"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 30 mars 2008

OUBLIEZ COHN-BENDIT !

Le Bouffon Cohn-Bendit ne s’est vraiment pas foulé pour ressortir ses banalités de gauchiste parvenu. Il s’est fait interviewer pour donner matière (fécale) à un petit supplément financier livresque dans sa carrière, pourtant brutalement interrompue par son attitude de lèche-cul pour l’Europe bourgeoise, méprisant les masses comme Chantal Goya.

« Forget 68 », avis de DCB... c’est ainsi que se nomme la nouvelle déjection de celui qui a fait son beurre sur une brève prestation estudiantine il y a quatre décennies et une photo journalistique où on ne voit jamais la figure du CRS qui lève les yeux au ciel devant l’air imbécile et provocateur du petit Dany le rouquin. En « une » de l’hebdo gauche ultra-bobo, le Nouvel Obs, argument de vente de la bande à Jean Daniel : « cet éternel provocateur dépoussière la mythologie soixante-huitarde : selon lui, il n’y a rien à liquider, mais tout est à inventer pour changer la politique ». Donc « 68, c’est fini. On a gagné ». Qui a gagné quoi ? Les petits bourgeois parvenus un strapontin dans les médias ? L’idéologie post-hippie écologiste ? 20 ans de gouvernance gauche caviar ?

Extraits des âneries du potache marginal qui n’a jamais pu décrocher une place de ministre, mais reste le bouffon des rois :

- le « participatif en politique » : « notamment à travers le Net, qui crée un nous où tout le monde est intelligent et participe ».

Plus con tu meurs, le Net un moyen d’intelligence ? Ce minitel amélioré n’est qu’un vaste dictionnaire et une boite à lettres plus ample, mais aucunement un sérieux moyen de communication au vu de la débilité des échanges qui foisonnent dans la « toile » hétéroclite et fliquée.

Cet âne de député européen qui avait eu le culot de me répondre, lors de l’émission de Gildas

(Direct) sur Canal + en 1985 qu’il n’avait jamais défendu l’idée que la classe ouvrière était révolutionnaire (« il n’aurait jamais dit une bêtise pareille ») avait pourtant co-écrit avec le frangin un bouquin opportuniste sur le possible pouvoir des conseils ouvriers. Le bourgeois parvenu tient à effacer les traces de sa jeunesse anarchiste. Au moins le reconnaît-il dans cette interview sur mesure : « moi-même, je me laissais bercer par le rêve d’une société s’émancipant de l’aliénation capitaliste pour vivre en pleine liberté sa propre autonomie. Une société s’organisant à travers des conseils ouvriers, paysans, étudiants, consommateurs, qui auraient esquissé cette nouvelle société s’instituant sur la base de l’autogestion ». Mais, horrifié par ce qu’il vient de susurrer d’un passé équivoque, il se reprend et rassure ses lecteurs bourgeois bobo bien pensant avec leur maison écologique et leur 4X4 diesel :

- « Mais quelle erreur de ne pas comprendre qu’après la révolution russe, après les totalitarismes, l’idée d’une prise du pouvoir sans la constitution d’un espace démocratique, sans en passer par le processus démocratique, électif et parlementaire, est synonyme de totalitarisme ! »

Erreur ou débilité de la classe ouvrière à prétendre changer le monde ? Non, simplement, ce peigne-cul a une trouille verte de perdre son viatique de député, le viagra gratis (prérogative d'élu impuissant) et les petites pépées des couloirs parlementaires de Strasbourg (dites secrétaires attitrées dont DSK détient les services à un autre niveau):

- « Quelle erreur de penser qu’une grève générale pourrait être suivie d’une prise du pouvoir ! D’ailleurs, ça voudrait dire quoi ? Qu’on renvoie les parlementaires à la maison (ces fainéants et bons à rien comme les maires (ndt) (…) C’est de la folie pure ! ».

Pauvre DCB qui reprend les lieux communs sur les discussions utopiques dans la rue et les amphis (clin d’œil à la classe des « copains d’avant ») alors qu’il fallait « comprendre », comme la vaseline avec le suppositoire, qu’il était tout indiqué de se laisser réinvestir par « l’espace politique traditionnel » ! Rien n’est cohérent chez ce « copain d’avant » libidineux et confus, aussi saute-t-il rapidement sur la critique de la hiérarchie (centrale en 68 contre tous les groupes marxiens pyramidaux et consorts anarchistes) surtout pour se plaindre d’une faible reconnaissance de ses pairs à ses efforts de lèche-cul du système agonisant.

Et cette concession de midinette à la « seule innovation » d’un Grenelle de m’environnement par l’employé de TF1 Hulot… Et cette saillie sur le grand triomphe électoral des femmes, qui lui permet de « critiquer » à retardement le vote établi seulement en 1945, mais en laissant passer le plus grave : les femmes restent des inférieures dans la société bourgeoise pour compenser l’infériorité des prolétaires les plus cons, et pour peser sur l’inégalité des salaires !

Comme le pauvre DCB s’est totalement discrédité (pour les plus lents à la comprenette), rampant aux côtés de Sarkozy et Hollande, sur l’Europe bourgeoise - et pourtant il ne lui était pas nécessaire de s’agenouiller ainsi devant les désidératas de ses maîtres puisqu’ils ont ratifié leur cadre d’exploitation dans le cul des masses d’électeurs nonistes – il tente de se venger de la déconvenue qui fait de lui un zéro de plus des médias dominants en se moquant de la « crise existentielle française ». Parle à mon cul, j’ai mal à ma tête !

Plus minable est le prosélytisme du préposé saltimbanque soixante-huitard envers la Turquie. Il est allé faire le beau en Turquie pour agiter au nez de la bourgeoisie turque (communément vue comme arriérée et coincée du slip) les photos des maires homosexuels de Paris et de Berlin : « L’entrée de la Turquie, cela veut dire, dans quinze ou vingt ans, un maire d’Istanbul qui pourrait être homosexuel ! ». Marrant, non, ce Dany la quéquette libérale ! Et il est accueilli avec joie par la presse turque qui sait que nombre d’islamistes sont pédérastes.

Le DCB politicard démonétisé ne fait donc que radoter les miasmes petits bourgeois de l’après 68, fausse libération des femmes, confort écologique pour les riches, droit de cité aux homos, convivialité parlementaire, dérision de la prétention des exploités à s’émanciper car = folie d’inférieurs ! Il caractérise cela comme « marxistes incapables de dépasser l’hégélianisme primaire dont ils ont hérité et qu’ils sanctifient (…) dans un déterminisme… avec pour horizon… la « folie dévastatrice » du communisme ! Conclusion, il ne faut pas « se laisser « embrigader » par un parti quelconque, comme le lui enjoignait ce con de Baudrillard le 22 mars 1968. L’ex-maoïste maître assistant enjoignait donc au petit cul d’étudiant DCB de préparer une carrière en solo, comme lui, hors de ces masses consommatrices et puantes.

La vomitive interview cirage de pompe de DCB paraît le 3 avril, mon livre aussi, raisons de plus pour l’acheter et laisser les billevesées et radotages de Cohn-Bendit sur les rayons des

des supermarchés entre savonnettes et steaks saignants.

Tournons la page, et passons maintenant à la critique d’un ouvrage vraiment sérieux et intéressant, hors du circuit des putains des médias.

« L’insubordination ouvrière dans les années 68 »

(essai d’histoire politique des usines) par Xavier Vigna

(Presses universitaires de Rennes) 2007.


Mai 1968 INSUBORDINATION OUVRIERE OU NOUVELLE EPOQUE POUR LA LUTTE DES CLASSES ?

« Etre libre ? Je ne sais pas ce que c’est, mais je sais ce que c’est que d’être victime. Je le sais, tout jeune que je suis ». Jules Vallès, Le Bachelier.

« Nommons des inconnus » affiche à Paris en 1871

A la bonne heure. Avec la commémoration éditoriale des 40 années qui nous séparent des « événements » mai 68, la course éditoriale a été lancée depuis la fin 2007. De nouveaux profits pour un sujet aussi lointain sont très incertains pour les maisons d’édition dans un monde où le livre se vend de plus en plus mal. Nombrilistes ou « pipolarisées » les nouvelles versions des « événements » de 68 oublient l’Etat et la question de la gestion de la société.

Le premier détournement financier des « événements » innommables de mai 68 avait été, on s’en souvient, dès le mois suivant la défaite, la ruée dans la publication d’analyses à chaud et de témoignages pour enrichir les trusts (immobiliers) d’édition. On doit noter que ce fût l’objet d’une polémique immédiate entre les situationnistes et le groupe Révolution internationale (R.I.) qui venait de naître à Toulouse.

La principale plume de R.I., Raoul Victor, s’était moqué sarcastiquement de cette soudaine course au profit des éditions bourgeoises qui mirent en vedette de quelconques arrivistes petits bourgeois.

Debord s’en était offusqué dans le testament politique des situs – son dense et perspicace « Le commencement d’une époque »[1] - arguant que les « vieux débris de l’ultra-gauchisme non trotskyste » et les « obsédés du péril de la récupération » éructaient ainsi du fait de leur propre vacuité, car dans les 300 bouquins sur mai 68 il y aurait bien dix de comestibles, sous-entendu les écrits situationnistes publiés par le monstre Gallimard (ce con dixit Debord).

Ce texte, véritable chant du cygne, signait bien la fin d’une époque pour les situs dont le mouvement, récupéré, gallimardisé, sollerisé et bourseillérisé plus tardivement, ne pouvait que se décomposer avec l’échec de mai. Ils en avaient été l’expression ambiguë la plus significative : des esthètes anarchistes porteurs d’un message révolutionnaire « conseilliste » qui s’arrêtait aux portes des usines occupées mais cadenassées par la CGT.

Début d’une époque où R.I., parmi tant d’autres groupes disparus de sensibilité proche, devait reprendre indirectement le flambeau du groupe le plus radical, plus fidèle dans la durée en référence au mai 68 prolétaire. Plus qu’un successeur des situs, il pût prétendre être un creuset de réflexion et un passeur de la théorie révolutionnaire plus conséquent même s’il devait finir par végéter en secte démesurément grossie par son site internet actuel.

RI, ramifié en Courant Communiste International (C.C.I.), est d’ailleurs le seul groupe qui s’est échiné à réfléchir publiquement sur la question d’organisation, sur le fonctionnement d’une organisation politique et sur celui des organisations unitaires. Les « vieux débris de l’ultra-gauchisme » se penchèrent plus sérieusement que les situs sur les leçons des révolutions de 1905 et 1917 en Russie et de l’Allemagne des années 1920. R.I.-C.C.I. n’ira pas aussi loin que le défunt groupe de Socialisme ou Barbarie (S ou B) sur la question de la hiérarchie mais ses diverses sections n’éclusèrent jamais le problème, sans vraiment relever son acuité en milieu ouvrier.

L’ouvrage de Xavier Vigna qui analyse le déroulement de la grève en masse et ses suites au cours de la décennie suivante, vient rappeler par son titre que ce qui caractérise bien ce mai (un grand « mais ! ») a été l’insubordination particulièrement contre les hiérarchies entrepreneuriales et syndicales. Cette époque continue à déranger les défenseurs de la société de classes d’aujourd’hui et les stars du gauchisme rangé qui croyaient avoir contribué, même peu, à enterrer le marxisme et l’idée de révolution possible.

