"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 3 mars 2016

ESPAGNOLADE: LES MYSTERES (de la religion) ENFOUIS DE LA SOIT DISANT REVOLUTION ESPAGNOLE


Première partie : les bouc-émissaires musulmans et le martyre des curés catholiques

Du point de vue du prolétariat en révolte et de la théorie marxiste, la tentative révolutionnaire en Espagne arrive trop tard en Europe. Pourquoi d'abord ? Parce que la révolution mondiale commencée en Russie et en Allemagne en réaction à la guerre mondiale a été stoppée au milieu des années 1920. Pourquoi ensuite ? Parce que l'Espagne, petit pays du sud de l'Europe est désormais encerclé par le fascisme italien, le nazisme allemand et des démocraties complices de la bourgeoisie espagnole. A chaque commémoration, c'est la commisération anti-fasciste qui l'emporte dans l'interprétation des événements. On veut accessoirement nous faire croire à un sursaut possible du prolétariat alors que la contre révolution a quasiment triomphé dans les pays industriels les plus importants.
On exalte depuis des décennies le martyre du « camp républicain », la gloire des « brigades internationales » - cette invention stalinienne - accessoirement les crimes des agents du stalinisme. Les anarchistes vantent l'expérience des collectivisations pour faire oublier que leurs chefs étaient entrés dans le gouvernement républicain certes mais surtout bourgeois. Les critiques des Trotsky et Munis sont considérées comme anecdotiques. On assomme les enfants des écoles et les lecteurs ignorants avec des tonnes d'images glorifiant la dernière grande révolution, ou plutôt une belle « guerre révolutionnaire » « anti-fasciste » hélas défaite par le méchant Franco, que dieu ait sa peau.
On a fait tout retomber sur le dos du parti stalinien dans l'historiographie/hagiographie post 68. Simpliste. Pourquoi ne nous a-t-on pas expliqué pourquoi ce parti stalinien, qui n'était rien à la veille du 17 juillet 36, pas plus gros qu'un groupuscule gauchiste en France 2016, a pris un tel envol et engrangé autant de futurs "commissaires politiques" criminels? Et si la réponse se trouvait dans "l'apolitisme" religieux de ce vieux pays anarchiste agrarien, comme nous l'expliquera probablement Grandizio Munis dans notre seconde partie, consacrée à dépouiller les poncifs de l'espagnolade.

Peu des admirateurs de la légende dorée veulent admettre que la phase 1936-1939 fût surtout le terrain d'entraînement enfumé en vue de la reprise de la guerre mondiale, même si des historiens officiels le reconnaissent, même si la revue Bilan – éditée par les maximalistes italiens réfugiés en Belgique – expliquait déjà tout cela dans le désert des chants creux des Fronts populaires et le bruit des avions de combat des armées ennemies dans le ciel espagnol. Bilan est une revue d'intellectuels difficile à lire, alambiquée, qui ne parvient pas à une clarté dans l'énonciation politique comme un Trotsky, ou un Munis ; tiens on en parlera de celui-là dans la deuxième partie. Il expliquera très bien aux bisounours gauchistes ou lambdas, mieux que Bilan, ce qui s'est passé réellement en Espagne au plan politique, pas en radotant les divagations « apolitiques » des anarchistes et des poumistes. Ce fût à peu près comme en Syrie aujourd'hui. Oui oui. Où l'on verra comment les contributions politiques du passé peuvent aider à mieux comprendre le présent. Marx et Engels disent quelque part dans le Manifeste de 1848 que, sous le règne capitaliste « tout peut se transformer en son contraire ». Hé oui : plouf la destruction de l'Etat bourgeois, plouf le défaitisme révolutionnaire, plouf l'armement du prolétariat, plouf l'internationalisme, plouf la généralisation, plouf la fraternisation, etc. au pays de la concrétisation du chantage anti-fasciste.

Commencés comme une tentative révolutionnaire - après des années d'intenses violences entre les classes (un millier de mineurs tués dans les Asturies en 1934), les événements d'Espagne de la fin des années 1930 n'exhibent pas seulement un prolétariat isolé du prolétariat mondial, et de ce fait conduit à des violences stériles et criminelles dans une spirale et sur un terrain  - celui des armes – où la bourgeoisie est invincible (je sais vous allez dire, il est devenu horriblement pacifiste, mais attendez la deuxième partie et vous allez voir comment mon vieux camarade Munis vous mettra les yeux en face des trous). Passons sur le fait que le prolétariat s'est levé -ce qui est déjà un mensonge - « pour défendre la République » contre un coup d'Etat pas encore nommé fasciste1.

Immédiatement l'Etat bourgeois parlementaire va tout faire pour lui retirer les armes à la classe révolutionnaire (encore très agraire) laquelle avait été en chaparder aux putschistes vu que les « autorités démocratiques » refusèrent de lui en fournir. Jamais la bourgeoisie espagnole du versant républicain ne permettra un armement autonome du prolétariat. Elle laissera jardiner les autogestionnaires anarchistes, mais pour l'encadrement militaire : obéissance et soumission.
Comme la bourgeoisie mondiale, la bourgeoisie espagnole a tiré les leçons de l'expérience en Russie, de son point de vue. Un risque d'extension révolutionnaire ? Il suffit d'inverser : on va inventer les brigades internationales. Ainsi au lieu d'initier un mouvement révolutionnaire dans leur propre pays et d'animer une vie et des organes politiques non militarisés, des milliers de jeunes ouvriers seront conviés à venir au casse-pipe (la majorité des tués au combat étaient des BI) , non pour venir participer à la création de Conseils ouvriers, organes classiques du double pouvoir, mais pour s'enrégimenter aux ordres de miliciens staliniens et anarchistes2.

Sortons du bla-bla de l'hagiographie post-stalinienne et artistique. Le camp républicain n'est pas simplement la proie des vilains agents de Moscou (des collègues trop zélés), il a besoin de bouc-émissaires (comme le camp d'en face le fasciste), pour éviter un massacre des patrons3, ce ne sont pas les juifs qui sont désignés mais les curés et les nonnes ; on les massacre à tour de bras, ils « symbolisent » des siècles d'oppression, dit-on. Mais ces massacreurs laïcs nous rappellent trop les bouchers de septembre pendant la révolution française, qu'Engels avait décrits comme des petits bourgeois sanguinaires et sans vergogne.
Tout est double et trouble dans cette révolution avortée avant d'avoir commencée. L'internationalisme est travesti en antifascisme dans un combat dont les impérialismes européens tirent les ficelles. L'extension espagnole est centripète quand l'extension révolutionnaire en Russie était centrifuge. L'expression politique des ouvriers est soumise aux désidératas des partis gouvernementaux. Beaucoup d'engagés volontaires dans cette mystification belliciste préfèreront taire leurs désillusions sur le terrain pour ne pas porter tort à « la cause », sauf ceux morts au combat inégal, totalement inégal ; armement minable face aux franquistes et la pire des armées mexicaines...
Le monde entier est focalisé sur la violence interne, les violences spectaculaires de la scène ibérique ; comme si la révolution prolétarienne ne pouvait être qu'une succession ou un entassement de violences sans fin, et hélas, de violences perverses, stupidement vengeresses contre des gens sans défense et si visibles avec leurs robes noires ; violences nullement constitutives de l'accouchement d'une autre société. C'est déjà, dans l'impasse espagnole, une violence de guerre, qui vise à l'élimination primordiale des sacrifiés ou des héros, et surtout qui écarte toute notion de classe sociale pour justifier une guerre à venir encore plus grande, plus sacrificielle encore, non contre le capitalisme, mais contre le diable étranger au taux de profit : le nazisme et son petit frère le fascisme. Alors surgit, la main sur le cœur, l'antifascisme cette prière commune des ouvriers et des bourgeois, comme de l'autre côté c'est la lamentation des (braves) ouvriers et des bourgeois en uniforme (eux aussi). L'antifascisme n'avait pas encore inventé l'antiracisme, mais le fascisme lui sait déjà très bien se servir non du racisme (théorie fumeuse) mais du bouc-émissaire « étranger » ; les juifs c'est bon pour l'Allemagne, quand, au début de la « révolution espagnole », les criminels...c'est les arabes. Vous verrez où Georges Bush et ses successeurs ont puisé leur inspiration, ainsi que les concepteurs de Daesh4. Après on reparlera des violences internes, anti-révolutionnaires, pathologiques, néo-religieuses et cathartiques ; qui avaient existé en Russie, de façon moins importante, des cadavres avaient été déterrés dont celui de Raspoutine mais pour voir s'il été vraiment si bien membré que le pensait la cour du tsar.


OU L'APPARTENANCE RACIALE DEVANCE LE MARTYRE RELIGIEUX DANS LA GUERRE D'ESPAGNE

Vous lirez par après un certes long extrait d'un historienne espagnole qui explique mieux que je n'aurais pu le faire comment il n'y a pas eu non plus « guerre civile » en Espagne, même si des civils y ont été mêlés (car selon le classique marxisme une guerre civile met aux prises des classes sociales et est potentiellement la naissance d'une révolution). Cela commence comme une lutte grave entre fractions bourgeoises, où le prolétariat a cru pouvoir jouer à la fois le rôle d'arbitre et de meilleur butteur, mais c'est d'abord un massacre organisé par des militaires qui se servent de soldats arabes, car on ne pourra pas dire que Franco a commencé par faire tuer des espagnols par d'autres espagnols, mais qu'au fond il a sauvé l'Espagne des « criminels rouges », qui, d'ailleurs étaient surtout des étrangers « brigadistes », certes embrigadés, grâce à des troupes supplétives, sans subconscient « chrétien », comme les péquenots en uniforme versaillais qui ont zigouillé en 1871 les ouvriers parisiens... Tout est double. Trouble. Avec les multiples ouvrages qui glorifient ou « arrangent » la soit disant « révolution espagnole », on reste dans le déni du plus honteux, de ce qui doit resté caché pour les idéologues modernes et perpétuellement révisionnistes.

« La représentation du Maure dans les troupes coloniales et la guerre du Rif.

