"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 19 novembre 2008

LES CAMPAGNES ANTI-TERRORISTES

SONT SUR LES RAILS

L’Etat sarkozien ne défaille ni ne déraille en montant de bric et de broc une nouvelle affaire Dreyfus – vieux modèle de machination nationaliste qui a inauguré tant de provocations et de complots bien réels pour museler les masses – l’affaire de Tarnac (corrèze, France 2008). L’Etat bourgeois machine toute l’affaire avec la plus totale arrogance et en toute impunité, c’est clair maintenant. L’Etat bourgeois est une structure à vocation terrorisante.

Pourquoi revenir sur cette lamentable persécution d’éléments marginaux ? Alors que le même Etat agite déjà de possibles (vrais) attentats terroristes talibans ?

D’abord parce que reste sous-jacente et encore confuse la riposte de classe au début de la douche de licenciements et de paupérisation absolue. L’Etat supprime de plus en plus les allocations chômage en même temps que la retraite, et il veut en même temps terroriser toute riposte de masse, en sabotant par l’amalgame anarchiste la nature de la lutte nécessairement conflictuelle et violente et en terrorisant les prolétaires (suggérons à la police d’arrêter tous ceux qui possèdent un exemplaire de ce texte subversif que reste de Manifeste communiste de 1848, mais en prenant soin de réquisitionner des milliers de HLM pour emprisonner le prolétariat).

Ensuite parce que les grèves annoncées nous font marrer. Elles sont toutes décommandées, repoussées, après avoir été dûment planifiées par les bonzes syndicaux. Dans la cacophonie la plus complète, enseignants du primaire, cheminots et employés d’Air France vont à l’enterrement syndical la tête inclinée sur le billot. On ne va pas les plaindre. Quand les moutons vont à l’abattoir aussi passivement ce n’est pas spécialement parce qu’ils sont idiots mais parce qu’il y a eu des « petits arrangements entre amis » ; par exemple les flics syndicaux ont relayé les promesses gouvernementales de ne pas pénaliser les plus vieux employés mais de ne frapper que dans quatre ou cinq ans les plus jeunes, et puis Sarko ne sera peut-être plus président, et puis peut-être bien que la gôche sera revenue aux commandes, etc. Et puis chaque corporation n’a pas vocation à représenter toute la classe ouvrière : les laissés pour compte peuvent crever dans leur coin… et tous ces « assistés » qui ont voté Sarko et qui se moquent de ceux qui travaillent et qui demain feront le coup de feu contre les ouvriers avec le lumpen…

Petites grèves de merde donc émiettées syndicalement, les employés suivistes n’ont que ce qu’ils méritent. On n’a plus besoin de ces grèves à la con, elles desservent les vrais moyens de lutte du prolétariat. Pour l’instant, il faut le dire, les ouvriers ne sont même pas fichus de mener des grèves politiques. Tiens, poser le sac partout contre la suppression de la retraite et les faux prétextes paternalistes de "protection antit-erroriste" cela aurait de l’allure ! Mais les ouvriers sont encore trop bouchés et menés par le bout du nez pour comprendre que paternalisme protecteur et montages débiles sont également une attaque contre leur droit à l’insurrection !

Et le marasme de ce pauvre PS ? Mériterait-il un article de compassion ou un constat de décès ? Imaginez un instant que le PS soit vraiment socialiste, que Ségolène Royal soit sincère et intelligente, que Martine Aubry ne soit pas la fille insipide de son père, que le ventripotent DSK (sponsorisé par le torchon franc-mac 20 minutes) ne soit pas un simple commis capitaliste pervers, que Delanoë ne soit pas un vulgaire patron municipal… il y aurait de quoi pleurer sur l’absence de cohésion politique d’abord, sur le marigot de serpents ensuite. Heureusement ce n’est pas le cas, le PS peut crever dans son caca. Ce parti bourgeois n’a RIEN à proposer de différent de la droite au pouvoir. Et il le paye par sa décomposition avancée. Un point c’est tout.

Et les analyses économiques des « groupes révolutionnaires » ? Oui tous ceux qui, pêle mêle, sont rangés par les RG dans « l’ultra-gauche » au coin des gauchistes officiels et bcbg (Mam a défendu le gentil Besancenot qui s’est lâchement démarqué des soit disants apprentis terroristes de Tarnac). Du CCI à Loren Goldner, de ses fractions exclues aux salonnards comunisateurs, ces messieurs torchent des analyses plus sophistiquées les unes que les autres sur les côtés « inédits » du capitalisme moderne : immatérialité pour les uns, capital fictif pour les autres, etc. Leurs textes sont imbitables et illisibles comme la mauvaise Bible marxiste, le Capital. Les clercs sont des cons, qu’ils se parent d’un beau vocabulaire ou qu’ils prétendent enseigner la science économique aux prolétaires. Allez donc faire un tour dans une de ces réunions publiques où les intellectuels des groupes viennent faire les beaux et répondre à vos questions d’ignare… Ils sont ridicules. Les prolétaires n’ont pas besoin de discours pour étudiants de sciences Po ni d’explication ampoulée sur les causes de la crise du capitalisme. Ils ont bien mieux compris pour l’essentiel qu’il s’agit d’une crise du profit et que la bourgeoisie veut leur faire payer ses dégâts. Ce qu’ils veulent c’est une orientation politique dans laquelle ils soient partie prenante, pas que des petites merdes intellectuelles les privent à nouveau de parole.

Grèves faiblasses et inutiles au prolétariat en général, vomissures d’un PS moribond, et roues de paon de sectes révolutionnaires, il n’y a pas de quoi en faire du tintouin ni un roman. Donc revenons au roman terroriste du gouvernement, plus lucide lui sur les dangers qui l’attendent au tournant et capable d’anticiper, comme ses prédécesseurs, pour mouiller la poudre de la confrontation sociale.

Sans tomber dans la parano excessive, il faut reconnaître que les manipulations de l’Etat bourgeois sont quotidiennes, subliminales et bénites par les médias « voix de son maître ». La photo du « fer à cheval » posé sur un caténaire a été diffusée plusieurs jours dans tous les journaux et sur toutes les chaînes de télé. Si l’air qu’on respire est pollué, les images subliminales aveuglent et les haleines informatives puent.

Avant d’élaborer plus amplement un jour cette question il me semble opportun de débuter cet article par une étude sur la méthode du complot interne chez le parti stalinien. Et si les « attentats » sur des caténaires n’avaient été que des « pannes » techniques du réseau mises (commercialement) sur le dos de pauvres types (la colère des nombreux voyageurs fut grande contre la SNCF et son impéritie) avec la complicité des divers syndicats, je me suis demandé si ce n’était pas chez les staliniens du PCF et de la CGT qu’il faudrait trouver les coupables (cette engeance a toujours été prompte à livrer les « aventuriers gauchistes » à la police, à les marginaliser ou à les éliminer…).

Vous allez dire que j’exagère et que je livre à la justice (cette pute) de bons camarades syndiqués ? Alors un peu d’histoire ne fera de mal à personne. Celle du PCF sur les rails de la contre révolution stalinienne et gaulliste par exemple, dans l’immédiat après-guerre.

Ce type de parti vieillot et moribond a rapidement fonctionné après des débuts ambigus comme un prototype de parti étatique où tous les coups, toutes les manips sont normales pour assurer le pouvoir de telle ou telle clique.

Le film de Mosco (Mémoires d’ex, 1991, Arte et la Sept), passionnant et révélateur malgré ses zones d’ombre, son apologie de la résistance et les limites des témoignages, n’a pas son équivalent en littérature politique et historique (excepté l’ouvrage dérangeant de Berlière et Liaigre « le sang des communistes »). Les données qu’il fournit n’ont même pas été retraitées, preuve qu’il gêne une nomenklatura intellectuelle de droite à l’extrême gauche qui ne se remet pas de l’aplatissement du parti stalinien. (Chez les anarchistes bizarres de la CNT aux divers ploum ploum il y a encore une large propension à défendre ou à suivre les dernières prétentions de ce parti moribond, cf. en particulier la crédulité vis à vis de l’histoire hémiplégique de Mme Lacroix-Riz ; ah les méchants patrons cause de tout !).

Pas besoin de revenir sur l’histoire des diverses exclusions avant guerre dans le PCF, qui furent guidées par l’Etat russe contre-révolutionnaire. Une littérature développée et des bouquins de militants ont suffisamment creusé le long travail de sape du stalinisme, et des historiens ont bien décrypté les virages politiques et les assassinats de ce parti pendant la guerre (bien qu’il y ait encore beaucoup à révéler…).

Notre étude portera sur l’immédiat après-guerre en France. Pas immédiatement, et il faudra bien que des historiens s’y attèlent, car de nombreux meurtres ont été patronnés par le PCF : celui de l’industriel Louis Renault, du sculpteur Aristide Maillol, sans compter l’assassinat dans l’ombre de trotskistes (ces masos) et probablement divers appels au lynchage ou encouragement « populaire » à la tonte des femmes… Le parti le plus populaire de France se nourrissait à pleines mains de la bassesse populaire.

Le parti stalinien retrouve en effet une vigueur nationaliste cocardière et devient le premier flic de France pour organiser la reprise du travail après cinq années d’une guerre terriblement destructrice. Premier parti de France au niveau électoral, il est tout de même réduit au rôle de faire-valoir de la droite bourgeoise qui se requinque avec le maurrassien De Gaulle, lequel a eu le génie de faire voter pour la première fois les femmes françaises qui permettent, en votant pour le « grand homme », d’éviter la débâcle totale au camp de la droite et d’éviter une hégémonie au pouvoir d’une secte inféodée à Moscou. Le PCF fût néanmoins un chien de garde totalement fidèle à la restauration de l’ordre bourgeois. En automne 1944, peu de temps après le retour de Thorez en France, De Gaulle avait rencontré Staline à Moscou, et ce dernier, avait déclaré à propos de Thorez :"Ne vous fâchez pas de mon indiscrétion… je me permets de vous dire que je connais Thorez, et qu'à mon avis, il est un bon français; si j'étais à votre place, je ne le mettrais pas en prison… du moins pas tout de suite…". De Gaulle avait alors répondu: « Le gouvernement français traite les français d'après les services qu'il attend d'eux ». En septembre 1944, au nom de la CGT, Benoit Frachon (sous-fifre du PCF) avait lancé la "bataille pour la production".

En septembre 1944, au nom de la CGT, Benoit Frachon avait lancé la "bataille pour la production". Le 21 juillet 1945, l’ordure Thorez avait surenchéri en déclarant à Waziers, dans le bassin houiller, devant des prolétaires impatients de voir leurs conditions s'améliorer:« Produire, c'est aujourd'hui la forme la plus élevée du devoir de classe, du devoir des Français. Hier, notre arme était le sabotage, l'action armée contre l'ennemi, aujourd'hui, l'arme, c'est la production pour faire échec aux plans de la réaction ».

En automne 1945, du fait que la droite pétainiste est aussi déconfite que la SFIO, que les partis de droite plus ou moins résistants sont encore faiblards, De Gaulle a besoin de ficeler le PCF dans le gouvernement, et le parti stalinien lui en sera totalement reconnaissant par son zèle à faire plier les ouvriers. Après les élections pour l'assemblée constituante d'octobre 1945, qui donnent 26,1% des suffrages aux communistes, c'est comme ministre de la fonction publique, en compagnie de 4 autres ministres staliniens que le faux mineur Thorez fait son entrée au gouvernement de De Gaulle. Il a rang de ministre d'état. Dans le gouvernement Félix Gouin, en janvier 1946, il sera " vice-président du conseil". En novembre 1946, après des résultats électoraux meilleurs qu'ils n'avaient jamais été, 28,6%, et qui feront du PCF "le premier parti de France", Thorez revendiquera en vain la présidence du conseil. Il affirme alors, dans une interview pour le Times du 18 novembre qu'il existe pour aller vers le socialisme « d'autres chemins que celui suivi par les communistes russes ». Au gouvernement le PCF s’avère donc « loyalement » nationaliste. Malheureusement pour le gros Thorez, deux ans à peine après la fin de la guerre, le prolétariat relève la tête. On s’est beaucoup focalisé depuis des décennies sur la « grève de 47 » à Renault. Or, celle-ci resta pacifique quand au même moment la lutte des mineurs fût extrêmement violente. La grève dure une cinquantaine de jours. Si les sinistres « communistes » au gouvernement n’ont pu désavouer la grève de Renault en avril, il faut user de plusieurs coups bas pour venir à bout de celle des mineurs. Les conditions de la lutte sont très dures pour les familles ouvrières, c’est l’hiver, il n’y a plus de charbon (les grévistes ont épuisé les stocks), les femmes de mineurs n’ont plus d’argent, des centaines d’ouvriers en grève sont emprisonnés dans les prisons de Béthune et de Douai. Dans le film de Mosco, Pannequin livre un témoignage extraordinaire : « L’Huma titre déjà que les mineurs reprennent le travail le front haut, or c’est faux ils sont encore trois à quatre mille en grève, et les responsables du PCF vont de place en place prétendre que les autres ont déjà repris le travail… on ment ainsi à ceux qui ne veulent pas reprendre ».

