"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 3 juin 2013

MUTATION DE L’ANTITERRORISME ?




 Ou le nouvel ennemi (présumé) de l’intérieur ?
 
Le même son de cloches antiterroristes et de cloches journalistes de Libé au Figaro prétend renouveler la nature (pas la fonction sécuritaire inversée) du terrorisme. Il ne serait plus simplement le fait de couches moyennes endoctrinées (cf. les ingénieurs suicidaires du world trade center) mais un sous-produit de paumés marginaux surfant dans les web cafés. Un « ennemi intérieur », çà ne vous rappelle rien ? Dans toutes les guerres modernes la bourgeoisie exhibe un ennemi intérieur : en 1914 c’était le prolétariat et les communistes (selon le versant du front), en 1939 les juifs et les nazis (selon le bord) : dans les années 2000 on a inventé l’ennemi intérieur immigré, de préférence maghrébin, avec des nuances bien sûr, Obama veut des immigrées voilées tout en torturant leurs époux à Guantanamo hors du territoire démocratique US tout comme les nazis assassinaient les juifs hors du territoire sacré de la patrie en Pologne. Le réseau Voltaire se focalise lui sur l’Etat « raciste » d’Israël. Marine Le Pen rêvait d’être stigmatisée par les « européistes », c’est fait. Hé hé il y aurait bien plus de comparaisons à faire avec le nazisme et l’hypocrisie torride de la démocratie représentative, et pas avec ladite invasion immigrée… Passons rapidement sur les typologies journaleuses et justes bonnes à généraliser l’opacité du phénomène.
« Il est toujours tentant et rassurant d’établir une typologie des terroristes. Aujourd’hui, des «lumpenterroristes» ou des «loups solitaires» selon des formules trop faciles ; des paumés, enfants des territoires perdus de la République, abreuvés aux sites jihadistes, comme l’auraient été aussi bien Mohamed Merah, Michael Adebolajo, le tueur du soldat britannique, ou les auteurs des attentats de Boston. D’autres spécialistes mettent en cause les convertis comme le serait «Alexandre», le suspect arrêté hier. Dans un passé récent, notamment en Grande-Bretagne, les jeunes immigrés éduqués, issus des classes moyennes mais aliénés, faisaient figure de terroristes types. Preuve que toute lecture simpliste sociale, religieuse ou psychologique, comme l’explique le ministre de l’Intérieur dans l’interview que nous publions, sera nécessairement réductrice. Elle empêchera une compréhension et, donc, la répression de ce phénomène qui touche tous les pays. L’extrême fermeté des réponses de la police et de la justice est évidemment justifiée dans le cadre de la loi ; mais on ne peut pas mettre un flic dans chaque café internet de banlieue et la plupart des suspects avaient été repérés par les services. Comme le disait Camus : «Le terrorisme ne mûrit pas tout seul. Il est le fruit amer des humiliations accumulées par une population marginalisée.» A nos sociétés, aux communautés musulmanes de convaincre ceux qui s’en sentent exclus que la violence au nom d’une religion dévoyée est une impasse personnelle et un suicide politique » (cf. François Sergent éditorialiste de Libé le 30 mai).

LE MEME JOUR, MEME REFRAIN DANS LE FIGARO

Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, Éric Denécé était convié à pointer les limites des services de renseignements face à la montée en puissance d'un « nouveau profil de terroristes », face au journaleux du Figaro.
LE FIGARO.- L'agresseur de la Défense est un converti. Est-ce un profil émergent?
Éric DENÉCÉ.- Oui, sachant qu'il n'y a plus de profils bien définis. Nous sommes plutôt confrontés à des «milieux cibles» très typiques dans lesquels gravitent plusieurs nuances d'individus. Au côté de pratiquants endurcis, nous assistons à la montée en puissance de terroristes re-islamisés comme Merah et d'une génération spontanée de Français un peu perdus qui épousent l'islam radical.
Des déséquilibrés qui s'inventent une mission divine au nom d'Allah?
Oui, souvent. Parmi nombre de présumés terroristes interpellés ces derniers temps, on trouve de plus en plus un cocktail détonant où se mélangent des fragilités psychiatriques, des trajectoires marginales et des casiers judiciaires assez bas de gamme comme le SDF actuellement entendu par la PJ parisienne. La radicalisation se fait ensuite dans les mosquées salafistes, sur Internet, voire entre copains de cités. Depuis la fin des années 1990 et avant même le 11 Septembre, nos sociétés postindustrielles accouchent d'illuminés en pleine errance sociale, prêts à se raccrocher à n'importe quel «idéal» spirituel. L'islamisme radical, comme l'écoterrorisme ou encore le mouvement animaliste sont les symptômes d'un malaise profond qui va se traduire dans les prochaines années sur le champ terroriste et du maintien de l'ordre. À ce titre, on peut regretter la suppression du service national…
Pourquoi?
Il avait l'intérêt de dépister des profils déviants et de remettre sur le droit chemin certains jeunes cherchant à exprimer leur virilité d'inquiétantes façons.
Peut-on vraiment assimiler l'agresseur de la Défense à un islamiste?
Seule sa garde à vue établira son niveau d'endoctrinement et ses éventuels relais terroristes, mais il est fort à parier qu'il ne connaît rien du Coran, n'a jamais fait le djihad et ne parle pas l'arabe. Nous sommes a priori loin du loup solitaire. Ce jeune sous influence a été embrigadé par la propagande islamiste qui, comme le nazisme ou le stalinisme autrefois, enrôle les sujets plus faibles. (ce zigoto ne dit rien de différent de la mère Le Pen !)
Une armée de quidams indétectables…
Oui, car nos services de renseignements sont inadaptés. Sans maillage territorial susceptible de capter des signaux précoces, ils ne savent pas lutter contre ce terreau. Le continuum terroriste qui commence par l'enrôlement dans les banlieues jusqu'à la commission de l'acte terroriste n'est pas suivi. La Direction centrale du renseignement intérieur, fondée sur une logique de contre-espionnage, excelle dans la lutte contre les groupes structurés et l'interpellation de «gros poissons». Pas dans la détection des illuminés de banlieue. Notre tamis ne permet pas d'arrêter ce genre de grain de sable.

