"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 1 mai 2015

BORDIGA a été le premier à critiquer le "fasciste" Le Corbusier

Rétrospective, commémorations, polémiques sur démiurge ou fasciste, qui était l'architecte moderniste Le Corbusier, laissons les intellos débattre et s'ébattre mais sachez que les constructions en hauteur du Corbusier avaient pour but de maintenir la séparation entre les classes. Le révolutionnaire communiste Amadeo Bordiga, fondateur du premier véritable PC en Italie (à ne pas confondre avec l'archi italien du même nom) avait déjà jugé à juste titre le bonhomme. Je reproduis le texte, repiqué au site du même nom, à mon corps défendant car je fus longtemps un admirateur de l'auteur de la cité du fada, catéchisé en 1965 par un de ses fans, mon prof de français au collège Jean Macé à Suresnes. Attention l'article qui suit est ultra-brillant! Et quelle fraîcheur et actualité de la théorie marxiste par son plus brillant représentant à la fin du XXe siècle! Une occasion pour relire l'ouvrage d'Amadeo "Espèce humaine et croûte terrestre".


 ESPACE CONTRE CIMENT 

article de Bordiga (1953)

Nous sommes de petits chiffres : pouvons-nous entrer ?
La terre, sur l’écorce de laquelle nous vivons, a la forme d’une balle ou d’une sphère. Faisons d’emblée une première digression : ce concept, qui pendant des milliers d’années est resté extrêmement ardu à comprendre pour les savants les plus géniaux, est aujourd’hui familier à un enfant de sept ans ; voilà qui montre combien la distinction entre facile et difficile à comprendre est stupide. C’est pourquoi une doctrine qui affirme l’existence d’un grand cours de l’histoire, accompli par bonds grandioses par la relève des classes, n’aurait pas de sens si elle se laissait arrêter par le souci de ne présenter à la classe avançante, révolutionnaire, que des pilules de concepts faciles.
A la différence de Silvio Gigli [animateur radio], nous allons donc vous poser quelques problèmes très très difficiles. Mais nous vous donnerons les questions et les réponses.
Donc, cette balle, la Terre, a un diamètre d’environ 12 700 kilomètres, que l’on a calculé en mesurant son ventre, sur lequel on a reporté quarante millions de fois le mètre-étalon de platine conservé à Paris à l‘Institut International des Poids et Mesures. Comment ont-ils fait pour passer sur l’eau ? Mais laissons le ton de la plaisanterie et cessons d’imiter ceux qui parlent de façon inintelligible pour le plaisir, et pour qu’on dise d’eux : Quelle culture ! On n’y comprend vraiment rien ! Cette obscurité est à la base de la gloire de quatre-vingt-dix-neuf pour cent des grands hommes.
Donc, au moyen d’un petit calcul (cours moyen première année), on établit que la surface de la Terre est de cinq cents millions de kilomètres carrés. Les mers en occupent plus des deux tiers et, pour se promener à pied sec, il reste à peine cent cinquante millions de kilomètres carrés. Là-dedans il y a les calottes glaciaires, les déserts, les très hautes montagnes ; on peut donc estimer qu’il reste pour l’espèce humaine – la seule qui vit désormais dans toutes les parties du globe, avec ses animaux domestiques – environ cent vingt-cinq millions de kilomètres carrés.
Comme aujourd’hui les livres disent que « nous sommes » 2 500 millions, nous les animalcules humains qui fourrons notre nez partout, il est clair qu’en moyenne notre espèce dispose d’un kilomètre carré pour vingt de ses membres.
A l’école, on dit donc : densité moyenne de la population des terres habitées : vingt âmes (en fait on ne compte pas les cadavres des morts, qui sont bien plus nombreux) au kilomètre carré.
Nous avons tous l’idée de ce que représentent vingt personnes ; quant au kilomètre carré, ce n’est pas difficile à se représenter. Nous sommes à Milan : c’est l’espace occupé par le Parc entre l’Arc du Simplon et le château Sforza, Arène comprise. Puisque cinquante mille personnes réussissent à s’entasser dans le stade de l’Arène pour les grandes parties de football, un kilomètre carré peut contenir, avec une foule compacte (meetings de Mussolini, Togliatti et autres) cinq millions d’âmes – en peine –, soit plus que la population réunie de Milan, Rome et Naples, 250000 fois plus que la densité moyenne sur la terre.
Ainsi, si les vingt malheureux hommes moyens symboliques se plaçaient aux intersections d’un filet à mailles égales, ils se trouveraient à 223 mètres les uns des autres. Ils ne pourraient même pas se parler. Quelle catastrophe si c’étaient des femmes, et encore plus si c’étaient des candidats au Parlement !
Mais l’homme n’est pas cloué au sol comme les arbres, ni amassé en colonies comme les madrépores dont nous parlions l’autre fois et, en se déplaçant de mille manières, il s’est établi de façon très irrégulière dans les différents espaces qui constituent l’écorce de la planète.
En Italie, la densité de la population est de 140 personnes au kilomètre carré, donc sept fois plus que la moyenne générale. La province la plus peuplée est celle de Naples : 1 500 habitants au kilomètre carré, 55 fois la moyenne de la terre. Les pays de plus forte densité en Europe (et dans le monde) sont la Belgique, la Hollande et l’Angleterre (Écosse mise à part) qui tournent autour de 300, c’est-à-dire 15 fois la densité moyenne. Le pays d’Europe à la densité la plus basse est, avec la Suède et la Norvège, la Russie : 29 habitants au kilomètre carré pour la partie européenne, à peine plus que la moyenne mondiale.
La densité des divers continents est : 53 pour l’Europe, 30 pour l’Asie. Mais ensuite, il y a une chute impressionnante au-dessous de la moyenne : Amérique Centrale et Amérique du Nord : 8,5 ; Afrique : 6,7 ; Amérique du Sud : 6,3 ; Australie-Océanie : 1,5. On arrive donc à treize fois moins que la densité moyenne mondiale.
La densité des États-Unis est de 19, inférieure donc à celle de la Russie européenne (c’est-à-dire jusqu’à l’Oural et au Caucase). Cela coïncide parfaitement avec la moyenne de la terre : est-ce pour cette raison qu’ils la veulent toute pour eux ?
Ceci dit, aux U.S.A. la population est répartie de manière extrêmement inégale : même sans tenir compte des petits districts, on passe de 0,5 dans le Nevada désertique à 240 dans le fourmillant New Jersey, qui est un peu moins grand que la Lombardie.
Notons enfin que pour la R.S.F.S.R., qui comprend la Sibérie, la densité de population est de 6,8 seulement. Quant à l’ensemble de l’U.R.S.S., sa densité est de 9 habitants au kilomètre carré, et la plus peuplée des républiques fédérées est l’Ukraine, située à l’ouest, avec 70 habitants au kilomètre carré.
Les ruches urbaines
Si on néglige la population « dispersée », en majorité rurale, et si l’on ne tient compte que des hommes qui sont « agglomérés » dans les villes, on observe en considérant la densité, comme nous l’avons déjà noté, un bond dans les chiffres, ceux-ci étant dans les villes environ mille fois plus élevés que la moyenne mondiale : comme disent les scientifiques, on passe à un autre ordre de grandeur. Il n’est pas bien difficile de comprendre que la population des campagnes considérées isolément, dans chaque circonscription petite ou grande, voit au contraire sa densité baisser par rapport à la densité moyenne.
Établir le nombre des hommes dispersés et le nombre des hommes agglomérés, mettons dans le monde ou en Italie, est en revanche un problème des plus ardus. Même si l’on fait le total des populations des villes qui dépassent un certain seuil choisi arbitrairement, disons 5000 habitants, la conclusion est faussée par le fait que l’on dispose des chiffres des communes. Or, à Rome, par exemple, où la commune est bien plus grande que la ville, le chiffre comprend une partie de population éparpillée. En revanche, pour Londres, où la commune est bien plus petite que la ville, le chiffre comprend toute la population agglomérée, et il faut donc ajouter, en totalité ou en partie, la population du « Grand Londres ». Hasardons un chiffre : si l’on considère toute la Terre, on peut dire qu’un cinquième de la population vit dans les villes, compte tenu du fait que cette proportion est égale à zéro dans le centre de l’Afrique, alors qu’en Belgique au moins quatre personnes sur dix vivent dans les villes.
Quoi qu’il en soit, voici les nouveaux chiffres qui, vu le nouvel ordre de grandeur, sont exprimés normalement par rapport à l’hectare, mais que nous continuerons à donner par rapport au kilomètre carré (soit cent fois plus). Le Grand Londres (que des projets en cours continuent de dilater selon le système des villes satellites, qui comprennent chacune cinquante mille habitants environ et se trouvent à une distance moyenne de vingt kilomètres du centre historique) accueille sur ses 600 kilomètres carrés huit millions et demi d’habitants. Densité : 14 000. Mais à Londres on respire encore, sauf dans les anciens quartiers, crasseux, des Juifs, des Chinois et des Italiens. La ville la plus engorgée d’Italie, Naples, entasse dans une zone urbaine de 800 hectares, soit 8 kilomètres carrés, pas moins de 600 000 habitants, sur le million que compte la commune administrative, à laquelle se sont agrégées des communes voisines : la densité atteint le chiffre presque inhumain de 75 000 habitants au kilomètre carré, soit 3750 fois la moyenne de la terre. Même si l’on ne considère que la commune de Naples avec ses 12 quartiers traditionnels, et sans tenir compte donc des « villages », la densité est encore de 45 000 habitants au kilomètre carré, soit le triple de celle de Londres. Si l’on considère un modèle abstrait, genre ville du XIX° siècle, avec des maisons d’habitation de cinq étages et des rues assez larges occupant les quatre dixièmes de la superficie totale, un calcul technique simple montre que chaque local ou « pièce » utilise environ 5 mètres carrés « couverts » et 3 mètres carrés « urbains ». Mais seule une pièce sur trois est destinée au logement ; en moyenne (en Italie), chaque pièce héberge une personne et demie (par exemple, une famille de six membres a quatre pièces). Donc, chaque habitant dispose, pour ainsi dire, d’environ 16 mètres carrés dans la ville compacte, ce qui, hygiéniquement parlant, est à peine tolérable. Nous retrouvons donc la densité de 60 000 habitants au kilomètre carré. Là où il y a des jardins, des parcs, etc., en plus des rues et des places, la densité s’améliore, c’est-à-dire baisse.
Donc le processus historique qui a entassé les hommes de mille façons dans les villes des pays avancés moyens les a amenés d’une densité nationale de l’ordre de 200 personnes au kilomètre carré (pour l’Europe centrale, qui est la plus peuplée) à une densité urbaine qui, dans la meilleure des hypothèses – dans le cas de véritables cités-jardins – dépasse 20 000 habitants au kilomètre carré, soit cent fois plus que dans le pays tout entier, mille fois plus que la moyenne de la terre. Nous savons que cet entassement trouve presque entièrement son origine dans les effets de l’époque capitaliste. Les régimes pré-capitalistes se contentaient en effet de villes peu nombreuses et qui n’avaient rien d’immense, dominant des myriades de villages ruraux.
Mais le capitalisme ne veut toujours pas s’arrêter, et en fait, dans ce domaine comme dans tous les autres, il ne le peut pas. C’est même ce phénomène très important qui le définit. Ce sont en effet les mesures quantitatives qui comptent, et non les étiquettes qualitatives, politiques et propagandistes. Tout ce qui réduit l’espace de l’homme est capitalisme.
La cité radieuse
Il y a eu en effet quelqu’un qui a pensé et – malheureusement -fait encore mieux : c’est le sieur Charles-Edouard Jeanneret de Genève, architecte de son métier. Mais qui est donc ce monsieur ? Un instant, vous le connaissez aussi : les grands hommes changent leur nom, et le nom sous lequel celui-ci est connu dans le monde entier est Le Corbusier.
Le citoyen Le Corbusier fait partie de cette catégorie d’intellectuels compagnons de route qui constitue à elle seule un phénomène suffisant pour vous dégoûter des gros partis qui s’appelaient naguère prolétariens et communistes. On dit en effet grand bien de lui et, qui pis est, de ses théories et de ses méthodes, dans la presse soviétique et dans tous les journaux et revues qui en sont la projection dans le monde, comme on disait d’ailleurs autrefois grand bien de lui dans la presse fasciste et nazie. En outre on encourage les imitations et les applications de son style, dont certaines font les charmes de l’immense Moscou, fille de dix types différents d’organisation humaine, qui s’étend souverainement sur des espaces grandioses et dont, qui plus est, la force de domination résida toujours dans la distance et l’espace, la construction basse et espacée dont l’incendie arrêta la vague empoisonnée du capitalisme en culbutant Bonaparte dans la Bérézina.
Aujourd’hui, Moscou ne peut faire moins que de rivaliser avec New York. Mais gratte-ciel et paranoïa à la Le Corbusier ne sont pas la même chose. Il ne faut pas croire que les douze millions de New Yorkais sont plus à l’étroit, dans leur constellation urbaine, que les Londoniens, malgré la hauteur supérieure des édifices. Dans un bâtiment de trente étages, en tout premier lieu, la proportion entre les appartements et les bureaux n’est pas de 1 à 3 mais de 1 à 10 ou 20 ; la hauteur maximum n’est atteinte que dans un étroit clocheton, les rues sont au moins dix fois plus larges que dans les villes typiques du XIX° siècle européen dont nous avons calculé plus haut les « indices » d’entassement, chaque habitant a à sa disposition un petit appartement et non deux tiers de pièce, et ainsi de suite ; si bien qu’en fin de compte la densité n’est pas supérieure à 20000 habitants au kilomètre carré, tout en dépassant néanmoins sans aucun doute les 14 000 habitants au kilomètre carré du Grand Londres.
