"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 25 février 2010



GREVES RIDICULISEES ET


VIOLENCE SOCIALE INTERNE

"Le crime n'est qu'une forme dégénérée de l'ambition"

Doc Riedenschneider dans The Asphalt Jungle de John Huston (1950)

LES SYNDICATS CONTINUENT A RIDICULISER LES GREVES


Avec la Grèce en pole position pour une grève générale sur commande comme les adorent les gauchistes et leurs amis anarchistes - qui nous annoncent à chaque fois « l’insurrection qui vient » au cul des bonzes syndicaux avec Besancenot et Mélenchon pour porter la bannière « tous ensemble » vers … plus de « justice sociale » - chaque grève, oui chaque grève est toujours plus bafouée par les « responsables » syndicaux locaux et régionaux. Qui parle encore de la grève d’IKEA ? Annoncée comme une « surprise », elle est aussitôt ramenée à l’occupation du « siège de la direction » par 6 ou 7 « responsables syndicaux ». Dans un secteur où la mentalité ouvrière est faible voire inexistante, les magasins réouvrent les uns après les autres, et les grévistes inexpérimentés n’ont plus qu’à lire Le château de Kafka.


Dans le cas de la grève dans les raffineries de pétrole TOTAL, la manipulation conjointe entre gouvernement et syndicats (CGT surtout) est si claire que même Libé ne peut que nous en fournir la description atterrante, avec un titre désarmant : « Après les menaces, la CGT siffle la fin de la grève » (20 minutes, plus réac en général, se contentait de : « Les syndicats ont-ils lâchés les salariés de Dunkerque ? ») (NB : vous détenez la réponse). Il faut ajouter un commentaire exceptionnel : c’est du jamais vu, la plupart de ces grèves font l’objet d’un traitement direct depuis l’Elysée avec le conseiller social du président, Raymond Soubie.


« Au septième jour de grève dans les six raffineries du groupe Total, la CGT a appelé hier soir à la suspension du mouvement. Eloignant le spectre d’une pénurie d’essence qui aurait bloqué la France entière à la veille d’élections régionales déjà périlleuses pour la majorité. A condition que les salariés sur le terrain, ce matin, ne désavouent pas la consigne nationale. Que s’est-il donc passé pour que le syndicat passe si vite d’un appel enflammé à la population, lundi, exhortant celle-ci «à créer la pénurie» de carburant dans le pays, à cette quasi-reddition décidée en raison des «avancées significatives» obtenues après une journée de négociations avec la direction du groupe ? A-t-il obtenu la réouverture de la raffinerie des Flandres (près de Dunkerque) à l’origine du conflit ? Eh bien non. A l’issue d’une journée entière à négocier avec le directeur des ressources humaines au siège de Total, à Paris, les syndicats n’ont obtenu que la confirmation de ce qui était grosso modo sur la table depuis deux jours : l’engagement du pétrolier qu’«au-delà du projet d’évolution de l’établissement des Flandres, il n’y aura ni fermeture, ni cession de ses raffineries françaises au cours des cinq prochaines années» ; la garantie que chaque salarié de Dunkerque aura un emploi chez Total correspondant à ses compétences ; l’organisation, avant fin mars, d’une table ronde portant sur les perspectives économiques du bassin dunkerquois (avenir de la raffinerie des Flandres, impact sur l’emploi…) et, au deuxième trimestre, d’une table ronde sous l’égide du ministre de l’Industrie consacrée à l’avenir du raffinage. Ce dernier engagement arrache un sourire un peu crispé à ce responsable national de la CFDT : «Il y a un an et demi, quand on commençait à voir venir la crise du raffinage en France, on avait demandé aux organisations patronales d’organiser une telle table ronde. Total était d’accord à condition que toutes les organisations syndicales y participent. La CGT avait alors refusé.» En réalité, la journée d’hier avait tout d’un baroud d’honneur. Car, en dehors du paiement des jours de grève, la principale avancée avait été obtenue dès lundi quand Total avait annoncé, sous la pression des pouvoirs publics, qu’il ramenait au 8 mars la tenue du comité central d’entreprise (CCE) destiné à clarifier la situation sur Dunkerque. Un CCE qui avait été, trois semaines plus tôt, repoussé au 29 mars à la demande… des mêmes pouvoirs publics. L’Elysée et le gouvernement vont-ils oser apparaître comme les pompiers du conflit alors qu’ils en ont été les principaux pyromanes ? » (NB : vous détenez la réponse)


La grève d’Air France n’est pas aussi médiatisée que les deux grèves précédentes car elle touche un secteur de hauts salaires et peut-être aussi facilement ridiculisée qu’une grève du RER A avec « une frange qui bloque tout ». Pourtant, à Air France, comme chez Total, même si les mafias syndicales prennent les devants, le fait qu’il y ait une participation (même moutonnière) aux rassemblements syndicaux, même sans AG, même en ficelant chaque secteur comme on sait depuis un siècle, il s’exprime une peur de l’avenir immédiat des conséquences de la crise systémique. Si les médias ont eu pour consigne de ne plus dramatiser avec les chiffres abyssaux et de laisser au placard les analystes catastrophistes, les prolétaires vivent eux, concrètement et cruellement, les menaces réelles sur leur vie par des annonces de fermetures (par ex. Carrefour en Belgique) qui alternent le chaud et le froid. La gestion directe des grèves par le sommet de l’Etat révèle néanmoins qu’une course de vitesse est engagée, par-delà la période électorale dont se fout royalement le prolétariat, par-delà même les échéances présidentielles ou octogonales : la crise implique une simultanéité des attaques et l’Etat bourgeois a donc plus que jamais besoin des feuilletons syndicalistes. Il faut éviter le tous en même temps, il faut éviter surtout qu’une même région soit drastiquement touchée pour éviter les risques d’embrasement.


Fin des trois principaux buts de la grève

Les grèves comme telles ne seront jamais révolutionnaires. Classiquement la grève avait pour but de développer la conscience de la solidarité de classe, les syndicats et les gauchistes l’ont transformée en sac à saucisses. Classiquement la grève servait aussi dans le capitalisme à pousser à l’amélioration des salaires les patrons les plus imbéciles qui risquaient de désintéresser l’ouvrier à un travail monotone et sans motivation ; après les décennies de triomphe de l’échelle mobile des salaires à la fin du siècle dernier, plus question d’augmenter les salaires ou de les aligner sur un quelconque niveau de vie bienséant, le Capital ne veut plus que des salariés kleenex sous-payés !!! Tu peux faire grève 15 jours ou 15 ans cela n’y changera rien. Classiquement la grève pouvait impliquer sa généralisation à tout le pays et ouvrir par conséquent la voie à une solution politique nationale ; or il n’y a plus de solution nationale ni régionale. La solution du problème sera politique et non plus simplement économique.

La bourgeoisie au pouvoir n’agit pas différemment que pour les retraites face aux actifs : elle veut continuer à « jeter » sans vergogne des masses de prolétaires. Plus qu’une simple volonté (pour se sauver elle-même) c’est en même temps une impossibilité à gérer la société comme au beau temps des trente glorieuses. La bourgeoisie NE PEUT PLUS FAIRE AUTREMENT. Elle n’a plus le choix. Mais elle doit ménager ses effets, semer le brouillard sur ses vraies intentions meurtrières, en particulier face à l’absence d’avenir social.