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Comme on le voit, la même intox de Libé au Figaro, concernant cette étrange mutation de l’antiterrorisme,
ou plutôt son renouvellement avec multiples autres fables à l’appui ; notamment le fait que les services de surveillance de l’Occident hyper-armé seraient capables d’annihiler les grands attentats mais pas de détecter « une armée de quidams in détectables ». Le « loup solitaire » à la Breivik semble passé de mode pour les fabricants de la mythologie terroriste (à géométrie variable) ; les méchants pourvoyeurs de terrorisme planétaire (Pakistan, Arabie Saoudite, Etats-Unis, Russie et Chine) sont remisés au grenier des mystifications « complotistes », place au « terrorisme des jeunes immigrés paumés, marginalisés », voire d’une «  génération spontanée de Français un peu perdus qui épousent l'islam radical ».
La bourgeoisie est formidable d’arrogance avec sa propagande simpliste, unilatérale et l’air de ne pas y toucher. C’est le même ennemi que dénoncent les journaleux bcbg et Marine Le Pen, avec cette subtilité, si l’on pense que c’est une subtilité, de mettre en valeur ladite Le Pen, menacée de voir levée son immunité européenne par la bureaucratie obscure de Bruxelles pour avoir mis sur le même plan l’occupation « par les prières de rue musulmane et l’occupation nazie ». Ce bouc-émissaire c’est l’immigré plutôt de type maghrébin, banlieusard et chômeur. L’explication sociologique étroite c’est « l’errance sociale », « SDF bas de gamme », les « exclus humiliés ». C’est le prolétaire musulman jeté en pâture face à tous les autres prolétaires nationaux, bi-nationaux ou pas nationaux du tout. Comme l’invention de l’antifascisme[1], l’antiterrorisme a pour but simpliste de diviser le prolétariat et de le souder à sa bourgeoisie (ah… quand rétablira-t-on le service militaire obligatoire qui permettrait de débusquer les vrais « ennemis de l’intérieur »…). Comme l’antifascisme, l’antiterrorisme a pour fonction de faire passer les démocraties impérialistes pour des victimes. Les attentats terroristes de toute sorte servent en même temps d’enfumage pour voiler et répandre l’incompréhension sur les guerres incessantes des démocraties dominantes dans les aires où elles s’entredéchirent – avec chair à canon locale – pour maintenir leurs « chasses gardées » ou conquérir ce qu’il reste des marchés… ou des marchandages impérialistes.
J’ajoute en passant un premier commentaire lucide d’un posteur contre les menteurs du Figaro : « J'aime bien la pudeur de ce Directeur qui évoque le nazisme et son homologue le communisme qu'il transforme par une pirouette en "stalinisme". Or le communisme (et sa conception matérialiste de l'histoire) nie le rôle des prétendus grands hommes seuls comptent les rapports entre les classes sociales et modes de production ».
L'errance sociale est le nouveau nom pour désigner le fondamentalisme religieux, nous voila bien avancés ! Le type qui tranche lâchement, et par surprise, la gorge d'un soldat est le soldat du nationalisme islamiste et on ne peut lui trouver des excuses à 2 balles ! Il est totalement mystificateur de vouloir faire croire tout simplement au déséquilibre de ces individus, comme ça, sans raison valable réelle ... De l'auto-enfumage! En admettant qu'ils soient effectivement des déséquilibrés, il faut savoir qu'ils servent au renforcement de l’antiterrorisme, doublé de la fable selon quoi l’acte terroriste serait la seule compensation à la misère sociale et au chômage de masse.
Sans doute on assiste à un envahissement des démonstrations religieuses largement permises par la bourgeoisie occidentale, alors qu’en Orient et en Turquie les populations dénoncent cet éteignoir calotin soutenu par l’Occident en pays arriérés comme chez les faux développés. Sans doute que cette société est tellement déshumanisée et pourvoyeuse d’exclusion généralisée qu’elle pousse nombre de laissés pour compte à  se jeter dans les bras de l’obscurantisme étroitement subversif seulement par la bombe ou le couteau, qui n’est que cette espèce de nihilisme anarchiste suicidaire qu’ils nomment islam radical.

Sans doute que les millions de laissés pour compte, les vagues « paumés » aussi (comme les journaleux les qualifient du haut de leur confortable mercenariat), les « populations marginalisées » confondues avec quelques tarés assassins, auraient des raisons d’avoir d’autres espoirs politiques pour sortir de la tutelle miséricordieuse du terrorisme et de l’antiterrorisme, en particulier la volonté de changer partout de société et de mettre fin aux privilèges des puissants et de leurs acolytes des partis et syndicats. Ce sera pour plus tard.
On nous abreuve de « paumés islamistes » et de "loups solitaires" mais les loups journalistes chassent toujours en MEUTE !


PS: La Turquie présentée comme un exemple d'islamisme soft, du fait des manifestations importantes en cours que les journalistes ne veulent pas assimiler à un remake du "printemps arabe" ni en faire porter la charge aux "bobos occidentalistes", est l'objet d'un curieux revirement à donner raison à la mère Le Pen et aux "identitaires", et de révélations pas tristes, nota par Le Monde:

"Une démarche progressive et stratégique : pour rappel, avant son élection en tant que premier ministre en 2002, Recep Tayyip Erdogan avait promis de construire des minarets dans tout Istanbul. L'ancien maire de la métropole turque avait même été condamné à une peine de prison en 1998 pour incitation à la haine avec les propos suivants d'un théoricien du nationalisme turc Zia Gokalp (1876-1924) : "Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats". Dans le contexte opaque et sanglant des massacres en Syrie, l'Etat turc n'a peut-être pas été assez suiviste des désidératas américain et européen? Qui a intérêt a ranimer la flamme du nationalisme musulman? Comment se fait-il que ces journaleux découvrent soudain que la religion sert de prétexte au nationalisme le plus étroit, du soft à l'extrême, du sol au plafond, mais aussi de modèle de  comportement pour se différencier et s'affirmer. Le nationalisme a toujours eu besoin "d'uniformes", et que les "uniformisés" soient véritablement croyants ou pas. Et les journalistes, loin des balles, de continuer à être les putains caméléons...