Nous avons lu une brillante description de l’édifice que Le Corbusier a conçu et fait construire à Marseille sous sa direction. L’auteur de l’article a quelques formules efficaces. Ainsi lorsqu’il dit que dans les 330 cellules destinées à 1 600 locataires « l’espace est plus précieux que l’uranium », ce n’est pas une caricature, mais une manière cohérente de rapporter les doctrines corbusiennes : « Le Corbusier anticipe avec ses constructions le futur radieux de l’humanité qui n’a pas de terre pour s’étendre à son aise ». « Son architecture est une lutte angoissée contre le superflu, une course anxieuse vers la conquête d’espace pour la vie ».
Cependant, plus que les impressions et les jugements de valeur qui peuvent être influencés par les préjugés de celui qui écrit, ce qui compte pour nous, comme nous le disions, ce sont les chiffres. Et c’est ici – et non dans la question des rapports classe-parti qu’ils comprennent de travers – que certains peuvent apprendre ce que veut dire la transformation de la quantité en qualité. Le principe de la surexploitation de l’espace aboutit à ces tendances extravagantes : superposer l’espace vert des jardins urbains (et demain, pourquoi pas, celui des champs de blé et de pommes de terre), les voies de communication et l’aire couverte des édifices, verticalement, sur un seul et même espace.
Verticalisme, tel est le nom de cette doctrine difforme ; le capitalisme est verticaliste. Le communisme sera « horizontaliste ». Pour la dictature impériale, Caïus Julius avait conseillé de couper les têtes « des plus hauts coquelicots » [gros bonnets], pour la dictature prolétarienne il conviendra de faire de même avec les têtes mais aussi avec les hautes constructions. Nous pouvons respecter un Michel-Ange ou un Bernin, voire des bourgeois comme Eiffel ou Antonelli, mais certainement pas ce « démocrate de Jeanneret.
Hommes ou sardine ?
Donc, le premier prototype de ce qui n’est plus une maison mais une unité d’habitation, et qui devrait devenir un quartier adossé à un relèvement de terrain dans l’ensoleillée et méditerranéenne Marseille, repose sur 36 piliers nus, sous lesquels, étant donné qu’il n’y a pas de murs au rez-de-chaussée, passent la rue et un « jardin ». Les crétins en sont abasourdis, mais techniquement, cette « réalisation » (le grand mot des réactionnaires, pour qui chaque chose existe prius in intellectu, d’abord dans les têtes, plus ou moins tordues, et ensuite in facto, autrement dit dans la vile et passive matière) est à la portée de n’importe quel bon maître-maçon qui a en poche un manuel de 100 pages (le maître-maçon étant, lui, respectable). Ce rectangle posé sur ses 36 piliers, nous l’évaluons à 800 mètres carrés environ : si quelqu’un y trouve à redire, qu’il nous envoie le plan et l’élévation. Au-dessus de la hauteur, vide, du rez-de-chaussée, on a non pas neuf étages, mais neuf routes ou couloirs, sur lesquels donnent les appartements-cellules, où chaque décimètre cube est étudié de manière à servir de meuble, d’ustensile et, en dernier lieu, d’espace à l’usage de l’habitant, lequel doit bien se garder de dépasser les mesures du plan. Nous aussi, nous sommes tentés de faire de l’ironie en décrivant la salle opératoire prévue pour retailler les individus trop longs ou trop larges…
Les cellules sont donc au nombre de 330 sur neuf étages, destinées à 1600 habitants soumis à un règlement sévère pour l’utilisation de l’espace individuel et des espaces communs. Ne nous étendons pas sur les aspects de l’installation et de la vie des habitants de cet ouvrage, que le journaliste cité plus haut s’amuse à appeler pénitencier doré, grande baraque grise, et vaisseau fantôme. Retenons ce chiffre : d’après le projet, il y a 1 600 habitants. Faire tenir 1600 crétins sur 800 mètres carrés cela signifie être descendu de 10 mètres carrés couverts par habitant à un demi-mètre carré ! Mais soyons prudents, et supposons que les unités ne seront pas toutes des unités d’habitation, qu’il y aura des unités affectées au travail et aux services publics et que donc l’habitant occupera un espace d’un mètre et demi (entendons-nous bien : il y a neuf étages, pour parler selon l’ancienne manière, et dans l’habitation elle-même chacun a pour bouger, lui et les divers meubles et appareils, environ 5 mètres carrés – la dimension d’un petit débarras). On pourrait arriver ainsi à 650 000 personnes au kilomètre carré, mais si on compte 30 pour cent pour les rues et les places – en supposant que la lumière artificielle et l’air conditionné ne permettront quand même pas de mettre les divers parallélépipèdes directement en contact l’un avec l’autre, en bouchant entrées et fenêtres -on descend à 400.000 habitants au kilomètre carré Si on prévoit même de vastes espaces vides et des parcs, Le Corbusier, excellent entasseur, aura quand même réussi à faire tenir 200.000 bipèdes sur un kilomètre carré.
La nature a donc donné à l’espèce humaine assez de terre pour que nous soyons vingt au kilomètre carré.
La civilisation et l’histoire ont voulu, elles, que dans les nations avancées on commençât à se serrer dix fois plus : disons quand même qu’on peut parler de progrès.
Mais le type urbain d’organisation a établi que les hommes les plus riches et les plus avancés en culture et en sagesse se réuniraient dans les villes, où ils seraient mille fois plus à l’étroit !
La manie capitaliste d’amasser les hommes-sardines ne s’est pas arrêtée là ; les Le Corbusier, qui se bouchent volontairement les yeux, nous ne disons pas sur les déserts inhabités comme il peut y en avoir au Canada ou en Australie, mais sur les étendues de champs aux moissons verdoyantes qui seuls sont à l’origine de cette vie à la plénitude de laquelle ils prétendent pourvoir, veulent en entasser encore au moins dix fois plus. En faisant ainsi subir aux vivants une densité dix mille fois supérieure à la moyenne de la terre, peut-être pensent-ils que de tels rapports contribueront à la multiplication des fourmis humaines !
Celui qui applaudit à de telles orientations ne doit pas seulement être tenu pour un défenseur de doctrines, d’idéaux et d’intérêts capitalistes mais pour un complice des tendances pathologiques du stade suprême du capitalisme en putréfaction et en dissolution, qui, à force de faire l’apologie de sa science et de sa technique et à force de vanter leur aptitude à vaincre tous les obstacles, fonde les villes sur leurs propres excréments (comme disait Engels) et entend organiser la vie des hommes de manière si « fonctionnelle » que l’habitant de ce système ultra-rationnel finira par ne plus distinguer la baignoire de l’égout.
La lutte révolutionnaire pour la destruction des épouvantables agglomérations tentaculaires peut être ainsi définie : oxygène communiste contre cloaque capitaliste. Espace contre ciment. La course à l’entassement n’est pas due au manque d’espace. Malgré la prolificité humaine, fille elle aussi de l’oppression de classe, l’espace abonde partout. Ce qui provoque la course à l’entassement, ce sont les exigences du mode de production capitaliste qui inexorablement pousse toujours plus loin sa prospection du travail dans des masses d’hommes.
HIER
L’économie sur le « capital constant »
Comme nous n’écrivons pas pour nous plonger dans l’ivresse de l’esprit créateur mais parce que nous sommes au service d’une œuvre de parti, il nous faut comme d’habitude faire une pause pour prouver que nous ne sommes pas en train de lancer un discours nouveau, ni même de découvrir une nouvelle loi de l’histoire, mais que nous marchons fermement sur les traces de la doctrine établie. Après avoir décrit dans le Livre I du Capital le procès de production capitaliste qui, tout en étant situé dans le cadre plus vaste de l’histoire et de la société, présente avant tout le rapport de classes entre capitalistes et ouvriers à l’intérieur de l’entreprise, après avoir étudié dans le Livre II la circulation du capital, autrement dit sa reproduction grâce à cette partie des marchandises fabriquées qui ne va pas à la consommation directe mais constitue les instruments de la production ultérieure, Marx étudie dans le Livre III, qui est inachevé, « le mouvement du capital considéré comme un tout », qui conduit aux « formes concrètes », telles qu’on les rencontre réellement dans la société, dans « l’action réciproque des divers capitaux, dans la concurrence et dans la conscience ordinaire des agents de la production ». L’exposé devait finir, à l’évidence, par des chapitres où aurait été traitée, comme nous l’avons souvent dit, la question de l’action « politique » des classes en lutte et de la conscience de l’action de classe, en tant qu’effet et superstructure finale de tout le reste. Dans le chapitre V du Livre III, avant d’établir la loi de la chute tendancielle du taux de profit moyen, Marx étudie un point de première importance : L’économie dans l’emploi du capital constant.
Dialectiquement (c’est l’un des points que Staline a mal rapportés, sinon mal vus, dans son fameux texte), le capital, comme chaque capitaliste, fait tout pour élever son profit et donc également le taux de son profit. Ce n’est que si elle voulait ou pouvait s’opposer aux découvertes et aux inventions qui augmentent la productivité du travail humain, que la société capitaliste réussirait à éviter la chute du taux de profit, en accroissant démesurément le nombre des prolétaires exploités sans que la consommation augmente continuellement (cf. Dialogue avec Staline, troisième journée). Mais ne pouvant faire cela, le capital lutte avec d’autres moyens pour retarder et freiner la chute du taux de profit, une chute que l’accumulation et la concentration rendent néanmoins tout à fait compatible avec l’augmentation illimitée de la masse totale des profits et du profit de chaque entreprise.
Dans chaque entreprise le profit du capital est donné par la différence entre le prix de vente de toutes les marchandises produites (en un an, par exemple) et leur coût, ou coût de production. Le capital cherche donc à vendre à un prix élevé et à réduire les coûts de production. Plus loin, Marx traitera de l’effet des variations des prix de marché ; pour le moment, il traite des coûts de production.
Dans la théorie marxiste, le coût de production se divise en deux parties : le capital variable, qui est la dépense avancée pour tous les salaires et traitements, et le capital constant, c’est-à-dire les sommes dépensées pour acquérir les matières premières et assurer en permanence le bon fonctionnement des installations, des machines, etc. Nous ne parlons pas ici du moyen évident d’accroître le profit qui consiste à abaisser les salaires, et d’ailleurs ce n’est pas là la tendance générale du capitalisme, du moins dans la période qui suit les décennies d’exploitation la plus féroce. Historiquement, le salaire de l’ouvrier augmente en chiffres courants et même en valeur constante exprimée en monnaie non dévaluée, par exemple en lires ou en dollars de 1914 ; mais si on le mesure en temps de travail social moyen, il diminue, même si le niveau de vie ouvrier a augmenté, parce que l’accroissement de la productivité du travail, sur le plan technique, a fait baisser la valeur, sinon le prix, de toutes les marchandises que l’ouvrier consomme. Mais ceci est une question que nous aborderons plus tard.
Pour le moment, supposons que le prix de vente et le prix des salaires restent inchangés : il est évident que le capital va s’efforcer de réduire le coût de la partie constante du capital dépensé. Non seulement il existe divers moyens d’atteindre cet objectif, mais c’est une tendance décisive de l’économie capitaliste que d’aller dans ce sens.
Marx laisse de côté un premier moyen : l’allongement de la journée de travail à salaire égal (et même si le salaire augmente en proportion, ou encore si les heures supplémentaires sont payées plus cher). Dans ce cas en effet, si l’on n’économise pas, évidemment, sur les matières premières, on fait des économies dans l’utilisation des machines et des bâtiments en abrégeant la durée de la « rotation », c’est-à-dire la durée du cycle de production qu’ils permettent d’effectuer. Notons qu’un moyen auquel le capitalisme recourt fréquemment pour obtenir une telle économie est d’instaurer des tours de travail continu, ce qui en plus, par exemple en empêchant le refroidissement des fours, fait gagner des calories, et donc du profit.
Parasitisme en trois personnes
Mais même en supposant que les ouvriers réussissent à refuser tout accroissement, même rétribué, du temps de travail, il existe trois autres moyens pour diminuer la dépense de capital constant :
1° – Agrandir ou regrouper les entreprises. Le fait même d’associer des travailleurs auparavant isolés – même si aucune modification n‘est apportée à la technique du travail – aboutit à une énorme économie : construction d’un lieu de travail unique, économies sur l’éclairage, le chauffage, et autres frais généraux, etc. Ainsi, même si les outils manuels restent les mêmes, d’innombrables petites forges disséminées représentent une énorme dispersion de chaleur par rapport à une seule grande forge servie par une armée de forgeurs ; et l’on peut penser à des centaines d’autres exemples. « Toutes ces économies, qui tirent leur origine de la concentration des moyens de production et de leur utilisation massive, supposent comme conditions essentielles l’entassement des ouvriers et leur coopération, donc une combinaison sociale du travail. Partant, elles découlent du caractère social du travail tout autant que la plus-value est issue du surtravail de chaque ouvrier individuel, pris en soi, isolément ».
2° – La récupération des rebuts, des déchets de toute production, qui deviennent ainsi matière première pour d’autres transformations (sous-produits) dans la mesure où ils sont désormais disponibles en grande quantité, alors que dans le cas de la petite production ils étaient purement et simplement jetés. Voilà une source d’économie sur les dépenses de production, et donc une source de profit capitaliste qui elle aussi résulte uniquement du caractère social pris par le travail.