LE LEURRE DE L’INDIGNATION CONTRE LA VIOLENCE EN GENERAL

Les grèves syndicales, en particulier des enseignants, contre les violences dans le cadre scolaire, sont bien sûr compréhensibles, mais elles ne mènent à rien, ou en tout cas à la seule revendication idiote : il faut plus de police. Le fait de faire grève contre la violence, qui est déjà une catégorie vague en soi, participe de la demande d’aide à l’Etat bourgeois. On demande assistance au premier pourvoyeur de la violence sociale ! Les syndicats et les braves profs terrorisés rendent encore service ainsi à l’Etat policier. Pourquoi les tristes syndicats du secteur enseignant ne se mettraient-ils pas aussi à faire grève contre les « grèves violentes » ? Franchement un Etat qui ne peut plus garantir travail et retraite à ses administrés ne va pas non plus leur garantir une protection contre les agressions multiples, gentiment nommées « incivilités » ! Et chacun de pleurnicher sur la violence en général. Même celui qui se prend pour le plus malin des journalistes, Daniel Schneidermann, y perd son latin. Pourquoi tant de coups de couteaux aux portes de nos lycées ? Que fait la police ? Que fait la gendarmerie ? Pourquoi ne se remet-on pas à fesser « l’enfant-roi » ? Pourquoi nos professeurs ne sont-ils plus respectés et n’ont-ils pas le droit de cogner les récalcitrants comme les flics à l’abri des regards ? Sales gosses ! on fait tout pour qu’ils apprennent à rédiger un formulaire au « pôle emploi » qui a révolutionné les méthodes archaïques de l’ANPE en prêtant des vieux ordinateurs aux laissés pour compte pour leur éviter les files d’attente. Quand on les place en GAV parce qu’ils croient n’avoir pour avenir que de faire les cons dans la rue et en bande, on leur sert une barquette pour bouffer, grâce à Elisabeth Guigou, depuis 1993. On tue de plus en plus pour tuer. Je te tue, tu me tues, il se tue, nous nous tuons... L'objet de la compétition capitaliste n'est pas, plus que jamais, de tuer l'autre, le concurrent, celui qui me barre la route, celui qui veut ma place dans l'entreprise, à l'embauche, celui qui veut prendre ma femme... L'adulte désespéré donne quotidiennement l'exemple au lycéen désespéré: enseignant je te tue si tu me "moralises"! Elle est belle cette société qui produit des enfants de douze ans capables de tabasser ou torturer un adulte qui représente "l'autorité" ou "du pognon". Dans le jeu social désengrené, tuer l'autre n'est-ce pas la meilleure façon de le dominer (l'écarter) rapidement? Mais on ne veut pas se pencher sur cette étrange manière de "parvenir", trop illustratrice des règles du jeu bourgeois. La justice n'est pas là pour comprendre mais pour réprimer, réprimer toujours plus, enrichir avocats et magistrats.

L'Etat esquive les problèmes de fond et persiste dans ses petits sondages entre "élus" du même monde. On fait l’effort pour toute la population indistincte de rédiger un rapport annuel sur son état d’esprit. En l’occurrence, on va chercher un vieux pachyderme de Chiraquie, JP Delevoye, arriviste raté, casé « médiateur de la république », pour qu’il fasse le tableau non de la confrontation des classes, des heurts ouvriers/patrons ou ouvriers/syndicats, non des rapports de la jeunesse et de la police, des voyous et de la police, des bandits et des banquiers, mais des « gens » avec « leurs administrations » ! Quand tu vois Delevoye t’as compris que le rapport sur l’état moral des « Français » sera aussi épais et finaud qu’un rapport d’intendance. Partout est répercuté l’admirable rapport : «Les Français sont usés de partout, dans tous les compartiments de la vie » - ceux qui prennent les compartiments du métro surtout - les Français sont « fatigués psychiquement » ! A part cette banalité sans objet ni conséquence, il faut savoir que le rapport était orienté politiquement vers un questionnement visant à opposer les prolétaires fonctionnaires (les « planqués ») au reste de la population (petits bourgeois, bourgeois lambda, ouvrier-péquenot, etc.), mais que, manque de pot, il filtre que les préoccupations débordaient le cadre fixé par les larbins gouvernementaux, grassement payé à téléphoner au chaud à la noria d’élus locaux, vieux chauves et petits culs rétribués en supplément par Conseils généraux et municipaux. Ce fût un boulot de gros fainéant a laissé filtrer Le Monde : « Sur les 75.000 réclamations reçues l’année dernière, un peu plus de la moitié ont été traitées (sic), les autres ne relevant pour la plupart pas du champ de compétences de l’institution, à savoir les relations entre usagers (qui c’est ces indiens !) et administrations publiques ». Parmi les milliers de réclamations virées à la poubelle, on se doute bien que ce n’est pas la queue aux guichets de la Poste qui était dominante.

Il y a plus grave, bien plus grave : l’Etat ne garantit plus le respect de l’individu, qu’il soit jeune, vieux, femme ou lycéen : tout individu est présumé coupable. L’Etat est au-dessus du jeu de massacre et « fait ce qu’il peut » comme disent tous ses anciens premiers ministres de drauche ou de goître. Cette guerre de tous contre tous dont l’exemple est donné non par la violence des jeux télévisés ou les tazers municipaux mais par l’arrogance des riches potentats qui gouvernent à leur aise, par la violence des patrons voyous qui expulsent comme des chiens les pères de ceux qui vont se voir reprocher de refuser le travail « salarié » kleenex, de conchier le prof inutile, de haïr le flic qui les insulte. L’Etat, qui ne garantit plus ni emploi ni niveau de vie décent, ne tolère même plus un semblant de justice, cette vieille pute pleine de vices, comme la chantait le groupe rock Trust. Chaque semaine trois femmes sont tuées par leurs maris en France. Régulièrement un lycéen, un individu « connu des services de police » ou un passant sont tués dans les zones « urbaines », de préférence à coups de couteau. L’Etat peut envoyer 50 camions de CRS contre une usine en grève mais il ne peut tout de même pas placer un flic à côté de chaque « femme battue » ou « citoyen menacé » ! D’ailleurs un autre rapport signale des dizaines de milliers d’appels plus ou moins farfelus aux pompiers et à Police secours l’an passé. Ceci n’explique-t-il pas cela ? Multiplier uniformes et emprisonnements va certainement résoudre la crise sociétale et économique, plus sociétale qu’économique…


Les réponses de l’Etat sont à la mesure de sa cuistrerie et de la morgue de ses serviteurs ministériels et syndicastreurs: bla-bla du gros Delevoye sur les guichets administratifs où il ahane qu’il faut devenir « bon dialoguiste et avoir de l’empathie » auprès de Sarkozy qui rigole de telles insanités creuses; généralisation des caméras partout, des feux rouges jusqu’à la salle de bain du café-tabac de Tarnac ; obsession du chiffre des arrestations, prolifération de la contention en cellules de dégrisement, avalanche d’amendes contre les pauvres, retrait massif des permis de conduire aux pauvres ouvriers en province pour qu’ils ne puissent plus aller à leur travail…

Mais bon, vous allez dire que j’exagère, que j’en sais trop ou pas assez, que si tel était le cas, la société aurait déjà explosé face à tant d’injustices et de répressions contre les plus défavorisés. Ne me prenez pas pour plus bête que je ne suis. Je sais, tout est dosé parcimonieusement. Ouais… ouais… Les rapports internes avec les vrais chiffres et les vrais objectifs gouvernementaux ne sont jamais accessibles au public. Sauf que le « public » prolétarien, déduira de lui-même au niveau n de l’ignominie étatique. Et tirera avec des conséquences.


lundi 22 février 2010



Débâcle française à Vancouver


LA DEBACLE DE 1940


VUE PAR CELINE



Les jeux olympiques de Vancouver sont incontestablement les jeux des blancs riches où, contrairement aux jeux désindustrialistes de la farce bobologique à Copenhague, Obama n’a pas été invité. Pérennité de l’idéologie nationaliste des amis Coubertin et Hitler, les petites nations blanches du nord rivalisent pour moissonner les médailles grâce à des compétiteurs tous gendarmes, flics, douaniers ou fonctionnaires protégés, entrainés en leur nation d’origine. Un seul regret : que les compétiteurs n’arborent plus les moustaches de fonction ou leurs galons militaires ; on se pâmerait chez les féministes les moins idiotes à admirer leurs bacchantes gelées de morve et de tabac à priser.


