qui rate son objet, relève de l'eschatologie et se moque du prolétariat
À la mémoire de Yanar Mohammed (assassinée par l'islam politique)
Dès qu'il se produit un événement grave je me précipite sur le web pour chercher la prise de position des groupes que je considère comme les plus sérieux parmi lesquels le CCI ; celui-ci tarde souvent à afficher son analyse des faits, mais cette fois-ci, le 1er mars il a fait l'effort de fournir, aussi vite que moi, une prise de position immédiate sur la guerre en Iran, inattendue par tous les spécialistes et les mollahs eux-mêmes (en même temps que moi donc, sauf que, comme Mirabeau, je suis un parti à moi tout seul, qui prend position immédiatement en général du point de vue de classe, bien que je ne sois qu'un influenceur au petit pied).
Déception totale ! Le titre est consternant : « le capitalisme c'est la guerre, il faut renverser le capitalisme ». Non pas que je sois en désaccord avec le propos, mais c'est le même titre et la même dernière phrase de tous leurs articles ; ce pourquoi ils ont perdu de nombreux lecteurs. Reste permanente, comme fond argumentaire, une vision catastrophique de la situation mondiale. Une vision pour tout dire eschalotologique, finalement apolitique. On déplore des centaines de morts comme argumentaire de base ; et alors ? Et votre révolution elle aura « zéro mort » ?
Le contenu est un radotage permanent, on trouve 8 fois le mot chaos : « une plongée vertigineuse dans la barbarie et le chaos » ; « le Moyen-Orient plonge dans un chaos guerrier d’une ampleur inédite » ; « Une expression de la barbarie du capitalisme » ; « un capitalisme qui plonge inéluctablement l’humanité dans un chaos guerrier généralisé » ; « Partout, le chaos règne » ; « La classe ouvrière n’a pas à choisir de camps » ; « Face à la barbarie du capitalisme, une seule issue : l’internationalisme prolétarien ».
UNE INCAPACITE A PRODUIRE UNE ANALYSE DIALECTIQUE
Leur raisonnement demeure étroitement binaire, il y a la bourgeoisie et le prolétariat, le capitalisme et la révolution. Lorsque le prolétariat est évoqué il n'existe pas dans la géopolitique, ou accessoirement comme gréviste ; gréviste ne s'élevant à une conscience de classe révolutionnaire qu'à partir de la hausse des salaires. Cela relève du dualisme comme le bien et le mal. La joie des masses partout de la mort du dictateur papy Khamenei est méprisable...
Je vous avais déjà signalé, comme lors de leur dernière réunion publique à Paris, cette infamie – « les révoltes sont de pièges de la bourgeoisie – le CCI vient de nous en sortir une autre, qui résume bien un raisonnement binaire de secte hors de la réalité : « les guerres ne sont que des affrontements entre bourgeoisies rivales »1.
Avec cette affirmation généraliste, vous êtes assis sur un pylone à vingt mètres de haut et vous nêtes capable que de voir les mouettes voler et pialler, sans entendre le coassement des grenouilles plus bas. Non les guerres ne sont pas simplement des affrontements entre bourgeoisies rivales, formulation qui relève de la phase anarchiste ou pacifiste à la LFI ou NPA. Je ne vais pas développer ici longuement ; tout comme les guerres ne sont pas mises en cause généralement par les grèves corporatives2. Les guerres relèvent de situations politiques, sociales et historiques ; elles ne sont pas toutes de même nature : locales, régionales, nationales, impérialistes, courtes, longues, rationnelles, irrationnelles, justifiables, injustifiables, etc.
Contrairement à ce qui suinte de leur démonstration, à peu près comme leur fraction concurrente, toute guerre actuelle est un prolégomène à la prochaine guerre mondiale. Or la guerre actuelle en Iran n'est ni une guerre régionale ni une guerre en alliés des deux côtés opposés. L'Iran de l'Etat théocratique est seul. La Russie et la Chine n'ont jamais été ses alliés, tout au plus des relations commerciales. La Russie est trop occupée à produire ses armements pour les envoyer au front ukrainien pour en réserver aux mollah. La Chine n'intervient pratiquement à l'extérieur depuis des siècles, sauf avec ses ambitions pour Taïwan.
Il n'y a pas de chaos régional entre différents nationalismes. La plupart des monarchies pétrolières, y inclus l'Arabie Saoudite et Israël, font front commun contre le régime politique islamiste assassin ; celui-ci donne d'ailleurs des armes pour s'enfoncer dans son isolement, en bombardant tout le monde (= crise du triumvirat dont le président a déclaré, en colère contre cette dispersion imbécile ; « on ne contrôle plus rien »). Confirmant l'affaiblissement du régime terroriste qui ne va pas tarder à s'effondrer sous peu.