Le PCF et de la CGT portent la responsabilité de la défaite de la grève des mineurs fin 1947, refusant d'étendre l'action aux autres secteurs de la classe ouvrière et surtout pas avec les usines Renault (dont la grève avait eu lieu en avril de la même année). Le gouvernement a envoyé troupes et CRS dans les régions minières pour écraser la grève aux côtés de la CGT. Les mineurs furent battus et durent reprendre le travail après 56 jours de grève (*). La bourgeoisie y trouve prétexte (mais ce n’est qu’un prétexte) pour exclure les ministres PCF du gouvernement le 5 mai 1948, chose devenue inévitable depuis le lancement de la "guerre froide". Le 12 mars, Truman, Président des Etats-Unis, avait proclamé sa doctrine de "résistance à la subversion" et les ministres staliniens furent exclus systématiquement des gouvernements italien, belge et français. Pourtant, Thorez avait tout fait pour donner des gages de sa loyauté à la bourgeoisie. Désolé, il doit déclarer à Vincent Auriol qui lui demande un dernier effort que : « Je ne peux plus rien. J'ai fait tout ce que j'ai pu, je suis maintenant au bout de mon rouleau ». Et il pleure non pour les grévistes battus et emprisonnés mais pour la perte de son beau « portefeuille ministériel ». Le PCF, pour ne pas se couper d’un électorat ouvrier qui lui est naïvement soumis tente de rester au gouvernement bien qu’en refusant de voter la confiance à Ramadier. Thorez ayant refusé de donner sa démission, les sinistres « communistes » sont démissionnés par le Président de la République Auriol et son premier commis Ramadier.

Mais, peu avant l’éjection des collaborateurs staliniens à la restauration de l’Etat bourgeois, fin 1947 il s’est produit un drame occulté par les historiens, pas par le film de Mosco, qui va faire de nombreux morts y compris un haut responsable du parti.

LE DERAILLEMENT DU TRAIN PARIS-TOURCOING (3 décembre 1947)

Dans le film de Mosco, l’ex-bonze Auguste Lecoeur narre la vilaine affaire du sabotage du train express Paris-Tourcoing. On est encore en pleine grève des mineurs. Un militant d’Arras « informe » le secrétaire de section du PCF qu’un train au départ de Paris va livrer des centaines de Gardes mobiles pour réprimer les grévistes. Le temps de la résistance n’est pas loin et les cheminots CGT savent comment faire dérailler un train. Une équipe accomplit le « boulot ». Le train déraille, fait une vingtaine de morts (21 ou 24) et une quarantaine de blessés. Le train n’était composé que de voyageurs prolétaires. L’émotion est considérable. Lecoeur convoque le secrétaire de section, Rena Camphin pour explication. Celui-ci lui aurait répondu qu’il ne se considérait pas complice mais qu’il « n’avait pas eu la force politique de l’empêcher ». Lecoeur ment-il pour dédouaner le comité central ? Il ne faut pas oublier que le PCF est extrêmement hiérarchisé, et que ses repentis sont l’objet de menaces de mort si certaines de leurs révélations vont trop loin (cf. Robrieux fût menacé par le milliardaire « rouge » Doumeng).

Consultons sur le web l’ abécédaire de l’Assemblée nationale à la nomenclature du premier flic du moment, Jules Moch :

« Au ministère de l'intérieur, où il est demeuré vingt-huit mois (…) Mais ce sont les tâches de maintien de l'ordre qui ont absorbé l'essentiel de son activité, notamment lors des puissantes vagues de grèves de l'automne-hiver 1947 et la grève des houillères de l'automne 1948. Si l'on ajoute divers heurts et incidents violents survenus à Marseille (12 novembre 1947), Valence (3 et 5 décembre 1947), Clermont-Ferrand (15 juin 1948), Grenoble (18 septembre 1948) et Paris (11 novembre 1948), Jules Moch a dû justifier devant l'Assemblée le comportement souvent brutal des forces de l'ordre. Sans nier le caractère social et salarial, et par là même en partie justifié de ces grèves, il en dénonce la dimension délibérément politique et insurrectionnelle, commanditée à distance par le Kominform comme en témoignerait, par ailleurs, le déraillement du train Paris-Tourcoing le 3 décembre 1947 ».

On reste interloqué par ce conditionnel « comme en témoignerait » et l’absence de poursuite contre un parti criminel capable de bavures aussi odieuses (et si les victimes avaient été effectivement une quarantaine de CRS, Moch aurait-il parlé au conditionnel ?). Moch confirme, même pour peu de temps la solidarité gouvernementale avec un parti anti-ouvrier et… criminel.

L’affaire en reste là au niveau public, mais le parti stalinien se charge d’écluser la vilaine affaire dans ses propres rangs et ainsi protéger sa propre hiérarchie. La prochaine victime, pourtant près de sept années plus tard : René Camphin. Consultons encore l’abécédaire de l’Assemblée. On y lit que Camphin fût un bon député de gauche, assidu aux réunions, père de projets de loi, bon stalinien au demeurant : il avait signé des deux mains en faveur du pacte coco-naze, approuvé les actions terroristes de la résistance, dénoncé lui aussi la grève comme « arme des trusts ». Lisons la suite : « En 1952, il manifeste quelques réticences lors de l'éviction de son ami Charles Tillon. Peu après, il lui est demandé de présenter un réquisitoire contre Auguste Lecœur au Comité central du 5 mars 1954. Prétextant un malaise, il quitte la séance sans avoir lu son texte. Le lendemain matin, Roger Roucaute, délégué par le secrétariat du parti, le retrouve mort asphyxié. Le 9 mars le président André le Troquer annonce son décès à l'Assemblée ».

Le film de Mosco révèle que Camphin est l’ultime victime du déraillement de l’express Paris-Tourcoing. Camphin n’a pas voulu trahir son ami Lecoeur en passe d’être éjecté de l’appareil. On lui a dit qu’on allait lui mettre sur le dos la responsabilité du déraillement mortel. Roger Pannequin qui témoigne, très digne et plein de colère, croit d’abord à un assassinat puis semble agréer à la thèse du « suicide » ; il résume : « je deviens militant, je deviens une crapule, je deviens un flic du parti ».

De l’affaire Pronnier aux pigeons de Duclos:

Il ne faudrait pas croire que le clan gaulliste fût heureux de la cohabitation forcée avec le clan stalinien, même en épongeant la grosse bavure du Paris-Tourcoing. Les fractions bourgeoises se bouffent le nez en catimini sans cesse avec des moyens peu reluisants, comme on l’a vu récemment avec l’opaque affaire EADS et les coups bas discontinus entre Sarkozy et Villepin. La fraction de droite gaullo-IVe République reste méfiante avec ses amis de l’heure. L’action de l’ombre commence par un simple fait divers. Un individu louche du nom de Pronnier assassine un couple de fermiers puis se présente comme membre du PCF, ayant agi sur consignes. Dans le film de Mosco c’est encore plus compliqué –l’affaire n’est pas datée : 1951 ? - il est supposé que c’est une partie de l’appareil intra-muros qui, avec la police, aurait échafaudé ce plan qui visait à éliminer un stalinien pur jus et franc du collier, Auguste Lecoeur, rival du faux pâtissier Duclos. Pronnier était rattaché à la fédération du Pas de Calais dont Lecoeur était le patron. Une banale histoire de fesse ou un lien plus ou moins avéré avec un crime pouvait servir à éliminer un membre en disgrâce de l’appareil, comme dans tout parti politique. Une commission d’enquête est nommée avec à sa tête Léon Mauvais (écarté l’année précédente par Lecoeur…) pour faire porter le chapeau de l’acte « terroriste » de Pronnier sur le responsable du pays ch’ti. L’appareil avait fait chou blanc avec le Paris-Tourcoing et récidivait.

Lecoeur est retors et malin, il assure ne pas connaître Pronnier, mais balance deux proches qui sont sacrifiés pour son maintien (tout provisoire) dans l’appareil. Si l’initiative de l’affaire Pronnier est partie de l’extérieur (la manip policière) son dénouement est interne, et révèle que ce parti pourri est complètement inféodé aux mœurs de la politique bourgeoise. Les deux proches qui se prennent un blâme sont René Camphin et Roger Pannequin. Comme le déclare un des futurs exclus, lucide et intéressant, André Pierrard : « le parti fonctionne comme un gang, il n’a plus ni morale ni doctrine ». Pierrard oublie d’ajouter que c’est tout simplement un parti d’Etat, un parti bourgeois. Bien qu’ayant sacrifié deux amis, Lecoeur est déjà mis sur la touche par Duclos qui brigue le poste de numéro 2.

COMMENT L’HUMA EN 2002 PREND SES LECTEURS POUR DES PIGEONS

Voici ce qu’on lit sous le clavier d’une nommée Francisque Luminet (une pétainiste ?) :

«Il y a cinquante ans, le " complot des pigeons " : Le gouvernement français fait preuve d’une soumission aux pressions des Américains qui veulent que la guerre menée par la France au Vietnam continue, et que le conflit s’étende au continent asiatique en ne voulant pas d’un armistice en Corée. Sous l’égide du Mouvement de la paix, une manifestation est organisée le 28 mai 1952 à l’occasion de la venue à Paris du général Ridgway. Le soir même, Jacques Duclos, dirigeant national du PCF, est arrêté en plein Paris. Pour cette arrestation, les policiers évoquent le fait d’avoir trouvé deux pigeons dans la voiture où il se trouvait : " Pigeons visiblement destinés à transmettre des messages… " Le PCF, il est vrai, était accusé de s’en prendre au moral de l’armée. En fait, les deux pigeons étaient destinés à la casserole du couple Duclos. Jacques Duclos fut libéré le 1er juillet à la suite de la décision de la chambre de mise en accusation. Cet épisode rocambolesque s’il ridiculise la police conditionnée pour l’anticommunisme ne doit pas cacher la répression intense à l’égard des militants communistes à Paris et sur l’ensemble du territoire.

Or, Lecoeur, dans le film de Mosco, révèle que l’épisode de la manip policière stupide (pigeons = espionnages, des experts étaient appelés à déterminer s’ils étaient voyageurs ou pas), ridiculise Duclos, ce gros magouilleur aux mains sanglantes. Lecoeur avait demandé, en prévision de la répression du parti (en opposition en cette année 1952), à tous les membres du CC de ne pas aller au siège du PCF et de ne pas dormir chez eux ; or Duclos a « été faire le malin » en voiture au milieu des manifestants. Lecoeur propose donc un blâme contre ce dirigeant, lequel est accepté à l’unanimité (et Duclos a encore eu de la chance de ne pas être rappelé par Staline).

Voilà c’est tout pour aujourd’hui, mais cet épisode de l’histoire du PCF et de sa tradition de sabotage des voies, et surtout des voies de la lutte des classes, est aussi édifiante qu’est complexe la question des complots d’Etat dans l’histoire.

J’ajoute cependant deux autres épisodes de provocation et bidouillage : la manif du 21 juin 1973 (où j’étais présent mais comme spectateur) qui mena à l’interdiction de la Ligue de Krivine (Besancenot était pas né) et l’histoire des irlandais de Vincennes que nombre d’entre vous ont en tête en pensant à nos jeunes incarcérés. Une autre fois je raconterai comment lors de la venue de Nixon à Paris, le collectif de la librairie libertaire La boulangerie de Montrouge fût interné une semaine sous prétexte que la police avait trouvé des terroristes potentiellement en préparation d’un attentat contre le président US, lesquels furent relâchés ensuite sans la moindre excuse policière ni journalistique.

L’Interdiction de la ligue (extrait du Libertaire):

À l’époque où il était ministre de l’Intérieur, M. Raymond Marcellin, dénonciateur du fameux complot international, fît beaucoup pour accréditer la vision simpliste du complot policier récurrent Or, en termes de lutte, quelle différence existe-t-il entre un rassemblement destiné à provoquer la capitulation d’un pouvoir, comme une manifestation ouvrière, et les provocations de ce même pouvoir en vue de justifier des pressions et des répressions ultérieures, sinon le caractère « public et évident » de la première et éminemment « privé et politique » de la seconde ? Chacun de ces événements fait l’histoire dans ce qu’elle a d’inéluctable et d’irréversible. Le 21 juin 1973, le mouvement d’extrême droite Ordre nouveau décide d’organiser un meeting contre l’immigration sauvage en France. Le mot d’ordre est raciste. Il aurait dû être sanctionné par le gouvernement par une interdiction. Or il n’en est rien et, au contraire, la police (ou du moins certains éléments) aide Ordre nouveau à préparer son rassemblement. La Ligue communiste appelle alors à une contre-manifestation, mais n’est suivie en cela ni par le PSU, qui « flaire le piège », ni par les partis de gauche, qui observent une prudente réserve, se contentant de dénoncer timidement la provocation. C’est donc seule, le 21 juin, que la Ligue affronte les « fascistes » d’Ordre nouveau et une police dont les effectifs ont été « volontairement » réduits pour l’occasion. La violence qui monte rapidement surprend les forces de l’ordre désorientées par des commandements contradictoires, un approvisionnement (grenades lacrymogènes) de misère, des manœuvres mal étudiées et des informations radio erronées (sur le nombre des manifestants notamment). Bref, tout est fait pour que les hommes de Marcellin s’affolent et pour que les affrontements soient très durs. En outre, l’aide apportée par les policiers aux membres d’Ordre nouveau est indéniable. Le 28 juin, c’est avec l’accord du Conseil des ministres que M. Messmer dissout la Ligue communiste et, pour faire bonne mesure, Ordre nouveau. Alors débutent des polémiques qui dureront jusqu’à la fin de l’année 1973.

Sur la provocation ensuite, de son échec ou de sa réussite. Car qui peut dire lequel est sorti gagnant de l’affrontement du 21 juin ? La Ligue est-elle tombée dans une provocation policière ou Marcellin s’est-il laissé entraîner dans une manœuvre gauchiste ? Alors, pas de gagnant ! Le grand perdant ne serait-il pas Marcellin ? Une telle assertion impose une remise en cause de toutes les idées reçues sur les provocations.