Nouvelle débâcle pour la promotion de la France sarkozienne ? Nos journalistes de l’arrière n’ont pas tout de même le courage et l’ardeur de « nos » représentants sportifs en uniforme olympique arlequin. Autant ils hurlèrent des cocoricos à n’en plus finir au tout début, autant ils massacrent de questions émollientes ces pauvres espoirs nationaux ravalés au bas des classements pour ne pas dire au bas des pentes de neige fondue sous l’avalanche des gros bras aryens US et du pourtour de la banquise fondue au bord du Canada. Deux skieuses suce-boules nationales avaient bien peint l'insigne national sur la joue mais, pauvres connes sasn avenir, ce fût pour chuter dès le premier coup de rein. Heureusement il y a Roch Voisine pour nous parler des premiers esquimaux, du banjo sous le ciel étoilé du Québec et Nelson Monfort pour nous servir des blagues à deux balles. Et l’inoubliable Louis Ferdinand, le scandaleux et irrécupérable en politique bcbg, pour magnifier le très lamentable et traditionnel crétinisme chauvin franchouillard dans la première vraie débâcle guerrière au XXe siècle, où les « puants » civils étaient un peu ce que sont nos bêtes à concours sportifs, des exutoires à la faillite de la gloriole nationale(*).


(*) "Invictus" du noble cow-boy metteur en scène Clint Eastwood, fort beau film simpliste et sentimental, ridiculise finalement la fausse communauté nationale sportive, laquelle ne met nullement fin aux towns ship ni à la richesse de la minorité bourgeoise blanche. L'antiraciste "Schrek" se moquait de la réalité toujours prégnante du racisme réel, et "Avatar" est une apologie de la guerre. Hollywood reste la principale olympiade permanente du mensonge mondial organisé. Et capable de remplir les salles. Ce qui ne signifie pas pour autant que les salles sont emplies de couillons.



« C’est drôle à présent c’est la mode d’accabler en tout les civils, c’est les puants, c’est les galeux, c’est eux les infects responsables, les lâches charognards de débâcle. C’est eux, c’est eux, c’est rien que leur pied. Qu’ils s’expliquent un peu ! qu’ils se disculpent ! Pourquoi ils ont eu peur comme ça ?... Pourquoi ils furent pas héroïque ?...



Faudrait peut-être d’abord s’entendre… Qui c’est qui doit défendre la France ? les civils ou les militaires ? Les tanks 20 tonnes ou les vieillards ? Les tordus, les gnières en bas âges, les lardons morveux, les prudents affectés spéciaux, ou les régiments mitrailleurs ? Ah ! C’est pas bien net dans les propos… On arrive pas à bien comprendre. Y a de la confusion, de l’équivoque, on dit pas toute la vérité…



Elle coûtait cher l’Armée Française, 400 milliards pour se sauver, 8 mois de belotes, un mois de déroute… Des impôts en n’en plus finir… Ils ont eu raison les civils de se tailler par tous les moyens. Ils ne voulaient pas mourir non plus. Ils avaient rien à faire en ligne qu’à encombrer les batailles, si bataille il y avait eu… C’était aux militaires d’y être, de ralentir l’envahisseur, de rester mourir là, sur place, la poitrine cambrée face aux Huns, et pas le derrière en escampette. Si ils avaient été moins vite, y aurait eu moins d’embouteillage. On peut comprendre ces choses-là sans passer par l’École de Guerre. L’Armée qui fuit c’est pas convenable, ça propage des vents de panique. De Meuse à Loire c’était qu’un pouet, une foire unanime. Qui qu’a fait la plus grosse diarrhée ? les civils ou les militaires ? C’est pas une raison de pavoiser, d’afficher des souverains mépris, Scipion merde-au-cul-s’en-va-juge ? C’est tout le monde qu’a été malade, malade de bidon, de la jactance, malade de la peur de mourir. Les partout monuments aux morts on fait beaucoup de tort à la guerre. Tout un pays devenu cabot, jocrisses-paysans, tartufes-tanks, qui voulait pas mourir en scène. Au flan oui ! pour reluire ? présent ! Exécuter ?... ! Maldonne !...



Toutes les danseuses qui ratent leurs danses prétendent que c’est leur tutu. Tous les militaires qui flageolent gueulent partout qu’ils sont trop trahis. C’est le coeur qui trahit là de même, c’est jamais que lui qui trahit l’homme. Ils voulaient bien tous jouer la pièce, passer sous les Arcs de Brandebourg, se faire porter dans les Triomphes, couper les bacchantes du vilain, mais pas crever pour la Nation. Ils la connaissent bien la Nation. C’est tout du fumier et consorts. C’est tout des ennemis personnels ! Pardon alors et l’après-guerre ? Qui va en jouir si ce n’est pas nous ? Les canailles démerdes ! Y a que les cons qui clabent ! L’après-guerre c’est le moment le meilleur ! Tout le monde veut en être ! Personne veut du sacrifice. Tout le monde veut du bénéfice. Nougat cent pour cent. Bien sûr y a eu des morts quand même ! des vraies victimes de l’imprudence. C’est rien à côté des millions, des absolus martyrs de l’autre, les calanchés du coeur nature, ceux de 14 à 18. Merde ! On peut dire qu’on les a eus ! Même les carcans de la foutue cerise qu’on peut regretter, honteux de tout, 800 000 qu’on en a butés.



En somme ça va pas brillamment… Nous voici en draps fort douteux… pourtant c’est pas faute d’optimisme… on en a eu de rudes bâfrées, des avalanches, des vrais cyclones, et les optimistes les meilleurs, tonitruant à toute radio, extatiques en presse, roucouladiers en chansons, foudroyants en Correctionnelle.



Si c’était par la force des mots on serait sûrement Rois du Monde. Personne pourrait nous surpasser question de gueule et d’assurance. Champions du monde en forfanterie, ahuris de publicité, de fatuité stupéfiante, Hercules aux jactances.



Pour le solide : la Maginot ! le Répondant : le Génie de la Race ! Cocorico ! Cocorico ! Le vin flamboye ! On est pas saouls mais on est sûrs ! En file par quatre ! Et que ça recommence!