[1] Même s’il n’arrive pas à la cheville de la Gauche communiste (qui est anéantie cependant comme structure en 1940) Barta a le mieux formulé la fabrication idéologique – grâce au tournant stalinien mondialiste : « Pour justifier le tournant, une nouvelle théorie, bâtie de toutes pièces, prit la place de la doctrine révolutionnaire de Lénine. La guerre n’est pas due à l’impérialisme (…) mais uniquement aux impérialismes fascistes : l’Allemagne, l’Italie et le Japon. Même après Munich, le 21 novembre 1938, Maurice Thorez déclare : « On doit dénoncer comme un appui direct au fascisme … les affirmations mensongères que «  tous les impérialismes se valent ». Cette dernière phrase voudrait dissimuler les différences essentielles entre les pays où sévit la dictature fasciste qui conduit à la guerre et les pays de démocratie intéressés au maintien de la paix ». Mais en 1939, le même Thorez et sa clique approuvent le pacte de deux étranges pays intéressé au maintien de la paix : le traité d’amitié stalino-nazi ! ‘cf. Cahiers Léon Trotsky n°49, page 54).

jeudi 30 mai 2013

TERMINUS DE LA GREVE A AULNAY ET REVELATIONS



OU COMMENT UN LIBERTAIRE A OFFERT LE VOYAGE EN CAR 
A DE ROBUSTES AGENTS DE BASE DU SYNDICALISME






Le couple qui anime le blog Vosstanie, couple structuré que je ne vois plus depuis quatre années à cause de la propension de Paulo à tout critiquer et à tout rapporter à son nombril, est un lecteur assidu et discret de ce blog, au point d’avoir ouvert l’œil hors de leur problématique intello et gauchologue habituelle, sur ce qui avait pu se passer à la réunion de Lille avec une pincée de grévistes de PSA. Par mon truchement ils ont eu vent de l’existence du cercle « La Mouette enragée », organisateur de cette rencontre, sans en connaître les tréfonds ni leur rôle de courroie de transmission provinciale de l’OCL (organisation communiste libertaire). Ils ont donc contacté tout ce beau monde pour les interroger via skype et nous livrer des trésors d’information, je dis bien des trésors, car  rarement on peut avoir à disposition une telle surprenante masse d’informations extrêmement éclairante. Le Paulo m’avait prévenu par avance du déroulement de cette émission, malgré mes ironies à son égard, qu’il en soit remercié, ainsi que les Xavier et Jean-Michel pour leur intelligence analytique, malgré leur absence de cohérence maximaliste révolutionnaire, et leur naïveté typiquement anarchiste.
(Si j’ai mal retranscrit certains de leurs propos je me ferai un devoir de le corriger immédiatement)

L’émission annoncée comme la réception des membres de la Mouette enragée, mais aussi comme un approfondissement du déroulement de la lutte à Aulnay, avec l’interview d’un participant de premier plan, Jean-Michel de l’OCL, + la retransmission du débat à Lille (où j’étais présent et leur seul véritable critique des menées syndicalistes), dure plus de cinq heures. Ouf ! votre serviteur, s’il vous conseille d’écouter les retransmissions de Radio Vosstanie, va vous offrir ici un résumé indispensable, parce que nos braves libertaires qui conchient Gutenberg en croyant que la radio serait devenue le summum de la conscience de classe et de son expansion, se mettent le doigt dans l’œil ; les prolétaires n’ont pas le temps d’écouter une de ces multiples mini-radios libertaires qui pullulent sur le web. Hélas, parce qu’il y a parfois de bien intéressants débats.
Notre couple vosstanien fait preuve d’un professionnalisme honorable, malgré une entrée en matière façon revue de presse façon Ardisson ou Ruquier, fort cultivée, redondante sur les échanges œcuméniques dans les milieux libertaires et babacool, et à tonalité toujours très antifasciste de salon, ne perdant pas une occasion pour se moquer du suicide du « facho » Venner en l’église de Notre Dame de Paris où ils ont entendu des bruits de bottes résonnant loin de la cathédrale. Le couple débat joyeusement, on sent qu’ils s’aiment et aiment qu’on les entende palabrer dans l’alcôve de leur radio. C’est moderne, une forme d’exhibitionnisme comme une autre. C’est beau du moment qu’ils s’aiment, rient et pleurent ensemble. 