La création dans les colonies de corps constitués par des soldats autochtones sous le commandement d'officiers européens n'était pas une nouveauté. La France les avait créés depuis longtemps en Algérie, l'Angleterre aux Indes et dans d'autres régions de son Empire. En Espagne, après la campagne militaire de 1909 et face aux croissantes et violentes protestations populaires contre l'envoi des troupes péninsulaires, l'idée de recruter et d'organiser des forces marocaines s'imposait de plus en plus en tant que moyen d'épargner les vies des soldats espagnols.
Pour le recrutement on recourait à des proclamations dans les souks et à des agents locaux, les « Maures amis », que l'on désignait couramment sous le nom de « Maures pensionnés » du fait qu'ils étaient à la solde de l'Espagne dont ils recevaient une paye mensuelle. Lorsqu'on disposait de plusieurs « Maures amis » dans un village, une fraction de tribu ou une tribu, on constituait ce que l'on appelait « le parti espagnol », dont la mission, outre de renseigner les autorités sur l'état d'esprit de la population et créer parmi celle-ci une ambiance favorable à l'avance des troupes espagnoles, consistait à favoriser le recrutement de soldats pour l'armée espagnole et à former des « harkas amies », c'est à dire des groupes irréguliers d'hommes armés qui, sous le commandement du caïd de la tribu, assistaient les troupes espagnoles dans l'occupation de nouveaux territoires.
Les quatre années antérieures à 1921 avaient donné de mauvaises récoltes et, par conséquent, entraîné la famine dans le Rif et beaucoup de Rifains s'enrôlaient dans les forces espagnoles pour fuir la misère. Cependant, si les enrôlements étaient nombreux, les désertions ne l'étaient pas moins. Beaucoup ne s'enrôlaient que pour obtenir un fusil et recevoir une instruction militaire, d'autant plus que la récolte de 1921 s'annonçait excellente, et ce fut le cas. Grâce à cette circonstance, tant les tribus récemment « soumises » que celles qui, en principe, l'étaient depuis des années, purent se joindre au mouvement de résistance des tribus « insoumises » contre l'occupation. Dans le Rif central et oriental, les troupes marocaines de la police indigène et des regulares rejoignirent également le mouvement.
Dans les mois suivants (fin 1921-année 1922), à mesure que les forces espagnoles reprenaient péniblement, face à une résistance farouche, quelques positions perdues – reprises symptomatiquement décrites par le haut-commissaire, le général Berenguer, comme la Reconquista – les corps de la police indigène et les regulares étaient laborieusement reconstitués avec de nouvelles recrues ou même d'anciens déserteurs qui exprimaient leur repentir et justifiaient leur désertion par la peur des représailles des gens de leur fraction ou de leur tribu contre leurs familles. Même si ces pressions existaient, il n'en était pas moins vrai que les espagnols, eux aussi, menaçaient de razzier les maisons et les biens des nouvelles recrues et des déserteurs réadmis, dans le cas où les premiers auraient l'idée de déserter et les seconds celle de récidiver.
Sur la base de ces « méthodes » et des recrutements effectués dans d'autres régions, en particulier parmi les tribus du Protectorat français, les unités de regulares formaient en 1926 cinq groupes (20 tabors, c'est à dire 45 compagnies et 15 escadrons). Ces troupes contribuèrent en 1926 à l'écrasement du mouvement de résistance rifain dirigé par Mohammed ben Abd-l-Krim El Khattabi et les années suivantes à la « pacification » du Rif, c'est à dire la répression des tribus qui avaient participé au mouvement.
Le comportement des troupes marocaines de la police indigène ou des regulares était en général celui du colonisé qui sert dans les forces armées du pays colonisateur et à qui on demande, en échange d'un salaire, de participer à la répression de son propre peuple. Dans les territoires « soumis », la vieille et traditionnelle méthode de la razzia contre les villages ou hameaux où les indicateurs avaient signalé la moindre agitation était toujours largement pratiquée ; dans les territoires « insoumis », limitrophes de la zone occupée, les razzias contre les populations soupçonnées d'aider ou de fournir des contingents d'hommes aux « harkas ennemies » étaient également fréquentes.
La solde insuffisante et les retards pour la toucher étaient compensés par les profits des vols et des pillages. Les viols et autres abus étaient monnaie courante. Couverts et protégés par les chefs, les délits des soldats restaient impunis. Cependant leur tolérance à l'égard des vols et des abus, n'empêchait pas les chefs de maltraiter les hommes. Les insultes, les brimades et même les coups dont ils étaient l'objet créaient chez eux un ressentiment profond envers leurs supérieurs. Beaucoup désertaient, d'autres attendaient l'heure de la revanche. C'est ainsi qu'en 1921, à Annoual la police indigène, dont une partie avait déjà fait défection pendant le combat et tiré contre les officiers, déserta en masse et rejoignit les combattants des tribus soulevées du mouvement de résistance rifain faisant feu sur la cohue des soldats espagnols qui fuyaient affolés à la débandade.

L'IMAGE DU MAURE DANS LA GUERRE D'ESPAGNE OU LA RECONQUETE A L'INVERSE

Les Maures dans l'armée coloniale espagnole. Avant le 18 juillet 1936, les forces militaires dans la zone du Protectorat espagnol s'élevaient à quelque 40 000 hommes dont 9000 dans les troupes régulières et 8000 environ dans les forces supplétives.
Les opérations militaires en Espagne et la nécessité de disposer de nouveaux contingents amenèrent les autorités franquistes à une réorganisation et une augmentation accélérée des troupes marocaines. En octobre 1936, quelque 15 000 avaient déjà été recrutés. Au printemps de 1937, des 62 961 hommes qui arrivèrent du Maroc, 35 089 étaient des marocains. Au cours des deux dernières années de la guerre civile, les marocains recrutés pour l'armée franquiste étaient aussi nombreux que ceux qui avaient traversé le Détroit au début de la guerre civile. Le nombre total de ceux qui ont participé à la guerre civile a été, d'après certains auteurs, de 70 000 ; de 100 000 dont 75 000 auraient été recrutés en dehors du Protectorat espagnol pour d'autres. D'autres sources donnent le chiffre de 80 000.
Attirés surtout par la promesse de hauts salaires, les marocains au début furent nombreux à s'enrôler dans l'armée franquiste. Les mauvaises récoltes des années précédentes rendaient le recrutement facile aux caïds. C'est au Rif oriental, dans les tribus de Kelaïa, où les recrutements étaient déjà une tradition, que ceux-ci ont été les plus massifs. Dans d'autres régions du territoire – Rif central, Ghomara et Jebala – le recrutement rencontra des résistances et les autorités franquistes du Protectorat furent obligées de faire appel à des moyens coercitifs. Les caïds qui montraient la moindre opposition étaient menacés de représailles ou exécutés.
A la fin de 1936, le recrutement est devenu de plus en plus difficile. La population voyait qu'aucun des regulares passés en Espagne ne revenait. Les familles restaient sans nouvelles et sans argent. En outre, les autorités avaient pour principe de ne pas leur faire part des décès. Beaucoup de marocains enrôlés dans les troupes espagnoles refusaient de traverser le Détroit pour aller combattre en Espagne.
Pour pallier ces difficultés et pousser le recrutement, les autorités franquistes du Protectorat ne faisaient pas seulement appel aux caïds à leur solde mais à d'autres collaborateurs : le mouvement nationaliste marocain, allié de Franco, le Khalifa et le Grand Vizir ; les confréries religieuses comme celle des Derkaoua qui avait beaucoup de partisans dans le Rif. Cependant, malgré ces appuis, la résistance au recrutement persistait. Beaucoup, refusant de s'enrôler, fuyaient en zone française. Ainsi donc, parler de volontaires marocains dans l'armée franquiste ne correspond pas tout à fait à la réalité.