Le principal facteur de chaos régional reste l'Iran théocratique, dont les proxys (satellites selon ce terme à la mode des journalistes) sont soit eux aussi très affaiblis depuis juin 2025, soit menace secondaire face à la ruée israélienne contre un Liban victime collatérale. L'Iran théocratique est devenu une puissance régionale destabilisatrice au niveau mondial depuis 1979 avec cette volonté acharnée de détenir l'arme nucléaire. Malgré les sanctions internationales et les attaques des forces occidentales coalisées, elle a développé une stratégie terroriste du type de Daech jusqu'au hamas, combattant par ses méthodes terroristes ses agresseurs déguisés, chez eux contre leurs civils ; par exemple les attentats en France ont été provoqués par la découverte que les avions français qui bombardaient l'Iran à l'époque étaient pilotés par desaviateurs...français.
Cela n'élimine pas le fait que la plupart des puissances importantes utilisent aussi des méthodes terroristes, mais pour une propagande mondiale, et comme principale justification des deux belligérants alliés, USA et Israël (plus ou moins d'accord sur la finalité) les méfaits passés et surtout les dizaines de milliers d'assassinés début janvier, servent de faire valoir à leur gigantesque armada.
Je ne me prononce pas ici sur les hypothèses diverses pour les échéances impérialistes de cette guerre. Mon propos est de mettre en évidence qu'elle n'est pas une simple guerre entre rivaux capitalistes profiteurs et corrompus. D'autant qu'elle soulève indignation et espoirs dans le monde entier. D'autant qu'on ne peut rester indifférent face à l'élimination des pires salauds : croyez-vous que nos pères de la gauche communiste maximaliste en 1945 déplorait le jugement de Nuremberg ?
LE POIDS DE L'OPINION PUBLIQUE MONDIALE ET DU PROLETARIAT
Alors que nos amis du CCI plaide pour un lent réveil gréviste de la classe ouvrière qui ne serait capable de combattre la guerre qui via ses revendications salariales (encore un ajout au bêtisier du CCI)3, partout la guerre pose des questions politiques : oui les capitalistes en sont responsables mais comment en sortir, n'est-elle pas quand même utile provisoirement pour éliminer des salauds, quelles perspectives et solutions pour une socité aux d'autres guerres sont plus injustifiées encore... Contrairement aux craintes de camarades iraniens il y a peu, les salauds de mollahs n'ont pas réussi à réveiller le nationalisme et ce depuis la guerre des douze jours, car, excédée par les massacres récurrents, la population iranienne (et les ouvriers) préfèrerait même être délestée de ces salauds par le diable, et même avec un roitelet transitoire.
Deux facteurs vienent faire voler en éclat la vision simpliste binaire, eschatologique et chaotique : les opposants pacifistes de tout acabit aux Etats Unis et une population iranienne voulant absolument faire chuter la république islamique., et surtout, revendication totalement révolutionnaire, séparer l'Etat de l'islam terroriste. (tout cela ne préoccupe pas notre secte maximaliste, car le système quoi qu'il arrive restera capitaliste...)
Cette guerre a un fil à la patte. Elle ne coule pas de source. Trump a eu du mal à s'y résoudre, pas seulement à cause des mises en garde du Pentagone, ni à cause des grèves corporatives des ouvriers américains, mais parce que « l'opinion » (vocable généralement méprisé), qui comprend les oppositions diverses, les sondages et les basses classes qui se souviennent de l'humiliation de 1979 et de la guerre du Vietnam ont produit la théorie du « zéro-mort » (ignorée du CCI dans sa tour d'ivoire dualiste). Chaque jour, les médias se sentent obligés de souligner que Trump a pris des risques (et surtout vis à vis des midterms de juin). Ce qu'on caractérise comme une conduite erratique n'est en vérité que zig-zags pour endormir le prolétariat. Il est vrai que Trump se fiche de la population iranienne, mais en cela il heurte la population mondiale et une partie de ses maga, au point que tout le monde se range derrière l'armée israélienne : oui le moins pire c'est surtout de démolir ce régime nazi. Il y a déjà des désertions, des marins ont sympathisé avec les soldats américains et israéliens ; 1500 gardiens de la réaction ont été zigouillés, oui on n'est pas obligé de comparer avec le bordel en Irak...