COMMENT LA MOUETTE ENRAGEE NE SE VANTE PAS D’AVOIR TREMPE SES PATTES DANS L’ACTIVISME LOCAL DES GROS BRAS CGT
Enfin on passe aux choses sérieuses pour le public après un intermède musical. Quel va être le pitch des mouettes enragées ? Le Paulo pose de bonnes questions, ce n’est plus un anar tombé de la dernière pluie, et l’ami Xavier pédale dans la choucroute au début.
Paulo : C’est quoi le communisme libertaire à Boulogne sur mer ?
Xavier : euh…on n’accorde pas une importance excessive à l’idéologie… On est un groupe vraiment sur Boulogne, çà nous permet d’avoir un ancrage local. On fait de la contre-information. Dans notre bulletin on fait un bilan des luttes où on s’est investi… sur les restructurations, comment çà a été vu par la population.
Päulo : …vous n’accordez pas une importance excessive à l’idéologie !?
Xavier : enfin on est au niveau local et on élargit les problématiques à l’international… comment la pêche vit sa fin par exemple…
Paulo : l’idéologie n’a pas d’importance ? pourquoi ne serait-elle pas importante ?
Xavier : Bah… c’est un groupe un peu comme tous les groupes, des gens qui décident de ceci, de cela, qui ont un axe en commun : un positionnement de classe. Mais on est à l’écoute de ce qui est commun du conseillisme à l’ultra-gauche classique.
Paul : C’est plus pour rassurer que vous dites cela, communistes libertaires…
Xavier : on se rattache à toute l’histoire du mouvement ouvrier, à la révolution. On peut se comprendre.
Paulo : vous vous rassurez quoi, c’est plutôt rassurant… je plaisante… Dans votre canard… sympathique… Parlez-nous de choses plus pratiques.
Xavier : On essaie un maximum de coller à un mouvement de classe national… au moment des retraites… des boites ont débrayé et on s’est retrouvé au sein d’un mouvement à bloquer un quartier de marchandises avec des gens avec qui on n’était pas forcément d’accord…
Paulo : vous pouvez peut-être nous informer sur votre composition sociologique ?
Xavier : … pas très homogène mais on travaille tous.
Paulo : on a parlé de recomposition d’une classe qui n’a pas disparu, et il y a toujours cet écart entre militants révolutionnaires et la classe.
Xavier : … il y a un renouvellement …
Cécilia : Comment vous vous organisez ? Comment vous trouvez une légitimité à entrer dans l’entreprise ?
Xavier : on fait des réunions de travail dans le collectif, pas d’étendard. On appartient à la cohorte des gens en lutte. On se retrouve en lutte, on a pas besoin de justification, on s’en fout complètement.
Paulo : on est complètement d’accord avec toi sur l’avant-gardisme. On peut défendre des positions de classe où qu’on soit. Comment se fait l’édito du canard ?
Xavier : Il existe depuis 1992. On voit au niveau politique, et ce qui se passe au niveau économique. On tire à 250 exemplaires et on en vend 150. On est connu localement.
Paulo : quel sont les rapports avec les gens ?
Xavier : Il y a un noyau de gens qui ont des choses à dire. Nous on a participé pendant cinq ans à la campagne calaisienne pour la défense des migrants. On a produit une brochure sur le phénomène migratoire.
Paulo : On a la vision d’une extrême droite très implantée dans le Nord…
Xavier : … ici c’est le lieu de circulation d’une main d’œuvre internationale qui vient souvent de très loin. L’extrême droite n’a pas d’influence. Elle n’est pas structurée. C’est purement électoraliste. Le milieu identitaire se résume à une poignée de petits bourges…
Paulo : ouf on est content de vous l’entendre dire. Bon on va passer un intermède musical.
Finaud le Paulo qui avait lu mon compte-rendu sur ce blog[1] et écouté les débats à Lille va orienter ses questions toujours aussi pertinentes sur les rencontres avec les grévistes à Toulouse et Lille.
Xavier : A Toulouse, on a eu affaire à des questions qui sortaient de la logique de l’usine : qu’est-ce qu’un produit ? Vous défendez votre truc… Le débat s’est engagé avec des incompréhensions, sur la question du salariat. C’était intéressant et ouvert[2].
Paulo : avec qui et comment vous vous êtes investis?
(je résume je ne reproduis pas dans le détail minutieux)
Xavier : par notre organisation en réseau, les gens se contactent, et notre but était de faire sortir les grévistes de l’usine, et on a eu comme résultat d’abord l’enthousiasme inattendu des grévistes ![3] Le second intérêt étaient, pour ces gens menacés dans leur job, de leur permettre de parler de leur lutte, en faveur d’une convergence des luttes, pour les amener en dehors de leur région et de la problématique automobile.[4]
Paulo avoue son enthousiasme pour le compte-rendu (il ne précise pas que ce fût le mien). Il félicite pour l’intervention (alors que les Mouettes n’ont pratiquement pas parlé, sauf pour une ou deux remarques apolitiques) : c’est quoi les limites de çà, lance tout de même le Paulo emballé ?
Xavier :  Je pense que ces ouvriers ont repoussé les limites !
Paulo : oui c’est énorme ! Mais je vois dire que nous avons été dans l’expectative face à la visite syndicale Mercier en tête au congrès du PS…
Xavier : c’est une lutte complexe, une course d’enjeux au sein de la CGT, pour LO, municipale… Jean-Michel en parlera.[5]

PAGE DE PUB
Paulo : … récupérer 20.000 euros c’est bien mais… on s’est interrogé là-dessus… d’autres radios font des choses sympathiques, notre radio est l’outil d’un petit groupe structuré qui prône la fraternité libertaire. Merci à vous, il y a toujours une chambre ou un couloir pour vous recevoir si vous venez ici. Merci encore. Après l’intermède musical on donnera la parole à Jean-Michel.