Le retour du Maure ou les Maures contre les « rouges ». En 1936, lorsque les miliciens – des ouvriers, des paysans – qui défendaient la République espagnole les armes à la main se sont trouvés face au Maure, cette fois-ci non plus sur les champs de bataille d'Afrique mais dans la Péninsule même, les visions terrifiantes du passé – ce qu'eux-mêmes avaient vécu ou que leurs pères, leurs grands-pères leur avaient raconté – leur apparurent alors : le Ravin du Loup – revers sanglant subi par l'armée espagnole le 27 juillet 1909 -, Annoual – la plus grosse défaite subie par l'armée espagnole au Mroc (22 juillet 1921) -, Mont Arrouit. Dans des régions comme les Asturies où le gouvernement avait eu recours (sous la conduite de Franco) aux troupes du Maroc – la Légion et les regulares pour écraser la révolte des mineurs en 1934, le souvenir du Maure était encore frais dans les mémoires.
Tout comme au Maroc où la solde insuffisante était compensée par le vol et le pillage, les militaires franquistes, pour tenir leurs troupes, encourageaient des pratiques analogues en Espagne. La prise d'une ville ou d'un village prenait des caractères de razzia : entrée à feu et à sang, pillages, destructions, incendies, assassinats de la population civile, viols. Les atrocités des troupes marocaines sur le sol de la Péninsule ibérique ne différaient pas de celles commises dans les douars rifains avec la complicité ou même l'encouragement des officiers espagnols. Mais le « rebelle » qu'il fallait exterminer était désormais le « rouge ».
Sachant la terreur que le « Maure » inspirait chez les soldats espagnols, Franco utilisa les troupes marocaines non seulement comme chair à canon, mais aussi comme arme psychologique contre le peuple espagnol. Il s'agissait de démoraliser et de terroriser les soldats qui combattaient dans les rangs républicains. Plus les actes de barbarie commis par les marocains seraient nombreux, moindre serait le courage pour les affronter.
En plus du viol et du pillage, encouragés par leurs supérieurs, d'autres actes de cruautés et de violence servaient d'exutoire à leur exaspération. On a souvent répété que les atrocités commises par les troupes marocaines en espagne au cours de la guerre civile étaient dictées par le désir de vengeance contre les espagnols. En exterminant le « rouge », on exterminait l'Espagnol en général, l'oppresseur. Il s'agissait pour eux de tuer des espagnols, de décharger leur ressentiment, leur haine, de donner libre cours à leur désir de vengeance pour les vexations, les mauvais traitements. Ceci peut être vrai en partie. Mais il est tout aussi vrai que les soldats marocains n'auraient pu commettre ces atrocités sans la tolérante complicité ou même à l'instigation de leurs supérieurs espagnols. Les actes de cruauté des troupes marocaines convenaient parfaitement aux desseins des cadres militaires franquistes dont la majorité, formés dans la guerre coloniale en Afrique, concevait la lutte contre le « rouge » dans la Péninsule comme une prolongation de la lutte coloniale contre le « rebelle » rifain.
Les actes de barbarie qui ont le lus traumatisé la population espagnole et sont restés indissolublement associés au comportement des troupes marocaines en Espagne au cours de la guerre civile de 1936-1939 ont été les éventrations, les décapitations, les mutilations – amputation des oreilles, du nez, des testicules, etc. Ces actes de sauvagerie, courants dans la guerre coloniale, n'étaient pas seulement pratiqués par les marocains, mais aussi par les légionnaires, tant espagnols que d'autres pays européens. Au cours de la guerre du Rif (1921-1926), une photo largement reproduite dans la presse et devenue célèbre montrait plusieurs légionnaires tenant à la main des têtes de combattants rifains. Les mutilations – particulièrement des oreilles, des testicules – étaient courante parmi les soldats de la Légion. Si la publicité faite aux atrocités des marocains a été plus large, c'est parce que, d'après l'image du Maure qui prévalait, les actes de sauvageries ne pouvaient être commis que par des « sauvages ». Ces actes, quoique condamnables, étaient considérés comme presque « normaux » lorsqu'ils étaient commis en Afrique, puisque les victimes étaient des « sauvages » ; mais lorsqu'ils étaient commis en Europe contre des européens « civilisés », on les considérait comme inadmissibles. Les atrocités n'étaient pas mises sur le même pied. Si les victimes étaient les habitants d'un village ou d'un douar rifain ce n'était pas pareil que lorsqu'elles étaient d'un village ou d'un hameau de Castille.
Même si l'aide des troupes étrangères à Franco, par exemple les troupes italiennes dont le nombre s'est élevé à quelque 60 000 hommes, a été dénoncée et condamnée, ces troupes étaient après tout, européennes. La Légion, malgré ses méthodes sauvages, était également composée d'européens. S'agissant des troupes marocaines, plus que leur qualité d'étrangères, ce qui a le plus profondément choqué était le fait que ces étrangers étaient des « Maures ». Plus d'un dirigeant républicain a dénoncé la présence des « Maures » en Espagne après huit siècle de Reconquista... ! Même si certains ont essayé de comprendre, d'expliquer les diverses causes qui avaient amené ou obligé ces marocains à s'enrôler dans les rangs de l'armée franquiste, ce qui est resté profondément ancré dans la mémoire collective a été simplement leur intervention, leur comportement dans la guerre civile espagnole de 1936-1939. C'est ainsi que cette guerre civile a contribué à perpétuer et à renforcer l'image du Maure ».
L'historiographie de gauche devenue "antiraciste" tait le fait que la dénonciation des fascistes était en effet couplée avec celle des "Maures"; seule la revue Bilan en fait mention: "A la lutte contre les fascistes et les "maures" (opposons) la fraternisation" (cf. Bilan n°38).

Tout cela est très intéressant et équilibré. Cette histoire occultée des premiers « hommes de main », « tueurs de main » de Franco, peut satisfaire l'antiraciste bobo d'extrême gauche, mais le reproche qu'on peut faire à cette auteure – quoique excusable pour un écrit dans la mode de l'antiracisme de la fin des années 1980 – est de ne pas développer sur « l'utilisation » faite de ces mercenaires « arabes » par Franco5. Pourquoi est-ce qu'il utilise cette « main d'oeuvre criminelle » au début de son coup d'Etat ? La première réponse coule de source : la plus grande partie de l'armée classique n'a pas envie de tirer sur son propre peuple, même si celui-ci a fait un choix électoral qui déplaît à la grande muette et à la bourgeoisie latifundiaire espagnole ; de nombreux officiers loyalistes ont été exécutés par Franco tout de suite, preuve qu'une grande partie de l'armée nationale n'était pas gagnée au putsch. Après, lorsque le sang aura suffisamment coulé, l'armée "séditieuse" sera suffisamment énervée par la muleta de la fausse guerre civile, pour relayer les « regulares ». La deuxième réponse nous a été fournie par l'auteure : la bourgeoisie aime à faire un lien simpliste entre le présent et un lointain passé de guerres de religion, des combats de corsaires aux conversions forcées pour justifier le « sacrifice national » d'un côté et « antifasciste » de l'autre, mais dans les deux cas un tantinet « islamophobe » comme le décrète la doxa bourgeoise de nos jours, voire « raciste colonial » comme on ne doute pas du contenu des récriminations de « plus d'un dirigeant républicain » dont les propos ne sont pas rapportés ni par les historiens ni par les arrogants journalistes superficiels qui ignorent cet épisode de la répression franquiste. Si l'on en croit l'historienne espagnole, tout cela reste enfoui dans la mémoire collective pudique du peuple espagnol6.

OU LE MARTYRE RELIGIEUX SERT A COUVRIR LES CRIS DES OPPOSANTS TROTSKYSTES ET POUMISTES TORTURES

Le massacre des prêtres commence très tôt. Je ne sais plus dans quelle presse anarchiste, j'ai dû lire que la « révolution espagnole » était la plus anticléricale de toutes. Il n'y a pas de quoi être fier, ni en faire un titre de gloire quand on voit que ce sont des djihadistes qui se chargent aujourd'hui de ce sale boulot « laïc » ou un Etat (cf. les moines de Tibéhirine). Si les masses arabes devaient officier à une révolution du même type, ce serait aussi crétin de flinguer par milliers les imams ou les ayatollahs... à la place des institutions capitalistes. J'ai longtemps pensé que cela avait pu se produire à cause de l'arriération de l'Espagne, pays encore à dominante agricole et pays par conséquent d'émigration. On va voir grâce à d'autres auteurs que rien n'est spontané et que les exécutions successives arbitraires obéissent à une logique politique interne toute...stalinienne.
Face à l'émoi international, le gouvernement républicain désapprouva, mais laissant faire l'humeur des dirigeants des « comités antifascistes » locaux, une génération antifasciste très anticléricale au point d'oublier que les curés ne sont pas chefs d'Etat ni patrons, ni généraux.

JF Berdah écrit : « Le fait est pourtant que cette “fureur populaire” a largement été médiatisée - et exagérée - par la presse conservatrice, puis par les thuriféraires de l’Espagne franquiste, en Espagne comme à l’étranger, tant l’opposition à la jeune démocratie suscitait d’aversion. S’il est vrai que des actes de violence furent commis en avril-mai 1931, jamais ces actes ne prirent les proportions évoquées par le journal monarchiste ABC ou le quotidien britannique The Times : un bilan rapide des actes violents commis sous la Seconde République entre avril 1931 et juillet 1936 montre en effet que 2 225 assassinats politiques furent perpétrés durant la période, en partie par les anarchistes, mais aussi et surtout par les militaires, les gardes civils et autres gardes d’assaut, à commencer par les 1 200 mineurs tués lors de l’insurrection des Asturies en octobre 1934. Ce qu’il importe toutefois de souligner, c’est que cette violence ne s’exerça pas de façon ininterrompue, mais qu’elle connut aussi des moments de répit, les soubresauts étant alimentés par la radicalisation des forces politiques de droite comme de gauche et par l’incapacité des institutions républicaines à contenir le débordement des extrêmes".
Après avoir décrit longuement la préméditation et la planification de la violence extrême par Franco et ses sbires, l'auteur ajoute : «Cet acharnement à punir et à réduire l’ennemi réel ou supposé ne doit pas faire oublier que la violence et la répression furent pratiquées dans la zone républicaine avec une intensité souvent comparable durant les années 1936-1939. L’échec du soulèvement militaire dans les villes et les régions restées fidèles à la République, ainsi que l’état de chaos dans lequel se trouva plongé l’État républicain, peuvent certes être avancés comme facteurs déterminants de l’explosion révolutionnaire de l’été 1936 ; ils ne suffisent pas cependant à expliquer, et encore moins à justifier, les excès qui furent commis par centaines à l’encontre des prisonniers militaires et des personnes dont le seul crime était d’appartenir aux classes “bourgeoises”, au clergé ou aux partis de droite. Les spoliations de biens - hôtels, journaux, usines, habitations privées - de même que les incendies d’églises et les assassinats qui se multiplièrent dès le 19 juillet à Madrid, en Catalogne et en Andalousie furent le fait de bandes isolées, mais aussi de milices armées recrutées par les partis politiques et les syndicats". 

