"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

jeudi 2 mai 2024

UN PREMIER MAI TOUJOURS AUSSI FOLKLORIQUE


« Con peut-être, vieux jamais ! »

Marc Chirik


Dieu qu'il y a belle lurette que le 1er mai n'est plus une commémoration prolétarienne, mais simple défilé carnavalesque croquignolesque u n'importe qui et n'importe quoi défile avec tambours et divers déguisements, drapeaux et ballons. Plus une occasion de se montrer que l'ancienne fête internationale des travailleurs que fût cette journée chômée en lien avec tradition et souvenir.

L'historienne Danielle Tartakowsky a bien fait de dénoncer la provocation de Macron qualifiant, à la manière pétainiste, le 1er mai comme « fête du travail ». Franchement il n'y a pas de quoi fêter le travail dans les conditions du capitalisme ! On pense généralement au massacre de Fourmies le 1er mai 1891, or l'idée de cette journée chômée a démarré initialement aux USA, 1889 en France, un congrès reprend l'idée avec la revendication de la journée de 8heures. La journée sera conçue comme un chant d'espoir des classes ouvrières internationales avec une histoire commune. Le massacre de Fourmies deux ans plus tard. L'ouvrier rattacheur (filature de coton) Kléber Gilotaux crie : « Vive la grève ! Vive l'armée ! ». Les soldats tirent, le tuent ainsi que 9 autres ouvriers et ouvrières. L'aubépine, que portait la jeune Emilie Blondeau, 18 ans, tuée elle aussi, en deviendra le symbole, puis l'Eglantine rouge, jamais le muguet. Lequel est instauré par Pétain en 1941 et son petit fils Macron !

Il serait cependant erroné de penser qu'il ne sert à rien de se rendre aux manifestations hétérogènes de cette journée où la symbolique de classe est noyée sous un fatras de revendications corporatistes, gauchistes, nationalistes tiers-mondistes avec au programme les exactions coutumières contre vitrines et abribus des éternels anarchistes excités portant parapluies et revêtus de noir...pour être plus visibles par les CRS , tout en se fondant opportunément dans la foule des manifestants pacifiques, après avoir récupéré dans des caches le long du parcours ces sacs à dos contenant pétards de carnaval et fumigènes.

Une constante demeure comme dans la plupart des défilés depuis 40 ans au moins : le plus gros de la manif est devant, et non pas derrière. A cela plusieurs raisons. La première est bien sûr la perte de crédibilité des syndicats et partis de la gauche bourgeoise. La deuxième est, plus prosaïque et compréhensible : la solitude de masse. Paris en particulier est une ville de solitaires1. Rentrés du travail les nombreux célibataires limitent cette solitude en étant accrocs au portable aliénant. Peu d'occasions de fêtes collectives et de lieux de rencontre hormis des sites payants et décevants. Cet aspect m'est apparu flagrant cette fois-ci encore malgré des groupes d'amis et des vieux couples.

Défiler permet aussi de discuter voire se solidariser face aux charges des CRS.

Accompagné par mon neveu de 15 ans fasciné par les manifestations, j'ai ainsi pu causer avec un vieux routard qui avait assisté à un meeting devant le grand Charles, vécu Charonne et les ratonnades de 1961, puis avait été leader étudiant en 1968. Toujours vivace à près de 80 piges, il m'assura n'avoir jamais lancé un pavé contre les CRS.

Le gamin qui m'accompagnait était toujours en chasse du cordon BBR des députés. Dès qu'il en voyait un, il l'interpellait : bonjour, très honoré de parler avec un représentant du peuple, mais qu'est-ce que vous proposez pour changer le monde effrayant dans lequel on vit ? Et, en plus cruel : est-ce que vous servez à quelque chose ?

L'entame et le physique d'ange déstabilisait presque à tous les coups l'auguste « élu de la nation » ! Le gamin tenait sous sa veste un mini enregistreur pour balancer ensuite sur les réseaux sociaux où il est expert.

Puis je tombe sur les jeunes militants du CCI. L'un des plus brillants me serre la main, je lui dis alors :

  • tu serres la main à un policier ?

  • On ne t'as jamais traité de policier, mais il faut te rendre compte quand tu rends service au camp d'en face, même avec un ton rigolard.

  • OK mais tu sais depuis quarante ans au moins toutes nos photos sont à la Préfecture !

  • Oui mais ce n'est pas une raison pour leur donner des informations.

  • Je peux dire des conneries, mais qui peuvent vous renvoyer des lecteurs pour voir si vous êtes plus sérieux. (il rit)

Nouvelle poignée de mains après qu'on se soit souhaité « bonne manif ».

Le déroulement de la manifestation si on l'observe bien est planifié comme une cour d'école, dans une enceinte donc où l'on peut laisser les enfants s'agiter et s'ébattre.Personne n'en parle mais depuis des années la technique de gestion des masses de manifestants est assez performante. On n'est pas en Turquie, en Russie ou en Amérique du sud. Fini le troupeau de CRS qui fonçait dans le tas en tapant sur n'importe qui. Cela peut se produire, il y a des tarés même chez les CRS. obligé d'agir en catimini car le gros des troupes a pour consigne la retenue sauf pour les encagoulés. Lors d'une manif des gilets jaunes, longeant un cordon de CRS j'avais pris un coup sans crier gare.

Deux rangées des chevaliers de l'ordre précèdent et rythment la manifestation, la freinant si elle devient trop agitée. Des carrés sont situés aux carrefours prêts à bondir non sur l'ensemble des manifestants. Les rues adjacentes sont barrées par leurs camions. Les blacs déblocs deviennent de plus en plus nombreux au cours du défilé. Très mobiles ces bobos anars, voire fils de policiers, échappent en grande partie aux charges policières. Si l'un d'eux se fait alpaguer, la foule crie et siffle. Mais reste sidérée et lâche lorsque ces zozos cassent les vitrine ou font exploser un abribus.

Si vous restez devant un mur derrière un cordon de CRS vous pouvez recevoir une bouteille ou un pavé vu que vous n'êtes pas harnaché comme les gladiateurs de la police. On dirait en effet que le Préfet les a disposés comme des légions romaines. Ne pas se trouver entre eux et les bobos cagoulés.

Les insultes aux légions de CRS étaient rares selon ma perception, ainsi que le pathétique « tout le monde déteste la police ». J'ai vu à plusieurs reprises des scènes (qu'abhorrent les chefs policiers) de manifestants plaisantant avec des CRS, lesquels sont aussi devenus un miroir de la société où l'on voit côte à côte hommes grands et petits (jadis les petits n'étaient pas embauchés), femmes, noirs et probablement homosexuels et transgenres. Nous-mêmes nous restions corrects lorsqu'on leur demandait de nous laisser passer, même avec un petit mot pour rire.

Puis nous allons assister peu avant le terme place de la nation à une scène surréaliste et confondante pour n'importe quel petit gauchiste anti-flic primaire. Le cordon de CRS qui marchait à reculons s'est vu coller par trois hommes dont portant casquette jaune, et interpellé sur une dizaine de mètres. C'est mon gamin qui a entendu l'essentiel d'une algarade plutôt fraternelle 

« Vous n'êtes pas obligés d'obéir à des ordres...vous obéissez à des ordres illégitimes... rejoignez nous... vous nous arrêtez pour rien... rejoignez le peuple ! »

Je m'étais approché de prés. On voyait les visages rougis des jeunes CRS sous leur casque, tenus à ne pas répondre mais visiblement gênés face à tant d'empressement...fraternel.

Je mis cela sur l'ambiance très anti-guerre qui marquait tout de même ce carnaval hétéroclite. Ce qui


dominait n'était pas le ronron corporatif minable, ni des appels à voter à gauche mais surtout les massacres à Gaza et la conscience que la bourgeoisie veut aller à la guerre mondiale. Certains tracts gauchistes m'ont interloqué. Celui notamment d'une Union prolétarienne marxiste-léniniste », dont le seul nom me fait décamper. Leur tract : « Prolétaire debout ! 1Er mai : contre les guerres, et l'économie de guerre ! Pour le socialisme véritable ! - excepté l'invocation fumeuse des « peuples opprimés » aurait pu être écrit par le CCI. Superbe dénonciation de la guerre, hélas foutue en l'air par leur banderole avec Staline et Mao. Ce qui contribue à renforcer l'intense propagande bourgeoise qui radote que le communisme est mort...alors qu'il n'a jamais existé !

Le BIR-KAR (?) fait aussi une bonne dénonciation de la guerre capitaliste mais cet appel « aux frères et sœurs travailleur.se.s et ouvrier.ère.s » ne semble pas très...catholique ! Ni marxiste. Entre sans-papiers et nationalistes palestiniens le NPA est toujours plus ridicule. LO tout à la promo de sa fête ne semble disposer que d'un Ehpad de distributeurs du prospectus. Des vieillards trotskiens, couverts de badges de la poitrine aux genoux comme au temps de leur jeunesse en trotskisme, font pitié dans leur piété néo-stalinienne. Les trotskiens les plus cons, filière lambertiste, restent des quêteurs hargneux pour le milieu enseignant et les fonctionnaires : « les milliards de la guerre pour l'école et les services publics ». La gauche alternative bobo-écolo « ensemble » plaide sans rire « pour un travail épanouissant » ... »pour de nouveaux jours heureux » ! Les chauvins kanaques eux veulent « en finir avec le temps des colonies », et on s'en branle.

J'en termine avec cette anecdote. Je suis assis sur un banc au milieu de la foule au cœur de la place de la nation. Soudain un jeune homme au nez busqué s'assied à côté de moi :

  • salut l'ancien !

  • Salut petit con !