INTERMEDE MUSICAL

Paulo : on n’est pas de la police mais pouvez-vous vous présenter, ce que vous êtes, ce que vous faites ?
Jean-Michel : je suis un militant politique, un prolétaire de l’OCL du 93. Je fais aussi de la radio à Reims. J’ai été les voir début janvier, puis j’ai sauté le mur de l’usine et j’ai tissé des liens. Quant on est dans la même tranche d’âge des 30 à 40 ans et qu’on les encourage à sortir faire de la pub à leur grève, on ne peut pas être tout à fait mauvais… Pour moi en tout cas, c’était le moment. L’industrie automobile est un des moteurs du capitalisme au XXème siècle. Nous vivons une crise de surproduction. L’importance de la suppression de près de 11.000 postes montrait le décalage par rapport aux autres boites, Renault… On était dans une situation typique où développer une solidarité réelle.
Paulo : comment t’as été accueilli ?
Jean-Michel : J’ai articulé ma première intervention ainsi : « on a organisé des collectes financières pour vous, soutenir votre lutte » ; je suis intervenu en AG en amenant le chèque, en leur disant que leur combat était le nôtre. Mon action était articulée, à travers le soutien financier, à la vocation à déborder, à créer des mouvements de solidarité à tout ce qui pourrait renforcer leur autonomie[6]. Bien sûr j’ai été vite sondé par les militants de LO, mais …une partie de LO est intéressante, LO n’est pas homogène[7]. Il y a des militants dans l’usine. Il y a des vieux militants d’usine depuis longtemps. Ils étaient étonnés que des militants politiques rentrent dans l’usine… mais je dois dire que j’étais le seul ! Régulièrement un ensemble de groupes gauchistes tractent à l’entrée de l’usine comme dans le film « La classe ouvrière va au paradis » ! Chacun des mecs qui rentre à l’usine est fliqué (rire béat de Paulo). Moi je rentrais sans être contrôlé !
Paulo : c’est très intéressant que tu sois venu voir les gars avec les sous, cela donne une vérité à ton soutien, c’est pas du bla-bla en l’air…
Jean-Michel : c’est aussi par le discours que j’ai présenté. J’ai dit que je n’étais ni membre de LO ni de la CGT, que j’étais solidaire et que mon groupe OCL à Reims avait tracté pour eux sur les marchés, qu’on avait organisé un concert dans un squat de la cité, donc que je leur amenais de l’argent sale (rires). C’est une solidarité primaire, de classe. Il n’y a plus personne qui parle de classe mais nous on en parle. Pour une fois on a totalement identifié l’ennemi : Frédéric de Beaujour du bloc familial de la vieille bourgeoisie industrielle[8]. Mon discours était donc recevable. Il y a une identité commune quand on a 30-40 ans, qu’on comprend l’arabe, qu’on bouge ensemble… Ton discours s’articule avec une pratique.
Paulo : oui çà résonne… Mais dans la dynamique du déplacement à Lille et à Toulouse, compte-tenu de l’arrêt de la grève… Comment çà s’est terminé ?
Jean-Michel : Assez rapidement. J’ai proposé à des camarades parisiens, pour s’organiser, voir comment on pouvait être dans l’action pour y apparaître comme une force de proposition de classe. L’échec de notre réunion publique a été patent. Aucune organisation n’a daigné trouver intérêt à venir.
Paulo : incroyable !
Jean-Michel : une honte ! Pour se bouger le cul y a plus personne !  A Paris le squat de la rue des Pyrénées s’est organisé pour trouver un lieu dans Paris 20ème et organiser un repas de soutien. J’ai contacté l’exécutif de la Mouette [9] pour qu’on ne soit pas la piétaille de l’extrême gauche. La Mouette a proposé l’Insoumise à Lille, squat transformé en librairie. On a trouvé intéressant de faire se rencontrer des gens qui n’ont pas l’habitude de se rencontrer, d’un même monde pas hostile à se rencontrer, idem à Toulouse[10]. Ils ont aussi mobilisé le squat « le Créa ». A Toulouse on a eu une centaine de personnes qui soulignèrent la qualité et la lucidité des camarades d’Aulnay qui avaient délaissé leur petit nombril de grévistes, enfin des gens qui avaient besoin qu’on les rejoigne dans leur combat.
Paulo : L’automobile est un vrai laboratoire du capitalisme. Le dialogue pouvait être impossible entre populations qui ne se connaissent pas. Y avait-il des concessions mutuelles ?
Jean-Michel : Le point d’étonnement du milieu squat c’est la question du travail. Ils sont évidemment choqués qu’on demande le droit à travailler. Or c’est une réalité, le travail dans le 93 est dégradé, tu peux faire deux heures de ménage un jour puis plus rien. La seule référence c’est le pognon, n’importe comment qui est seul gage de ta liberté. L’autre problème c’est quand on ne peut pas s’organiser dans le travail. Les gens qu’on a ramené n’ont pas la culture gauchiste ou ouvrière traditionnelle. Ils ont accédé à un degré de conscience supplémentaire. Le mouvement les a amenés à prendre conscience de plein de choses sur la société : il faut arrêter de souffrir en silence ! Que des gens viennent les voir et sautent par-dessus les syndicats… que des arabes et des noirs se battent pour tous, c’est inédit !
Paulo : on a encore le choc culturel entre le romantisme de l’anti-travail et les travailleurs forcés. Est-ce que le discours sur les restructurations capitalistes est si inoxydable, quand l’industrie automobile est à bout de souffle, avec tant d’éléments en marge de la production ?
Jean-Michel : Problème central de la grève à Aulnay. Quelques uns ont soulevé le problème de la crise de surproduction. Dans des termes les dépassant… malheureusement dominait encore les arguments du discours CGT et LO, discours productiviste : « on peut produire des bagnoles ! on est compétitif ! Les capitalistes sont des salauds ! ». C’est sûr les capitalistes sont des salauds mais c’est délicat. Nous on le voit bien avec nos lunettes de militants. Le piège à Aulnay a été vu trop tard. Les patrons voulaient fermer Aulnay depuis longtemps, usine phare pour la C3, mais aussi « usine indisciplinée, pour faire un exemple dans le groupe. Les patrons de Peugeot c’est l’UIMM, ils sont pas dans la négociation comme Parisot qui est aussi présidente de l’Ifop, c’est la bande à Beaujour, c’est pas la même fraction de la bourgeoisie.
