"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 20 novembre 2011

LOBBY NUCLEOCRATE ET LOBBY EOLIEN


UNE BAGARRE ENTRE BOURGEOIS

Sous les quotidiennes sirènes du bonheur démocratique et des sondages conviviaux, on finissait par oublier que les élections ne sont pas l’affaire des électeurs, mais des désidératas des grands magnats industriels. Ce n’est pas « l’opinion », ni le « libre choix » des votants, ni les clubs sportifs, ni le Crif, ni le pape qui choisissent le parti éligible et son candidat, mais les banques, les grands patrons coalisés avec les petits, et le lobby nucléaire, consortium qui non seulement irrigue le pouvoir mais EST le pouvoir. La petite France n’est-elle pas depuis De Gaulle, la bombe A + ses centrales nucléaires, comme la Libye de Kadhafi était l’armée + le pétrole, comme Israël est son armée américaine et ses olives, etc.

A l’occasion (malencontreuse) d’un chipotage entre la gauche bourgeoise et ses sous-fifres de l’écologie, la péripétie autour du gommage, après validation des deux parties, du terme MOX, dans le communiqué commun validant le charcutage électoral mutuel, avec parachute garanti, le sang non irradié du lobby nucléocrate (EDF + AREVA) n’a fait qu’un tour. Sans précaution d’arrière cuisine, le lobby a montré les dents. En langage diplomatique, mais trop vite rendu public par les officines de l’empereur de l’Elysée, Areva a indiqué avoir averti "ses contacts ordinaires au PS" de "conséquences économiques, sociales, industrielles, environnementales très graves, qui conduiraient aussi à la disparition du leadership de la France dans le nucléaire civil". On a alors dénoncé tout azimut une nouvelle désindustrialisation de la nation, et le probe trust s’est livré sans ambages à un chantage à l’emploi. Rejoint aussitôt par les perroquets du gouvernement et par les syndicats gouvernementaux, le chœur des protecteurs de l’industrie française - avocat désintéressé de ses nombreux ouvriers - n’a pas eu de mots assez durs contre ces « amateurs » du PS et leur girouette Hollande. CGT, FO, CFTC et la CFDT, syndicats « indépendants » se sont indignés que le staff de Hollande et des verts de gauche n’aient pas pris la peine de se concerter avec le lobby nucléocrate, avant leurs petits arrangements entre amis de l'oligarchie du parachutage électoral.

Outre une sévère leçon pour les électeurs naïfs qui baignent dans la mystification démocratique, nous, pauvres spectateurs, découvrîmes un produit assez spécial, inconnu du public jusqu’ici, le MOX. Pauvres ignorants que nous sommes, nous pensions que les centrales fonctionnaient, sans cette histoire de retraitement, à base d’uranium, voire de plutonium, enfin d’un combustible assez primaire quoique dangereux pour sa conservation au long terme, et les politiciens écolos commençaient à nous lasser avec leur éclairage à la bougie et les trucs sophistiqués et chers pour économiser l’énergie dans les résidences secondaires des couches moyennes.

Nous savions que de toute façon on ne nous demande pas notre avis sur la manière de gérer l’Etat bourgeois et la matière pour nous embobiner, car nous savons bien qu’on ne peut se passer du jour au lendemain d’une foule d’énergies polluantes : pétrole, nucléaire, guerres, maladies endémiques, famines, bêtise médiatique, etc. Mais cet accommodement d’impuissants exploités n’imagine jamais combien la loi du profit et les querelles de puissances en compétition nous préparent des lendemains plus horribles encore pour l’humanité, et que les commerciaux écologistes se proposent de bannir.

Le MOX n’est pas un simple uranium enrichi ou appauvri. Il est issu d’opérations de retraitement. Fabriqué dans l'usine Melox de Marcoule (Gard), il alimente partiellement des centrales japonaises, allemandes et françaises (21 des 58 réacteurs d'EDF). L'EPR de Flamanville doit aussi fonctionner au MOX. Par la présence de plutonium dans sa composition, ce combustible est hautement "proliférant", dénoncent depuis des années les amis de l’écologie universelle, cette promesse d’avenir radieux et pas radiant pour l’humanité. Les industriels répliquent qu'il n'y a aucun risque que ce plutonium serve à la fabrication d'une bombe puisqu'il n'est pas de qualité militaire. Un argument d’imbécile appauvri.

Rendons grâce à notre nation française post-gaulliste qui s’honore d’être le premier exportateur net d'électricité au monde grâce à sa production nucléaire. Elle en tire chaque année trois milliards d'euros à l'export. La valeur ajoutée totale produite par le nucléaire serait au total de plus de 12 milliards d'euros, et contribuerait pour 0,71% au PIB français. Ce qui n’est pas rien en regard des dettes pharaoniques à rembourser pour agréer aux agences de notation.