Dans le même sens que l’éclaireur Guy Debord, mai 68 est la remise en cause de toutes les hiérarchies. Cela a pu conduire les tenants d’un marxisme orthodoxe, des staliniens aux bordiguiens, à décréter que mai 68 fût petit-bourgeois. Un certain marxisme orthodoxe, donc, considère la classe ouvrière comme une armée, certes révolutionnaire, mais parce qu’elle possède des chefs autorisés et obéis (« sans chefs, pas de théorie révolutionnaire », pour parodier Wladimir Ilitch). Concédons que la crème de l’intelligentsia petite bourgeoise estudiantine tint le haut du pavé, mais si vous vous en tenez face à la vision de la mer en furie à la seule prise en compte de l’écume des vagues, vous ne comprendrez jamais rien aux tempêtes !

L’ouvrage de Xavier Vigna est construit de façon méthodique, mais dans un cadre métropolitain exigu, et considère l’impact de mai 68 sur les dix années qui ont suivies, sans oublier des éclairs avant-coureurs de la lutte de classes depuis le début des années 1960. La défaite de la grève massive des travailleurs, qui est l’essentiel de 68, s’étire sur les dix années qui sont closes, selon cet auteur, par « la terrible défaite des sidérurgistes à Longwy et Denain ». De l’événement inaugural à l’extinction des hauts fourneaux de Longwy cet auteur s’est proposé de décrypter les raisons de l’échec ou en tout cas de ce qu’il considère être un amenuisement de la classe ouvrière et même son extinction (confondue avec celle des hauts fourneaux !).

L’extinction des hauts fourneaux de Longwy ne peut être assimilée à l’extinction de la classe ouvrière et on ne peut enfermer la répercussion du mai des travailleurs dans cet étau de dix années en France.

Sans nier l’impact de la crise économique de 1975, il faut encore pointer qui est responsable politiquement des défaites ponctuelles et du désarroi en milieu ouvrier. Il n’est pas possible non plus d’esquiver les questions relatives à l’impossibilité révolutionnaire ; il est toujours facile d’accuser la gauche bourgeoise d’être la seule responsable de l’impuissance momentanée des travailleurs à agir révolutionnairement. Mai 68 ne pouvait qu’échouer à devenir une vraie révolution puisqu’il ne s’agissait que d’un « début », d’un « réveil » comme le perçurent bien sur le moment ses multiples acteurs anonymes.

Xavier Vigna met en avant ce qui semble être oublié par tous sous les poncifs du chambardement étudiant et de la révolte contre la dérisoire et ennuyeuse vie devenue quotidienne (car avant elle n’était que mensuelle) : « L’insubordination désigne ainsi le fait que de très nombreux ouvriers ne se soumettent plus, ou difficilement à l’ordre usinier, à ses contraintes et à sa hiérarchie ». Il appuie son propos par des produits de l’étude sociologique de terrain après-coup, fort perspicace avec bien des rames de métro de retard. Les observateurs observèrent que, pour les ouvriers qui avaient subi les dures années de la reconstruction (pauvreté relative, frugalité des besoins) parler du travail au travail était une façon de faire de la politique, non pas la grande politique politicienne mais mise en cause politique de la division du travail, volonté de poser sur la table les conflits permanents avec les chefs, les humiliations, etc.

La guerre perpétuelle avec les petits chefs sera certes ridiculisée par les actions anarchistes des maoïstes (jets de pot de peinture, tabassages vengeurs), mais avant tous ces « établis » provisoires, et après eux, la lutte sourde contre les porions, les contremaîtres, les chefs de service a toujours été une constante du mouvement ouvrier. C’est dans cette lutte que naît la notion de solidarité. Cette expérience de la fraternité apparaît prosaïquement au quotidien dans le conflit face à des individus intermédiaires représentants les désidératas des patrons. Ce problème, comme le souligne l’auteur, n’intéresse pas les syndicats, la CGT en tête, car , au nom de la solidarité des « couches » de travailleurs salariés, et pour gagner des voix dans le collège maîtrise et cadres, ils refusent toujours de le prendre en compte. Les dits militants révolutionnaires de toute obédience vont globalement dans le même sens au nom de la même unité mythique des couches salariées, d’autant qu’en général encore étudiants ou cadres ils se croient supérieurs et dénoncent donc ce qu’ils considèrent comme de l’ouvriérisme ou un basisme primaire.

Pour Xavier Vigna, « l’insubordination ouvrière est fille de la contestation étudiante ». L’université n’était déjà plus un lieu pour fils privilégiés mais université de masse sans débouchés assurés. Comme la crise économique les étudiants sont devenus inflationnistes. Les étudiants en sciences humaines de Nanterre en particulier se sont rendus compte qu’ils étaient les grands perdants des promesses de réussite sociale. Trop nombreux, ne correspondant pas aux besoins de l’industrie, ils comprirent les premiers qu’ils allaient eux aussi être prolétarisés. Par conséquent, si le chômage n’était pas encore la préoccupation centrale, un avenir de gratte-papier ou de livreur se dessinait inéluctablement pour une partie croissante de ceux à qui on avait fait croire que des diplômes, une culture au niveau de l’enseignement supérieur, leur permettraient d’occuper des fonctions honorables de cadres administratifs ou de professeurs. Le célèbre graffiti de l’anarchiste intelligent Guy Debord – « ne travaillez jamais » - était provocateur mais annonciateur du grand chambardement contre la division du travail arbitraire. Il signifiait bien dans l’esprit de la plupart des étudiants, plus mûrs qu’ils ne l’ont jamais été par la suite : pourquoi travailler au rabais ou dans les mêmes conditions lamentables que les pères ouvriers ? Les étudiants d’alors ne sont pas soucieux de leurs privilèges sectoriels universitaires comme de nos jours. Ils ne sont pas préoccupés par la question prosaïquement économique mais par leur avenir social. La question sociale qui éclate spontanément est le secret de mai 68. Les étudiants font écrouler le paternalisme des « mandarins » professeurs quand les ouvriers, à Nantes ou à Saint-Nazaire avaient déjà remis en cause le paternalisme des « mandarins » syndicaux.

Cette contestation sociale est consubstantielle en milieu ouvrier pour ceux qui, jeunes ou plus vieux, étaient obligés de travailler. Les ouvriers se sentirent rapidement solidaires de ces étudiants. Cette empathie confirma nombre d’étudiants, des milliers probablement fils d’ouvriers, quant à l’inutilité des études de toute façon inégalitaires. Ce constat est devenu une constante depuis. La plupart des bacheliers des couches les plus pauvres consentent à se rendre sur le marché de l’emploi souvent plus par découragement et par l’incapacité de leur famille à les épauler, sans aller plus loin « dans les études ». Cependant le fond du problème n’est pas étudiant et renvoie à une autre catégorie. Malgré leur gonflement numérique de l’après-guerre, les étudiants restaient encore pour l’essentiel des enfants de la petite bourgeoisie. Buter sur l’absence d’avenir de leurs enfants signifia pour les « couches moyennes » un réveil, certes anachronique, prématuré et paradoxal, mais surtout une régression impensable. Cela signifia que cette classe intermédiaire était écartée des couches inférieures du pouvoir. Le secret de 68 réside donc dans ce fait historique, si bien souligné et anticipé dans le célèbre Manifeste de 1848, que la petite bourgeoisie TOMBAIT DANS LE PROLETARIAT. L’ébranlement de la petite bourgeoisie a toujours été un ferment décisif dans toutes les révolutions.

L’extension des grèves obéit à ce constat d’une société bloquée qui interdit toute chance au plus grand nombre, y compris aux « intermédiaires ». La grève se généralise sans que les syndicats aient pu prétendre avoir déposé un préavis de grève. De Gaulle et les syndicats pensaient que les jeunes ouvriers ne pouvaient bouger que pour les questions de salaires[2]. Les syndicats ne peuvent s’opposer ni découper en tranches comme d’ordinaire le mouvement gréviste qui s’étend en trois jours. Jamais les syndicats n’appelèrent à une grève générale, même si après-coup ils se gargarisèrent des termes pour ergoter que « la grève générale avait ébranlé le pouvoir gaulliste ». La CGT ne constitue pas un comité central de grève comme en novembre 1947, comme le rappelle Vigna, mais personne n’éprouva le besoin de le lui demander. Cet auteur nous donne une description faible du moment de la conscience ouvrière. Elle n’est plus repliée sur la vie de l’usine, certes, ni localiste, terrain où excellent les garde-chiourmes syndicaux et où ils filtrent les informations :

« …les grévistes suivent les faits qui se déroulent ailleurs : dans les usines à proximité, dans la ville ou le bassin d’emploi, et surtout à Paris. La scène nationale est cruciale, qui rythme d’une manière décisoire la chronologie et donne aux grèves ce caractère de mouvement ». Vigna se trompe lourdement. La scène vécue par les ouvriers est toujours internationale. L’erreur se renouvelle sans cesse de ne voir en mai 68 qu’un événement hexagonal. Mai 68 ne surgit pas dans un ciel mondial serein. Mai 68 éclate comme produit des mouvements de révoltes diverses, dispersées et sans lien apparent dans le monde.

L’infrastructure, le prolétariat, vient ébranler la superstructure et ses épiphénomènes de révolte. L’actualité est focalisée par les luttes de guérilleros en Amérique latine qui laisse accroire que ce sont des actions révolutionnaires étrangères aux manipulations des deux blocs en compétition. La répression du mouvement d’émancipation des noirs aux Etats-Unis et en Afrique du Sud interroge sur le monde « pacifique » débarrassé du nazisme. Partout les étudiants font la une de l’actualité par leurs manifestations. La protestation internationale contre la guerre du Vietnam est tout à l’honneur d’une époque[3] où les vagues successives de jeunes ne veulent plus se laisser embrigader et qui se retrouveront dans les chansons de Bob Dylan et des Beatles jusqu’aux groupes punk. Ce désir de vivre autrement est déjà exprimé par le formidable impact du Rock and Roll annonciateur de ce qui fût appelé la révolte internationale de la jeunesse d’Ouest en Est. Il se trouve qu’on fonde autant de groupes de rock que de groupes politiques, quand ce ne sont pas les mêmes qui abandonnent la musique pour la politique. La révolte qui gronde apparaît d’abord culturelle puis aussitôt sociale, les deux aspects resteront indissociables.

Mai 68 n’est pas simplement un événement français ou parisien, il est clairement un événement international dans son déroulement et ses répercussions. Peu avant ou simultanément manifestations et grèves ouvrières se déroulent dans plusieurs pays. Mouvement étudiant très important en Angleterre mais aussi au Sénégal où éclatent grèves ouvrières, étudiantes et lycéennes ; L.S.Senghor y verra une action inspirée ou téléguidée de Paris… Lors des jeux olympiques à Mexico, 300 étudiants seront tués. Mai 68 est l’aboutissement le plus spectaculaire et concentré du grondement du monde. A charge de revanche, par ses répercussions sur la vie économique et sociale interne, mai 68 intéresse les prolétaires du monde entier. Le comité d’occupation de la Sorbonne mais aussi divers comités de grève non contrôlés par les syndicats reçoivent des messages de félicitations du monde entier. Des membres de comités d’action se rendirent témoigner dans des universités d’Europe, d’autres par exemple en Italie à Turin pour établir des contacts avec des ouvriers de Fiat, etc.