La machinerie tortionnaire stalinienne ne s'était pas encore mise ne branle comme elle le fera après l'insurrection ouvrière du 3 mai 1937 :
«  À la différence notable des généraux rebelles, le gouvernement de Madrid condamna sévèrement ces excès par la bouche de son chef, José Giral, et celle surtout du président de la République, Manuel Azaña. Le 23 août, après plusieurs semaines de violences incontrôlées et le massacre des prisonniers nationalistes à la prison Modèle de Madrid la veille même, des Tribunaux populaires purent enfin être créés, avec l’appui du PSOE, dans le but de mettre un terme à cette anarchie. Mais la légalité républicaine se heurta à la toute-puissance des partis et des syndicats révolutionnaires au niveau local, au point qu’il fut extrêmement difficile d’empêcher la poursuite des exactions perpétrées dans les geôles privées dépendant directement de ces derniers. Il semble pourtant que ces débordements allèrent en se réduisant dès la fin de l’année 1936 sous la pression des dirigeants socialistes et nationalistes, et que certaines formations d’extrême gauche prirent même l’initiative d’appeler à un arrêt de la violence, à l’exemple de la FAI anarchiste à Barcelone. Ainsi, selon une étude récente, 90 % des assassinats commis en Catalogne durant la guerre le furent entre le mois de juillet et le mois de décembre 1936. Cela ne signifie pas, à l’évidence, que toute forme de violence cessa jusqu’en 1939, mais que cette dernière s’exerça dans le cadre plus réglementé - quoique souvent aussi brutal - du Servicio de Investigación Militar, après la militarisation de la justice, au mois d’août 1937 ».
La répression physique menée par le SIM et les autres organes de sécurité aux mains des stalinistes (ou tchekas) invoquait l'éradication des ennemis de la République forcément tous fascistes mais s’étendit largement aux propres rangs de la révolution à partir du mois de mai 1937, d’abord contre les trotskistes ou apparentés au sein du POUM (dont le leader, Andrès Nín, est assassiné par le NKVD), ensuite contre les anarchistes et tous les opposants à l’ordre « antifasciste ».
Le massacre des religieux peut paraître « apolitique », comme le dit souvent Munis face aux exactions anarchistes : « Une ambiguïté qui dérive du fait que cette violence, tout en véhiculant des motivations - et en quelque sorte sa légitimation - à partir de la sphère du politique donc publique, a, originellement, des mobiles d'une autre nature qui, dans une certaine mesure, peuvent se ramener à la sphère de l'affectivité et du privé. Si ceci est vrai en général, la particularité du phénomène consiste dans la qualité spécifique de la violence qui se conjugue dans ce cas avec la violence politique, et que nous pouvons définir dans un premier temps, quoiqu'il s'agisse d'une entité ultérieurement décomposable, comme une violence religieuse »7.
«  Le calcul le plus digne de foi, réalisé par Monseigneur Montero Moreno dans un travail publié en 1961 et qui énumère une par une les victimes de cette violence, en spécifiant l'identité, la condition religieuse, la date, le lieu et, souvent, les circonstances de la mort, fournit les chiffres suivants : clergé séculier 4184 victimes, religieux 2365, religieuses 283, soit un total de 6832 victimes. Il s'agit d'un bilan nettement inférieur aux chiffres diffusés pendant la guerre ; les 16000 victimes, par exemple, dont parle Paul Claudel dans sa fameuse poésie Aux martyrs espagnols dont on peut supposer (même si, sur cet aspect, des évaluations partielles plus récentes en confirment la validité substantielle) qu'ils inclurent des victimes de la guerre et non pas strictement de la persécution (…) les assassinats atteignirent dans certains cas la dimension d'une véritable extermination. Dans celui de Barbastro, par exemple, 88% du clergé fut éliminé, 66% dans celui de Lérida, 62% dans celui de Tortosa. Dans d'autres, c'est environ la moitié : 48% à Malaga, 49% à Minorca, 55% à Segorbe, 48% à Toledo. Mêmes les grands diocèses urbains apparaissent durement touchés, surtout si l'on considère qu'à des pourcentages inférieurs correspondent des chiffres beaucoup plus importants en valeur absolue. A Madrid, 334 prêtres furent tués (30%), 279 à Barcelone (22%), 327 à Valence (27%)".
L'homologation de la violence qui vise les membres de l'Eglise sous la rubrique violence politique fut proposée par certaines des plus hautes autorités de la République, immédiatement après l'explosion de fureur anticléricale, avec des justifications aussi désarmantes que typiquement staliniennes : « Si l'Eglise ne s'était pas alliée à l'armée rebelle, elle aurait pu faire entendre du haut de ses clochers les invocations chrétiennes de paix, au lieu de décharges de guerre, et il n'y aurait pas eu de persécution religieuse »8.
« Mais au-delà des circonstances de fait, il restait comme explication, et justification, de cette violence exercée contre le clergé une motivation politique : l'Eglise est ennemie de la République, l'Eglise s'est rangée du côté des militaires rebelles contre le peuple qui s'opposait au coup d'Etat, et donc contre la République ; le peuple, en son nom, frappe ses ennemis et parmi eux, justement, aussi les membres de l'Eglise. Certes il est bien clair que cette explication a quelque fondement parce qu'au-delà des prétendues justifications relatives à l'intervention armée du clergé, il est indubitable que la responsabilité de l'Eglise espagnole, dans le passé proche et plus lointain, son indifférence fondamentale aux conditions des classes les plus pauvres et, au contraire, sa solidarité avec les classes dominantes, son soutien aux formules politiques les plus antidémocratiques, sa belligérance non armée contre la République ont toujours davantage exaspéré la haine anticléricale, qui aurait ensuite explosé quand les forces réactionnaires, alliées traditionnelles de l'Eglise, allaient tenter d'étouffer dans le sang la victoire du Front populaire. Comme le problème qui se pose est celui de la nature de cette violence, il importe peu d'objecter qu'au fond l'Eglise espagnole était réactionnaire de façon moins homogène qu'on ne le présente et que la viser globalement fut une erreur politique, à l'exclusion du cas basque ».
La destruction des églises ne fut pas souvent l'effet d'une irrésistible furie populaire mais une opération systématique, délibérée, des autorités républicaines locales comme s'il s'agissait d'un simple acte administratif.
La pression politique, le chantage stalinien, plagiant l'hystérie jacobine, a conditionné cette violence détournée contre les édifices religieux, protégeant ainsi l'Etat : « La signification attribuée aux destructions des lieux de cultes et des images sacrées était tellement forte que, d'après les témoignages, on incendiait l'église paroissiale dans certains endroits davantage pour éviter d'être suspectés par les comités révolutionnaires d'autres localités, d'une adhésion trop timide à la cause républicaine que sous une impulsion forte et authentique à accomplir cette action ».
« Même les assassinats des prêtres, par leur fréquence, peuvent avoir revêtu la signification symbolique d'un brevet révolutionnaire et, également, la fonction d'un don sacrificiel de la communauté, qui la mettait à l'abri de "problèmes plus graves". Une telle hypothèse semblerait validée par les nombreux cas de villages où l'unique victime de la révolution fut justement le curé ».
« Tant les destructions d'églises - comme exécution d'une décision administrative - que les assassinats de prêtres - surtout ceux, dont abondent les témoignages de la Causa general, commis contre l'habit et non contre la personne - pourraient être considérés comme des violences purement politiques, au moins dans la mesure où l'anticléricalisme peut être considéré comme une option proprement politique. Mais la frontière entre ce qui est anticlérical et ce qui est antireligieux, et ce qui appartient en tant que tel à la sphère du religieux et non du politique, est très ténue. Dans les causes de béatification des religieux tués durant la guerre civile espagnole, conservées dans les Archives Secrètes du Vatican - cent dix huit ont été instruites - les témoins insistent beaucoup sur les déclarations des meurtriers selon lesquelles l'acte qu'ils commettaient était motivé essentiellement par la haine de la religion. Mais il est légitime de se méfier de tels témoignages car la motivation antireligieuse est une condition sine qua non du procès de béatification pour cause de martyre, comme le sont tous ceux relatifs à la guerre d'Espagne ».
« La destruction est en effet souvent précédée de mutilations ou d'autres faits profanateurs. Parmi les plus fréquents, nous trouvons par exemple l'ablation (dans le cas de statues) ou le percement (dans le cas de tableaux) des yeux des images , l'amputation, ou mieux, l'imitation d'une amputation, des organes sexuels masculins, le fait de traîner les statues à travers les rues, comme l'on faisait d'ailleurs parfois avec le cadavre du prêtre, les coups portés aux effigies saintes avec des fouets et des bâtons. Cette personnification des images saintes, qui atteste l'inassouvissement du geste symbolique, rejoint parfois des niveaux extrêmes dans lesquels, sous le comportement moqueur et offensif contre les croyants, transparaît le besoin d'une communication, même sous une forme agressive, avec la divinité ».
Le détournement contre la religion - sous forme d'un encouragement aux passions torves héritées d'une société baignant depuis une dizaine d'années dans des rapports de classe ultra-violents, rythmés par la petite bourgeoisie anarchiste face à des gouvernements dictatoriaux, société encore marquée par la féodalité - les caciques et un clergé odieux - date du premier mois de ce qu'on croyait être une révolution; ce que le poumiste Josep Rebull a bien vu le 30 juillet 1936: "il n'est pas évoqué de détruire le capitalisme et sa forme de domination politique, mais il est déclaré "qu'est nécessaire la réquisition des biens de l'église et de toute la réaction". Cette attaque partielle sans que fût posée la question du pouvoir ne pouvait aboutir qu'à faire payer par la classe ouvrière ces biens de l'église et des réactionnaires" (p.50, Espagne 1937, Josep Rebull, la voie révolutionnaire, Spartacus 2014). Pas besoin d'être sur place pour saisir l'infamie et la supercherie - une restauration bourgeoise de la vengeance paysanne anarchique visant les personnes - et la "Gauche communiste" de Bilan de dénoncer ces violences stupides: "La destruction du capitalisme n'est pas la destruction physique, et même violente, des personnes qui incarnent le régime, mais le régime lui-même" (cf. Bilan n°38, janvier 1937).
Laissons les croyants staliniens enterrer leurs morts ou glorifier leurs meurtres "anti-religieux". En négligeant initialement de dénoncer plus fermement les massacres des hommes d'Eglise le gouvernement bourgeois républicain comme ses soutiens d'extrême-gauche facilitaient le massacre suivant : celui des derniers mohicans révolutionnaires, les bolcheviks-léninistes avec Munis, les Amis de Durruti et les anarchistes honnêtes, par le sinistre SIM.
Lorsque Franco prend le relais du SIM stalinien, la flotte démocratique anglaise laisse aux mains des sinistres franquistes les milliers qui tentent de se sauver par mer :
«La fin de la guerre, consécutive à la reddition des armées du Centre, n’entraîna aucune diminution notable de la violence en Espagne, bien au contraire. L’espoir un temps entretenu par le colonel Casado, auteur d’un coup d’État désespéré, que le vainqueur se montrerait magnanime à l’égard du peuple républicain et qu’il n’exercerait aucunes représailles inutiles s’évanouit dès l’entrée des troupes nationalistes dans Madrid et dans les principales villes du littoral méditerranéen, le 28 mars 1939 et les jours qui suivirent. Des dizaines de milliers de personnes regroupées à Valence, Alicante et Carthagène, qui avaient espéré jusqu’à la dernière minute que la flotte britannique arriverait à temps pour les évacuer vers la France ou l’Afrique du Nord, furent aussitôt victimes d’une chasse à l’homme de la part des soldats nationalistes et des phalangistes, tragédie qui devait constituer le prélude à une vague de répression sans précédent qui devait durer au moins cinq ans »9.