Le lobby des élus verts, qui prétend représenter une foule de PME, comme son concurrent PS fît aussitôt valoir que la transition, en cas d’alternance avec le règne sarkozien, vers les énergies renouvelables «créera bien plus d'emplois qu'elle n'en détruira» ; avec leur argument « stop immédiat au nucléaire », ils font rigoler même une mémé auvergnate chauffée au mazout. Un rapport d’un quelconque Conseil d'analyse stratégique (CAS) paru l'année dernière évaluait à 440.000 le nombre d'emplois directs qui seraient potentiellement induits par un accroissement du marché des produits et matériaux au label écologique, certifié DCB ou EELV. Ces fumeurs de shit arguèrent qu’en Allemagne, le secteur aurait d'ores et déjà généré quelques 370.000 emplois directs et indirects. Bonne promesse électorale qui ne fait pas dans la demi-mesure, les compétiteurs écologistes ont assuré en outre que le transfert des employés du nucléaire vers la filière énergies vertes serait par ailleurs facilité par les départs à la retraite massifs qui devraient intervenir d'ici 2020 ; ce qui est le plus beau mensonge à mettre au crédit des politiciens verts. La filière nucléaire emploie en effet un nombre important de travailleurs saisonniers sans protection ni syndicale ni juridique, et trop jeunes pour espérer partir en retraite en 2020. Et déjà contaminés comme d’autres à l’amiante longtemps après…

"On a reçu une instruction politique", se souvient un dirigeant d'EDF, qui parle de l'EPR comme d'"un réacteur plus politique qu'industriel". Ce sera une centrale franco-allemande, car le couple Mitterrand-Kohl voulait rééditer dans l'énergie le succès du programme Airbus. Et ce fût l'European Pressurized Water Reactor (EPR). EDF et Framatome s'exécutèrent et se rapprochèrent de Siemens et des électriciens allemands. Ils s’étaient aussi invités à travailler main dans la main avec les autorités de sûreté nucléaire des deux pays. La catastrophe de Tchernobyl, en avril 1986 a refroidi l’amical combustible à profit. Elle a pétrifié les opinions publiques, vitrifié de nombreux projets... Puis il y a eu le drame de Fukushima, non pas dû à une fission nucléaire incontrôlée mais au fait que la centrale avait été construite en bord de mer dans une zone sismique à risque, avec l’aide d’ingénieurs français. Aubaine pour les politiciens écologistes qui y virent une occasion de gonfler leurs scores en Europe. Peine perdue avec la nouvelle crise systémique, autrement plus grave, de la crise capitaliste ! Fort de sa campagne des primaires dopée par tant de spectateurs indignés des rapines des banques, l’appareil du PS avait cru bon de mépriser ses alliés petits bourgeois écologistes trop vite boostés par les cadavres japonais. Et, comme n’importe quel vieux parti stalinien, ce parti qui ne sent plus la roses’était autorisé à ôter la mention du MOX dans le laborieux compromis verts-rose, qui faisait tâche d’huile sur le veston des intérêts de la nation.

SOUS LES QUERELLES FRANCO-ELECTORALE LA GUERRE ECONOMIQUE

Le lobby d’EDF était pourtant sévère sur le choix de l'EPR cancanant qu’il a compromis le déploiement de l'industrie nucléaire française en Chine. Dans les années 1980-1990, le lobby a fait construire les centrales de Daya Bay et de Ling Ao pour China Guangdong Nuclear Power Company. La présidente d'Areva, récemment licénciée par Sarkozy, ne l'entendait pas ainsi. Anne Lauvergeon puisqu’elle avait réussi vendre son EPR à la Finlande et voulait renouveler l'opération à l'échelle chinoise. A Pékin, les autorités se sont mis à douter des grands commerçant du nucléaire français. Et c'est finalement AP 1 000 de l'Américain Westinghouse qui sera choisi, fin 2006, comme réacteur de référence du programme électronucléaire chinois. D’où le licenciement post negociatum de la mère Lauvergeon. Areva sauvera la face un an plus tard en vendant deux EPR et leur combustible pour 8 milliards d'euros. Peut-être en livrera-t-il deux autres et quelques-uns en Inde. "Mais la France ne peut pas avoir que l'EPR dans son catalogue", modère Henri Proglio depuis sa nomination par le cador de l’Elysée: il faut être présent sur l'énorme marché chinois. Il y a vingt ans, avec l'EPR, la France privilégiait la coopération franco-allemande, puis Siemens est sorti du capital d'Areva en 2009 avant de sortir du nucléaire en 2011 ; aujourd'hui, le lobby nucléocrate veut croire à un axe franco-chinois.

