"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

vendredi 21 mars 2014

LE TRUAND PAUL BISMUTH PORTE PLAINTE




« Les français sont des veaux ».  Charles De Gaulle

Au début de l’an passé j’étais allé à Amiens participer à un court métrage pour Arte dans un vaste duplex de vendeur de motos, avec salle de mariage et bistrot au rez-de-chaussée. Quelques jours auparavant le magasin des grosses cylindrées avait fait l’objet d’une attaque armée en bande organisée pour faucher quatre ou cinq engins devant les clients médusés et terrorisés. Un des braqueurs avait été renversé par un client et n’avait pu s’enfuir avec la moto volée. Le malfrat avait été blessé. Cela faisait la deuxième fois qu’un tel braquage avait lieu au même endroit. Croyez-vous que le propriétaire du magasin ait été considéré comme victime ou disposé d’une indulgence de la « justice » ? Non mieux, il nage dans les emmerdements à répétition, il est poursuivi depuis des mois comme coresponsable des blessures du malfrat, lequel a bien sûr dûment porté plainte en tant que « citoyen » agressé.

Toute ressemblance avec le politicien Paul Bismuth comme avec gangster Chirac serait inconvenante. Pourtant couvert de soupçons pour diverses affaires obscures d’Etat l’ancien président de la République, que vous avez reconnu sous son pseudo riquiqui, porte plainte au nom d’une atteinte « aux principes sacrés de notre République… foulés au pied avec une violence et une absence de scrupule sans précédent ». Il dénonce dans sa lettre « Que je t’explique aux français » que « le droit au respect de la vie privée (est) bafoué par des écoutes téléphoniques (désacralisant) la présomption d’innocence » avec une « calomnie érigée en méthode de gouvernement » et une justice « instrumentalisée par des fuites opportunément manipulées » ; il ajoute une info intéressante : « les seuls détenteurs (des écoutes) en sont les juges ou les policiers » ; il lance une pique à la bande de ses successeurs à la tête de l’Etat bourgeois : ce sont des pratiques dignes de la Stasi ! Il déplore enfin d’occuper une « place de choix au mur des cons » du syndicat (gauchiste) de la magistrature ! C’est lui qui l’a dit, c’est lui qui l’est !

Emotion et indignation subite des occupants actuels du gouvernement et de leurs larbins journalistes du Monde au Nouvel Obs ! A deux jours des municipales Renaud Dély, ponte du Nouvel Obs, ironise : « c’est l’appel au secours de Paul Bismuth à ses supporters ». « Les mauvais arguments de Nicolas Sarkozy », et de nous rappeler que Sarkozy a été le champion de l’expansion des écoutes parallèles et secrètes depuis 2004. Soit.
Le justiciable Sarkozy a en grande partie raison pourtant, nonobstant qu’il se sent notoirement bien protégé contre toute sanction pour ses malversations avérées. Il a été apparemment blanchi dans l’affaire Bettencourt, ce qui est très curieux ; le public doit rester dans l’ignorance du véritable deal entre fractions bourgeoises. Ils savent tous mutuellement les limites à ne pas franchir car ils possèdent tous des dossiers « compromettants » les uns sur les autres ; celui qui n’a plus cette armure est mort (cf. Boulin). Sarkozy fait bien sûr piètre figure en jouant à la victime qui de président anormal exige désormais d’être considéré comme un citoyen « normal » (sic versus son pingouin en poste), comme notre voleur de moto se considère comme un citoyen normal qui a été injustement blessé en faisant son boulot de truand patenté. D’ailleurs flics apaches, supporters fanatiques volent au secours du « soldat Sarkozy » sans frémir. Résumé des souteneurs vertueux : « Courage monsieur Sarkozy !!! On attend avec impatience votre retour en 2017 (…) je crois en votre sincérité (…) Ne lâchez rien (…) Je suis révoltée par le traitement que TOUS vous infligent ainsi qu’à votre famille depuis des années (…) Pour votre courage Monsieur Sarkozy je vous soutiendrez toujours ». Quelques sincères croyants en la gauche immaculée s’immiscent tout de même entre les courbettes des barbouzes anonymes du Figaro ou du Point : « Comme un petit malfrat, Sarkozy se mue en Paul Bismuth pour tromper la justice et la police. Il se croit à l’abri. Les enquêteurs l’attrapent. Il est informé par une taupe (probablement du barreau) et fait griller la puce Bismuth. Les juges sont obligés de faire des perquisitions en catastrophe. Cela dit tout de l’état de déliquescence de la droite décomplexée ».