à suivre...


notes:


1Parmi les mille annotations géniales de Munis, on commencera par noter celle-ci : « Les ennemis de la révolution n'ont pu donner comme explication du soulèvement que les stupidités sur la « trahison » et la « déloyauté » des militaires, plus l'intervention italo-germanique. Comme si le soulèvement militaire n'avait pas été un acte de loyauté vis à vis de la société bourgeoise, précisément parce qu'il était dirigé contre le prolétariat et la révolution sociale ! » (p.127)

2On crédite un peu trop les staliniens d'être le principal poignard dans le dos de ladite révolution, mais on oublie les exactions et meurtres anarchistes, en particulier la persécution des curés et des meurtres de masse, au nom d'une curieuse laïcité ; comme on va le voir plus loin.

3Qui eux sont plus malins. Chazé raconte dans son bouquin chez Spartacus, qu'à Barcelone, les bourgeois avaient revêtu le bleu de chauffe pour marcher dans la rue.

4Mais à chaque époque ses bouc-émissaires : les juifs sous Hitler, les prêtres sous le FP espagnol, les femmes tondues à la Libération en France, et de nos jours ne sont-ils pas pléthores et le plus souvent en effet barbus, sauf Marine Le Pen, qui est peut-être sans le savoir une femme à barbe, quoique barbante.

5Il ne faut pas oublier qu'un général démocrate français le général Juin a lui aussi utilisé lors de la bataille du Monte Cassino en Italie, (1944) des goumiers marocains, des soldats algériens, des tirailleurs tunisiens et sénégalais, présentés par la suite comme des libérateurs de la France, mais qui s'étaient livrés à des « maroquinades » : 2000 femmes et enfants violés ainsi que 600 hommes. Les conditions de la guerre et l'origine agraire suffisent-ils à expliquer ces viols et violences ? La vengeance post-coloniale ? Le mépris ethnique ? L'hédonisme soldatesque ? En avril 1945 à Freudenstadt, les troupes françaises, y compris leurs goumiers violent des centaines de femmes allemandes.

6Il faut lire l'ensemble de sa contribution : L'image et le retour du Maure dans la mémoire collective du peuple espagnol et la guerre civile de 1936, par Maria Rosa de Madariaga (1988, article complet sur le site Persée)


7Ambiguïté de la violence politique : la persécution religieuse durant la guerre civile espagnole (1936-1939) de Gabriele Ranzato (in Revue Cultures & Conflits)

8Parmi les nombreux témoignages allant en ce sens, celui de Hilari Raguer, homme d'Eglise résolument anti-franquiste, est particulièrement significatif. Il a écrit dans son livre La espada y la cruz : "Bien que le nombre et les circonstances aient été exagérés, bien que ce qui s'est publié sur cette question soit très abondant et ait bénéficié de circonstances politiques qui lui ont donné une très grande divulgation (...), il faut pourtant admettre cette terrible réalité historique : pendant de nombreux mois, il suffisait que quelqu'un soit identifié comme prêtre, religieux ou simplement membre d'une congrégation ou d'un mouvement apostolique, pour qu'il soit exécuté sans procès".

9Jean-François Berdah : Epuration et répression politique en Espagne pendant la guerre d'Espagne (site Amnis, revue de civilisation contemporaine.)

vendredi 26 février 2016

Rififi entre gauche d'appareil et « indignés » du gouvernement : LA GAUCHE BOURGEOISE DOIT "VALSER"


«Que restera-t-il des idéaux du socialisme lorsque l’on aura, jour après jour, sapé ses principes et ses fondements ?» Martine Aubry

(citation pour rire, le socialisme de Martine Aubry c'était le salon de thé du collabo Mitterrand)



Il y a une fausse naïveté grossière chez la mère Aubry et son hétéroclite liste de cosignataires dans « l'indignation » primaire rétroactive face au « pacte de responsabilité » (premières fleurs au patronat dont la réforme du code du travail n'est que l'aboutissement), à la déchéance de nationalité (souci chauvin dont les prolétaires n'ont que foutre puisqu'ils n'en ont pas) et un big bisou à la démagogue irresponsable Merkel1. D'aucuns de la gente journalistique qui prend ses millions d'auditeurs pour des imbéciles ont même été jusqu'à imaginer que la vilaine lilloise n'avait pour but que de faire "valser" Valls... ou laisser Valls continuer à "Vallser"...
Franchement quel est le gouvernement, de n'importe quelle clique bourgeoise, qui pourrait régner sans appliquer à fond la flexibilité du travail en temps de guerres incessantes ? En ce sens Hollande et Valls font le job, et savaient très bien que la réforme qui fait pétitionner à hue et à dia n'allait pas faire plaisir à une classe ouvrière, même endormie, et leur intransigeance à la faire appliquer visait en même temps à faire sortir du bois tous les frustrés de postes ministériels. Qu'une bande de pitres des « valeurs de la gauche » - agglomération de hâbleurs à vélo de papy Bedos à girouette Cohn-Bendit – pousse des cris d'orfraie, n'émeut pas le moins du monde les prolétaires qui n'oublient pas que tous ces nouveaux indignés ont soutenu depuis quatre ans ce même gouvernement d'exploiteurs.

VIVEMENT L'ALTERNANCE ?


Les masses électeuses n'ont pas de mémoire, c'est pourquoi a été inventée l'alternance. Avec la méthode de pensée de mon ancien groupe, Révolution Internationale, j'aurais pu me contenter de déclarer ici - titre présumé du prochain édito du CCI "La gauche prépare son retour en opposition": « la bourgeoisie est intelligente, elle prépare le retour en opposition d'une gauche usée par une longue gouvernance d'exploitation... afin d'éviter d'être laminée par le FN »... pendant que les journalistes arrogants dramatisent et jouent au loto avec les diverses têtes de con des candidats virtuels ou irréels des cliques en lice avec leurs slogans épatants comme celui d'Arnaud Lemaire: "le renouveau c'est avec Bruno", ou ceux d'Arlette Arthaud. Or la bourgeoisie française reste la plus bête du monde, de Hollande à Juppé et à Marine (tiens on ne nous parle plus depuis des mois du « danger FN », père et fille n'étant plus qu'à la rubrique des chiens écrasés!). Pauvre bourgeoisie française, toujours empêtrée par une vaste petite bourgeoisie plouque insubmersible, elle n'aura jamais la subtilité de sa consoeur britannique ; cf. voyez comment Thatcher fût virée 2.

Malgré la multiplicité des candidats à la primaire de droite, la gauche a prévu de « valser » (excusez de l'image argotique = dégager ou "gicler" en argot non homologué) en 2017. Avant tous ses critiques primaires, Hollande avait anticipé, avec un accent gaullien,sur le sort qu'on lui prêtait : « si le chômage ne diminue pas sous mon règne, je me retirerai » ; De Gaulle avait su transformer sa dernière claque électorale en un très digne « merde aux veaux français ». Qui peut croire que le chômage pourrait diminuer un jour sous le capital décadent ? Qui pouvait croire que le président le plus impopulaire de tous les temps serait assez maso pour se représenter ? L'arrogant journaliste est payé pour faire durer le suspense, mais de suspense point il n'y a.
De ce point de vue, le gouvernement actuel peut rester droit dans ses bottes, sans subir la bronca anti-Juppé de 1995, puisqu'il joue pour quelques mois à peine les arrêts de jeu, et qu'en face, ses propres souteneurs n'ont que le même langage de secouriste débile à la Merkel, alors que la matrone du patronat allemand n'est que la représentante de ses envies de profit, par la division raciste et religieuse du prolétariat et une exploitation « humanitaire » sans bornes.

UN GOUVERNEMENT QUI NE VA PAS VALSER... MAIS CONTINUER SES ATTAQUES ANTI-OUVRIERES (ce pourquoi il avait été élu par le système)

Beaucoup de bruit pour rien, mais quand même, l'indignation des super-bobos de l'élite écolo-socialo, pourrait être supposée utile pour « prendre les devants » au cas où une protestation plus sérieuse que celle contre le « cépéheu » viendrait à poindre en milieu ouvrier. A défaut du pitoyable et isolé Mélenchon, on voit mal les prolétaires marcher derrière la fille de Delors, papy Cohn-Bendit (71 ans) qui nous avait promis de ne plus se faire remarquer en politique à 68 ans3. Toute cette clique de pétitionnaires hétéroclites n'a même pas un programme électoral bourgeois minimum.Leur "indignation" à retardement pourra leur servir à conserver quelques sièges (captations héréditaires) électoraux, et pérenniser le socle de pensée commune de "valeurs de gauche" avec leurs suivistes gauchistes: la bonté, la pitié et la charité. On attend encore que l'intersyndicale, "indignée" elle aussi, aille ressortir les revolvers rouillés de Rol-Tanguy.
Droit dans ses bottes le gouvernement peut le rester avec la préoccupation dominante du « drame des migrants » qui est en train de faire éclater la fable de l'union européenne, où chacun tente de sauver ses billes ; la plupart des pays du Nord ferment leurs frontières à l'humanitaire sans « fonds », la Belgique en bonne dernière quand la Grèce et la Turquie en ont vraiment marre. La moraliste Allemagne commence à son tour à modérer la démagogie immigrationniste de mutter Merkel.
Quand les miséreux (et une bonne proportion d'arrivistes) frappent aussi intensément aux portes des pays des riches, quelle lutte de classe a un sens ? Préserver ses garanties d'emplois statutaires quand la majorité n'en a plus, quand la bourgeoisie livre à la clochardisation des millions et des millions de primo-accédants au bien-être de base ?
Les ultra-bobos de la protestation contre le futur « code moderne d'exploitation » protestent contre l'absence de paragraphe sur la « formation ». Quelle formation ? Les migrants faut en plus leur apprendre la langue et les bonnes manières. Contrairement à ce que brame le fat Attali, la formation est un des plus terribles missiles inventés par la bourgeoisie depuis la fin du XX e siècle, c'est la voie de garage assurée à côté du chômage. La plupart des métiers ouvriers n'ont jamais eu besoin et n'ont pas eu de besoin de formations longues, inutiles et coûteuses.
Le gouvernement a tout fait pour être fin prêt pour la parade. Plus efficace et intelligent que ses
Le croquis du Parisien participe de la dramatisation du soit disant "texte au vitriol" et ne rend pas compte du rapport des forces .
indignés du CAC 68, en permutant les fonctions ministérielles – juste avant le clash contestataire programmé - avec une autre jeune femme d'origine arabe, Myriam El Khomri (dont le nom fait les gorges chaudes dans les couloirs des indignés où « cette réforme est une connerie »), après Najat-Vallaud Belkacem à l'Eduque naze, en charge de la simplification de la langue française au niveau SMS. La proportionnalité ministérielle, féminine et arabe, n'est qu'un message subliminal envoyé pour diviser la classe ouvrière au nom de la théorie bourgeoise des quotas ; le fait de placer deux ministres d'origine arabe aux deux secteurs concernant en premier lieu le prolétariat et sa reproduction – le travail exploité et l'éducation inégalitaire – confirme l'ampleur prise par le nombre de prolétaires non autochtones dans la masse ouvrière, la capacité de les rouler dans la farine avec leur besoin d'assimilation (salariale et citoyenne), et l'intérêt de leur construire des mosquées plutôt que d'augmenter leurs salaires.