La violence de la police dans les manifestations en Amérique contre la guerre du Vietnam, au Japon ou en Allemagne, paraissait lointaine aux prolétaires français mais lorsqu’elle est effective contre les étudiants et badauds français elle soulève leur indignation. La guerre du Vietnam disparaît pourtant des préoccupations au cœur des événements.

Avant le démarrage spontané de la grève en masse préexistait une atmosphère d’ébullition où les prolétaires se rendaient compte que le monde tanguait. L’atmosphère du milieu de l’année 1968 peut d’ailleurs être caractérisée comme partagée entre effervescence, jubilation et inquiétude. L’idée d’une union étudiants-ouvriers, bien aussi provisoire que dérisoire, n’était pas nouvelle. Avant la Commune de Paris de 1870, un Raoul Rigault était populaire dans les milieux ouvriers en défendant cette idée. Le mouvement révolutionnaire en Russie, avant ses deux révolutions, était caractérisé par une imbrication de l’activité politique subversive commune aux étudiants et aux ouvriers. Dans tous ces événements historiques comme en mai 68, les étudiants ne se souciaient plus guère de leur qualité d’étudiants.

Dans ces conditions, les négociations tripartites de Grenelle ne sont pas seulement sifflées à l’usine de Billancourt mais dans les assemblées des facultés et le monde entier retient son souffle. En définitive, les augmentations en pourcentage soulèvent l’ire des grévistes un peu partout, et aussi l’engagement incertain en vue de la réduction du temps de travail, et toujours ces projets de négociations ouvertes usine par usine ou à l’échelon régional. C’est surtout, ce qui expliquera la souffrance à l’idée de la reprise, le fait que la division du travail restera comme avant et qu’au fond rien n’aura changé dans la soumission quotidienne au commandement hiérarchique ; Vigna le résume bien : « la réalité du travail ouvrier est omise dans les négociations », « la grève n’a guère changé les conditions de travail », « aucun transfert de pouvoirs à l’intérieur de l’entreprise » (cf. l’ouvrière de Wonder pleurant et que tout le monde a vu en film). Vigna oublie de rappeler le plus important de cette scène. Ce qui choque n’est pas le désarroi et la haine de l’ouvrière mais les deux syndicalistes qui l’encadrent, la tarabustent et tentent de la convaincre de rentrer à nouveau dans l’usine !

L’insubordination gagne des sections syndicales qui seront bientôt exclues ; « il faut que quelque chose change dans la vie des travailleurs » clame un tract CFDT d’Hispano Suiza.

Cette reprise sera solidement aiguillée par des menaces ouvertes de répression de la part du gouvernement, relayées par les organisations syndicales jouant sur la peur. Il y aura effectivement des morts à Sochaux et à Flins. Il faut avoir vécu cette époque pour se rendre compte de la peur qui s’insinua. On supposait dans les discussions au cours des manifestations que le nombre réel des morts était caché et que des morgues étaient pleines.

Jouer sur la peur seule eût été insuffisant, il fallait diffuser une peur légaliste. Ce à quoi s’attachèrent les syndicats pour enterrer le mouvement dans les élections qui sont, comme on le croit, l’expression de la souveraineté du peuple… De mille manières avec la consigne « d’être responsable », de déjouer « l’aventure »», avec brutalité parfois, la CGT pesa de tout son poids pour ce rétablissement de l’ordre. Du jamais vu pourtant, car on assiste à une « longue fin de grève ». Des grèves ont continué jusqu’en juillet.

La classe ouvrière était surprise de sa propre force et n’avait pas encore compris le rôle des avocats syndicaux. Les syndicats, par contre, bénéficiaient d’une longue expérience de l’encadrement de la classe ouvrière depuis les années 1930. Ils tendirent le même piège qu’en 1936 en ressortant des tiroirs l’occupation des usines qui permet d’enfermer les prolétaires dans le parcellaire et le local. Le cloisonnement syndical a été mal vécu, comme on l’a vu avec cette conscience qui s’inquiétait de ce qui se passait partout ailleurs et qui ne se préoccupait pas de la feuille de paye, mais d’extension, de communication, de possibilités de débats. Vigna décrit fort bien l’inanité de l’occupation pour se préserver du mirage des « provocations » supposées :

« « L’occupation » évoque sans doute pour bien des grévistes la vie militaire et le casernement. Car sur les piquets disposés autour de l’usine ou de l’enceinte, les grévistes montent la garde, tandis qu’à l’intérieur, après avoir passé l’aspirateur, les occupants préparent leur lit de fortune, se rasent et passent chez le coiffeur. Souvent, la nuit, les hommes se retrouvent seuls. L’usine devient alors un lieu masculin, parfois réservé de surcroît aux majeurs ». On ne se soucie ni des femmes ni des immigrés. Les femmes ce serait ambigu la nuit à l’usine et les immigrés restent des colonisés, même si on s’aperçoit dans les films qu’ils sont présents et aussi passionnés que les autres ouvriers.

L’occupation est surtout le fait d’une minorité des ouvriers qui ne se sont pas laissés enfermer, minorité qui, naturellement, rétrécit comme peau de chagrin, certains lassés s’enfuyant durant la nuit. Comme le rapportent certains témoignages d’ouvriers à la retraite, la CGT donnait une heure pour quitter l’usine à ceux qui ne voulaient pas rester. Parfois certains, lambinant, regrettaient de s’être laissés enfermer. Ainsi était opérée une coupure entre les prolétaires en grève. Division décisive : les occupants prêcheurs raillaient les grévistes qui allaient à la pêche, et les pêcheurs vivaient comme un crève-cœur une situation culpabilisante en doutant de l’obstination des prêcheurs.

Vigna ne peut pas tout savoir. Dans les branches d’une même industrie, la CGT maintient les ouvriers isolés les uns des autres. Une délégation de Renault-Flins dût négocier plusieurs jours avant de pouvoir entrer discuter avec les ouvriers de Renault-Billancourt !

A son procès de Riom, Léon Blum s’était défendu d’avoir préservé l’Etat car « l’usine occupait les ouvriers ». Toute la stratégie d’occupation se résume à « occuper les occupants » comme le note Vigna s’appuyant sur la déclaration d’un syndicaliste de base de la Saviem arguant de la nécessité « d’occuper les gars » quand les jeux de cartes commençaient à les gonfler.

On vient de voir la situation des grandes entreprises, mais on imagine le désarroi de ces milliers d’ouvriers des petites entreprises pour qui l’occupation était inutile, isolés eux aussi, sans lieux ouverts où pouvoir se réunir et discuter car les portails des usines n’étaient pas simplement fermés face à l’irruption possible de groupes d’étudiants mais surtout d’autres travailleurs de petites unités. Résultat, nombre de ces travailleurs venaient nombreux aux assemblées de la Sorbonne et dans les universités de province mais, bien que des débats chaleureux et enthousiasment s’y soient déroulés, sans y trouver le cadre pour cristalliser et centraliser le mouvement. Il y eût énormément de contacts entre étudiants révolutionnaires et ouvriers en région parisienne cependant, et dans toutes les villes universitaires de province.

Les situationnistes ont bien tenté de faire le coup d’un comité central d’occupation à vocation universelle à la Sorbonne, mais ces lieux étaient impropres à cristalliser la volonté générale d’insubordination des prolétaires. Le quartier latin est un quartier bourgeois et Paris, ville riche, n’offrait pas vraiment d’endroit où les énergies eussent pu se regrouper et poser la question de la constitution d’une tête au mouvement, sans que cela tourne au charivari comme à l’assemblée houleuse du champ de Mars. L’usine de Billancourt, si bien gardée, à proximité de toutes les usines de la région parisienne eût pu servir de place forte pour l’apparition d’un comité central de grève. On comprend donc les efforts démesurés de la CGT et du PCF pour préserver le gouvernement gaulliste d’un tel risque. Malgré des méfiances encore présentes dans l’appareil policier vis-à-vis des amis de Moscou, les principaux responsables collaborèrent totalement dans l’ombre avec les appareils syndicaux, cela Vigna ne le met pas vraiment en relief, même s’il le suggère à plusieurs reprises.

Un chef syndical CFDT comme E.Descamps sonne l’alarme en soulignant les difficultés des syndicats face à un mouvement qui promeut l’autonomie, qui abhorre la représentation et la délégation. Des membres timorés de la CGT déplorent naïvement que leur centrale « ait maintenu le mouvement dans un cadre revendicatif traditionnel ». Les syndicats ne représentent donc pas la majorité des grévistes !

Les syndicats des usines les plus radicales du Val de Marne montent donc des « comités de base » (39 à l’usine Rhône Poulenc de Vitry…) pour alpaguer un maximum de travailleurs et coiffent le tout d’un comité central de grève exclusivement composé de délégués syndicaux d’appareils. La CGT met tout en œuvre pour briser ces comités de base, au fond si peu représentatifs, et conforte l’image contestataire de la CFDT qui n’en peut mais.

Dans tous les cas de figure, les ouvriers sont amenés à réfléchir sur le fonctionnement syndical qui n’est en fait que la conservation de l’ordre capitaliste, le maintien de la hiérarchie dans la division du travail. A la CSF à Issy-les-Moulineaux et à Cléon apparurent vers la fin du mouvement des comités inquiétants mettant en cause le fonctionnement de l’usine. Vigna est le premier depuis des lustres à rappeler le rôle important joué par « les Cahiers de mai » dans cette évolution (p.64 et 65). Un ouvrier syndiqué à la CGT à l’usine Citroën se moque des successifs « on est pas prêt » depuis 1945 et résume bien dans quoi sont enfermés les prolétaires : « …Nous ici on attend, on est la force d’appoint et ça fait 20 ans, 30 ans qu’on fait la troupe. On forme des cortèges, on défile dans les rues, les mains vides, la bouche pleine de slogans (…) On nous fait gueuler un grand coup, ça décontracte les mecs, tout le monde rentre chez soi, respire, puis tu vois, c’est comme une marmite (…) En haut, à l’état-major [de la CGT], ils continuent à mastiquer les mêmes mots ou les mêmes slogans, nos traitements, nos pensions, nos retraites ».

Tous ces constats apparaissent cruellement alors que le mouvement est sur le déclin. Le contrat de dupes de Grenelle ne concerne pas les grévistes parisiens où les salaires sont traditionnellement plus élevés qu’ailleurs. La hausse spectaculaire du SMIG leur est indifférente, ce qui explique une reprise plus difficile dans cette région et les chefs syndicaux y ont donc du mal à se conduire en maîtres omnipotents méprisant l’avis des ouvriers (p.72). Pourtant, à Peugeot Sochaux on trouve un forum très radical. Des centaines d’ouvriers viennent y débattre, où il apparaît « une contestation des rapports de travail et de la hiérarchie ».

