debout », je n'irai pas apporter l'eau de mon moulin à leurs débats de cuistres, et puis République c'est trop loin pour mes pieds meurtris.

mercredi 1 juin 2016

COUPON A ENVOYER A VOTRE EMPLOYEUR





DANS CE MONDE DE FOU, UN PEU D'INCONSCIENCE !!!!
VOUS EN AVEZ MARRE DE CES GRÈVES ET DE CES BLOCAGES ? FAITES LE SAVOIR !!!!!



COUPON A ENVOYER A VOTRE EMPLOYEUR


Aujourd'hui, je travaille, je ne revendique rien.
Je demande à ne pas bénéficier des améliorations que les travailleurs en grève pourront obtenir, par exemple :
- Je demande à travailler au moins jusqu'à 67 ans ;
- Je veux pouvoir être licencié plus facilement, qu'il s'agisse d'une incapacité due à un accident du travail ou à une diminution des bénéfices de mon entreprise ;
- Je souhaite que mes indemnités soient réduites en cas de licenciement, y compris en cas de licenciement abusif ;
- Je suis favorable à ce qu'il y ait un droit du travail par entreprise et non plus les mêmes droits pour tous ;
- Je ne souhaite plus passer de visite médicale du travail ;
- Je veux que mes horaires de travail (durée et répartition) puissent être modifiés n’importe quand ;
- Je veux pouvoir travailler jusqu'à soixante heures par semaine, et même sans limite en cas de forfait jour ;
- Je souhaite que mes heures supplémentaires soient moins bien rémunérées et je suis d'accord pour qu'elles ne me soient payées que tous les trois ans ;
- Je suis d'accord pour que mes dates de départ en congés puissent légalement être modifiées moins d'une semaine avant mon départ ;
- Je suis favorable à ce que les apprentis mineurs puissent travailler quarante heures par semaine ;
- Je souhaite que tous les conquis sociaux soient remis à zéro tous les cinq ans ;
- Je suis favorable à l'étouffement des services de l'inspection du travail ;
Merci de répondre favorablement à mes demandes.
Date et signature :



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EN OPTION. Pour préparer l'avenir avec modernité je ne souhaite plus bénéficier des améliorations gagnées par le passé :
- Je renonce à mes congés payés ;
- Je renonce à la Sécurité Sociale ;
- Je ne veux plus de salaire minimum ;
- Je suis favorable à l'interdiction des syndicats et du droit de grève.


dimanche 29 mai 2016

ARCHIVES : Lettres de Léon Trotsky et d'Andreu Nin



La reproduction de la lettre de Nin – qui correspond avec Trotsky dans un français impeccable - est une sorte d'hommage que je souhaite rendre à ce révolutionnaire intègre, lâchement assassiné il y a 80 ans, même si ses positions politiques ont pu être critiquables ainsi que la participation du POUM au gouvernement bourgeois. Il a été cruellement torturé par les psychopathes staliniens, les meilleurs alliés de Franco finalement. Lettre émouvante d'un simple instituteur, militant dévoué à la cause du prolétariat, être humain sensible au début d'une trajectoire politique sincère et courageuse.

Le courrier de Trotsky, qui précède, vous fera sourire, s'adressant à sa mini Internationale artificielle, il conseille sur ce qu'il croit être un remake de 1917... Je l'ai truffé entre crochets de mes remarques sur les délires interprétatifs opportunistes du prophète avachi. Le grand renégat à la plume de paon est vraiment à côté de la plaque pour l'analyse de la période, mais que de pépites encore dans son raisonnement marxiste. Wildebaldo Solano dans son livre de mémoire de dirigeant du POUM, qui est absolument nul politiquement et veut continuer à entretenir la malheureuse saga antifasciste, rapporte une vérité cependant, comme l'avait fait Vereecken en son temps, qu'en effet Trotsky s'est fait balader, que ses courriers avec Nin ont été interceptés, et les divergences attisées par les agents provocateurs staliniens inflitrés dans le Poum et la CNT. Des rendez-vous qui avait été fixés pour que le Poum puisse assister à des conférences du milieu trotskyste ne sont jamais parvenus... Mais tout cela n'empêche pas de constater que le grand bolchevique régressait à pas de géant... N'oubliez pas que le PCE n'existait pratiquement pas alors, et que Trotsky écrit un texte « interne » pour orienter ses quelques fans de la IV ème fiction internationale...

Lettre de Trotsky au Secrétariat International (de la IV e Internationale)
suivie d'une lettre de Andreu NIN à Léon Trotsky