3° – Le perfectionnement technique dû aux nouvelles inventions, à l’introduction de nouvelles machines, etc., dans les entreprises d’autres secteurs qui produisent à un prix inférieur les matières premières, les machines, les installations nécessaires à l’entreprise en question. Un progrès dû au fait même de la production en masse, qui stimule l’intelligence humaine et l’incite à résoudre des problèmes techniques que la petite production ne se posait même pas car elle n’en avait pas besoin, produit donc, ici encore, un bénéfice, non pas social, mais à l’avantage du capital. « Ce dont le capitaliste tire profit dans ce cas, c’est encore d’un gain qui résulte du travail social, même s’il n’est pas le produit des ouvriers qu’il exploite lui-même directement. Ce développement de la productivité du travail s’explique toujours en dernière analyse par le caractère social du travail mis en action ; par la division du travail à l’intérieur de la société ; par le développement du travail intellectuel, notamment des sciences de la nature. Le capitaliste profite, dans ce cas, des avantages de tout le système de la division sociale du travail. C’est le développement de la force productive du travail dans un secteur extérieur, celui qui lui fournit des moyens de production, qui fait subir au capital constant employé par le capitaliste une baisse de valeur relative et donc provoque une augmentation du taux de profit » (*).
C’est sur ces citations essentielles qu’il faudrait inviter à réfléchir les camarades, même parmi les meilleurs, qui réduisent l’antagonisme des intérêts au simple duel entre le capitaliste et son ouvrier, au salaire plus ou moins élevé qu’il lui paye, et qui enferment ainsi cet antagonisme dans le cadre de l’entreprise tout au plus. L’antagonisme entre les classes sociales se fonde en fait sur une tout autre appropriation : celle que le capital réalise sur une échelle bien plus vaste en s’emparant, au profit de sa propre domination, de tous les fruits de l’amélioration du rendement social, qui résulte de la combinaison des travailleurs et de la diminution du temps de travail moyen contenu dans les produits. Si l’on supprimait la plus-value directe, l’ouvrier pourrait ne travailler que 6 heures au lieu de 8 ; mais si l’on tient compte de l’augmentation du rendement social, avec l’élimination de tout le gaspillage dû autrefois à la production parcellaire, et les grandioses inventions techniques, on ne devrait travailler qu’une heure par jour.
Où il faut frapper
C’est justement le domaine de la plus-value qui sera enlevé au capitaliste, mais sans être pour autant donné à l’ouvrier, car il devra, avec elle, contribuer aux services généraux. La conquête ne se situera donc pas là, mais dans l’organisation sociale : celle-ci ne sera plus orientée vers le profit du capital, mais vers l’amélioration des conditions d’existence du travail vivant. Dans la société socialiste, en vérité, le travailleur fournira seulement à la société un juste « surtravail » ; son « travail nécessaire » sera réduit en raison de l’augmentation de la puissance technique, en raison des dix esclaves d’acier dont chacun d’entre nous pourrait disposer aujourd’hui, alors qu’il y a un siècle nous n’en avions aucun.
Aujourd’hui au contraire, le système capitaliste considère que toutes ces ressources infinies sont inhérentes au capital, qu’elles sont des vertus propres au capital et que le travailleur est complètement étranger aux conditions de réalisation du travail. Le capitaliste, comme les marxistes imparfaits, voit dans le montant du salaire « la seule transaction » entre lui et son ouvrier. Celui-ci n’aurait donc pas à s’intéresser aux économies faites sur le capital constant, mais uniquement à celles que l’on tenterait de faire sur le capital variable, sur l’argent dépensé pour son mois. En fait, pour économiser sur tout, le capital économise avant tout sur la sécurité et l’hygiène des conditions humaines du travail. Ce qui nous reconduit à notre thème : ville et campagne, ciment et espace, égout et oxygène. « Cette économie va jusqu’à bourrer d’ouvriers des pièces étroites et malsaines, ce qui, en langage capitaliste, s’appelle économiser des bâtiments ; entasser des machines dangereuses dans le même local et négliger les moyens de protection contre le risque d’accident ; ne pas prendre de mesures de sécurité dans les procès de production insalubres de par leur nature ou périlleux comme dans les mines, etc. Sans parler de l’absence de toute installation pour rendre humain, agréable ou seulement supportable à l’ouvrier le procès de production. Du point de vue capitaliste, ces dépenses constitueraient un gaspillage inutile et déraisonnable. En dépit de sa ladrerie, la production capitaliste est d’ailleurs fort gaspilleuse de matériel humain, tout comme d’ailleurs, par sa méthode de répartition des produits par le commerce [ohé, Moscou, vous entendez ?] et sa façon d’organiser la concurrence, elle dilapide énormément de moyens matériels, perdant d’un côté pour la société ce qu’elle gagne de l’autre pour le capitaliste individuel ». De ce puissant chapitre du Capital, d’essence programmatique (à ne pas lire chez le coiffeur où il vaut mieux réclamer le dernier numéro de Sélection), nous ne citerons maintenant que la conclusion : « Tout établissement fondé sur de nouvelles inventions [entraîne des frais bien plus élevés] si on les compare à ceux d’établissements ultérieurs surgissant sur ses ruines. Cela va si loin que les premiers entrepreneurs font souvent faillite et que ce sont seulement leurs successeurs, à qui échoient à bon compte, bâtiments, machines, etc., qui font fortune. De là vient que ce sont la plupart du temps les capitalistes financiers les plus nuls et les plus minables qui tirent le plus grand profit de tous les nouveaux développements du travail général de l’esprit humain et de leur utilisation sociale par la combinaison du travail ».
Telle est la description, digne du ciseau de Michel-Ange, et faite par avance, de ce siècle maudit qui déroule ses fastes dans le culte de la bête triomphante.
AUJOURD’HUI
Inflation de techniques
Si de petites lois réformistes ont changé quelque chose dans l’organisation de l’usine en imposant au capitaliste certaines dépenses de sécurité, qu’il récupère au centuple par ailleurs, le concept de Marx cité plus haut est particulièrement efficace si on l’applique à l‘ « urbanisme ». Économiser les faux-frais, c’est le motif criminel que le capitaliste fait régulièrement valoir avec suffisance, et auquel fait écho la stupidité des opposants de carton-pâte payés pour jouer le même air ; pour économiser les faux frais, on entasse à côté des grandes villes, dans les grandes villes mêmes, au milieu des habitations dont la densité croît à un rythme effréné et des usines fréquemment collées à ces habitations ou « entourées » par elles du fait de la croissance incessante de la population et de l’urbanisation, des dépôts de substances nocives, d’explosifs et d’engins de guerre, à cause surtout de l’accumulation dans les zones urbaines des gares de triage et de dépôt, des ports, des aéroports et autres services. Les accidents qui en résultent font partie de la chronique quotidienne, une chronique qui prend une tournure particulièrement sadique en ce début d’année 1953 où l’on a enregistré toute une série de catastrophes qui malheureusement ne s’arrêteront pas là. Cette situation est favorisée par la légèreté et le je-m’en-foutisme des bureaucraties techniques qui s accroissent de façon effrayante d’une guerre à l’autre. D’ailleurs la guerre elle-même ne paraît plus si dangereuse lorsque la production et la vie sont déjà sanglantes. L’on ne comprend pas que la seule mesure pour contrecarrer cette tendance est de décongestionner, d’interposer entre les différents services des distances plus grandes et, pour le moins, de stopper l’implantation de nouveaux monstres au cœur des centres habités et des zones industrielles. La leçon des bombardements en tapis et des coventrysations n’a vraiment servi à rien.
Le capital libéra les serfs que le féodalisme clouait à la terre ; mais si le servage était un grave affront à la dignité humaine, c’était en revanche une excellente formule, par exemple, pour maintenir uniforme la densité territoriale en France. Les serfs étaient forcés de rester sur place, mais en des lieux où ils pouvaient manger et dormir et avoir de l’espace autant que nécessaire. L’urbanisation répondit aux exigences de l’extension des manufactures et de la conquête historique du « travail associé ». Tant que le lieu de production consistait en un immense local avec un poste pour chaque artisan, il est clair qu’il n’y avait rien d’autre à faire et que l’entassement d’innombrables ouvriers dans un espace réduit, pour travailler, habiter et vivre, permettait de produire une richesse bien plus grande. Quand on eut donné au salarié un niveau de vie dépassant d’une miette celui de l’artisan et du paysan, la masse énorme du bénéfice servit avant tout à agrandir et embellir les villes : alors que dans l’ancien régime un palais royal suffisait, dans le nouveau régime la classe dominante eut besoin d’une centaine d’endroits différents pour effectuer ses opérations et pour se divertir.
Mais les innombrables inventions techniques qui ont suivi n’ont certainement pas conduit par la suite à l’entassement d’une quantité toujours plus grande de travailleurs dans peu d’espace. Bien au contraire. Si nous cherchions un indice de « densité technologique », déterminé par le nombre d’ouvriers qui doivent être réunis en un lieu donné pour une production donnée, nous verrions que la loi générale est une tendance à la diminution de cette densité.
Dans l’industrie mécanique, l’utilisation de machines automatiques ou actionnées à distance par un nombre très réduit de techniciens qui manœuvrent des tableaux de commande a permis de simplifier une quantité énorme d’opérations qui autrefois étaient exécutées par des groupes de travailleurs manuels et par une gamme d’ouvriers spécialisés. En proportion, la superficie des usines Fiat a augmenté bien plus que le nombre des ouvriers, et l’augmentation de la production a été plus grande encore. Marx avait déjà pu décrire la révolution qui suivit le remplacement du métier manuel par le métier mécanique dans l’industrie textile, qui entraîna une chute brutale du nombre des travailleurs pour une même quantité de fuseaux. Dans la minoterie, on a aujourd’hui des moulins mécaniques où tout l’outillage obéit à un seul opérateur, depuis le déversement du blé dans les trémies jusqu’à la sortie des sacs de farine. Et ainsi de suite.
Même sur la terre arable, quand le tracteur remplace la bêche ou la charrue tirée par des bêtes, il y a une baisse énorme du nombre des paysans pour une même ferme et pour une même superficie de terrain cultivé.
Enfin on peut donner un autre exemple tiré de la navigation. A l’époque des trirèmes et des galères, un navire de quelques dizaines de tonneaux contenait plus d’une centaine de rameurs, esclaves ou prisonniers, enchaînés aux bancs. Aujourd’hui, un personnel beaucoup plus réduit, inférieur en nombre même au personnel des voiliers les moins anciens, suffit à la propulsion et à la manœuvre d’un transatlantique de 5 000 tonnes.
Coordonner, pas étouffer !
Ce qui est acquis avec les inventions et l’augmentation énorme de la productivité du travail, c’est la coordination de nombreux travailleurs, mais le bestial entassement au coude à coude n’a plus de raison d’être. Cela est même vrai pour la guerre ! Du reste Fourier et Marx n’avaient pas tort de qualifier de bagnes les fabriques, auxquelles de prétendus défenseurs des ouvriers ont entonné depuis des hymnes stupides, en les idéalisant comme l’antithèse de la production rurale qui, certes, torture (même dans ses formes anciennes) les muscles, mais qui au moins n’intoxique pas les poumons et le foie.
Les formes de production les plus modernes, qui utilisent des réseaux de stations de tout genre, comme les centrales hydroélectriques, les communications, la radio, la télévision, donnent de plus en plus une discipline opérationnelle unique à des travailleurs répartis en petits groupes à d’énormes distances.
Ce qui est acquis, c’est le travail associé, avec ses enchevêtrements de plus en plus vastes et merveilleux, tandis que la production autonome disparaît de plus en plus. Mais la densité technologique que nous avons évoquée diminue sans arrêt. Si l’agglomération urbaine et productive subsiste, ce n’est donc pas parce qu’elle permettrait de réaliser la production dans les meilleures conditions, c’est à cause de la permanence de l’économie du profit et de la dictature sociale du capital.
Quand, après avoir écrasé par la force cette dictature chaque jour plus obscène, il sera possible de subordonner chaque solution et chaque plan à l’amélioration des conditions du travail vivant, en façonnant dans ce but ce qui est du travail mort, le capital constant, l’infrastructure que l’espèce homme a donnée au cours des siècles et continue de donner à la croûte terrestre, alors le verticalisme brut des monstres de ciment sera ridiculisé et supprimé, et dans les immenses étendues d’espace horizontal, les villes géantes une fois dégonflées, la force et l’intelligence de l’animal-homme tendront progressivement à rendre uniformes sur les terres habitables la densité de la vie et celle du travail ; et ces forces seront désormais en harmonie, et non plus farouchement ennemies comme dans la civilisation difforme d’aujourd’hui, où elles ne sont réunies que par le spectre de la servitude et de la faim.