Pour beaucoup le moyen d’avoir un espoir, c’était « on peut conserver l’outil de production ». Puis Saïd, placé à un endroit où il voyait passer les prototypes, a très bien vu qu’il y avait de vrais projets que la direction ne voulait pas dévoiler ni développer à Aulnay.
Paulo : On boit tes paroles. Les déplacements ont révélé pourtant une dynamique qui a échoué. Comment ont-ils pu déborder, aller dans d’autres lieux initialement sans vraiment qu’on les tire ?
Jean-Michel : D’abord cela a été un ballon d’oxygène pour eux. Le fait de les sortir, de pouvoir parler de leur combat hors des limites de l’AG[11]. On ne faisait pas que de la politique. Tard le soir on faisait la teuf. Super sympa, çà créait des liens. Le reproche que je fais ? J’ai gardé une plus grande liberté qu’eux. Mais je n’étais pas gréviste, au final la décision leur appartenait. J’ai regretté qu’ils restent limités par leur expérience à l’intérieur. Le mouvement est seulement « suspendu », y ont bien calculé leur truc (rires)… Il fallait qu’ils puissent pénétrer à l’intérieur et s’émancipent de cette tutelle syndicale et politique. Mais les militants de LO et de la CGT ont fait un travail important…[12]. Beaucoup de ceux qui ont fait la critique du travail ils y sont plus dans l’usine (rires). Notre militantisme n’est pas vécu comme une mission. Je ne suis pas du tout ouvriériste. Ma volonté de changer le monde doit s’articuler avec des luttes comme celle ‘Aulnay. On se voit. On se téléphone.
Paulo : Qui sont ces gens-là encartés à LO, à la CGT ? Leur discours est très structuré… et il y a eu des interventions de qualité à Lille. Qui sont-ils ?
Jean-Michel : On est venu avec cinq : un délégué de chaîne (un mandat particulier), trois de la CGT, un de SUD et un autre pas syndiqué, qui parle pas, mais qui est super dévoué. Avec l’histoire de la lutte à Aulnay… 2005…2009…2013, la lutte est le résultat du travail des différents groupes de la CGT à Aulnay. Jusqu’en 1982[13], la CGT devait rester clandestine à Aulnay face au syndicat maison. Les Saïd, Samir, Mohamed et José n’ont pas connu le passé, mais ce sont des personnages.
Paulo : On est admiratif, mais il faut donner les arcanes de ce qui se passe. On comprend que les gens prennent l’oseille et se barrent. Cela dit… même si plein de boites ont été contactées, je ne veux pas parler forcément de trahison des chefs… mais la CGT, LO, Mercier, LO à la manœuvre pas pour poser le changement de société… tenants et aboutissants de ce qui s’est joué en dernière instance ?
Jean-Michel : … des tas de choses me dépassent ou nous dépassent. Premièrement la CGT Métallurgie est la troisième fédération de la CGT, c'est-à-dire un bastion. Je rappelle Sochaux en 68 où trois ouvriers ont été tués, là-bas la CGT lève le petit doigt et tout le monde suit. Mais mais mais… pourquoi, dans tout PSA… pas une seule journée de grève pour tous les sites ? A Aulnay la CGT esquivait le problème… résultat de l’accommodement de l’appareil depuis dix ans avec Le Paon maintenant.  Deuxièmement la couleur politique de leurs animateurs, toujours anti-trotskystes puis anti-LO. Mais il y a dû avoir concertation pour que la CGT-LO ne foute pas le bordel. Certains avaient demandé à plutôt envahir le siège du syndicat, ce qui a été écarté par les leaders de la grève. Et puis il faut dire que la sociologie de LO a changé. Avec son groupe originel la Voix Ouvrière, c’était autre chose, la VO de Pierre Bois ; j’ai d’ailleurs connu des gens de cette époque, comme Daniel Bénard de Flins. Ils avaient une action vers les usines. Depuis quinze ans il y a de plus en plus d’enseignants et de profs à LO. Nathalie Arthaud a du temps libre, elle est prof à Aubervilliers. L’implication de LO dans la CGT est d’autant plus forte que le PCF s’éteint.
Alors voilà mon hypothèse. Il y a eu un deal entre la CGT et LO, un siège au comité confédéral « si vous ne  Il faut savoir aussi qu’une association, réceptacle de fonds pour la grève, a été montée par des municipalités PS qui ont ainsi « acheté la paix sociale ». Donc il y a eu un  deal avec les chefs grévistes, et c’est important pour l’avenir (et la crédibilité de ces partis) dans un département comme le 93 où la fermeture d’Aulnay va signifier encore plus de chômage. Echange de bons procédés entre syndicalistes et partis !
faites pas chier » ! Ou des places au niveau des fédés nationales. Il faut savoir que dans le 93, il y a des élus de LO dans les conseils municipaux SUR DES LISTES PS, pas à partir du PCF ! Le PS a détrôné le PC dans tout le 93 et il y a donc un enjeu de LO pour prendre la place.
Est-ce que les mecs de LO ont cru, avec les infos qu’ils savaient, que le sauvetage de l’usine était possible ?
Paulo : On a vu que le temps était du côté de la lenteur syndicale et qu’une radicalisation aurait reposé sur une rapidité de la grève. Pourquoi on n’a pas tenté d’élargir au sein de PSA jusqu’à l’intervention au congrès du PS ?
Jean-Michel : oui cela apparaît étrange. Plutôt que d’aller chialer devant les politiques, pourquoi l’accent n’a-t-il-pas été mis sur le blocage de la production, le sabotage ? Ils ont répondu que les autres travailleurs ne bougeraient pas… Pourtant quand on a envahi l’usine de saint Ouen on a vu que çà marchait bien ! LO a sorti une grosse brochure ou, erreur technique gênante, ils annoncent que la grève s’arrête avant le jour prévu. Il faudra en imprimer vite une autre…Dans l’usine, ils défendaient l’action comme celle de « minorités révolutionnaires », donc ne considéraient pas la grève comme un fait de classe. Leur message : il faut renforcer les « minorités » militantes. Ils ont vendu le choix entre partir ou aller à Poissy. En réalité c’est un processus d’infantilisation des grévistes : sans nous vous n’êtes rien ! Nous on n’est que des « sales petits cons d’anarchistes autonomes » (rires). C’est une stratégie à la petite semaine. Personne ne vient voir les militants, mais si on est pas capable de le faire à leur place, on va se faire bouffer.