A l’entrée du chantier de l’EPR de Flamanville, dans la presqu'île du Cotentin, où le bâtiment réacteur est posé au-dessus du niveau de la mer, comme à Fukushima, des propagandistes de Greenpeace (dont les leaders ont leur siège aux USA) distribuent un tract expliquant en 20 points "pourquoi arrêter le chantier EPR" : retard de quatre ans sur le calendrier ; dérapage de la facture passée de 3,3 à 6 milliards d'euros ; mises en garde de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur la fiabilité du contrôle-commande, véritable "cerveau" de la centrale ; malfaçons dans le génie civil ; deux morts sur le chantier cette année ; prix très élevé de l'électricité produite... Et tout cet argent détourné de sa vocation, "le développement réel d'énergies alternatives". Le PS et sa nouvelle prima donna ne contestaient pas cette réalité peu avant leur entrée en scène électorale un peu trop précoce suite aux mauvaises ondes d’un de leurs principaux candidats pervers. Fin octobre, l’ex ministre de Jospin, Michel Sapin, évoquait maladroitement un "grand ratage industriel"(sans concertation avec le lobby nucléocrate) (sic la faute à Lauvergeon pourtant simple missi dominici de l’Etat). Quinze jours plus tard, le député européen accessoire Daniel Cohn-Bendit avait parlé d'"un tombeau industriel et financier". Les énergies « alternatives » semblaient pouvoir incarner une bonne éolienne électorale menaçant de souffler bon nombre de places oligarchiques au PS sanctuarisé.

Retour de bâton industriel dans les roues de la gauche caviar à panneau solaire, lorsque la nucléocratie apprit que l'EPR de Penly (Seine-Maritime) ne se fera pas si le cartel Hollande accède à l'Elysée. Et puis quoi encore ? Renoncer à Flamanville ? Début novembre, la rumeur d'un arrêt du chantier en cas de victoire de la gauche avait fait plonger EDF en Bourse. Trois à quatre milliards d'euros ont déjà été dépensés en études, en équipements et en main-d'oeuvre. Et EDF, maître d'ouvrage, devrait verser d'énormes dédits à ses partenaires et à ses fournisseurs. Pourtant, après quatre années chaotiques et 15 millions d'heures travaillées, le chantier avançait bien. Aux yeux des ingénieurs d'EDF, l'EPR est entaché pourtant d'un péché originel : ne pas être "made in EDF". Même s'ils y ont mis leur patte à Flamanville, il reste un produit conçu par Areva et l'allemand Siemens. Architecte-ensemblier des 58 réacteurs français mis en service entre 1977 et 1999, EDF et sa puissante ingénierie avaient toujours été étroitement associés à Framatome pour leur conception. Cela lui permettait de ne pas être dépendant du fabricant des réacteurs et de les améliorer en permanence, ce que n'a pu faire le japonais Tepco avec son fournisseur américain General Electric au moment de l'accident de Fukushima.

Drame industriel pour la bourgeoisie française. Les projets à l'exportation sont déjà durement frappés par le syndrome post-Fukushima. Areva a construit l'usine japonaise de Rokkasho-Mura sur le modèle de La Hague et négocie depuis des années avec la Chine. Un contrat qu'il évalue à 15 milliards d'euros. Il a aussi un projet d'usine de Mox à Savannah River, aux Etats-Unis. Dur dur après Fukushima et les cris des politiciens écologistes qui sont à la chasse aux places de dignitaires méritocratiques.

Le chipotage entre le PS et les Verts a donc ravivé la plaie concernant la « capacité du candidat Hollande » à gérer les affaires de la bourgeoisie française dans son flou artistique qui comporte une mirifique embauche de fonctionnaires pour l’Eduque naze et la possible promotion d’irresponsables verts.

Avec ce pain béni du MOX, l’intox de la droite au pouvoir a su ainsi dénucléariser la petite bombe Hollande. Bien mieux que l’exploitation des frasques de DSK, bien mieux que la parade du général Sarkozy vainqueur en Libye, bien mieux que la police exhibée comme protectrice de la veuve et de l’orphelin, et en concordance avec le souci national de faire se serrer toujours plus la ceinture aux prolétaires pour « sauver la nation », l’actuel hôte du palace de l’Elysée s’est confirmé à cette occasion comme le meilleur champion du lobby nucléocrate, méritant son adoubement industriel et populaire en 2012.

Toute cette stratégie électorale – Hollande sait très bien que les écolos déconnent et sont le talon d’Achille d’une gauche incrédible – participe (non d’une volonté de détruire le PS, car justement si le lobby a tiré les oreilles à Hollande, c’est en lui rappelant les obligations industrielles s’il parvenait à supplanter le clan Sarkozy) – mais bien d’une même attaque contre la classe ouvrière, en la divisant sur la question qui la concerne plus que tout autre : l’emploi ; non pour la pousser à voter Sarkozy, elle peut bien s’abstenir puisqu’elle est minoritaire et ce triste Mélenchon peut bien en canaliser une partie, c’est pas grave.