Le régime théocratique est foutu et c'est cela qui nous intéresse, pas les radotages du CCI. Oui on espère et on sait que seule une décomposition de l'armée (mal payée, paupérisée), comme au Portugal en 1975 – même si elle n'ouvre pas la voie immédiate à la grande révolution finale - peut seule permettre l'armement de la population, ce que rejette résolument le clown Trump. Une guerre civile par après ? Tant pis. Il n'y a que Trump pour oser proposer de pardonner aux collabos islamistes criminels. Oui il faut d'abord se placer dans la peau des iraniens pour raisonner politique et pas jouer au donneur de leçon abstrait de la réalité violente, intolérable, désespérante . Il valait mieux ne rien faire, rester chez soi, ne pas souhaiter cette intervention militaire, certes impérialiste, mais pas inutile et intérressante sauf pour les désespérés désespérants qui nous promettent comme les curés la paix dans l'éternité.4
Le gréviculteur méprise au fond la classe ouvrière. Il reste léniniste, la conscience de classe (la conscience de la guerre capitaliste) doit être apportée de l'extérieur, voir il faut expliquer à l'ouvrier que sa grève est anti-guerre et en solidarité avec les masses bombardées en Iran, Israël, etc. Et il n'hésite pas à finir avec ce vieux mensonge déconcertant :« Pour mettre fin aux guerres, il faut renverser le capitalisme ! L’histoire a montré que la classe ouvrière est la seule force qui peut mettre fin à la guerre capitaliste. C’est la force du prolétariat révolutionnaire qui a mis fin à la Première Guerre mondiale, en 1917 en Russie et en 1918 en Allemagne ! Ces mouvements révolutionnaires ont été capables d’imposer l’armistice aux gouvernements ».
Le prolétariat, mais aussi les femmes et les paysans, n'ont pas mis fin à la Première Guerre mondiale, c'est la bourgeoisie qui n'a eu que ce seul moyen pour faire cesser la vague révolutionnaire et son armistice fût un foutage de gueule pour le prolétariat pour lui permettre vingt ans plus tard de recommencer. Pourtant c'est du chaos militaire qu'est issue une certainr révolution d'Octobre.
Enfin, le plus important pour la période à venir sera de se pencher sur une onde de choc géopolitique aussi importante que la chute du mur de Berlin, voire plus si le prolétariat est amené à s'en mêler.
NOTES
1 La suite est encore plus navrante : « Dans ces conflits toujours plus nombreux, ce sont toujours les exploités qui sont pris en otage et qui se sacrifient pour les intérêts de ceux qui les oppriment et les tuent ! ». Le « toujours » reflète bien l'inertie de leur analyse par rapport à ce que signifie mondialement le rébus iranien et les questions posées à la population et au prolétariat.
2« Comme nous l’avons montré dans de nombreux articles, depuis 2022, nous assistons à un véritable réveil de la combativité ouvrière à l’échelle mondiale. En refusant les sacrifices imposés par l’économie de guerre, les travailleurs manifestent une solidarité concrète envers leurs frères de classe piégés sous les bombes ».
3« En refusant les sacrifices imposés par l’économie de guerre, les travailleurs (grévistes) manifestent une solidarité concrète envers leurs frères de classe piégés sous les bombes ». Le raccourci vaut son pesant de cacahuètes, comme ceux sur la révolte et les guerres entre bourgeois seuls. Avec une telle saillie, le prolétariat, eschatologique, est la bonne mère de toutes les révoltes, antiracistes, féministes, écologiques, et. La secte rivale, GIGC, est aussi délirante sur la dualité simpliste bourgeoisie/prolétariat ; après s'être indignée pour Maduro, comme le CCI, elle ne comprend rien au populisme de Trump : « Mais pour aujourd’hui défendre ses intérêts impérialistes au niveau requis par la situation, la bourgeoisie américaine va devoir aussi redoubler ses attaques contre son propre prolétariat. Il en va inévitablement de même pour les autres rivaux impérialistes. Ils doivent attaquer leur propre classe ouvrière s’ils veulent pouvoir avoir ne serait-ce qu’un strapontin à la table de jeu ». C'est le même gréviculteur croyant pouvoi expliquer à l'ouvrier qu'il est contre la guerre dès qu'il mène une grève économique ; or dans plusieurs secteurs importants Trump garanti de bons salaires, sinon comment mobiliser sérieusement ?
4 « Au contraire, le désordre mondial va franchir un nouveau palier dans la barbarie ! Car contrairement à ce qu’affirme Trump, l’hypothétique effondrement du régime, loin d’apporter la stabilité, ne sera que le prélude à une nouvelle plongée dans l’horreur : un Iran instable et morcelé par des factions rivales et surarmées, l’éclosion de groupes terroristes incontrôlables, une spirale sans fin de vengeances claniques, religieuses ou ethniques, des populations terrorisées cherchant par tous les moyens à s’enfuir… Quoi qu’il arrive, le chaos va s’accroître considérablement ! »

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