Tout de même y a une grosse différence entre 14 et aujourd’hui. L’homme il était encore nature, à présent c’est un tout retors. Le troufion à moustagache il y allait “comptant bon argent” maintenant il est roué comme potence, rusé pitre et sournois et vache, il bluffe, il envoye des défis, il emmerde la terre, il installe, mais pour raquer il est plus là. Il a plus l’âme en face des trous. C’est un ventriloque, c’est du vent. C’est un escroc comme tout le monde. Il est crapule et de naissance, c’est le tartufe prolétarien, la plus pire espèce dégueulasse, le fruit de la civilisation. Il joue le pauvre damné, il l’est plus, il est putain et meneur, donneur fainéant, hypocrite. Le frère suçon du bourgeois. Il se goure de toutes les arnaques, on lui a fait la théorie, il sait pas encore les détails, mais il sait que tout est pourri, qu’il a pas besoin de se tâter, qu’il sera jamais assez canaille pour damer là-dessus le dirigeant, qu’il aura toujours du retard pour se farcir après tant d’autres. C’est de l’opportunisme de voyou, du “tout prendre” et plus rien donner. L’anarchisme à la petite semaine. C’est de la bonne friponnerie moyenne, celle qu’envoye les autres à la guerre, qui fait reculer les bataillons, qui fait du nombril le centre du monde, la retraite des vieux une rigolade, l’ypérite pour tous un bienfait.



Au nom de quoi il se ferait buter le soldat des batailles ? Il veut bien faire le Jacques encore, il a du goût pour la scène, les bravos du cirque, comme tous les dégénérés, mais pour mourir, alors pardon ! il se refuse absolument ! C’est pas dans le contrat d’affranchi. Monsieur se barre à vitesse folle. Que le théâtre brûle il s’en balotte ! C’est pas son business !



Et puis d’abord c’est général, les chefs veulent pas mourir non plus. Vous remarquerez que les grands despotes, les présidents, les forts ténors, les rois, les princesses, tout ça se déhotte, fonce au couvert, dès que l’aventure tourne aigre, vacille… Foudres d’escampette. Pas un qui paye de sa personne. Sauver la viande c’est le suprême serre. Pendant les plus farouches exhortes, pendant qu’ils affolent au massacre, ils quittent pas leur “Shell” du regard. C’est leur vraie Madone !



Pas si cul de se faire étendre !



De la promesse ! du microphone ! c’est dans le bon jeu ! Tout ce qu’on voudra ! du parfait texte ! Tant que ça pourra ! Pour eux aussi tout est théâtre… Ça fait une fringante ribambelle du Ras Tafari à Reynaud… Combien qui se sont trouvés pâlots sur le moment de payer la note? Comptez un peu sur vos petits doigts. Et sans doute que c’est pas fini.



Le spectacle est permanent… Qui voulez-vous croire ? Quel tréteau ?



(…) Comme c’est vilain les hypocrites ! Pourquoi ils disent les Français qu’ils ont pas voulu la guerre ? Ils l’ont bel et bien voulue. Ils ont tous été derrière Daladier au moment de la Déclaration, tout autant que derrière Clemenceau, et puis après derrière Mandel et puis encore derrière Reynaud et puis derrière n’importe qui !... Cocorico ! 800 000 affectés spéciaux ! Et tous les écrivains avec ! et tous les journalistes avec ! Voici la simple vérité.



Ils en voulaient pas de la guerre ? C’était bien simple, bien facile, ils avaient qu’à écrire une lettre chacun à leur député, qu’ils en voulaient pas de cette guerre, qu’ils en voulaient à aucun prix, sauf “casus belli” par l’Allemagne. Jamais on l’aurait déclarée.



Ça leur coûtait chacun un franc. C’était vraiment de la bonne dépense et de la bonne démocratie. Je crois qu’on l’a sentie venir cette guerre, qu’on a été des plus prévenus, cent fois, mille fois plus qu’en 14 ! en toute connaissance de la cause ! À l’heure actuelle on serait pépères, dans la bonne vie, heureux et tout. La connerie a été donc faite, sciemment, délibérément, par une bande de cons.



On aurait pas eu de prisonniers. On serait derrière notre belle armée, toujours redoutée, redoutable, derrière notre la Maginot intacte, on attendrait de faire les arbitres, on serait les caïds de l’Europe, adulés, respectés, pelotés, tout. »





(Extraits de « Les beaux draps » 1941)



lundi 15 février 2010

UN TIERS-MONDISTE

DEUX TIERS-MONDAINS

Il ne fallait pas être déprimé, samedi, pour aller écouter les intervenants d'un colloque sur la crise, au sommet de la Grande Arche de la Défense. Philosophes, économistes ou agronomes : ils dressent tous un tableau apocalyptique. « Nous sommes au bord de l'abîme », résume Edgar Morin. Quel diagnostic formuler ? Comment en sortir ? Revue de propositions. Joseph Stiglitz est en retard. L'économiste américain, en tournée de promotion pour son dernier livre, a accepté l'invitation d'Eva Joly, figure de proue d'Europe Écologie. À condition que l'étendard du parti ne figure pas sur la tribune. Un drapeau européen le remplace. Au menu, deux questions :

o Crise : comment éviter la rechute ?

o Comment faire naître une nouvelle société ?

Pour Joseph Stiglitz, retour à un niveau d'emploi normal pas avant 2015: Stiglitz commence par un ballet de chiffres effrayants :

o 180 milliards de dollars pour renflouer AIG = un quart de siècle d'aide américaine à l'Afrique

o entre 2000 et 2008, les revenus des classes moyennes américaines ont baissé de 4%

o Un Américain sur cinq ne peut avoir un « full-time job » (emploi à temps plein)

Un constat : l'économie est en panne à cause des excès de la finance, de leurs conséquences sur l'emploi et les déficits budgétaires. Constat partagé par l'économiste Pierre Larrouturou, toujours adepte de la diminution du temps de travail : « Un débat qui a de l'avenir à gauche, notamment car les syndicats allemands sont en train de remettre la question à l'ordre du jour en réclamant la semaine de 4 jours. Joseph Stiglitz voit trois manières de régler le problème de l'endettement chronique et exponentiel des États occidentaux :

1. Laisser repartir l'inflation, mais « cela ne plaît pas aux créanciers » dit-il, car ils vont alors perdre de l'argent ; 2. Restructurer les dettes -publique et privée- y compris en ayant recours au mécanisme de la liquidation, mais « les banques n'aiment pas cela, car c'est une façon de reconnaître qu'elles ont mal fait leur travail » ; 3. « Passer au travers en fermant les yeux », comme cela s'est fait au Japon dans les années 90. Et prévoir un « retour à un niveau d'emploi normal en 2015, pas avant ». Pour le prix Nobel, cette troisième option est certainement celle que les politiques vont privilégier.

Nourrir les paysans du Sud: Après les chiffres, les inégalités. Marc Dufumier est inconnu du grand public, mais cet agronome est une référence en matière de rapports Nord-Sud. Et sa démonstration a quelque chose d'implacable : « Qui a faim ? Un milliard d'habitants. C'est à dire ceux qui n'ont pas 2 200 Kcal/jour, soit environ 200 kilos d'alimentation végétale par habitant et par an. Combien produit-on aujourd'hui ? 330 kilos/hab/an. Que fait-on de l'excédent ? On nourrit le bétail pour faire de la viande et on fabrique de l'essence pour les voitures. Qui a faim ? Quelques-uns dans les pays du Nord, beaucoup dans ceux du Sud et aux trois-quarts, ce sont des agriculteurs. » Sa proposition pour rétablir la valeur du travail des agriculteurs du Sud et les nourrir : remettre à plat le système du commerce mondial, quitte à rétablir les droits de douane.