UN FEUILLETON MINABLE DES FACTIONS BOURGEOISES

On prédit un fort taux d’abstention important dans la jeunesse face aux rivaux petits politiciens locaux sans parler de la désaffection avérée des prolétaires pour ces jeux d’arrivistes aux petits pieds municipaux, incontrôlables une fois élus comme leurs compères de la hiérarchie parlementaire et sénatoriale. La mère Le Pen apparaît si peu crédible que la chaîne de la droite caviar BFM en fît des tonnes pour la mettre au premier plan : au moins quand ces stupides électeurs votent FN, ils valident la mystification électorale bourgeoise !
Sarko dans sa lettre de victime éplorée de menteur professionnel (et de président des riches) a aussi raison de dire que la principale préoccupation des français (de base) est le chômage ; il aurait pu ajouter que la Syrie et l’Ukraine sont bien autrement plus préoccupants que des secrets d’alcôve sans intérêt qui confirment la brutalité et le cynisme des dominants.          
Pourquoi ai-je dit donc que Paul Bismuth a en partie raison dans sa défense pro domo ? Certes comme une vulgaire racaille il a cru que se servir d’un téléphone à 25 euros acheté à Auchan avec son avocat et ses taupes le protègerait des grandes oreilles de l’Etat mais, outre qu’il pratiquait la même surveillance généralisée (et que les services spéciaux à ses ordres ont aidé au mieux la consoeur américaine à achever DSK), ce sont les mêmes pratiques de la part du gouvernement Hollande qui a agi en sa défaveur avec des couacs risibles de la part de ses ministres « inexpérimentés ». 

Premier exemple de la filouterie hollandesque : l’affaire Buisson. Le brillant écrivain monarchiste P.Buisson (cf. son livre « 1945 années érotiques ») s’est fait pincer lui aussi comme un gamin[1]. On a épilogué sur qui avait servi aux médias les écoutes personnelles de ce monsieur conseiller, dûment rétribué par la sarkozie, était-ce le fils prodige ou un concurrent malveillant ? Tout le monde oublia le compte-rendu journalistique sur le moment de la saisie par la police des enregistrements félons lors de la perquisition au domicile du récipiendaire qui se rêvait nouvel Attali mémorialiste de chef d’Etat ou nouveau Jean-Raymond Tournoux best seller. Or, comme de coutume, c’est bien la police aux ordres qui a transmis aux organes traditionnels à barbouzes Le Canard Enchaîné, Le Monde et Médiapart. « Violation de secret de l’instruction » ? Qui peut avaler cela ?
La pratique est courante pas seulement chez les dictatures méchantes ;  police et magistrature obéissent au doigt et à l’œil aux occupants successifs de la tête de l’appareil d’Etat. La faction de gauche - qui préside aux grandes oreilles à son tour, à une époque où le NSA américain contrôle le monde entier avec la complicité des services secrets de chaque nation occidentale, - n’allait pas se gêner pour clamer son… innocence, les mains pleines.
Conclusion naturelle. Le secret du pouvoir a toujours résidé dans la surveillance de la population, en entreprise comme au niveau du sommet de l’Etat. Jadis c’était le mouchardage, mais désormais le pouvoir moderne avec les mille ressources de la technologie et de l’informatique, peut écouter et surveiller à volonté à distance sans augmenter les effectifs policiers ni leurs rétributions. Les opérateurs de télécommunication privés sont les premiers instruments d’Etat pour démolir une réputation, permettre de pister des criminels et des terroristes certes mais surtout planifier d’efficaces campagnes idéologiques pour régler les comptes entre factions rivales de la bourgeoisie et abuser le bon prolétariat. L’avantage restant à la faction qui est aux commandes des manettes policières. La faction de droite est à la peine au point de se rabattre sur le vieux cheval Juppé (gaullien) pour limiter les dégâts. Le résultat des municipales ne renversera pas l’Etat aux grandes oreilles. Et Sarkozy peut aller aux champignons avec sa Bernadette éplorée et son Copé truqueur.