La fin de la grève massive est vécue comme une défaite malgré la gloriole CGT. Les métallurgistes des grandes concentrations industrielles n’ont rien gagné en termes de salaires. Les hausses, calculées en pourcentage profitent davantage aux cadres et à la petite maîtrise. La victoire est bourgeoise, elle reconnaît le droit d’encadrer syndicalement les entreprises.

Notre intérêt pour l’ouvrage de Vigna ne faiblit pas pour la période qui suit 1968. Les syndicats vont persister à enfermer les luttes avec ce qui a bien marché pour brider mai 68. Les grèves sont systématiquement cloisonnées dans de nouvelles occupations d’usine présentées comme le nec plus ultra de la lutte. Les syndicats sont relayés par des pratiques anarchistes violentes des gauchistes maoïstes pour un court laps de temps. Ces actions ponctuelles sont démesurément grossies par les médias et restent considérées tout au plus comme folkloriques par la majorité des prolétaires déçus et découragés.

Au cours de ces années, le terrain de l’usine reste privilégié par les syndicats pour conjurer tout retour à « la rue » de 68. L’enfermement dans l’occupation stérile avait aveuglé cette conscience de regarder ailleurs, déjà soulignée. Au lieu de tourner les regards vers la recherche de l’extension et de communications directes avec les autres entreprises, les ouvriers se laissèrent promener par les syndicats dans cette autre action stupide, la séquestration. Les syndicalistes seront rois pour diffuser cette nouvelle forme d’action qui réduit la lutte au cas par cas au conflit sédentaire avec le seul patron local, et la direction de la CGT se permet de renier officiellement et vertueusement ce genre de « développement de la lutte ». Le conflit passe donc sur un terrain où l’Etat règne en maître face à « l’opinion », il oppose ouvriers et flics venus pour libérer les citoyens patrons.

La grève des LIP est un sommet de bêtise syndicale. Chapeauté par la CFDT encore rayonnante de son aura contestataire, cette grève qui focalisa longtemps l’attention, transforme les ouvriers en petits boutiquiers itinérants pour vendre les produits de l’usine dans un spectacle bon enfant et médiatisé. Gauchistes et centrale CFDT assurent que la science infuse, produit de 68, est désormais l’autogestion. Plus de problème de pouvoir, les ouvriers produisent pour eux-mêmes. Vigna n’est pas très critique sur les tenants et aboutissants, en particulier le fait qu’à la fin de cette comédie, les leaders syndicalistes et leurs sous-fifres gardent leur emploi, pas la plupart des ouvriers et ouvrières. Les ouvriers non spécialisés, les femmes et les immigrés sont les parents pauvres des luttes syndicales. Ces couches « inférieures » du prolétariat restent considérées comme marginales et méprisées d’autant qu’elles mettent en cause plus que les couches favorisées, les hiérarchies intermédiaires (comme naguère les IWW américains et les ouvriers du KAPD en Allemagne). C’est dans ces catégories que se dérouleront pourtant la plupart des grèves sauvages des années 1970, refusant de se laisser téléguider par les syndicats. Ces grèves auront tendance à s’enfermer dans un certain « basisme » et à échouer dans l’isolement, coupées des grandes concentrations de « l’aristocratie ouvrière ». Le gauchisme, pas seulement maoïste, jouera un rôle prégnant pour enfermer à leur tour ces luttes dans des spécificités (lutte anti-racisme, foyers Sonacotra, etc.).

En général, souvent violemment critiquée pour sa stratégie localiste d’enfermement des ouvriers dans l’entreprise, la CGT répond à la fin des années 1970 par une stratégie d’extension à sa façon, orchestrée et ridicule : opérations « coup de poing », rallyes de grévistes ou de chômeurs qui « participent d’une désertion de l’usine » où il n’y a plus rien à protéger ni à changer désormais car elle ferme. Il ne sert plus à rien d’occuper des usines non rentables ni de prétendre vendre des blocs d’acier ou du charbon comme des montres…

A cet endroit on peut conclure que les syndicats accompagnent les effets délétères de la crise économique en amplifiant le désarroi des ouvriers grugés et licenciés en leur proposant des actions dérivatives au niveau régional et en les poussant à considérer l’Etat comme un assistant et surtout pas à le remettre en cause. Relayés par le rapport Sudreau de réforme de l’entreprise et une astucieuse politique « d’aménagement du territoire », initiée par Giscard d’Estaing qui verse une obole aux ouvriers de Longwy, les syndicats font tout pour que la lutte ne se pose plus au plan national ni surtout au plan international comme cela était établi dangereusement en mai 68, en laissant diffuser le constat de régions déshéritées.

Vigna clôt ce qu’il appelle « séquence » la lutte ouvrière avec l’échec en Lorraine en 1979. C’est à la fois vrai au plan national mais faux au plan international. Vrai parce que l’ultime résistance des ouvriers de Longwy et Denain signe en effet provisoirement la fin de l’ébullition « ouvrière » typique de 68 en France. Laissant de côté l’épuisement de l’agitation gauchiste vers 1973, les prolétaires ont continué pendant près de dix ans à lutter dans le même esprit qu’en mai 68. Ce qui signifie donc que mai 68 n’était pas mort le 30 juin mais avait continué par soubresauts pendant dix années. Il fallut donc bien dix années pour écluser cette énorme vague historique, cette révolution mort-née. Dix années de manœuvres syndicales où de l’enfermement dans les usines à des agitations extérieures stériles les syndicats ont réussi à faire oublier qu’il était possible à terme de renverser l’Etat capitaliste, chose qui était, convenons-en, très prématuré en 1968.

Mais ailleurs la vague d’insubordination se répand : même très citoyen le mouvement en Tchécoslovaquie en est une conséquence ; mai « rampant » en Italie où la CGIL, plus subtile que la CGT, « chevauche le tigre » ; grèves sauvages en Angleterre ; manifestations monstres et émeutes en Pologne en 1971. Sans oublier le Portugal en 1974, plus proche de mai qu’on ne l’imagina à l’époque, reflétant des discussions similaires, aussi enthousiastes et pleines d’espoirs révolutionnaires dans les assemblées des usines et chez les ouvriers agricoles.

L’explication de ces soubresauts au niveau international ne pourrait trouver ses seules racines dans l’exemplarité française, mais bien dans la crise économique qui, de sous-jacente, ébranle les économies et entraîne le retour de la question sociale.

Mais est-ce vraiment la crise économique, tel un monstre opaque qui est responsable de l’affaiblissement du prolétariat comme force structurée à partir des plus importantes usines ?

Vigna nous assure que « la contestation du travail cède le pas devant la peur du chômage pour les ouvriers » et que « la crise économique signe la faillite du mouvement ouvrier, que la séquence ultérieure marquée par l’arrivée de la gauche au pouvoir confirmera ». Devons-nous succomber à la vacuité de l’interprétation bourgeoise primordiale pour syndicats et partis de la gauche caviar ? Après la crise de 74-75, le discours dominant sur le terrain des licenciements était très œcuménique : « les fermetures on n’y peut rien », « les patrons sont plus forts », « les gauchos veulent tout casser mais ne vaut-il pas mieux négocier a minima », etc.

En s’appuyant sur l’impact de la crise économique, les syndicats ont amené peu à peu les prolétaires, tourneboulés, à se considérer comme des « assistés », espèce en voie de disparition, à oublier ce que signifient de véritables assemblées générales, et les possibilités immenses d’une véritable extension de la lutte pour les livrer pieds et poings liés à l’espoir d’un changement électoral pacifique avec l’Union de la gauche qui va faire son beurre sur le dos de 68 en raflant irrésistiblement les voix des couches intermédiaires.

On peut relire, dans « Œuvres » de Guy Debord, gallimardisé, la polémique Debord/RI. Debord trouvait erroné qu’un groupe comme RI insiste sur le début de la crise économique, sous-jacente à mai 68, et considérait que la révolte ouvrière avait eu lieu au contraire dans une économie « se portant bien ». Ni l’un ni les autres n’avaient vraiment raison. La crise n’est pas plus l’alliée du prolétariat qu’une tempête serait l’amie des matelots. Les ouvriers s’étaient mis en branle bas de combat plus contre l’oppression capitaliste que contre la misère relative, bien qu’on ne puisse séparer ni l’une ni l’autre. La crise n’était pas si profonde qu’elle le sera quelques années à peine plus tard. La révolte n’est pas liée au seul approfondissement de la crise. D’autres facteurs entrent en jeu : situation internationale, existence d’un bloc figurant une société à prétention socialiste, niveau des mystifications politiques, nombre des grèves, leur contenu et dynamique, etc. Le nombre des grèves n’est pas en lui-même, si elles sont nombreuses, porteur d’un message d’insubordination, mais plutôt comme au XIXe siècle, expression d’un désir de partager les « fruits de la croissance » ou des bénéfices. En plus, ce qu’ont toujours négligé la plupart des groupes hors parlement, il faut compter avec l’aptitude de l’Etat bourgeois à prévenir les conflits par ses politiques d’aménagement du territoire. La fameuse décentralisation a visé à mieux répartir les lieux de production sur le territoire pour éviter des poches insurrectionnelles ; et on imagine les mêmes recettes dans les autres pays.

Vigna a cette formule cuisante : « une déstabilisation brutale des ouvriers » ! Il utilise à plusieurs reprises le concept « d’étatisation des luttes ouvrières », idée confuse qu’il n’explicite pas. Veut-il reconnaître l’institutionnalisation des organismes syndicaux ? On peut comprendre son propos si on rappelle la stratégie concomitante de la CGT et du PCF pour diffuser la nécessité électorale de maintenir les places fortes municipales en vue « de conquérir le pouvoir d’Etat » qui, malgré le croc en jambe de Marchais, aboutit lamentablement à la conquête du poste de Chef d’Etat par Mitterrand et le numerus clausus imposé contre les grèves pendant les trois premières années du gouvernement Mauroy.

La gauche socialiste et stalinienne accompagne le désarroi amplifié par la crise en remisant aux archives les termes de « classe ouvrière » et « ouvriers » et en imposant des plates formes revendicatives clientélistes où, au nom de l’unité des salariés, est maintenue l’extrême division hiérarchique. Les sociologues relaient ce travestissement en définissant que la classe ouvrière a disparue, qu’elle n’est plus composée que de techniciens, et s’il n’y a plus que des salariés indifférenciés cela signifie bien qu’il n’y a plus que des citoyens électeurs et que la lutte des classes est une vieillerie. Changer le monde ? une plaisanterie désormais. Changer de gouvernement est tout ce qui est du domaine du possible. Le désarroi et la perte de repères des prolétaires est confondu avec le déclin du PCF et de l’influence de la CGT, ce qui est merveilleux pour enterrer un peu plus mai 68 et ses soubresauts quand les staliniens n’ont jamais cessé de dénoncer à la police militants révolutionnaires, gauchistes et ouvriers combattifs ; page 247, Vigna décrit cette collaboration, et pour la CFDT et le patronat page 262.