Certes, Marcellin, qui sentait s’attiédir la « peur du rouge », n’avait-il pas trouvé de meilleur moyen pour ranimer la flamme de ses hommes que de les exposer, ce qui ne pouvait que raffermir leur solidarité sous les pierres des manifestants, mais l’action a tout de même préparé le 19 décembre. La seule erreur de la Ligue fut de surestimer l’indignation qu’aurait dû susciter dans les foules le rassemblement du meeting fasciste. D’ailleurs, à l’époque, à aucun moment la Ligue ne recula, regrettant seulement qu’une campagne plus importante n’ait pas eu lieu sur le caractère évident de la provocation. Encore eût-il fallu compter sur une certaine tiédeur de la presse. S’il est facile, après coup, d’analyser les « phénomènes historiques », les prévisions sûres sont en revanche impossibles. Manipulation ou utilisation machiavélique d’un événement, la notion même de provocation est trop instantanée, trop ponctuelle pour répondre à toutes les questions. Lame à double tranchant, c’est une arme redoutable pour les protagonistes, prouvant, s’il en est encore besoin, le caractère implacable de l’évolution historique.

Irlandais de Vincennes (blog de l’excellent Georges Moréas (POLICEtcetera) :

Après l’attentat de la rue des Rosiers, Mitterrand saisit l’occasion de justifier la création de sa cellule antiterroriste. C’est le début d’une mélasse «politico-gendarmesque», qui a transformé le palais de l’Elysée en Cour des miracles, nous rappelant les plus mauvais aspects de la monarchie. Nous sommes le 9 août 1982. Il est un peu plus de 13 heures. La foule se presse dans le restaurant Goldenberg, au centre du vieux quartier juif, à Paris. Un homme lance une grenade à l’intérieur de l’établissement. C’est la panique. Mais ce n’est pas fini. Un commando de quatre ou cinq hommes descend la rue des Rosiers en tirant dans la foule. L’attentat fait six morts et vingt-deux blessés. Il n’y aura aucune revendication. Les soupçons se portent sur un groupe palestinien dissident de l’OLP. Mais, quinze jours plus tard, la cellule antiterroriste interpelle les auteurs de cet attentat. Il s’agit de nationalistes irlandais. C’est du moins ce qu’annonce la presse, suite au communiqué de l’Elysée.

Tout est bidon.

Se fiant aux informations d’un indic, que gendarmes, douaniers et policiers, connaissent de longue date, le capitaine Paul Barril, et ses hommes de la cellule, investissent l’appartement d’un ressortissant irlandais, un certain Michael Plunkett, rue Diderot, à Vincennes. Ils espèrent y découvrir armes et explosifs. Ils font chou blanc. Mais déjà le succès est claironné. Prouteau, le chef de la cellule est en vacances. Barril, son adjoint, lui a rendu compte par téléphone, et Prouteau a renseigné Mitterrand. Tout le monde jubile, tandis que les autres services de police, tenus à l’écart, sont pour le moins dubitatifs. Ils ont raison. Car l’affaire est dans l’affaire. Pour ne pas reconnaître qu’il a chanté victoire trop vite, Barril dissimule des armes dans l’appartement de Plunkett. Il s’aperçoit alors, mais un peu tard, qu’il n’est pas officier de police judiciaire, donc juridiquement non compétent pour effectuer la perquisition. Il fait appel à son collègue, le capitaine Jean-michel Beau, tout nouveau promu à la tête de la section de Paris. Ce dernier est en confiance, à la différence du commissaire P., qui lui a décliné la proposition, il prend en charge la procédure. Mais il est arrivé après la bagarre, et il ne connaît rien des faits. Certes, ce jour-là, il a commis une grave irrégularité, suffisante pour carboniser le dossier, mais ce n’est pas moi qui lui jetterais la pierre. Il m’est arrivé de faire de même, pour éviter des ennuis à des collègues. Les trois Irlandais de Vincennes, feront neuf mois de détention pour rien - pour rien, du moins sur le plan du droit. Lorsqu’il a fallu rechercher les responsables, Barril s’est retranché derrière Prouteau, et Prouteau, derrière le fait qu’il était en vacances. Seul Mitterrand a assuré. Il a dû se dire que cela ne ferait que pigmenter son auréole, et ajouter un mystère à sa légende ».

A suivre…

(*) Curieux retour de la mémoire ouvrière. Au moment où j'écrivais ces lignes des familles ouvrières des houillères du Pas-de-Calais refaisaient parler de cette époque. Nos révolutionnaires de salon, et même ceux des "minorités" de l'époque n'ont jamais connu une répression équivalente: trois mille mineurs furent licenciés sans la moindre indemnité de chômage + perte de l'habitation! Parmi la poignée de grévistes survivants qui réclament justice près de 60 ans après, Simone Carbonnier (80 ans) vient représenter son mari, décédé: âgé de 19 ans, il avait été licencié puis emprisonné trois mois à Béthune; ça rigolait pas comme en 68 à l'époque, et ce n'était pas des grèves bien au chaud et intégrées dans le consensus étatique actuel. C'est pourtant ce genre de confrontation que nous réserve la classe régnante, si avisée de s'en foutre plein les poches et dans celle des patrons véreux avec les "deniers publics". Pillage avant faillite totale. Reprenons deux commentaires de blogueurs:

- Madame LaCrise tenait bon. Nous subissons

- Faut pas croire, les gouvernements se tirent dans le pied. Actuellement on essaye de sauver un système voué à la faillite (ils ont tous gros a perdre...) Moi je change pas mon opinion : vive la décroissance...!


samedi 1 novembre 2008

INCOMPATIBILITE ENTRE L'ECONOMIE BOURGEOISE ET LES RECLAMATIONS DU PROLETARIAT


« Vint la Révolution continentale de 1848-49. Elle réagit sur l'Angleterre; les hommes qui avaient encore des prétentions scientifiques et désiraient être plus que de simples sophistes et sycophantes des classes supérieures, cherchèrent alors à concilier l'économie politique du capital avec les réclamations du prolétariat qui entraient désormais en ligne de compte. De là un éclectisme édulcoré, dont John Stuart Mill est le meilleur interprète. C'était tout bonnement, comme l'a si bien montré le grand savant et critique russe N. Tchernischevsky, la déclaration de faillite de l'économie bourgeoise. Ainsi, au moment où en Allemagne la production capitaliste atteignit sa maturité, des luttes de classe avaient déjà, en Angleterre et en France, bruyamment manifesté son caractère antagonique; de plus, le prolétariat allemand était déjà plus ou moins imprégné de socialisme. A peine une science bourgeoise de l'économie politique semblait-elle donc devenir possible chez nous, que déjà elle était redevenue impossible. Ses coryphées se divisèrent alors en deux groupes : les gens avisés, ambitieux, pratiques, accoururent en foule sous le drapeau de Bastiat, le représentant le plus plat, partant le plus réussi, de l'économie apologétique; les autres, tout pénétrés de la dignité professorale de leur science, suivirent John Stuart Mill dans sa tentative de conciliation des inconciliables. Comme à l'époque classique de l'économie bourgeoise, les Allemands restèrent, au temps de sa décadence, de purs écoliers, répétant la leçon, marchant dans les souliers des maîtres, de pauvres colporteurs au service de grandes maisons étrangères. La marche propre à la société allemande excluait donc tout progrès original de l'économie bourgeoise, mais non de sa critique. En tant qu'une telle critique représente une classe, elle ne peut représenter que celle dont la mission historique est de révolutionner le mode de production capitaliste, et finalement d'abolir les classes - le prolétariat. »

Karl Marx (Postface de la deuxième édition du Capital (1872)

NOUVELLES FRAICHES: Où est la canne du pilote?
Veulement et nuitamment une bande de coquins députés (des putes) a voté la suppression de la retraite. Repoussée à 70 ans, elle signifie pour la très grande majorité des prolétaires une veillée funèbre courte, pour les gosses des écoles et les passagers des avions un immense éclat de rire: on imagine des profs rhumatisants montant sur l'estrade et l'angoisse des passagers avec papy aux commandes! On se représente sans fard par contre le nombre faramineux de chômeurs âgés que ce système de connards bourgeois va entraîner; les bourgeois frileux derrière le blaireau en chef préfèrent plus de chômeurs et moins de retraités. Ils ne perdent rien pour attendre, et la misère leur explosera tôt ou tard à la gueule!
Derrière les rideaux, gouvernement et syndicats complices ont préparé la voie pour supprimer la retraite à moyen terme en s'en prenant à un secteur considéré comme "privilégié", le transport aérien (AF). S'ils avaient ciblé par exemple la chimie ou les usines automobiles, imaginez les réactions... Or, au vu des réactions outrées des bloggers bobos, c'est pas la suppression de la retraite et le mépris des vieux travailleurs (sans prise en compte de la pénibilité) mais le tracas de ne pouvoir prendre l'avion pendant un moment douloureux... de grève totale!
Les bonzes syndicaux ont préparé leur traditionnel travail de sabotage de toute riposte de classe en appelant séparément et à des jours différents les employés d'Air France. Rien de choquant tant que les prolétaires s'avèrent incapables de les pendre par les couilles. Mais aujourd'hui virage raide, on apprend que les syndicats "reportent" la grève en décembre, pourquoi?
- pour répondre aux lobbies des voyageurs riches qui veulent boucler les affaires importantes avant Noël?
- parce que les travailleurs d'Air France ont hurlé intra-muros contre la division concoctée par les appareils des flics sociaux?
- parce qu'une majorité aurait démarré contre l'avis des autres diviseurs décembristes, Sud-merde et compagnie, et - à chaud face au vote ses larbins du parle-ment - risqué d'amener une grande partie de la "population" dans la rue?
Cette dernière hypothèse me paraît la plus sensée au vu du tollé qui s'exprime sur le web contre l'instauration implicite de la retraite à 70 ans et du chômage éternel pour les vieux travailleurs...

jeudi 30 octobre 2008


PYCHOLOGIE DE LA MISERE ET MISERE DE LA PSYCHOLOGIE

MISERE PSYCHOLOGIQUE

DANS LES RAPPORTS HUMAINS

Il est dispo ! Avec mon nouvel ouvrage : « Marx était-il dépressif ? » (304 pages), vous découvrirez l’actualité de la notion d’aliénation creusée du point de vue marxiste comme vous ne l’avez jamais appréhendée. Loin d’être une histoire nombriliste, la question de la dépression renvoie aux causes sociales. Elle est donc très précisément une question matérialiste.

Au lieu de parler de dépression, de névroses, de maladies mentales pourquoi ne parle-t-on pas de misère psychologique, cette misère morale qui s'est répandue de manière phénoménale depuis la phase d'industrialisation du capitalisme à la fin du XIXe siècle. Dans les pays développés cette misère morale a longtemps supplanté la misère matérielle, alors que les deux ne font qu'une désormais, et de plus en plus, sur l'ensemble de la planète. La misère psychologique dans Germinal est présente dans les rapports humains, tout le monde exploite tout le monde. Maigrat oblige les femmes si elles veulent qu'il leurs fasse crédit à lui apporter leurs filles. Jeanlin exploite Lydie et Bébert en ne partageant jamais leurs butins de manière équitable. La misère est aussi présente dans les rapports amoureux. Ainsi, le mariage est une chose importante uniquement sur plan financier. Le mariage de Zacharie et Philomène représente une perte de gain pour la famille Maheu et un gain d'argent pour la famille de Philomène. La sexualité est violente et vue comme une chose dénuée de romantisme ou de douceur. Ainsi Catherine se fait prendre de force par Chaval et alors que ce n'est pas celui qu'elle aime, elle restera avec lui car il a été son premier amant. Les filles débutent leur sexualité assez jeunes et se retrouvent enceintes très tôt. Dans le couple Maheude-Maheu, l'acte sexuel est considéré comme le dessert. Zola dépeint la sexualité des mineurs du XIXème siècle comme bestiale, il n’avait pas eu la chance d’être sorti de son ignorance par Freud. La misère psychologique dans le roman Germinal est présente dans les conditions de vie, les conditions de travail et les rapports entre les humains. On s'aperçoit dans le roman, que la génération de Catherine va connaître la même misère que ses parents si quelques choses ne change pas car destin se répète. Seule la grève pouvait tout changer, mais même si elle a échoué, Zola montre par l'espoir de la dernière page de l'oeuvre que rien n'est perdu, mais il reste très limité comme observateur matérialiste vulgaire de son temps, et pas du tout révolutionnaire.

J’utilise la notion de psychologie religieuse, sociale et même… marxiste. Je ne suis pas l’initiateur de cette notion (de psychologie religieuse), Renan, en son temps (et avec tout l’impact que son œuvre eût fort justement) l’avait déjà utilisée, mais o n l’a oublié, comme on oublie souvent les meilleurs apports théoriques….

L’animadversion, cette guerre absurde de tous contre tous, a été appréhendée par les plus grands politiques, sans qu’ils ne se penchent dans leurs écrits sur ce phénomène. Le jeune Lénine, si altruiste au fond, disait cette envie qu’il avait de caresser les têtes des gens, mais il ajoutait aussitôt qu’il retirait sa main de peur qu’elle soit mordue.

Rosa Luxemburg, si au fait des agressions personnelles publiques (et honteuses) parla de « psychologie de l’histoire » dans son brouillon de soutien à la révolution russe et aux bolcheviques : « Et quiconque veut transporter dans la tactique révolutionnaire ces petites habiletés de la lutte parlementaire, montre uniquement qu'il ignore non seulement la psychologie, la loi profonde de la révolution, mais encore tous les enseignements de l'histoire ». Etonnant, n’est-ce pas ?