La perte de culture chez les politiques: À 88 ans, Edgar Morin dresse un constat tout aussi sévère. Pour le sociologue : « Cette crise est une crise de la mondialisation, du développement et de l'occidentalisation. » « L'idée du “ toujours plus ” a créé un vide moral. » « Nous allons vers l'abîme, car les armes de destruction massive peuvent aujourd'hui être utilisées dans un conflit. » Comment voit-il la sortie de crise ? « La crise économique n'est qu'une des facettes d'une crise bien plus large, celle de la mondialisation. » Mais l'artisan de la pensée complexe a aussi cette faculté de renvoyer ses interlocuteurs à leurs propres turpitudes (la députée européenne Eva Joly est à la tribune, les Verts Cécile Duflot et Denis Baupin sont dans le public) : « Pourquoi cette impuissance de la politique à penser la crise ? J'y vois trois raisons : La perte de la culture chez les politiques, La réduction de la politique à l'économie, Le cloisonnement des savoirs dans l'éducation qui développe l'incapacité à penser la globalité. » Eva Joly est « très remotivée pour [sa] fonction politique ». Stiglitz est déjà parti. À l'applaudimètre, Dufumier et Morin l'emportent haut-la-main. Les spectateurs ont l'air moins déprimé.

David Servenay (« La fin de la crise économique ? Pas avant 2015 », sur Eco 89).

samedi 13 février 2010




VOUS AVEZ DEMANDé LA POLICE ?


ARCHIVé !




« Dans les archives secrètes de la police », sous la direction


de Bruno Fuligni, avec la collaboration d’auteurs célèbres


Azéma, Lacouture, Nothomb, Tulard, Winock, etc. ;


ed l’Iconoclaste. Deuxième édition 3 fois moins chère que


la première : 24,90 euros au lieu de 69.



Réclame du livre : « Pour la première fois, la Préfecture de police a accepté d’ouvrir ses archives à un éditeur en lui laissant une totale liberté d’action dans le choix des sujets, des documents et des auteurs. En feuilletant cet ouvrage, chaque lecteur est comme un enquêteur qui aurait sous les yeux les pièces à conviction des grandes affaires qui ont marqué notre Histoire : rapports secrets, enquêtes, lettres de dénonciation, photographies, plans et croquis…
De l’assassinat d’Henri IV à Mai 68, ce livre raconte quatre siècles de dossiers brûlants. Il plonge dans la grande Histoire –
Ravaillac, Louis XVII, Ravachol, la Résistance, la guerre d’Algérie–, mais aussi dans le monde de la pègre, des marginaux et des courtisanes.
Il fait revivre les affaires criminelles qui ont passionné les Français –
Landru, Violette Nozières, Petiot– et dévoile les secrets d’artistes et d’écrivains comme Hugo, Verlaine, Rimbaud, Colette ou Picasso. Les textes de la police, rédigés dans un constant souci de précision, décrivant tour à tour le drame, la passion ou l’insolite, donnent à ce livre une force historique –et parfois humoristique prodigieuse ».



En ces temps sarkoziens où le régime est décrié par nombre de journalistes à sensation comme une « dictature » et un « Etat policier », et, bien que ce soit un masque simpliste de la dangerosité du capitalisme, où la police est exaltée par les actuels tenants du pouvoir, à chaque échéance électorale, comme la solution, non du chômage, mais comme garantie de la « protection du citoyen », il est intéressant d’examiner l’histoire, l’utilité et la nocivité de la police ; cette dernière n’étant pas souvent là où croient la trouver les anarchistes en uniforme noir. Les défenseurs du marxisme se contentent eux aussi de bien étranges simplisme, au moment de la révolution il suffit de « supprimer tous les corps armés » ; la plupart de ces acharnés ennemis de l’uniforme ignorent apparemment comment a été opérée cette suppression dans les quelques cas où elle est présumée avoir eu lieu (nous en reparlerons en temps utile).



Nous pouvons affirmer, sans grand risque de nous tromper, que le policier en France est, après le chômeur et l’étudiant, l'être le plus universellement méprisé. Si les raisons pour lesquelles on le méprise sont souvent de fausses raisons qui relèvent de l'idéologie gauchiste, les raisons pour lesquelles il est effectivement méprisable et méprisé par la jeunesse du point de vue du prolétariat universel sont refoulées et inavouées. Particulièrement lorsque des avocats publient des livres sur la « justice » ou la « garde à vue », sans compter les innombrables révélations de pacotille sur les « secrets de la police ».


Le policier ne travaille pas il est payé pour surveiller. Il est supérieur socialement à l’ouvrier, sa fonction de surveillance le plaçant au niveau du fainéant « agent de maîtrise ». Comme l’agent de maîtrise, et contrairement à l’ouvrier, la principale fonction du policier est d’obéir, et d’obéir au bourgeois. Cruelle existence que celle du policier, il n’a même pas la faculté de dire merde comme n’importe quel prolétaire de base, ou alors il perd sa place. Faut-il être crétin pour devenir policier, comme le croit la jeunesse ? Sont-ils tous des assassins potentiels des prolétaires insurgés comme le pensent les anarchistes tête front de bœuf ? En dépassant la superficialité d’un opuscule pipole superficiel sur l’histoire de la police, on verra bien qu’il faut dépersonnaliser le problème et le relier à l’existence du principal moyen d’oppression capitaliste, l’Etat.



L’HISTOIRE DE LA POLICE EST INSEPARABLE DE LA CREATION DE L’ETAT



Le marxisme avec Engels définit la création de l’Etat (et donc y inclus de ses forces armées) comme une nécessité historique à une époque donnée pour éviter à la société de se dissoudre en conflits stériles. Je ne développerai pas ici longuement sur l’histoire de la police, internet fournit d’excellents résumés, mais jamais la police n’y est analysée comme corps d’Etat et totalement subordonnée à la nature et évolution de la structure de l’Etat. On ne trouve pas non plus d’étude approfondie de l’histoire de la police comme telle chez les marxistes ; excepté Victor Serge mais pour inspecter les archives saisies après la révolution de 1917 et décrire les méthodes de surveillance opaque des militants, et les « provocations ».


Les théories simplistes gauchistes et anarchistes définissent l’Etat comme composé des deux seules institutions « visibles » en uniforme : police et armée. Définition restrictive parce que l’Etat est d’abord un appareil administratif jadis avant de devenir à l’époque moderne un immense outil statistique doté de relais idéologiques puissants (partis, syndicats, presse, TV, internet, etc.) bien plus puissants pour entretenir des conflits stériles qui paralysent les consciences mieux que ne pourraient le faire les matraques policières. Contrairement à ce que tendent à faire croire les « idiots utiles » au gouvernement, anarchistes et gauchistes, la police n’est pas et n’a jamais été une force suffisante pour « gouverner » la société. Sans l’Eglise et les partis corrompus jadis, les « mercenaires » d’Etat n’auraient pas suffi à éviter la confrontation des classes.



Le policier à l’époque moderne est plus souvent en général fils de paysan. S’il est fils d’ouvrier, il considèrera sa fonction comme une promotion sociale mais se gardera de rappeler ses origines. S’il est fils de harki ou d’immigré de fraîche date, il sera plus zélé qu’un autochtone et françaisement antiraciste. Pourtant il reste lui aussi au bas de la hiérarchie sociale et sert souvent même de bouc-émissaire à ses employeurs de l’élite bourgeoise ministricule. Quoique comportant de nombreux francs-maçons et possibilité de promotions, une grande masse des forces de police reste confinée aux postes subalternes. Dans la Grèce antique, les esclaves de propriété publique étaient utilisés déjà par les magistrats comme des policiers. À Athènes, un groupe de 300 esclaves scythes avait pour vocation de maintenir l'ordre, contrôler les foules, mais aussi de se charger des arrestations[1]. Aussi paradoxal que cela paraisse, une des premières fonctions « larges » de la police avec la naissance de l’Etat royal, en France en particulier au XIIe et XIIIe siècles, fût de surveiller l'armée, afin d'éviter que celle-ci ou ses déserteurs ne pillent les pays occupés ou traversés.