Si on m'appelle le vieux ou l'ancien, je sors les crocs. Je m'attendais à de la tension mais je ne sais par quel biais la discussion a commencé ou plutôt si. Le jeune a dit que ce serait bien qu'on marche tous vers le même but car aujourd'hui on es des milliers.

  • pas d'accord avec toi, répondis-je, qui sont les participants à ce truc hétéroclite ? Des étudiants embrigadés dans diverses sectes, des bourgeoises féministes, des maoïstes, des nationalistes proches du Hamas, des péquenots gilets jaunes ? Franchement je ne vois que la classe ouvrière comme conscience capable de se fixer l'abolition du capitalisme ! Mas tu es de quelle origine ?

  • Kurde.

  • Bi-national ?

  • Oui.

  • Qu'est-ce que tu penses de la guerre à Gaza, l'Etat hébreu est criminel ?

  • Non l'Etat d'Israel n'existe pas c'est les américains qui commandent.

  • D'accord mais cela n'empêche pas les conflits d'intérêt entre grands et petits impérialismes.

Puis le visage du jeune homme (27ans) s'illumine :


  • mais tu parles comme mon père ! C'est du marxisme ! Mon père était marxiste-léniniste (je tique) et il y en a marre de tous ces gens qui placent sur le même plan Staline et Hitler (je retique).

  • Je ne pense pas que j'ai le même marxisme que ton père mais il faisait quand même référence à la lutte de la classe ouvrière. Je suis d'accord qu'on ne peut mettre sur le même plan Hitler e Staline, d'ailleurs au-delà de ces individus il y a une classe dominante qui était derrière eux et qui « les dictait ». Staline indépendamment de ses crimes a servi à prouver que le socialisme dans un seul pays était de la foutaise.

Le jeune kurde m'approuve alors avec une lueur d'admiration. Il déplore ensuite la mise en sourdine de la classe ouvrière, et la désindustrialisation...c'est fichu la révolution :

  • les partis d'extrême gauche servent à ridiculiser le communisme, le plus ridicule est le PCF qui a tant menti et qui fait croire qu'il peut se renouveler...

  • non c'est pas fichu et pour deux raisons que je suis plutôt seul à mettre en avant. Une ce n'est pas par les grèves ou des revendications que la révolution viendra mais face à des questions politiques de première importance comme en 17...la révolte des femmes contre la guerre

  • oui oui et elles ont traversé le fleuve glacé contre la guerre...et pour le pain ;

  • Deuxième raison, la désindustralisation ne supprime pas le prolétariat. En le disséminant en de multiples petits entreprises, il se retrouve comme au 19ème siècle, incontrôlable comparé aux soumis de l'aristocratie ouvrière des planqués du public. Sa lutte future ne sera pas l'enfermement dans l'usine mais la rue. Aujourd'hui rien à craindre de cette masse moutonnière qui aura manifesté sans but autre que pier drapeaux et banderoles et se disperser vers les bistrots environnant pour boire à la santé de Macron et sa « fête du travail »...faites du travail pas la révolution. Un exemple récent, certes confus et petits bourgeois reste la marche des gilets jaunes vers l'Elysée. Une manif spontanée et ébouriffante non programmée pour se dissoudre ni réclamer de fumeuses augmentations de salaire ou plus d'élections « démocratoques »

Le jeune kurde devant retourner voir ses camarades, on se lève et je lui dis ma reconnaissance pour cet échange. Il regarde mon gamin et lui dit :

- toi, écoute bien ce qu'il dit.

Enfin je pestais contre mon inanité. Perdue cette réflexion et cette capacité critique du jeune kurde. Je n'allais pas échanger un numéro de téléphone. Je ne suis pas un parti. Et je me suis dit : merde tu aurais pu au moins lui donner les coordonnées du CCI !

Le mot peuple étant exagérément présent dans cette manif et dans la bouche de mes jeunes amis, j'en profite pour vous resservir ce texte lumineux que j'avais reproduit ici en janvier dernier.


LE PEUPLE CHEZ MARX ENTRE PROLETARIAT ET NATION

par Isabelle Caro

L'intérêt du texte suivant de cette philosophe marxiste n'échappera pas à tous ceux qui, dans le courant maximaliste se méfient des simplismes. La notion de peuple est devenue un foutoir pour quantité de faux révolutionnaires et nationalistes avérés, mais elle ne peut être niée dans le monde capitaliste actuel si on prend soin de la relier à une émancipation par le prolétariat de toutes les classes non-exploiteuses, ou même de ces « couches moyennes » dont on nous rebat les oreilles. La philosophe ne développe pas sur les libérations nationales de nos jours ; on espère qu'elle n'a pas la vision trotskiste arriérée que celles du milieu et de la fin du vingtième siècle serait comparable à celle de l'Irlande. Face à l'extermination du peuple gazaoui par l'armée sale de l'Etat bourgeois israélien avec le plein soutien de l'impérialisme gangster US, toute une frange des protestataires sectaires dans le monde, des fascistes wokistes des universités américaines à nos petits rigolos de LFI, NPA et tutti quanti, la revendication d'un mini Etat palestinien est proprement ridicule et irréalisable. En outre elle ne peut impliquer une émancipation ni du prolétariat ni des « peuples opprimés », mais une prolongement de la duperie bourgeoise d'une quelconque « émancipation démocratique » ou favorisant la création du prolétariat comme au XIX ème siècle.

En tout cas pour l'essentiel le texte qui suit rend encore plus vivante la notion de prolétariat. Il a été publié sur le site CONTRETEMPS https://www.contretemps.eu/le-peuple-chez-marx-entre-proletariat-et-nation/


La question du peuple chez Marx est une question complexe, en dépit des thèses tranchées qu’on lui prête volontiers sur ce sujet. Au premier abord en effet, on a tendance à penser que Marx construit la catégorie politique de prolétariat précisément contre la notion classique de peuple, trop englobante et surtout trop homogénéisante, qui gomme les conflits de classe. En ce sens, la notion de peuple serait illusoire, voire dangereusement illusionnante lorsqu’elle est politiquement instrumentalisée.

Pourtant, si Marx se défie bien de toute conception organique du peuple, il reprend le terme à plusieurs occasions et, en particulier, pour penser les luttes nationales de son temps, lorsqu’elles visent à conquérir l’indépendance contre des puissances colonisatrices. Il l’utilise également pour désigner les spécificités nationales, qui caractérisent les rapports de force sociaux et politiques toujours singuliers et que, selon lui, il faut toujours analyser dans un tel cadre national. Enfin, le terme de peuple désigne un certain type d’alliance de classes dans le cadre de conflits sociaux et politiques de grande ampleur.

Lors de ces trois usages, le terme de « peuple » n’est jamais détaché par Marx de tout clivage social, bien au contraire. Il faut rappeler qu’il est, chez lui, directement hérité de la Révolution française et des œuvres politiques qui l’encadrent, de Rousseau jusqu’à Babeuf et Buonarroti : selon cette tradition, le terme de peuple désigne les groupes sociaux opposés à l’aristocratie, et il n’est pas le substantif indifférenciant que des usages postérieurs valoriseront.

Je voudrais aborder ici successivement ces différents usages marxiens, en les confrontant à la question du prolétariat, que Marx élabore parallèlement. Au cours de cette élaboration, et surtout à partir de la fin des années 1850, Marx va s’intéresser de façon précise aux luttes d’émancipation et à la colonisation, en Inde et en Chine, s’engageant activement dans le soutien à l’Irlande et à la Pologne, tout particulièrement.

 

I. Peuple et prolétariat, des concepts antagonistes ?

Il faut rappeler que l’apparition de la notion de prolétariat est ancienne. Dès l’origine, elle désigne non le peuple mais une fraction du peuple, fraction caractérisée par sa situation sociale. Cette situation peut-être définie de deux façons distinctes : soit comme dénuement et pauvreté ; soit comme situation d’exploitation et de domination, si l’on analyse un mode de production et donc une fonction sociale active, non pas seulement un statut économique subalterne. On peut dire, schématiquement, qu’avec Marx, le terme va transiter irréversiblement de son premier vers son second sens.

Reprenons rapidement cette histoire : dans le droit romain, les prolétaires, du latin « proles », « lignée », constituent la dernière classe des citoyens, dépourvus de toute propriété et considérés comme utiles seulement par leur descendance. C’est à ce titre qu’ils sont exemptés d’impôts. Repris dans le moyen français, le terme connaît un fort regain d’intérêt au XIXe alors que se développe la critique sociale, politique et économique du monde industriel naissant.

Dans ce contexte, le substantif « prolétariat » apparaît en 1832 pour désigner l’ensemble des travailleurs pauvres, dont la misère est perçue comme le résultat de l’égoïsme des classes dirigeantes. C’est la thèse défendue par celui qui est premier à l’utiliser, Antoine Vidal, dans le premier journal ouvrier de France, L’écho de la fabrique1. Et c’est en référence directe à la révolte des canuts lyonnais de 1831 qu’il invente le terme en 1832. Pour Vidal, la « classe prolétaire » est à la fois la plus utile à la société et la plus méprisée. Il est frappant qu’il revendique aussitôt qu’elle soit « quelque chose », reprenant ainsi les mots et la thématique de Sieyès, dans Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? (1789), tout en redécoupant les frontières sociales d’une classe populaire qui ne coïncide plus avec les contours juridiques du tiers-état d’Ancien régime.

Dans un second temps, le terme se trouve transposé en allemand en 1842 par l’économiste Lorenz von Stein qui étudie les courants socialistes, notamment français, tout en étant hostile au communisme. Puis il est repris par le Jeune Hégélien Moses Hess, alors proche d’Engels et de Marx, tous trois revendiquant leur adhésion au communisme. On le rencontre dès 1843 sous la plume de Marx, chez qui il acquiert un sens nouveau et une importance théorique centrale. Sa redéfinition marxienne s’élabore en trois étapes.