Bordiga, dans une lettre du 24 novembre 1957 « A tous les nègres, ou presque » (c'est-à-dire à tous ses amis, dont Laugier qui l’aidaient dans ses recherches), constate des dérives personnelles très dommageables selon lui chez Vercesi (Ottorino Perrone) :

« Tous m’ont écrit leur chagrin, pour Ottorino, imaginant bien quel grave coup j’avais dû encaisser là. Je les en remercie, et je précise, au sujet d’Ottorino, que je suis surtout furieux contre lui. La lutte acharnée que pendant douze ans j’ai menée n’a pas réussi à sauver de la dissolution mentale et physique ni de la mort prématurée (il avait dix ans de moins que moi) celui qui était le meilleur travailleur, force précieuse pour le mouvement, et ceci parce qu’il n’a pas su renoncer aux maudites cigarettes et au vin, qui l’ont tué.

Le cas appelle plus encore de la colère que du regret, parce que le regret avait déjà commencé il y a de nombreuses années. Inutile d’invectiver désormais ? Non, parce qu’il y en a d’autres, qui sont vivants et qui se comportent de la même façon indigne d’un marxiste, comme je l’ai déjà dit à Piombino. Aucun de nous ne peut revendiquer le droit de propriété sur sa propre carcasse qu’elle soit ou non valide, car celle-ci appartient à l’homme social.

Ottorino servira encore la cause en restant comme un exemple d’une sensualité individuelle épouvantable chez un militant aussi passionné et de cette impuissance qui consiste à ne pas savoir contenir ses instincts de types bestial et même sous-bestial, puisque les bêtes ignorent alcool et tabac aussi bien qu’excès sexuels ».

L’homme sous le capitalisme a besoin d’expédients, et ces expédients l’aident à mieux avancer dans sa recherche des explications. Bordiga ne fût pas ennemi de la « dive bouteille » ! Et Vercesi n’écrivit-il pas certains de ses meilleurs articles un peu « bourré », comme Marx après plusieurs verres de Porto. Freud aurait pu reconnaître que la prise de cocaïne l’avait aidé à progresser dans sa recherche, en éliminant tout ce qui freine la pensée aliénée du monde dans lequel on vit.

Je ne traite pas de l’effet de ces « adjuvants » sur nos meilleurs penseurs prolétariens mais je livre une réflexion sur les possibles pour dépasser les radotages sur la « nature humaine », les complexes classifiés et l’interprétation de la folie dépressive en général.

Pour ceux qui sont intéressés, qu’ils écrivent à mon adresse physique avec un chèque de 13 euros (libellé à mon vrai nom), et je leur retournerai ce superbe ouvrage orné du cri de Munch (*).

JLR

(*) Munch a peint tout simplement un moment d'angoisse extrême, un "état limite", il n'a pas "annoncé" la décadence et les guerres du XXE siècle comme le lui ont attribué les esthètes. Voici comment il raconte ce moment terrible qui lui a inspiré ce tableau de cri de folie (imaginaire): "Je suivis la route avec deux amis - le soleil se coucha, le ciel devint rouge sang - je ressentis comme un souffle de mélancolie. Je m'arrêtai, je m'appuyai à la balustrade, mortellement fatigué; au-dessus de la ville et du fjord d'un bleu noirâtre planaient des nuages comme du sang et des langues de feu: mes amis continuèrent leur chemin - je demeurai surplace tremblant d'angoisse. Il me semblait entendre le cri immense, infini, de la nature". (1895). On a dit aussi que Munch avait été impressionné par la tête débandée de momie égyptienne exposée au Musée de l'homme. J'ai vu récemment au Trocadéro, dans un musée atrocement mutilée et réduit à l'état de brocante délaissée par des déménageurs indélicats, la tête en question. Bof... pas besoin d'avoir vu une tête de momie pour se figurer l'angoisse au plus fort de la crise où l'on a envie de hurler en se bouchant les oreilles.




samedi 25 octobre 2008

MAI 68 OU L’IMPACT DE L’INCOMPRIS

Par Lucien Laugier (1975 ?)

Remarque préliminaire: Les hypocrites commémorations sur 68 se sont éteintes. On peut en reparler sereinement. L'époque paraît bien rose comparée à la dramatique récession qui commence à ravager le monde. Alors, les prolétaires sont restés relativement passifs et plutôt spectateurs d'une jeunesse généreuse et dispersée. Aujourd'hui plus question de plaisanter ni de laisser les étudiants ou des émeutiers jouer à lance caillou avec la police, il faut refaire le monde. C'est urgent. Seule la classe ouvrière peut y prétendre. Il n'y a plus de parti pour le faire à sa place, et les petits clans à prétention de guidage révolutionnaire sont si sclérosés, replis sur eux-mêmes et haineux entre eux qu'on se fiche de leur regroupement éternellement impossible. Mai 68 a montré que le parti de masse c'était fini depuis belle lurette, et que la révolution n'a pas besoin de chefs ni de donneurs de leçons bien au chaud et qui laissent les prolétaires aller au casse-pipe à leur place. Laugier a vu juste. Il est bien le principal mémorialiste du ténu mouvement marxiste du XXe siècle. Voici un texte, parmi d'autres, passionnants et instructifs, qui seront publiés début 2009 dans Tempus Fugit, revue électronique non fugitive. La terrible dépression qui se profile redonne déjà goût à la lecture. En Allemagne on commence à s'arracher les oeuvres de Marx. Tant mieux. Les textes des révolutionnaires modernes et leur histoire vont retenir l'attention de plus en plus de ceux qui voient bien la marche à l'abîme. Mais gare, si tous les ânes se disent désormais marxistes, tous les marxistes ne sont pas des ânes! (JLR)

Je dois constater aujourd’hui, non sans quelque étonnement rétrospectif, que le retrait forcé de Bordiga à la suite de sa première maladie, ne nous affecta pas outre mesure. De même d’ailleurs que l’élimination de deux camarades qui étaient entrés en conflit avec la direction du Parti au sujet des questions dont j’ai parlé précédemment (Encore que de façon aussi inélégante qu’obscure dont fut accomplie cette élimination laissa à quelques uns d’entre nous un certain goût d’amertume sur les raisons desquelles il sera opportun de revenir ultérieurement plus en détail).

Peut-être ces deux faits également marquants, quoiqu’à des échelles différentes n’obscurcissent pas complètement l’opinion de la plupart en raison des événements des années suivantes : dès 1965-66 survint un changement sensible du climat politique et idéologique de la société gaulliste, surtout chez les jeunes.

Avec le recul, il est désormais possible de vérifier la réalité d’un phénomène dont nous n’eûmes à l’époque qu’une perception limitée bien que ses divers indices ne cessèrent d’aiguiser notre curiosité. Après des années et des années de monopole stalinien sur la littérature ouvrière - monopole aux effets fastidieux et écoeurants – on se mettait de divers côtés à publier des textes, des études ramenant au jour, au moins partiellement, la vérité étouffée durant les sombres années de la période à laquelle Edgar Morin a donné le nom de « glaciation théorique » et qui est totalement imputable à la toute puissance du stalinisme (surtout parmi les intellectuels occidentaux) durant la première décennie de l’après-guerre. J’en fournirai preuves et exemples dans d’autres chapitres, me bornant ici au seul aspect que nous en connaissions dans le PCI en ce qui concernait l’apparition, dans la capitale d’un nouveau « jeune public » avide de connaître la véritable histoire des mouvements révolutionnaires et particulièrement sur les chapitres que le stalinisme avait totalement falsifiés. Progressivement, les camarades de Paris se lièrent avec quelques éléments faisant partie de ce public et commença alors, lentement mais avec régularité, un fait qui contribua à nous faire oublier les tristes mésaventures relatées plus haut : l’accroissement numérique du parti.

Je passerai ici sur l’enthousiasme que suscita cet événement ainsi que sur la responsabilité qu’il porte dans le renforcement ultérieur de notre « mégalomanie ». J’en viens tout de suite aux bouleversements survenus sur la fin de la décennie et à leurs répercussions sur l’histoire de notre « groupuscule ».

Parmi ceux qui, en 1971, devaient quitter le PCI – et je dirai plus loin quelle part je pris dans cette décision – l’habitude fût vite acceptée d’expliquer la « crise » ayant provoqué notre départ par les conséquences directes ou indirectes des événements de mai-juin 1968 – opinion directement empruntée à ce qu’en disait J.Camatte, l’un des deux « sortants » de 1965, dans sa revue « Invariance ». Une affirmation qui peut être admise dans la mesure où mai 68 a mis au grand jour la fonction à laquelle étaient désormais réduites les traditionnelles « avant-gardes révolutionnaires » et dans la mesure aussi où les conséquences immédiates de l’événement ont fait du PCI un groupuscule parmi les autres.

En fait, trois ans plus tôt, tout le monde politique avait été surpris par la violence et la soudaineté de la révolte des étudiants, mais le PCI le fût moins par l’éclatement de cette révolte que par le style et les formes qu’emprunta cette intrusion aussi exaltante qu’éphémère de la Révolution au cœur de la vieille société gaulliste. Je dois souligner en effet, sans pour autant en vouloir tirer argument en faveur de la « clairvoyance » du PCI, que la rébellion des jeunes, sur la fin des années 60 ne fût pas vraiment quelque chose d’inattendu pour nous. On pourra d’ailleurs le vérifier ultérieurement à l’examen de la presse et de nos comptes rendus de réunion de l’époque. En ce qui me concerne plus particulièrement, je me souviens avoir été vivement intéressé et impressionné au printemps de 1968, par les colonnes que la presse de gauche consacra à l’effervescence régnant alors dans la Faculté de Nanterre[1].

Phénomène surprenant : les étudiants en sociologie et sciences économiques, en principe destinés à devenir les futurs cadres de la production industrielle, se mettaient à dénoncer le rôle de garde-chiourmes qu’on leur promettait sous prétexte de « psychologie du travail ». Ils démystifiaient froidement cet avenir en montrant que les savantes spéculations de la psychotechnique n’avaient d’autre but que de dissimuler la réalité répressive de la fonction qui leur était par avance dévolue. Ils s’insurgeaient également contre tous les tabous, de la société gaulliste et contre les ségrégations culturelles qu’elle entretenait. Bref, ils laissaient prévoir la maturation d’une révolte appelée à s’en prendre à tous les préjugés et interdits qui avaient paralysé la génération précédente.

Dans « Le Prolétaire », nous en avions relevé divers indices dès 1967. Si nous ignorions tout du moment où surgirait la rébellion des jeunes et plus encore les revendications qu’elle avancerait, nous la sentions pourtant venir – affichant il est vrai avec trop de certitude la conviction qu’elle s’orienterait dans le sens que nous espérions. Il est vrai aussi – et cela nous déconcertait quelque peu – que les rares contacts pris avec les « jeunes » nous les montraient sensiblement différents de ceux qu’ils auraient dû être selon notre attente. C’est ce qu’ils exprimaient à travers les aberrations « gauchistes » dont nous avions depuis longtemps fait le procès : nous nous polarisions sur l’infantilisme de ces fanfaronnades sans deviner la poussée qui s’exerçait derrière. En ceci, d’ailleurs nous subissions le lot des intéressés eux-mêmes, parmi lesquels seuls les situationnistes détenaient une perspective nette. Mais nous ignorions jusqu’à leur existence.

En dehors des « enragés » de Nanterre et du « Mouvement du 22 mars » [2], ce qui ressortait de la « contestation » étudiante et qui imprégnait toute la presse gauchiste[3], c’était une sorte de « réformisme radical » réclamant pour les étudiants « l’égalité des chances pour tous », la suppression des cours magistraux, l’abolition de la sélection, etc. toutes transformations absurdes, impossibles ou décevantes si on les posait à travers le maintien des structures de la société existante.

(Là résidait d’ailleurs la pseudo « armée secrète » des trotskystes et qu’ils révélaient volontiers de bouche à oreille : il fallait encourager les revendications concernant des réformes impossibles car cette poussée ferait éclater les limites et poserait la problème politique du pouvoir. Soit dit au passage : soyez raisonnables, réclamez « l’impossible » qui tendait au contraire à dépasser tout de suite le cadre d’une réforme de la société).

A quelques rares éléments du PCI, le radicalisme de cette dernière expression ne passa pas inaperçu. Je fus parmi ceux-là, mais, je dois le dire, pour des raisons surtout passionnelles. De toute façon, une grande divergence d’interprétation de mai 68 se produisit entre les groupes de Paris et de Marseille sur la fin du mouvement.

Dans leur appréciation de la « révolte étudiante », la plupart des camarades de la capitale maintenaient contre eux l’invective grossière (à senteur fortement stalinienne) qui lui reprochait de n’être qu’une manifestation de « fils à papa », de privilégiés qui n’étaient soucieux que de leur avenir de futurs cadres de la société capitaliste, et qui, à ce titre, ne méritaient pas l’appui, ni même la simple considération des vrais « prolétaires-ouvriers ». A Marseille, au contraire, nous commencions à percevoir, quoique d’une façon timide et contradictoire, la nature subversive du courant d’idées qui animait une rébellion qui était devenue celle de toute une fraction de la jeunesse. Nous nous efforcions d’en discerner les causes et d’en dégager les composantes au-delà d’une rudimentaire classification sociologique. Nous découvrions que la « démocratisation de l’enseignement », c'est-à-dire l’ensemble des tentatives répétées d’élargir à des couches populaires la pépinière des futurs cadres de la société, n’avait guère favorisé la « promotion sociale » dans les milieux vraiment défavorisés ; mais, par contre, elle avait introduit dans la place, c'est-à-dire dans la nouvelle université élargie aux dimensions et styles d’une caserne, un redoutable chevale de Troie : une masse trublionne de jeunes gens suffisamment instruits pour se défier et se gausser des contre-sens historiques d’une idéologie que leurs aînés n’avaient admise qu’au travers de travestissements passionnels (antifascisme, Résistance, mythe du « socialisme » russe, etc.) et assez subtils pour s’abriter derrière l’alibi de la revendication de « réforme de l’Université » (sur laquelle, il est vrai, les « contestataires » rangés ont fait couler des flots d’encre) afin de pratiquer un nihilisme destructeur dont il n’existe pourtant qu’une seule théorisation intelligente (en dépit, elle aussi, de ses limites) : le situationnisme[4].