Bien avant de désigner un corps de fonctionnaires chargé d'interpeller les délinquants, le mot police désignait vertueusement l'ordre public et les bonnes moeurs qui doivent régner sous les auspices de l’administration de l’Etat. La véritable police moderne est née en France le 24 août 1665 : le lieutenant criminel Tardieu et sa femme sont assassinés chez eux par des voleurs. Colbert et Louis XIV réagissent en séparant à Paris la police de la justice et en la plaçant sous l'autorité d'un lieutenant de police (édit de 1667).


En 1789 disparaîtra la police monarchique - la garde nationale ayant fait feu sur les masses en révolution. C’est la jeune bourgeoisie qui invente la police moderne d’Etat. En 1790 seront créés une cinquantaine de commissariats. En 1796, toutes les villes comptant plus de 5 000 habitants comporteront désormais un commissariat. Cependant la police est une création spécifiquement moderne contemporaine à la prise du pouvoir par la classe bourgeoise, éliminant l’ancienne caste bourgeoise marquée par le laisser-faire social et une impuissance à empêcher injustices criantes et crimes de sang. La plupart des grandes institutions policières « exemplaires » d’Etat bourgeois apparaissent vers 1800 : la Marine police force de Londres et la City of Glasgow police en Angleterre, ainsi que la préfecture de Paris]. Les perfectionnements de la fonction policière vise à "encadrer l'industrialisation" et à policer avant tout les prolétaires au XIXe siècle, mais ils concerneront de plus en plus une réponse au bond de la criminalité propre à la décadence bourgeoise au XXe siècle; la Metropolitan Police Service, n’est créée qu’en 1929 – les années 1920 sont marquées par une croissance des crimes de sang ; la MPS est la première police qui ajoute la prévention policière à son rôle de répression du crime. C’est au cours de ces années que se renforce la police politique stalinienne, laquelle eût pour maître la redoutable Okhrana tsariste, laquelle avait bénéficié des enseignements des célèbres préfets parisiens Lépine et Andrieux. C’est sous Napoléon III en France que l’ilotier devient « gardien de la paix ». Les flics – « les vaches » dans le langage faubourien – voient ainsi leur profession définie désormais comme protectrice de la « paix sociale », toutes politiques confondues ; le policier est devenu le symbole vertueux de l’Etat hors des classes, représentant la sécurité pour la population citoyenne en temps normal bien qu’il s’avère un milicien tueur par temps de révolution ou de troubles sociaux.


LA REVOLUTION PROLETARIENNE ENTRAINE LE PERFECTIONNEMENT DE LA POLICE POLITIQUE


Deux critiques mettent en cause la fonction de la police à la fin du XIXe siècle. Selon la critique anarchiste, on peut supprimer immédiatement la police et se passer de toute surveillance de la population ; le fonds de la pensée anarchiste est simplement rousseauiste : l’homme est bon naturellement. Selon une critique marxiste sommaire (de type gauchiste et stalinienne), la police n’est qu’une excroissance de l’Etat bourgeois chargée de réprimer les « travailleurs » en grève ou en manifestations. Pour des marxistes au pouvoir il suffit de rééduquer l’homme, qui n’est pas naturellement mauvais (quoiqu’un peu sauvage parfois), et manque de chance, dans les deux seuls cas où la révolution prolétarienne a réussi la police n’a pas été supprimée ou bien une autre a été réinstallée. La Commune de Paris en 1871 ne supprime pas le corps de police, mais change les chefs et négocie avec Versailles le paiement des salaires des fonctionnaires. En février 1917 les affrontements avec la police du tsar font des morts des deux côtés. Les soldats armés pillent les postes de police. Dans la 5ème thèse d’avril 1917, Lénine demande la suppression de la police[2] pour en recréer une autre après l’insurrection… La tchéka, police politique un peu spéciale est crée en mars 1918. La révolution prolétarienne échouant dans l’impasse a posé, hélas, à l’orée du XXe siècle, la nécessité non plus d’une seule police d’ordre ou des mœurs mais d’une « police politique », qui sera dénoncée (dixit la police stalinienne) à hauts cris par tous les Etats bourgeois alors même qu’ils s’en inspireront de plus en plus pour gouverner. L’Etat bourgeois a besoin désormais non plus d’un simple porteur de matraque (le vulgaire sergent de ville moustachu) mais d’un flic intelligent (politique même s’il ne peut faire grève), bac plus cinq, scientifique, profileur, etc.[3]



LA FEMME A HUMANISE LA POLICE ?



Sur la Toile on peut trouver une définition soft, pas entièrement fausse de la police aujourd’hui :


« Actuellement la police est confrontée à la montée de la petite et moyenne délinquance comme aux nouvelles formes de criminalité organisée, liées aux trafics mondiaux et à l'informatique. On lui demande de pallier, par la répression ou la prévention, les carences de la socialisation, voire d'incarner à elle seule l'État dans certains quartiers. Tandis que la gauche insiste sur le rôle de la « police de proximité » et de la prévention, la droite privilégie la répression ».

En réalité la grande révolution pour la police moderne a été l’intégration des femmes dans un corps typiquement «masculin », si l'on peut dire. Pour deux raisons : les femmes délinquantes sont proportionnellement devenues plus nombreuses et la fouille au corps des femmes par des hommes signifie attouchements voire tentation de viol. La femme policière doit cependant porter un pantalon pour être "respectée" elle aussi (elle ne l'est jamais par les voyous qui exigent de parlementer aec "les mecs"); la femme policière reste fragile et timide jusque dans les commissariats, elle reste une "proie". Loin d’être une émancipation de la femme, bien qu’elles ne portent jamais de moustaches, les femmes policières – quoique l’ostracisme mâle existe toujours sous la table – se sont révélées, en bandes mixtes, capables d’être aussi dures et brutales dans « le métier » que les hommes. Un témoignage de «gardé à vue » décrit assez bien la police d’aujourd’hui (en France) :


« … j’ai pu à loisir observer les allées et venues de policiers, tous jeunes en général, de nombreuses policières jolies mais souvent avec un gros cul dont je ne pouvais manquer la perspective dans ma situation assise et menotté. Je n’ai pourtant jamais envisagé de ma vie adulte draguer une policière ou convoler en justes noces avec une gendarmette. Elles doivent être aussi chiantes avec leur chignon tiré comme un képi, à cheval sur la ponctualité et le pli du pantalon, autoritaires comme les teutonnes aux chevaux tressés. En plus elles sont armées. Chapeau bas dans l’alcôve familiale. Mais pas pour moi.


La démarche du policier tient plus du cow-boy avec le colt qui balance au côté que du pauvre flic en pèlerine d’antan sapé comme un vulgaire facteur. Le sordide képi qui faisait chuter les cheveux plus vite que Pétrole Han a disparu[4]. La casquette chez l’ouvrier comme le képi chez le flic c’était aux temps du cinéma muet. Dans les bousculades lors de l’interpellation de militants CGT par exemple, le képi roulait souvent à terre… d’où perte de prestance. Le képi symbolisait l’autorité bonapartiste ou pétainiste et perdit toute sa valeur de « couvre-chef » après les violences en 1968. Le policier moderne doit être agile et sportif. Il doit pouvoir bondir dans la voiture de fonction sans être retardé par un maudit chapeau de garde champêtre pépère.