Il a bien tenté de rattraper la bourde le petit Hollande. Sur TF1, il s’est arrogé de lever toute ambiguïté : "Je suis pour qu'il y ait encore du retraitement du combustible, il le faut pendant le temps nécessaire." Ne serait-ce, ajouta-t-il, que pour alimenter les 21 réacteurs fonctionnant en partie avec ce mélange d'uranium et de plutonium, dont Areva assure 95 % de la production mondiale.

Peine perdue, le nuage contaminé était bien passé au-dessus de sa tête. Avec force effets de manche, les politiciens de droite gouvernementale, ragaillardis, ont assuré, « eux », tout faire pour éviter « le saut dans l’inconnu », pour sauver les emplois dans l’automobile, dans les banques, à Sea France, etc. Tout en prenant soin de diviser le prolétariat. Pierre n’est pas traité comme Paul. Pierre travaille « au front » dans les PME, ses congés maladie ne lui sont pas rétribués. Paul fonctionnaire peut s’arrêter en maladie sans aucune rétorsion sur son salaire, pourquoi ne bénéficierait-il pas lui aussi de la « journée de carence » ? Comme pour les retraites, ne faut-il pas aligner tous à la même enseigne ? La devise au front des mairies n’est-elle pas : liberté, égalité, fraternité ?

Allez vous indigner contre une aussi onctueuse action d’intérêt national ?

Tout le reste n’est que littérature et les sondages suivront.

Il ne suffira plus que de se conformer à la stratégie inusable de conquête de l’électorat :

- Clientélisme

- Visite des maisons de retraite

- Bons mots à la télé

- Charcutage électoral

- Quadrillage des quartiers

- Dévouement des recruteurs municipaux et militants

- Bombardement médiatique

- Distributions de chouquettes et de crottes en chocolat sur les marchés.

Comme dans n’importe quelle république bananière.

vendredi 18 novembre 2011

Du danger d’abandonner la théorie du prolétariat



(et un dernier coucou des chauve-souris communisatrices pour la route)

Bien reçu la lettre internationaliste de Michel Roger. Evidemment on ne peut être que d’accord avec les analyses de ce camarade sur la gravité de la crise capitaliste. Le texte du groupe américain de Mattick des années 1930 – Living marxism – est un texte rigoureux qui fait partie de nos archives maximalistes et nous nous y retrouvons aussi. Texte au titre bizarre : « Salut à la crise » ! Ecrit en 1938 à la veille de la Seconde Guerre mondiale, bravo ! Sa conclusion est pitoyable : « Sur la route du capitalisme, sa fin mortelle est déjà en vue, tant en période d’austérité qu’en temps de crise. Et nous nous en réjouissons. Une fin du capitalisme pleine de terreur est toujours préférable à une terreur sans fin. Aussi saluons-nous la crise ! ».

Chapeau, deux ans à peine plus tard le capitalisme se survivait en pleine terreur pour se ressourcer pendant plus d’un demi-siècle encore ! Michel aurait pu noter au moins ironiquement la capacité des marxistes « catastrophiques » à se gourer autant que les meilleurs prix Nobel de la paix capitaliste.

Quel intérêt ensuite de reproduire un article du journal bourgeois Le Monde d’un zozo de l’intelligentsia anar bcbg Anselm Jappe (spécialiste de Debord ma chère !) : L’argent est-il devenu obsolète ? Où ce brave philosophe imagine un monde dévalué et une misère sans argent. Pas étonnant que Le Monde ait publié ce fantasme d’intellectuel bien nourri. Si au moins ce gauchiste établi avait conclu : « et alors, basta, on se servira et on prendra les armes » !

Pire, et plus inquiétant, la lettre internationaliste publie un texte présenté comme rigoureux d’un interlope des facéties des charlots communisateurs, Max spécialiste de la revue de presse des petits profs retraités de cet univers de gauchistes désenchantés, et grand questionneur de la vocation de tous ces has been déjantés. Etonnant de la part de Michel, qui, avec R.Camoin fût parmi les premiers à décrypter et à renvoyer aux chiottes de l’histoire ce petit monde de « réformistes anars » ! Qu’est-ce qu’on a à foutre des journalistes belgo-américains Sander et Mac Intosh (dont le plus proche collaborateur dans la section CCI de NY, avait publié un bouquin avec Willy Brandt au moment de la chute du mur de Berlin) ? Les mêmes qui doutaient il y a trente ans que les chômeurs fassent partie de la classe ouvrière, et qui n’ont pas eu de mots assez durs contre la racaille des émeutiers anglais (pourtant tous prolétaires) ! Et des petits instites R.Simon, Exit, Rocamadur, Blaumachin et autres TC, petits maîtres passés à l’art du langage obscurément pesant et imbitable ?