En un certain sens, la jeunesse de cet été là, en défiant la « société de consommation », en méprisant ses plus hauts symboles – les autos qu’elle allait jusqu’à brûler devant les barricades du quartier latin, avait sauté à pieds joints dans la critique borddighienne du « Welfare », de la « prospérité », du productivisme, du carriérisme, telle que la presse du PCI la développait depuis le début des années 60. Mais elle le faisant en se référant à Marcuse et non à Bordiga. Cela suffisait à fermer les yeux à beaucoup d’entre nous.

Ce n’est pas encore ici que j’entreprendrai la laborieuse critique de l’événement mai 68, dont ce que je viens de dire constitue la face cachée souvent masquée par le souci groupusculaire de « conquérir les ouvriers ». Je ne parle pour l’instant que de ses répercussions sur l’évolution du PCI dans les années qui suivirent et au cours desquelles les conclusions de l’événement furent tirées de façon sensiblement discordante.

Mai 68 avait confirmé, avec un peu d’avance, la prévision, par Bordiga, de l’éclatement d’une vaste crise sociale dans la décennie ultérieure (1975, semblait-il). Mais, dans la première manifestation de cet éclatement, ce n’était pas le prolétariat qui s’était dressé, c’était une fraction atypique des nouvelles classes moyennes : la jeunesse des facultés et des collèges. A ce propos, le désaccord caché qui régnait dans le PCI durant les années 1969-70 tenait en ceci que les uns voyaient dans l’agitation étudiante et la grève qui l’avait suivie, les prémisses sûres d’un grand « réveil prolétarien » [5]déjà en acte, tandis que les autres restaient fortement sceptiques à l’égard de cette perspective – impressionnés comme ils l’avaient été par l’énergique fonction contre révolutionnaire assumée par les centrales staliniennes, au prestige demeuré malgré cela intact, et sur la redistribution des rôles qui faisait de la CFDT, syndicat ex-chrétien, une organisation plus combative que la CGT et dont le verbalisme pseudo-révolutionnaire permettait pourtant aux maoïstes les plus actifs d’y trouver refuge contre les exactions des « gros bras » de la CGT.

A la première de ces deux interprétations de mai 68, à son optimisme et à son triomphalisme, l’agitation ouvrière en Italie – le « Mai rampant » de la péninsule en 1969 – donna une forte impulsion, mettant à jour des initiatives qui devaient jouer un rôle déterminant dans la « seconde crise » du PCI.



[1] Sans doute dans le Nouvel Obs, cf. également l’article que j’ai écrit dans Le Prolétaire sur le discours de Thorez : « Les jeunes et le communisme ».

[2] Voir tableau des sigles et mini-lexique.

[3] Pour les trotskystes, notamment « Lutte Ouvrière », « Rouge », etc.

[4] Avec sa perspective de création des conseils ouvriers, directement inspirée de la Révolution allemande, les situationnistes, en mai 68, tentaient un retour au marxisme authentique, dont ils ne voyaient qu’un seul vrai modèle : la 1ère Internationale. Cette perspective fût soldée par un échec total, mais elle modela l’expression idéologique de l’événement parce qu’elle avait su trouver un réel répondant matériel : le mécontentement de dizaines de milliers d’étudiants (et bientôt de lycéens) et un concours de circonstances les ayant précipités vers une quasi-émeute. Les notions de « prolétarisation », « réification », « société de consommation », trouvaient alors une résonance réelle et permettaient une perspective qui paraissait plausible face à l’état d’usure du gaullisme et aux hésitations et incertitudes d’un pouvoir déshabitué de toute lutte sociale radicale depuis vingt ans. En dépit des échecs et désillusions finales, le tout aboutit à la généralisation, dans la jeune génération, de l’idée de révolution, à l’acceptation, contrainte et forcée, par toute la société, du droit de cité d’un tel concept (d’ailleurs seul moyen de le récupérer, par la suite, au profit du maintien du système existant.

[5] Le groupe de Marseille, après ses épuisantes et infructueuses tentatives d’affichage, d’intervention, etc. s’était vite convaincu de la défaite que représentaient les accords de Grenelle, pour ce que le journal italien du parti appela « le formidable coup d’épaule du prolétariat français ». Il accepta cependant le triomphalisme qui s’insinuait dans l’organisation à la faveur de telles formules. En réalité, le formidable « coup d’épaule » avait été le fait des étudiants, des lycéens, et non des ouvriers qui, par leur obéissance absolue aux garde-chiourmes staliniens de la grève, s’étaient avérés les plus fermes soutiens du conservatisme.

lundi 20 octobre 2008

AVEC LA DEPRESSION LES SCANDALES….

LES CADAVRES DE L’HISTOIRE

BOUGENT ENCORE


Ce n'est qu'un début: 20 millions de chômeurs de plus annoncés dans le monde!

Enfin du concret!

Au total 210 millions, record de 1929 battu! Pour le directeur général du BIT, ce sont les plus «vulnérables» qui risquent d'être les plus affectés par la crise. Il souligne ainsi que le nombre de «travailleurs pauvres» qui vivent avec moins de un dollar par jour pourrait croître de 40 millions tandis que celui des personnes gagnant moins de deux dollars pourrait augmenter de 100 millions entre 2007 et 2009. C'est pas d'une refondation ou d'un replâtrage du système capitaliste de misère qu'il est question mais bien de sa destruction par les millions de travailleurs, pauvres, découragés, excédés, jetés à la rue!

Aux origines de la crise capitaliste du XXe siècle on oublie toujours de mentionner la césure de la guerre de 1914, comme « stade suprême du capitalisme ». Il est éloquent que personne, excepté votre serviteur (et quelques blogonautes dispersés) ne mentionne la question de la guerre comme « solution » classique au marasme du capitalisme. Pour les dirigeants actuels du système, les Bush, Sarkozy et Cie, il suffirait de « moraliser » le capitalisme. Le ton est donné. La crise actuelle ne serait qu’une « crise financière » doublée de « scandales financiers » et… sexuels. Il est fini le temps de l’apologie de la « libre entreprise » prônée par le ministre « socialiste » Fabius en 1983 dénonçant « l’antisyndicalisme et l’antipatronalisme ».

On se garde de rappeler que la Deuxième Guerre mondiale ne fût que la continuation de la Première, et qu’elle n’est pas finie… Il est donc du plus haut intérêt de relire l’introduction de l’historien Pierre Miquel à son livre « Les poilus » (réédition Pocket). Les mêmes questions qui furent posées à l’époque se reposent aujourd’hui, avec l’amnésie organisée en plus. Les historiens en général se gardent de rappeler l’initiative géniale des bolcheviks qui, avec la classe ouvrière russe, avaient stoppé la guerre mondiale. Miquel reconnaît en filigrane avant de décrire les horreurs et de minimiser lui aussi l’importance de l’insubordination au front. Je reviendrai plus loin sur le cas des historiens francs tireurs comme Annie Lacroix-Ritz, pour montrer combien ils sont hémiplégiques eux aussi.

L’idéologie du « choc des civilisations » véhiculée depuis l’effondrement des tours new-yorkaises en 2001, reste résiduelle mais très prégnante derrière les pacifistes discours économistes. Pourtant cette idéologie n’est pas nouvelle, et reste « préparatoire » à un nouveau conflit majeur, comme permettent de s’en rendre compte Gabriel Périès, politiste et David Servenay, journaliste. En 1936, la publication du livre « la guerre totale » du maréchal Ludendorff - vedette criminelle de la Première guerre (qui finira fou) et complice d’Hitler -

aura un grand retentissement dans les cercles européens du pouvoir, à Paris comme à Berlin. Voici le résumé qu’en fournissent ces deux auteurs : « S’interrogeant sur l’émergence d’un nouveau type de conflit, il conceptualise le principe d’une guerre inégalée en intensité, qui voit s’opposer non pas des armées et des nations, mais des « races » et des potentiels économiques. En abolissant le distinguo civils/militaires, les moyens modernes de la guerre (propagande, psychologie, radio…) font de la population à la fois une cible et un enjeu du conflit. Avant tout conflit établissant un front, il faut donc engager une guerre préventive contre tout ce qui n’est pas national, tout ce qui identifié comme l’ennemi (à l’époque, les juifs, les franc-maçons, les communistes, les socialistes mais aussi l’Eglise catholique) pour éviter le fameux « coup de poignard dans le dos ». Le principe central de la guerre totale est la « cohésion animique du peuple » avec son chef en utilisant la terreur de masse. Autrement dit, une guerre totalitaire où les priorités sont la logistique, le renseignement et l’élimination préalable de l’opposant politique et racial. Ce livre contient toutes les atrocités à venir du IIIème Reich, les stratèges d’Hitler s’en inspireront constamment. Comme chacun le sait, cet attirail intellectuel sera donc largement appliqué pendant la Seconde guerre mondiale. Ce que l’on ignore souvent, c’est que les mêmes idées vont être reprises par les plus grands stratèges militaires français dès 1947 jusque dans les années 80 ». Peut-on croire que les stratèges « faucons » de nos jours auraient rompu la continuité ?

Restons-en pour l’instant à la nature de la crise actuelle d’abord et à la façon que la bourgeoisie a de la déguiser.

  1. COMMENT L’ARCHANGE SARKOZY VEUT SAUVER LE MONDE :

Le remue-ménage du président en exercice de l’Europe ne serait que risible s’il n’était aussi lamentable. Sarkozy se la pète sauveur suprême alors qu’il n’est qu’un vulgaire pion du système des privilèges, des parachutes dorés qui l’avaient sponsorisé pour occuper sa fonction de premier menteur professionnel. Sarkozy qui est passé maître es coups fourrés – il a commencé sa carrière par l’élimination de Una Bomber à Neuilly - épisode obscur et jamais éclairci dans sa carrière d’archange sauveur des enfants de maternelle et de leur institutrice – nous a fourni un excellent gage de sa soudaine honnêteté flouée ; en faisant un procès aux révélations mesquines d’un ancien directeur des RG et en montant cette histoire à dormir debout de son compte en banque pillé par d’odieux raiders informatiques, comme cela peut vous arriver à vous et moi (info et intox). Preuve de son humanité, sa femme top model s’est rendu aux obsèques du malchanceux Guillaume Depardieu (dont l’Etat s’est royalement moqué de son véhément combat, de son vivant, contre l’incurie hospitalière).

Derrière l’empereur d’un mois Sarko, mi-figue mi-raisin, les autres dirigeants font les importants : l’Europe montrerait la voie et remettrait à sa place une Amérique en déclin. Cette méthode Coué n’abuse personne. Chaque jour apporte son lot de faillites boursières, là une banque, ailleurs un consortium d’assurance. Les plus lucides reconnaissent l’entrée en récession. Ainsi Attali, au JDD : « Nous sommes au bord d'une récession. Elle tire son origine de l'effondrement du marché du crédit hypothécaire américain, qu'on nomme la crise des subprimes. Elle a détruit, en quelques mois, des richesses égales à 10 % du PIB mondial, soit 4.000 milliards de dollars, c'est-à-dire 50 fois plus que les pertes générées dans les industries de pointe par l'explosion de la bulle internet. Cette crise n'est pas cantonnée au secteur du logement, car elle révèle que les banques ont reprêté leurs prêts à n'importe qui, pour les racheter ensuite beaucoup plus cher. C'était à la mode. Devant la révélation de la folie que cela représentait, on est passé, en une semaine, de l'euphorie à la panique : plus personne ne prête à personne. Plus aucune banque ne prête à une autre banque. Et si les banquiers continuent à paniquer, nous risquons une crise de 29. D'ailleurs, aux Etats-Unis et ailleurs, certains grands patrons de la finance me disent en privé : "Nous sommes en 1928" ! En quelques mois, nous sommes passés d'une économie de l'euphorie à une économie de panique et c'est cela qui risque de provoquer une récession, alors même que les fondamentaux économiques mondiaux sont excellents ».

On se demande, dans la compétition à outrance, face à la famine qui réapparaît pour les pays pauvres, et face aux vagues de licenciements qui commencent à se répandre, où sont ces « excellents fondamentaux de l’économie » ? A entendre les discours de « refondation » préparés de Sarkozy et les complaintes de divers collectifs d’associations de think-tank, la crise serait soluble dans la fin des « paradis fiscaux ». On constate que la moitié des flux financiers internationaux transitent à un moment où à un autre par des espaces de non-droit, propices au blanchiment d'argent et à « l'évasion fiscale ». Quelle évasion ? Et sur quelle planète ? Selon les estimations de ces gugusses, plus de 400 banques, deux tiers des 2000 hedge funds et deux millions environ de sociétés financières sont hébergés dans la soixantaine de paradis fiscaux et judiciaires recensés dans le monde, dont la moitié en Europe. Voilà où serait le « scandale » de la crise actuelle.

Pour le philosophe Paul Virilio, moins stupide, il n’y a pas que l’économie qui est en cause : « Le krach boursier est un crash-test grandeur nature. Même le divorce s'industrialise. On pourrait introduire une cotation dans les divorces, avec pour risque de faire apparaître que le couple et la famille sont devenus des illusions ». La rectification est d’importance. Le mal est donc plus profond. Virilio, comme un vulgaire révolutionnaire minoritaire nous parle même d’accélération de l’histoire : « Cela fait trente ans que l'on fait l'impasse sur le phénomène d'accélération de l'Histoire, et que cette accélération est la source de la multiplication d'accidents majeurs. "L'accumulation met fin à l'impression de hasard", disait Freud à propos de la mort. Son mot-clé, ici, c'est hasard. Ces accidents ne sont pas des hasards. On se contente pour l'instant d'étudier le krach boursier sous l'angle économique ou politique, avec ses conséquences sociales. Mais on ne peut comprendre ce qui se passe si on ne met pas en place une économie politique de la vitesse, générée par le progrès des techniques, et si on ne la lie pas au caractère accidentel de l'Histoire ». Mais, celui-là il veut accélérer quoi ? Les faillites en chaîne ? Les cadences ?