Jeunes, les nouveaux policiers affichent une prestance de caste supérieure. Tous ne roulent pas des mécaniques, mais la possession officielle d’une arme, qui suppose que son porteur n’est ni un déséquilibré ni un as de la gâchette pour se faire plaisir, est un gage d’autorité autrement plus efficace qu’une casquette galonnée. Dans les stats de l’INSEE le flic est classé dans les couches moyennes bien au-dessus du manœuvre, de l’ouvrier et de l’employé. Son rôle social de garant de l’ordre républicain quoiqu’en priorité au service de la défense de la classe dominante, lui confère une valeur morale, sécurisante pour les demeures cossues des banlieues riches, inquiétante pour les gagne-petits et les puent-la-sueur. Lorsque le policier paraît sur les chapeaux de roue, le bourgeois est déférent et se sent rassuré sauf s’il est inculpé. Le prolétaire en colère considère que ce n’est qu’un métier de fainéant mais « qu’il en faut », « qu’il en faudra même dans une autre société ». Le policier dans sa fonction peut tout à fait se sentir « hors classes », mépriser le bourgeois plastronnant sans le montrer et compatir aux vaincus sociaux qu’il doit régenter dans un univers administratif cradingue. J’ai connu tout au long de ma carrière des policiers rigoureux, trop honnêtes ou trop conscients au point de rester au placard toute leur vie, comme René de Clamart commis d’office à la garde des voitures sur les quais de Paris au moment des manifestations ouvrières qu’il refusait d’aller « encadrer ».


Sous les sourires et les embrassades je devine pourtant que, comme les prolétaires, les flics en uniforme subissent le poids de la hiérarchie intermédiaire. Une autre race de policiers me déplaît, celle des policiers en civil, en jean et baskets avec flingo ostensiblement fourré dans la poche. On sent que ceux-là sont à la parade les supérieurs, des « gradés ». Ce sont les équivalents des agents de maîtrise. Comme dans tous les autres services publics, l’agent de maîtrise est fier d’avoir franchi les échelons qui permettent de se débarrasser de l’uniforme « basique » qui vous colle à la peau. Il n’a que mépris pour les « bleus » avec leurs poches aux jambes bourrées d’outils. Le flic en civil avec flingo qui dépasse de la poche détient une autorité supérieure du fait qu’il n’a plus besoin d’uniforme. Sa carte de police et son brassard amovible renforcent son ambiguïté. Sapé comme les cailleras il symbole un pouvoir mi-civil, mi-officiel. Il n’est pas enfermé dans l’uniforme. Il apparaît plus libre de ses mouvements. Il est parmi les civils et parmi les uniformes. Il peut être partout à la fois et ne se révéler qu’au dernier moment. Caméléon de la loi, il n’est pas identifiable à première vue comme tenant de l’ordre. En cela il est plus inquiétant et plus craint. L’uniforme rassure. Celui qui le porte est tenu à la tenue. Il ne peut pas plaisanter au bar d’un café comme son collègue supérieur en jean délavé ou la fliquette cadre en pantalon moulant. Il ne peut pas badiner avec le public. Il a une trop grande visibilité et il en souffre parfois. L’ostracisme commun vise l’uniforme et oublie l’homme et son être. Il est vu comme l’ennemi alors qu’il ne se considère pas comme un ennemi du genre humain. Comme l’agent de maîtrise ou le cadre EDF, le flic en civil ne souffre pas de cet ostracisme. Il passe même pour « arrangeant » avec son aspect civil. On pense pouvoir composer avec lui, obtenir une compréhension qui n’est pas possible dans l’uniforme rigide. Le mot uniforme signifie commun, rabaisse celui qui le porte au rang de soldat, d’exécutant d’une noria de supérieurs invisibles en cravates ou en chandails ».

Non la femme n’a pas humanisé la police. Par contre vous pouvez tomber sur un (ou une) fonctionnaire qui se comporte humainement, correctement – il y a des dégénérés partout même parmi les ouvriers – ce qui est inhumain est l’institution étatique avec ses rouages judiciaires. Le problème ne réside pas dans la fonction ni au niveau de l’exécutant.

« Dans les archive secrètes de la police », trouve-t-on des révélations ou est-ce que l’origine étatique de la fonction policière y est corroborée ? Non, en réponse aux deux questions.

UN « LIVRE-CADEAU » SUPERFICIEL ET PIPOLE

La police moderne avec ses actuels hiérarques ne va pas nous révéler bien sûr ses secrets de fonctionnement et disserter sur les progrès inouïs de la « surveillance d’Etat ». Les trois quart et plus du recueil sont constitués d’histoires criminelles lointaines centrées sur l’époque royale, la belle époque 1900 des mœurs dissolues avec la pute de luxe Sarah Bernhard et de petites incursions dans les années 1930 et 1960. Plus Almanach des crimes célèbres qu’étude de la fonction policière, ce livre pipole esquive scandaleusement les monstruosités de la répression policière. La seule pépite qui explique les méthodes de travail invariables de la police, et son credo aujourd’hui même avec les techniques scientifiques sophistiquées, se trouve dans la citation du Préfet Andrieux en exergue : « L’administration a souvent intérêt à savoir ce qui a été dit ou écrit sur le compte de la personne qui a éveillé son attention. Le dossier répond à cet intérêt. Il n’a pas seulement pour but de faire connaître qui vous êtes, mais surtout ce qu’on a dit de vous. L’imputation la plus mensongère peut être une lueur, éclairer une trace, avoir par conséquent un intérêt de police. Aussi mettra-t-on dans votre dossier, pêle-mêle, sans distinguer entre le vrai et le faux, tout rapport dont vous aurez été l’objet, toute dénonciation vous concernant, tout article de journal, tout ait divers où vous serez nommé » (1885)[5].


Lecture pour maison de retraite, les 630 pages sont imprimées en gris caractères, et les textes commentant les documents historiques vieillots minces comme une galette des rois. Poisons des courtisanes, Landru, Violette Nozières, nous intéressent modérément comme les vieux films qui leur ont été consacrés. La police a fait son boulot et alors ? Est-ce son boulot essentiel ou un cache-sexe de plus ? Avec celui de CRS maître nageur.

Le découpage en trois parties – argent/pouvoir/amour – ne concerne pas les motivations du policier (qui, comme homme est aussi concerné par ces trois thèmes) mais permet d’éviter une réflexion sur le rôle et les méfaits historiques de la police. Les délices littéraires sur les faits divers et la bande à Bonnot permettent d’éviter de rappeler les 30.000 massacres et viols en 1871 à Paris par une soldatesque policière déchaînée[6]. Le plus scandaleux de cet ouvrage se trouve sur les parties concernant la période de guerre mondiale 1939-1945.

- 3 pages sur le juif collabo (avec la police pétainiste) Joinovici, qui n’analysent en rien le rôle trouble de la police ;

- 12 pages sur le sanguinaire Docteur Petiot en 1944, au ras du bitume, alors que la police aurait pu l’arrêter dès 1936 ;

- 15 pages soft sur la traque des résistants par la police pétainiste (p.342 et suiv.) en 1942, 2 pages d’explication soft et le reste docus de recherche + dénonciations ; il en ressort pourtant que le personnel policier obéit servilement, et sans état d’âme, quel que soit le régime !