1/ D’abord, le terme apparaît fin 1843, au terme de la critique engagée par le jeune Marx concernant la philosophie hégélienne du droit. Dans la préface qu’il rédige pour le manuscrit de Kreuznach, qui engage la critique de la conception hégélienne de l’Etat, il désigne le sujet social enfin identifié de l’émancipation générale de la société civile moderne. Le prolétariat, parce qu’il est cette classe qui « subit l’injustice tout court », ne peut viser qu’ « une reconquête totale de l’homme »2.

2/ Dans L’Idéologie allemande (1845) puis dans le Manifeste du Parti communiste (1848), Marx et Engels affirment le rôle historique moteur des luttes de classe et ils définissent l’antagonisme moderne qui oppose le prolétariat et la bourgeoisie. Ils précisent ainsi une analyse d’abord engagée par Engels dans son étude de la Situation de la classe laborieuse en Angleterre. Le prolétariat se définit par sa place au sein d’un mode de production et des rapports sociaux qui lui correspondent. Il est à la fois la classe qui produit les richesses sans posséder de moyens de production, et celle qui est appelée, de ce fait même, à la transformation radicale du capitalisme.

3/ Enfin, dans le Capital et dans le vaste ensemble des manuscrits préparatoires, la découverte de la survaleur et de son origine : la fraction de temps de travail non payé que s’approprie le capitaliste, permet à Marx de préciser cette notion et d’en exposer la dimension dialectique. Le prolétariat n’est pas avant tout pauvre, il est dépossédé de la richesse sociale qu’il crée. Par suite, son unité et son identité de classe se construisent en contradiction avec le caractère privé de l’appropriation bourgeoise et visent le communisme. Mais, d’un autre côté, le prolétariat subit aussi une concurrence vive entre ses membres, concurrence entretenue par la classe capitaliste et qui fait puissamment obstacle à sa prise de conscience unitaire et à son rôle révolutionnaire.

Le prolétariat au sens marxien est une notion qui se veut socialement descriptive mais qui présente toujours en même temps une dimension politique et philosophique constitutive. Je voudrais insister principalement sur le premier moment de cette construction.

En effet, dès l’Introduction de la contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, rédigée à partir de la fin 1843, Marx développe sa thèse concernant le rôle historique du prolétariat moderne, et plus particulièrement du prolétariat allemand. Or, loin de proposer de substituer le prolétariat au peuple, on y rencontre précisément la mise en relation dialectique des notions de prolétariat et de peuple. D’une part, Marx distingue deux histoires nationales et deux scénarios d’émancipation : « nous avons en effet partagé les restaurations des peuples modernes (die modernen Völker) sans partager leurs révolutions. Nous avons connu des restaurations, premièrement parce que d’autres peuples ont osé faire une révolution, et deuxièmement parce que d’autres peuples ont subi une contre-révolution »3.

Ici, les notions de peuple et de révolution (ou de contre-révolutions) se font immédiatement écho. Il existe des cultures politiques populaires, et ces cultures politiques conduisent à se déterminer pour ou contre la révolution, cette dernière ayant avant tout pour modèle la « grande » révolution anti-féodale française. En rapport avec cet horizon, qui lie peuple et révolution anti-féodale comme des entités politiques associées, indissociables même, Marx va utiliser la notion de prolétariat pour la relier à un nouveau type de révolution, plus avancée, qu’on peut qualifier d’anti-capitaliste ou de communiste, radicalisant la révolution précédente. Il en résulte, d’une part, que les luttes allemandes, aussi arriérées soient-elles, présentent pourtant une portée universelle, au même titre qu’en son temps la Révolution française.

On retrouvera par la suite, bien plus développée, l’idée que les luttes émancipatrices d’un peuple importent au sort de tous les autres. De ce point de vue, la solidarité avec les peuples opprimés est bien plus que de la philanthropie. Pour le dire autrement, elle n’est pas seulement de nature morale, elle est d’ordre fondamentalement politique : « Et même pour les peuples modernes, cette lutte contre le contenu borné du statu quo allemand ne peut être sans intérêt, car le statu quo allemand est l’accomplissement avoué de l’ancien régime et l’ancien régime est le défaut caché de l’Etat moderne »4. 

Ainsi, la notion de peuple conserve-t-elle sa validité, en dépit de ses limites, du fait du maintien de l’Ancien Régime, y compris au sein des nations qui ont réalisé leur révolution anti-féodale. En d’autres termes, cette révolution partielle et inachevée se fait matrice de révolutions plus radicales, de la même manière que les peuples se déterminent comme classes populaires elles-mêmes plus ou moins radicales, le prolétariat étant le nom de cette radicalisation populaire, à la fois sociale et politique.

C’est en ce point, qu’on rencontre une définition du prolétariat très originale : à la fois fraction du peuple, elle représente le peuple tout entier et tendanciellement l’humanité même, du fait de la condition qu’elle subit en même temps que des exigences politiques et sociales elle est porteuse. Loin de proposer une sécession sociale, qui isolerait le prolétariat des autres composantes et en ferait une avant-garde sociale et politique, c’est bien comme représentant universel, représentant de fait de la souffrance, de l’exploitation et de la volonté d’émancipation, que le prolétariat se découpe et se singularise, en tant que classe offensive, apte à s’organiser politiquement.

Mais il faut aussitôt préciser que c’est précisément en vertu de cette dimension universelle que la révolution à venir n’est pas, ne sera pas une simple révolution politique. « Où réside la possibilité positive de l’émancipation allemande ? » s’interroge Marx. Et il répond : « Dans la formation d’une classe aux chaînes radicales, d’une classe de la société civile qui ne soit pas une classe de la société civile, d’un état social qui soit la dissolution de tous les états sociaux, d’une sphère qui possède un caractère d’universalité par l’universalité de ses souffrances (…), qui ne puisse plus se targuer d’un titre historique mais seulement du titre humain (…), d’une sphère enfin qui ne puisse s’émanciper sans s’émanciper de toutes les autres sphères de la société et sans émanciper de ce fait les autres sphères de la société, qui soit, en un mot, la perte totale de l’homme et ne puisse donc se reconquérir sans une reconquête totale de l’homme. Cette dissolution de la société réalisée dans un état social particulier, c’est le prolétariat »5.

Marx ne changera jamais d’avis quant au caractère humain, c’est-à-dire universellement humanisant, de l’émancipation sociale. En revanche, après être entré dans ce qu’il nomme le « laboratoire de la production » c’est-à-dire après avoir engagé la critique de l’économie politique, il développera une conception plus complexe et moins optimiste du prolétariat comme classe offensive, faisant toujours davantage place aux contradictions qui le divisent d’avec lui-même. La concurrence ouvrière est à la fois inscrite dans les rapports de production capitalistes et systématiquement instrumentalisée par la bourgeoisie, en particulier par sa fraction industrielle. Mais il insistera également sur l’émergence, dans le cadre de la grande industrie naissante, du travailleur polyvalent, porteur d’une culture et de facultés humaines développées, loin de tout misérabilisme et de toute « victimisation ». Enfin, il fera place à la complexité du processus politique qui doit parvenir à l’abolition de l’appropriation privée des richesses socialement produites, au communisme donc.

Quoi qu’il en soit, la conception du rapport entre prolétariat et peuple se révèle dès le départ contradictoire, ou plus exactement : éminemment dialectique, ce qui est bien différent. Car Marx, qu’il traite de politique ou d’économie, ne cesse d’être philosophe. Ici, la singularité est le lieu où émerge l’universel, non le lieu de formation d’une identité séparée et close sur elle-même. Il en ira de même des nationalités : découpage de l’humanité en entités politiques jamais complètement isolées, les nations sont dans certains cas et à certains moments porteuses d’une histoire émancipatrice qui les rend universelles.

 

II. Peuples en luttes et libérations nationales

Ainsi, parallèlement à la spécification sociale et politique des classes dans le cadre du mode de production capitaliste, la notion de peuple reste pourtant utilisée par Marx pour penser des réalités nationales diverses, irréductibles, où se spécifient singulièrement les rapports de classes. Sur ce point encore, on attribue souvent à Marx une sous-estimation profonde de la question des nationalités et des différences nationales, en vue de penser un prolétariat d’emblée mondialisé, formé d’ouvriers qui « n’ont pas de patrie » comme le proclame le Manifeste du parti communiste6 en 1848, à la veille du « printemps des peuples » et alors que s’éveillent les consciences nationales. Là encore, l’analyse marxienne est bien plus complexe qu’on ne le dit habituellement.

D’une part, Marx et Engels, reconnaissent, dès cette époque, cette dimension nationale, constitutive de la construction de mouvements ouvriers distincts, fonction d’un degré de développement économique et social donné, fonction également d’un niveau de culture politique déterminé : « bien qu’elle ne soit pas, quant au fond, une lutte nationale, la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie en revêt cependant d’abord la forme. Le prolétariat de chaque pays doit, bien entendu, en finir avant tout avec sa propre bourgeoisie »7.

Ici, l’idée de nation tend à remplacer l’idée antérieure de peuple, défini par son antagonisme avec l’aristocratie. La nation est le cadre d’un rapport social qui met aux prises toutes les classes, qu’elles soient dominantes ou dominées. Mais l’analyse se situe également à un autre niveau : elle s’arrête sur la capacité d’uniformisation du marché mondial d’un côté, qui entre en contradiction, de l’autre côté, avec le maintien voire le renforcement des spécificités nationales. Ainsi, Marx et Engels continuent-ils pendant un temps de penser que c’est la révolution allemande, d’abord anti-féodale ou bourgeoise, qui « ne saurait être que le prélude d’une révolution prolétarienne »8. Ce scénario sera profondément bouleversé par la suite, et à plusieurs reprises.