Le pullulement des groupuscules est à la fois le reflet de l’insubordination généralisée qui a gagné la planète mais aussi exprime la confusion de ce réveil des couches opprimées en général et en particulier de la classe ouvrière considérée depuis plus d’un siècle comme la classe la plus dangereuse par sa prétention à l’universalité et son accointance intrinsèque avec le projet de changer le monde. Absence du parti pour réussir la révolution, assurèrent les divers héritiers du léninisme. Impuissance de la classe ouvrière à se rendre maîtresse du monde, clamèrent les conservateurs. La prolifération des cercles et de groupes à vocation révolutionnaire, acharnés entre eux à exclure tous les autres à leur profit, ne fît que confirmer l’impossible issue révolutionnaire victorieuse pour l’heure. On ne fait pas une révolution sérieuse dans la chienlit comme disait le grand Charles ! Trop de partis tue le parti !

Chaque groupuscule avec sa propre langue de bois, avec un activisme débridé et des propositions le plus souvent aberrantes, permit au « pouvoir » de dominer la situation. Il était difficile de comprendre en 1968 que les groupes gauchistes n’étaient pas révolutionnaires ni du côté du prolétariat tant le PCF les dénonçait. A relire leurs déclarations de l’époque, on s’aperçoit que, par exemple tous les groupes trotskystes défendaient la même soumission à un gouvernement cartel des partis de gauche et qu’ils ont mis vite de côté leurs prétentions au pouvoir au bout du fusil pour bénéficier des prébendes électoralistes au cours des décennies suivantes.

Le « pouvoir » (sans sa caractérisation marxiste habituelle) prit appui, plus que les diverses divergences politiques de la noria des groupuscules, sur le fait que l’impatience révolutionnaire était surtout marquante en milieu étudiant et que domina chez les salariés l’idée que « ce n’était pas le moment ». Ce n’était pas encore « le moment » hélas. Au réveil, un homme doit s’habiller, déjeuner, avant de sortir dans la rue et de se rendre au travail ou à une manifestation. Habitués à subir depuis des décennies, après l’atroce guerre mondiale, les prolétaires ne pouvaient pas éprouver le besoin de prendre des risques immenses, sacrifices sanglants dans une nouvelle « guerre civile ». L’existence du bloc stalinien servit aisément de repoussoir au pouvoir libéral pour faire craindre le pire : une dictature encore plus primaire que le capitalisme. La manifestation réac gaulliste du 30 mai a pour slogan « le communisme ne passera pas ». Dérisoire et infantile ! L’arrivée des chars russes en Tchécoslovaquie constitua la réponse du berger à la bergère au niveau international à la répercussion du mai prolétaire de France.

Le fait que de nombreux jeunes, étudiants et ouvriers, rejoignirent les multiples groupes gauchistes constitua une régression dans la mesure où les groupes les plus structurés, d’obédience trotskienne, en référaient à « l’Etat ouvrier dégénéré » et que la poignée des mouvements pacifistes dans le monde étaient téléguidés par Moscou. La plupart de ces activistes idéologiques de LO à la LCR avait été formée dans le parti stalinien ou dans le même moule (chaque groupe gauchiste avait son « comité central »). Ces groupes pouvaient attirer dans la mesure où tous arguèrent de la trahison des « dirigeants » du PCF et de la CGT. Or le PCF et la CGT ne trahissaient pas. Ils avaient déjà trahi depuis si longtemps. Ceux qui les accusaient ainsi de trahison ne visaient qu’à prendre leur place et cela la majorité des prolétaires le comprirent en faisant un pas en arrière d’effroi légaliste mais aussi légitime. C’est pourquoi les groupuscules restent minoritaires et n’enrayent pas la défiance historique envers les formes traditionnelles de la politique et du syndicalisme, qui s’installe durablement pour des décennies. Leur dissolution du 12 juin leur rendit service pour une postérité citoyenne, altermondialiste et légaliste.

Malgré d’indéniables qualités, cette quête pour retrouver les voix d’en bas, sans pouvoir tout embrasser de la foule des documents, l’ouvrage de Xavier Vigna, esquive un pan immense de mai 68 dans son chapitre sur « la mouvance révolutionnaire ». Considérer comme révolutionnaires les agités trotskistes et maoïstes prête à sourire. Or, une autre caractéristique de mai 68, sauf pour l’observateur superficiel ou malintentionné, fût la méfiance vis-à-vis de tous ces brûlots qui occupèrent médiatiquement le devant de la scène, dont les représentants furent souvent l’objet des sifflets de la foule ou des manifestants. Tout un pan des animateurs de l’insubordination est donc absent du livre. Le mouvement anarchiste joue un rôle considérable, non seulement par son représentant typique alors, Cohn-Bendit (personnage complètement secondaire avec le recul), mais avec des groupes d’une mouvance qu’on nommait conseilliste, « pour l’autonomie ouvrière, pour le pouvoir des Conseils ouvriers », et évidemment les plus significatifs d’entre eux les situationnistes. Un mouvement d’insubordination d’une telle ampleur ne peut être jugé simplement par un « essai d’histoire des usines », en ignorant ce qu’il a impliqué politiquement comme regroupement, rencontres et débats dans toute la société. Des débats dans les facs et les usines il est très peu question dans ce livre. Rien sur l’influence des mouvements révolutionnaires du passé. Rien sur les références constantes à la révolution russe de 1917, aux groupes révolutionnaires d’avant-guerre, à Socialisme ou Barbarie, etc. C’est un comble parce que dans la myriade des cercles et groupuscules et chez les ouvriers en grève, les questions d’histoire, de connaissance de l’histoire devinrent taraudantes, hors des querelles des chapelles gauchistes obscurantistes. Et, il faut bien en convenir après la dernière page du livre de Xavier Vigna, les discussions les plus pointues, les plus politiques pour l’avenir de la société ne se tinrent pas dans les usines.

Les discussions les plus passionnantes et exigeantes eurent lieu dans les réunions des groupes des « Cahiers de mai », d’ICO (informations correspondance ouvrière), de « Noir et rouge », de « Pouvoir ouvrier », en bref de tout un milieu qui allait donner naissance à ce qu’on allait appeler l’ultra-gauche des années 1970 aux années 1980. Là fût élaborée la quintessence de mai 68 comme interrogation sur l’avenir en s’inspirant du passé de la classe ouvrière et en lui renouvelant sa confiance. La plupart de ces groupes ont disparu et ne sont plus que des cartons d’archives dans les bibliothèques spécialisées. Rares sont ceux à avoir survécu. Parmi les survivors - certains existant bien avant 1968 (comme le groupe bordiguiste) – on compte simultanément la Communist Workers Organisation, Révolution Internationale, Pour une Intervention Communiste, etc. – ceux-ci, souvent composés à peine de dizaines d’unités, ont continué à mener une intervention dans les décennies suivantes en direction de la classe ouvrière. Leur petit nombre ne leur a pas permis d’être présents devant les sunlights lors des luttes et grèves qui n’ont pas cessé, même après la césure « fordiste » de 1979 à Longwy. Leur faible nombre ne les a pas empêché de mener une intervention « extérieure » pour le grand soir, sans la « présence physique » automatique (critère de légitimité obligatoire pour staliniens et gauchistes) par tracts et discussions, mais sans jamais vraiment recruter de façon notable en milieu ouvrier ni diriger de comités de grève. Ils furent néanmoins en phase souvent avec les ouvriers les plus déshérités, même si ceux-ci ne les rejoignaient pas dans leur militance, alors que les syndicalistes gauchistes creusaient leur trou et recrutaient surtout en milieu fonctionnaire et col blanc.

La classe ouvrière a subi de multiples transformations structurelles au cours de deux siècles d’industrialisation. Artisan, mineur, sidérurgiste, métallurgiste, employé de bureau, informaticien, le prolétaire reste prolétaire. Constituée de moins d’ouvriers industriels, d’une noria d’employés flexibles des services, de cadres massivement prolétarisés, la classe ouvrière, ou disons travailleuse, garde toutes ses potentialités révolutionnaires.

L’observateur superficiel ne voit pas plus loin que la ligne bleue des Vosges, mais d’importantes grèves ouvrières ont continué à inquiéter la bourgeoisie au niveau international pendant plus de trois décennies, grèves des mineurs anglais, mouvement massif des ouvriers polonais en 1981, grèves des cheminots en France au milieu des années 1980, puis 1995, etc. Même si les grèves les plus importantes du début des années 2000 se sont produites en Chine, la question sociale est restée sous-jacente partout, sans jamais pouvoir être limitée à un seul pays ou même s’il ne se produisait pas de luttes massives dans les pays classiques de l’industrialisation aussi étonnantes et riches d’implications pour l’avenir que celle de mai 1968 en France.

Les ravages du capitalisme ne peuvent être limités ou freinés par une simple insubordination ouvrière. L’insubordination sociale a besoin d’une perspective politique pour ne pas rester un simple cri de révolte. Les discussions sur « le pouvoir », les multiples interprétations de l’échec de la révolution en Russie, et sur le possible avenir après le capitalisme des petits groupes issus de mai 68 ou confortés par cette révolution inachevée, sont au cœur de la nécessaire insubordination politique du présent. Il ne faut surtout pas croire que les prolétaires actuels ont envie de courber l’échine parce qu’ils comptent moins de cols bleus en leur sein. Ils ne sont pas moins conscients de la fragilité du système qu’il y a quarante années ni du dérisoire de son « sauve qui peut » écologique.

Ce n’était qu’un début, continuons le constat et reprenons le combat là où il avait buté.



[1] « Le mouvement des occupations c’était le retour soudain du prolétariat comme classe historique (…) Il était aussi bien refus de toute autorité, de toute spécialisation, de toute dépossession hiérarchique ; le refus de l’Etat et, donc, des partis et des syndicats aussi bien que des sociologues et des professeurs, de la morale répressive et de la médecine » (cf. Œuvres, Gallimard). Le livre majeur à lire, hors de toute la doxa hypocrite de la dissolution commémorative reste évidemment celui de Kristin Ross : « Mai 68 et ses vies ultérieures » (ed Complexe, 2005).

[2] Cf. l’ouvrage de Pierre Hempel : « Mai 68 et la question de la révolution » (1988).

[3] Volontairement nous n’utilisons pas ici le terme de génération, qui d’une part nie les classes sociales (une même génération comporte une foule d’individus de couches différentes qui ne défendent ni les mêmes intérêts ni ne disposent des mêmes chances de réussite), mais surtout parce que d’autre part, cette notion a servi de foutoir idéologique depuis 30 années à une flopée d’auteurs hypocrites pour noyer l’essentiel ; cf. les plus navrants étant Hamon et Rotman, suivis depuis peu par un illuminé de la sociologie particulièrement haineux contre les anonymes de mai 68 mais cool avec ses stars, un certain Bernard Préel (« Les générations mutantes » ed La découverte).

mercredi 19 mars 2008

DISCUSSION AVEC MON CORDONNIER

Par les temps qui courent comment ne pas appliquer le précepte de Georges Brassens pour les 14 juillet : tenir les volets fermés et la télé éteinte ? Cela m’a été la meilleure manière d’oublier le charivari minable des municipales… Rions, la religion démocratoc a ses « dieux municipaux » (cf Fustel de Coulanges, « La Cité Antique »).

Passer rapidement le long des étals de librairie sur la commémo lamentable sur 68 ; au passage on ne peut manquer de ricaner en lisant que le sénateur Henri Weber se fait publier avec mention « ancien leader de mai 68 » ! A ce compte je suis ancien leader de la Libération de Paris !