- Les rafles de juifs en 1942, deux pages et demi d’explications seulement, et surtout fixation sur les docus et décrets nazis, rien pour nous laisser entrevoir un quelconque questionnements des « fonctionnaires d’Etat français » sur leur célérité à fourrer des enfants dans des wagons vers la mort…

- Le scandale du camp de Drancy livre une dizaine de pages de docus, avec présentation très compatissante, très judéophile et anti-raciste d’Etat sarkozien, mais rien sur le questionnement des types en uniforme qui faisaient le sale boulot, qui volaient les prisonniers… ni même des questions aux policiers actuels du genre : « êtes-vous prêts à recommencer le sordide boulot de vos ancêtres » ?

- La chasse aux collabos en 1945 nous vaut 2 pages presque dithyrambiques, pensez : les policiers collabos ont reçu ordre de retourner leurs vestes, de se mettre en insurrection pour éviter celle du prolétariat, et de chasser à tout va lampistes ou vedettes pour faire oublier leur fonction de répression au service d’Hitler et Pétain.

- Le massacre à Paris d’Octobre 1961 est un peu plus objectif, certes des flics ont exécuté comme des chiens et jetés dans les poubelles des pauvres prolétaires algériens, mais la faute en revient en premier lieu aux « choquistes » nationalistes du FLN qui ont terrorisé et acheminé depuis la banlieue ces pauvres ouvriers pour les envoyer au casse-pipe[7] ; à décharge des flics cette fois-là il y a eu de nombreux témoignages parmi eux pour se scandaliser de ce qu’on leur ordonnait de faire et pour décrier leurs collègues sadiques.

- Sur mai 1968, seulement cinq pages et demi (p.466 et suiv.), le tout bon enfant, pourtant, deux ouvriers à Sochaux ont été tués à bout portant par la police, pourtant il y eût des milliers de blessés frappés cruellement…

Et l’ouvrage se termine par la sublimation de la police au cinéma, faut bien donner du prestige à une fonction qui n’en a guère. Lors de ma garde à vue, un inspecteur m’a fait cette remarque étonnante de la part d’un flic, mais néanmoins salarié : « vous n’avez pas l’exclusivité du prolétariat, ici nous en faisons aussi partie ». Coincé sur ma chaise de prisonnier d’Etat, je n’ai pas osé lui répondre :

- « fort bien, mais alors, au moment de la révolution, vous serez avec les éternels fusillés ou les fusilleurs ? ».

La police devra disparaître un jour avec l’Etat, si le communisme peut s’en passer, et si l’homme ne traîne pas encore pendant des siècles un atavisme pas simplement dû au capitalisme.









[1] Les autres fonctions de la police actuelle, comme les enquêtes et investigations, étaient sous la charge des citoyens aisés.[]




[2] Thèse d’avril n°5 : « Suppression de la police, de l'armée et du corps des fonctionnaires.
Le traitement des fonctionnaires, élus et révocables à tout moment, ne doit pas excé­der le salaire moyen d'un bon ouvrier. »




[3] La surveillance politique était déjà ancienne et intelligente comme le montrent les mémoires des préfets Lépine et Andrieux, mais aussi les archives de l’Ohkrana. Dans mon livre sur la secte CCI – l’organisation eggregore – j’ai produit une étude sur la surveillance politique et policière des partis socialistes ; le POf de Guesde était surveillé de l’intérieur, et des flics encartés y orientaient même les débats politiques… Mais le temps de la lampe de bureau braquée sur la gueule du présumé coupable est bien finie à l’heure de l’informatique et de la prise d’ADN.



[4] Il n’est ressorti que le temps de la sonnerie aux morts dans les cimetières ou lors du 14 juillet monarchique.



[5] Pas mal non ? Ayant eu la joie de consulter mon dossier grâce à la CNIL – dossier soigneusement caviardé – j’ai pu constater que ma trajectoire militante de brave prolétaire révolutionnaire était soigneusement archivée depuis plus de deux décennies, depuis 1972 où j’avais participé comme délégué du groupe Gauche Marxiste aux rencontres ouvrières de Clichy où étaient présents la plupart des chefaillons trotskiens et maoïsants, bien vieux désormais. On pouvait y lire un compte-rendu détaillé de la carrière dans les assurances de ma pauvre femme décédée ; je n’ai pas eu accès à la fiche concernant mes enfants… J’en ai conclu paisiblement que la police française n’a rien à envier à la Stasi.



[6] Un soldat versaillais ou un policier qui tentait de discuter avec un communard était abattu sur le champ !



[7] L’opinion gauchiste générale hurle à hue et à dia contre la répression policière (le néo-nazi Papon était chef de la police à ce moment avec le soutien du libérateur De Gaulle, ex-planqué en GB), or, en pleine guerre de décolonisation, la provocation du FLN a été dégueulasse ; pour ceux qui continuent à avaler la théorie gauchiste, imaginez simplement une manif de prisonniers français à Berlin en 1943 pour la « libération de la France », Hitler aussi aurait fait tirer dans le tas !

dimanche 7 février 2010






LE LENDEMAIN DE


LA REVOLUTION


PAR Paul Lafargue



S’emparer du pouvoir en période révolutionnaire est chose relativement aisée, mais le garder et surtout s’en servir sont choses autrement difficiles.

Dans les villes industrielles, les socialistes auront à s’emparer des pouvoirs locaux, à armer et à organiser militairement les ouvriers ; qui a des armes, a du pain, disait Blanqui. Ils ouvriront les portes des prisons, pour lâcher les petits voleurs, et mettre sous clef les grands voleurs, tels que banquiers, financiers, grands industriels, grands propriétaires, etc.

On ne leur fera pas de mal ; mais on les considèrera comme otages, responsables de la bonne conduite de leur classe.

Ensuite, il faudra pourvoir aux besoins matériels des travailleurs, notamment en termes de logement. Ce n’est pas dans les châteaux que l’on portera la torche, comme disent les anarchistes, mais dans les galetas et les chaumières ; il est temps que la classe ouvrière habite les palais et les hôtels qu’elle a bâtis.

Pour la nourriture on organisera un service qui entrera en rapports avec les maraîchers et les petits paysans d’alentour (et qui, supprimant les intermédiaires) permettra aux paysans d’obtenir un prix plus rémunérateur de leurs produits.

Le jour même de la révolution, le premier décret que prendra la pouvoir révolutionnaire sera la confiscation de la propriété capitaliste (mines, filatures, banques, hauts fourneaux, chemins de fer, etc.) et sa transformation en société nationale.

Qu’on ne s’abuse pas ! Le but de la révolution n’est pas le triomphe de la justice, de la morale, de la liberté et autres infernales blagues avec lesquelles on berne l’humanité depuis des siècles, mais de travailler le moins possible et de jouir intellectuellement et physiquement le plus possible.

Le lendemain de la révolution il faudra songer à s’amuser (…) Nous avons à brûler le grand livre de la dette publique, les titres de propriété de toute nature, et puis les traités de morale, les bouquins de théologie et surtout le Code civil et criminel, ce livre épouvantable qui est la codification de l’iniquité bourgeoise et capitaliste ; nous avons encore à transformer en porcheries les palais de justice ; on ne trouvera pas d’animaux assez sales et assez dégoûtants pour y loger.

Au lieu de brûler les églises (…) on les transformera en restaurants, en salles de danses, les chapelles deviendront des cabinets particuliers où l’on boira, puis on rigolera chacun avec sa chacune.





(in Le Socialiste, 31 décembre 1887)