[1] Les factions dites d’extrême droite font toujours partie des conciliabules opaques de l’appareil d’Etat. Mitterrand et  Chirac ont toujours disposé de conseillers  dans les divers milieux du gauchiste parvenu Kouchner à Le Pen lui-même (cf. ses rencontres secrètes avec Le Pen où chacun délimite son territoire de mystification). Souvent plus au fait de la réalité sociologique et des fantasmes en milieu populaire, les conseillers d’extrême droite, vieux monarchistes ou féodaux de l’industrie, sont souvent plus à même d’analyser les mystifications qui fonctionnent à plein rendement et qui échappent  à la pensée vertueuse des intellectuels de gauche qui se gargarisent d’humanitaire de salon et de multiculturalisme confusionniste.

mardi 18 mars 2014

MORT D’UN COMMIS D’ETAT





Longtemps il fût un fumiste de bonne heure. L'ancien "général" de Force ouvrière, Marc Blondel, fils de gendarme qui a cru marquer la comédie syndicale française pendant près de deux décennies par de la gueule pour tenir la jambe du discours radical au syndicat stalinien, est décédé, dimanche soir, à l'âge de 75 ans (c’est pas vieux... tant de nos camarades révolutionnaires avoisinent désormais ce chiffre impressionnant il y a un siècle) sachant que les dinosaures Séguy et Bergeron sont toujours là. L'ensemble de la classe politique bourgeoise a salué, hier, un militant « résolu » et « passionné ».
« Toute l'organisation est dans la douleur », a déclaré Jean-Claude Mailly, son « fils spirituel » qui lui a succédé à la tête de FO en 2004. Marc Blondel, qui a dirigé le troisième syndicat français d'une main de fer rouillé, entre 1989 et 2004, lui avait imposé une ligne résolument trotskienne démocrate, en rupture avec le syndicalisme paisible et collabo de son prédécesseur André Bergeron. Ils ont tous  rendu hommage à ce syndicaliste pitoyable, m’as-tu-vu pour ses bretelles, son écharpe rouge et ses cigares. « Avec Marc Blondel disparaît un des grands acteurs du syndicalisme français », a affirmé le président pingouin François Hollande. « Il laissera le souvenir d'un partenaire résolu, exigeant, parfois intransigeant, mais toujours au service de l'intérêt des salariés», a ajouté le cuistre présidentiel. Il a aussi rappelé que, depuis dix ans, Marc Blondel se consacrait « à l'autre grand combat de sa vie, celui en faveur de la laïcité » combat très bcbg mais pour une laïcité qui tolère toutes les aliénations religieuses. Père-même-tout du pouvoir partagé des élites de la paix socale jusqu'au bout, l'ex-numéro un de FO a défendu une réhabilitation globale mais mortuaire des 740 soldats français fusillés durant la Grande Guerre. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a « salué » ses « convictions progressistes » tandis que l'ancienne ministre du Travail, Martine Aubry, qui avait dû affronter les réticences du bonze néo-trotskien Blondel face aux 35 heures, a salué « sa fermeté dans les convictions » et « sa capacité à écouter et à comprendre les positions d'autrui ».

Pour la faction de droite, François Fillon (UMP) a dit garder « le souvenir d'un homme authentique, très sincèrement engagé, à la fois impétueux et jovial », qui a apporté à FO « une forte présence ». L'UDI (centre) a souligné « l'action passionnée et le militantisme infatigable » de Marc Blondel. En revanche, les réactions des actuels bonzes syndicaux ont été a minima : le numéro un de la CGT Thierry Lepaon a, dans une lettre à Jean-Claude Mailly, salué celui qui « a marqué son organisation et le paysage syndical français ». Laurent Berger (CFDT) s'est, lui, contenté d'adresser ses condoléances, reflet des relations tendues entre les deux centrales sur le pacte de responsabilité. De son côté, l'ex-dirigeant de la CGT, Bernard Thibault, a rendu hommage à « un dirigeant au caractère bien trempé ». L'ex-numéro un de la CFDT, Nicole Notat (promue comme p’tit gros au cigare dans l’appareil d’Etat), qui avait entretenu des relations tendues avec Marc Blondel, a salué par-dessus des « différences », « la mémoire d'un militant qui a porté la défense de la liberté syndicale » au-delà des frontières nationales. Né le 2 mai 1938, ce fils de militaire et petit-fils de mineurs, qui a passé son enfance dans le Pas-de-Calais, a adhéré à FO, à 20 ans, en 1958. Il en prend la tête en 1989, succédant à André Bergeron, à l'issue d'un congrès houleux. Il a imprimé d'emblée une ligne plus offensive, s'opposant notamment à la réforme Juppé sur les retraites en 1995 - se rapprochant à cette occasion de la CGT - n'hésitant pas à employer un langage fleuri : « Mon boulot, ce n'est pas de faire l'amour avec les Premiers ministres ! », mais pourtant si apte à « baiser » la classe ouvrière. Blondel a confirmé que les fils de généraux donnent de bons anarchistes chefs syndicaux.