Je l’ai dit et redit et je le répète, l’abandon de la notion et du rôle du prolétariat mène à tout sauf à la révolution. Pour la plupart ils sont voués soit aux poubelles de l’histoire des voyeurs de la lutte des classes, soit à la plongée vers l’ornière de la nostalgie fasciste (cf. Les Guillaume, Bochet, Blanc et autres négateurs des chambres à gaz, et j’en passe).

Max, en fan de tous ces ânes d’intellectuels petits bourgeois ne pose aucune question concernant les difficultés actuelles de la classe ouvrière ni ne s’interloque du genre de questionnements de ce marais de scribouillards voyeurs.

UN COUCOU DES CHAUVE-SOURIS COMMUNISATRICES POUR LA ROUTE

Il fait en outre de la publicité pour le dernier pensum des frères révisionnistes Dauvé/Nésic : « Communisation » si bien édité par leur site sarcastique « trop loin ». Saint Gilles et Saint Karl, abreuvés encore puceaux par la bouillie de S ou B, ces deux lascars s’arrogent d’être les vrais papes de la théorie communisatrice. Plus même, ils viennent prétendre corriger le pacifisme que tous les imbéciles sus-nommés avaient laissé poindre de leurs charabias ampoulés ; et dont je me suis bien moqué dans mon « Précis de communisation » (qui a fait se gondoler même l’herbivore Camatte). Bien sûr assurent-ils qu’il y aura violence dans la permutation sociale communisatrice. Pas question de prendre le pouvoir, mais on fera des émeutes, des grèves générales, des pillages… pour l’essentiel, non pas les besoins de l’estomac mais la « relation humaine » entre « les gens ». Bien sûr que la classe ouvrière continue d’exister (et merde à Negri et aux concurrents de la planète communisatrice anarchiste), mais « peu importe ce qu’imagine tel ou tel prolétaire », comme l’a dit un jour un jeune universitaire allemand dans ses écrits « de jeunesse ». Ah certes nous n’avons plus aujourd’hui ce formidable exemple du plouc italien venu « refuser le travail » à Turin au début des seventies. Certes cette stupide caissière de supermarché ne pense qu’à conserver son travail et pas à le contester ! Et le brave cheminot en grève n’a-t-il pas la possibilité de passer à une activité différente « décidée par eux en commun ». Par exemple ? (c’est moi qui complète) jouer aux cartes pendant l’occupation du lieu de travail, succédané de la seule action autorisée par l’aristocratie syndicale.

Après nous avoir longuement exalté leur pauvre passé soixantehuitards, de nos présumés fondateurs de la plus bête théorie sociologique, qui ne ravit qu’une poignée de quadras révisionnistes de l’élite rose, après nous avoir assuré des années en arrière qu’il « faut savoir attendre », nos deux jemenfichistes ne font que radoter les pires âneries de l’anarchisme ringard sur un passage « immédiat » au communisme, car ils prennent soin d’alterner ce gros mot passé de mode de « communisme » avec communisation. Généralement peu sûrs de leur affirmation, ils concèdent que cela pourrait prendre au moins « une génération » ? Plutôt que de supprimer l’argent ou d’user des vieillots « bons de travail » de Appel et de Marx, ou de la misère coopérativiste, je propose pour ma part de conserver la carte bleue, carte rouge si vous voulez, après avoir brûlé les banques et leurs billets…

Le seul exemple qu’ils tolèrent pour appuyer la soit disant « révolution communisatrice », violente et égalitaire ( ?), est l’ambiguë Commune de Paris, pourtant critiquée par Marx, Elysée Reclus, Rosa Luxemburg, Georges Haupt (et moi-même, cf. mes articles et mon livre sur les avatars du terrorisme). Lorsqu’ils sortent un peu de leur péplum sociologique c’est pour radoter les pires poncifs pieux et vieilleries du passé recopiées par n’importe quel arsouille stalinien ou trotskien.

Les vues sur la société de l’avenir sont du même niveau que l’aile arriérée bourgeoise qui veut immédiatement arrêter les centrales nucléaires sans se soucier des conséquences pour la société telle qu’elle est obligée d fonctionner ni pour les millions de prolétaires pauvres qui en dépendent. Ils peuvent remercier Camatte et Bitot pour les avoir initiés au miracle du retour à la terre. Sous les ultra-gauches ne se cachaient en réalité que des gauchistes déguisés en phraseurs pour apolitiques libertaires. Ils peuvent tout aussi bien rejoindre Eva Joly et leur vieux pote parvenu Cohn Bendit.

Tout leur laïus montre combien nos profs en voie de garage sont hors des réalités. Rien sur l’impuissance des « endettés » grecs, rien sur l’absence du prolétariat en certaines contrées, rien sur le « mai 68 » arabe et leurs illusions enfuies.