La classe ouvrière est ainsi paralysée entre l'idéologie féministe, antiraciste et secouriste d'Etat et la surenchère christique des opposants d'opérette qui sont perçus comme les vrais étrangers au monde du travail et du chômage. Il n'est plus question de nécessaire révolution contre les exploiteurs et leurs délégués politiques mais d'ouvrir ses portes, de donner aux quêtes4 .

La réalité des politiques gouvernementales, je la vois chaque fois que je marche dans Paris : un mendiant tous les vingt mètres, et le soir près d'un kiosque de quartier à bobos, une famille, un jeune couple avec un enfant en bas âge, dorment sous un tas de couvertures mitées et de cartons humides. Les électeurs de Martine Aubry et de Dany le rouge, festoient joyeusement au même moment dans le restau dont la vitrine éclaire l'informe masse humaine qui gît sur le trottoir et dans le froid.

Le gouvernement bourgeois de Hollande doit "valser", mais pas au moment des désidératas d'un sérail hétéroclite  de saltimbanques, de baratineurs de banquets "socialistes" et d'éclopés de la boboécologie, seulement... en temps utile.

Société du rififi drôlatique entre riches de la gauche homard sous Champagne électoral mousseux. La droite bourgeoise est ravie. Elle pourra faire élire n'importe laquelle de ses chèvres. Et sabler à son tour avec Dom Pérignon.

NOTES:

1Le soutien de la pétition Aubry est désolant de bêtise en soutien au foutage de merde « humanitaire » de la bourgeoisie allemande (et imaginez la réaction des millions de prolétaires ; il suffit de lire les commentaires aux articles de presse, par ex de Libération, qui jamais ne commente ni n'analyse la dénonciation majoritaire et souvent percutante par tant d'anonymes de cette démagogie « antiraciste », généreusement antiraciste, preuve du mépris des larbins journalistes. Extrait de l'ineffable pétition Aubry «  «Non, Angela Merkel n'est pas naïve, Monsieur le Premier ministre. Non elle n'a pas commis une erreur historique. Non, elle n'a pas mis en danger l'Europe, elle l'a sauvée. Elle l'a sauvée du déshonneur qui aurait consisté à fermer totalement nos portes à toutes ces femmes, ces hommes et enfants fuyant les persécutions et la mort et en oubliant ceux qui chaque jour perdent la vie en Méditerranée.» On notera quand même l'étrange « pas fermé totalement », preuve involontaire que si Aubry était aux commandes elle ferait comme les autres... Et la virago de Lille n'est pas sensée savoir que l'équipe de mutter Merkel est vraiment aussi peu regardante que rigoureuse, lire ici: http://www.20minutes.fr/monde/1795159-20160226-allemagne-perdu-trace-plus-130000-migrants-enregistres

2La façon dont est traité le « dossier migrants », confirme cette supériorité anglaise : laisser le merdier géré par la bourgeoisie française, grâce à ces curieux « accords du Touquet », dont personne n'avait jamais entendu parler, signés par Sarkozy (contre quoi ? Pour faire plaisir aux Américains qui lui laissèrent jouer le rôle du beau Serge?), définissant que la frontière anglaise s'arrêtait à Calais ! L'Europe, contrôlée par le principal agent US (la bourgeoisie teutonne), reste une bonne affaire pour la bourgeoisie anglaise, qui a commis pourtant un impair en laissant Cameron proposer un Brexit... qui risquerait – si le vote était favorable (mais les malins gouvernants britanniques sauront faire mieux que les magouilleurs du traité de Lisbonne) - d'envoyer massivement les enfants migrants « sans parents » aller finir leurs études en Grande Bretagne (certifié vu sur C dans l'air)..
3On aurait pu croire que c'était de l'humour, quand ce n'était que volonté arriviste de rempiler. Il s'imagine promis au poste de président de l'Europe dans un délire gériatrique. Parmi ses derniers hauts faits médiatiques, on notera l'humour impayable dont il a fait preuve lors d'un duel télévisuel avec Finkielkraut, où tout à coup il s'est mis à parler yiddish avec l'autre. Co-signant la pétition Aubry, surtout indigné par ce salaud de Valls et ses déclarations anti-Merkel «La meurtrissure de l'indécent discours de Munich» (papy Bedos a promis de casser la gueule à l'espagnol nationalisé), il avoue être d'accord avec le volet révision du code du travail si celui-ci avait été rédigé par Macron le bon libéral, et appelle à voter Juppé. Triste fin d'une icône soixantehuitarde que nous avions tant aimé. Qui restera un des rares anti-leaders étudiants du XX e siècle (avec Rudi Dutschke et Jan Palach) à avoir marqué son temps, - plus par utilisation médiatique que comme acteur sérieux dans la guerre des classes - comparé aux petits Bruno Julliard, Isabelle Thomas, et tant d'autres devenus marionnettes de télévision ou recasés au Conseil d'Etat.
4La France n'est vraiment pas généreuse crie le monde entier ! Et le monde entier vient se faire soigner et opérer en France. Il n'y a que le journal de la CIA en France – Le Point – pour assurer que frondeurs et aubrystes veulent « changer la société ».

mercredi 24 février 2016

JUNGLE DE CALAIS : UN ARBRE QUI CACHE LA FORET DE MISERE ET DE CHOMAGE

 "Toute ma petite prudence, en ces guerres civiles où nous sommes, s'emploie à ce, qu'elles n'interrompent ma liberté d'aller et de venir".
MONTAIGNE (Les Essais, 1668)


 La jungle de Calais est loin d'être un cas unique, sauf si l'on se laisse abuser par l'agitation simpliste des médias gouvernementaux. Les « jungles » pullulent partout en France, surtout près des zones urbaines, comme dans le monde.
Selon un rapport sur l’urbanisation mondiale durable, du Worldwatch institute (ONG, organisme de recherche indépendante), alors que la part de l'argent consacrée au logement ou au loyer ne cesse d'augmenter, plus de la moitié des 1,1 milliard de personnes censées s’ajouter à la population mondiale d’ici 2030 (environ 70 millions de personnes supplémentaires par an pour les années 2000) pourrait vivre dans des bidonvilles si l'on ne reconsidère pas les priorités de développement global. Selon un rapport des Nations unies de juin 2006, près d'un citadin sur trois habite déjà dans un bidonville. En Afrique, la croissance de ces quartiers précaires atteint 4,5 % par an. Dans les pays développés, 6,4 % de la population totale vit dans des bidonvilles ou des taudis.

LE CAPITALISME NE PEUT PLUS INTEGRER LA POPULATION MONDIALE

Le problème est masqué, dévié, voilé, mais ce que révèle cette croissance exponentielle et démentielle des bidonvilles modernes est la conséquence d'un chômage hyper massif, irrémédiable. L'Etat français ne cesse de « démanteler » divers bidonvilles mais ceux-ci renaissent aussitôt guère plus loin, et de plus en plus étendue ; allez donc faire un tour du côté de Rungis ou Grolay ! Les protestations gauchistes enchanteresses et angéliques se fichent de toute révolution, des moyens d'y parvenir sans démagogie immigrationniste et de tout bon sens, comme la petite prof exhibitionniste, mélange de bêtise et de bonne conscience bobo, Nathalie Artaud1 .
On nous focalise sur les réfugiés de guerre syriens, qui bricolent leur marchandage pour aller atterrir en Angleterre, avec les enfants « perdus ». Le trafic des enfants n'est pas une nouveauté et existait déjà dans le lumpenprolétariat au 19 ème siècle. Le cynisme existe même chez les « pauvres » ou prétendus tels. Sous le capitalisme moderne, les enfants des déshérités sont devenus une source de revenus (que refuse de voir, en se bouchant le nez, l'intellectuel jouisseur de la rive gauche). Si les adultes réfugiés n'ont droit à aucun travail et à quasiment aucune aide, ils peuvent compter sur les « allocs » et l'obligation de scolariser. En sus de la complicité des passeurs avec les gouvernants et leurs organisations de secouristes en mer, l'utilisation des enfants (en photo morts sur une plage) fait partie intégrante (et non contestée) de la démerde du migrant moyen. L'histoire des « enfants syriens dans la nature sans leurs parents », cache le fait que c'est un truc des migrants pour faire passer tonton ou tata, puis réclamer le regroupement de la famille. Affamés par la recherche du profit et la déréglementation de tout code du travail, les grands moralisateurs capitalistes et leurs amis gauchistes, protestent donc du drame de ces enfants « livrés à eux-mêmes », dont beaucoup auraient disparu et seraient devenus « la proie des passeurs ». L'enfant est une espèce si protégée qu'il est devenu l'acteur principal des vols et attaques contre les personnes, et souvent le principal « petit homme de main » des gangs.
Ayant habité près du bidonville de Nanterre, je me souviens de ce qu'était un bidonville naguère in France. Un passage vers l'intégration des prolétaires immigrés, portugais comme algériens ; on oublie au passage que les premiers bidonvilles en France dans les années 1930 étaient en « dur » ; les arrivants construisant à la va comme je peux ces pavillons hétéroclites, en meulière ou en béton primaire, qui constituèrent les banlieues parisiennes avant que les HLM succèdent aux HBM. Mais les premiers bidonvilles qu'on a oublié, juste après 1945,étaient « français » ; du fait de la destruction partielle ou totale de nombre de villes, de la pauvreté et de l'exode rural d'après-guerre, et les sans-abris étaient majoritairement français2, et avaient dû fabriquer ces abris de tôles, de planches et de cartons qui sont le lot infâme des réfugiés actuels, des Roms et des clochards (quoique le mot soit devenu une insulte) français. Il avait fallu attendre près de... 30 ans, jusqu'au début des années 1970 pour que l'Etat résorbe ces bidonvilles produits par la guerre capitaliste. Aujourd'hui ils sont non seulement plus nombreux mais en expansion permanente !3