Lamentables condoléances entre larbins de l’Etat bourgeois ! Il faudrait étayer plus le parcours de ce sinistre sire syndical et ses complices trotskiens lambertistes. Voici ce que j’écris dans mon livre « L’aristocratie syndicale » à propos de ses dernières frasques oubliées par la presse bien pensante au seuil de la tombe.
(…) Le naïf de base, pas trop bête, ne peut ignorer non plus les liens occultes de ses chefs (syndicaux) avec les officines secrètes de l’Etat et un train de « sénateur » avec « suite » nomenklaturiste, voiture et chauffeur exploité. Pendant 15 ans, de 1989 à 2004, Marc Blondel fut la « tronche »  du syndicat Force Ouvrière qui fit oublier celle de Bergeron. À 71 ans, il présidait la Fédération nationale de la Libre Pensée. Il s’est rappelé à notre souvenir récemment dans l’affaire des emplois fictifs à la Mairie de Paris. Marc Blondel a été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris, pour avoir bénéficié d’un chauffeur rémunéré par la Mairie.  Marc Blondel. Syndicaliste fort en gueule, Marc Blondel se dit franc-maçon et a dirigé d’une main de fer le syndicat F.O (Force Ouvrière) de 1989 à 2004, en prétendant défendre les droits et intérêts des salariés. Mais dans le même temps, il bafouait les droits et intérêts de ses propres salariés. Blondel a été mis en examen pour avoir fait financer par la mairie de Paris pendant 10 ans le salaire de son garde du corps Abdo. Il a accepté de rembourser les 280 000 euros à l’Hôtel de ville, comme l’a révélé Capital d’avril 2003. De même il exploitait littéralement ses chauffeurs. Il les faisait travailler à un rythme inhumain, jusqu’à 18h par jour ou 13 jours d’affilée, pour ses déplacements professionnels mais aussi personnels. Blondel fait toujours partie de la vie publique française, il a été de 2005 à 2008 un des représentants de la France au … Bureau International du Travail ! Sans que cela n’émeuve aucun syndiqué. Marc Blondel ne se cache pas d’être franc-maçon, membre de la loge « République » du Grand Orient. Via ce réseau, Blondel entretitenait des liens étroits avec Jean-Pierre Soisson, ancien ministre du Travail, ou Jean-Louis Giral, ex-président de la commission des affaires sociales du CNPF. Ainsi, en plein milieu de la crise sociale de décembre, un dimanche après-midi, Patrick Stéfanini, conseiller d’Alain Juppé, avait joint Jean-Pierre Soisson pour lui demander le numéro personnel... de Marc Blondel. Il devait en résulter deux rencontres, tout ce qu’il y a de plus discrètes, entre le Premier ministre et le secrétaire général de FO. On ne sait pas si les autres principaux bonzes sont aussi francs-macs, cela ne se dit pas. Nous en avons identifié un mais il y a tant d’autres officines et « think tanks » où les aristocrates syndicaux peuvent boire le Champagne en compagnie des hommes d’Etat que nous y perdrions notre latin.

 « Dans les pays de vieille culture parlementaire démocratique, la bourgeoisie a admirablement appris à agir non seulement par la violence, mais aussi par la tromperie, la corruption, la flatterie, jusqu'aux formes les plus raffinées de ces procédés. Ce n'est pas pour rien que les « déjeuners » des « leaders ouvriers » anglais (c'est à dire des commis de la bourgeoisie chargés de duper les ouvriers) sont devenus célèbres et qu'Engels en parlait déjà. La réception «exquise» que fit monsieur Clemenceau au social traître Merrheim, les réceptions aimables faites par les ministres de l'Entente aux chefs de l'Internationale de Berne, etc., etc., relèvent du même ordre d'idées. « Vous, instruisez-les, et nous, nous les achèterons », disait une capitaliste anglaise intelligente à monsieur le social impérialiste Hyndman, qui relate dans ses mémoires comment cette dame, plus avisée que tous les chefs de l'Internationale « de Berne » réunis, jugeait les « efforts » des intellectuels socialistes pour instruire les leaders socialistes issus de la classe ouvrière ».