En 46 pages A4, nos petits profs retraités laissent sourdre enfin un parfait mépris du prolétariat, qualifié de couche « salariée », comme les deux apôtres du syndicalisme gouvernemental, Cherèque et Playmobil. Mépris présent et passé. Dauvé que se croit historien de la révolution allemande de 1919, après avoir simplement recopié Badia, fustige ces centaines de milliers d’ouvriers berlinois qui n’ont pas marché dans l’insurrection prématurée et au casse-pipe de la November revolution. Oubliés les appels à la prudence de Rosa Luxemburg ? Oubliées les circonstances tragiques de l’immédiat après guerre ! N’est pas historien qui veut. La connaissance des faits en général du passé ne peut oblitérer l’inconscience et l’immaturité d’intellectuels marginaux qui ramènent leur fraise dans le bordel d’internet pour satisfaire la gloutonnerie langagière des paumés du petit matin blême et du grand soir anarchiste. Les prolétaires seront punis de toute façon au grand jouir de la communisation, sans entraves : « La communisation sera ainsi un règlement de compte du prolétaire avec lui-même ».

Et pour finir (et qu’est-ce qu’on se marre), ils attendent toujours… de loin : « un signe d’énergie du courant communisateur parmi les prolétaires ».

Ils peuvent toujours attendre longtemps.

mardi 15 novembre 2011

NOTES SUR UNE VEDETTE MECONNUE


KARL KORSCH : Notes sur l’histoire (1942)

Suivi de Karl Korsch, un cheminement politique par Serge Bricianer

(ed Smolny, ouvrage publié avec le concours de la région Midi-Pyrénées)

120 pages, 10 euros.

Les éditions Smolny ont un vieux projet, et au long terme, de publier ou republier les « introuvables » du mouvement ouvrier révolutionnaire. Projet honorable et passionnant auquel j’ai souscrit totalement au début, enthousiasmé que ces camarades s’attachent à commencer d’abord par la republication d’un ouvrage fondamental de la grande Rosa Luxemburg. Je devais être passablement déçu pour des deux éditions suivantes, une étude de thésard universitaire croyant pouvoir réviser le génial Engels et ce dernier ouvrage concernant un de nos derniers grands marxistes ennemi du stalinisme et non sclérosé Karl Korsch, qui fût plus l’objet de notre attention à la fin des sixties que Marcuse, pour nous les dinosaures soixante-huitards allemands et français.

En règle générale il faut saluer l’intense travail soigné et rigoureux d’édition de ces camarades amateurs au seuil de l’édition bourgeoise trafiquée, creuse et hâbleuse. Les ouvrages sont de bonne facture, fruit d’un travail ardu, perfectionniste d’amateurs non rétribués, qui aboutit à un « sans faute » et « sans coquille » pour le dernier ouvrage. Même les gros trusts bourgeois, négligents et jem’enfoutistes pour leurs merdes à supermarché n’accomplissent plus ce type d’œuvre. On a plaisir à tenir en main de tels ouvrages soignés qui respectent enfin le lecteur et lui laissent le plaisir de feuilleter de la bonne ouvrage avec notes intelligentes et complémentaires.

Le problème n’est pas tant dans la publication (toujours intéressante) de « l’introuvable » du marxisme que dans les introductions. Smolny se démène pour dénicher les pires présentateurs de la planète anarcho-conseilliste, le nombriliste Janover et l’anar cultivé Valadas/Reeve. J’ai déjà eu l’occasion de déplorer le narcissisme complaisant de Janover qui au lieu de parler de Rosa, se met en scène avec ses amis éditeurs. Avec l’avant-propos à plusieurs du « Korsch », la patte anar complaisante et moderniste de Reeve prédomine et flingue d’emblée toute espérance pratique et militante pour un introuvable, pas bien intéressant par après. La biographie jointe de Korsch par Bricianer relève heureusement le niveau mais dans un tout autre esprit prolétarien et militant que cet avant-propos, qui eût mérité de se nommer plutôt arrière-propos.

Franchement, le rappel de l’itinéraire de Korsch eût mérité de débuter par la mise en situation de sa place éminente dans le mouvement révolutionnaire des années 1920 plus que dans la dernière partie de sa vie, entouré d’amis tels que la référence élitaire et intellectuelle pour trotskiens Walter Benjamin et le théâtreux stalinien Bertolt Brecht (une faute à Bertolt, il n’y a pas de d), prix Staline 1955. Soucieux de vedettariat, Reeve démarre en invoquant un désir de placer au pinacle des « savants universellement connus », un intellectuel méprisé par les staliniens comme Korsch. Reeve aime le cliquant. Les anarchistes ont toujours rêvés d’être généraux ! Ainsi le must de la carrière de Korsch serait donc sa place d’éphémère ministre de la justice du gouvernement ouvrier de Thuringe. Brillante carrière du « troisième homme », assurent Reeve et ses adjoints. Il est « rédacteur en chef de Die Internationale », « intellectuel de renom », « reconnu des cercles du Komintern », « député communiste très écouté au Reichstag ». Plus merveilleux, Korsch est « critique de la politique jacobine de Marx au nom de Bakounine et du syndicalisme révolutionnaire » ; voilà qui est de nature à mettre en bouche les nombreux lecteurs potentiels de l’anarchisme ringard ! Reeve prend des airs graves mais ne jette que de la poudre savante. Il confirme sa propension à raconter des contes pour intellectuels marginaux. Puis il se plaît à fermer les yeux sur l’importance de la révolution bolchevique pour débiter des choses extrêmement instructives, incroyablement importantes…