DEREGLEMENTATION DU TRAVAIL ET PAUVRETE ABSOLUE
(les carences de la gauche moyenne ou gauche citoyenne du Capital, qui oublie le « travailleur détaché »)

Commençons par une parenthèse, pied de nez à tous les réformateurs radicaux gauchistes qui ne parlent même plus de perspective communiste, mais se répandent au niveau syndicaliste ras-des-pâquerettes (LO) ou niveau secouriste style Abbé Pierre (NPA) :
« Pauvres et riches. Qui est le pauvre en définitive et qui est le riche dans cette philosophie du travail ? « La pauvreté reçoit – le socialisme étant supposé une signification humaine » écrit Marx. Le propos doit pouvoir s’inverser, puisque le pauvre se définit comme celui qui dépend et vit du secours du riche. Qui donc est le pauvre pour le riche ? Qui est le pauvre pour tous les riches que nous sommes ? Il est celui qui a besoin de nous, qui travaille sous l’effet de ce besoin au cœur de son désir de vivre et qui éprouve le temps qui passe dans son travail comme une attente qui se prolonge. Tour à tour, nous sommes déjà selon Marx – et nous serons pleinement dans la société future des pauvres en souffrance d’autrui et des riches dont les pauvres attendent le secours par leur seule présence. « La signification humaine » de la pauvreté forme ainsi la base d’une éthique. Cette éthique évoque ce que le socialisme de son temps portera au plus haut. Il n’y aura bientôt plus des pauvres et des riches séparés par des institutions sociales, des dispositifs économiques ou des formes de production et de distribution. Le partage des richesses laissera alors les hommes dans l’égalité de leurs conditions sociales. L’humanité prendra son vrai visage. Chacun sera à la fois riche par son travail et pauvre dans l’exercice de son travail. Sous cette perspective, richesse et pauvreté ne se contrediront pas. Chacun se découvrira humain dans le besoin du secours de l’autre et appelé à son tour par l’autre à lui porter secours. À côté de la joie et la puissance de l’intelligence technique, il y aura une place pour une éthique de la faiblesse et du secours mutuel. Le communisme de Marx ne serait pas seulement – comme on le dit volontiers en insistant sur les formes dominantes de sa pensée – l’avènement d’un idéal grec et épicurien absorbant par l’abondance de la vie toute éthique. Il contiendrait aussi – mais de manière assurément ténue et opposée – la ligne juive et chrétienne d’une éthique où la reconnaissance du pauvre est la condition de la connaissance de soi »4 .
Toute la sphère politicienne et démagogique de la « gauche critique », oppositionnelle, frondeuse, ouvriériste, syndicaliste, les variétés de la moyenne gauche (couche gauchiste du Capital) proteste, tempête contre l'ignoble réforme du travail, alors que, dans les faits et historiquement, les patrons voyous s'autorisent tout et que les déréglementations sont depuis belle sucette la réalité mondiale de l'exploitation du prolétariat ; à croire que que ce serait Matteo Renzi, le jeune pré-Macron, lors de sa tournante du Conseil européen qui aurait inspiré la dérégulation complète des quelques garanties qui restaient du code du travail français. Parler de provocation correspond bien au langage syndicaliste et trotskien qui crie qu'on va voir ce qu'on va voir, et qu'on verra rien du tout5.

La gauche et la moyenne gauche du Capital (minces couches moyennes aspirant à domestiquer à ses ordres la classe ouvrière) font du bruit pour protester contre la nouvelle attaque d'un « faux gouvernement de gauche » contre... non pas les ouvriers en général, et même les ouvriers sans patrie, ni même en soi contre la baisse des allocs chômage (déjà ridicules et indéfendables) mais contre la mise en cause des principaux agents de l'Etat en milieu ouvriers : les syndicats.
On proteste contre cette nouvelle invention européenne : le travailleur détaché (= non attaché au capital national). Définition :
Le statut de travailleur détaché est défini par la directive européenne du 16 décembre 1996, elle-même établie par le Conseil et le Parlement européens.
« Un travailleur est considéré comme “détaché” s'il travaille dans un Etat membre de l'UE parce que son employeur l'envoie provisoirement poursuivre ses fonctions dans cet Etat membre. Par exemple, un prestataire de services peut remporter un contrat dans un autre pays et décider d'envoyer ses employés exécuter ce contrat sur place. (…) Cette catégorie ne comprend pas les travailleurs migrants qui se rendent dans un autre Etat membre pour y chercher un emploi et qui y travaillent. »
En 2013, le même ministre girouette, en casque ouvrier à Rungis, dénonçait déjà, mais plus pour longtemps, cette nouvelle magouille salariale : « le contournement de ces règles s'accroît
en France », déplorait à la fin de novembre 2013 le ministre du travail, Michel Sapin, à cause, notamment, « des montages frauduleux de plus en plus sophistiqués », ce qui conduit à une forme de « dumping social »
Personne, ni eux ni la médiacratie bourgeoise, ne fait le lien avec les bidonvilles, honte publique et moyen de chantage contre les travailleurs qui en ont marre de travailler pour payer loyers et crédits.
Deux ministres contredisent cette « préoccupation nationale » de la « gauche moyenne et citoyenne ». Il suffit de lire l'info en banlieue, où deux de nos ministres « socialistes » se sont rendus dans la capitale des bidonvilles et du travail au noir en France : l'Essonne. J'adore les visites de chantiers (néo-staliniennes) de nos ministres, où c'est le seul moment de la journée où l'élite antiraciste se déguise en ouvrier.
«En visite sur le chantier d’une petite résidence de 16 logements sociaux Valophis Habitat à Rungis, rue Notre Dame, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, et le ministre des Finances, Michel Sapin, ont signé une convention avec les organisations professionnelles du BTP pour lutter contre le travail au noir, et encadrer les conditions d’exercice des travailleurs détachés. Au programme : accroissement des contrôles inopinés de chantiers, alourdissement des sanctions administratives et pénales et création d’une carte d’identité destinés aux travailleurs détachés. « C’est un véritable fléau, lance Michel Sapin à propos du travail non déclaré sur les chantiers. Evidemment, nous sommes favorables à une économie de compétition, mais du moment qu’elle est loyale. » Travailleurs non-déclarés, sous-payés, mal-logés… c’est le lot d beaucoup des 300 000 travailleurs détachés estimés en France, dont deux-tiers travaillent dans le bâtiment et les travaux publics. « La convention vise, avant tout, à protéger les travailleurs. On veut que sur un même lieu de travail, chacun touche un salaire égal à travail égal« , précise Myriam El Khomri. »6.
Du pipeau ! La notion de travailleur détaché excluant le migrant qui campe dans les champs de l'Essonne, les patrons du bâtiment vont pouvoir continuer à puiser dans le réservoir « migrant sans défense », et laisser le « travailleur détacher » poireauter auprès des promesses gouvernementales « socialistes ».



Où vous découvrez l'intérêt humanitaire de l'accueil ambigu des migrants (on les embrasse sur internet quand on leur envoie ponctuellement les « forces de l'ordre » juste pour les contraindre à déménager puisque personne (officiellement) n'en veut, super argument électoralo-autochtone – le double langage de la bourgeoisie dominante m'étonnera toujours ; comme vient de le proclamer ce ministre belge au nom rigolo, Jan Jambon.
Où vous découvrez la pérennité des bidonvilles pour mieux maintenir la terreur de la pauvreté absolue, comme vivier de travailleurs corvéables et exploités sans merci et comme moyen pour aider Décathlon à décupler la vente de son matériel de camping.
Les travailleurs ne sont-ils pas désormais « détachés », les migrants recueillis « expulsés », les pétitionnaires « exhibés » ? Tout n'est-il pas merveilleux dans ce meilleur des mondes en guerre certes, en insécurité, mais promis à un si bel avenir puisqu'il a été décrété que la révolution prolétarienne était désormais impossible.






PETIT LEXIQUE DU BIDONVILLE :



Un bidonville, comme défini par le Programme des Nations unies pour les établissements humains, est la partie défavorisée d'une ville caractérisée par des logements très insalubres, une grande pauvreté et sans aucun droit ou sécurité foncière. D'après les Nations unies, le pourcentage de citadins qui vit dans des bidonvilles est passé de 47 à 37 % dans les pays en développement entre 1990 et 20051. Cependant, à cause de l'accroissement de la population mondiale et surtout de la population urbaine, le nombre d'habitant des bidonvilles est en augmentation. Un milliard de personnes sur la planète vivaient dans des bidonvilles en 20082 et les prévisions sont de deux milliards pour 2030.