INTERMEDE MUSICAL

Paulo : Tu as tout dit quand tu as dit qu’on est en face de chapelles du capitalisme qui veulent sauvegarder leur place dans le capitalisme. Mais peut-on être étonné du caractère non révolutionnaire de LO. C’est une tambouille qui limite tout au syndicat et élimine toute révolution de base. On s’est étonné de la façon dont la CGT tenait à privilégier les négociations tripartites avec le chiffon rouge de l’éventuelle Marine Le Pen…
Jean-Michel : D’accord ces groupes ont une fonction. Ce qu’on peut déplorer c’est qu’ils agissent en fonction de leurs intérêts (x) et pas de ma chapelle, moi ma chapelle c’est le prolétariat. Face à ces gens-là y a plus de militants pour les contrer. Pourtant y a un vieux barbu qui a dit « le mouvement réel abolit l’ordre existant ». Si on a pas les moyens, on les prendra. Les hommes ne sont pas faits pour rester esclaves, ils vont se révolter. On va pas se faire bouffer, se réfugier dans no squats. Pour nous il faut détruire le capital.
Paulo : tes émissions ?
Jean-Michel : L’eggregore, groupe anarchiste-communiste mouvementiste ; ce groupe se met à la disposition du mouvement social. Chaque lundi, radio primitive a vocation à tendre le micro à des gens qui sont en lutte. Mettre des gens dans des convergences et les mettre en contact, c’est notre action au quotidien.

(x) On notera une incapacité de Jean-Michel à considérer les gens de LO comme des larbins de la bourgeoisie, qui ont leurs propres flics; je fus suivi à ladite fête, et ce blog ainsi que les compte-rendus de leurs "envoyés spéciaux" beaux parleurs comme Samir ont fait un compte-rendu très détaillé à l'appareil de mes critiques.                                              &&&&&&&&&&&&&&&&&

UNE INTERVIEW très intéressante au final, et qui fera j’espère réfléchir notre milieu maximaliste marxiste composé lui aussi de plus en plus de vieux, et de vieux profs…
Tout en saluant le dynamisme et le dévouement des Xavier, Jean-Michel et surtout des grévistes, je maintiens mes critiques de fond sur la nature de la grève et son « utilisation » par les appareils politiques de gauche de la bourgeoisie.
1°) une grève ultra-minoritaire qui veut s’inscrire dans la durée sans poser l’extension au sein même de la boite, c’est quoi ? C’est du jusqu’auboutisme non seulement suicidaire mais déplorable et démobilisateur pour l’ensemble, grévistes et non grévistes (c’est pas la première fois que la bourgeoisie use de cette flatterie genre « grève radicale » (cf. lire mon article précédent sur ce blog où Angelo Tasca rappelle des exemples où la bourgeoisie italienne a poussé à des grèves « rouges » pour nuire à l’ensemble de la classe) ;
2°) Les balades extérieures tolérées par les manipulateurs trotskiens et staliniens sont restées au niveau « spectaculaire » réduisant la masse au rang de spectatrice, faussant délibérément la question de l’extension réelle par la lutte et pas par ce genre de figuration pour appâter les médias :
3°) les deux visites « externes » à Toulouse et Lille, les appareils CGT et CGT-LO les ont laissé faire, ne craignant plus aucune perte de contrôle, et les 5 délégués vedette à Lille ont bien joué leur petit rôle de télégraphistes de la mafia syndicale d’Aulnay sans nous dire ce qui se tramait au carrefour des ambitions de la secte LO et des arrangements électoraux ; en réalité l’extension politicienne battait son plein avec cette histoire classique et hypocrite de soutien financier, qui permet une extension de la démagogie de l’extérieur de la « conscience électorale » bourgeoise vers l’intérieur du bagne à futurs chômeurs sans aucune autonomie de pensée (les AG étaient mornes comme toutes les AG syndicales ainsi qu’en a témoigné Jean-Michel).
4°) La réussite de « l’intrusion » de J.Mi peut épater les naïfs, mais outre qu’elle n’est pas si glorieuse – je ne vois pas en quoi ce n’était pas une autre façon de flatter des ouvriers ficelés et finalement se mettre au service du syndicalisme le plus retors – elle a abouti à quoi ? A faire payer les déplacements en car des soit disant délégués autonomes qui n’ont pas eu d’autre politique que d’être les mégaphones des pires billevesées de leurs chefs syndicaux, et de maugréer contre toute allusion aux diverses trahisons syndicales ; lesquelles en vérité n’ont pas trahi mais maintenu la barque de la grève dans la vase du volontarisme borné et du jusqu’auboutisme bien utile finalement aux patrons de Peugeot.
5°) l’intérêt cependant de cette grève, contre ses interprétations triomphalistes, est justement dans l’organisation étrangère à la lutte et bêtifiante du personnel politicien de LO, cette sorte de populisme néo-stalinien qui prétend que si on ne prend pas les ouvriers par la main comme des gosses ils ne font rien. Face à ce genre de pratique de destruction de la lutte et de manipulation des assemblées et de la volonté de se battre, les ouvriers ne peuvent avoir qu’une envie, déserter ce champ pourri des rivalités militantes, et c’est ce que la majorité de l’usine avait d’une certaine façon compris sans se sentir étrangère à la hargne des grévistes.
6°) Les milieux anarchistes comme l’OCL et La Mouette Enragée peuvent émettre de jolies critiques, faire des remarques intelligentes, mais dans la pratique, à Boulogne comme à Aulnay ils « agissent » (et se vantent d’agir) mais au cul des manipulateurs professionnels du prolétariat. La Mouette, contrairement à ce que dit Xavier,  ne tire jamais de bilans argumentés des échecs (cf. leur chanson sur la victoire des retraites…) ; on fait des brochures sur les Roms, les autoroutes de la mer, fort bien rédigées, mais derrière il n’y a aucune consistance politique. On attend les « actions » qui viennent rarement, pour le plaisir de faire cramer quelques pneus et de boire un coup avec « les potes » ou « les gens ». On fait de la réunionite régionale et nationale. On psalmodie avec les occupants contre le projet d’aéroport de Notre Dame des landes, et on n’est même pas au courant de ce qui se passe quotidiennement dans ce bled, Boulogne sur mer ; nom glorieux puisque c’est le nom qu’on jugea utile de donner en banlieue parisienne à Billancourt et où la classe ouvrière a disparu de l’île. Mais pas du monde.