Chers camarades,

  1. J'ai devant moi un journal turque (en langue française) du 1 er juillet contenant les premières informations sur les élections espagnols. Vraiment, tout se passe en attendant dans l'ordre strictement « prévu ». Le glissement à gauche s'est produit avec une régularité particulière. Espérons que nos camarades espagnols analyseront les résultats des élections très soigneusement, sur la base des matériaux. Il faut arriver à savoir comment ont voté les ouvriers, en particulier les anarcho-syndicalistes. Dans certaines régions, la réponse doit découler d'une façon nette de la statistique électorale. Il est extrêmement important, bien entendu, de savoir comment ont voté les paysans dans différentes provinces. En même temps, il faut rassembler tous les « programmes agraires » qui furent présentés par les différents partis dans tous les coins du pays. Tout cela est un travail urgent et un travail très important.
  2. Comme il fallait s'y attendre, les socialistes ont emporté une grande victoire. C'est le moment central de la situation parlementaire. Les chefs socialistes se considèrent heureux du fait qu'ils n'ont pas la majorité aux Cortès et que leur coalition avec la bourgeoisie se justifie ainsi par la statistique parlementaire. Les socialistes ne veulent pas prendre le pouvoir parce qu'ils craignent, non sans raison, que le gouvernement socialiste ne devienne une étape vers la dictature du prolétariat.[Trotsky commence à déconner sur une possible révolution espagnole].
    Il découle du discours de Prieto que les socialistes sont décidés à appuyer la coalition jusqu'à ce qu'on arrive à brider le prolétariat pour qu'ensuite quand la pression des ouvriers deviendra trop forte, passer dans l'opposition sous un prétexte radical quelconque [bravo Trotsky, vous nous faites penser à nos actuels « frondeurs » et à la mère Aubry, roue de secours d'un parti gouvernemental à poil].
    En d'autres termes nous nous trouvons devant une variante de Ebert et Tzeretelli. Sovenins-nous que la ligne de Ebert a réussi tandis que celle de Tzeretelli a échoué et que dans les deux cas la force du parti communiste et sa politique jouèrent un rôle décisif. [pauvre Trotsky, quand il ne sait pas quoi dire il se rabat sur des parallèles historiques hasardeux, comme le lui fera remarquer la revue Octobre en 1938].
  3. Nous devons immédiatement dénoncer le plan des socialistes (ce jeu politique de reculade) en les confondant dans chaque question. Ceci se rapporte bien entendu et avant tout à l'opposition espagnole de gauche. Mais cela ne suffit pas. Il faut avoir un mot d'ordre politique clair qui correspond au caractère de l'étape actuelle de la révolution espagnole. Les résultats des élections rendent ce mot d'ordre absolument clair : les ouvriers doivent briser la coalition avec la bourgeoisie et obliger les socialistes à prendre le pouvoir. Les paysans doivent aider les ouvriers s'ils veulent avoir la terre. [Notre statisticien électoral rêve qu'aux lendemains électoraux les ouvriers s'engagent dans la lutte frontale contre l'Etat bourgeois]
  4. Les socialistes diront qu'ils ne peuvent pas renoncer à la coalition parce qu'ils n'ont pas la majorité aux Cortès. Notre conclusion doit être d'exiger l'élection aux Cortès véritablement démocratiques sur la base du droit électoral véritablement universel et direct pour les hommes et les femmes à partir de 18 ans. En d'autres mots : aux Cortès non démocratiques et trichés nous devons au stade actuel opposer les Cortès populaires véritablement démocratiques et honnêtement élus. [ah la la, pauvre Léon Davidovitch ! Faut entendre des billevesées pareilles ? Autant demander à Sarko et à Macron de jeter leur montre Rolex ! Lénine a dû se retourner dans sa tombe ! Du Mélenchon à haute dose!]
  5. Si les communistes avaient essayé aujourd'hui de tourner le dos aux Cortès en leur opposant le mot d'ordre de Soviets et de la dictature du prolétariat, ils démontreraient seulement qu'on ne doit pas les prendre au sérieux. Il n'y a pas un seul communiste aux Cortès (d'après las journaux turques). Il est évident que l'aile révolutionnaire est beaucoup plus forte dans l'action, dans la lutte que dans la représentation parlementaire. [sic!] Néanmoins, il existe une certain rapport entre la force d'un parti révolutionnaire et sa représentation parlementaire. La faiblesse du parti communiste espagnol s'est révélée complètement. Dans ces conditions, parler du renversement du parlementarisme bourgeois par la dictature du prolétariat signifierait tout simplement jouer le rôle des nigauds et des bavards. La tâche consiste à devenir plus fort sur la base du stade parlementaire de la révolution [le « stade parlementaire de la révolution » doit être un euphémisme de la « révolution permanente » cette scie qui a coulé Besancenot avec sa voilée électorale!], et à rassembler les masses autour de soi [maladie du révolutionnaire professionnel, le nombrilisme de parti!]. Ce n'est que comme cela qu'on peut vaincre le parlementarisme [en participant donc aux élections bourgeoises pipées, CQFD, Bravo mon grand!]. Mais c'est précisément cela qu'il est indispensable de développer actuellement, une agitation violente sous les mots d'ordre de la démocratie la plus décisive et la plus extrême. [du Jean-François Kahn dans le texte! Ou Martinez appelant à la généralisation extrême du blocage pétrolier !]
  6. Quels sont les critères pour mettre en avant ces mots d'ordre ? D'une part, il faut avoir en vue la direction générale du développement révolutionnaire qui détermine notre ligne stratégique [c'est le général Trotsky qui conseille ses cadres militaires étroits] ; d'autre part il faut tenir compte de l'état de conscience des masses. Le communiste qui ne compte pas avec ce dernier facteur [basique voyons tas d'ânes!], risque de se casser le cou. Réfléchissons un peu sur la question à savoir comment les ouvriers espagnols, les masses, se représentent la situation actuelle. Leurs chefs, les socialistes, sont au pouvoir. [les parlementaires socialistes élus, promus « chefs des masses », encore une saillie trotskienne!]. Cela augmente les exigences et l'inransigeance des ouvriers. [en effet, comme après l'élection de Blum, mais un peu moins après celle de Hollande]. Chaque ouvrier gréviste croira qu'il ne faut non seulement avoir peur du gouvernement, mais au contraire qu'il faut attendre une aide de lui. [notre vieil ami T. prend les ouvriers pour ces caves?] Les communistes doivent diriger la pensée des ouvriers précisément dans ce sens : « exiger tout du gouvernement puisque vos chefs se trouvent dans ce gouvernement ». [et de raser gratis si possible?]. Les socialistes répondront aux délégations ouvrières qu'ils n'ont pas la majorité. La réponse est claire : si l'on obtient le (illisible) suffrage véritablement démocratique et si l'on rompt la coalition avec la bourgeoisie, la majorité sera assurée. Mais c'est bien ce que les socialistes ne veulent pas. Leur position les met en contradiction avec les mots d'ordre démocratiques hardis. [une autre fleur de rhétorique trotskienne ces « mots d'ordre démocratiques hardis »] . Si nous opposons simplement la dictature du prolétariat aux Cortès, nous arriverons à grouper les ouvriers autour des socialistes, parce que les uns et les autres diront : les communistes veulent nous commander. Tandis que par les mots d'ordre démocratiques et par la rupture entre les socialistes et la bourgeoisie nous enfonçons un coin entre les ouvriers et les socialistes et nous préparons ainsi l'étape suivante de la révolution. [quelle brillante stratégie, parvenir à avancer en révolution fumiste en laissant sous la table la dictature du prolétariat, en « arrachant » ces pauvres masses de leurs « chefs socialistes » par des « mots d'ordre démocratiques hardis », faut vraiment considérer la classe ouvrière comme une armée girouette!].
  7. Toutes les considérations mentionnées plus haut resteraient lettre morte si nous nous bornions seulement aux mots d'ordre démocratiques dans le sens parlementaire. Il ne peut pas être question de cela. Les communistes participent dans toutes les grèves, dans toutes les manifestations de plus en plus nombreuses. Les communistes sont avec les masses et en tête des masses dans tous les combats. Sur la base de ces combats les communistes mettent en avant le mot d'ordre de soviets et construisent des soviets à la première occasion comme organisation de front unique prolétarien. Dans le stade actuel les soviets ne peuvent être autre chose que cela.[sur la base du rien parlementaire, en admettant qu'il ait servi de tremplin à la révolte ouvrière, l'ami Léon nous propose sur un plateau des conseils dans un bain très voisin du... « front populaire », un front unique de partis de gauche... de la bourgeoisie, possiblement bousculé par une union à la base, etc. et par sa grand-mère!]. Mais si ils surgissent comme organisations de combat [ah ce n'était qu'une supposition...] du front unique prolétarien, ils deviendront inévitablement, sous la direction des communistes, des organes de l'insurrection et ensuite aussi des organes de pouvoir.
  8. En développant hardiment le programme agraire il ne faut en aucun cas oublier le rôle indépendant des ouvriers agricoles. C'est le levier le plus important de la révolution prolétarienne à la campagne. [Léon Davidovitch était un pré-maoïste!]. Avec les paysans, les ouvriers font l'union, tandis que les ouvriers agricoles font partie du prolétariat lui-même. Il ne faut jamais oublier cette différence profonde. [oui en effet, et c'est pourquoi nulle union n'a été possible avec les paysans qui ont ficu le camp chez Franco, quand les ouvriers agricoles ont pillé des terres pour rester dans le marché commercial capitaliste avant de se faire botter le cul par d'autres « communistes » et un certain commandant Lister. Mais c'est plus tard dans la « révolution espagnole »... imaginaire].
  9. J'apprends par la « Vérité » que les staliniens accusent soit l'opposition de gauche tout entière soit moi personnellement d'être contre la confiscation immédiate des propriétés foncières. Vraiment il est difficile de prévoir dans quel sens tourneront les bureaucrates démagogiques. [et pourtant si!]. Que signifie confiscation immédiate de la terre ? Par qui ? Par quelles organisations ? Il est vrai que l'incomparable Péri affirmait encore en avril que les paysans espagnols construisaient les soviets et que les ouvriers suivaient en masse les communistes. Bien entendu nous sommes d'accord pour que les soviets (ou les unions et les comités paysans) prennent immédiatement la terre des gros propriétaires en leurs mains. Mais il faut seulement soulever les paysans. Et pour cela il faut arracher les ouvriers de l'influence des socialistes. L'un ne va pas sans l'autre. Les staliniens veulent-ils peut-être dire que nous favorisons la propriété foncière ? Mais même dans la calomnie il faut de la logique. Comment la défense de la propriété foncière découle-t-elle de la révolution permanente ? Qu'ils essayent de nous le démontrer. Quant à nous, nous leur rappellerons que quand les staliniens menaient en Chine, la politique des 2 classes, le Bureau politique sous la direction de Staline envoyait des télégrammes au Comité central du PC chinois en exigeant le freinage du mouvement paysan pour ne pas repousser les généraux « révolutionnaires » ! Staline et Molotov ont apporté une petite restriction dans le programme-agraire : la confiscation des terres des gros propriétaires sauf celles des officiers. Mais puisque tous les pomietchikis et les fils et les neveux des pomietchikis (gros propriétaires) entraient dans l'armée de Tchan-Kaï-Chek, l'union des officiers « révolutionnaires » est devenue une assurance pour la propriété des pomietchikis. On ne peut effacer ce chapitre honteux de l'histoire de la direction stalinienne. L'opposition trouve la copie du télégramme dans les procès-verbaux du Bureau politique, elle dénonce (illisible) la honte cette trahison de la révolution agraire. Maintenant ces messieurs essayent de nous attribuer en Espagne les crimes qu'ils ont commis en Chine. Cela ne leur réussira pas ; maintenant l'opposition a presque dans chaque pays sa section qui ne permettra pas de répandre impunément le mensonge et la confusion. L'opposition de gauche éclaircira toutes les questions litigieuses ou fondamentales. A la lumière de la révolution espagnole, elle fera un pas gigantesque en avant. Ce n'est pas pour rien que la révolution est la locomotive de l'histoire. [Hélas Trotsky ta locomotive n'avait plus de charbon, et le train espagnol est resté à quai].

LETTRE D'ANDREU NIN A TROTSKY (Barcelone, avril 1931)


Je partage entièrement vos inquiétudes en ce qui concerne l'inactivité de l'opposition de gauche dans notre pays. Mais je tiens à signaler que je n'y suis pour rien, bien au contraire. L'opposition espagnole n'a jamais travaillé d'une façon organisée et systématique. On avait commencé à faire quelque chose sous l'impulsion de Lacroix, qui est un excellent militant ouvrier, intelligent et extrêmemement solidaire. Comme vous savez sûrement, on arrêta el camarade et le travail resta paralysé. Hor lui, nous avons eu bien peu d'éléments avec la capacité nécessaire et la suffisante initiative pour entreprendre un travail sérieux et énergique d'organisation et de « illisble).
Lorsque je suis arrivé il n'y avait absolument rien. Pendant plus de deux mois j'ai fait des efforts inouïs pour établir une liaison. Je n'y ai pas réussi, sauf en ce qui concerne Lacroix, avec lequel j'ai soutenu une correspondance régulière. Entreprendre personnellement le travail de direction et d'organisation je ne pouvais pas le faire, étant donné que je n'avais pas ici un noyau sur lequel m'appuyer et que ma direction n'aurait eu, à cause de cela, ni la base ni le prestige nécessaires. Vers la moitié de décembre, quelques jours avant mon arrestation , Andrade m'envoya toutes les circulaires et autres que le Secr. Intern. lui remettait pour la section espagnole, accompagnées d'une lettre dans laquelle il me disait qu'à Madrid personne ne faisait rien, qu'aucun organisme existait, que lui, trop occupé par ses affaires éditoriales, ne voulait pas prendre une participation active dans le travail et que moi j'étais le plus indiqué pour faire tout. Moi, j'ai répondu que j'étais prêt à faire le possible et l'impossible pour contribuer à créer le mouvement de l'opposition, mais que je ne pouvais pas centraliser tout le travail, prendre tout sur moi.
Déjà vers la fin janvier j'ai reçu une lettre d'un groupe de camarades de Madrid me communiquant qu'ils voulaient se constituer en comité (illisible) qu'ils élaboreraient une plateforme politique et prépareraient la publication de la revue. J'ai salué cette initiative et promis toute ma collaboration.
Ce comité ne m'a remis qu'il y a quelques jours le projet, ou, pour mieux dire, la première partie du projet de plateforme dont l'élaboration comme vous voyez, a exigé trois mois. Et cela avec des camarades dont l'activité politique, à cause de leur isolement, est presque nulle et que, par conséquent, disposant d'un temps dont je ne dispose pas du tout, absorbé que je suis par une nouvelle classe différente. (Nin était instituteur)
Quant à la revue, elle est en préparation et va paraître sûrement dans le courant d'avril.
Pour vous persuader de ma bonne volonté, je dois vous dire que je (illisible) malgré mon excès de travail, je me charge de la publication de la revue et même d'un bulletin, ou d'une des deux choses. Mais ils ont rejeté ma (illisible).
Maintenant, passons aux fameuses divergences avec les camarades français, allemands, italiens qui m'ont écrit à ce sujet. Mais dont je n'ai rien (illisible). A ce qu'il paraît, c'est sur la question de ma soit disante entrée sans conditions dans la Fédération Catalane (illisible). étant donné que les camarades de Madrid ne m'ont rien dit à ce sujet, je ne peux pa spréciser en quoi consistent ces différences. Je vous en donnerai des détails une prochaine fois. Quant aux cam. de Madrid je dois aller à la capitale vers la fin du mois pour y donner une conférence (illisible) en quoi consistent nos différences.