Comme les ânes économistes Virilio veut nous faire croire que le problème serait à nouveau strictement économique ? Or, la classe dominante, y inclus Sarkozy, a compris que la résolution du problème n’est pas économique mais politique, et ensuite impérialiste (mais on le tait pour l’instant). Avant d’en venir aux scandales proprement dits, examinons la contribution des anti-sarkozystes aux enjeux graves de la période présente.

2. L’HISTOIRE HEMIPLIGIQUE DE Mme LACROIX-RIZ:

Déjà autour de 1929, la grande dépression économique tendait à être masquée par divers « scandales », affaire Stavisky, canal de Panama, exactions des Ligues et du patronat d’extrême droite, espions « bolcheviques », etc. Le vrai scandale était déjà le capitalisme, et la plus grande inquiétude de la bourgeoisie était que la classe ouvrière relève la tête malgré le rouleau compresseur du stalinisme et la montée du national-socialisme. On se garde bien de nous remémorer l’action dissolvante des partis staliniens nationaux pour embrigader à nouveau le prolétariat, pour pousser les masses à choisir un camp bourgeois. Il faut criminaliser de grands « ensembles » (blocs en constitution) pour faire adhérer les prolétariats à une nouvelle boucherie qui ne peut plus être « patriotique ». Les « scandales » n’auraient pas suffi à éliminer politiquement le prolétariat. Il fallu toute l’orgie nationaliste stalinienne pour les désorienter.

A vieilles ficelles, recettes moisies. La vieille gauche caviar tente encore de défendre le parti stalinien (cf. un récent article de papy Jean Daniel dans le Nouvel Obs qui veut disculper Thorez de l’accusation d’antisémitisme vis-à-vis de Léon Blum. Avec les trouvailles de Pennetier et Besse (dont j’ai parlé dans un ancien numéro de PU) nos quelques staliniens de choc survivants ont pourtant pris un sacré coup de vieux pour la version résistante et démocrate de leur compromission pro-hitlérienne - disons contre-révolutionnaire - de leur secte d’obédience. C’est paraît-il dû aux hasards de la recherche dans les archives départementales de Paris que Claude Pennetier et Jean-Pierre Besse avaient découvert des notes établissant l’argumentaire employé par les représentants du PCF (aux ordres de Duclos et de l’éminence grise (Jean-Jérôme alias Michel Feintuch, néanmoins juif) de Moscou) auprès des "boches" à Paris. Thorez sera logé dans la banlieue de Moscou. L’exil lui avait été largement imposé par Moscou. Il signe un pamphlet contre « Blum tel qu'il est » aux relents antisémites et « l'appel du 10 juillet 1940 » favorable à la paix mais au profit de l’impérialisme russe.

La trahison de l’internationalisme par le PCF est le principal coup de poignard dans le dos du prolétariat. C’est ce qui me permet d’en venir aux prestations de Madame Annie Lacroix-Riz. Après la contribution « complotiste » et pro-arabe de son copain du Réseau Voltaire, Thierry Meyssan, dont j’ai dit toute la forfanterie et les amalgames frauduleux, cette professeure officielle (elle enseigne à Paris VII) a fait un tabac sur le web à nouveau avec une de ses conférences filmées « Europe : mythe et réalités ». Cette historienne, qui se flatte d’être marginalisée, s’est fait connaître par sa remise en cause de sujets « sensibles » comme le zycon B, et sa mise au ban reposéerait sur le fait qu’elle aurait été la première à dénoncer le financement par des entreprises (capaitalistes) des travaux des historiens qui ont pignon sur rue. Sa remise en cause de la famine en Ukraine en 1932-33 lui a valu l’ire de l’historien de LO Peschanski, qui fait partie comme Courtois et Rémond des poseurs d’histoire en odeur de sainteté. Cette défense a minima, par cette collaboratrice du Monde Diplo, de l’horreur stalinienne doit-elle étonner de la part d’une membre du Pôle de renaissance communiste (PRCF, filiale dudit PCF lobotomisé) ? Ses ouvrages sont généreusement mis à l’étalage de la fête de l’Huma. Chaque historien a la boutique qu’il peut.

Au milieu d’un certain nombre de vérités sur la collusion des patronats allemand et français et sur l’action en sous-main de la principale puissance mondiale depuis 1918, Lacroix-Riz livre à nombre d’internautes naïfs et éblouis - qui croient enfin tout comprendre - un étalage de contre-vérités… en défense de l’URSS. Qualifiée de « loup garou » étranger à la mafia des capitalistes qui auraient seuls préparés la guerre (ces salauds du Comité des Forges), l’URSS est innocentée. Mieux encore, vu sa contribution en pertes en vie humaine, c’est l’URSS qui a écrasé Hitler à Stalingrad ! Mensonge pieusement stalinien que contestait Staline lui-même, lequel avait déclaré « nous avons gagné la guerre grâce au pré-bail américain » ! On a oublié que Souvarine avait noté que les chars russes à Stalingrad étaient américains mais repeints aux couleurs russes.

L’on perçoit donc que les trafiquants d’histoire ne sont pas seulement au pouvoir mais que les résidus intellectuels du PCF voguent à nouveau à leur façon pour une Europe… débarrassée de l’impérialisme américain (alliée avec Poutine ?). Rien n’est dit sur l’ignominie du PCF, tout est mis sur le dos de l’obscur comité des Forges et sur leur, sous-fifre, l’ex-militant d’extrême droite Robert Schuman, sublimé par les gaullistes comme père de l’Europe. Grâce à Madame Annie Lacroix-Riz les masses sont enfin éclairées par l’histoire hémiplégique néo-stalinienne. Cette dame qui a passé un doctorat d’Etat sur la CGT, conforme à cet organisme de collaboration d’Etat, fait rire son auditoire en se moquant souvent de la « collaboration » des capitalistes entre eux, mais jamais de celle des syndicats. Elle ponctue son discours familier et empreint de démagogie d’allusions aux salaires toujours revus à la baisse par le patronat, argument qui remue toujours au tréfonds la fibre syndica liste de base. Elle est applaudie vivement par la salle composée d’étudiants du PCF et de la gauche bcbg. Revenons à la crise qui n’est pas encore politique du point de vue des masses opprimées.

3. LA GESTION DE LA CRISE PAR LES SCANDALES :

L’enjeu des hommes de pouvoir est, dans la période actuelle de décadence économique et politique du capitalisme, non simplement de dominer les autres hommes et s’enrichir, mais aussi sexuel. Ni Marx ni Freud n’ont épilogué sur le droit de cuissage, mais il existe encore. On est habitué aux règlements de compte qui n’en finissent pas : Villepin versus Sarkozy, Tapie versus Crédit Lyonnais, etc. Aucun des protagonistes n’a fini pourtant comme Boulin ou Bérégovoy (Mitterrand ait leur âme !). Voici le tour de DSK pour lequel un sondage complaisant faisait croire récemment qu’il était le futur présidentiable préféré des Français ; vu que les compétiteurs « socialistes » sis sur le territoire hexagonal ne sont plus que nains en foire (mais je respecte les vrais nains). DSK a reconnu avoir trompé sa compagne, milliardaire ancienne présentatrice d’une émission de télé. Celle-ci comme Madame Clinton a rassuré le peuple, l’incident a été dépassé, ils s’aiment comme au premier jour. Laissons de côté le penchant de DSK pour les clubs échangistes (cf. Sexus politicul) et se frasques cachées (je possède un témoignage d’une de ses employées lorsqu’il était à Bercy). Il n’est pas le seul. Tous les politiques d’importance ne pensent qu’à leur bite. Un groupuscule de députés européens a conçu une pétition pour supprimer les faveurs de petits nanas dans les hôtels particuliers réservés à l’élite politique européenne ; sans demander la suppression de la gratuité du viagra dévolue à ces virilités agonisantes (info peu connue du grand public). Le coup bas contre DSK vient-il de l’entourage sarkozien ? C’est ce que laissent supposer ses complices politiques au PS. Ou de concurrents au FMI ? Un prédécesseur de DSK avait déjà été viré pour des abus du même genre, sans oublier un président israélien. Il a eu le courage de reconnaître sa faute, tonne l’un, de plus dans l’empire américain, pudibond et moraliste à l’extrême (vive la libération sexuelle susurrent les anciens gauchistes devenus cadors au PS) ; il ne faut pas mentir au pays de la Bible réformée sinon il vous arrive ce qui est arrivé à Clinton. Ouais, mais notons que l’empire US est mal placé pour faire la morale : plus de 90% des sites pornos qui envahissent le web proviennent des USA.

M’enfin on se fiche de la sexualité débridée de M. DSK, et on n’engagera pas plus d’effort sur ce clavier sur le sujet, sauf que ce présumé présidentiable fait comme les autres gugusses de pouvoir, il se donne le droit d’abuser selon son bon vouloir. Et pendant que nous parlions de sa bite, nous avions laissé tomber la récession économique mondiale et l’incapacité de ce docte professeur d’économie, lui aussi, à y remédier.

Changeons de sujet, autre scandale : la tricoche pour ce pauvre Besancenot. Ainsi que le révèle l’Express (hebdo financé par les USA) la « tricoche » est un travail au noir depuis les archives policières par lequel des fonctionnaires de police livrent des informations confidentielles à des officines privées, au Canard Enchainé ou à Charlie Hebdo. Plusieurs affaires, ces derniers mois ont montré que certains "ripoux" passent de l'artisanat à l'industrie. Un article dans la revue du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN, majoritaire), titré "La Face cachée de l'intelligence économique", plaide pour une "nécessaire organisation" du secteur. Les affaires n'ont pas manqué ces derniers mois. Ce fut d'abord un commissaire divisionnaire de la très sensible sous-direction des affaires économiques et financières de Paris, pris la main dans le sac, en mars 2008. Il a reconnu avoir revendu des informations confidentielles pour un gain estimé à 20 000 euros au moins. L'espionnage par la société Tazer, dont furent victimes Olivier Besancenot, leader de la LCR, sa compagne et leur jeune fils relève de la même barbouzerie. Une officine privée a bénéficié de renseignements émanant du fichier national automobile. Un policier, en poste en province, se serait chargé de les lui fournir. Par ailleurs, les comptes bancaires du couple ont été épluchés, ce qui a conduit cette fois sur la piste d'un service des douanes. Tricoche était un auteur de vaudeville au XIXe siècle. "Tricocher" ou "aller à la tricoche": le terme s'applique à une vaste zone grise qui va du PV annulé en échange d'un gueuleton à la corruption la plus assumée. L'essor du renseignement privé et la guerre économique à laquelle se livrent les grands groupes industriels, doublée de la fascination de certains de leurs dirigeants pour les secrets d'alcôve, ont offert un nouveau débouché à cette activité parallèle. Hier, elle fleurait la bonne bouffe autour d'une nappe à carreaux: elle était artisanale. Elle s'est aujourd'hui professionnalisée, affichant désormais des prestations tarifées.

Qui pourrait ne pas être d’accord avec Besancenot que cet instrument de répression, le tazer (bidule pour flic qui sert à électriser tout rétif) est ultra-dangereux et ne pas demander sa suppression, alors qu’il a effectivement causé des morts, en particulier aux USA (cf. You tube) ? Personne, surtout pas le probe avocat de la gauche caviar et écologiste Noël Mamère ! Que voilà encore une bonne occasion pour faire de la pub au nouveau parti anti-communiste de Besancenot, voire béatifier ce dernier, vu le dangereux vide politique face au gouvernement ! Ce scandale a du bon.

Enfin, dernier scandale, mais mondial : un noir est en passe de rafler haut la main la présidence de la première puissance mondiale. L’émotion saisit partout les « petits blancs », certains aux USA ont avoué craindre une « prise du pouvoir par les noirs » (vont-ils en profiter pour violer les femmes blanches ?). Les noirs sont de plus en plus en tête de tout, de formule 1, de tennis, de golf… Le portier de Le Pen est noir… Pourquoi tant d’enflures me direz-vous ?

Cet Obama qui va s’emparer de la baraque blanche a tout pour plaire. Il est père de famille, propre sur lui, parle bien, a de l’humour, pas d’amante cachée. Kennedy blanc ou Lincoln rose il peut raisonnablement surclasser le vioc Mac Cain… C’est d’ailleurs l’argument « intelligent » de tous les pipoles d’Hollywood et autres Joan Baez pour encourager les électeurs à participer, même les plus vieux. Obama est conforme à la messe antiraciste mondiale. Il semblerait que même les masses arabes et juives prient pour sa victoire. Pourtant, à chacune de ses prestations je ne peux m’empêcher de ressentir un vrai malaise. Souvent il parle devant des auditoires en toile de fond qui alignent des rangées de vieux bourgeois à la tête chenue et aux rires carnassiers. Et s’il n’était qu’un nouveau « y a bon Banania » ? Comme le musicien de jazz qui, au beau temps de l’apartheid US avant et après guerre amusait la galerie dans les palaces des riches blancs ? La bourgeoisie US n’a-t-elle pas fourni régulièrement le « noir de service » avec Colin Powell et Condolezza Rice ? Pendant que la classe ouvrière, noire et blanche, continuait à faire les frais des guerres impérialistes et de la misère. Obama sera un président en service comme tous ses prédécesseurs et étroitement soumis aux besoins de la bourgeoisie américaine. Comme à Léon Blum ou aux négociateurs juifs allemands de la paix de 1918, il lui serait beaucoup reproché s’il échoue à illusionner la classe ouvrière dans la tourmente contre laquelle ni lui ni les faucons (les vrais cons) ne pourront échapper à leurs responsabilités répressives et impérialistes. Qu’il évite de se faire tailler une pipe sous le bureau de la maison des blancs riches, ou une éventuelle balle perdue.