Si la dimension nationale est bel et bien prise en considération, Marx et Engels affirment dans le même temps la force d’expansion mondiale du capitalisme, force estimée d’abord socialement homogénéisante, thèse que Marx corrigera par la suite. On peut supposer que dans un texte qui a vocation de manifeste politique, ils s’emploient d’abord à faire valoir une perspective qu’on qualifiera plus tard d’ « internationaliste », de même ampleur que le marché mondial en voie de formation, mais porteuse de perspectives tout autres. De fait, le texte qui prolonge l’affirmation célèbre « les ouvriers n’ont pas de patrie » ajoute: « comme le prolétariat doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe nationale, se constituer lui-même en nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens où l’entend la bourgeoisie »9. On peut ajouter bien évidemment : nullement au sens où les nationalismes chauvins l’entendront par la suite.

Marx et Engels continuent : « déjà les démarcations nationales et les oppositions entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l’uniformité de la production industrielle et les conditions d’existence qui lui correspondent. Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore ». Et quelques lignes plus loin on lit : « du jour où tombe l’opposition des classes à l’intérieur de la nation, tombe également l’hostilité des nations entre elles »10. Internationales, mais seulement par anticipation, les luttes des prolétariats nationaux ont bien la nation pour cadre mais non pour but.

Le prolétariat est-il encore ici, au moins pour un temps, la figure du peuple, ou plus exactement : sa reconfiguration sociale et politique ? Oui et non. Non, eu égard à l’argumentaire que je viens de préciser. Oui pourtant, dans le cadre de luttes nationales qui visent l’émancipation. En ce cas, un parallélisme apparaît entre la lutte du prolétariat, dans un cadre national quel qu’il soit, et la lutte de certains peuples, auxquels l’oppression subie confère un rôle historique majeur et, une fois encore, une portée universelle.

Le mot de « peuple » voit alors coïncider ses deux sens, fondus en une nouvelle définition. Le peuple est à la fois une entité politique délimitée nationalement, mais il est aussi cette entité sociale qui lutte avec et contre d’autres, au plan international : disons que la portée descriptive ou analytique du terme retrouve de nouveau sa dimension politique, ouverte aux radicalisations que Marx appelle de ses vœux. Si le terme de « peuple » ne devient pas pour autant l’occasion d’une théorisation séparée, il ne disparaît pas du vocabulaire marxien parce que lui seul permet de comprendre les mouvements d’indépendance nationale en tant que luttes elles aussi porteuses d’universalité, et cela par-delà même leur composante prolétarienne. C’est bien entendu le cas lorsque des paysanneries luttent contre une puissance coloniale.

Cette reprise ouvre à une réflexion nouvelle et tout à fait essentielle sur les perspectives de révolution communiste. Car, à partir de là, Marx va s’orienter vers des scénarios qui échappent à toute linéarité et ne font pas de la constitution d’un prolétariat national la condition sine qua non de l’émancipation. Autrement dit, il en vient à penser qu’il est possible d’accéder au communisme sans passer nécessairement par la voie capitaliste. Et la notion de peuple est finalement et de nouveau la plus utilisable pour penser ces processus différenciés.

En effet, Marx va abandonner au cours des années 1850 la thèse de la portée civilisatrice de la colonisation, dont on trouve quelquefois trace dans ses textes antérieurs. A la lumière en particulier des situations indienne et chinoise, qu’il étudie alors, il juge que la pire barbarie se trouve en réalité du côté des colons britanniques. Parallèlement, il s’intéresse et prendre parti pour la Pologne et l’Irlande, en faveur des anti-esclavagistes américains, avant de se pencher sur la Russie.

Le cas de l’Irlande est particulièrement intéressant, en ce qui concerne le rapport entre peuple, classe ouvrière et nation tel que Marx s’efforce de le concevoir, modifiant au cours du temps ses conceptions initiales. Je m’appuie ici sur le remarquable ouvrage de Kevin Anderson :  Marx at the Margins11. Dans ses articles et ses déclarations au sujet de l’Irlande, à cette époque, Marx s’emploie à combiner les questions de classe, d’identité ethnique et de réalités nationales, déjà abordées précédemment.

En Irlande, le prolétariat se présente comme fraction du prolétariat britannique, fraction surexploitée et dominée. Dans le même temps, l’Irlande se présente comme colonie britannique, luttant pour son indépendance nationale. Face à cette situation complexe, d’une part, Marx et Engels conseillent aux révolutionnaires irlandais de donner toute son importance à la question des classes, et leur reprochent l’utilisation de la violence autant que la fixation religieuse identitaire.

D’autre part, Marx en vient peu à peu à considérer que le mouvement irlandais est le point d’appui des luttes ouvrières anglaises, et non l’inverse. Dans une lettre à Engels du 10 décembre 1869, il écrit : « longtemps j’ai pensé qu’il était possible de renverser le régime actuel de l’Irlande grâce à la montée de la classe ouvrière anglaise (…) Or une analyse plus approfondie m’a convaincu du contraire. La classe ouvrière anglaise ne fera jamais rien tant qu’elle ne se sera pas défaite de l’Irlande. C’est en Irlande qu’il faut placer le levier. Voilà pourquoi la question irlandaise est si importante pour le mouvement social en général »12.

Présente également sur le sol anglais, la classe ouvrière irlandaise est l’occasion de dissensions internes au mouvement ouvrier, qui paralysent ce dernier et qui sont sciemment entretenues par le patronat anglais, sur le modèle du racisme et de l’esclavagisme nord-américain. Sur ce point, Marx accorde une conscience bien supérieure à la classe capitaliste, tandis que la classe ouvrière, qu’elle soit anglaise ou irlandaise, ne parvient pas à surmonter son antagonisme, la lutte de races, la xénophobie, l’emportant sur les luttes de classe, qui devraient logiquement fédérer prolétariat britannique et sous-prolétariat irlandais.

Pour conclure sur la portée politique considérable de ces réflexions, deux remarques sur la question du peuple me semblent importantes.

La première concerne le débat fameux qui opposera Marx à Bakounine au sein de la 1ère Internationale. On connaît l’accusation d’autoritarisme et d’étatisme adressée par Bakounine à Marx. On sait moins que cette opposition concerne aussi la situation en Irlande. Pure diversion, pour les bakouninistes, la cause irlandaise nuit selon eux à la cause révolutionnaire. Pour Marx, elle en est une composante, l’émancipation des peuples opprimés contribuant à l’émancipation ouvrière, et plus largement à l’émancipation humaine.

La seconde concerne la spécificité de la société irlandaise : l’Irlande est avant tout une colonie agricole de l’Angleterre, qui incite les indépendantistes à faire de l’insurrection paysanne le point de départ de la révolution nationale. C’est contre l’oligarchie foncière anglaise que lutte avant tout le peuple irlandais, Marx donnant alors à la question de la propriété de la terre un rôle politique clé, comme point de départ d’une révolution sociale en Angleterre même.

Cela pose à la fois le problème des alliances de classes, notamment celui de l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie, bien loin de l’idée que le prolétariat serait à lui seul la classe destinée à conduire l’histoire et à conduire les révolutions. Par ailleurs, cette analyse s’inscrit dans la réflexion de plus en plus affinée de Marx sur des voies de développement non capitalistes. Dans ces cas, qui concernent bien des sociétés dans le monde, qu’il analyse plus ou moins précisément (Chine, Inde, Russie, Mexique, Pérou, Algérie, etc.), la révolution communiste n’a pas pour préalable l’industrialisation capitaliste et la formation d’une classe ouvrière.

Toute linéarité historique disparaît alors, et la succession obligée des modes de production cède la place à une attention portée à des formes de propriétés traditionnelles, communales. Pour Marx, ces formes persistantes pourraient bien fournir le point de départ concret d’une réorganisation économique et sociale égalitaire, faisant l’économie du passage de certains peuples par le capitalisme et par les souffrances qu’il entraîne.

 

Conclusion

On le voit, la figure du prolétariat est complexe. Pour la saisir, il faut prendre en compte la spécificité de sa formation nationale et donc la mettre obligatoirement en relation avec l’idée de peuple. Mais, selon Marx, il faut aussi, à terme, viser une émancipation qui sache dépasser les barrières nationales et les antagonismes, sans unifier pour autant les voies politiques, ni les cultures au sein d’un scénario unitaire, préécrit, de dépassement du capitalisme. L’attention à la périphérie non-occidentale du capitalisme, dont les enjeux se révéleront pleinement dans le cadre des décolonisations du XXe siècle, se trouve déjà chez Marx lui-même, qui envisage que des sociétés puissent passer au communisme sans passer par le capitalisme, faisant ainsi l’économie de sa violence sociale et de sa barbarie coloniale.

Au total, on peut conclure que le prolétariat n’est pas une catégorie sociologique stable, encore moins le nom d’un sujet de l’histoire unifié, mais une construction dynamique, toujours définie par son antagonisme avec certaines classes et ses alliances avec d’autres classes sociales. Cet antagonisme autant que ces alliances sont à concevoir avant tout comme des constructions politiques, selon une perspective stratégique qui fera parfois défaut au marxisme ultérieur mais sera reprise par certaines de ses composantes.

Et c’est en raison même de cette plasticité de la notion, que la catégorie de peuple se maintient, en vue de penser le caractère toujours national d’une telle construction. Pour autant, le peuple n’est jamais lui non plus une entité substantifiée ou figée. C’est donc bien la dialectique prolétariat-peuple, soumise à l’examen précis de ce qu’elle est dans chaque situation historique, qui fait sens, c’est-à-dire qui ouvre (ou qui referme) des perspectives politiques d’émancipation qui, elles, visent bien, au bout du compte, l’humanité tout entière.