J'ai été mis au courant, aussi par des camarades d'autres pays, d'une position, à ce qu'il paraît, très grave (?) concernant la publication de votre brochure sur la révolution espagnole. D'après cette version, j'aurais donné votre brochure à un éditeur privé sans consulter ni mentionner l'opposition. La réalité est celle-ci : à la suite de notre mauvaise liaison j'ai traduit la brochure en même temps, que, sans le savoir, à Madrid on la traduisait. Lorsque j'en ai eu connaissance, j'ai écrit au comité de Madrid leur disant voir la nécessité de ne faire qu'une seule édition. Les cam. de Madrid ont répondu dans le sens qu'ils préféraient laisser mon édition. Tout ça sans exprimer le moindre mécontentement ou protestation. Ajoutons encore qu'il ne s'agit pas d'un éditeur privé, mais d'une Bibliothèque de brochures que j'ai contacté en accord avec un ami imprimeur, et qu'en outre, la brochure porte l'indication « Documents de l'opposition communiste ». Voilà tout. Y-avait-il motif pour faire tant d'histoires ?
Je dois vous avouer que tout ça m'a empoisonné, car je n'ai agi qu'avec le désir d'impulser la divulgation des publications de l'opposition et suppléer par mon initiative personnelle le manque d'initiative collective. Faut-il encore ajouter que j'ai indiqué au Comité de Madrid que j'étais tout prêt à faire mes publications sous leur contrôle direct ?
Ce qui est le plus désagréable dans toute cette histoire c'est le fait que l'on crie sur tous les toits à propos d'elle sans me dire un mot à moi. J'avoue que ces mesures me paraissent détestables et inadmissibles parmi les camarades. Il faut entre nous un minimum d'honnêteté, de sincérité et de franchise.
Je crois que tout ça est un résultat de l'esprit d'intrigue qui a existé toujours à Madrid. Et je vous prie de ne pas voir dans ces mots une manifestation de chauvinisme catalan. La chose est compréhensible. Madrid est un centre bureaucratique et petit-bourgeois, sans prolétariat industriel, et l'absence de contact avec les masses se laisse profondément sentir. A Madrid on vit dans les cafés et les petits cercles et bien souvent on n'y comprend pas le mouvement ouvrier catalan ou de Biscaye. Cela est la source profonde de beaucoup de malentendus et de conflits. Je vois le mouvement en grand, et ces vétilles, ces (illisible) m'irritent et me dégoûtent.
Je ferai, quand même, tout le possible pour me mettre en accord avec les camarades de Madrid et trouver une base pour une action commune féconde.
Nous allons publier la revue. Il faudra encore lancer le bulletin puis les brochures. Et surtout, il est nécessaire d'organiser une petite conférence nationale. J'ai formulé déjà plusieurs fois cette proposition aux camarades de Madrid ; mais jusqu'à présent je n'ai pas eu la chance d'avoir une réponse. Je veux bien espérer que nous pourrons nous mettre d'accord sur tous les points à l'occasion de mon prochain voyage à Madrid.


vendredi 27 mai 2016

ARCHIVES MAXIMALISTES: Une « leçon » trotskiste des événements d'Espagne


(revue OCTOBRE n°3, avril 1938)

 Ce texte des italiens maximalistes réfugiés en Belgique avant guerre, de la fraction Bilan devenue Octobre (ils croyaient revenu l'époque révolutionnaire...à la veille de 1939!) est une réponse au célèbre texte de l'oracle déchu Trotsky "Leçons d'Espagne: dernier avertissement". Trotsky est taxé d'avoir franchi le rubicon, ce n'est pas exact, un coup de piolet l'aura empêché. Ce texte répond bien à la forfanterie de l'oracle énervé, mieux encore que le précédent "un renégat à la plume de paon". Trotsky envoie les prolétaires espagnols au casse-pipe national et soutient l'antifascisme de gouvernement. La question restera posée longtemps et confusément comme pour Jaurès, aurait-il pris position pour le camp américain lors de la guerre mondiale qui venait? La plupart de ses derniers écrits vont dans ce sens. Les camarades de la revue OCTOBRE ne répondent pas à toutes les confusions, insanités et mensonges du fier massacreur de Kronstadt, du général aux épaulettes rouges qui confond totalement lui aussi guerre et révolution, dont la notion confuse de révolution permanente n'est plus qu'un anachronisme abscons.


Tout le monde admet que les événements d'Espagne représentent un moment décisif pour la cristallisation des positions politiques qui se sont affrontées jusqu'ici dans le mouvement ouvrier. La nature intime et la fonction objective de tous les courants se réclamant du prolétariat se sont, en effet, dévoilées au grand jour pendant cette guerre et la ligne de démarcation qui est apparue entre les différents groupes a été consacrée définitivement par les milliers de cadavres ouvriers ensevelis en terre ibérique.
L'heure est aux « leçons », mais seulement aux leçons de classe. Il faut extraire de la gigantesque hécatombe des armes idéologiques pour éviter que les éruptions révolutionnaires de demain ne soient précipitées dans la guerre impérialiste. Mais cette œuvre d'analyse historique ne peut être faite par quiconque. Son climat, son terrain sont déterminés d'avance et seules les organisations qui n'ont pas failli à leur mission et qui ont opposé le drapeau de la révolution à celui de la guerre impérialiste ont conservé une nature de classe qui permet à leur fonction de s'exercer dans ce travail d'analyse et d'aboutir à des solutions politiques progressives.
Trotski s'est mêlé ouvertement aux discussions sur le problème espagnol. Il l'a fait aussi « génialement » qu'un certain Crux1 et avec autant de « profondeur » que lors de sa polémique contre les « extrémistes de gauche »2 ou contre les anarchistes à propos de Konstadt. Il est bien entendu que nous ne comprenons rien aux problèmes du marxisme et surtout à ceux de la « révolution permanente », alors que Trotski seul voit tout, sait tout et peut lancer ses « derniers avertissements » aux traîtres qui, au lieu de mener la guerre et la révolution de pair, s'allient au Front populaire contre les ouvriers (n'est-ce pas Messieurs les anarchistes?). Cette mise au point faite, nous pouvons aborder l'examen des problèmes que la guerre espagnole dégage, en confrontant leur réponse de classe aux positions du mouvement trotskiste et de Trotski lui-même. Notre ex-grand homme nous excusera si nous usons de liberté à son égard, mais lorsqu'on trahit les intérêts de classe des prolétaires, on ne mérite que mépris, même lorsque l'on est un artisan d'Octobre 1917.