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vendredi 26 septembre 2008

LE CAPITALISME EXPLIQUé
A NICOLAS SARKOZY
(La catastrophe qui vient et les moyens
de ne pas la conjurer)

De Chicago à Stettin (Pologne) et à Saint Etienne (France), un immense éclat de rire a secoué les prolétaires à l’écoute des discours de Bush puis de celui de Sarkozy pour leur dithyrambe en faveur d’une moralisation du capitalisme. Pas besoin d’être grand clerc en économie – d’ailleurs les grands clercs n’y comprennent plus rien non plus – pour comprendre que l’Etat US s’est proposé de prendre dans la poche des millions de prolétaires pour indemniser les financiers véreux, mais qui sont tels parce que le système « de la main invisible » (pas pour la poche des contribuables) dit « capitalisme financier » et impérialiste le leur permet, et les indemnise en plus. L’éditorialiste servile du Figaro, avec les génuflexions habituelles pour leur Chef d’Etat écrit :
«Fidèle à son style et à son tempérament, le chef de l'État a également donné un coup de pied dans la fourmilière sur un sujet sensible. À ses yeux, les « responsables » du désastre doivent être recherchés et punis. Sans doute faut-il accueillir ces incantations avec la distance qu'il convient : il n'existe pas de coupables désignés à l'origine de la crise, ou, plutôt, ils sont si nombreux qu'on ne pourra pas tous les embastiller ! Du vendeur de crédit californien au trader de Wall Street, en passant par les patrons des grandes banques, chacun a participé à la décomposition du système. Mais tant qu'à traiter au fond les racines de la crise, autant se pencher aussi sur la moralité, qui a déserté en partie le capitalisme, au risque de jeter sur lui une immense suspicion. Ce n'est pas sombrer dans la démagogie que de s'indigner que le PDG d'une banque en faillite puisse se retirer avec un chèque de plus de 100 millions de dollars. Il ne s'agit naturellement pas d'ostraciser une profession ni d'interdire les bonus, fussent-ils très généreux. Simplement de rompre avec des pratiques pousse-au-crime, qui stimulent et récompensent la prise de risque au-delà de l'acceptable. Avec le résultat que l'on sait ».
Protégeons donc toujours les grands patrons et leurs banquiers véreux. Les Bush, Sarkozy, DSK et Merkel ont des revenus très confortables mais minables à côté de ceux de leurs commanditaires. Ils ne vont tout de même pas scier la planche sur laquelle ils sont assis. Donc ils ont fait des discours pour rire. Le cataclysme continue de plus belle parce que l’économie pourrie révèle plus encore la politique pourrie des dominants. Les actifs pourris ou « toxiques » ont bon dos. Tout serait la faute aux « manipulateurs d’argent », aux financiers aux mains sales. Or le système général de dérèglementation générale du capitalisme tout court aboutit en effet à un dérèglement général. Ce qui se passe sous nos yeux. La fin présumée du « tout Etat » (synonyme mode communiste selon le commentateur de France 2 à Washington), ne fût qu’une tentative d’adaptation du capital à la baisse inéluctable du taux de profit. Il fallait tricher massivement pour préserver et surtout décupler encore les profits d’une minorité d’accapareurs.
De gauche à droite, la bourgeoisie affolée veut nous faire croire que c’est la « faute aux riches », ces intouchables de la planète financière. Sanctionnons les banques s’est écrié Sarkozy, refondons le capitalisme c’est la fin du capitalisme financier ! Foutaises !
Sarkozy qui n’y connaît rien à l’économie, pas plus que Mac Cain et Obama, guère moins que DSK qui est lui aussi largué (et par son clan au PS), a des conseillers pour lui rédiger ses discours économiques bidons. Tout seul il ne serait rien. Et les discours concoctés par ses conseillers connus ou anonymes sont aussi ceux.
Lénine a dit quelque part, en substance, qu’à un moment donné, la bourgeoisie ne peut plus faire que des conneries. Hé bien on est en plein dedans. Plus aucun parti n’est crédible, il est urgent par contre de fonder celui du prolétariat ! Le système financier, mercantile, impérialiste du capitalisme va à sa perte. Veillons à ce qu’il ne nous y entraîne pas aussi. Les multiples grèves qui éclatent un peu partout sont la voie pour les centaines de milliers de prolétaires aux Etats-Unis et ailleurs qui ont être jetés à la rue.
La prétention des trois présidents US à appeler à l’union nationale a provoqué la colère de milliers de travailleurs américains. L’union nationale, passe encore en période de guerre, mais en période de crise économique… impossible mon cher Watson : les chômeurs ne trinquent jamais avec les milliardaires !
OBAMA LE FUTUR HOTE DE LA BARAQUE BLANCHE (*)
La voie blanche du pouvoir est royale pour Obama. L’impéritie capitaliste est mise sur le dos des seuls républicains (comme ce pauvre Giscard naguère) et la bourgeoisie a donc besoin de ce jeune président noir dehors (blanc à l’intérieur) face au nullissime milliardaire Mac Cain qui est vieux, possède 11 maisons et 15 voitures. En effet, une grosse partie du prolétariat américain est composée de travailleurs noirs particulièrement combatifs d’autant qu’ils sont au bas de l’échelle sociale. Un président de « couleur » pourra (un court moment) calmer le jeu. Mais les temps s’annoncent très dur pour la bourgeoisie régnante.
« The time they are changing”, chantait naguère un certain Bob Dylan. Mais c’est maintenant.!
PETIT RAPPEL HISTORIQUE:

Le Capital financier, est formé des avoirs sous forme d'actifs financiers, essentiellement des titres à long terme de propriété (actions et assimilés) ou de créance (obligations et assimilées).
Ceci est la définition courte de Wikipédia, mais pas celle du marxisme. Voyons la version réformiste de Jaurès puis celle de Lénine qui s’appuie sur le célèbre ouvrage de Hilferding, indépendamment de l’orientation bourgeoise ultérieure de celui-ci.

« ( ... ) Par-dessus les frontières des races et par-dessus les frontières des douanes travaillent les grandes coopérations du capitalisme industriel et financier (« Très bien! Très bien ! ») et les banques, les grandes banques s'installent derrière les entreprises, elles les commanditent, elles les subventionnent, et en les commanditant, en les subventionnant, elles les coordonnent ; et comme elles subventionnent en même temps les succursales lointaines dans tous les pays et par-delà les mers, voilà que la puissance des banques se dresse, coordonnant les capitaux, enchevêtrant les intérêts de telle sorte qu'une seule maille de crédit déchirée à Paris, le crédit est ébranlé à Hambourg, à New York, et qu'il se fait ainsi un commencement de solidarité capitaliste, redoutable quand elle est manœuvrée par des intérêts inférieurs, mais qui, sous l’inspiration de la volonté commune des peuples, peut devenir à certaines heures une garantie pour la paix. » (applaudissements à l’extrême gauche) (Jaurès au Parle-ment)

Lénine cite plusieurs fois le texte de Hilferding, le plus souvent d'ailleurs pour critiquer les thèses de Kautsky, assez semblables selon lui à celles de Hobson (et Jaurès…). sur le caractère pacifique du développement du capitalisme : « Ce raisonnement de Kautsky ( ... ) mérite un examen plus détaillé. Commençons par une citation de Hilferding ( ... ) : « Ce n'est pas l'affaire du prolétariat. écrit Hilferding, d'opposer à la politique capitaliste plus progressive la politique dépassée de l'époque du libre-échange et de l'hostilité envers l'Etat. La réponse du prolétariat à la politique économique du capital financier, à l'impérialisme, ne peut être le libre-échange, mais seulement le socialisme. Ce n'est pas le rétablissement de la libre concurrence, devenu maintenant un idéal réactionnaire, qui peut être aujourd'hui le but de la politique prolétarienne, mais uniquement l'abolition complète de la concurrence par la suppression du capitalisme. » Lénine utilise de nouveau Hilferding contre Kautsky par une citation d'une grande page ainsi introduite : « Hilferding note très justement la liaison entre l'impérialisme et le renforcement de l'oppression nationale ».

LE CAPITALISME FINANCIER STADE SUPREME DE LA CATASTROPHE !

(*)Futur titre du Canard, journal des barbouzes, ou des lamentables Charlie Hebdo (pro-Israël et USA) et Siné Hebdo (pro Hezbollah, voir le numéro 2 qui prend la défense de la religion musulmaniaque et espère sans doute ainsi être sponsorisé par le Hezbollah comme le pitre Meyssan…

lundi 22 septembre 2008




MILLE MILLIARDS DE SABORDS (*)

« Economie politique : science sans entraille » (Gustave Flaubert, Dico des idées reçues)

« Ouvrier : toujours honnête, quand il ne fait pas d'émeutes » (ibid)

Depuis la faillite, lundi dernier, de la banque d'affaires Lehman Brothers, les géants de Wall Street s'abattent comme un château de cartes. Morgan Stanley et Washington Mutual étaient sur la voie d'un rachat d'urgence, tout comme le britannique HBOS. Même Goldman Sachs, réputé le plus solide, a vu son action fondre provoquant un effet domino déstabilisant pour les bourses du monde entier, tant le système financier est interdépendant.

Alors qu'en France la bourgeoisie nous a distrait toute la semaine dernière, en croyant nous inquiéter sur l'augmentation du prix du gobelet de camping… et que Libération déclarait en fin de semaine qu'aucun des crânes d'œuf n'avait vu venir ce nouveau tsunami économique… c'est reparti pour un tour. Les soubresauts de la crise sont de plus en plus rapprochés, et tout prolétaire attentif savait depuis juin que cela allait rebondir en septembre et frapper non plus seulement la classe ouvrière mais de plus en plus les couches moyennes. C'est bon signe pour l'ensemble du prolétariat, nous sommes pour l'égalité des victimes de l'hémorragie financière capitaliste ! Le capitalisme danse sur un volcan et crie « tout va très bien madame la marquise » alors que depuis des mois et des années le citoyen lambda peut jouer les Cassandre sans être prix Nobel d'une économie en perdition!

S'expliquant pour la première fois depuis le début de la folle semaine commencée avec le dépôt de bilan de Lehman Brothers lundi, le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, a reconnu vendredi que le coût de l'opération de nettoyage des bilans des banques pourrait se « chiffrer en centaines de milliards de dollars ». Il s'est dit « convaincu que cette approche courageuse coûtera aux ménages beaucoup moins que l'autre option : une série ininterrompue de faillites d'institutions financières et des marchés du crédit gelés, incapables de financer l'expansion économique ». Des milliards sont partis en fumée, qu'importe (et qu'importe surtout les dizaines de milliers d'emplois supprimés) l'Etat repointe son nez en plongeant sa main (moins invisible que le marché) dans la poche du contribuable, c'est à dire des millions de prolétaires. Ou plutôt il recommence car il venait juste de piller les poches des citoyens salariés pour éponger déjà une banque et deux géants du refinancement hypothécaire, sans pouvoir empêcher la quatrième banque d'investissement US aller à la faillite.

Dépassée par l'enchaînement des événements, la banque centrale américaine (FED) arrive au bout de son carnet de chèques : elle a mis 185 milliards de dollars à disposition de cinq de ses homologues, dont la Banque centrale européenne (BCE). Le Trésor américain a annoncé qu'il allait lever 100 milliards de dollars pour la renflouer. «Nous naviguons dans des eaux inexplorées», s'est alarmé le sénateur républicain Richard Shelby. Les Etats-Unis deviennent ainsi la première banque du monde, du jamais vu mais en même temps une exposition extrême, une banque mondiale ne peut sauver le capitalisme.

L'ORIGINE DE LA CRISE : L'IMPOSSIBILITE D'ALLER A LA GUERRE MONDIALE

On a oublié apparemment que juste après le 11 septembre 2001, la Banque centrale américaine (FED) avait baissé ses taux de 6,5% à 1% afin de doper l'économie, rendant par là même le crédit moins cher. Les établissements de crédits et banques se sont alors lancés dans une activité immobilière frénétique, faisant exploser les prix. De surcroît, les prêts consentis étaient souvent très risqués par rapport à la solvabilité des emprunteurs (les fameux «subprimes»). Ce phénomène a pris une dimension financière quand ces emprunts ont été transformés en titres financiers et revendus à des investisseurs, attirés par leur rendement. Avec la hausse des taux de la FED, les couches moyennes, qui souscrivent majoritairement des prêts à taux variables, ont été pris à la gorge. Tandis que leurs mensualités augmentaient, les défauts de paiement ont bondi et ceux qui avaient acheté les produits financiers basés sur ces emprunts ont perdu leur argent, tout comme les employés de Lehman, viennent de perdre des milliards de dollars en actions volatilisées (le patron leur offrait des actions plutôt que des primes) en prenant leurs clics et leur clacs pour aller pointer au chômage.