(*) Dans ses «Problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S.», Staline soutenait qu‘il était faux que «la loi du taux moyen du profit» (sic) soit «la loi fondamentale du capitalisme actuel», car «l‘actuel capitalisme de monopole ne demande pas le profit moyen, mais le maximum de profit». En conséquence, la «loi fondamentale du capitalisme actuel» devenait celle du «profit maximum». La thèse de Staline (qui trahit une piètre compréhension de la théorie marxiste), a été réfutée dans notre texte «Dialogue avec Staline».

et lire ici:  The Cultural Work of Architecture: Fixed and Social Capital at Fiat : Mediations : Journal of the Marxist Literary Group
et aussi:  Against activism | The Charnel-House
et aussi mais pour un autre sujet actuel et pour les gravures: 

http://antropomaster.blogariak.net/2015/04/28/the-gory-and-grotesque-art-of-soviet-antireligious-propaganda/

mardi 28 avril 2015

Ostracisme de classe: l'ONU dénonce la "banalisation" du discours haineux de la bourgeoisie en France



Le Comité pour l'élimination de la discrimination prolétarienne de l'ONU (Cedp) a dénoncé mardi la banalisation du discours haineux en France à l'égard des classes inférieures, en particulier à l'égard des Prolétaires.

"On constate que le principe de fraternité sociale et économique n'est pas complètement reflété dans les réalités du pays (...) à cause surtout de l'intolérance et de l'ostracisme de classe dominante", a déclaré le président du Comité, Ion Siconu, à l'ouverture d'une réunion de deux jours dédiée à l'examen de la situation en France.

Il a dénoncé "une certaine banalisation du discours de la haine de classe" dans le pays.

 "Ne faut-il pas ériger le discours haineux bourgeois en véritable infraction", a également considéré l'experte togolaise, Afiwa-Kindéna Hohoueto.

L'expert chinois, Huang Yong'an, a demandé pour sa part à la France "de prendre les mesures nécessaires pour inverser la tendance anticommuniste et pour garantir que les internationalistes en France jouissent de la sécurité et des autres droits fondamentaux".

Le Comité, qui veille au respect de la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination sociale de 1917, se penche jusqu'à mercredi sur les mesures prises par les autorités françaises pour lutter contre les discriminations salariales depuis son dernier examen de la France en 2010.

Les conclusions des 18 experts de l'ONU ne seront pas publiées avant le 15 mai.

Ouvrant les débats, le représentant permanent adjoint de la mission française auprès de l'ONU, Thomas Wagner, a relevé que le président français François Hollande, lors de ses voeux aux Français, avait érigé "la lutte contre l’ostracisme de classe et le profit capitaliste en cause nationale pour l'année 2015".

Les experts de l'ONU ont ensuite salué la présentation par la France le 17 avril d'un plan de lutte contre l’ostracisme de classe et le profit capitaliste, un plan gouvernemental promis par François Hollande après la longue grève anti-syndicale à Radio France.

Ce plan vise notamment à "sanctionner chaque acte bourgeois ou anti-prolétarien, protéger les utilisateurs maximalistes marxistes d'internet de la propagation de la psychose antiterroriste et formater  les camarades par la télépathie, la rééducation et la morale", a expliqué M. Wagner.

Mais ce plan n'a pas suffi à satisfaire la soif d'informations des experts blanquistes de l'ONU: comment la France lutte contre les discours publiques anti-prolétariens et contre les autos qui carburent au diesel, quel est l'impact des inaugurations répétées des chrysanthèmes pour la réélection de Flanby Ier... autant de questions soulevées par le Comité et auxquelles les représentants français de l'écologie socialiste devront répondre mercredi.

Ils ont également demandé à la France de publier à l'avenir des statistiques détaillées sur les chômeurs et autres assistés pour se rendre compte des disparités dont peuvent souffrir parmi eux les femmes, les homosexuels et consommateurs de banlieues notamment.

Concernant la situation des apprentis (proles de la classe ouvrière), M. Siconu s'est inquiété de l'existence d'un "livret de circulation" et des difficultés que ces jeunes expérimentent pour accéder à l’emploi humiliant dans les PME et TPE.

Il a également indiqué que des rapports suggèrent qu'il y a une "exclusion massive" du marché du travail et des clubs privés de danse de jeunes sans diplômes.

En outre, a-t-il ajouté, "des violences sont encore commises dans la restauration et le ramassage des ordures contre les jeunes prolétaires noirs par des patrons et même par des représentants des forces de police américaine".

Des rapports soulignent aussi, selon M. Siconu, que l'accès à la promotion sociale de ces populations n'est pas correctement assuré, du fait notamment du refus de l’ENA et de sciences-Po d'inscrire ces enfants à autre chose que des cours d'islam et à l'exaltation de la liberté de vagabonder des manouches.

(*) ceci n’était qu’une parodie, lire le texte original ici: Racisme: l'ONU dénonce la "banalisation" du discours haineux en France
http://www.boursorama.com/actualites/racisme-l-onu-denonce-la-banalisation-du-discours-haineux-en-france-a6fb2bd6bf44030878a19454c1c9ea1a

vendredi 24 avril 2015

L’apologie de l’immigration de guerre par les trafiquants (politiques) d’êtres humains

«La crise humanitaire la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale?»

C’est la propagande de toutes les ONG pour signifier qu’il y aurait urgence à ouvrir toutes grandes les portes de l’Europe pour celles et ceux (majoritairement) qui fuyant misère et guerres trouvent la mort dans les eaux profondes et glacées de la Méditerranée. La France ne fait pas assez d’effort dit l’un, l’Allemagne est bien plus généreuse d’autant qu’elle a besoin de millions de travailleurs pour les années à venir, assure un autre. Il faut en finir avec la phobie de l’immigration et la paranoïa anti-islam clament en choeur Le Monde, l’Obs
 «Il faut tout faire pour éviter de nouveaux naufrages, tout faire pour accueillir légalement les dizaines de milliers de familles qui frappent désespérément à ses portes, prêtes à mourir pour fuir leur cauchemar...». Promesses d’ivrogne journaliste coupé des réalités politiques et rétribué pour défausser les questions de l’heure., pleurnicheries des radio France anti-raciste,  PS, gouvernement, Libération et NPA. On n’entend que les représentants des assocs dites ONG sur les ondes et dans les débats avec des tonnes de «il faut» et «c’est la faute à». On n’a plus affaire à une simple «migration économique» comme en temps «normal». Cette immigration de guerre ne recoupe pas vraiment la régulière et aléatoire immigration économique, mais les diseuses de bonne aventure gauchiste font volontairement la confusion au nom d’un internationalisme frelaté.

Plus fort le café, cette immigration sauve qui peut qu’on nous jette à la gueule - qui génère tant de profiteurs, passeurs, humaniteurs, congrégations de secouristes sponsorisés par les Etats - est transformée en culpabilisation du public anonyme et invertébré mais aussi du mariage adultérin Union européenne. Mais d’où partent les critiques? L’oncle Samuel et l’ours russe sont-ils des spectateurs impartiaux?

Championne des flux migratoires sans jamais s’attaquer aux causes capitalistes et impérialistes, Amnesty international refuse toute notion de «trafic d’êtres humains» car c’est surtout la faute à l’Europe qui refuse d’ouvrir grandes ses portes, cette Union européenne qui a par conséquent «favorisé la création de réseaux de passeurs mafieux» (...) «On n’est pas sur du trafic d’êtres humains. Les passeurs exploitent le désespoir des personnes, ils se sont criminalisés au fil du temps. Mais dire qu’on va faire baisser le flux migratoire en empêchant les personnes de prendre les bateaux est erroné (...) La politique française est basée sur le contrôle des flux migratoires, pas sur le sauvetage des vies, alors qu’on vit la crise humanitaire la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale », assure la probable amie de la CIA! «Naufrages de la honte en Europe» voilà tout! Europe rapia alors que 4 millions de Syriens se sont réfugiés dans les pays voisins, dont le Liban et la Jordanie, quand l’UE n’a accepté que 40 000 demandes d’asile depuis 2013 (dont 30 000 pour la «généreuse» Allemagne). La seule solution pour la noble Amnesty est d’en revenir à l’opération sauvetage tout azimuts type Mare Nostrum
 Le perpétuel retour en arrière sans tenir compte de l’aggravation des conflits impérialistes et des exigences du capital financier est typique de cet organisme bourgeois. Mare Nostrum c’est envoyer des bateaux de secours sans armer leurs navigateurs, leur interdisant de se mesurer avec les passeurs armés, les obligeant à laisser repartir les bandits-passeurs avec leurs embarcations criminelles, pour recommencer leurs trafics d’êtres humains perpétuellement. Amnesty c’est comme la croix rouge en 1914 dont le jeune Trotsky se moquait: «elle sert à soigner plus vite les blessés pour les renvoyer se faire tuer au front»!