Au sein du mouvement ouvrier, les seules organisations qui tentèrent d'aborder l'examen de fond des problèmes de la démocratie bourgeoise, selon les critères de la lutte des classes, ont été les fractions de gauche qui réagissaient contre une déformation de la pensée de Lénine en se basant sur ses positions tactiques au sujet de la démocratie bourgeoise. Les stratèges de tout acabit « prouvaient » avec décision que Lénine avait toujours recommandé de se retrancher sur des positions intermédiaires, n'intéressant pas seulement le prolétariat, mais aussi les couches démocratiques de la bourgeoisie, lorsque les circonstances voyaient la réaction capitaliste déferler sur la société entière. Avec le passe-partout de la « révolution permanente », Trotski prouvait, quant à lui, qu'ainsi on passait à un échelon supérieur, pour aboutir finalement à l'insurrection. Nous ne parlons pas des centristes ou des socialistes, qui devaient passer, les uns depuis 1914, les autres avec la victoire de Staline, à la défense ouverte de la domination démocratique du capitalisme.
Bien souvent, nous avons prouvé que libertés acquises par le prolétariat et « libertés démocratiques » sont deux notions antagonistes que sépare un fossz de classe et que les ouvriers, en défendant leur presse, leurs organisations, ne faisaient pas un bout de chemin avec la bourgeoisie démocratique, mais empruntaient la voie de la victoire contre cette dernière. Il serait oiseux de revenir ici sur ce sujet. Le problème réside en cela que la divergence s'est épuisée dans une série d'événements et dans deux guerres. Le mouvement trotskiste a culbuté de l'autre côté de la barricade, malgré les subtilités de la révolution permanente. Certes, il n'y eu pas seulement ce problème, mais un ensemble complexe d'éléments qui prouvèrent que, même sur les points centraux de la doctrine marxiste (l'Etat, la classe, le parti, la dictature du prolétariat et la période de transition) le trotskisme , loin de continuer Lénine, passait à l'empirisme et déformait, d'une açon caricaturale, l'oeuvre réalisée par les bolchéviks. Les événements d'Espagne devaient le prouver catégoriquement.
Prenons les faits qui précèdent ces événements. Lors de la guerre d'Abyssinie, le critère appliqué par Trotski consistait à choisir entre le moins réactionnaire des belligérants, comme en Espagne on choisira Caballero contre Franco, pour y greffer la lutte du prolétariat. La justification ? La VI e Internationale se laisse guider par des « crtières matérialistes » et « s'ils (les trotskistes – NDLR) ont soutenu, par exemple, l'Abyssinie, malgré l'esclavage qui s'y maintenait et le barbare régime politique, c'est : premièrement, parce que, pour un pays pré-capitaliste, un Etat national indépendant est un stade historique progressif ; deuxièmement, parce que la défaite de l'Italie aurait signifié le commencement de l'efondrement du régime capitaliste « qui se survit » ( n°1 – IV e Internationale - page 9). On sait ce qui s'est passé ! Les événements ont dédaigné ces fioritures et le « critère matérialiste » a permis la mobilisation des ouvriers pour la guerre. La « révolution permanente » ne s'est pas manifestée, car les temps bibliques des miracles sont révolus, malgré les incantations trotskistes.
L'Espagne devait voir l'application de ce schéma sur une grande échelle. L'Etat National Indépendant (?), pion de l'impérialisme britannique, allait être remplacé par l'Etat démocratique. Pour défendre leurs « libertés » (n'est-ce pas les emprisonnés antifascistes de Barcelone?), les ouvriers étaient conviés à marcher avec la démocratie, sans oublier la révolution permanente qui, au nom de l'affaire Kornilov, allait leur donner la victoire. Mais, ici, il est bon de voir les choses de près.
Le Centre pour la IV e Internationale avait été constitué officiellement en juillet 1936, après les exclusions des trotskistes de la II e Internationale, et leur reconstitution en Ligue des Communistes Internationalistes. Inutile de prouver que c'était bien le plus étrange des amalgames qu'on ait connu. Mais un mariage entre Trotski et des groupes de socialistes de gauche pouvait-il créer autre chose qu'un avorton sans tête ni pieds ? Les sections les plus importantes devaient s'illustrer bien vite et s'attirer les foudres de Trotski. Les Belges votaient pour le clérical Van Zeeland, moindre mal en face de Degrelle. Les Hollandais devenaient les avocats officiels du Poum et les Français qui, en juillet 1936, étaient enclins à une telle position, changaient diplomatiquement leur point de vue, sans souffler mot.
Cette IV e Internationale d'opérette, lors de la guerre d'Espagne, allait se jeter, avec un flair
remarquable dans le camp des antifascistes jusqu'auboutistes.

Comment le problème se posait-il ? Les ouvriers de Barcelone ripostaient à Franco en déclenchant une bataille de classe. Les partis ouvriers faisaient de leur corps un rempart à l'Etat capitaliste et convoyaient les ouvriers sur les champs de bataille. Le cri général était « battre Franco » et, sans nuire à cette lutte, réaliser des réformes sociales : « faire la révolution ». Le problème central de l'Etat était escamoté. Il n'était qu'une « façade ». Trotski, à cette époque, devait se taire malgré lui, grâce aux soins « démocratiques » des ministres socialistes de Norvège.
A cette époque, le mouvement trotskiste marche à fond dans la direction du Poum et des anarchistes. La directive est d'entrer au Poum et d'y faire un travail de gauche. Ce n'est que plus tard qu'on se rappellera qu'il faut détruire l'Etat.
Et que les charlatans de France et de Belgique ne protestent pas, car s'il faut prouver nos assertions, nous le prouverons par leurs propres écrits.
Enfin, Trotski se met à parler. Le chef de la révolution permanente a perdu ses ailes d'aigle et n'est plus qu'un canard de basse-cour. C'est d'abord une interview où il qualifie de lâches ceux qui ne soutiennent pas l'armée républicaine. Puis, nous aurons la justification théorique de Monsieur Crux, l'ombre d'un certain Gourov3 qui, en 1932, prévoyait la possibilité d'une victoire sur Hitler même avec Thälmann.
« La victoire de Caballero sur Franco n'est pas impossible » ! Evidemment, surtout que cela fut écrit au début de 1937, après les « trahisons » des chefs militaires républicains sur différents fronts où il fallait faciliter la saignée de Franco. Mais cela serait secondaire si, comme conséquence, on n'entrevoyait pas la nécessité de cette position : « il faut aider de toutes ses forces les troupes républicaines ». Oh ! Ne craignons rien ! Monsieur Crux a en vue la révolution, laquelle ne découle pas d'une victoire républicaine. Seulement, il va appliquer devant nous la théorie de la révolution permanente : « à l'époque de l'impérialisme, la démocratie conserve un avantage sur le fascisme ; que dans tous les cas où ils se heurtent hostilement l'un à l'autre, le prolétariat révolutionnaire est tenu de soutenir la démocratie contre le fascisme ». Il s'agit d'exploiter le « heurt » de l'un à l'autre. Mais, suprême subtilité : « nous devons défendre la démocratie bourgeoise, non par les méthodes de la démocratie bourgeoise, mais par les méthodes de la lutte des classes qui préparent le remplacement de la démocratie bourgeoise par la dictature du prolétariat ». Que répondre à ce verbiage, alors qu'aujourd'hui il est clair qu'en Espagne, comme ailleurs, les forces démocratiques, loin de se heurter aux forces fascistes d'une façon décisive, se sont rejointes par des chemins différents, pour massacrer le prolétariat.
D'ailleurs, la non-intervention nous a montré que même sur le terrain des compétitions inter-impérialistes, les pays démocratiques et fascistes veillaient à amortir les heurts pour unifier leurs efforts en vue d'en finir avec le prolétariat espagnol et emprisonner dans l'Union sacrée les ouvriers des autres pays.
Cependant, Monsieur Crux veut défendre la démocratie bourgeoise avec des moyens prolétariens. Comment ? S'il faut en juger l'expérience faite en Espagne par les trotskistes, il s'agit d'envoyer les ouvriers sur les fronts militaires tout en « proclamant » la nécessité de la lutte sociale. En somme une politique digne du Poum avec, en plus, la revendication des Soviets et toute la démagogie verbale que nous connaissons si bien. On ne s'est même pas demandé si le prolétariat pouvait employer les moyens de la lutte des classes pour défendre des positions bourgeoises ; si, en essayant de le faire, il ne quittait pas son terrain spécifique pour se voir jeter dans le massacre de la guerre impérialiste. Pourquoi, à l'époque de l'impérialisme, la démocratie conserve-t-elle un avantage sur le fascisme ? Et pourquoi, si le prolétariat est capable de la défendre contre le fascisme, ne lutterait-il pas directement pour ses propres objectifs ? Plus concrètement encore : pourquoi a-t-on affirmé que les ouvriers espagnols étaient seulement capables de battre Franco s'ils défendaient l'Etat bourgeois et la démocratie ? Si cela était vrai, ils auraient tout aussi bien faire l'insurrection, puisque l'Etat se mettait sous leur « protection ». Et l'on se demande pourquoi ils ne l'auraient pas fait ? Mais, en réalité, même s'il ne nous est pas indifférents de voir les prolétaires dominés démocratiquement ou violemment, en aucun cas le choix entre l'une ou l'autre de ces formes de domination ne dépend de la volonté des ouvriers. L'expérience historique montre que lorsque les ouvriers sont poussés à défendre la démocratie, celle-ci en profite pour faire le lit du fascisme. C'est pure sottise que d'inventer un « avantage » démocratique pour faire du prolétariat le champion de son suicide, comme c'est du crétinisme permanent que de croire qu'après avoir lutté pour la démocratie bourgeoise, les ouvriers passeraient à la lutte pour la révolution. Même au cours de la révolution russe, les thèses d'avril ne s'inspiraient pas d'un pareil critère dépassé par les événements de 1848, en France ; et, pourtant, en Russie, une opposition existait entre la bourgeoisie et le féodalisme.
L'Espagne n'a plus de révolution bourgeoise à faire et seulement le prolétariat peut résoudre les problèmes économiques que des siècles de parasitisme des classes dominantes ont rendu insolubles pour la bourgeoisie espagnole d'aujourd'hui.
Mais, pour Crux, la victoire des armées républicaines aurait provoqué une explosion certaine de la guerre civile. Son collègue Trotski dira la même chose pour la Chine où il expliquera gravement qu'une victoire de Chang-Kai-Chek provoquera la guerre civile au Japon. Conclusion : les bolchéviks-léninistes, drapeau déployé, fiers de leur intransigeance, défendront l'indépendance nationale de la Chine avec les bourreaux du Kuomintang.