Pourtant Korsch n’aurait pas dû être, au bout du compte, digne d’éloges d’une si « brillante carrière » annoncée, lorsque le trio reevesque pointe son glissement vers l’anarchisme bcbg propre à ravir tous les indignés bobos : « Korsch se trouve isolé des cercles de l’élite bureaucratique et commence son cheminement d’intellectuel dissident et marginal ». Le must pour Reeve qui se mire dans ce miroir osé : intellectuel dissident marginal. Puis on nous apprend que Korsch fût un simple pigiste des sociologues néo-staliniens de la fameuse « école de Francfort » qui « sous-traite » ses rapports ! Plus confondant, ce pauvre Korsch obtient une mention centrale, celle, honorifique et horrifique de « changement de fonction du marxisme » ! Plus formidable, « insiste Korsch » : « Bakounine a prévu plus clairement que Marx les principaux développements survenus dans les révolutions contemporaines ». Korsch devient le centre du monde libertaire dans l’immédiat avant-guerre, il est même délégué par les anars syndicaux allemands au congrès de l’AIT à Madrid en 1931. Brillante carrière qui se poursuit par la queue de l’autogestion villageoise… Et n’a-t-il pas inspiré le leader estudiantin Dutschke dans son combat anti-impérialiste contre « l’autoritarisme léniniste » ?

Walter Benjamin est immédiatement associé avec la bourgeoise Hannah Arendt au combat libéral contre l’horrible conception « positiviste, historiciste du « progrès » et de l’histoire », et pourquoi le néantissime Camus et la girouette Sartre ?

Enfin pour conclure est cité une phrase obscurément confuse du grand homme qui de ministre a fini anarchiste de comptoir : « ce sont les faits historiques d’une époque donnée qui déterminent si l’histoire est traitée dans une vue optimiste (…) ou bien sous un angle pessimiste comme le déclin de la culture ». Aussi sibyllin que le quatrième de couverture… Et, planqué derrière les Bachmann et Orsoni, Reeve en rajoute une couche pour faire radical indigné à la Castoriadis : « Seule l’affirmation de pratiques nouvelles d’auto-émancipation sera en mesure de renverser la rationalité déterministe et l’angle pessimiste de la pensée historique dominante ».

Le texte exhumé de Kosrch est probablement un de ses plus mauvais, et sa biographie de Marx n’arrive pas à la cheville de celle d’Otto Rühle. Le texte est faible et empli d’âneries politiques du fait qu’il est rédigé en pleine guerre mondiale, donc bien conforme à sa méthode limitative de « l’époque donnée » où l’histoire est écrite sous un « rempart demensonges » (Churchill) ! Les historiens nous sont nécessaires, avec leurs carences certes, à nous les maximalistes, mais Korsch n’est resté qu’un essayiste qui ne peut être comparé à un Marc Bloch.

Le verbiage de Korsch sur l’histoire universelle bourgeoise « momentanée » réussit le tour de force à ignorer le principal en histoire moderne : sa fabrication dans les arrières cuisines bourgeoises et le fait qu’elle est toujours « l’histoire des vainqueurs » ; il est vrai qu’en 1941, il n’y a point encore de vainqueurs. Le savant Korsch possède bien peu la méthode marxiste dont il se réclame en parlant de « contre-révolution quasi fasciste en France », en… 1848 !

Le drame proviendrait désormais de « la recherche spécialisée à l’extrême » comme « véritable science historique ». Nulle part il n’est question de point de vue de classe ni de stigmatiser des historiens professionnels forcément bourgeois. La thèse de Marx selon laquelle « toute l’histoire (écrite) est l’histoire des luttes de classe », est implicitement désignée comme une rigolade, et sans faire l’effort de la moindre démonstration. De même l’analyse de la prédominance du « capital financier » par les Hilferding et Lénine n’est qualifiée que de douce plaisanterie. Qu’en pensent les « masses » à l’heure de la dette grecque et japonaise ?