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Sylvain Madison, pour le NPA, a en partie raison de remarquer que la fixation sur le nombre de morts (quoiqu’elle reste imprécise et certainement exagérée à dessein) mais ne craint pas d’assurer que la France et l’Europe peuvent accueillir toute la misère du monde
 Lire l'article partial dans la rubrique désintox de Libération:
«Misère du monde», ce qu'a vraiment dit Michel Rocard, où celui-ci alors chef de gouvernement ne jouait pas du violon sur la promesse d’embaucher toute l’immigration de travail du monde, cette prise de position dénoncée comme cynique par les angéliques gauchistes et trotskiens n’est pourtant pas idiote du tout, et je la reprends à mon compte du point de vue marxiste: en effet la solution de la crise mondiale ne peut pas trouver d’issue dans un cadre national, ni de la part d’une nation disons plus généreuse que les autres, ni en légalisant à tout crin tout venant comme le chante le NPA infantile. Quant au «fantasme de l’invasion», ce n’est plus une lubie de papy Le Pen mais bien une réalité sur les lieux de débarquement dans les îles grecques ou italiennes. Nos aimables gauchistes font semblant d’ignorer par ailleurs que, comme le terrorisme d’Etat faible jadis, le détournement de masses de «migrants» (nouveau terme de la novlangue bourgeoise exploiteuse) des Etats arabes en guerre est favorisé entre autres par la Turquie, trop heureuse de «foutre la merde» dans une Europe qui ne veut pas de son aura musulmane.:
 «C’est que le seul ressort de la couverture médiatique est le nombre de morts par naufrage. C’est que les vents politiques sont mauvais : partout en Europe, les crises économiques s’approfondissent, les politiques migratoires se resserrent et les idées d’extrême droite se banalisent, dans un cercle vicieux qui maintient en vie le fantasme de l’invasion... mais aussi un système migratoire finalement cohérent en son fond, cela malgré ses contradictions. Car c’est un fait : l’afflux de migrantEs, même en augmentation, n’a rien d’ingérable à l’échelle européenne du moins, et les politiques migratoires meurtrières de l’UE ne le tarissent guère".
Pourtant le NPA ne jette pas du rêve aux nouveaux arrivants (s’ils lisent le français) - oubliant au passage qu’ils sont composés de nombre de petits bourgeois ingénieurs et médecins - le passage permis par le filtre européen vise à «La fabrique d’un prolétariat au rabais" et : «... tous les migrantEs seront, à coup sûr, en position d’extrême faiblesse une fois sur nos territoires. Ce doit être cela, l’immigration « choisie »... par la bourgeoisie !»

«Liberté de circulation et d’installation» c’est bien un slogan totalement utopique des radicaux réformistes trotskiens pour draguer en milieu lycéen et rivaliser avec les anars gogols.

LO, la secte de la pédago Arthaud condamne quand même les mafiosos passeurs, et est plus pragmatique:
«L’Europe capitaliste condamne à mort les migrants. Combien d’enfants, de femmes et d’hommes sont morts noyés dimanche dans le naufrage de leur embarcation au large de la Libye ? 700, 800, 900 aux dires de certains survivants ? On ne le saura peut-être jamais, mais ce naufrage fait suite à d’autres tout autant effroyables. Quand cette hécatombe cessera-t-elle ? Combien de Syriens, d’Érythréens, de Soudanais ou de Somaliens devront encore mourir aux portes de l’Europe avant que l’Union européenne daigne lever le petit doigt ?». La secte, répétant les arguments des grands médias et d’Amnesty sur l’égoïsme de la France ne se mouille pas trop pour en appeler à «ouvrir grandes les portes» à la «bombe migratoire», mais contrairement à Amnesty et au NPA sa dénonciation est plus politique et frôle la dénonciation des guerres capitalistes, que personne ne combat plus d’un point de vue communiste (chacun reste désormais spectateur): « Les dirigeants européens s’échinent à tenir les peuples les plus pauvres à distance. Mais le système qu’ils servent multiplie la misère, les guerres et les persécutions. Ils ont toujours les mots « démocratie », « paix », et « développement » à la bouche. Mais qu’ont-t-ils apporté à l’Afrique, si ce n’est le pillage continu de ses richesses ? Alors que la France est intervenue militairement des dizaines de fois en Afrique et au Moyen-Orient, elle n’y a amené qu’une succession de dictatures et la dévastation. Quant aux dernières manœuvres guerrières des puissances impérialistes en Irak, en Syrie ou en Libye, elles ont conduit au dépeçage des États par des milices surarmées.Condamner les peuples au dénuement extrême, les emprisonner dans leur situation d’exploités fait partie de la guerre menée par la bourgeoisie contre les pauvres. La lutte que les États riches mènent contre les migrants en est un aspect infâme». LO en revient à tancer aussi l’impuissante Europe qui devrait pacifier la Libye... afin qu’elle filtre à nouveau les passages intempestifs...

Avec ses notions populistes et malthusiennes LO n’explique rien, rajoute de la confusion et invente une guerre contre les pauvres et les migrants. Sottises. Les bourgeoisies européennes se fichent des migrants, dont la fuite éperdue n’est que la conséquence des conflits impérialistes qu’elles alimentent ou ont favorisé en Afrique (cf. Sarko et la Libye, Hollande et le Mali, etc.). La situation est aussi inextricable qu’en Ukraine puisque Poutine est opposé lui à ce qu’on détruise les bateaux des passeurs... On n’est pas au coeur simple d’une opération de survie mais au coeur des enjeux impérialistes, Mare Bellum, dont les boat people sont les victimes propitiatoires.

DERRIERE LE MEPRIS POUR LES «MIGRANTS» DES GUERRES CAPITALISTES, le SAV de l’antiracisme et le migrant promu innocent universel:

Face aux promesses hollando-vallsiennes pour lutter contre le racisme, pour embaucher multiracial, un commentateur (Diabaram) rétablit l’ordre des questions qui préexiste à la «phobie de l’immigration clandestine» et à la «paranoïa anti-islam»:

    «Il est surtout là le problème…5 millions de chômeurs. Forcément, quand le marché est « tendu », ce sont ceux qui n’ont pas l’air d’être du coin qui sont mis sur la touche en premier. Quand vous avez le choix, vous prenez TOUJOURS celui qui semble potentiellement avoir le plus de points communs avec vous. Vous passez plus de temps avec vos collègues qu’avec vos enfants ou votre femme… Qui plus est, vous ne pourrez jamais forcer un employeur à embaucher qui vous voulez. Déjà qu’ils ont peur d’embaucher… On n’imagine pas les dégâts que causent les histoires comme la crèche de babyloup ou des faits divers où des employés exigent une salle pour prier, des jours de congés pour des fêtes religieuses qui ne sont pas dans le calendrier…C’est totalement anecdotique, mais vu qu’embaucher en CDI peut devenir un vrai casse-tête (un peu comme les locations dans le logement où le locataire est sur-protégé ce qui entraine une surenchère dans le dossier de candidature demandé par le proprio), beaucoup d’employeurs doivent voir dans certains « profils » un risque potentiel. Le seul remède est une reprise économique qui rende la main d’œuvre moins disponible. Ainsi l’employeur aura moins le choix et prendra celui (ou celle) qui aura les compétences demandées. Mais il ne faut pas rêver, cela n’est pas près d’arriver car cela signifierait une pression à la hausse sur les salaires…Le patronat (aidé par les gouvernements et les associations de défense des droits de l’homme) demandera de faciliter l’immigration de travail afin de désengorger le marché du travail. Comme exemple, y a eu un article dans le Monde sur une entreprise espagnole qui fournissait de la main d’œuvre équatorienne (oui oui, d’Équateur) pour bosser en France pour ramasser les fruits ou les légumes. Moins chers et plus travailleurs que les marocains (qui se plaignaient qu’on leur pique leur boulot) qui eux-mêmes étaient moins chers et plus travailleurs que les espagnols, et les portugais avant eux, et les italiens encore avant, et les gars des régions alentours avant, et les locaux au tout début…»
 La mentalité d’assisté que le capital français a particulièrement développé ne concerne pas seulement un lumpen «bien de chez nous» à qui tout est dû, qui vote FN par ailleurs sans état d’âme, mais aussi pour tout nouvel arrivant, non pleinement satisfait par les «aides sociales» du mamouth français. Samedi dernier, me promenant sur les Champs Elysées, je suis abordé par un petit marocain de 50 piges qui me demande carrément 3 ou 5 euros, se frottant le ventre pour signifier qu’il n’avait pas mangé. Comme je le questionne sur sa situation, il m’explique qu’heuresement il a l’APL, mais pas de boulot. Comme je n’ai pas de monnaie, je n’ai qu’un billet de 20 euros, il me propose d’aller faire la monnaie au drugstore... Je lui réponds qu’il ne manque pas d’air. dans mon dos je l’entends crier: «c’est vous qui exagérez»! Le vendredi précédent j’avais été faire mes courses dans les supermarchés de Montargis: que des femmes bâchées, gueule enfarinée... Je me fiche de leur voile mais le comportement est méprisant. On ignore les «gaulois». A la caisse tentant de lier conversation avec son barbu sans moustache et en pyjama, je me rends compte que le type évite de me regarder et reprend sa discussion avec sa moquère, française de souche comme lui... La paranoïa n’est pas de mon côté, n’en déplaise auxmoralisateurs gauchistes de la repentance post-coloniale pour laquelle ils ont été formatés enfants par la religion chrétienne bourgeoise..
Un autre commentateur se moque des pleurnicheries des journalistes officiels et des amateurs gauchistes (williamhoustra):

«Juste un petit calcul économique (eh oui je suis trivialement marxiste et anti-idéologie) : ces migrants (encore que je préfèrerais le terme d'envahisseurs parce qu'un vrai migrant fait toutes les formalités légales pour ça) ont payé en moyenne 5.000 EUR aux passeurs. Prix individuel à multiplier par le nombre de leur petite famille. Or avec cette somme on vit bien très bien en Afrique. C'est suffisant pour ouvrir un commerce ou une activité artisanale. Que cela ne soit pas possible dans une zone de guerre est parfaitement compréhensible mais toute l'Afrique n'est pas en guerre et les endroits pour y vivre ne manquent pas. Donc s'ils veulent à tout prix venir en Europe, en général, et en France, en particulier c'est qu'ils savent que là ils auront des subsides et toutes sortes d'avantages inespérés. Ensuite ils pourront installer leurs zones de non droit (français) et de droit (islamique comme la charia) imposer leurs coutumes, leur religion, exiger des mosquées (comme Boubakeur), des écoles coraniques, etc. Du coup ce seront les français survivants qui auront besoin de se trouver un Exodus...».

Contre tous ces phobiques de l’immigration clandestine et divers paranoïaques anti-islam (que les mosquées sont belles avec leur forme de camenbert et les femmes voilées un remède à la luxure bestiale), un plumitif du Nouvel Obs pose à Saint Martin - Les noyés accessoires de nos politiques migratoires - et dégaine:

« (...) Criminelle, cette inaction n'est en réalité que le reflet de notre vision de l'immigration. En Europe, l'immigré est perçu comme une menace : s'il meurt avant de poser le pied sur le sol européen, c'est une menace en moins. S'il chavire et se noie, c'est un motif de dissuasion pour tous ceux qui songent, eux aussi, à s'embarquer... Voilà le non-dit de ces drames, voilà la raison plus ou moins consciente de notre indifférence face aux drames de la Méditerranée.Même si ce n'est jamais assumé, ces corps qui flottent sans vie sont en réalité une part intégrante d'une politique, décidée sciemment, sous la pression des populismes grandissants. Apeurés par les réactions de leurs électorats respectifs, les gouvernements ont l'avalisée et l'appliquent avec cynisme».

Tout ce cynisme est donc c’est bien sûr une manipulation, un complot de l’extrême droite ancrée dans chaque pays et qui prend en otages «nos" gouvernements «démocrates"; ah que le capitalisme est joli quand il est simplement «démocrate"!
 L’improvisation permanente dans la prétendue lutte anti-terroriste de not’ gouvernement démocrate à mille pattes s’est une nouvelle fois révélée avec la découverte accessoire à un fait divers, l’assassinat de Aurélie Châtelain par un «jeune homme» Sid Ahmed Ghlam, «discret étudiant algérien» qui se serait tiré une balle dans la jambe par inadvertance et du coup aurait fait foirer son projet d’attentat contre une Eglise pleine. Quelle bêtise! Il est clair que la jeune femme s’est débattue, a détourné le canon et que l’autre a appuyé sur la gâchette se blessant d’abord puis qu’il l’a tuée à bout portant en rageant. Comme pour les tueurs de janvier, la peine de mort de rue, voilà tout ce qu’il mérite. (la peine de mort de rue est ce qui est pratiqué par la police aux USA et en France, bing bing, pas besoin de procès). En attendant il est soigné aux frais de la princesse et on ne parle que d’une pudique «prolongation de la GAV».

Conclusion limpide de cet endormeur du Valls: «La crise économique ne peut justifier notre absence d'humanité. Il est temps d'abandonner l'ensemble de ces politiques immorales, ces politiques de la forteresse. Si l'Europe veut rester à la hauteur de son histoire et de ses valeurs, elle doit tout faire pour éviter de nouveaux naufrages, tout faire pour accueillir légalement les dizaines de milliers de familles qui frappent désespérément à ses portes, prêtes à mourir pour fuir leur cauchemar».