Lénine (Les tâches de la IIIe Internationale)

PS: lire cet édifiant article de 2004

ARCHIVES - L'article du Figaro du 6 février 2004: Les adieux d'un maître queux

vendredi 14 mars 2014

LA QUESTION ISLAMOPHILE




Le commerce "multiculturaliste" d'Auchan, estomac et cerveau sont les deux cerveaux modernes.
(2ème partie)

La capacité des arabes et des musulmans actuels de devenir libres selon Bruno Askolovitch 


C'est sous cette forme que Askolvitch étudie les rapports des religions musulmane et chré­tienne, ainsi que leurs rapports avec Le Point et L’Express. Ce dernier rapport est leur rapport avec « la capacité de devenir libres ».
Il aboutit à ceci : « Le chrétien n'a qu'à s'élever d'un degré, à dépasser sa religion, pour supprimer la religion en général » et devenir, par conséquent, libre; « le musulman, au contraire, est obligé de rompre non seulement avec son essence musulmane, mais encore avec le développement de la perfection de sa religion, développement qui lui est demeuré étranger (p. 71). »
Askolovitch transforme donc ici la question de l'émancipation musulmane en une question purement religieuse. Le scrupule théologique, par lequel on se demande qui a le plus de chance d'arriver à la beaufitude éternelle, le  musulman ou le journaliste, se répète ici sous cette forme plus philosophique : lequel des deux est le plus capable d'invention ? On ne se demande plus : qui est-ce qui rend libre, le coran ou la bible ?
On se demande, au contraire : qu'est-ce qui rend plus libre, la négation du coran ou la négation du christianisme ?
« S'ils veulent devenir libres, les musulmans ne doivent pas se convertir au christianisme tout court, mais au christianisme dissous, à la religion dissoute, c'est-à-dire à la philo­sophie, à la critique et à son résultat, l'humanité libre (p. 70). »
Il s'agit bien toujours, pour les musulmans, de faire profession de quelque chose, non plus du christianisme tout court, mais du christianisme dissous.
Askolovitch ne demande pas aux musulmans de rompre avec l'essence de la religion de l’islam; mais cette non exigence ne découle pas, il le dit lui-même, du développement de l'essence arabe.
Du moment qu'à la fin de la question arabe Askolovitch n'a vu dans l’islamisme que la grossière critique religieuse du christianisme, et ne lui a donc attribué qu'une simple importance religieuse, il faut bien s'attendre à ce qu'il transforme la promotion des  journalistes gouvernementaux en un acte philosophico-théologique pour bobos de la gentry banlieusarde.
Askolovitch considère l'essence idéale et abstraite du musulman, sa religion, comme étant son essence totale. Il conclut donc à juste titre : « Le musulman ne donne rien à l'humanité, quand il fait fi de sa propre loi bornée, quand il renonce à tout son islamisme (p. 65). »

Le rapport entre musulmans et journalistes devient donc le suivant : l'unique intérêt que l'émancipation du musulman présente pour le pigiste, c'est un intérêt théorique, d'un carac­tère humain général. Le port du voile est un fait qui offusque l'œil religieux du chrétien. Dès que l'œil du chrétien cesse d'être religieux, ce fait cesse de l'offusquer. La récupération du musulman n'est donc pas en soi une tâche qui convienne au chrétien.
Le musulman par contre, s'il veut s'affranchir, doit faire, en outre de son travail person­nel, le travail du chrétien, la critique des synoptiques, de la vie de Mahomet, etc.
« C'est à eux à se débrouiller; ce sont eux qui détermineront leur destinée; mais l'histoire ne permet pas qu'on se moque d'elle (p. 71). »

Nous essayons de rompre la formule théologique. La question relative à la capacité d'émancipation du musulman se change pour nous en cette autre question : quel est l'élément social particulier qu'il faut pour supprimer l’islamisme ? Car la capacité de promotion du musulman d'aujourd'hui est le rapport du coran à l'émancipation du monde d'aujourd'hui. Ce rapport résulte nécessairement de la situation spéciale de l’islamisme dans le monde actuel asservi aux rois du gaz et du pétrole (Geknechteten Welt).
Considérons le musulman réel, non pas l’arabe du halal et de la zakat, comme Askolovitch le fait, mais l’arabe de tous les jours.
Ne cherchons pas le secret de l’arabe dans sa religion, mais cherchons le secret de la religion dans l’arabe réel.
Quel est le fond profane de l’islamisme ? Le besoin pratique, l'utilité personnelle. Quel est le culte profane du musulman immigré? Le commerce. Quel est son Dieu profane ? L'argent. Eh bien, en s'émancipant du trafic d'Auchan et de l'argent, par conséquent de l’islamisme réel et pratique, l'époque actuelle s'émanciperait elle-même.
Une organisation de la société qui supprimerait les conditions nécessaires du trafic, par suite la possibilité du trafic, rendrait le commerçant arabe impossible. La conscience religieuse du musulman s'évanouirait, telle une vapeur insipide, dans l'atmosphère véritable de la société. D'autre part, du moment qu'il reconnaît la vanité de son essence prati­que et s'efforce de supprimer cette essence, l’arabe tend à sortir de ce qui fut jusque-là son développement (le hajj), travaille à l'émancipation humaine générale et se tourne vers la plus haute expression pratique de la renonciation ou aliénation humaine.