Mais quels singuliers « marxistes » que ceux qui demandent aux prolétaires d'offrir leur vie pour la bourgeoisie et qui espèrent que les monceaux de cadavres feront l'insurrection au moment de la « victoire ».
Ici, l'exemple espagnol est sans réplique : chaque victoire militaire des républicains fut suivie d'une répression contre les ouvriers. Les journées de mai 1937 survinrent après la consolidation de l'armée républicaine et l'avance autour de Madrid. Lénine lui, misait sur les défaites de son propre impérialisme pour voir les ouvriers s'orienter vers le défaitisme révolutionnaire. Trotski-Cruz misent sur les victoires républicaines. L'un comprenait qu'une armée dirigée par l'Etat bourgeois est une armée capitaliste qu'il faut détruire, l'autre s'imagine que, malgré l'Etat bourgeois, on peut modifier la nature de l'armée par la propagande, sans nuire à la lutte contre Franco.
Dans toute cette prise de position, le problème de l'Etat n'est pas abordé sérieusement comme si la Commune et Octobre 1917 n'avaient pas existé, mais il est remplacé par des considérations de « stratégie » vies de sens et des conseils gratuits sur une « direction » qu'il faut créer pour pousser de l'avant la lutte.

En mai 1937, le Centre pour la IV e Internationale publie une résolution sur l'Espagne. Au sein des groupements trotskistes, des divergences s'étalent non sur le fond du problème espagnol, mais sur le soutien du Poum en lutte contre sa politique. Trotski a donné le signal de l'attaque contre les conseillers poumistes de la Généralité : les bolchéviks-léninistes vont, au pays de Don Quichotte, partir à l'assaut des moulins à vent : fonder leur section « espagnole ».
La résolution assimile d'un coup les journées de mai 1937 au juillet 1917 de la révolution russe. Où est le parti qui va préparer Octobre ? Aucune trace, car les ouvriers ont été trahis par leurs propres partis et la répression vise à faire comprendre que l'Etat capitaliste n'est pas une « façade » insignifiante et qu'il peut faire respecter l'ordre. Pour les trotskistes, la déviation de la révolution espagnole date du moment où les milices sont militarisées et les comités ouvriers dissous. Hélas ! Mais cette révolution a-t-elle existé quand les ouvriers n'ont pu lutter pour abattre l'Etat capitaliste ? Certes, les premiers jours, la révolte fut grandiose et eut un caractère de classe, mais les milices furent des canaux « ouvriers » pour acheminer les ouvriers vers la guerre impérialiste. Pour ces Messieurs, « le problème le plus important réside dans la constitution dans le feu de la lutte d'une direction bolchévique qui aura assimilé les leçons des erreurs passées et saura, tout en continuant la lutte armée contre Franco, mobiliser effectivement les masses dans les comités et les dresser contre l'Etat bourgeois pour le briser au moment opportun (souligné par nous – NDLR) par l'insurrection... ».
Les trotskistes vont construire un parti « au feu de la lutte », comme si jamais n'avait existé un certain Lénine et une expérience historique qui nous montre qu'un parti ne se crée pas comme une quelconque section trotskiste, mais est le résultat d'une sélection d'idées, de cadres, d'une évolution d'événements et « le feu de la lutte » est l'épreuve décisive pour ces groupements et non l'occasion de voir le jour. Plus loin on s'obstine à vouloir continuer la lutte contre Franco sur un terrain capitaliste et mobiliser les ouvriers sur leur terrain de classe. Mais enfin, ces gens pourraient-ils nous expliquer comment on peut faire deux choses opposées en même temps ?
L'expérience espagnole compte-t-elle pour quelque chose ? Les faits restent-ils des faits ? Le Poum a chanté cette chanson et il a fini d'abord dans les ministères, puis dans les prisons. Les anarchistes ont dû comprendre qu'il fallait faire la guerre sans songer à la révolution. Les trotskistes attendent-ils d'obtenir des postes dans un Etat capitaliste quelconque pour comprendre que leur bavardage n'est qu'un bourrage de crâne infect ?

Mais la conclusion est tout un programme. Il faut détruire l'Etat « au moment opportun ». Ah ! Comme nous connaissons cette formule si chère aux réformistes. Mais qui désignera ce « moment opportun » ? Les événements sans doute ? Une victoire militaire de Negrin ? Mais, en attendant, il faut combattre dans les armées républicaines et l'Etat se renforce, renvoyant le « moment » aux calendes grecques.
Pour illustrer cette prose, nous aurons des bolchéviks-léninistes d'Espagne (ah ! Les vertus du bluff) qui lanceront un manifeste, en août 1937, pour expliquer « qu'aussi longtemps que le prolétariat n'est pas à même de prendre le pouvoir », nous défendrons, dans le cadre du régime capitaliste en transition, les droits démocratiques des ouvriers ». Et l'on prétend que, seuls, les centristes sont les champions de la démocratie bourgeoise !
Et, enfin, avec la dernière phase des événements d'Espagne, alors qu'il est bien clair que la guerre impérialiste est là et qu'elle massacre impitoyablement des milliers de prolétaires et leurs familles, dans un moment où « l'ordre » règne à Barcelone comme à Burgos , Trotski va parler solennellement. IL lance son « dernier avertissement ». Il est sensé tirer les enseignements de deux années de guerre au nom et pour le compte de la IV e Internationale.
Mais Trotski promet beaucoup et se contente de peu. Il s'en voudra de contredire Monsieur Crux (et pour cause!) et se bornera à le compléter modestement. Laissons de côté le bavardage du type de clui où il prétend que le duel essentiel en Espagne fut celui du bolchévisme et du menchevisme. Bien entendu, le courant bolchévik était exprimé « d'une façon achevée » par la section trotskiste. Or, comme elle n'a jamais existé avant ces derniers mois (et encore en théorie), qu'elle groupera quelques éléments fraîchement importés (c'est l'aveu que nous trouverons dans « La lutte ouvrière » de Belgique) en Espagne, on s'imagine l'importance du « duel » entre menchevisme et bolchévisme.
Trotski, lorsqu'il ne comprend plus rien, se tire d'affaire avec des analogies historiques. Rappelons-nous les divagations sur Thermidor : une fois Thermidor était une perspective, une autre fois l'on découvrait qu'il était derrière nous et tout cela pour expliquer la situation russe qui n'avait rien à voir avec la révolution française. En Espagne, il fallait reproduire le schéma de la Révolution russe pour faire comprendre que l'on ne savait pas expliquer les événements d'Espagne.
La réalité est que les soi-disant mencheviks, comme les soi-disant bolchéviks (sous leur version « achevée » ou « inachevée ») ont défendu la même position centrale : aujourd'hui pour la défense de la démocratie et la défaite de Franco, alors que « demain », on discutera les problèmes de la révolution.
Oh ! Bien sûr, les trotskistes veulent faire la guerre et la révolution en même temps, mais, pour arriver à la révolution, ils veulent défendre la démocratie et c'est ici que se trouve le traquenard où ils poussent les ouvriers. C'est ainsi qu'ils deviennent complices du Front populaire pour faire la guerre et étouffer toute possibilité révolutionnaire.
Trotski montre dans son article, que lorsque les ouvriers se soumettent à la direction de la bourgeoisie, au cours de la guerre civile, leur défaite est inévitable. Mais Crux ne disait-il pas que, malgré tout, la victoire de Caballero sur Franco n'était pas impossible ? Et, pourtant, les ouvriers se soumirent à la direction bourgeoise ! Ah ! Oui, il fallait lutter avec Caballero sans se soumettre à lui, n'est-ce pas ? Trotski voyage décidément dans la lune, car l'Etat capitaliste qui prenait entre ses mains l'armée républicaine, posait le problème ainsi : la guerre antifasciste sera menée par lui selon les critères bourgeois ou il n'y aura pas de guerre, mais un front unique direct et non dissimulé avec Franco. On ne pouvait faire la guerre avec la bourgeoisie démocratique et en même temps s'en séparer. Deux années ont prouvé que, sur ce terrain, les prolétaires devaient abdiquer progressivement leurs aspirations sociales, au nom des intérêts de la guerre dont le représentant était l'Etat et admettre le rétablissement de la légalité.
Seulement il reste le terrain des subterfuges où Trotski trouvera toujours un refuge. On s'est allié, en Espagne, avec « l'ombre de la bourgeoisie », car cette dernière aurait passé, dans sa grosse majorité, du côté de Franco. Mais il est des « ombres » bien puissantes, car celle de l'Espagne républicaine conservait l'Etat capitaliste intact et s'inféodait, en plus des partis du Front populaire, les anarchistes, le Poum et les trotskistes eux-mêmes. Personne ne songeait à se lancer à l'assaut du pouvoir, à détruire l'Etat et à renverser la bourgeoisie, car on ne lutte pas contre une « ombre ». Néanmoins, très vite, « l'ombre » s'est corporifiée dans la répression anti-ouvrière et a disposé d'agents socialistes et centristes agissant avec une vigueur remarquable pour faire de chaque épisode de la guerre, un épisode du rétablissement traditionnel du rythme de la société bourgeoise emportée dans le tourbillon du massacre.
Certes, on trouve, de ci de là, dans ce « dernier avertissement » des mots qui laisseraient supposer une innovation et surtout une prise de position plus sérieuse, mais ce ne sont que des mots. Le problème de l'Etat n'est pas traité. Les ouvriers doivent-ils lutter dans l'armée républicaine, dont le contenu de classe est déterminé par la classe au pouvoir ? Oui, fait comprendre Trotski, mais il faut que les masses révolutionnaires aient « un appareil étatique qui exprime directement et immédiatement leur volonté ». Cet appareil, ce sont les Soviets. Pourtant, en Russie, les Soviets ont surgi et sont passés aux bolchéviks sur la base d'une perspective de défaitisme et de destruction de l'armée bourgeoise. Mais il est vrai que, pour sauvegarder la révolution permanente, Trotski se doit de défendre la démocratie républicaine contre Franco et cela exclut le défaitisme. Evidemment, dans ces conditions, les Soviets resteront une chimère, mais au moins on aura la consolation d'y avoir pensé.
Plus loin, Trotski envisage bien de riposter à la guerre civile que la bourgeoisie mène contre le prolétariat, dans la zone républicaine, mais il oublie de nous dire comment. En luttant comme « les meilleurs combattants sur le front », ainsi qu'il l'expliquait aux anarchistes qui auraient trouvé dans cela la possibilité de dénoncer devant les masses les positions des traîtres ! Oui ! Comment le prolétariat peut-il mener une guerre civile sans rien ébranler, sans rien détruire des fronts militaires ? Enigme que Trotski laisse aussi ténébreuse du commencement à la fin. Faut-il préconiser la fraternisation des exploités des deux fronts pour anéantir l'Etat capitaliste, en tout premier lieu ? C'est ici que se trouve la ligne de démarcation entre les partisans honteux ou enthousiastes de la guerre impérialiste d'Espagne ou de Chine et des internationalistes.
Trotski et sa VI e Internationale ont choisi. Les événements d'Espagne l'ont prouvé catégoriquement. Nous aussi nous avons choisi et c'est pourquoi ce qui nous sépare, ce ne sont pas seulement des divergences, mais des problèmes de classe. Les « leçons » trotskistes sont destinées à répéter l'exoérience d'Espagne dans d'autres pays et leurs « avertissements » sont nettement des divagations destinées à brouiller davantage le cerveau des ouvriers qui pourraient les lire.