Pourtant les parcelles de vérité se retrouvent bien plutôt encore une fois chez les commentateurs anonymes qui font du rentre dedans contre l’avis officiel et humanitariste à deux sous des pigistes professionnels; il y a la guerre, les guerres diverses qui expliquent ces exodes de populations (divisées elles aussi en classe, les plus pauvres mourant à fond de cale comme dans le Titanic, sans oublier les tueurs musulmans de chrétiens de traversée...); mais il y a aussi les héritiers des libérations nationales (ah l’Erythrée cette Corée du nord d’Afrique!):
«La grande majorité des pays africains ont a leur tête des prédateurs dont l'enrichissement coupable se fait au détriment de la population et il est inutile d'en faire la liste puisque ce sont pratiquement TOUS les pays d'Afrique qui subissent les méfaits de ces roitelets qui avec l'argent détourné s'achètent dans tous les pays occidentaux des immeubles , des villas de grand luxe ,des biens immobiliers et placent leur argent dans des paradis fiscaux ...l'exemple de l'Algérie est également représentatif de cette mise en coupe réglée d'un pays ... les revenus du gaz et du pétrole ne profitent nullement a la population mais seulement aux caciques du FLN ce qui fait que ce sont plus de 5 millions d'algériens qui ont fuit leur pays pourtant devenu indépendant et se sont réfugiés en France ( 30.000 français seulement vivent en Algérie la plupart étant originaires de ce pays !) ... cette immigration massive n'est pas de la responsabilité de l'Europe mais bien de ces dictateurs qui ont fait main basse sur ces pays africains ..... les colonies c'est finis depuis cinquante ans !..... Le plus intelligent serait de faire en sorte que ces migrants puissent vivre en sécurité dans leur pays ; or depuis 10 ans, chaque fois qu'on a aidé ces populations à se débarrasser de leurs dirigeants cela a abouti à une situation encore plus catastrophique pour les populations et à une montée du terrorisme car les plus forts opposants aux dirigeants en place qui ont profité de l'aide occidentale ne savent rien faire d'autre que détruire» (Thierry Moreno).
Jean888 complète la moquerie des moralisateurs secouristes en chambre des migrants à la mer: «FORMIDABLE raisonnement : on ne fait rien, nous sommes racistes et complices sinon criminels, on intervient et nous sommes colonialistes..on nous a déjà fait le coup avec la Libye ( sauvons les martyrs de Benghazi) et avec l'Irak ( mort au dictateur utilisateur d’ armes chimiques contre le peuple kurde ).
Un dernier commentateur remet en place le noble secouriste Riché:
«Pour le reste, les raccourcis de M. Riché de l’Obs sont stupéfiants et paradoxaux. L'UE n'est tout de même pas entièrement responsable du bordel persistant dans le Tiers-Monde. Quant à agir pour de bon : serait-il favorable à l'envoi des centaines de milliers de soldats nécessaires pour pacifier les zones d'Afrique et du Moyen-Orient concernées ?».

Enfin qu’on me permette d’être sceptique sur l’affirmation «crise humanitaire la plus grave depuis 1945.» Il y en a eu tant d’autres, Biafra, Tchétchénie, Cambodge, Bosnie, etc. La focalisation «humanitaire» soudaine sur Mare Nostrum n’est pas une simple question d’immigration ni de paranoïa anti-islam (quoique les migrants en question soient les meilleurs futurs vecteurs de cette idéologie de la soumission idéale pour les exploiteurs capitalistes) mais annonciatrice de redéploiements impérialistes dans la compétition pour le contrôle de cette vaste région. Dénoncer, manifester contre les guerres entretenues par les grandes puissances serait une tâche, pas forcément herculéennes, pour le prolétariat pour s’éviter des lendemains qui déchantent grave et aussi pour stopper la fuite éperdues de populations sans avenir. Malgré les promesses humanitaires des plus racoleurs des journaleux, ce sont de grands camps de réfugiés de la misère qui se profilent en Europe comme partout ailleurs. L’immigration n’est elle-même plus ni un facteur intégrateur de la classe ouvrière ni révolutionnaire, mais un ferment de division et de renforcement de la principale idéologie anti-marxiste l’islam, qui pourrait bien réussir là où Hitler a échoué.
La campagne actuelle de «souci humanitaire», au demeurant parfaitement hypocrite, sert, outre à nous traiter nous les prolétaires européens, de racistes, mais à nous culpabiliser dans notre situation de classe «privilégiée» avec garanties sociales et syndicats protégés, quand tel le clochard de naguère exhibé à la veille des fêtes de Noël, la misère de la noyade au fond de l’océan glacial nous est épargnée à nous, pauvre pécheurs «racistes» et «mécréants».

Qu’on me permette enfin encore d’être sceptique sur le traitement médiatique du nombre de victimes seulement au pourtour de la Méditerranée. Veut-on nous faire oublier qu’au Mexique, la lutte contre les narcotrafiquants et les règlements de compte entre cartels ont causé plus de 50 000 morts dans le pays entre l'arrivée au pouvoir du président Felipe Calderón fin 2006 et juin 2012. D'autres estimations font monter le chiffre total à environ 100 000 victimes sur la même période et cela sans compter les 27 000 disparus (majoritairement «migrants»). Un bilan en août 2014 fait état de plus de 80 000 morts. L'enjeu pour les tueurs sadiques des cartels réside dans le contrôle du marché local, et du trafic vers les États-Unis, premier consommateur mondial de cocaïne, pays capitaliste sincèrement «anti-raciste»!

Peut-on continuer à ignorer que plus de 6 000 personnes ont été tuées en Ukraine depuis le début des violences en avril 2014, triste bilan annoncé lundi 2 mars par l'ONU, qui dénonce tant de destructions de vies humaines civiles et des infrastructures. Entre la mi-avril 2014 et le 28 février 2015, 5 809 morts et 14 740 blessés ont été dénombrés dans l'est de l'Ukraine. Sur ce total, 1 012 personnes ont été tuées et 3 793 blessées entre le 1er décembre 2014 et le 15 février 2015. C’est plus brutal et plus saignant que les milliers de noyades mais cela supporte la comparaison et confirme que les guerres capitalistes sont criminogènes pour l’humanité.

Et l'Érythrée, d’où l’on comprend que tant de jeunes hommes s’enfuient, 19 000 de ses soldats auraient été tués durant le conflit avec l’Ethiopie; la plupart des rapports font état de 70 000 morts au total pour les deux pays. Tous ces chiffres ont été contestés et certains journaux ont alors simplement fait état de "dizaines de milliers de morts". C’est pas rien, mais n’est-ce pas loin de l’Europe, loin de Le Pen et des mosquées de Lyon et Marseille, loin des drones américains, ces faux-bourdons...

On nous annonce déjà que la campagne pour sauver les migrants ne devrait plus durer très longtemps... jusqu’à la prochaine guerre?

PS: commentaire du Le Monde sur une enquête du Crédoc:

Les Français portent un jugement plus sévère sur les quartiers populaires. Ils sont ainsi plus nombreux qu’il y a cinq ans à les associer à des images négatives telles que la délinquance (pour 92 % des personnes interrogées), le chômage (94 %) ou l’assistanat. La proportion de ceux qui pensent qu’on en fait trop pour les plus démunis et les banlieues progresse de 11 %.

Une photographie en nette dégradation depuis 2009, selon une enquête du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), publiée mercredi 22 avril. L’étude, intitulée « Evolution du regard sur les quartiers sensibles de 2009 à 2014 », corrobore un constat partagé par nombre d’élus et d’associatifs : la société française est moins encline à aider ses banlieues qu’avant la crise économique. (On reste confondu par ce tripatouillage «la société française», quésaco? vous? moi? Monsieur le maire? qui décide quoi? Les anges moraux que sont les élus et associatifs «déplorent» et «corroborent» quoi? leur propre politique de division de la classe ouvrière et de préférence islamique?). Résumé: ils nous prennent vraiment pour des cons avec leurs études et sondages truqués et analyses falsificatrices.

L’étude du Crédoc – effectuée auprès d’un échantillon de 2 003 personnes lors d’entretiens en face-à-face durant un mois – a dû attendre quelque temps dans les tiroirs avant d’être diffusée. Réalisée en janvier 2014, elle avait été commandée par l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE), juste avant que cette dernière ne fusionne au sein du Commissariat général à l’égalité des territoires, à la suite du vote de la loi Lamy sur la ville. Il a fallu ensuite laisser passer les élections municipales (Hi Hi) et attendre la mise en place des nouvelles instances de l’administration de la politique de la ville.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/04/23/le-regard-des-francais-sur-les-banlieues-se-durcit_4621344_3224.html#mKod9RO9b6g2i2r7.99

PS bis: désolé pour les apartés dans le texte, je ne dispose plus que d'un traitement de texte misérable (abiword)  qui lors de la conversion sur google me fond les notes dans le texte au lieu de les maintenir en bas de page; je vais finir pas ne plus faire de notes ou bien les intégrer cool sans que tu t'en aperçoives honorable lecteur.

mercredi 22 avril 2015

Ô Bernard Maris, pourquoi as-tu fini par caricaturer Marx?

Le 7 janvier de cette année j'ai été stupéfait et choqué d'apprendre l'assassinat de Bernard Maris avec les dessinateurs de Charie Hebdo par deux tarés suicido-terroristes. L'homme valait plus que le coran pour son savoir et sa capacité à expliquer simplement l'économie avec cet humour toulousain impayable pour moquer tous ces cons qui posent aux spécialistes de l'économie. Il était le chouchou des journalistes pour son côté pédago pince sans rire. Il manque dans l'univers tristounet des médias. Il laisse plusieurs ouvrages qui se liront longtemps avec intérêt et jovialité. La réédition de son pamphlet "Marx ô Marx, pourquoi m'as-tu abandonné?" (ed Champs actuel, 6 euros seulement), est une bonne nouvelle; plus notable que la recension par "Marianne" de son dernier ouvrage sur sa France ou que le pseudo livre choc de Charb encensé par l'Obs. Mais ce dandy iconoclaste cachait un conservateur peu éclairé, un bonhomme très aigri finalement comme beaucoup de ceux qui se cachent en permanence derrière des attitudes ironiques ou des blagues incessantes...

Je conseille vivement à tout néophyte, qui se serait limité à la lecture du seul Manifeste communiste de 1848 de lire l'explication simple, claire et éclatante des bases du marxisme par cet universitaire brillant et iconoclaste. L'essentiel y est - de l'exploitation à l'aliénation et à la perte d'humanité de l'homme moderne. Hélas...

Hélas jusqu'à la page 85... Après l'avoir monté au pinacle ("tout ce qu'avait prévu Marx s'est réalisé"), B.Maris entreprend de le déconstruire pour plaire à "Témoignage chrétien" et à Hélène Carrère d'Encausse. Marx aurait bâti un "christianisme athée": il nous a fait miroiter le paradis, mais c'est l'enfer qui nous attend, parce que la violence humaine est toujours au coeur de nos sociétés. Il a su expliquer comme nul autre le fonctionnement et l'évolution du capitalisme, mais, contrairement à ce qu'il affirmait, cela ne débouche sur aucune autre meilleure société.

Page 85 il commence par séparer ce qui est inséparable dans la célèbre formule:

"De chacun selon ses capacités" est un slogan de la nécessité; "à chacun selon ses besoins" est un slogan de l'abondance; le communisme résout la contradiction nécessité/abondance"". C'est n'importe quoi. L'humour toulousain peut être aussi léger que superficiel. B.Maris n'a jamais participé aux débats sur la période de transition du capitalisme au communisme ni sérieusement réfléchi dessus sinon il n'aurait pas opéré une telle coupure "althusérienne", c'est à dire ignorantine stalinienne... Il ne s'agit pas là d'une simple bévue mais d'une vision totalement anti-marxiste finalement, bien qu'il ait semblé en maîtriser les concepts économiques, mais d'une incapacité politico-sociale à comprendre le but politique communiste chez Marx qui n'est en aucune façon ni égalitaire ni chrétien. Sous le communisme est fini le règne de la nécessité et l'abondance on n'en aura plus autant besoin que sous le capitalisme, à condition de ne pas y mettre le même contenu. Pour Marx, comme pour tout sérieux penseur communiste révolutionnaire, nous n'avons et nous n'aurons pas tous les mêmes capacités; nous n'avons et nous n'aurons pas les mêmes besoins; tout cela ne signifie aucunement ni compétition ni jalousie. Plus loj page 126 il reprend cette outre vide de communisme "mauvaise copie du christianisme" et prête encore à Marx cette absurdité invraisemblable une volonté "d'égalitarisme absolu"! Faux et archi-faux c'est une caricature de petit bourgeois désenchanté du pschitt de son 68 jouissif!