Regardons les oiseaux annoncer tôt le printemps et prenons du champ. Et écoutons la discussion avec mon cordonnier :

- Je ne me suis pas intéressé aux Municipales, me dit l’homme au tablier de cuir. Tout cela est de la foutaise. L’homme est plutôt bon naturellement mais la société le corrompt…

- Non, cordonnier en savate, l’ homme est animal social…

- oui certes mais le pouvoir a besoin d’opposants

- cordonnier, le pouvoir a besoin de prisons….

- c’est vrai aussi, mais le pouvoir qui ne veut pas d’opposants est un pouvoir mort…

- ou qui n’illusionne pas longtemps, rectifie-je…

- L’opposant n’est pas toujours constructif et a besoin que le pouvoir échoue ou ne marche pas, vous comprenez ?

J’adore mon cordonnier, c’est Socrate dans ma rue.

Puis je parcours la presse bourgeoise inquiète de la « plus grande crise depuis les années 1930 ». Je me tiens les côtes en lisant que ce ne serait que facéties bancaires, magouilles de petits oiseaux comme Kerviel. La bourgeoisie ne va jamais reconnaître qu’elle est victime de son propre système d’enrichissement fabuleux et anarchique, donc de la BAISSE TENDANCIELLE DU TAUX DE PROFIT.

C’est la crise qui s’approfondit et touche pas mal les couches moyennes complices jusque là de la féérie capitaliste :

« Près de 14 millions des ménages, 52% de la population, ont souscrit un crédit en 2007. Une part en nette hausse puisqu' en un an, 450 000 ménages supplémentaires ont souscrit à des crédits. Le «taux de diffusion de l'endettement se redresse en 2007», avec 10 millions de crédits accordés aux ménages, indique la Fédération française bancaire (FFB). En parallèle, l'usage du découvert est pratiqué par 24.1% des ménages. Les moins de 30 ans restent les plus endettés. Ils sont 20.3% à avoir recouru à un crédit immobilier en 2007, contre 13.2% en 2001. A l'inverse, «l'usage des crédits à la consommation recule à nouveau : 36.8%»... Parmi les plus de 65 ans, 21.1% remboursent un crédit à la consommation. Une part qui s'élève à 36.8% chez les moins de 30 ans, afin de financer l'achat, pour 2 jeunes sur 3, d'une automobile ou d'une moto. En 2007, «7.22 millions de ménages ont eu recours à un ou plusieurs nouveaux crédits», dont 2.3 millions en crédits immobiliers et 8 millions en crédits à la consommation. »

Scénario noir anticipé début 2007….

« À l'automne dernier, la Direction générale du trésor et de la politique économique (DGTPE) évoquait brièvement, dans un document interne sur ses prévisions de croissance, un scénario explorant «la possibilité que les tensions observées cet été pèsent plus lourdement dans tous les pays sur l'offre de crédit aux ménages et aux entreprises». Dans ce , «l'investissement et la consommation seraient ralentis de part et d'autre de l'Atlantique, la croissance américaine serait ramenée à 1,6 % en 2008 et la croissance française pourrait s'établir dans une fourchette comprise entre 1,5 % et 2 %» ». Tant va la cruche qu’à la fin elle casse !

« …toutes les banques sont prises dans une spirale infernale. Comme toutes les crises bancaires, celle-ci intervient à l'issue d'une période de crédit facile, pendant laquelle les banques ont trop prêté, et pas assez cher. Le retour aux réalités, avec l'apparition des défaillances des emprunteurs, dévalorise les bilans bancaires. Au-delà des subprimes immobiliers, la valeur des crédits à la consommation et bientôt de ceux aux entreprises, désenfle aussi. Deux facteurs récents amplifient la crise. La sophistication formidable des techniques financières a diffusé les difficultés vers une multitude d'acteurs, ce qui généralise la défiance. »

Vous avez bien lu « les banques ont trop prêté et pas assez cher » ! Trop bonnes ces banques ! Quand on pense aux pauvres indemnités des pauvres hyper-milliardaires dont le Fig étale la photo (ainsi que celle de leurs épouses en guenilles). Donc, pauvres naïfs et petits bourgeois neuneus ne vous attendez pas à des « facilités » (nom du crédit dans les fifties), le capitalisme en s’écroulant ne va tout de même pas vous permettre de vivre décemment ni avec l’aisance antérieure de vos beaux 4 pièces en centre ville et ces jolis 4X4 prioritaires !

JLR (cut-up du Figaro)

PS : une bonne nouvelle, le Déclin de la petite bourgeoisie EST AVANCE: « En 2000, elle représentait encore plus de 62 % de la population allemande. En 2006, cette catégorie autrement dit les Allemands qui gagnent entre 70 % et 150 % du revenu médian était tombée à 54 %. Où sont partis ses anciens membres ? Ils ont malheureusement surtout glissé dans la catégorie des revenus inférieurs à 70 % du revenu médian, soit 16 200 euros par an. Pour les experts, le phénomène s'explique par les risques liés au marché du travail. Le chômage dure souvent plus longtemps qu'avant. Les allocations ont été réduites par diverses mesures, comme la loi Hartz-IV introduite par le gouvernement de Gerhard Schröder. Et la flexibilité accrue du travail entraîne plus de précarité. Selon l'étude, alors que 64 % des actifs exerçaient une activité à plein-temps en 2000, ils n'étaient plus que 55 % en 2006. »

mardi 18 mars 2008

Tract du Parti Communiste International (Le Prolétaire)

SOLIDARITE PROLETARIENNE
CONTRE LA REPRESSION AU CAMEROUN!

Après le Burkina Faso la semaine dernière, c'est cette semaine au Cameroun de connaître manifestations et grèves contre la vie chère et la hausse des prix. Le gouvernement de l'inamovible président Biya y répond par une répression bestiale.
Depuis son indépendance en 1960, cette ancienne colonie est pour l'impérialisme français un pays d'importance stratégique, "l'un des piliers de la zone franc" avec la Côte d'Ivoire. La France y est toujours le premier investisseur étranger, avec plusieurs centaines d'entreprises dans tous les secteurs d'activité, employant plusieurs dizaines de milliers de personnes; les grands groupes français présents se trouvent dans l'agroalimentaire, le BTP, le secteur bancaire, le pétrole, etc. Les privatisations imposées par les grands organismes financiers internationaux ont largement profité aux entreprises tricolores.
L'"aide" de la France au Cameroun est importante; elle comporte divers volets destinés à faciliter la bonne marche des entreprises capitalistes, y compris un volet militaire, depuis la signature d'accords militaires (en partie secrets, comme d'habitude!) lors de l'indépendance en 1960 et 1974. C'est en vertu de ces accords militaires que la France a fait échouer une tentative de coup d'Etat en avril 1984; le gouvernement y a fait appel plus récemmen, en 2005, lorsqu'il s'est senti menacé par des militaires. Une partie importante de cette coopération militaire française est l'entraînement donné aux forces de gendarmerie camerounaise pour le "maintien de l'ordre". Les gendarmes camerounais ont démontré qu'ils étaient de bons élèves en réprimant à plusieurs reprises de manière sanglante des manifestations: répression de grèves d'étudiants (2 morts fin 2006), de manifestants pacifiques (2 morts cet automne lors de la répression d'une manifestation pacifique contre le manque d'électricité à Abong Mbang), de manifestations de moto-taxis protestant contre les exactions de la police, etc.
La paupérisation croissante des travailleurs et des larges masses de la population a rendu la situation explosive dans le pays, alors que s'accélère la hausse des prix. Le mécontentement généralisé vis à vis du gouvernement actuel s'est en outre cristallisé contre la décision de Paul Biya de modifier la constitution afin de pouvoir se présenter à nouveau. Lors des dernières élections cet été, guère plus de la moitié des électeurs inscrits (et qui ne représentent qu'une fraction du corps électoral: 5 millions sur une population du triple) avait jugé utile de participer à la mascarade à l'issue de laquelle les autorités avaient annoncé la classique victoire du parti au pouvoir. Les observateurs internationaux avaient sévèrement critiqué cette farce qui a été entérinée sans sourciller par le nouveau gouvernement français, soucieux avant tout de la "stabilité" de ses réseaux de domination impérialiste. Lorsqu'il est venu en visite officielle en octobre dernier à Paris, Biya a pu déclarer, à propos de la politique de la France en Afrique, qu'elle se caractérisait par une "continuité dans le fond" ; continuité du pillage impérialiste et de soutien aux capitalistes locaux contre leurs prolétaires et les masses déshéritées qui sont laissées à l'abandon.
Samedi 23 février, l'interdiction d'un meeting de l'opposition à Douala, capitale économique du Cameroun, s'est accompagnée d'une répression sanglante et d'affrontements. Une chaîne de télé privée qui avait eu le malheur de passer un reportage sur ce sujet a été aussitôt interdite par le pouvoir.
En début de semaine les syndicats des transporteurs (taxis, moto-taxis essentiellement) ont appelé à la grève pour protester contre la hausse des prix du carburant. Très rapidement et spontanément, en dehors de toute consigne de syndicats ou partis politiques, la grève a débordé les seuls propriétaires de taxis pour être suivie par une large partie de la population pauvre.
Plusieurs milliers de personnes contre la vie chère, les manifestants établissent des barrages avec leurs slogans "On a faim!", "Baissez les prix des denrées de première nécessité!", "Non à la vie chère et à la clochardisation des camerounais!", ainsi que des slogans antigouvernementaux: "Biya doit partir!" "Popaul tu seras pendu avec ta constitution!", etc. Les forces du désordre capitaliste ont répondu en tirant sur les manifestants. Le port de Douala, qui est le poumon économique non seulement du Cameroun, mais aussi de tous les pays de la sous-région, a été paralysé.
Au cours des émeutes, des centres commerciaux ont été attaqués et pillés, divers édifices publics attaqués (le Centre des impôts et la sous-Préfecture de Douala V ont été incendiés), des entreprises appartenant à la famille Biya, des symboles de la présence française, etc.
Les manifestations et émeutes se sont ensuite étendues mercerdi à la capitale Yaoundé où la gendarmerie a tiré à balles réelles sur les manifestants qui protestaient pacifiquement contre la répression tandis qu'un hélicoptère piloté sans doute par un coopérant militaire survolait la foule; par mesure d'intimidation, les gendarmes ont attaqué la résidence universitaire; à Bafoussam, la troisième ville du Cameroun, on signale un manifestant tué par la police, et des manifestations ont également eu lieu dans d'autres localités.
Devant cette situation qui leur échappait complètement, les syndicats de transporteurs, appelaient ce même jour, à l'issue de discussions éclair avec le gouvernement, à l'arrêt de la grève (sans se soucier des victimes de la répression et des emprisonnés): "nous voulons laisser le temps au gouvernement d'achever son programme économique en juin prochain" a expliqué le représentant de la CGST...
Cependant, jeudi matin, la grève, plus ou moins générale, continuait. Des manifestations ont été signalées jeudi à Douala et dans l'ouest du pays, brutalement réprimées. Il faut dire que le gouvernement a royalement accepté de baisser le prix de l'essence, du gaz-oil et du pétrole lampant de... 1%! Le gouvernement a mobilisé l'armée pour patrouilller dans la capitale tandis que le président a déclaré que "force resterait à la loi" et que la grève avait été "instrumentalisée à des fins politiques" par des politiciens opposés au "fonctionnement normal des institutions démocratiques"; le fonctionnement normal des institutions démocratiques signifie pour les bourgeois que les travailleurs doivent accepter de se faire exploiter, d'être condamnés à la misère sans se révolter, en acceptant le jeu truqué de la farce électorale.
Bien que le gouvernement ait déclaré qu'il n'y avait "pas plus de 20 morts", le nombre de victimes se monte probablement à plusieurs dizaines et les personnes arrêtés à plusieurs centaines.
"Nous avons une caste de privilégiés qui vit au détriment de la majorité qui souffre" a déclaré un manifestant. Cette caste de privilégiés, c'est une classe sociale, la classe bourgeoise, classe vampire, comme partout elle s'enrichit de la sueur et du sang des travailleurs. La solution n'est pas le départ de Biya et son remplacement par l'un des partis de l'opposition bourgeoise (tous complètement absents des luttes en cours), mais la lutte de classe contre cette classe et contre le système dont elle est l'incarnation: le capitalisme camerounais soutenu par l'impérialisme international, français en tout premier lieu.