1Un des multiples pseudonymes de Trotski. Le rédacteur de OCTOBRE se moque ainsi d'un Trotski qui se « dédoublait ». (note de JLR)
2Voir « Bilan » n°44 : « Un grand renégat à la plume de paon ».
3Autre pseudo de Trotsky dont Bilan avait fait les gorges chaudes : « Gourov s'est gouré » (note de JLR).

jeudi 19 mai 2016

LES CASSEURS ET LES FLICS SONT MOINS UTILES AU GOUVERNEMENT QUE LES SYNDICATS





« Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État, elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et démocratique. » Guy Debord

 
Deux mois déjà de manifestations diverses contre la loi travail, à répétition, et qui n'en finissent pas. On se rappelle de cette réflexion jadis d'un politicien : il est plus facile d'arrêter une lutte ouvrière qu'une lutte étudiante. Depuis deux mois, les faits font mentir ce politicien. A titre de comparaison il avait suffi d'à peine un mois de manifestations intercatégorielles en 1995, même cloisonnées par les syndicats d'Etat, pour faire tomber la loi Juppé contre les retraites (qui passa quand même plus tard, et autrement, comme cela va être le cas pour le 49-3, que les naïfs qui pensent que la révolution n'est pas indispensable y réfléchissent). La longueur du mouvement de protestation diffus, dispersé ce coup-ci, tenu en laisse par les flics syndicaux, ne peut s'expliquer par la seule obstination du gouvernement bourgeois, qui ne semble guère dérangé dans son mépris de la population, continuant à mener ses tests de candidatures multiples de l'élite en vue de la prochaine présidentielle, à rouler gratis en limousine et à bouffer dans les palaces, à parader dans les inaugurations et à commémorer obsèques sur obsèques, comme cela va être à nouveau le cas avec le crash de l'Airbus d'Egypt Air.
L'impuissance du gouvernement et de ses divers syndicats fait face à une réelle colère de classe qui ne s'en laisse plus compter, qui navigue au gré des infos et protestations sur le web, qui se fiche des explications « rassurantes », « accommodantes » des experts et autres collabos qu'on exhibe sur toutes les chaînes des prisons de l'infaux.
Il est frappant de constater (si j'ose le dire ainsi) une violence de rue bien supérieure à celle qu'on a connu en mai 68, avec des groupes de casseurs dits « ultra-gauche », préparés, déterminés aux pires violences, à une nouvelle « propagande par le fait » visant surtout à détruire des symboles publics, moyens de transport, métro (à Rennes) ou véhicules de police (à Paris). Les temps changent, bobos déclassés et chômeurs qui ne veulent plus être considérés comme des mendiants, cette population ne peut plus être comparée à nos gentils étudiants de 68, ex-maos et ex-trotskos futurs cadres du pire des partis bourgeois régulièrement en scène au premier plan contre les ouvriers depuis 1981.
Les casseurs sont présentés comme des terroristes qui veulent tuer « du flic ». Disons que la presse qui agite ce mensonge est la même qui est si magnanime avec les motivations des terroristes islamistes. On ne voit pas pourquoi nos casseurs hexagonaux ne seraient pas non plus de purs produits de la « société française », inégalitaire et méprisante pour les basses classes. Nos « ultra-gauches » méchants sont aussi le produit des « dormeurs debout », puisque c'est assez directement - après l'évidente vacuité des zozos assis place de la République pour blablater de tout et de rien et limiter l'expression à deux minutes, et censurer toute prise de parole prolétarienne – que des groupes ont commencé à agir violemment. D'un côté les bobos de « nuit debout » qui sont là pour dégoûter de toute réflexion politique et de l'autre les syndicats pour ouvrir le couvercle de la soupière le temps que le bouillon prolétarien refroidisse. Mais voici qu'on nous montre (côté journalistes corrompus et syndicalistes vénaux) la terrible violence des « assassins de flics », quand (côté gauchistes) c'est le bashing de la police. Les syndicalistes, surtout CGT, sont même venus avec gourdins et brassards seconder une police dénordée et appeurée. Est-ce les nouveaux corps-francs fascistes ? Se sont demandés nos aimables antifas ? Oh que oui et c'est du flic qu'il faut bouffer, et peindre une petite moustache sur la trogne à Valls !
Donc nos « ultra-gauches » viennent prêter main-forte en réalité au gouvernement. Le SO CGT en supplétif de la police, ils croient révélateur de dénoncer... ils ne se rendent pas compte que « l'opinion publique », cette pute suiviste, elle approuve plutôt. Zont raison les camarades de buter les petits cons qui portent tort aux sages enterrements successifs ! Les violences débiles, brutales et inadmissibles contre un véhicule de police isolé avec un flic noir et une femme, qui, en effet, se sont comportés avec dignité et courage, allaient-elles faire basculer vers « l'insurrection qui vient » ou vers la queue de grève qui s'éternise ?

Le petit ministre en sursis Valls n'allait pas rater l'occasion. Il a appelé les syndicats à s'"interroger sur la pertinence" de certaines manifestations (hum hum). Il a montré qu'il avait encore des muscles, prêt à faire lever par les forces de l'ordre les blocages des ports, raffineries et aéroports. Pas question de renoncer à cause des violences, a répliqué son complice le numéro un de la CGT Philippe Martinez. "On ne peut pas empêcher la démocratie de s'exprimer parce qu'il y a des problèmes en marge des manifestations". Le gus sent que le bouillon prolétarien brûle encore, donc pas de gaffe. L'ensemble des pompiers sociaux assurent que le "retrait" reste d'actualité, comme au premier jour de la mobilisation, le 9 mars. Cela me rappelle DSK et sa femme : on s'aime comme au premier jour, mais le divorce et le scandale ne cessèrent point.

La lutte devient pourtant un monstre du Loch Ness, très affaiblie par l'atmosphère des « lois d'exception ». Plus les appels à renouveler les manifestations, en cortèges sages et « démocratiques » sont... manifestes, plus les barrages filtrants sont nombreux au point d'embouteiller les villes et … d'exaspérer les prolétaires qui vont au travail, plus l'impression est au découragement des masses spectatrices de la bronca syndicale hypocrite, plus l'optimiste professionnel Hollande assure que la loi « va passer ».

En fait, cela ressemble bien à une grève générale, mais saucissonnée, telle que la rêvent les anarchistes. C'est un bordel généralisé voulu par l'Etat pour calmer les ardeurs.
Dans l'Ouest, plusieurs barrages filtrants ont été mis en place à Rennes, dont un sur un axe d'accès à un dépôt pétrolier, un autre à Nantes. On comptait plusieurs dizaines de kilomètres de bouchon ce matin en périphérie de la cité des Ducs. L'accès au centre-ville était très compliqué.

Le blocage des raffineries, utilisé par le passé de nombreuses fois par le gang CGT, est l'arme bureaucratique par excellence pour rendre impopulaires et couler les grèves; et ne réjouit que l'électorat CGT. La raffinerie Total de Donges (Loire-Atlantique), la deuxième de France, à été bloquée ce mercredi. Ce jeudi, le syndicat CGT appelle à un nouveau blocage qui devrait durer jusqu'à vendredi, 13 h 30. Des blocages qui entraînent et ont entrainé d'importantes files d'attente dans les stations-service, les usagers de la route craignant de ne pas pouvoir s'approvisionner. Certaines stations-service ont même dû fermer face à la pénurie d'essence. Dans la région du Havre, la mobilisation a pris de l'ampleur: deux raffineries étaient bloquées dans la matinée et la pénurie de carburants gagne. Dans le centre-ville, des pneus brûlaient. A Cherbourg, de premiers barrages ont été mis en place.

Sur le rail, la circulation des trains était perturbée pour la deuxième journée consécutive, affectant fortement certaines lignes régionales et moins l'Ile-de-France... avec très peu de grévistes.