Le plus sidérant se trouve au bas de la page 86, Maris qualifie l'empirisme et le refus de la prédiction par Marx de stalinisme: "...on verra quand on y sera. Dans cette phrase le goulag et le stalinisme"!!? Puis cette réflexion digne d'un grand bourgeois méprisant: "Le seul désir que satisfont les prolétaires est le désir sexuel, qui est plus un instinct qu'un désir, par lequel ils construisent sans relâche l'armée de réserve"!!?

Quelle morgue puante! Puis après tout dégringole encore plus bas: "Le communisme est le lieu de la résolution des conflits, comme l'Evangile..."!!? "Le communisme est un chritianisme sur ses pieds..."!!? Il passe sans réfléchir ce que veut dire Marx dans le Capital sur l'inhumain qui sommeille en nous pour en conclure que le communisme est le "rêve du paradis terrestre... un christianisme matérialiste et athée" (p.103).

Des formules à l'emporte-pièce ne remplacent ni un bilan réfléchi rapporté aux exigences politiques du temps présent ni ne valident cette vision catho-bourgeoise du communisme: "Les révolutions ont toujours échoué parce que la cadence des "forces productives" était en retard sur la musique des révolutionnaires".

UN MEMBRE QUELCONQUE DU CARTEL BOBO DE CHARLIE

A partir de la page 112, la moquerie de la prétention de la classe ouvrière à renverser le capitalisme arrive comme affirmation gratuite, cheveu sur un ragoût anar digne de ce canard indigeste passé de sarkozie en hollandie avec pour seul thermomètre politique minable la dénonciation du gériatrique FN, et une affirmation que ne renierait aucun bourgeois BCBG: "l'exploitation et la souffrance n'engendrent pas la révolte, mais l'asservissement"!!?

Marx ne pensait pas, contrairement à une autre affirmation gratuite, que la croissance des forces productives était infinie sinon il n'aurait pas parlé de possible décadence, ni de chute finale, ni de rupture révolutionnaire. Maris a survolé d'un oeil universitaire et de petit rigolo des médias le Manifeste de 1848, pour ne prendre que ce passage alors qu'une foule d'autres réflexions sur la nécessité de la violence émaillent l'oeuvre de Marx: "Si le prolétariat, dans sa lutte contre la bourgeoisie, se constitue forcément en classe, s'il s'érige par une révolution en classe dominante et, comme classe dominante, détruit par la violence l'ancien régime de production, il détruit, en même temps que ce régime de production, les conditions de l'antagonisme des classes, il détruit les classes en général et, par là même, sa propre domination comme classe. A la place de l'ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous".

Ce n'est pas Marx qui nous laisse en plan, c'est Maris qui se perd dans les sentiers de l'idéologie bobo-écolo bourgeoise et c'est Marx par contre qui nous appelle à poursuivre le combat avec les moyens du bord dans ce monde chaotique, bla-bla, terrorisme, épurations ethniques, choses affreuses et mortifères que Maris décrit très bien par ailleurs. Sa complainte contre la dictature chinois est réductrice et ne saisit pas l'ensemble des contradictions du mode de domination bourgeois; de même la prolétarisation du monde n'a jamais été en soi pour Marx "naissance d'un espoir prolétarien" mais d'abord soumission, exploitation et ensuite c'est autre chose de penser politique, d'avancer la nécessité du parti prolétarien, de la création d'organes de lutte immédiate, problèmes hors du champ visuel de feu l'universitaire médiatisé.

Plus loin Maris sombre dans la sociologie vulgaire à l'américaine. Plus de classes rivales mais de vieux rentiers qui plombent la jeunesse! Du TF1 pur jus!

Et pour faire rire ses potes de Charlie Bobo et Charlie antifa il conclut: "Marx je te laisse agoniser sur ta croix". Marx n'est pas mort sur une croix, ni mitraillé par un terroriste débile, mais ses écrits économiques et politiques restent bien plus vivant que cet idéologue déchet de l'idéologie racialiste et matriarcale bourgeois. B.Maris ne propose rien, rigoureusement rien quand la méthode de Marx reste opérante pour envisager la révolution de l'avenir.

vendredi 10 avril 2015

Du trotskysme ordinaire à l’anarchisme de salon solitaire, itinéraire d'un bourgeois "autonome"



Le vieux milieu maximaliste révolutionnaire n’a jamais ignoré que Corneille Castoriadis ne fût, au temps de sa brève militance comme gourou de la comète «Socialisme ou Barbarie», qu’un habile pompeur des courants de gauche communiste de l’Internationale communiste,  du moins ses courants léniniste et conseilliste. Marqué par la théorie dégénérée et confuse du trotskysme qui n’aura produit en général que des bâtards politiques tout juste bons à se recycler dans l’idéologie bourgeoise.(1)
Il paraît que le grand drame de Cornelius Castoriadis fût d'avoir été chauve très jeune. Faut-il croire que cela lui a fait pousser des cheveux labyrinthiques à l'intérieur du cerveau et justifié les superlatifs ridicules de ses admirateurs inconditionnels? «Génie», «Titan de l’esprit», penseur de la liberté sans étiquette, un penseur révolutionnaire... rarement hagiographie aura été aussi lèche-bottes. L’auteur François Dosse ne nous ménage ni superlatifs ampoulés ni déclarations énamourées pour son «héros-Eros grec». La page de couverture est plutôt ratée avec la tronche de Casto en gros plan, plus docteur Mabuse effrayant que le doux crâne d’oeuf génie immémorial qu’on veut faire vénérer à l’étudiant bobo impubère.

Il faut pas mal de culot et une faconde toute stalinienne pour écrire: «Il ne fait guère de doute que Castoriadis a fécondé l’intelligentsia française de son savoir sur le phénomène stalinien» (p. 37). Bien avant que Corneille Casto ne se barre du trotskysme souteneur du stalinisme et même tout le temps de la courte existence de S ou B, avant 1949 les groupes et cercles de la gauche communiste (2) avaient dénoncé et combattu «le phénomène stalinien», et d’ailleurs Trotsky le premier, et plus courageusement que Corneille le héros grec d’un patachon d’édition.

Hagiographie de type stalinienne qui gomme carrément toute l’arrière-cuisine du politicien Castoriadis, première période, sa façon de pomper Pannekoek (3) et ses diverses manoeuvres pour récupérer les vrais militants du prolétariat Chazé, Véga, etc., les détacher de la gauche italienne (cercle originaire du PCI) et de Internationalisme (Gauche Communiste de France avec Marc Chiric). Tout cela est raconté dans mon livre : Lucien Laugier, la critique de Socialisme ou Barbarie, épuisé et qui n’aura jamais les honneurs des éditions bourgeoises comme La découverte.
Tout au long des 500 pages, F.Dosse nous fait croire en une longue rivalité émulatrice avec l’autre grosse tête du cercle néo-trotskyste Lefort pour l’élaboration de «l’imaginaire radical», gommage! Personne ni F.Dosse ne vous révélera que Corneille était comme un petit enfant admiratif face à tout ouvrier de chez Renault, ni qu’il pompa sa radicalité de pas très vieux combattants de classe comme Chazé, Mothé et Véga; plus tard arriveront deux autres recrues de choix d’une autre pointure et capables de rivaliser avec le gourou, Lyotard et Souyri. Il posait au discoureur mais il n’était qu’un synthétiseur le temps d’un bref amour intellectuel d’une décennie pour le «prolétariat» rêvé ou imaginaire chez les bipèdes de sa caste intellectuelle mitoyenne et inconstante.

Le trotskysme dégénéré d’après-guerre, comme celui perpétué par LO de nos jours, n’est qu’une copie démocrate en façade du stalinisme. Lorsqu’un trotskyste rompt avec le trotskysme, soit il rompt avec la politique et devient obsédé sexuel, soit il embrasse l’anarchisme; c’est cette dernière solution de continuité que choisit Corneille le corniaud avec sa GRANDE théorie de la suppression de la figuration dirigeants/dirigés. (4)
On comprend que Corneille et son équipe aient grand besoin de recruter de vrais militants ouvriers, ou en tout cas de lutteurs convaincus de l’action nécessaire en milieu ouvrier, car comme F.Dosse le reconnaît: «Le petit groupe né en 1949 sous le nom de Socialisme ou Barbarie appartient pour l’essentiel au monde intellectuel. la plupart ont suivi un cursus universitaire» (p.62). Une bande d’agrégés et de futurs psychanalystes auxquels se joindront quelques militants «modestes». Dosse évoque brièvement page 64 les contacts pris dès 1948 avec la Fraction française de la gauche communiste (FFGC) «où se trouvent davantage de militants ouvriers pour l’essentiel de militants italiens bordiguistes». La correspondance Laugier/Suzanne Voute que j’ai reproduite montre bien que la fraction italienne résiste mieux au charme de Corneille que ceux du groupe de Chiric, qui, par un tournant invraisemblable décide d’aller protéger sa peau au Venezuela («sauver les cadres») en 1952 face à la croyance en la venue de la troisième der des der au moment de la guerre de Corée, laissant son groupe se vider au profit du cercle à Casto.
Corneille Casto croit lui aussi dur comme fer à la venue de la troisième boucherie mondiale, car en politique internationale il aura toujours été miro, comme le prouvera son pensum de 1980 «devant la guerre» (farce effarante sur ladite statocratie soviétique), à la veille de la chute de la maison Russie (5).
Au cours des années dites de la déstalinisation (Allemagne 53, Hongrie 56), S ou B est évidemment un apport d’air frais dans l’atmosphère empuantie par le stalinisme ergoteur, et du fait de l’absence d’une gauche communiste conséquente en Europe, et du fait du manque de précisions d’un Bordiga sur la nature du stalinisme; mais Corneille Casto et ses groupies ne sont pas très clairs non plus avec leur troisième système dit bureaucratique, notion plus néo-trotskienne que novatrice, impuissante à rendre compte de la réalité et de la spécificité du capitalisme d’Etat de type stalinien; l’analyse était plus claire chez le GCF dont hélas le gourou était en train de planter des salades au Venezuela.

A la fin des années 1950, et pas loin de sa disparition, le groupe de Casto compte à peine 50 personnes et n’a jamais fonctionné comme une véritable organisation centralisée malgré les discours volontiers léniniens sur le parti par Corneille.  Affectivement puéril, as des stupides jeux de rôle et avant tout séducteur (c’est Dosse qui le dit), Casto parle toujours le premier et veut tout régenter; bravo la lutte contre la séparation dirigeants/dirigés; la vie de S ou B c’est comme dans tout groupe anar: il y a toujours un gourou même si le titre n’est pas officialisé et si les victimes sont certaines d’être anti-léninistes tout en étant consentantes.

Tout va très vite, dès 1959 Corneille commence à tout réviser du marxisme au prolétariat. L’intellectuel super brillant en a marre du joujou prolétariat et de son gadget dirigeants/dirigés qui recoupait plutôt ridiculement la distinction de classe bourgeoisie/prolétariat. Il va étendre son enflure théorique et psychologique aux gens en général, à toute la société. Plus althussérien qu’Althusser il dit dans son premier texte interne que les autres refusent de voir publier dans S ou B: «c’est Marx qu’il faut casser» (p.132). Corneille est taxé de bureaucratisme et mieux encore de «voleur» par Bourdet! Et touche juste. Corneille Casto est vexé! (6) L’honorable cadre de l’OCDE va alors encore plus aller grouiller avec les intellectuels de gouvernement et ramifier ce réseau indispensable d’amis professeurs hauts placés dans l’appareillage mandarinal pour être sponsorisé plus tard aux grandes écoles bourgeoises.