 

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références

1

Jacques Guilhaumou, «De peuple à prolétaire(s): Antoine Vidal, porte-parole des ouvriers dans L’Echo de la Fabrique en 1831-1832», Semen, n° 25, 2008, p. 101-115

2

Karl Marx, Critique du droit politique hégélien, « Introduction à la Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel », trad. A. Baraquin, Paris, Editions sociales, 1975, p. 211.

3

Ibid., p. 199.

4

Ibid., p. 201.

5

Ibid., p. 211.

6

Karl Marx, Friedrich Engels, Le manifeste du parti communiste, trad. G. Cornillet, Paris, Messidor/Editions sociales, 1986, p. 83.

7

Ibid., p. 72.

8

Ibid., p. 106.

9

Ibid., p. 83.

10

Ibid., p. 83. 

11

Kevin B. Anderson, Marx at the Margins– On Nationalism, Ethnicity and Non-Western Societies, Chicago, The University of Chicago Press, 2010.

12

Karl Marx, Friedrich Engels, Correspondance, vol. X, trad. G. Badia et J. Mortier, Paris, Editions sociales, 1984, p. 232.




mardi 23 avril 2024

UNE DIATRIBE SOCIOLOGIQUE CONTRE UNE SECTE FOSSILE DU SIECLE DERNIER (2)



(ou la décroissance du milieu qui se croit révolutionnaire sous l'animal CCI et ses pucerons parasites)

(Deuxième partie)


VERS LA FIN DU MONDE OU UN MONDE FINISSANT ?


Le CCI a toujours priorisé le combat politique, ce qu'on ne saurait lui reprocher. Le fait d'avoir fait mine d'ignorer longtemps (dans ses écrits pas dans ses réunions publiques) les arcanes des argumentaires de la petite bourgeoisie écologique fût certainement motivé sur le fond parce que l'idéologie écolo se veut apolitique comme interclassiste. Et aussi parce que ses premiers pâtres en France, René Dumont et Fournier de Hara Kiri – étaient considérés comme crypto-fascistes. Nous savions plus ou moins qu'il y avait eu une idéologie « vert de gris » des nazis, à leur façon cynique totalitaire mais du même genre interclassiste que les débuts de la « gauche alternative »1.

A la suite de mai 68 qui porta un coup décisif à la prétention de la gauche bourgeoise et de ses syndicats à représenter la classe ouvrière, le système immunitaire de la bourgeoisie secréta pour une courte période la mode bruyante des globules blancs gauchistes, mais sur le temps long l'écologie devait se révéler un anticorps bien plus puissant, même si cette idéologie n'obtint jamais une grande place dans le monde électoral officiel, contrairement à l'Allemagne.

Le dernier article produit par le CCI sur le sujet, présenté comme une critique du néo-marxiste japonais Saito2, pour intéressant qu'il soit, il néglige la dimension politique mystificatrice de l'idéologie écolo, comme frère Marcel d'ailleurs. Cette dimension, outre de ne pas apparaître comme politique, mais « dans l'intérêt de tous », « pour sauver l'humanité », signifie une reconversion des gauchistes embourgeoisés et de leurs frères staliniens déconfis. L' « internationalisme écolo » y va fort avec une foule de sectes agitées du bonnet partout dans le monde. Le Monde, par exemple, fait défiler ces jeunes filles comme Léna Lazare qui, en 2021, sont devenues des porte-parole de Youth for Climate, à l'origine des grèves pour le climat en France !3

L'article de RI met le doigt sur l'essentiel, sans le développer : « Les principales fractions de la classe dominante sont désormais contraintes de reconnaître la gravité de la crise environnementale, et même son lien avec les autres expressions d’une société capitaliste en déclin, surtout la fuite en avant dans le militarisme et la guerre ».  Eh oui la première pollution c'est la guerre capitaliste qui ne s'embarrasse pas du souci de préserver la nature ni surtout les populations civiles otages de chaque camp nationaliste, raciste ou impérialiste. Mais les écolos sont pacifistes, me direz-vous ! Mais voui puisque le pacifisme est par essence interclassiste, n'a jamais empêché ni mis fin aux guerres. Que le marais écolo se dise anti-capitaliste en même temps ne change rien à leur fonction d'anticorps pour la santé du capitalisme puisqu'ils ignorent volontairement le véritable virus anti-capitaliste, le prolétariat. Ils sont les commerciaux d'un « capitalisme vert et en bonne santé », comme le note justement l'article cité.

Contrer la mystification écologique bourgeoise en fouillant les archives d'un Marx extra-lucide et prométhéen ?4

J'ai pris connaissance de certains livres, publiés il y a quelques années5, avec pour but de ne pas avoir de complexe du point de vue marxiste face aux dites « découvertes » des théoriciens de l'écologie moderne. Travail de débauchage louable pour des bibliothécaires mais ridicule avec cette volonté de diviniser Marx et d'en faire Monsieur réponse à tout. ; interprétation prométhéenne que reprend à sa manière le CCI. Fouiller dans ses annotations privées qui contiennent des réflexions inachevées sur une réelle réflexion impossible au fond à une époque d'expansion, apparemment sans limites du jeune capitalisme. De plus ces notes fragmentaires, non rédigées, n'ont pu influencer le public prolétarien !

Sachant que le japonais best seller est surtout un best seller pour les agités du bonnet espagnols ou les petits bourgeois gilets jaunes, le décryptage puis la publication de ces annotations (les carnets de Paris ou d'ailleurs) ne serviront qu'à un usage académique pour la clientèle intello de Saint Germain des Prés et des champs bios.

Je m'en tape des projections de Marx sur divers sujets concernant le futur approximatif et de sa propension au messianisme. Va-t-on chercher dans ses annotations poussiéreuses une analyse prémonitoire de l'occupation de la lune ou les conséquences (aliénantes) de l'I.A. ?

L'article RI a raison de noter l'entreprise mystificatrice de Saito qui « semble bien parler du communisme tel qu’il est compris par le mouvement communiste historique : une société de producteurs librement associés (…) un examen plus approfondi et plus critique de l’argumentation de Saito montre qu’il s’agit d’une réponse mystificatrice qui ne peut conduire qu’à de fausses solutions ».

Laissons de côté la fable du gauchiste japonais théorisant un « communisme de décroissance » qui est aussi une manière de dépolitiser à l'unisson de l'écologie officielle en passant par-dessus une expérience et une concrétisation révolutionnaire par le prolétariat.

Ce terme de décroissance n'est pourtant pas idiot, même si en effet, utilisé par le gauchiste japonais il vise un « immédiat » qui ne peut signifier austérité pour les classes d'en bas6 : le capitalisme moderne produit trop et n'importe quoi. Un travail d'érudition destiné surtout aux esthètes gauchistes et ultra-gauchistes pour expliquer que Marx était pour un développement contrôlé des forces productives après la révolution ne change rien au fait que le programme contenu dans le Manifeste de 1848 est resté conçu depuis au moins un siècle par socialistes première manière, « gauches communistes » et staliniens, en tant que productivisme libéré, comme un passage au « grand développement des forces productives » libérés des entraves capitalistes. Et un eurocentrisme bien évident, qui a coincé le CCI et d'autres dans cette incapacité à expliquer les élans de jeunesse du capitalisme chinois (et qui devrait rechercher si Marx a prévu l'éclosion des industriels « communistes » post-Mao si habiles en faveur du « véritable développement des forces productives).

Premièrement, on ne peut pas envisager de supprimer tout ce qui est produit actuellement. La fusion marxiste de la ville et de la campagne est déjà appliquée par les bobos avec leurs villages de résidences secondaires. L'abondance existe, même avec une foule de produits aliénants (jeux informatiques, pornographie planétaire, bagnole, écrans, compétitions sportives entre milliardaires, etc.). Allez donc proposer aux prolétaires de jeter d'un coup à la poubelle bagnoles, portables et crédits faciles ou de refuser d'applaudir M'Bappé ?

La faim n'existe plus dans les principaux pays ; un clochard dans les grandes villes peut mourir d'alcoolémie, pas de faim. Nos insoumis friqués vante un programme bio « révolutionnaire » contre leur malbouffe pas pour la clientèle des supermarchés allemands, LIDL et ALDI. Le CCI fait ensuite l'article du mantra écologique : « Il est clair que la question écologique sera au centre de ses préoccupations ». C'est faux et sur plusieurs plans. La transformation sociale sera forcément longue et heurtée. Les questions politiques resteront primordiales. Des questions autrement plus urgentes resteront sur la table : la faim dans le monde, la destruction de l'islam comme terrorisme détruisant la vie des femmes (en même temps que l'extinction de toutes les autres religions débiles), le barrage aux arrivistes et aux petits Staline ou Trotsky, etc. 

Enfin la réorganisation de la production mondiale sera aussi décroissance de certains produits avant leur suppression pour procéder à la création de...valeurs d'usage humaines.