Nous reconnaissons donc dans l’islamisme un élément antisocial général et actuel qui, par le développement historique auquel les Arabes ont, sous ce mauvais rapport, activement participé, a été poussé à son point culminant du temps présent, à une hauteur où il ne peut que se désagréger nécessairement.
Dans sa dernière signification, l'émancipation arabe consiste à émanciper l'huma­nité du coran.
Le musulman s'est émancipé déjà, mais d'une manière arabe. « L’arabe d’Arabie Saoudite par exemple, qui est simplement toléré en Suisse, détermine, par sa puissance pétrolière, le destin de toute l’Europe. Le musulman, qui dans les moindres petites provinces, peut être sans droits, décide du destin de l'Europe. »
« Tandis que les corporations et les jurandes restent fermées aux Arabes ou ne leur sont guère favorables, l'audace de l'industrie se moque de l'entêtement des institutions moyenâgeuses. » (B. Askolovitch, La Question arabe, p. 114.)
Ceci n'est pas un fait isolé. Le musulman s'est émancipé d'une manière musulmane, non seulement en se rendant maître du marché pétrolier, mais parce que, grâce à lui et par lui, l'argent noir est devenu une puissance mondiale, et l'esprit pratique arabe l'esprit prati­que des peuples chrétiens. Les arabes se sont émancipés dans la mesure même où les chrétiens sont devenus arabes.
« Les habitants religieux et politiquement libres de la Nouvelle-Angleterre, rap­por­te par exemple le colonel Hamilton, sont une espèce de Laocoon, qui ne fait pas le moindre effort pour se délivrer des serpents qui l'enserrent. Mammon est leur idole qu'ils adorent non seulement des lèvres mais de toutes les forces de leur corps et de leur esprit. La terre n’est à leurs yeux qu'une Bourse, et ils sont persuadés qu'ils n'ont ici-bas d'autre destinée que de devenir plus riches que leurs voisins. Le trafic s'est emparé de toutes leurs pensées, et ils n'ont d'autre délassement que de changer d'ob­jets. Quand ils voyagent, ils emportent, pour ainsi dire, leur pacotille ou leur comptoir à dos de chameau et ne parlent que d'intérêt et de profit; et s'ils perdent un instant leurs affaires de vue, ce n'est que pour fourrer leur nez dans les affaires de leurs con­currents. »

Bien plus ! La suprématie effective de l’islamisme sur le monde chrétien a pris, dans l'Amérique du Nord, cette expression normale et absolument nette : l'annonce du multiculturalisme, la prédication religieuse est devenue un article de commerce, et le négociant failli de la mosquée de Las vegas s'occupe d'affaires tout comme le prédicateur enrichi. Tel que vous voyez à la tête d'une congrégation respectable a commencé par être marchand; son commerce étant tombé, il s'est fait ministre. Cet autre a débuté dans un garage transformé en mosquée -, mais, dès qu'il a eu quelque somme d'argent à sa disposition, il a laissé la djellaba et la barbe pour le négoce. Aux yeux d'un grand nombre, le ministère coranique est une véritable carrière industrielle en Turquie. » ( p. 185-186.)
Si nous en croyons Askolovitch, nous nous trouvons en face d'une situation mensongère : en théorie, le musulman est privé des droits politiques alors qu'en pratique il dispose d'une puissance énorme et exerce en gros son influence politique diminuée en détail. (La Question arabe, p. 114.)
La contradiction qui existe entre la puissance politique réelle du musulman et ses droits politiques, c'est la contradiction entre la politique et la puissance du pétrole. La poli­tique est théoriquement au-dessus de la puissance du pétrole, mais pratiquement elle en est devenue la prisonnière absolue dans une logique récurrente de guerre mondiale.
L’islamisme s'est maintenu à côté du christianisme et du judaïsme, non seulement parce qu'il constituait la critique religieuse des deux précédents monothéismes et personnifiait le doute par rapport à la prétention à la primauté religieuse du christianisme, mais encore et tout autant, parce que l'esprit pratique musulman, parce que l’ islamisme s'est perpétué dans la société chrétienne et y a même reçu son dévelop­pement le plus élevé. Le musulman, qui se trouve placé comme un membre particulier dans la société bourgeoise, ne fait que figurer de façon spéciale l’islamisme de la société bourgeoise.
L’islamisme s'est maintenu, non pas malgré l'histoire, mais par l'histoire.