Côté TGV, deux trois sur trois étaient prévus. Un appel à la grève des contrôleurs aériens devait légèrement affecter le trafic, notamment à Orly où 15% d'annulations préventives étaient prévues. Beaucoup d'agitations dispersées volontairement par la syndicratie et qui ne reflète pas du tout une détermination ouvrière majoritaire.
En fin de journée, une intersyndicale (cette coalition permanente des pompiers sociaux) doit fixer une nouvelle date de mobilisation. Adopté en première lecture après un recours à l'article 49-3 de la Constitution, le projet de loi instaure la primauté des accords d'entreprises sur les accords de branche, un foutage de gueule pour la majorité de la classe ouvrière1, suspendue aux feuilletonnistes bonzes.

On a fait tout un tintouin pour la voiture brûlée des policiers (minimisant que des manifestants s'étaient courageusement interposé pour défendre les policiers), dont les protagonistes sont "de jeunes militants d'extrême-gauche, issus de milieux plutôt favorisés", comme le note narquois Le Parisien, quand des commentaires se demandent si ce n'était pas en réalité des policiers déguisés tellement la mise en scène est grossière et filmée comme par hasard sous toutes les coutures.

Mais vous n'entendrez pas parler de la violence... patronale. une bagarre est survenue entre un patron et des chauffeurs routiers grévistes, au barrage qu'ils tenaient près du rond-point de la Belle Étoile à Carquefou, dans la région de Nantes. Les manifestants bloquaient le passage des camions quand le patron d'une entreprise de transports de Sainte-Luce a tenté de forcer le passage à plusieurs reprises. En descendant de son camion, il s'en est pris physiquement aux manifestants. En blessant deux d'entre-eux, conduits à l'hôpital, l'un des deux a le nez cassé. Ce chef d'entreprise est connu des forces de police, il devait être entendu par les gendarmes. Comme de bien entendu.


ARCHIVES MAXIMALISTES
1936 : le meurtre de Tahar Acherchour par son patron
L'INTERNATIONALE N°24 (5 décembre 1936)
revue de l'Union Communiste


FUNERAILLES SYMBOLIQUES


CELLES DU SUICIDé


Nous n'aurions pas éprouvé le besoin de parler de la triste fin de ce triste personnage si l'on n'avait pas exploité son suicide d'une façon ignoble.
Le prolétariat a été appelé à pleurer et béatifier un homme qui s'était acharné à le trahir. Et l'emprise des dirigeants ouvriers sur la masse est telle que celle-ci s'est laissé berner une fois de plus. De grandioses manifestations se sont déroulées à Lille, Paris et autres grandes villes de province, manifestations qui continuent celles des 14 juillet et 11 novembre 1935 et 1936.
Le pire est que des militants qui se prétendaient d'avant-garde se sont associés à la comédie. Les trotskystes ont pu écrire dans la « Lutte ouvrière » du 20 novembre que Salengro avait par son suicide capitulé devant le fascisme. Comme si le suicide d'un homme qui, selon la juste expression du « Libertaire », « s'époumonait à clamer son reniement du socialisme » n'était pas la conclusion lamentable d'une querelle répugnnate entre ennemis du prolétariat !
Un simple coup de chapeau devant le cadavre suffisait. Mais puisque les traîtres, qui dirigent la classe ouvrière ont exploité ce cadavre, nous nous devions de dénoncer leur infâme comédie, et particulièrement celle des staliniens qui , il y a quelques années, étaient les plus ardents à vilipender le social-traître Salengro.
CELLES DES VICTIMES DE ST CHAMAS
Funérailles officielles aussi, celles-là. La guerre qu'on prépare fébrilement a déjàa fait quelques dizaines de victimes. Les cadavres de ces travailleurs sacrifiés à la cause de notre impérialisme ont été exploités eux aussi pour mieux étouffer la colère que leur mort aurait pu susciter.
Et les chefs de la classe ouvrière se sont encore associés à la sinistre opération. C'est l'union sacrée qui a été réalisée autour des cercueils de ces travailleurs tués par l'impérialisme français. Dans le prolétariat indignement trompé, rares sont les militants qui sont capables actuellement de saisir toute l'infâmie de la trahison des dirigeants.
CELLES DE L'OUVRIER ACHERCHOUR
Pas de funérailles officielles pour cet ouvrier nord-africain tué par son patron dans les circonstances que nos connaissons tous. Quelques dizaines de milliers de travailleurs seulement sont venus rendre un dernier hommage à cette misérable victime du capitalisme, alors que le dimanche précédent c'est par des centaines de milliers qu'était célébrée la mémoire du traître Salengro.
On ne peut s'empêcher de comparer les deux cortèges, celui de l'ouvrier gréviste tué dans son usine au cours d'une occupation qui se prolongeait, et celui du ministre « socialiste » qui s'est supprimé parce qu'une fraction de la bourgeoisie mettait en doute les grands services qu'il avait rendus au capitalisme.
Derrière le cercueil de Tahar Acherchour, on a pu voir une grande partie du prolétariat le plus exploité, le plus misérable de la Région Parisienne. Les ouvriers des produits chimiques étaient particulièrement nombreux, ceux-là que le capitalisme exploite le plus durement, ceux-là qu'il use et tue, et qui jusqu'aux grèves de juin n'avaient encore jamais bougé. Parmi eux, il y avait des milliers de nord-africains venus saluer et accompagner la dépouille de leur camarade.
Mais de ce cortège, ne montaient que peur de cris et de chants de révolte. Quelques imprécations contre le fascisme, quelques « Blum à l'action ».
Quoi donc ? Acherchour n'est donc pas victime du capitalisme ? Et ce n'est donc plus la classe ouvrière qui doit agir, mais un Blum ? Faudra-t-il donc les millions de victimes de la prochaine guerre pour que la classe ouvrière comprenne que son ennemi est le régime capitaliste et qu'elle ne peut compter pour l'abattre que sur ses propres forces, sur sa seule action directe de masse.
Les dirigeants staliniens avaient délégué à ces funérailles quelques uns d'entre eux. Mais la lecture de « L'Humanité » montre bien que pour eux, il s'agissait d'utiliser cette mort d'un ouvrier pour des fins politiques opportunistes. D'ailleurs, c'est eux qui sont les plus acharnés à faire dévier la réaction ouvrière contre les crimes des capitalistes et de leur Etat, et la réduire à une agitation « contre le fascisme ».
Que le patron qui a tué Acherchour soit fasciste, c'est bien possible, mais c'est avant tout un patron. C'est un représentant du capital. Et lorsque les gardes mobiles chassent les ouvriers des usines occupées, lorsque les soldats font le travail des grévistes comme à Roubaix, est-ce le fascisme qui les a commandé ? C'est le gouvernement bourgeois de Front Poplaire, c'est ce même Blum dont les staliniens réclament l'action.
De ceux à qui le capitalisme confie les leviers de commande de l'Etat, il ne faut attendre qu'une action, celle qui tend à aggraver l'exploitation des travailleurs.



















1 Il ouvre aussi la possibilité de référendums d'entreprise, d'accords "offensifs", crée le compte personnel d'activité et étend la garantie jeunes. La CFDT et la CFTC jugent ce projet "équilibré" et porteur de "droits nouveaux" pour les salariés, selon Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. La CFE-CGC, traditionnellement classée du côté des syndicats réformistes, juge elle, ce texte "inquiétant" et parie sur le Sénat pour le faire évoluer (sic).



mardi 17 mai 2016

DEUX COMPTES RENDUS (fête de LO et énième manif-enterrement du mardi 17 mai)