[1] En réalité je n’avais pas dit toute la vérité ni toutes les impressions que m’avait laissé la réunion à Lille, voici ce que j’en disais à un camarade de Bretagne début mai : « Sur la rencontre avec ceux d'Aulnay je n'ai pas tout dit, ne voulant pas jouer les démoralisateurs (ou le plutôt démineur hypocondriaque obsédé) mais les anars ont les mêmes procédés que les "léninistes", sous couvert de laisser librement s'exprimer l'AG, ils étaient 4 à 5 à tirer les ficelles: deux jeunes ouvriers arabes et un français (affidés CGT de base mais CGT quand même) essentiellement ouvriéristes et usinistes (au sens PSA peut vendre) et un gars de l'OCL qui se permettait d'octroyer les tours de parole (émaillé d'anti-lepénisme primaire, de déclarations d'antiracisme et de commentaires bon enfant).... rares. La plupart des très jeunes assistèrent surtout à la joute entre moi et eux (j'ai retranscris comme si c'était plusieurs intervenants, en fait c'était plus une opposition entre le maximaliste de service et eux). Les très jeunes restent encore paumés et surtout anti-Le Pen, ce qui les dispense de faire de la "haute politique", ou comme le disait une jeune ouvrier arabe "de discuter comme les politiciens". Dans les discussions préliminaires dans le couloir de la librairie L'insoumise, une autre jeune ouvrier arabe d'Aulnay se faisait fermer systématiquement la bouche par un des "caïds" beau parleur (Samir ou Saïd) avec des airs de préséance, ray-ban et portable ostensiblement tenu, ce qui me déplaisait souverainement et laissait poindre une hiérarchie secrète...  Je n'avais pourtant pas l'impression d'être un OVNI ni un vieux con, mais leur conscience à tous m'apparaissait comme un condensé d'attente, de peur, d'irrésolution et d'absence de conviction qu'il est possible de faire quelque chose pour foutre en l'air ce monde mercantile. La plupart semblaient très pauvres et habillés ou décorés avec les signes du marginalisme (tatoutages, kefiehs, et accoutrements avec dominante noire...). Et pourtant ils font partie de la classe! Je pense que les djeuns auront besoin surtout de la pratique dans les événements à venir et que notre discours maximaliste n'y sera pour rien ».
[2] En réalité, comme à Lille, on a affaire à une confrontation un peu surréaliste entre des ouvriers, certes intelligents et fort bons discoureurs, mais face à une marge du squat qui les regarde comme des martiens et n’y pige que pouic. Et soit pose des questions idiotes soit se tait.
[3] Xavier noie le poisson. La Mouette n’est qu’une courroie de transmission provinciale de l’OCL, avec un seul membre de celle-ci qui cornaque les autres ; ils se vantaient d’avoir « un mec dans la boite », exceptionnalité noble refusée aux chapelles gauchistes figurantes ; on verra grâce au témoignage par après de Jean-Michel que ce n’est pas tout à fait cela mais plus simple et plus intrigant.
[4] La Mouette, comme on va le voir, aura surtout piaillé pour le barnum CGT et « l’action symbolique », les dits débats restant ferrés sur le terrain syndical face à une bande de jeunes marginaux des squats muets plus par incompréhension que par hostilité.
[5] Oui Jean-Michel en parlera et de façon bien plus éclairante que Xavier qui semble buter sur un sujet très délicat, si révélateur pourtant comme va l’illustrer avec magnificence Jean-Michel.
[6] Jean-Michel trafique hélas.  A Lille je l’ai vu surtout jouer le monsieur bons offices, présider oecuméniquement sans  jamais contrarier ses complices syndicalistes aéroportés gratos. D’abord venir acheter la bienveillance des ouvriers en grève avec un chèque, PCF, CGT et gauchistes n’ont pas attendu qu’’il l’invente ! Ensuite parler d’extension à des grévistes jusqu’auboutistes archi-minoritaires, de plus en faisant croire à une autonomie fictive alors qu’ils étaient déjà ultra-ficelés par CGT et CGT-LO, cela porte un nom : une manœuvre syndicale de plus et … pour souffler dans le même mégaphone des cuistres syndicaux et de leur appareil obscur !
[7] Mon cul !
[8] Heureusement Jean-Michel est plus explicite plus loin, le véritable ennemi, on va le voir, était dedans la grève !
[9] Hips ! Ils sont trois et ont un « Exécutif », ce sont donc des léninisto-anarchistes !
[10] Là je dois saluer cette partie de l’explication de Jean-Michel. En effet il y avait du génie, d’abord à se retrouver à discuter dans des locaux gratis, mais surtout à montrer à une jeunesse  jetée à la rue (en bandeaux noirs, bracelets et dégaine marginale, … en deuil du travail) leurs aînés (de peu) qui montrent l’exemple de la lutte, qui expliquent pourquoi… il est nécessaire de faire encore des boulots de merde. Sur ce plan, je le répète, même les sous-marins de la CGT ont eu des arguments admirables et sans mépris pour les « largués » de la production ! Malheureusement il n’y a pas vraiment eu de dialogue, chacun restant dans le doute et le désarroi.
[11] Intéressante la remarque contre tous les cultivateurs de l’assembléisme d’usine, répétitif ou redondant, souvent obstrué par  Mercier et autres discoureurs syndicrates, aussi tristes et creux que le blog CGT de la grève, et celui navrant de LO ! A vous donner envie d’aller vous éclater dans un squat !
[12] ?????
[13] J’étais moi-même intervenu, comme militant du CCI, debout sur le monticule face à l’usine pour haranguer  les ouvriers afin qu’ils sortent de l’usine. Cela n’avait éveillé l’attention de personne, mais on me vit, dos tourné au journal  télévisé de FR3. Samir et Saïd m’ont rendu un naïf hommage à la fin ; ne pouvant se résoudre à me tutoyer : « alors… vous êtes depuis longtemps dans le mouvement du combat ». Même si on n’était pas sur la même longueur d’onde, c’était quelque chose.