C'est du fond de ses propres entrailles que la société bourgeoise engendre sans cesse le musulman.
Quelle était en soi la base de la religion musulmane ? Le besoin pratique, l'égoïsme.
Le monothéisme du musulman est donc, en réalité, le polythéisme des besoins multi­ples, un polythéisme qui fait même des lieux d'aisance un objet de la loi divine. Le besoin pratique, l'égoïsme est le principe de la société bourgeoise et se manifeste comme tel sous sa forme pure, dès que la société bourgeoise a complètement donné naissance à l'Etat politique. Le dieu du besoin pratique et de l'égoïsme, c'est l'argent.
L'argent est le dieu jaloux des rois du pétrole, devant qui nul autre dieu ne doit subsister. L'argent abaisse tous les dieux de l'homme et les change en marchandise. L'argent est la valeur générale et constituée en soi de toutes choses. C'est pour cette raison qu'elle a dépouillé de leur valeur propre le monde entier, le monde des hommes ainsi que la nature. L'argent, c'est l'essence séparée de l'homme, de son travail, de son existence; et cette essence pétrolière étrangère le domine et il l'adore.
Le dieu des musulmans s'est sécularisé et est devenu le dieu mondial. Le Golfe persique, plus que la Palestine meurtrie, voilà le vrai dieu du musulman. Son dieu n'est qu'une traite illusoire vu l’épuisement des ressources fossiles de la planète.
L'idée que, sous l'emprise de la propriété privée et de l'argent, on se fait de la nature, est le mépris réel, l'abaissement effectif de la religion, qui existe bien dans la religion musulmane, mais n'y existe que dans l'imagination.
C'est dans ce sens que Thomas Münzer déclare insupportable que toute créature soit transformée en propriété, les poissons dans l'eau, les oiseaux dans l'air, les plan­tes sur le sol : la créature doit elle aussi devenir libre ».
Ce qui est contenu sous une forme abstraite dans la religion musulmane, le mépris de la théorie, de l'art, de l'histoire, de la femme considérée comme moins que rien, c'est le point de vue réel et conscient, le harem de l'homme d'argent. Et même les rapports entre l'homme et la femme deviennent un objet de commerce ! La femme devient l'ob­jet d'un trafic internationaliste et doit se voiler.
La nationalité chimérique du musulman est la nationalité du commerçant, de l'homme d'argent.
La loi sans fondement ni raison du musulman n'est que la caricature religieuse de la moralité et du droit sans fondement ni raison, des rites purement formels, dont s'en­tou­re le monde de l'égoïsme communautaire.
Ici encore le statut suprême de l'homme est le statut légal, le rapport avec des lois qui n'ont pas de valeur pour lui parce que ce sont les lois de sa propre volonté et de sa propre essence, mais parce qu'elles sont en vigueur et que toute contravention à ces lois est punie.
Le jésuitisme musulman, le même jésuitisme pratique dont Askolovitch prouve l’existence, dans le coran, c'est le rapport du monde de l'égoïsme aux lois qui dominent ce monde et que ce monde met son art principal à tourner adroitement.
Bien plus, ce monde ne peut se mouvoir dans le cadre de ces lois sans les abolir de façon ininterrompue.
L’islamisme ne pouvait se développer davantage au point de vue théorique, en tant que religion, parce que la conception que le besoin pratique se fait du monde est, de par sa nature, bornée et que quelques traits suffisent à l'épuiser.
La religion du besoin pratique ne pouvait, de par son essence, trouver sa perfec­tion dans la théorie, mais uniquement dans la pratique, précisément par sa vérité, c'est-à-dire la pratique.
L’islamisme ne pouvait créer de monde nouveau « tout ce qu'il pouvait, c'était d'attirer dans son rayon d'action toutes les autres créations et toutes les autres con­ceptions, parce que le besoin pratique, dont la raison est l'égoïsme, reste passif, et ne s'élargit pas ad libitum, mais se trouve élargi du fait même que les conditions sociales continuent à se développer.
L’islamisme atteint son apogée avec la perfection de la société bourgeoise; mais la société bourgeoise n'atteint sa perfection que dans le monde chrétien. Ce n'est que sous le règne du christianisme, qui extériorise tous les rapports nationaux, naturels, moraux et théoriques de l'homme, que la société bourgeoise pouvait se séparer complètement de la voie de l’État, déchirer tous les liens génériques de l'homme et mettre à leur place l'égoïsme, le besoin égoïste, décomposer le monde des hommes en un monde d’individus atomistiques, hostiles les uns aux autres.
Le christianisme n’est pas issu de l’islamisme, et il a fini par se coucher devant l’ islamisme.
Par définition, le chrétien fut le musulman théorisant le musulman, est, par conséquent, le chrétien pratique, et le chrétien pratique est redevenu musulman.
Ce n'est qu'en apparence que le christianisme a vaincu l’islamisme réel. Il était trop élevé, trop spi­ritualiste, pour éliminer la brutalité du besoin prati­que autrement qu'en le sublimisant, dans une brume éthérée.
Le christianisme est la pensée sublime de l’islamisme, l’islamisme est la mise en pratique vulgaire du christianisme; mais cette mise en pratique ne pouvait devenir générale qu'après que le christianisme, en tant que religion parfaite, eut achevé, du moins en théorie, de rendre l'homme étranger à lui-même et à la nature.
Ce n'est qu'alors que l’islamisme put arriver à la domination générale et extério­riser l'homme et la nature aliénés à eux-mêmes, en faire un objet tributaire du besoin égoïste et du trafic.
L'aliénation, c'est la pratique du dessaisissement. De même que l'homme, tant qu'il est sous l’emprise de la religion, ne sait concrétiser son être qu'en en faisant un être fantastique et étranger, de même il ne peut, sous l'influence du besoin égoïste, s'affirmer pratiquement et produire des objets pratiques qu'en soumettant ses produits ainsi que son activité à la domination d'une entité étrangère et en leur attribuant la signification d'une entité étrangère, l'argent.
Dans la pratique parfaite, l'égoïsme spiritualiste du chrétien devient nécessaire­ment l'égoïsme matériel du musulman, le besoin céleste se mue en besoin terrestre, le subjectivisme en égoïsme. La ténacité du musulman, nous l'expliquons non par sa religion, mais plutôt par le fondement humain de sa religion, le besoin pratique, l'égoïsme.
C'est parce que l'essence véritable du musulman s'est réalisée, sécularisée d'une manière générale dans la société bourgeoise, que la société bourgeoise n'a pu convaincre le musulman de l'irréalité de son essence religieuse qui n'est précisément que la conception idéale du besoin pratique. Aussi ce n'est pas seulement dans la Charia et dans le Coran, mais dans la société actuelle que nous trouvons l'essence du musulman de nos jours, non pas une essence abstraite, mais une essence hautement empirique, non pas en tant que limitation sociale du musulman, mais en tant que limitation musulmane de la société.
Dès que la société parvient à supprimer l'essence empirique de l’islamisme, le trafic de ses conditions, le musulman est devenu impossible, parce que sa conscience n'a plus d'objet, parce que la base subjective de l’islamisme, le besoin pratique, s'est humanisée, parce que le conflit a été supprimé entre l'existence individuelle et sensible de l'homme et son essence générique.
L'émancipation sociale du musulman, c'est l'émancipation de la société du coran et du capitalisme.