La saga de la «figure hors norme et trop méconnue, qui est restée marginale jusqu’au bout, malgré son élection comme directeur d’études à l’EHESS au début des années 1980», tient plus d’une version romancée de la place réelle, et infinitésimale, du bonhomme dans la vie politique et sociale en France. Il est mort politiquement pour les milliers de jeunes révolutionnaires au moment de mai 68. Pour nous les lycéens parisiens, ceux qui connaissent par chance l’histoire des minorités révolutionnaires de l’après-guerre, ce n’est qu’un Charlot qui a abandonné le combat politique pour se faire du fric avec la profession de psychanalyste-curé pour les riches au vague à l’âme. Son petit livre avec Morin et Lefort - La Brèche - se vend bien mais ne casse pas des briques. Michel Polnareff, Jacques Lanzmann le parolier et Jean-Luc Godard avec son superbe film comique "La chinoise" ont bien autrement annoncé mai 68 que les pensées psychiatriques de Corneille Castorama. Si Mai 68 a été pour une bonne part, il faut le reconnaître, un mouvement de protestation petit-bourgeois, au moins la contestation ne faiblit jamais contre les mandarins du savoir: universitaires comme vieilles badernes littéraires ou militantes, on s’en bat les couilles!

On préfère chercher à connaître les oeuvres de Rosa Luxemburg, de Lénine, de Bordiga, de Trotsky et de Marx. On se marre quand on lit page 207 que Cohn-Bendit apostrophe un jour Touraine (père de l’actuelle ministre arrogante): «Vous feriez bien de lire Socialisme ou Barbarie, car cette revue démontre que le prolétariat existe bien, que ce n’est pas un fantasme intellectuel".(7)

Dans les années 1970 Corneille est fourré au milieu de l’intelligentsia de gauche bourgeoise qui se pâme pour la CFDT et Lip. Il reste transparent pour les jeunes générations et n’a aucune importance comme référence même lorsqu’il réussit à se faire republier en poche 10-18; il n’apparaît plus que comme un homme qui a renié son passé militant, sans que nous sachions qu’il avait été un magouilleur de première et avait finalement coulé le groupe S ou B, groupe faible parce que dépendant d’un leader dit charismatique. Corneille Casto flirte avec toute la smala de la franc-maçonnerie syndicale du Cercle Saint Just avec son vieux complice Lefort et Rosanvallon, think tank de la social-démocratie française en convalescence. Ce milieu intello qui se veut inspirateur des politiques bourgeois est complètement hors du prolétariat et du militantisme révolutionnaire, milieu qui méprise et ignore complètement ces petits personnages d’opérette philosopharde. Casto c’est Castorama comme le luit chantent ces amis bobos écolos pour ses 70 ans: «Chez Casto, y a tout ce qui faut, concepts et matériaux, socialisme ou barbarie n’ont plus de secret pour lui. Casto, Casto, Castoriadis, à l’écouter c’est un délice» (p. 249). Mais basta la plaisanterie, Casto la science s’acquoquine avec le must des historiens les plus réacs de Furet à Gauchet, sans oublier Aron, et les Domenach, Mongin, Thibaud,  grands penseurs cathos de la modernité et de l’imaginaire radical bourgeois. Corneille brille dans les salons bourgeois en y parlant, devant un parterre ébahi de tant de science infuse néo-prolétarienne (qui sent bon le cambouis démocrate), de l’auto-organisation ou de l’autonomie radicale, concepts si bandant que la CNT espagnole lui demandera de venir faire conférence en Espagne. Lorsque ce grand anti-stalinien de la dernière heure intervient sur «la logique des magmas et la question de l’autonomie», il démontre en quoi «l’imaginaire radical» est fondamental «rendant caduques toutes les théories déterministes»... au moment «où il prend des distances explicites vis-à-vis du marxisme et se plonge dans l’univers psychanalytique» (p.261).

Quant il pense avoir remis le pied à l’étrier, en fait surtout parmi l’intelligentsia des beaux quartiers, il prétend se mêler de la vie politique mais il est lamentable, à la traîne de la bureaucratie CFDT, puis il se goure complètement sur la domination militaire russe, au point de passer pour une éponge de la CIA. Il a épousé une riche bourge psychanalyste; dans le luxueux appart qu’ils occupent un «nègre» en tenue de larbin ouvre la porte aux amis surpris d’un tel décorum...

F.Dosse en rajoute une louche par chapitre, Casto a «quelque chose de prométhéen» (p.374); mieux son «acte héroïque» consiste en une «déplatonisation de l’histoire de la pensée»... Morin et BHL font pitié à côté du grand déstalinisateur et rénovateur de la grécitude imaginaire! Casto innove tellement dans sa pensée prométhéenne qu’il ne s’aperçoit pas qu’il reprend les pires poncifs de tous les réacs anti-révolution: octobre 1917, un putsch; révolution ne signifie pas effusion de sang; elle est «autotransformation explicite de la société»; «elle ne signifie nullement vouloir faire table rase du passé»; «elle est accélération de ce projet d’autonomie»... Quel tissu d’âneries bourgeoises! Et dire qu’il y a des sectes comme Lieux communs ou nos braves communisateurs pour vénérer ces idioties...

Pour «dégager une conception de l’histoire de la gangue hégéliano-marxiste» et de «toute forme d’hétéronimie» rien de plus subversif qu’un Serge Latouche selon qui l’oeuvre du «penseur du 20e siècle» fait le passage entre marxisme et écologie. « L’écologie est subversive, car elle met en question l’imaginaire capitaliste qui domine la planète (...) » et « montre l’impact catastrophique de la logique capitaliste sur l’environnement naturel et sur la vie des êtres humains. ». Il suffit de voir les politiciens écolos hors du pouvoir, réduits à moins  de 2% de l’électorat et pleurant pour y retourner, pour mesurer le niveau élevé de subversité de ces cuistres gauchistes recyclés déchets politiques renouvelables.

Cerise sur le gâteau Casto, la psychanalyse aurait pu contribuer à l’émergence de l’autonomie de la pensée et subséquemment de l’autonomie en politique. Selon Corneille le corniaud, une psychanalyse bien comprise devait permettre à l’individu de tenter l’organisation d’une vie personnelle plus libre, plus autonome, c’est-à-dire une vie de petit-bourgeois qui serait free lance de son temps avec ses propres lois privées. Du Proudhon dans le texte!

Castoriadis ajoutera ce gros truisme anar que nous avons besoin d’un individu autonome pour faire le lien avec le politique : « Une société autonome ne peut être formée que par des individus autonomes. Et des individus autonomes ne peuvent vraiment exister que dans une société autonome », laquelle définira, à son tour, ses propres lois. Ou l’art de la tautologie pour ne rien dire ni déroger à l’ordre des classes dans les salons ou les conférences universitaires !

Dans son must «l’Institution imaginaire de la société» (1975), le procès historique est conçu comme «création» indéterminée, et où l’institution de la société ne découle pas de lois, ni naturelles, ni rationnelles, ni d’aucune sorte, mais est œuvre de l’«imaginaire social instituant», qui crée ex nihilo normes, catégories, valeurs, classifications, par lesquelles la société règle les rapports avec les autres sociétés, les relations entre individus, le rapport à la nature. Bonjour l’improvisation artistique!

En 2004, contre la compilation ultra-gauche du faussaire Bourseiller, un rédacteur du CCI dressait avec pitié l’oraison funèbre de Corneille: «L'autre organisation ayant les faveurs de Bourseiller, S ou B, avait pour principal théoricien Cornélius Castoriadis qui, dans sa dérive anti-marxiste, en est venu dans son livre «Devant la guerre» au cours des années 1980, à soutenir implicitement l'effort de guerre de Reagan face à la menace suprême qu'aurait représenté le militarisme russe. Moins de dix ans après, l'impérialisme russe s'écroulait comme un château de cartes. Quelle lucidité chez ce "penseur" aujourd'hui adulé des élites universitaires ! Il faut d'ailleurs noter que c'est le même "esprit rare" qui, sous la signature de Paul Cardan, avait annoncé, dans les derniers numéros de S ou B au milieu des années 60, la fin des crises économiques du capitalisme, cela moins de 5 ans avant l'arrivée de la crise ouverte de ce système !»

Soucieux de parfaire l’image de leur idole, les Latouche, Dosse et Caumières refusent les labyrinthes divergents, ubiques, orbiques et pervers de l’itinéraire de Casto, une première époque militante politique suivie par une époque purement philosophique; ils arguent qu’il y a eu au contraire continuité et cohérence puisqu’aux deux époques il chérissait le terme d’autonomie. Oui, certes mais comme bobo maître chez soi.

(1) La plupart des scissions du trotskysme d’après-guerre n’ont donné que des croupions ou sectes néo-staliniennes, ou des dérives modernistes anti-marxistes à la S ou B. En France, un avorton du capital comme Combat communiste n’a produit que des idéologues plumitifs des idées dominantes ou des pisse-copies comme Coleman, qui traite tout le monde d’antisémite, et s’en prend exclusivement moralement à Castoriadis (et à ses fans bobos de Lieux communs) pour ses propos de comptoirs pourtant moins bêtes que les zigzags islamophiles et antiracistes bcbg de YC, sur le site des gauchistes décomposés mondialisme.org. Bien qu’ayant dragué Michel Roger et ses aventures romancées des origines du CCI, Coleman n’intéresse plus grand monde avec sa revue éclectique Ni pat ni front de classe qui, à bout de souffle d’apolitisme éthique, compile dernièrement des infos sur les fachos repiquées sur le web, qu’il appelle «confusions» et dont la gentille libertarienne Bataille socialiste sert de marque de lessive. Coleman c’est le castorama du trotskysme décomposé.
(2) Bon je sais cette qualification ne dira rien de bon aux néophytes! Qu’ils se renseignent alors du côté des premiers opposants à Staline, en Russie même, sur le parcours de Bordiga et Pannekoek, sur le travail des fractions avant-guerre Bilan et etc., Internationalisme à la même époque que S ou B, même si ce dernier groupe s’est tiré une balle dans le pied en 1952 en laissant champ libre à un groupe confus comme S ou B avec leader charismatique girouette... Tout cela pour dire que S ou B et Casto n’étaient qu’un groupe de crevards sans avenir du fait qu’ils pillaient le meilleur du passé prolétarien sans s’en réclamer. Brillant mais creux, le Corneille avait un côté pervers narcissique patent, mais subi à l’époque par ses ouailles s’en pouvoir lui tenir la dragée haute. Henri Simon a le mieux décrit le personnage jusqu’à présent. Sur le site de l’ex-fraction du CCI, FGCI, vous devez pouvoir lire un texte d’Internationalisme: «S ou B seul au monde». Considérons que même si tous les héritages sont devenus des sectes, les héritiers de la Gauche communiste n’ont pas renié le combat du prolétariat, quand les bâtards du trotskysme et les diverses assocs universitaires fans de S ou B, et le courant moderniste et communisateur, ont tous remis en cause et le marxisme et l’alternative violente au capitalisme, le communisme.
 (3) Dans les Cahiers du communisme de Conseil du début des années 1970, Robert Camoin insistait sur la tricherie de Corneille Casto et en particulier le fait qu’il n’ait pas publié une des réponses de Pannekoek.
(4) Bordiga s’est moqué tardivement de cette facétie anar de Corneille dans un texte emberlificoté au titre cucul la praline: la Batrachomyomachie - que j’ai reproduit dans mon livre cité, mais que vous pouvez lire sur internet sur le site de Philippe Bourrinet..
(5) Dont Cespède se moquera avec brio dans un article de Révolution Internationale ou de la Rint (Revue Internationale).
(6) Un autre mégalomane fait une brève incursion dans S ou B en 1960, Guy Debord qui dénonce immédiatement «une bouillie psychologique et anthropologique»: «l’expression de la frange la plus gauchiste et la plus fantaisiste de ces managers et cadres moyens de la gauche qui veulent avoir la théorie révolutionnaire de leur carrière effective dans la société» p. 140, cf. Internationale Situationniste n°9, août 1964; j’avais acheté ce numéro en 1967. Au moins Debord était plus lucide que l’arriviste Cohn-Bendit qui a toujours considéré Corneille Casto comme son maître à penser...
(7) C’était attribuer beaucoup trop d’importance au cercle néo-trotskien disparu! Mais le plus drôle est ce Cohn-Bendit qui avait bien oublié ce propos en 1985 à Canal plus lorsque je lui ai rappelé qu’il avait défendu le prolétariat en 68 comme révolutionnaire, il m’avait répondu: «je n’ai jamais dit une bêtise pareille»... mais il était déjà en pleine intégration dans l’univers bourgeois médiatique dominant.