A PROPOS DE LA PERTE D'IDENTITE DU PROLETARIAT

Revenons à frère Marcel. Il se désole de la perte d'identité du prolétariat à l'unisson de ses amis écologistes. Comme le CCI, je ne pense pas que c'est le cas en général et que c'est une projection bonne pour les sociologues. Passons encore sur la liste des reproches au CCI d'avoir une vision de la lutte de classe en montagnes russes et de se tromper souvent. Comme je l'ai déjà dit dans la première partie l'universitaire veut refaire l'histoire de ce qui ne s'est pas passé dans les années 1970 et nous faire croire que la chute de Berlin a contribué à cette perte d'identité, comme si le stalinisme avait été le premier symbole de la conscience de classe. Cette disparition du dit « socialisme réel » (sic) a conduit bien sûr à la réapparition des religions « internationalistes », l'islam en premier lieu, également sponsorisé par les pays anglo-saxons et les puissances économiques comme l'Allemagne. L'islamisme sert d'un côté et régulièrement, sous sa version terroriste, à faire passer tous les Etats bourgeois pour des vierges effarouchées. De l'autre côté, il est un instrument de division de la classe ouvrière particulièrement sournois puisqu'il invoque les mêmes droits démocratiques bourgeois et produit des révulsions culturelles. De cela ni Marcel ni le CCI ne font jamais état car ils sont soumis à la menace de l'enfer islamo-gauchiste: fascistes islamophobes. Ces divisions islamiques viennent s'ajouter aux divisions corporatives traditionnelles où les privilèges des "nationalisés" (SNCF, EDF, banques, aiguilleurs du ciel) montrent que les revendications immédiates ne peuvent jamais être unificatrices pour le combat général, ni en soi un facteur de conscience de classe mais de conscience de soi...corporative. En outre la forme syndicale de ces corporations avantagées débouche potentiellement sur la même trajectoire que le Vikjel, syndicat des cheminots russes qui ont rapidement fait grève contre la révolution!

En complément, et face au carnaval islamique, l'Etat déplore lui une perte d'identité : la française, nationale et tout. Difficile dans cette mâchoire idéologique, qui remplace partiellement le clivage bourgeois classique gauche/droite. Mais en insistant, parfois de façon exagérée, le tonus des grèves le CCI montre qu'il n'y a pas perte d'identité en réalité.

L'effort idéologique mystificateur renouvelé de la bourgeoisie mondiale donne tort à Marcel. Il prouve par le fait que, même si le capitalisme a su se recomposer par endroit (ah les beaux graphiques économiques qui excluent toute réflexion politique!) il est coincé dans la marche à la guerre, qui est en effet l'aboutissement de sa décomposition réelle.

Hors de la réalité du combat marxiste, frère Marcel privilégie l'esprit syndicaliste7 en dénigrant l'article de Marc Chirik en 1947, si clair pourtant et preuve le profonde pensée révolutionnaire de cet homme jusqu'au bout de sa vie. Marcel n'est pas capable de voir que que MC comme la GCF ne se basaient pas sur les revendications économiques, terrain des staliniens, sans voir que c'est le CCI qui exalte sans cesse, avec son clone Juan, ces grèves focalisées et limitées sur ce plan, pourtant jamais tremplin révolutionnaire.

Marcel délire ensuite en vantant les acquis économiques post 68. Du pipeau, n'importe quelle minorité de l'époque dénonçait ce mensonge. En quelques mois, l'inflation avait tout repris.

RIEN A FOUTRE DES BISBILLES ENTRE LA BETE ET SES PARASITES

Oui le mentor a tout à fait raison de qualifier tous ses anciens militants, la plupart profs et universitaires ne pouvant pas se saquer entre eux, ce sont des « singes savants, se gargarisant de ‘ théorie’ ». Ceux-ci se qualifient de « dissidents », or si le CCI a des tendances paranoïaques, du fait de sa décomposition depuis la mort de Marc, il n'est pas stalinien, mais ces « dissidents », collection d'intellos entre soi, sont de fait équivalents aux dissidents de feu le bloc staliniens, de bons sociologues démocrates qui jouent dans leur salon à la révolution, laquelle n'aura été qu'un hochet de jeunesse chez tous ces vieux cons. Ils peuvent s'appuyer sur leurs prédécesseurs les rigolos Sabatier et Malaquais.

Les événements trancheront eux, si la plupart des micro-sectes sera balayée, si le squelette actuel du parti reste un tas d'os et ses dissidents les mouches du coche, d'autres feront le boulot, comme disait Marc Chiric.


NOTES

3Le Monde de juin 2021, ne nous renseigne guère sur ces étranges « grèves pour le climat »...Pas le climat social certes.

5Nota : Karl Marx penseur de l'écologie de Henri Pena-Ruiz et John Bellamy Foster MARX ÉCOLOGISTE

6Comme l'explique d'ailleurs très bien l'article : « Parce que parler de décroissance dans le cadre du système existant (et le prétendu « communisme » de Saito n’y échappe pas) peut facilement servir de justification à l’austérité administrée par l’État bourgeois, de raison pour la classe ouvrière de cesser ses luttes « égoïstes » contre les réductions de salaires ou d’emplois et de s’habituer à réduire encore plus drastiquement sa consommation ».

7« ... la négation systématique de tous gains réels et durables depuis la première guerre mondiale, c’est la nécessité même des luttes immédiates qui est niée ».

dimanche 21 avril 2024

UNE DIATRIBE SOCIOLOGIQUE CONTRE UNE SECTE FOSSILE DU SIECLE DERNIER


 (première partie)

Qui a tué Davy Moore ?

Qui est responsable et pourquoi est-il mort ?

Graeme Allwright

« Tous ces petits groupes autour de nous il faut les démolir et garder leurs éléments les moins confus ».

Marc Chirik (1977)

« Tu ne serais pas un vieux con Marc? « Non Jean-Louis, con peut-être, vieux jamais ! » (en réunion de section 1978)

« J'aime bien les chiens » (MC discussion privée)

« ...encore naïf, je prends ses paroles sirupeuses sur la ‘culture du débat’ comme une orientation sincère. Quelque temps après, je n’étais plus militant de cette caricature de groupe révolutionnaire, heureux d’être enfin sorti de cette machine kafkaïenne, juste bonne à transformer ses militants en perroquets des textes de son mentor et à briser ceux qui empêchent de penser en rond ».

Marcel (2024)

Où une diatribe économiste vient conforter un maximalisme retombé en ultra-gauchistme, c'est à dire simple extrême néo-stalinien du marais gauchiste bcbg, antiraciste au lieu d'être vraiment anti-capitaliste, témoins de Jéhovah plus que commerciaux de la société viticole Gévéor. Et qui ne traite pas des questions de fond qui minent le prolétariat mais passent leur temps à lui « expliquer » ce qu'il subit et dont il a conscience (chose typique de leur majorité de militants...enseignants).

Les chiens sont fidèles et obéissent aux ordres de leur maître. Comme militant de l'antique secte j'ai été un chien mais pas de la race de ceux qui aboient en meute, n'évitant jamais de renâcler si l'orientation du doigt du maître me semblait en voie d'égarement. Il le savait et nous avions une estime réciproque. Chez Marc prédominait le stoïcisme, du cynisme parfois, de la rouerie aussi. Ce sont là des ingrédients de base en politique pour ne pas rester naïf. En privé, lorsqu'il vous recevait c'était l'homme le plus charmant du monde. Quelques rares fois je l'ai interpellé et épinglé dans les bulletins internes ; un de mes textes critiques s'intitula une fois : « A ce dont le « secrétaire général » se contente on mesure la grandeur de sa perte », parodie comique pour une contribution sans grande valeur, qui le fît sourire. Pas son successeur putatif Peter, qui se servit de ce trait d'esprit pour dénoncer une offense à son Allah...j'avais osé défier dieu ! Peter était le secrétaire perpétuel de la rédaction des rapports congressistes et notait scrupuleusement les consignes qui tombaient du ciel. Plus franc que d'autres camarades narquois je lui demandai une fois s'il était toujours d'accord avec Marc ; il me répondit : « j'écoute ». Défier « le vieux » devait être au-dessus de ses forces et il savait qu'il pouvait lui en cuire, comme le rapporte Marcel1

Je pourrais être formellement d'accord sur un seul point avec frère « classique » Marcel : le temps de la gloire du CCI se délimite sur à peu près 20 années, incluant les sept années de « Révolution Internationale » (RI 1968-1975) puis jusqu'en 1980 où, ce ne fût pas de sa faute, le CCI continuait à voir venir la révolution alors que les événements allaient renforcer le pouvoir des puissants. Quoiqu'il en soi, historiquement, RI reste et restera la principale progéniture de Mai 68. Ce n'est pas un hasard, si dans le dernier numéro de l'Internationale situationniste, Guy Debord s'en prend à RI, d'ailleurs avec les mêmes arguties que frère Marcel, manière de donner un coup de chapeau au successeur qui, lui ne sera pas resté invisible pendant les événements contrairement aux littérateurs situationnistes. Au cours de ces années-là la revue RI fût une référence incontournable qui choquait par sa rigueur et sa clarté malgré de pauvres moyens (pages ronéotées, assemblage de la couverture avec agrafes à l'imprimerie du PSU.

J'ai connu l'auteur de ce libelle au cours des congrès internationaux successifs : « Le pôle idéaliste de la gauche communiste », cad le CCI (Courant Communiste International). Un camarade alors encore étudiant, plutôt timide, mais charmant et cultivé. Nous étions dans la masse des 100 et quelques fondateurs du CCI en 1975 en l'Eglise de la porte de Choisy ; sur une photo qui est encore visible chez un autre « dissident ». Pas aux premières loges bien sûr mais avec fierté et entrain. J'avais monté les cabines de sono pour la traduction simultanée en trois langues. Avec les années ce camarade belge avait gagné la confiance du centre le l'organisation internationale en France. Lors du remue ménage avec la minorité intellectuelle dite Perspective internationaliste » (EPHAD où s'est réfugié Marcel à l'heure actuelle), nous avions été désignés Peter et moi pour aller à Bruxelles et l'adouber à l'organe central vu les défaillances des « dissidents » de l'époque. J'ai fui la secte (perverse narcissique) en 1997, Marcel a tenu jusqu'en 2008. Félicitations enfin... puis à ce que je sache, malgré les ignominies subies, sans oublier qu'il a participé à celles-ci jusqu'en 2008. (affaire Jonas)

La première partie, longue, du libelle qu'il a produit contre les errements de notre ancienne secte est une critique partielle et social-démocrate d'un organisme certes fossilisé, mais qui a de beaux restes et est lu par des dizaines de milliers de personnes dans le monde, ce qui n'est pas le cas du site pour intellos branchés « gauche communiste » au titre mielleux « Convergences ». La diatribe contient plus de haine que de prise de distance par rapport à des comportements en effet scandaleux. Ce libelle ne contient pas une argumentation politique de fond marxiste malgré une longue partie d'économiste qui tend à faire croire que le capitalisme vit une nouvelle jeunesse depuis 1914. Cette compil est pleine de sources sociologiques pas toujours fiables ni probantes.concordantes ou irréfutables (rien sur le problème de l'immigration et l'invasion de l'islam dans les entreprises).