Retour de la fête de LO cuvée 2016

 par Eric Aucordier


Que les nouveaux venus soient avertis : L'âge d'or de la fête de Presles remonte à plus de 20 ans, quand de la confrontation des multiples organisations politiques présentes jaillissait le débat propice à de nombreux attroupements, engueulades et mises au point qui se prolongeaient tard dans la nuit. Qu'en est il maintenant, que reste t'il de cette époque ou une réelle démocratie prolétarienne encourageait la saine confrontation programmatique ? Rien.
LO démasqué et incapable avec le temps de supporter la critique de son national-ouvriérisme grossier, de ses accointances électorales front populistes, a trouvé mille prétextes pour virer tous les groupes à qui elle n'avait aucune réponse politique sérieuse à donner. Désormais, la condition première pour obtenir un stand à la fête est de savoir se taire, ne pas évoquer les accords électoraux pourris des municipales, le sabotage de la grève PSA par le bureaucrate CGTiste Mercier bombardé, suite à je ne sais quelle mauvaise plaisanterie cinématographique, du titre de "Lion rugissant", ou encore les votes Mitterrand et Ségolène Royale.
La cité politique réduite de nos jours à peau de chagrin, est composée pour une part de groupes étrangers pas très inspirés et incapables de s'exprimer ou de produire une presse en français - essayez de lire du Grec ! - et de l'autre, d'organisations composées d'invalides politiques pour la plupart en rupture avec le NPA, et dont l'activité principale consiste à surenchérir dans la "démagogie transitionnelle" - tu proposes la semaine de 30 heures, moi je descends à 25 - servant de paravent à de multiples pratiques opportunistes.
Bien entendu, cet avilissement politique se répercute sur la qualité des débats tenus dans les forum 1 et 2, ou l'opportunisme grossier des orateurs, n'a d'égal que la passivité d'un public prêt à avaler n'importe quelle couleuvre. Sinon, comment expliquer l'absence de réactions au discours d'un sbire de l'ARS Combat responsable d'une commission "nuit debout", encourageant les prolétaires à refuser la hiérarchie d'usine quand celle ci frise le harcèlement, pour mieux élire leurs propres contremaîtres. Et la grève, c'est trop bolchevik ?
On m'objectera qu'il est facile de prétexter les errements répétitifs de l'ARS Combat pour mieux jeter le bébé avec l'eau du bain, et que d'autres débats méritaient l'attention. Encore faut il me dire lesquels ? De fait, toutes les organisations trotskystes alors présentes sur les divers forums, procèdent à l'identique de l'ARS, seul groupe pourtant capable de pousser le ridicule à son terme, en brandissant un "programme de transition" - condensé des errements d'un Trotsky aveugle devant le triomphe achevé de la contre-révolution, et que ses épigones ont expurgé de toute velléité révolutionnaire - devenu acceptable aux yeux de la petite bourgeoisie parisienne de "nuit debout". A force d'édulcoration du programme pour ne jamais cesser de "coller" aux masses dans leur apathie politique croissante, le programme de transition s'est transformé en vulgaire catalogue de revendications réformistes.
Quelle utilité d'avancer invariablement les mêmes mots d'ordre "d'échelle mobile des salaires", de "contrôle des banques par le "peuple" et autres fadaises opportunistes, saucissonnées en fonction de la supposée conscience d'un prolétariat passif, sachant que depuis plus d'un demi siècle, ces mêmes revendications n'ont fait que brouiller un peu plus les consciences ouvrières et jeter le trotskysme dans le marais opportuniste ?
Nous ignorons tout de la tournure et des revendications concrètes prises dans la fièvre d'une future explosion prolétarienne, qui dans sa pratique de double pouvoir, peut abolir le salariat et exproprier la bourgeoise. Dés lors, quel intérêt de cloisonner à l'avance ce bouleversement social dans le cadre de l'économie bourgeoise, en avançant des revendications toutes compatibles avec le capitalisme, sinon offrir une porte de sortie à une bourgeoisie qui n'en demandera pas tant pour se tirer d'affaire ? Seul le trotskisme pour qui la lutte révolutionnaire exige l'adoption d'une sorte de jeu de l'oie, ou le passage - électoral ? - sur les cases "nationalisations" et "contrôle des banques" est obligatoire et ne souffre d'aucune contestation possible, connaît la réponse.
Incapables de saisir l'importance de maintenir en toutes circonstances l'indépendance de notre classe, ces organisations baignant dans l'activisme quotidien du "possible" et à l'horizon politique définitivement clos, ne pensent qu'en terme de supposé" "moindre mal", qui bien entendu engendre toujours les pires catastrophes. Faut il voter pour le maintien ou non de l'Angleterre ou de la Grèce au sein de l'UE ? Voila les questions sur lesquels divergent ces "révolutionnaires", qui tour à tour, expliquent à la tribune de Presles, les motifs qui justifient de se précipiter aux urnes pour soutenir l'un ou l'autre des camps bourgeois en présence, sans expliquer ce que le prolétariat peut tirer comme bénéfices de ces orgies électorales qui ne le regardent pas. Ce même "moindre mal" poussant nos bavards à vouloir "battre la droite" tous les cinq ans, ou exiger l'embrigadement des prolétaires dans les rangs du Hamas, et qui pour soulager leur conscience, papotent dans le même temps sur une Palestine "laique".

Mais le clou du spectacle reste le débat LO / NPA, ou nos pauvres pablistes visiblement consternés par leur propre opportunisme qui n'a pourtant rien à envier à celui des troupes de Nathalie Arthaud, arrivent têtes basses pour subir les foudres de nos révolutionnaires auto-proclamés ! "SEULE LA CLASSE OUVRIIIIIEEEERRRRRRRRRRE EST REVOLUTIONNNNAIRE, ET NOUS EN SOMMES !!!" tonnent le poing sur la poitrine les représentants de LO, dont les exploits prolétariens sur les 30 dernières années consistent en réalité à servir de caution électorale gauchiste à des gouvernements de collaboration de classe, ou encore nier les trahisons syndicales auxquelles participent ses propres militants. On serait en droit d'attendre plus de modestie de la part d'une organisation qui dans un éditorial récent, s'est prononcée pour la pénalisation de la prostitution, et de fait encourage les flics à traquer les putes, histoire de se mettre à hauteur de conscience d'un prolétariat arriéré, qu'elle refuse de bousculer sur des sujets dit "sensibles" - Homos, trans, immigrés - et ne concernant pas la vie interne des usines, ou LO distribue ses infâmes "feuilles de boites" aux individus supposés "normaux". Ce n'est pas le NPA qui se retrouve derrière les mêmes barricades que son propre impérialisme en Syrie, sans que cela ne dérange d'ailleurs quiconque chez les "internationalistes" de tous poils réunis à Presles, qui pourra lui faire la leçon.
Merci à "Mouvement Communiste" pour son forum consacré à la loi "El Khomri" qui vit un bonze CGTiste de LO venu porter la bonne parole syndicale, se voir renvoyer dans les cordes - merci Gwen - ou encore à ce camarade venu d'Asie nous expliquer les opportunités d'alliance des prolétariats turcs et kurdes qu'engendre la lutte de classe.

RETOUR DE MANIF

par Joce Forest 

(intéressant témoignage que vous ne verrez point à la télé ni sur votre Libé, où il n'est question que de consensualité entre cheffes CGT au langage hard contre un gouvernement odieux, en compagnie des inénarrables "dormeurs debout" qui apportent leur soutien en chantant la convivialité républicaine)



Retour de manif.
Je l'ai passée avec une équipe de streetmedics. Collectif d'équipes de premiers secours qui viennent en aide à tous ceux qui en ont besoin.
L'équipe de streetmedics a subi un contrôle d'identité au moment de son briefing avant la manif après avoir été prise en nasse par les forces de l'ordre. Toutes les identités ont été relevées (je les ai rejoints après).
Je suis passée à travers un contrôle systématique de sacs (je dois avoir une bonne tête).
Des manifestants lambda se sont vus confisquer des casques de vélo et du sérum physiologique par contre les membres des services d'ordre des syndicats ainsi que des autonomes ont pu rejoindre en bande la manif casqués de lourd (casques de moto, casques militaires, etc.) et munis d'armes diverses (barres de bois, tronçons de câbles, battes de base ball en bois ou en alu)...Ca, ça n'était pas gênant.
Pas mal de nuages de lacry et de coups de matraques. L'équipe avec laquelle j'étais a soigné une brûlée (qui s'est trouvée sur le chemin d'un gros pétard), 2 blessés à la tête (dont un évacué puis récupéré par les pompiers) et on a lavé pas mal de paire d'yeux et pulvérisé du maalox dilué (pour calmer les brûlures de la peau).
Un gros coup de speed à l'arrivée à Denfert-Rochereau une fois la tête de cortège avec les chefs des syndicats évacuée....puis plus rien.
A 150 ou 200m de la place le cortège était bloqué. On a trouvé nez à nez des manifestants qui demandaient au service d'ordre CGT sur le pied de guerre de laisser passer le reste du cortège (bien 95%). Grâce à quelques fortes personnalités qui ont fait de leur mieux et en l'absence de manifestants vraiment violents, cela n'a pas dégénéré et le SO CGT a remonté l'avenue en reculant sous la pression des mainifestants déjà passés prenant le trajet du cortège à l'envers pendant que les véhicules des syndicats faisaient demi tour et que le reste du cortège en aval semblait se disperser.
J'ai pris à partie un membre du SO CGT en lui demandant pourquoi ils faisaient ça. Réponse "Pour protéger leurs manifestants parce que ça craignait devant" (il n'y avait plus aucun problème sur la place). Je lui ai fait remarquer qu'ils sabraient la manifestation. Réponse : "Mais c'est bon on a vu la mobilisation". Je lui ai signifié que bien qu'étant une ancienne déléguée syndicale CGT, je ne voulais plus entendre parler d'eux. Réponse : "La CGT s'en remettra". J'ai vu et entendu énormément de militants CGT se désolidariser, enlever leurs badges et huer le SO.
J'ai vu un streetmedic péter les plombs et leur hurler dessus en leur disant que c'est à cause d'eux et de leurs conneries qu'il est obligé de faire ce qu'il fait.
Je ne comprends pas de quel droit ces gens empêchent les manifestants qu'ils soient de la CGT ou non d'avancer et de manifester. Ils n'ont aucun pouvoir... Si ce n'est celui de leurs battes !
Les manifestants iraient bien mieux sans eux et leurs exactions. Ce sont des boeufs qui en plus sont persuadés de ce qu'ils disent...Vu que c'est la centrale qui le dit ! Et ils suivent de manière abrutie mais disciplinée les ordres reçus.
Bien entendu on a vu notre lot de flics en civils équipés tout comme les SO de syndicats avec le brassard SO en moins mais pas le brassard Police en plus...
Il y avait du monde dans la rue. Des jeunes, des vieux, des militants habitués et des gens qui en ont juste ras le bol.
On remet ça jeudi. 49.3 ou pas cette loi ne passera pas !

PS: elle est dure à la comprenette la pauvre, elle en redemande, c'est comme les vaches qu'on mène à l'abattoir. Heureusement elle pourra rentrer saine et sauve dans son studio solitaire, l'âme rassérénée de sa bonne action secouriste et persuadée qu'elle va contribuer à faire reculer le gouvernement avec les camarades honnêtes de la base.