Les bidonvilles sont des zones bondées, dues à l’exode rural et aux statuts économiques faibles des personnes y résidant qui ne leur permet pas d’avoir un logement classique. La plupart du temps, dépourvus de toute infrastructure (électrification, écoulement des eaux usées, ramassage des ordures, écoles, postes de santé...), les bidonvilles sont des foyers infectieux permettant la prolifération de nombreuses maladies. Au commencement, les nombreux ruraux allant vers les villes dans l’espoir d’y trouver un travail, sont souvent accompagnés de leurs animaux de ferme porteurs de maladies alors inconnues pour la ville.
Parallèlement au problème de la surpopulation, les bidonvilles sont majoritairement construits dans des sites dangereux, que ce soit au niveau géologique ou au niveau sanitaire. En effet, certains sont construits à flancs de collines et d’autres sur des décharges publiques. Les habitations des bidonvilles sont construites avec des matériaux de récupération tels que la ferraille et le plastique. Ces logements sont très petits et non adaptés aux nombreuses personnes qui y vivent. Cette proximité entre les individus multiplie fortement les risques de propagation des maladies. Outre les maladies infectieuses, les habitants des bidonvilles développent de nombreuses maladies respiratoires telles que l’asthme, en raison de l’absence de fenêtres en nombre suffisant et plus généralement d’ouvertures sur l’extérieur.
Le manque d’eau est un problème récurrent dans les bidonvilles. Ce problème entraîne une mauvaise hygiène corporelle et également une mauvaise hygiène de vie qui provoque de nombreuses infections et maladies telles que le choléra ou la galle. En effet, les habitants des bidonvilles sont généralement contraints de boire et de cuisiner avec de l’eau contaminée. Quant à l’eau potable, elle reste un bien de luxe, vendue à des tarifs inaccessibles pour cette population. Le manque d’eau potable est responsable de plus de 5 millions de morts chaque année et de centaines de millions de maladies hydriques14.
Très peu de bidonvilles disposent de systèmes d’évacuation des eaux usées ou des déchets solides. Les habitants sont donc obligés de les jeter à même le sol ce qui signifie qu’ils vivent entourés de déchets, de matières fécales et d’eaux polluées qui constituent un terrain favorisant le développement d'insectes porteurs de maladies telles que la malaria. En ce qui concerne les infrastructures sanitaires telles que les toilettes et les douches, elles sont absentes ou en nombre nettement insuffisant. Dans les bidonvilles du Kenya, différentes solutions sont mises en œuvre afin d’améliorer la qualité des toilettes15. Cela reste cependant, à l’échelle de la planète, des initiatives touchant peu de personnes. De plus, les déchets, en se consumant, dégagent des vapeurs toxiques. Celles-ci s’ajoutent aux rejets toxiques provenant des usines, ce qui dégrade d’autant plus la qualité de l’air, entraînant une augmentation considérable des infections respiratoires. Selon une étude de l’OMS, on dénombre chaque année dans les pays en voie de développement 50 millions de cas de problèmes respiratoires, cardio-vasculaires et de cancers directement en lien avec la pollution de l’air16.
L’accès aux soins est fortement inégal. Il y a une corrélation entre l’accès aux soins et le statut socio-économique : seuls les plus nantis fréquentent les infrastructures de soins. Les habitants des bidonvilles n’ayant pas de couverture sociale suffisante pour accéder aux soins, le corps médical n’y est pas suffisamment présent.



Les bidonville-ghettos se retrouvent essentiellement dans les grandes villes d'Asie du Sud et du Sud-Est. Ils sont symptomatiques de ces mégapoles en devenir qui ont pensé l'urbanisation pour leur hypercentre mais n'ont pas pu anticiper ce qui se passerait dans leurs faubourgs. À Jakarta, par exemple, les ONG estiment que chaque année, 50 000 migrants rejoignent des bidonvilles. À New Delhi, ils seraient 60 000.
À Manille, Jakarta, Phnom Penh, Calcutta et même Hô-Chi-Minh-Ville, les zones de précarité ont pris une telle ampleur qu'elles atteignent le centre-ville mais ne jouissent d'aucune des infrastructures disponibles.






1« Que l’arrivée d’un ou deux millions de femmes et d’hommes soit un problème insoluble pour un continent de 500 millions est bien la preuve d’une organisation sociale inhumaine. En assurant la liberté de circulation et d’installation aux migrants, il n’y aurait pas de camp ni à Calais ni à Dunkerque, les réfugiés se répartiraient d’eux-mêmes à l’échelle du continent européen, ils pourraient s’appuyer sur des membres de leurs familles et sur toutes les bonnes volontés qui existent. A bas la fermeture des frontières qui créé le drame humain des migrants ! A bas la politique inhumaine du gouvernement ! » (sur le portail de Lutte ouvrière, principal organe de la confrérie des profs retraités du trotskysme ringard et néo-stalinien).
2Voir l'expo en ce moment à Gentillly au musée Doisneau, de l'oeuvre de Henri Salesse, qui témoigne de l'état de dégradation et de destruction de l'habitat en France, un des terrains de prédilection de la seconde boucherie mondiale.
3Si l'on veut approcher de la réalité, il ne faut pas lire les sources bourgeoises bcbg pour intellectuels gauchistes (Monde, Figaro, Médiapart, Charlie Hebdo, Le Canard barbouze, etc.) mais plutôt un journal populaire comme Le Parisien qui titrait fin 2015 : « Encore 7 000 Roms dans les bidonvilles d'Ile-de-France :La crise migratoire et les arrivées de centaines de réfugiés ont relégué le sujet au second plan. Mais les bidonvilles, majoritairement peuplés de Roms roumains ou bulgares, n'ont pas disparu de l'Ile-de-France. » On peut y lire des articles comme celui-ci :
« Les services de l'Etat en dénombre encore 132 dans toute la région. Des villages de cahutes ou des campements de fortune où vivent plus de 7 000 personnes (pour la plupart ressortissants européens et donc en situation régulière) dont presque un tiers d'enfants.Le préfet d'Ile-de-France, Jean-François Carenco, a organisé ce lundi une « conférence régionale sur les campements illicites rom » pour tenter de trouver des solutions au dossier. « Il n'y a pas de problème rom à régler. Il y a simplement une situation à gérer », indique d'emblée le préfet à la centaine d'intervenants (élus, travailleurs sociaux, associatifs) qui ont répondu à son invitation.Repères 7 124 personnes vivent actuellement dans les 132 bidonvilles identifiés en Ile-de-France. Ce chiffre est en légère baisse (350 personnes de moins) par rapport au décompte effectué fin 2013.70000 places d'hébergement d'urgence sont recensées en Ile-de-France. Selon la préfecture de région, ce parc est totalement saturé.80 % des occupants des bidonvilles de France (plus d'un tiers se trouve en région parisienne) ont subi au moins une expulsion l'année dernière, selon l'association Romeurope.9 € par jour et par personne. C'est, selon l'association Rocheton, le coût des dispositifs d'insertion mis en place pour des roms à Ris-Orangis (Essonne). Une nuitée d'hébergement en hôtel social coûte 17 €.Les évacuations ne règlent rienJérome Normand, directeur de projet « campements illicites » à la préfecture, poursuit en détaillant la doctrine de l'Etat sur le sujet : « Humanité et fermeté. » Petit flottement dans l'assistance, majoritairement composée d'élus du Val-de-Marne ou de Seine-Saint-Denis, les départements les plus concernés. « La question n'est pas de savoir s'il faut des évacuations mais comment on fait pour que les campements ne se reforment pas aussitôt sur le terrain d'à côté », lance Patrick Braouzec, président (app. PC) de la communauté d'agglomération Plaine Commune.« La multiplication des expulsions nuit au suivi social des personnes », embraye une responsable de Médecins du monde qui évoque une récente aggravation des conditions sanitaires dans les camps. « Le coût, financier, social et humain des évacuations est exhorbitant. Et ça ne règle rien », conclut un élu de Stains (Seine-Saint-Denis).Des expériences réussiesPas question d'évoquer des recettes miracle. Mais plusieurs élus reviennent sur des expériences d'insertion réussi. Christian Favier, président (PC) du Val-de-Marne, évoque le village test d'Orly qui a permis à 74 roms de vivre pendant trois ans dans de petites maisons préfabriqués. Les enfants ont été scolarisés et les familles accompagnées dans leur insertion professionnelle. « Enfin une table-ronde sur le sujet », poursuit le maire d'Ivry, Philippe Bouyssou, qui dit s'être longtemps heurté a une « absence totale d'accompagnement » pour résorber le bidonville géant qui s'était installé dans sa commune.A l'issue de trois heures de débats, le préfet a proposé la création de deux groupes de travail avec les élus. Pas pour rédiger un énième rapport (« On en a déjà plein nos tiroirs », s'agaçait une élue dans la salle). Mais pour arrêter, avant la fin de l'année, une nouvelle stratégie visant à proposer des solutions d'insertion et de logement pérennes pour les occupants. « Avec ce document, nous pourront ensuite demander des fonds européens pour financer ces actions », a t-il conclu.Le camp de la Petite Ceinture en sursis F (LP/Olivier Lejeune.) Devant un baraquement, une petite fille joue avec un miroir pendant que sa mère s'emploie à nettoyer une casserole. Une femme arrive avec une chaise. Scène de rue banale sauf qu'ici, porte des Poissonniers, à Paris (XVIIIe), la voirie est délimitée par les rails de l'ancienne Petite Ceinture. De part et d'autre du ballast, depuis le printemps dernier, des masures faites de bric et de broc — tôles, bâches, morceaux de bois… — ont poussé comme champignons après la pluie. Combien sont-ils à vivre ainsi aux marges de Paris, à côté du boulevard des Maréchaux, à deux pas du périphérique ?« Environ 200 personnes, dont beaucoup d'enfants. La majorité est des Roumains, parmi lesquels il y a des Roms », répond une militante, membre d'une association de solidarité qui recense quelque 80 baraques. Et de préciser : « En ce moment, ils sont en train de construire des poêles avec des bidons et des tuyaux de gouttières. Ainsi ils se chaufferont avec du bois récupéré, des chutes de palettes, du tissu… »« Ils fouillent dans les poubelles »« Et ça va dégager une fumée telle qu'on ne pourra plus respirer en traversant le pont ! » s'exclame Chaili, un livreur de 34 ans qui habite à côté. Sans se départir de son calme, il témoigne : « Ca fait plusieurs années qu'un campement s'est installé ici. Ils ont été évacués, puis ils sont revenus au printemps. Mais on ne peut pas laisser ces gens dehors, ça ne peut plus continuer comme ça. L'après-midi, ils fouillent dans les poubelles du quartier pour récupérer de l'électroménager mais ils ne rangent pas les détritus après… »
4Lire : Travail et pauvreté chez Marx : https://www.cairn.info/revue-cahiers-d-economie-politique-2010-2-page-141.htm
6Lire la suite ici : http://94.citoyens.com/2016/myriam-el-khomri-et-michel-sapin-lancent-leur-carte-de-travailleur-detache-depuis-rungis,23-02-2016.html