Les banques de la planète sont interdépendantes parce qu'elles se prêtent de l'argent, investissent les unes chez les autres et dans les mêmes fonds. Les produits financiers basés sur les crédits immobiliers américains ont circulé dans les portefeuilles des banques et fonds d'investissements du monde entier sans que les risques ou même la nature réelle des produits soient vraiment connus. Les crânes d'œuf sont les rois de l'improvisation (tu vends et tu revends et tu empoches les bénéfs), ces petits génies de la finance huppée sont comme les garagistes qui vous vendent des voitures d'occasion trafiquées après accident, et non fiables ;

Depuis un an, la crise des «subprimes» leur a coûté des milliards d'euros. Mille milliards de sabords ! Après la déroute de Lehman Brothers, le ministère de la finance française a fait croire à des répercussions «limitées». Pourtant, la banque américaine doit à ses homologues français près de 4 milliards d'euros. Celles qui ont prêté le plus d'argent à leur consoeur, sans garantie et donc sans espoir de recouvrement, sont BNP Paribas (405 millions d'euros), la Société générale (479 millions d'euros), le Crédit agricole (270 millions d'euros) et Dexia (350 millions d'euros). C'est pas des petits gobelets en plastique !

Ce sont les banques d'affaires ou dites boursières qui ont été touchées de plein fouet, mais les banques pour les particuliers vont rechigner de plus en plus à prêter. Des milliers de PME sont au bord de la faillite. Pour faire face à la crise qui touche l'Europe les 30 milliards d'euros prévus par les ministres européens des Finances pour les aider sur quatre ans sont du pipi de chat. La patronne des patrons, Laurence Parisot, redoute « beaucoup, beaucoup de répercussions sur l'investissement » des entreprises.

Les floués de la bourse ne se jettent pas encore du haut des buildings newyorkais mais la morale capitaliste prêtant sévir ; des « gendarmes des marchés » s'interrogent sur la nécessité de réguler les produits financiers et les acteurs du secteur, comme les agences de notation, et les journalistes éructent contre les plus-value considérables des big boss, supposant – économistes nullards – que ces richesses de la poignée de la haute bourgeoisie, sont responsables de la crise à répétition (crescendo).

Un plan «massif» pour un «problème massif». C'est ainsi que le président en sursi George W. Bush a qualifié samedi matin le plan de soutien aux banques, mis en place suite à la crise financière. Il pourrait coûter 700 milliards de dollars (on avait supputé 1000 milliards de sabords !) et s'étaler sur deux ans, affirment des médias américains (les braves !), s'appuyant sur un document envoyé au Congrès.

Cela représente la plus vaste intervention jamais lancée par une administration pour venir en aide au secteur privé. Le Welfare state est-il donc de retour ? Le plan accorderait ainsi au gouvernement des pouvoirs élargis pour racheter les titres douteux, créances et crédits hypothécaires de n'importe quelle institution financière américaine au cours des deux prochaines années. Pauvre Obama, s'il est élu, comment va-t-il faire face aux émeutes et grèves de la classe ouvrière américaine ? En plaidant pour l'égalité des noirs face aux impôts ?

Pour l'heure, la seule promesse d'un nettoyage du secteur bancaire américain par l'intermédiaire d'un Etat wilsonien a soulagé les mafias financières. Pour autant, ce soulagement général ne saurait masquer le coût budgétaire énorme de la solution choisie, ni les dommages causés depuis deux semaines aux entreprises bancaires ainsi qu'à la crédibilité des autorités financières des États-Unis.

QUESTION : c'est bien d'éponger des milliards de sabords-dollars partis en fumée, mais qui va payer les dizaines ou centaines de milliers de chômeurs supplémentaires et où vont loger ceux qui ont été jetés à la rue ?

UN ENFONCEMENT DANS LA CRISE DE PLUS EN PLUS DRAMATIQUE ET IRREVERSIBLE

Je n'ai pas un mot à changer de ce que j'écrivais l'an passé à la même époque (et coup de chapeau au dessinateur Willem qui représente des lettres géantes « système financier », qui s'écroulent comme un château de cartes avec plein de bonshommes qui culbutent et le dernier de la file qui crie « vieux con » à Marx qui d'un geste las déclare dans sa bulle « c'est la lutte finale » !

« Ce qui est présenté comme crise financière n'est que la face cachée de la crise permanente de surproduction où le rythme inégal de développement des différentes parties du capital constitue la cause essentielle des crises périodiques de surproduction.
Cette crise se manifeste par la baisse tendancielle du taux de profit. Celle-ci est marquée par l'intensification de la concurrence entre grands pays capitalistes, le refoulement de capitaux vers des placements risqués, l'engorgement des marchés, etc. Le taux de profit diminue à cause du renchérissement continuel du capital constant et en particulier des matières premières. Même en agissant pour parer à la catastrophe, la bourgeoisie, pour combattre cette baisse, ordonne à ses banques centrales « d'injecter du liquide » dans la machine difficilement contrôlable, mais pour Marx il s'agit d'une dépréciation :
« La dépréciation périodique du capital existant, un des moyens spéciaux du mode de production capitaliste d'arrêter la baisse du taux de profit et d'accélérer l'accumulation de valeur-capital par la formation de capital nouveau, trouble les conditions données où s'accomplit le procès de circulation et de reproduction du capital, et s'accompagne donc d'arrêts brusques et de crises du procès de production » (Le Capital, tome X, p.186).
La crise peut commencer avec le déplacement des fonds de pension ou les investissements risqués de l'immobilier, mais elle débouche toujours sur une augmentation de la production, la paupérisation des masses et repose toujours plus la question de la guerre militaire.

Le krach bousier est causé en apparence par des changements du marché monétaire et du crédit, mais en vérité le bouleversement provient surtout des conditions de la production et des heurts dans la compétition marchande. La recherche difficile de débouchés pour les marchandises aboutit à une tension grandissante du crédit et à une hausse des taux d'intérêt. Marx a démontré que le développement du crédit ne constitue pas la cause des crises, il favorise leur répétition et extension, tandis que la spéculation renforce les tendances contradictoires à la hausse et à la baisse des prix. L'extension du crédit a toujours représenté un danger, pour les Etats comme pour les particuliers… Le système bancaire n'est plus un intermédiaire impartial qui redistribue mais un pourvoyeur de crise dans la mesure où il y a des limites aux engagements « liquides » des banquiers. L'arrêt du crédit provoque la chute des prix. Et les fonds d'épargne ne peuvent servir éternellement de réserve de sauvetage du système financier international… » (PU version papier du 29 août 2007, « De flamber la crise économique n'en finit pas).

Le capitalisme fait marcher la planche à billets dans son affolement. Mille milliards ne le sauveront pas du sabordage, capitaine Haddock ! Mais si le navire sombre, il va inévitablement provoquer l'insubordination massive des matelots. Gare !

(*) Insulte du personnage de Hergé, le capitaine Haddock, Le sabord est un terme d'architecture navale désignant une ouverture dans le flanc d'un navire, par laquelle passent les fûts de canons, les avirons ou simplement une prise d'air.
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dimanche 7 septembre 2008

L’ennui dans la classe ouvrière

La semaine dernière un sondage de 20 minutes nous apprenait que 5% des travailleurs sont satisfaits de leur travail. Pour dépolitiser un peu plus la place de la classe ouvrière, la mode est à la psychologie. Durant 30 ans on n’a cessé de nous bassiner avec une rentrée sociale perturbée en septembre, un « autonome chaud », un « nouveau 68 ». L’orchestration était menée dès juillet tambour battant par les félons syndicaux, et il ne se passait en général rigoureusement rien que de banales journées d’action soporifiques. Triste temps ! Le tristounet secrétaire général de la CGT qui avait dû fuir sous les quolibets comme son collègue de la CFDT en novembre de l’an passé, a versé une larme : « au travail les travailleurs ont une réelle souffrance », voilà qui leur fait une belle jambe aux travailleurs !

Le nouveau parti riquiqui de Besancenot, Rouillan, Clémentine Autain et Cie – qui ne brasse que du vide derrière sa vedette médiatisée – enfourche le cheval de la défense de la Poste. Autrement dit, comme les fortes menaces verbales des syndicats concernant l’EDF, cela servira à accélérer la privatisation. Un combat perdu d’avance en quelque sorte, et surtout un autre buisson pour faire passer au second plan la nécessité de lutter ensemble en se donnant LES MOYENS POLITIQUES de combattre réellement les nouvelles formes de paupérisation (RSA, fin de droits, expulsions, exclusions, etc. Rien n’est impossible désormais avec la totale incertitude qui règne de plus en plus pour l’avenir immédiat et lointain des jeunes salariés. Rien n’est impossible face au cynisme dominant dans les bureaux d’embauche, dans le harcèlement du travail quotidien et débilitant. Rien n’est impossible… tôt ou tard, à moins que la bourgeoisie trouve le moyen de chloroformer la conscience du prolétariat de moins en moins évanescente et disposent des moyens (idéologiques et financiers) de calmer sacolère lorsqu’elle éclatera massivement.

Vu un reportage sur la privatisation des prisons en Allemagne. Toute la quintessence des privatisations actuelles était exhibée – non pas que les « nationalisations » n’aient pas été une fumisterie pour niquer le prolétariat – mais parce que le profit n’a pas de limite et relègue le bourgeois Hitler au rang de simple abruti. Le nazisme ne pouvait pas durer longtemps avec ses camps de travail et de mort, ni se justifier aux yeux de l’humanité. Le capitalisme libéral fait mieux. Des patrons allemands s’associent avec des directeurs de prisons privées pour transformer les prisons en usine. Les matons troquent l’uniforme contre celui de chef d’atelier. La morale est sauve, les taulards « bénéficient » d’une formation, pour ceux qui n’ont pas une condamnation supérieure à 5 années. Les voilà cuistots, tourneurs, assembleurs… Un petit pécule fait la différence avec les camps d’Hitler. Les droits de l’homme sont sains et saufs !

Tiens, entendu sur une radio, un intello d’extrême-droite, revenu des hystéries gauchistes, rappeler une banderole très choquante à ses yeux : « Les droits de l’homme sont la vaseline inventée par la bourgeoisie pour baiser le prolétariat » (Nanterre, 1968). Tout à fait !

Allez, puisque les vacances sont finies, laissez-moi vous confier cette longue citation d’Erich Fromm, sur l’ennui (en attendant la colère) :

« L’ennui, dans la classe ouvrière, est beaucoup plus conscient que dans les classes moyennes et supérieures, comme le montrent amplement les revendications des ouvriers quand ils négocient leur contrat de travail. Ils sont privés de satisfactions authentiques que connaissent tant de personnes d’un niveau social plus élevé qui, dans leur travail, peuvent, du moins dans une certaine mesure, exercer leurs facultés imaginatives, intellectuelles et organisationnelles. Cet état de choses a été largement démontré au cours des récentes années par le fait que, de plus en plus, les travailleurs manuels se plaignent de l’ennui pénible qu’ils éprouvent pendant leurs heures de travail, en dehors des revendications plus traditionnelles relatives à l’insuffisance de leurs salaires. L’industrie essaie de remédier à cela, dans quelques cas, par ce qui est souvent appelé « l’enrichissement des tâches » qui consiste à confier à l’ouvrier plus d’une seule opération, à lui laisser organiser et réaliser comme il l’entend son travail, et, d’une façon générale, à lui donner davantage de responsabilités. Il semble que cette solution aille dans la bonne direction, mais elle est très limitée si on tient compte de la mentalité générale de notre culture. On a souvent suggéré, également que le problème n’est pas de faire un travail plus intéressant, mais de l’abréger dans une mesure telle que l’homme puisse développer ses facultés et ses centres d’intérêt pendant ses loisirs. Mais les protagonistes de cette idée oublient que les loisirs eux-mêmes sont manipulés par l’industrie de consommation et qu’ils sont, quoique d’une façon moins consciente, aussi ennuyeux que le travail. Le travail, c'est-à-dire l’échange de l’homme avec la nature, est une partie si essentielle de l’existence humaine que les périodes de loisirs ne pourront être créatives que du jour où il cessera d’être aliéné. Cela, toutefois, n’est pas seulement une question de changement de la nature du travail, mais d’un bouleversement politique et social orienté vers la subordination de l’économie aux besoins réels de l’homme. » (La passion de détruire, ed Laffont 1973)

Baudelot et Establet sont plus pessimistes, ils croient à un effondrement de la classe ouvrière alors qu’elle est obligée, dans un désarroi temporaire, de parcourir à grande vitesse à notre époque, à nouveau le chemin d’apprentissage qui avait été celui des générations mortes, dans un monde sans humanité où la sociabilité ouvrière est désormais la plus faible (alors qu’elle fût longtemps dominante face aux autres classes) et où solitudes et suicides sont la norme récurrente et dont on ne voit pas le terme :

« L’effondrement de la classe ouvrière en tant que groupe social dans un contexte économique de désindustrialisation, un affaiblissement de la résistance collective, une crise du militantisme syndical et la montée de tensions racistes sur fond de chômage de masse. Autant de mouvements qui accroissent la vulnérabilité (…) Ce sont aujourd’hui (seconde moitié du XXe et début du XXIe siècle) les catégories sociales situées au bas de l’échelle qui se suicident le plus » « C’est dans les fractions intellectuelles des classes supérieures que la sociabilité atteint ses plus hauts sommets (…) Quant aux ouvriers, ils se distinguent des autres groupes par une sociabilité plus faible : moins d’amis, moins de copains, moins de relations de travail, moins de contacts avec des commerçants ou des voisins. (…) Il en va de même de l’appartenance à des associations dont la même enquête montre que plus on s’élève dans la hiérarchie sociale et surtout dans celle des diplômes, et plus s’accroissent les chances d’entrer dans une association (…) le suicide frappe les populations dont l’espérance de vie est la plus courte. (…) (le suicide a) un portrait proche de celui de la dépression : chagrin, abandon, isolement, solitude, anxiété, terreur du futur » (Baudelot et Establet, Suicide l’envers du monde, Seuil 2006).

COURAGE FUYONS LE CAPITALISME EN L’AFFRONTANT !