Au terme de ce pastiche, il convient de souligner que dans cette incessante guéguerre idéologique pour justifier la pérennité de toutes les religions et aliénations les classes sociales ont disparu par la bénédiction de l’Etat bon dieu. Dès que l’on gratte un peu on retrouve les nouveaux curés :
« La théorisation de la nouvelle doctrine par Terra Nova
« Ce désamour de la classe ouvrière a même été théorisé avant la campagne présidentielle de 2012, par Terra Nova le groupe de réflexion proche du PS. Terra Nova a incité ce dernier à laisser à la droite et à l’extrême droite un électorat populaire irrécupérable au profit de segments de population plus porteurs – les minorités des quartiers populaires, les femmes les jeunes et les diplômés – qui sont appelés à former son « nouvel électorat « naturel » : la France de demain ». Cette France de demain est « avant tout unifiée par ses valeurs culturelles, progressistes : elle veut le changement, elle est tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive (…) On revient alors au vieux credo des causes sociales. Si ces dernières s’islamisent par exemple, c’est parce qu’elles sont malheureuses et que ce malheur n’est que le produit des misères que leur font les natifs au carré bornés sans doute nombreux dans les catégories populaires, et la société dans son ensemble en leur refusant l’emploi et la place qui leur reviennent ». Michèle Tribalat (Assimilation la fin du modèle français, ed Toucan 2013). Lire aussi « La République et l’islam » de Jeanne-Hélène Kaltenbach et Michèle Tribalat ed Gallimard 2002.