Malhonnêteté aussi l'absence de référence à mon ouvrage « Histoire du maximalisme », dont il a eu connaissance, autrement plus sérieux dans la chronologie (2009) sachant de plus que Marcel n'a rien vu vraiment du fond surtout appréhendable à Paris. Enfin, bien qu'il ait eu connaissance du livre, il n'en a pas compris l'essentiel qui est la mort de Charlemagne en 1990. Je faisais partie des quelques-uns inquiets de ce qui nous attendrait après le décès de notre grand guide et fédérateur Marc Chirik. Et ce qui devait se produire arriva : rivalités, luttes de clans et guerre des nerfs et des chefs. Avec Jean-Marc, notre arabo-italien - nous étions les deux ouvriers de choc envoyés là où ça bardait avec parfois le pauvre postier alcoolique Yves – nous pensions que les deux intellos phares de l'organe central, Peter et Raoul, n'auraient pas l'envergure pour assumer la continuité, mais plutôt Christian et Patrice, plus engagés et virulents. Nous nous trompions, le premier n'était qu'un rouleur de mécanique en section et lâche au dehors ; quant au second brillant causeur psychologue il n'était qu'un gentil pacifiste pourtant formé à un sport de combat. Je fus moi embringué dans le clan de Peter avec sa promotion canapé à ses côtés ; Jean-Marc, comme d'autres (Fabrice) s'éloigna sans bruit du marais des ambitions.

Une faiblesse saute aux yeux pourtant dans le libelle belge, contrairement à Chirik Marcel n'est pas


stoïque ni roué, il est naïf et sentimental. C'est probablement un bon économiste marxisant que le CCI a pu contenir dans ses rangs, puis chassé. Quoique le meilleur économiste marxiste puisse réussir à l'Université tout en étant un piètre politique. Chez les bourgeois un DSK. en plus chaste dans le CCI, frère Marcel.

Le CCI se relèvera-t-il de cette prétention à un décryptage infernal d'une analyse décadentiste, et pleine de contradictions et de billevesées du CCI depuis les errements sur le sujet par la GCF imaginant la bourgeoisie « mangeant son capital », qui firent se gausser les gens de SouB et de Pouvoir Ouvrier ?

Concernant l'aveuglement des décadentistes sur l'éveil inattendu du capitalisme chinois (Merci Pierrefitte) Marcel oublie de nous rappeler qu'il avait été chargé, encore embringué dans la secte parano, de démontrer que le décadentisme demeurait valable avec cette Chine « usine du monde » restant pays sous-développé2, il ne m'avait pas du tout convaincu que la carence prévisionnelle du CCI était mineure !

Oui le CCI y restera insensible puisque ses radotages successifs effacent les traces de toute analyse sérieuse de l'évolution du capitalisme de nos jours. Enfin, la diatribe contient encore trop de haine alors que c'est la pitié qui s'impose dorénavant.

L'organisme sectaire incriminé n'est pourtant pas méchant. C'est une vieille mémé aigrie. C'est un mort-vivant et il le prouve toutes les nuits puisqu'il se définit depuis des décennies comme le « squelette du parti » ! Un squelette n'est qu'on objet inanimé qu'on conserve au musée ou dans un laboratoire, mais c'est moche et ça sert à rien. C'est même pas de l'humour, c'est macabre. Ils eussent possédé plus un vocabulaire plus riche et adapté on aurait mieux accepté « colonne vertébrale ». Le terme nous fît bien rire, notre pauvre bipolaire Sabatier moi.

Mais colonne vertébrale de quoi ? Il n'y a plus rien de comestible dans les divers résidus de ce qu'il radote, à l'unisson du CCI qui le considère comme une merde, la « gauche communiste » ! Qui aujourd'hui peut s'appeler gauche et en outre communiste ? Ou nous mariner composante crado de deux termes obsolètes, porteurs de tant de mensonges, d'exploitation éhontée et de foutage de gueule ?

C 'est qui et c'est quoi ces individus de mini-confréries éparses, contempteurs d'un groupe qu'ils ont adoré comme leur nombril, composées d'universitaires et de cadres qui prétendent « expliquer » la faillite du capitalisme et nous démontrer les horreurs de la guerre ? Des moines en cravate qui ont les moyens de se faire passer pour les possibles huiles du prolétariat avec les moyens pour se payer l'avion jusqu'en Corée, à Moscou ou en Amérique du sud ! Un internationalisme en première...classe.


UNE PRETENTION DOCTORALE QUI NE TIENT PAS LA ROUTE

« Tu sais je ne me suis jamais trop intéressé aux revendications immédiates ».

(Marc Chiric, confidence)

« Les luttes immédiates sont uniquement un marche pied dans une dynamique révolutionnaire ».

Marcel

Commençons par la promesse de dézinguer l'antre adorée du beau temps jadis, grâce à une formation complètement étrangère à la formation d'une conscience de classe :

« ...l’analyse du rapport de force entre les classes, les fondements de la nature institutionalisée des syndicats, l’impossibilité de réelles luttes de libération nationale et les problématiques écologiques… Nous montrerons que toutes les bases théoriques assénées par le CCI sont sans fondement matériel, pire, elles sont contraires à la réalité de façon quasi systématique … ce qui est bien gênant pour de supposés marxistes prétendant procéder selon une approche matérialiste ».(...) « La boussole de la méthode scientifique que j’ai hérité du marxisme et de ma formation professionnelle. Elle me permettra de me détacher de la démarche profondément idéaliste et anti-scientifique dans laquelle le CCI s’est perdu. (…) Quelques rencontres scientifiques, engagées et marquantes, m’ont permis d’élargir mes vues dans de nombreux domaines comme l’anthropologie, l’économie, l’histoire et la géographie économique : Alain T. ; Christophe D. ; Jacques G. ; Michel H. ; Pierre M. ; Robert D. ; Hubert G. et Christian V. »

Moi mon école, comme j'ai coutume à le dire aujourd'hui encore est celle-ci: j'ai le bac + 20 CCI.

Le plus idéaliste n'est pas celui qui s'en défend...3

Les deux reproches radotés par la plupart des dissidents des années 80 (dont Bourrinet Camoin) ont concerné l'imprévision de la victoire de Mitterrand en 1981 après avoir affirmé en une d'une édition de 1981 que les années 80 seraient des années « décisives » pour la révolution. Bêtises, inconscience coupable, irresponsabilité avérée?

Du tout !

Pourtant voici la réécriture de l'histoire par frère Marcel :

« Comme les personnages des dessins animés de Tex Avery, le CCI continue à courir dans le vide alors que le sol ferme de la lutte des classes se dérobe sous ses pieds. Le recul généralisé dans l’ensemble de la classe ouvrière, dès le milieu des années soixante-dix, est à l’origine d’un décalage croissant entre une réalité objective marquée par ce reflux et un discours subjectif qui, non seulement, nie ce recul, mais prétend que des combats décisifs se développent ».

Marcel 

« Comme le CCI n’a jamais perçu l’ampleur de ce reflux massif au cœur du capitalisme historique, il s’est non seulement trompé sur le réel rapport de force entre les classes et sur les priorités de l’heure pour l’activité des révolutionnaires, mais il s’est aussi lancé dans de folles théorisations, comme ‘l’entrée du capitalisme dans sa phase de décomposition’, et dans des pratiques organisationnelles abjectes pour contrer un soi-disant ‘développement généralisé du parasitisme au sein du milieu politique prolétarien’. Ce sont ces aveuglements et dérives théoriques qui alimentent ses crises organisationnelles, toutes plus graves les unes que les autres selon ses dires ».

Passons sur le fait que, à l'époque, frère Marcel était entièrement membre de cet organisme, et qu'il ne s'est pas soucié de nous avertir de ce « reflux massif ». Insistons sur le fait que cette argumentation rétroactive est ridicule...et fausse. Tout le monde, des bourgeois et gauchistes, comme nous, pensions à la possibilité ou éventualité d'une révolution. C'est même la période où les gauchistes furent les plus nombreux et agités et les syndicats « radicalisés » jusqu'en ...1995. La victoire inattendue de Mitterrand ne fût pas gênante pour une minorité avec Marc,

GRANNY CCI

que je rejoignis après que le jeune Philippe m'est remis les yeux en face des trous. La majeure partie du groupe parisien ne savait où se mettre : la dissolution du groupe ne s'imposait-elle pas  désormais? Marc se marrait pendant la réunion publique suivant que je présidais avec Christian tétanisé qui m'empêcha de répondre aux délires vengeur du caractériel Camoin. Réunion de section suivante, Marc s'interrogea : « je ne comprends pas pourquoi Jean-Louis n'a pas répondu alors qu'il avait compris que l'élection, certes surprise, de Mitterrand, nous rendait un grand service ». Mais voilà, contrairement à la réputation qu'on m'a faite, j'ai toujours été trop discipliné.