Dans leur lutte vitale contre la misère, l'oppression et l'exploitation capîtalistes, et face à la répression sanglante d'un régime soutenu par l'Etat français, les prolétaires et les masses camerounaises ont un besoin pressant de la solidarité des prolétaires d'ici; solidarité de classe avec les prolétaires des pays sous domination de l'impérialisme français qui doit culminer dans la reprise de la lutte révolutionnaire contre le capitalisme.


Soldarité avec les prolétaires et les masses du Cameroun en lutte!

Non au soutien au régime meurtrier de Biya!

Arrêt de la coopération, notamment militaire, avec lui!

Impérialisme français hors d'Afrique! Vive la lutte prolétarienne internationale!


Correspondance: parti communiste international
Editions Programme
3 rue Basse Combalot

69007 LYON

vendredi 7 mars 2008

COMMENT UN NEO-FACHO VIENT SABOTER

L’ANNIVERSAIRE DE LA GLORIEUSE

REVOLUTION RUSSE

Deux livres à ne pas acheter:
- Les blancs et les rouges de D.Venner (Ed du Rocher)
- Les blancs et les curés, pardon "le livre noir de la révolution française" (ed du Cerf)

Il fallait s’y attendre, comme avec la commémoration frelatée de mai 68, les éditeurs bourgeois prennent toujours de l’avance pour saloper l’histoire du mouvement révolutionnaire. Plus les ouvrages sont épais plus ils ont de chance pour passer pour profonds. Après la lourde et imbitable compilation de Orlando Figues (qui ne connaît rien de l’intérieur de la révolution) qui a voulu nous faire le coup du commentaire avisé de l’album photo pour ostraciser encore les bolcheviks, voici une nouvelle supercherie des « Editions du Rocher » qui republient sans en changer une virgule « Les blancs et les rouges » histoire de la guerre civile russe 1917-1921 par Dominique Venner ; laissant croire que, stratégie classique de tous les éditeurs, la première version aurait été épuisée…

Pour comprendre l’importance de la manipulation (et combien la révolution russe dérange encore la bourgeoisie démocratoc, et en quoi il n’existe pas d’historien d’extrême droite pour la communauté d’intérêts anti-communistes) disons qui est quoi :

Les Editions du Rocher, comme le nom l’indique, sont sises à Monaco, cité prolétarienne comme chacun s’en doute. Mieux, ces éditions ont été fondées en 1943, époque où la liberté de publier sous la botte allemande était évidemment totale. Gallimard ne fait point la fine bouche puisque ce trust est associé au capital de cette maison vichyste avec le groupe pharmaceutique Pierre Fabre, intéressé à une histoire objective hurlant contre la suppression des patrons et hostile à l’arrêt des guerres mondiales si utiles à la promotion des produits afférents. Mieux encore, ces éditions sont liées au réseau le meilleur et le plus puissant en France et Belgique pour la diffusion des livres en librairies. J’ai nommé le groupe Privat (sis à Toulouse). Autant dire que n’importe quelle merde qui sort du Rocher va tomber automatiquement sous le regard de tous les passants.

L’auteur Venner est fils d'un membre du Parti populaire français (PPF), membre du mouvement Jeune Nation, il participe à la mise à sac du siège du PCF en 1956 (ce qui n’est pas grave en soi pour la pourriture stalinienne) suite à l'Insurrection de Budapest, mais participe à la fondation du parti nationaliste avec Pierre Sidos un zozo oublié dont le nom était peint sur toutes les bretelles d’autoroute. Il passe 18 mois au quartier des politiques de la prison de la santé du fait de sa participation à l'organisation de l'OAS. En 1963 il crée et dirige avec Alain de Benoist un journal qui rassemble des rescapés de l'OAS, d'anciens collaborationnistes comme Lucien Rebatet de nombreux jeunes militants. Il a ensuite fait partie des fondateurs du Grece Ses divers ouvrages trahissent la fascination que le nazisme continue d’opérer sur son pauvre cerveau. Son Histoire de l'Armée rouge a obtenu le Prix Broquette-Gonin d'histoire de l'Académie française 1981. A ne pas confondre avec le prix Croquette-Wiskas, il s’agit d’un prix annuel bourgeois justement créé en 1918 qui est décerné par l’Académie à l’auteur qui défend le mieux les valeurs actuelles du capitalisme. Il co-anime quasi systématiquement une émission sur Radio Courtoisie, radio pro extrême droite qui s'appuie généralement sur la dernière livraison de La NRH, fausse revue d’histoire pour demeurés.

UN LIVRE DE PROPAGANDE SUPERFICIEL

Le néo-facho Venner ne s’intègre pas à une habile stratégie de conquête d’une nouvelle respectabilité à travers ses revues présentées comme « d’histoire », contrairement aux gentils commentaires des sociologues gauchistes de service. Il a travaillé sur commande à plusieurs reprises pour soutenir l’ordre dominant en falsifiant l’histoire sous la prétention à « des travaux d’historiens », alors qu’il n’est même pas reconnu par l’Université. Continuité idéologique classique de la fraction de droite de la bourgeoisie (ni extrême ni molle).

Aux côtés d’Orlando Figues et d’un tas de plumitifs aux ordres, jusqu’à la fin de cette année, il voudrait bien détruire le sens et la portée de l’Octobre rouge, et révèle qu’il aurait été aux côtés des tueurs des armées blanches et des antisémites. Son livre antérieur sur les corps francs et sa passion des armes révèlent de quel côté il se serait trouvé. On ne va pas se choquer outre mesure ici que la pensée libérale totalitaire se serve d’un triste sire facho pour galvauder le souvenir de l’ébranlement bourgeois et de l’immense joie des millions de prolétaires.

Quel triomphe pour ce vieux baroudeur facho d’annoncer en prologue que Poutine (une référence pour la liberté et l’honnêteté) ait reçu en grande pompe les familles des généraux Dénikine et Cie pour les congratuler ! Ce pseudo-historien a même la prétention d’écrire une histoire « enfin complète de la révolution et de la guerre civile ». En réalité sa compilation est putride.

Chassez le facho, il revient au galop. Avec lâcheté. Assumer un certain nombre de commentaires directement sur les juifs dévoilerait immédiatement le fond de croyance antisémite de l’auteur, et lui vaudrait les foudres de la justice bourgeoise, ce qui serait un comble pour ses commanditaires de Monaco, des labos pharmaceutiques et de Privat. Venner se cache donc derrière les citations des autres. Mais on voit bien que son obsession, comme sa génétique paternelle et feu Hitler, reste… le juif ! L’étranger apatride qui vient foutre la merde au pays !

Comment démolir le génie révolutionnaire de Trotski (p.247) ; après s’être « couvert » par une phrase notant la culture des préjugés antisémites sous Nicolas II, notre veule auteur ajoute: « …. Le fervent particularisme juif entraînait une attitude de rejet, elle-même génératrice d’une sorte de dissidence intérieure (que le préjugé antisémite est lourd ! ndt). Henri Arvon décrit attentivement (sic) ce phénomène : « la contrainte quasi existentielle qui semble prédestiner les juifs à rallier les rangs de ceux qui, mécontents de l’ordre social, cherchent à le réformer ou à le bouleverser par la violence (…) en adhérant à un parti révolutionnaire, ils agissent peut-être inconsciemment, en fonction de la haine ancestrale contre un monde que, à tort ou à raison, ils considéraient comme hostile aux Juifs ».

Notre facho de service en déduit que : « c’est peut-être là que réside l’explication des étonnantes contradictions de Trotski (…) Tout se passe en effet comme si ses racines culturelles (sic) le poussent à la révolution et l’y maintiennent par aversion pour la société européenne traditionnelle (resic ! apostolique et romaine aussi !). Trotski n’est qu’un « artiste » (cad une sorte de bohème… juif) quand les autres ne sont que des « besogneux de la révolution ». Au fond c’est Staline « qui a joué le rôle militaire le plus important » (p.258). Hélas pour le soldat Venner il dévoile ainsi la reconnaissance de la bourgeoisie occidentale au bon boulot répressif de Djougachvili. Venner accumule les mensonges pour lecteurs illettrés ou bons bourgeois rassurés : Lénine avait plus confiance en Staline qu’en Trotski… C’est faux, les meilleurs ouvrages l’ont démontré… Autre mensonge, mais par omission, les saloperies de Staline à Tsaritzyne, mais le lecteur de gare n’ira pas vérifier…

Dans les notes, à plusieurs reprises, ce cuistre rappelle lourdement les origines juives de Sverdlov. Pourquoi ? Parce qu’il est « féroce » et qu’il le soupçonne, sur la base de l’enquête du tchéquiste brejnévien Volkogonov, d’avoir fait assassiner le tsar et family ; jamais il ne fait reproche par contre au tsar d’avoir fait assassiner des millions d’hommes en 1905 et 1914 !

Coup de chapeau aux futurs nazis page302 : les corps-francs du Baltikum l’ont « libéré de l’étau bolchevique ». Puis il crache sur Lénine, rêve d’humiliation de petit facho qui a tout raté : « Lénine perd les pédales » (p.435) et n’est plus décrit que comme un fou furieux, une variété d’assassin de grand chemin. Hein… bé ouais quoi… mais c’est Lénine qui crachait, jeune, sur la Russie, d’autant qu’il surfait sur une « phobie » « contre le sentiment national ». Le rat antisémite pointe à nouveau son nez avec la phrase suivante : « On peut naturellement se demander si une telle phobie est le fruit de l’idéologie internationaliste, ou si l’idéologie a vu le jour en raison d’un terreau de sensibilités réfractaires à l’enracinement » (sic).

Admirons ensuite l’impartialité feinte du cuistre Venner (note 3 de la page 451) :

« On sait par exemple que les Juifs étaient proportionnellement surreprésentés dans les instances dirigeantes après Octobre (suivent les noms de tous ceux qui ont été éliminés par Staline) (…) Cette présence visible qui favorisait l’assimilation judaïsme-bolchevisme, n’est pas étrangère à la montée d’un odieux antisémitisme non seulement en Russie, mais également en Europe ». Misérable peau de banane typique des nazillons : « l’odieux » antisémitisme dont ils furent l’objet… ne le devaient-ils pas qu’à leur propension à se mettre en avant ? Et à finir premiers dans les goulags ?