Le marxiste « occidentalisé » Korsch ne semble vouer son admiration qu’à deux historiens bourgeois : le raciste eugéniste déterministe Spengler et Toynbee l’éclectique, ils ont « plus que personne contribué à jeter les bases théoriques de cette « histoire nouvelle ». L’analyse du nazisme est d’une nullité affligeante, « les nazis se cramponnent à la théorie pessimiste de Spengler, celle d’un déclin inéluctable » ; lequel nazisme est contrarié dans « ses efforts subversifs » ! Le nazisme est simplement le capital allemand en guerre, et la quincaillerie sur le Wahllala et ses valkyries n’allait-elle pas de pair avec « la force par la joie » dans l’exaltation de la race impérialiste allemande vers mille ans de bonheur ? La guerre impérialiste à laquelle Korsch ne pige plus rien aurait été « une crise de l’ordre social existant » quand « le nazisme paraît reculer devant les risques et les conséquences de sa stratégie révolutionnaire première » !!!

Le deuxième texte - « Les ambiguïtés des idéologies totalitaires » - est encore plus lamentable avec « les aspects révolutionnaires et contre révolutionnaires du totalitarisme » !? Conclusion pré-moderniste communisatrice « il n’existe plus d’histoire en général ». Fortiche le professeur Korsch !

Au lieu d’une réflexion sur les apports quand même valables, bien que sujets à caution, comme toute œuvre humaine, de quantités d’historiens, le verbiage creux de Korsch n’a fait que délayer une banalité, l’histoire des hommes est faite à partir de leur temps. Nos savants introducteurs de l’imbitable Korsch n’ont même pas un mot pour des tentatives louables de renouveler l’histoire, celle par exemple de l’école de Annales des Febvre et Bloch qui ont impulsé une histoire globalisante, interdisciplinaire, reposant sur l’analyse des mentalités, de la démographie, de la méthode comparative. Il est vrai que les historiens contemporains sont étrangement cloisonnés. Les meilleurs historiens français n’ont pas trouvé mieux que de se spécialiser sur le moyen âge, et les historiens américains sur l’antisémitisme français. Il n’est pas venu à l’idée de nos plumitifs bakouninistes que l’histoire globale, moderne et vivante, ce sont les peuples et le prolétariat qui la font. Dans certains cas, comme l’a si bien dit Michelet, des historiens peuvent se hausser à être « les vengeurs des peuples ».

On peut s’interroger par conséquent sur la politique éditoriale du groupe Smolny. Publier des introuvables conchiés par l’édition bourgeoise est du plus haut intérêt. Smolny a d’ailleurs la prétention de republier la revue Bilan qui est d’un autre niveau que S ou B. Smolny devait en premier lieu publier des textes de la « Gauche communiste » des années 1930, et qui sont, apparemment à chaque fois repoussés au profit de petits introducteurs étrangers au combat de classe et avides de reconnaissance de l’intelligentsia. Pour rendre hommage à la première partie de la carrière de Korsch il eût été plus honorable de commencer, par eux-mêmes (les petits gars de Smolny) par tracer l’implication de K.K. dans la lutte des classes sous Weimar, avec ce qui est contenu dans leur note page 84 sur le rôle central des minorités maximalistes en Allemagne avec Korsch, sa correspondance avec les « communiste de gauche » russes laminés par le stalinisme, puis avec Bordiga, dans un effort désespéré mais louable d’union des minorités dispersées et pourchassées. La postface de Bricianer y contribue heureusement en partie.

Korsch a certes été un « marxiste négligé », mais limité dans sa recherche parce que cet universitaire fût plus témoin que véritable acteur du mouvement révolutionnaire. Son désenchantement face à la stalinisation des organisations le conduisit à la glissade vers l’anarcho-libéralisme pessimiste et ergoteur ; en 1947 il déclare à son ami et vedette Brecht que « l’impérialisme russe est meilleur pour le monde que l’impérialisme yankee et qu’il y a vraiment une troisième chance »… Il n’a jamais été capable de conclure si le marxisme était une science ou une théorie de défense du prolétariat. C’est son ami stalinien Brecht qui lui a donné le coup de grâce : « Korsch n’est qu’un invité dans la maison du prolétariat. Ses bagages sont prêts pour en sortir ». Dans l’article qu’il lui a consacré, Robert Paris souligne la faiblesse théorique dans laquelle Korsch est tombé, au milieu de son pessimisme, l’exaltation du pouvoir des « conseils ouvriers ». ce vieux fétiche qui laissait croire que la société à venir, succédant au capitalisme, pourrait être gérée à partir de usines, n’est plus qu’une fable à l’époque de la désindustrialisation et de la mondialisation, et confirme l’inanité d’une apologie du « conseillisme » désuet qui évita la question épineuse de la centralisation étatique et de la mise en commun de toutes les richesses, qui n’est pas du ressort en soi des « travailleurs » syndiqués ou organisés en conseils. Korsch ne nous fournit pas le nouveau mot d’ordre pour faire face à l’Etat bourgeois ni le programme qui justifie qu’on le renverse.