Notre objectif facho recyclé historien des labos de Monaco en rajoute une louche bien lourdingue aussitôt : « Lénine avait lui-même un grand-père maternel juif, Alexandre Blank, mais à l’époque le fait n’était pas connu ». Mais alors pourquoi le préciser à cet endroit ? Pour conforter les amis lecteurs antisémites du FN ?

Chers lecteurs du blog, rassurez-vous je n’ai pas acheté ce pensum réac et haineux. Je l’ai emprunté à une bibliothèque municipale du PCF dont le PDG-maire laisse dépenser les deniers publics pour n’importe quoi, en tout cas pour un labo pharmaceutique et la mafia de la diffusion en librairie.

LES BLANCS ET LA CALOTTE RELEVENT LA TETE

Pour faire vendre n’importe quelle cochonnerie au popu il suffit de titrer « livre noir de… ». Un livre noir est comme une facture, une compilation de chiffres et de faits plus ou moins vérifiés. Après une série de livres blancs de la médecine ou de la sécurité sociale, on a connu une série de livres noirs pour tout public : livre noir de la répression, livre noir du communisme, de la psychanalyse, du colonialisme, etc. alors qu’il faudrait plein de livres noirs du capitalisme, de la précarité, de la solitude, du suicide, du mal-logement, etc. Pourquoi pas un livre noir de l’anarchisme, un livre noir du trotskysme, un livre noir du PS… Ne serait-ce pas un bon moyen de propagande ?

Avec le livre noir de la révolution française, rien de bien nouveau, vieux curés, artistos déchus, Neuneu de Vendée, Furet, tous les réacs n’ont cessé de vouloir couler la signification universelle de la révolution française. Des historiens honnêtes, spécialistes de cette révolution, comme Jean-Clément Martin, se sont émus du succès (10.000 ex.) de cette réapparition du Lazare aristo dégoulinant des miasmes du tombeau féodal.

Que les cathos intégristes récitent leur chapelet de haine inassouvie contre cette révolution qui les a enterrés définitivement peu nous chaut. Comme les Editions du Rocher, les Editions du Cerf puent.

Le milieu catho intégriste voile un passé très pétainiste (ils ont caché assez longtemps des Leguay et Cie). Que ce courant d’anciens fachos vienne tenter de confondre révolution française et antisémitisme relève du même tour de passe-passe que Venner – ils n’ont que foutre du sort des juifs – mais la révolution française les emmerde encore parce qu’elle a émancipé les juifs, grâce à mon aïeul (sans doute) l’abbé Jean-Baptiste Grégoire !

Ces anciens suppôt d’Hitler veulent assimiler la terreur en Vendée aux massacres de Pol Pot ! Pauvre nazes, c’est non seulement disproportionné mais faux historiquement ; le massacre en Vendée a été exagéré par les restaurateurs complice des bourgeois au pouvoir dès le début du XIXe siècle. Plus débile dans la falsification historique est l’affirmation que la révolution française aurait été responsable de 26 années de guerres dévastant l’Europe, passant à la trappe que c’est le roi et la reine qui ont voulu la guerre, et que les puissances européennes, déstabilisées par la grande révolution citoyenne, avaient entrepris (mais en vain dans l’immédiat) de l’écraser militairement.

Un ouvrage dirigé par un père dominicain ne peut être qu’hypocrite et falsificateur. Parmi une série de bigots inintéressants on trouve l’hyper réac. Chaunu, l’ex-stalinien adorateur de la démocratie bourgeoise Leroy-Ladurie, l’historien de pacotille à allure de Landru S.Courtois, ce pauvre Tulard superficiel et professoral.

Rien de très grave au fond, une compilation « bâclée », « jargonneuse », comme l’a écit Mona Ozouf, donc un prurit révisionniste de plus dans l’espoir de rendre encore plus incompréhensible la marche de l’histoire aux proles des exploités.

JB Grégoire


mercredi 5 mars 2008


PANNEAUX

ET PANOPLIE

ELECTORALE DEMOCRA-TOC MONDIALE


ELECTIONS A LA FRANCAISE… (L'image ci-contre représente les électeurs sortant des bureaux de vote)

On vit en plein carême électoral sur cette planète : orgies électorales américaines, russes, espagnoles, italiennes, etc. J’ai décrit dans l’article précédent (ci-dessous) en quoi les élections municipales à la française étaient fallacieuses et honteuses ; elles sont comparables aux élections sénatoriales ou des bourgeois cooptent d’autres bourgeois des appareils politiques pourris (on les nommes « grands électeurs » pour moquer plus encore les « petits » de l’isoloir qui imite si bien la cabine à confesse). Il suffit de lire le Canard Enchaîné pour voir confirmé que les votards sans dignité vont élire des truands (Balkany, Aeschlimann, et la plupart des maires de ville de plus de 50.000 habitants).
Une forte proportion de la classe ouvrière risque bien quand même d’être absente des urnes municipales pour cette fois-ci, même si les menteurs arrivistes de la secte LO (Arlette Laguiller) se sont faufilés pour engager les prolétaires à tomber dans un des panneaux électoraux ; voici un extrait de la prose électorale de ces cuistres qui se sont alliés pour l’heure avec les anciens exploiteurs en chef du PS :
« Quand bien même il y a souvent une différence entre la gestion municipale des partis de gauche et celle des partis de droite – dans l’effort consacré à la construction de logements sociaux, dans le choix des associations soutenues, dans les préoccupations sociales à l’égard des plus démunis, chômeurs, retraités, travailleurs immigrés –, les conseils municipaux n’ont évidemment pas la possibilité d’apporter des réponses aux problèmes essentiels de la classe ouvrière : chômage, montant des salaires et des retraites, organisation générale des services publics, sans même parler du pouvoir sans contrôle des groupes industriels et financiers qui, en décidant souverainement la fermeture d’une entreprise, décident du sort de toute une ville. Même si le mouvement communiste révolutionnaire était assez influent dans une ville pour obtenir la majorité de l’électorat et remporter la mairie, il ne pourrait, évidemment, pas changer la situation des travailleurs, et encore moins la marche de l’économie et de la société. »
Or, concernant la gestion municipale, non seulement tout changement proposé est du bidon, comme les cuistres ont le culot de le dire, mais droite et gauche c’est kif-kif : tu veux un logement, couche ou casse-toi ! Tu veux du boulot, le maire ne veut pas de toi comme salarié, dégage !

ELECTIONS A LA RUSSE….

Le président français Nicolas Sarkozy a «chaleureusement félicité» Dmitri Medvedev pour sa «victoire convaincante» à la présidentielle russe lundi lors d'une conversation téléphonique, ont annoncé les agences russes citant l'entourage de M. Poutine. Inutile d’épiloguer, menaces et bourrage des urnes sont ordinaires au pays de l’impérialisme russe relooké. Ce n’est pas pire au fond que le bourrage médiatique de mou en France des vieux électeurs, la canalisation du vote des vieux travailleurs immigrés par leurs bédouins religieux, la canalisation du mythique « devoir civique » des pauvres et des nunuches par le PCF, LO, Besancenot et Cie.

ELECTIONS A LA SAUCE AMERICAINE…

L’élection présidentielle américaine est ce charivari ridicule qui nous est exposé tous les autre ans. Après un tour de piste de carnaval, des « grands électeurs » (mafia des deux partis US) , le choix des candidats est déterminé dans chacun des États. Ce cinéma casse les oreilles des gens pendant environ un an. La campagne pour l'investiture implique l’établissement d’une série de meetings guignolesques, des déplacements et un bourrage médiatique comparable à une compétition sportive footballistique. Les candidats doivent recueillir auprès des entreprises et des mafias des fonds pour financer leur campagne mais ils doivent aussi s'assurer des banques en prévision de la véritable campagne qui est hors de prix.

Ces élections « primaires » se déroulent à partir de janvier et servent à chauffer l’ambiance sans aucun programme précis que l’exhibition des gesticulations et discours ampoulés des candidats. Au fur et à mesure que les résultats apparaissent, les candidats les moins côtés en bourse abandonnent la course et le candidat du parti est connu bien avant que la Convention n'officialise le fait. En attendant le jour du suffrage qui doit faire la joie des uns et le désespoir des autres, le mardi-gras électoral envahit toutes les scènes médiatiques. Les républicains et les démocrates, c’est-à-dire les protestants et les catholiques font de somptueuses parades publiques avec accompagnement de banderoles, de torches et de lanternes, de trompettes et de tambours, de pétards et de fusées, solennel et burlesque étalage de bruit, de fumée et d’artifices qui, dans les jours gras électoraux, précède toujours l’immolation de la bête, peuple-électeur, bœuf-prolétariat, dont l’urne est l’abattoir et la Maison-Blanche la cheminée des rôtis, où, le trouvant cuit à point et la fourchette sur le dos, les héros du scrutin, les hôtes et convives sacrificateurs en découpent chacun une tranche.

Depuis la guerre, la plupart des discoureurs entonnent les mêmes refrains : “ this country is back and so is my campaign” ou bien “this is just the beginning”. Le « victory speech » appelle du fond du coeur le prolétariat-peuple, à rôtir, avec cette émotion qui évoque le soutient anonyme de tant de sans-grades, de pue-la-sueur inconnus, enfin en référence à ceux qui « restent invisibles » aux yeux du pouvoir « indigne ». Seule nouveauté pour la cuvée 2008, une femme (blanche) et un noir (jeune) sont en lice contre un vieux républicain, ancien du Vietnam. Le contenu de leur programme est aussi creux que les ballons qui décorent les salles de carnaval des « primaires ». La bourgeoisie américaine amuse les masses avec des guignols pour passer le temps. Plus sérieusement, le combat de l’ombre vise à assurer la continuité de Bush :

- soit en calmant pour une poignée d’années l’agressivité impérialiste US face à une population hostile à la guerre et aux privations, sous l’égide d’un élu « démocrate » qui assurera comme Clinton le mâle, toute nécessaire « intervention extérieure », mais ponctuellement ;

- soit en faisant élire un républicain va-t-en guerre, par nécessité économique et géostratégique, mais sans garantie qu’il n’ai plus d’efficacité que Bush le menteur.


Après avoir fait risette au bon peuple et au bon prolétariat, les candidats seront donc départagés par des "superdélégués", bonzes des partis équivalents aux grands électeurs du Moyen âge. Obama et Clinton se disputent le privilège d'affronter McCain, devenu mardi le candidat présomptif du Parti républicain. Si la mère Clinton brame aux femmes « this is just the beginning », Obama pérore « The world is watching us », comme s’il était dépositaire d’un changement d’image radical de l’Amérique en cas de victoire de lui-même, en tant que bourgeois noir blanchi.

Une fois le spectacle terminé, en France, en Russie et en Amérique, on rangera les panneaux électoraux et le long fleuve tranquille de l’exploitation du prolétariat n’aura pas connu une ride à sa surface.