L'élection surprise est bien sûr une surprise et gêne profonde pour la bourgeoisie d'abord, une aubaine pour nous qui nous facilitera la dénonciation de la gauche bourgeoise et ruinera son crédit pour des millions de prolétaires pour les décennies suivantes jusqu'à aujourd'hui d'ailleurs (un accident de capote comme le dira Peter). A ce propos il faut noter que les radotages du CCI aujourd'hui perdent leur temps à expliquer à nouveau que gauche et syndicats sont pourris. Ce n'est plus à démontrer pour des millions de prolétaires, et contrairement aux radotages sociologiques de frère Marcel, la classe ouvrière moderne ne s'est pas enrichie, malgré l'abondance des merdes commercialisées, mais reste divisée entre fonctionnaires, oubliés du privé et gangrenée en entreprise par les suppléants « identitaires » des syndicats, les divers islamo-gauchistes, que l'extrême ultra-gauche du gauchisme (et ses parasites dérivés) ne dénonce jamais de peur de passer pour raciste ou admiratrice de Bardella. Le risque de perte d'identité est plus dans ces eaux que dans l'ubérisation que craint Marcel, car la multiplication de petites entreprises nous ramène aux nécessités émeutières du dix-neuvième siècle et pas au ronron conservateur et usiniste des forteresses ouvrières à Pétrograd ou chez Renault qui n'ont jamais cassé des briques pour la course de fond révolutionnaire. La perte d'identité ni le CCI ni Marcel n'en parlent jamais : elle est au carrefour de l'identité religieuse et de la diversité raciale oecuménique, qui, apparemment en marge (sociologique) de la politique sont là pour empêcher de penser...politique !

« Les personnes les plus religieuses, notamment les femmes qui ne veulent pas transiger sur le port du voile, ont tendance à « rejoindre soit des grands groupes internationaux où règne une culture communautaire soit des PME affinitaires où les signes religieux sont non seulement tolérés mais peuvent être valorisés, avance Hugo Gaillard, Maître de conférences en Sciences de gestion à l'université du Mans. On retrouve ce type d'entreprises affinitaires dans les secteurs de l'agroalimentaire, de la livraison de colis…et plus généralement dans les bassins d'emploi où l'islam est fortement représenté»4.

Au lieu de souligner les véritables divisions dans la classe ouvrière, frère Marcel reprend ce discours lénifiant de n'importe quel sociologue de télévision avec comme seul critère « le consommateur » : « L’endettement croissant des ménages pour compenser la baisse brutale de la part salariale Si l’endettement des ménages n’est pas un facteur explicatif à l’origine du recul des conflits sociaux comme le sont les cinq précédents, néanmoins il est venu les renforcer. En effet, une personne endettée est beaucoup moins encline à protester lorsqu’elle craint de perdre son travail. Individualisation et ubérisation du rapport salarial cassant les solidarités entre salariés L’application des logiques néolibérales entamée dès les années 1970-80 a progressivement démembré les politiques conventionnelles antérieures et contribué à individualiser le rapport salarial, rendant ainsi les prolétaires de plus en plus concurrents entre eux et démunis face aux patrons. La transformation des salariés en faux indépendants et l’ubérisation du travail via les plateformes informatiques en sont l’aboutissement ultime ».

Que les années 1980 n'aient pas débouché sur la révolution, je le regrette d'abord, je le comprends ensuite ! Que nous ayons voulu cette révolution le plus tôt possible, et qui paraît si éloignée à nouveau de nos jours, n'est pas à incriminer, ou alors c'est d'une mauvaise foi honteuse, basée sur la simple haine, qui se masque le fait que combat il y a eu mais que la classe bourgeoise a été la plus forte. Pas au cours des années 70, la baisse du nombre de grèves ne suffit pas à qualifier le moment de recul. Les vieilleries corporatistes d'Henri Simon n'expliquent rien. La combativité et la conscience ne dépendent pas des décomptes des sociologues ! Ensuite, de l'élection de Mitterrand au triomphalisme syndical à Gdansk et à la chute de la maison stalinienne, la classe bourgeoise mondiale su trop bien se sortir de ces successives « surprises » ! En résumé il y a bien eu un combat politique brouillon, masqué, parfois problématique mais dont on ne peut nier que la bourgeoisie est sortie victorieuse.

UNE CRITIQUE QUI PART DE LA PRINCIPALE IDEOLOGIE BOBO REFORMATRICE

Quelle honte ! Le CCI a négligé l'écologie pendant des décennies, pas un texte des lustres durant ! N égligence qui confirme la décadence mais du CCI nous assure frère Marcel du haut de sa chaire universitaire et face à son public de naïfs étudiants : « Les combats écologiques étant considérés comme des luttes parcellaires à dénoncer, les dégâts subis par l’environnement ne sont abordés que pour critiquer le capitalisme et y trouver appui pour sa théorie de la ‘décadence en 1914’. Nous montrons que ce dernier argument est inopérant ».

« Si les dégâts environnementaux constituent une preuve du caractère décadent du capitalisme, comme le clame aujourd’hui le CCI, comment alors expliquer cette indigence que tout le monde peut vérifier sur le site Web de cette organisation : pas un seul mot sur la nature et l’écologie dans sa plate forme, ni dans ses brochures, ni même dans sa Revue Internationale … à de micro-exceptions près ! En effet, sur les plus ou moins 1 200 articles de ses 171 numéros depuis 1975, seuls une dizaine sont explicitement consacrés à ce sujet … même pas un millième ! De plus, la temporalité de ces articles est tout aussi significative : rien durant un quart de siècle (1975-2000) à l’exception d’un seul et unique article en 1990 (1) , sept articles entre 2001-10, rien de 2011 à 2020, puis deux autres depuis 2021. L’on mesure l En fait, il existe bien un peu plus d’articles dans ses diverses presses territoriales, mais ils sont quasi exclusivement là pour dénoncer les partis verts comme bourgeois et les combats écologiques comme luttes parcellaires. Ce n’est que fort récemment que, surfant sur les préoccupations de la population par rapport aux enjeux climatiques, que cette organisation parle des enjeux écologiques … mais pas tellement pour discuter de ces problématiques comme telles, mais surtout comme argument pour tenter de valider sa position sur la décadence depuis 1914 et défendre l’urgence de renverser le capitalisme.

Autrement dit, alors que l’intensité énergétique (et donc la pollution thermique) augmentait fortement avant 1914, le capitalisme a pu la stabiliser puis la réduire relativement par après. Le capitalisme décadent a donc pu améliorer les rendements énergétiques tout en réduisant les rejets de CO2. Bref, les performances énergétiques en regard de la pollution sont meilleures en ‘décadence’ qu’en ‘ascendance’ ! Le CCI devrait en conclure que l’ascendance du capitalisme est après 1914 et la décadence avant ! Graphe 8.2 : Intensité énergétique mondiale ».

Or cet oubli n'en est pas un mais une claire conscience politique qu'il s'agissait, qu'il s'agit toujours d'un combat sectoriel mené par une partie de la petite bourgeoisie et pas de l'enjeu politique universel du renversement de l'ordre capitaliste. En revanche le seul reproche que je peux faire au CCI, c'est celui ne ne pas avoir analysé plus à fond l'écologie populiste comme substitutive à la disparition de tout programme économique, nationalisé ou pas, de la gauche bourgeoise. Le « programme » écologique présente le bienfait de vouloir « sauver l'humanité » en « protégeant la planète » car il est « internationaliste » comme ma sœur sur sa chaise roulante. Ce projet « révolutionnaire » s'est pourtant toujours traduit partout en écologie punitive et en argument gouvernemental pour faire avaler que le capitalisme (évolué au sens de frère Marcel) présente une nouvelle jeunesse, un bassin d'emplois, pour « sauver l'humanité » quand, au même moment ses bombes polluent des territoires entiers mais surtout massacrent de la chair à canon civile. L'écologie empêche-t-elle Poutine et Zelenski de se bombarder mutuellement ? L'abandon des centrales nucléaire par les idiots écologiques Hollande et Taubira au profit du clientélisme des PME aurait-il été autre chose qu'une vaste connerie ?

Enfin, comme les idéologies antiracistes, féministes, l'idéologie écologique commence vraiment à gonfler le prolétariat et les couches pauvres, à preuve l'effondrement attendu aux élections européennes de ces clowns arrivistes verts. Donnant raison à la dénonciation de l'idéologie écologique par le CCI il y a plus de quarante années.

Notons au passage que la féminisation de la force de travail , évoquée par frère écolo ne date pas de 1968 mais de de 1914...


à suivre


NOTES

1Ainsi, je me rappelle une réunion de la Commission Exécutive de la section en France du CCI au printemps 1979, où FM présentait le rapport sur la situation en France en défendant – avec moults rappels de rapports antérieurs, comme il sait bien le faire – l’analyse traditionnelle du CCI sur la gauche au pouvoir … et qui s’est retrouvé bien mari et désarçonné lorsque Marc Chirik a énoncé pour la première fois son analyse de la gauche dans l’opposition ! FM a-t-il sermonné Marc Chirik en lui rappelant que « Le point de départ d’un débat est avant tout le cadre partagé par l’organisation, adopté et précisé par les différents rapports de ses congrès internationaux » et que les arguments de Marc Chirik étaient « Une manière, insidieuse, de mettre en doute l’analyse de l’organisation [...] un mode d’argumentation fallacieux » ? Nullement, FM s’est tût, complètement assommé … pour, dès le lendemain, s’aplatir et défendre avec enthousiasme l’analyse de Marc Chirik, mais sans référence aucune au « cadre partagé par l’organisation, adopté et précisé par les différents rapports de ses congrès internationaux » et sans explication de son évolution ! Quelle belle honnêteté !

2Voir mon article dans mon blog : Mon art comment les paysans tombent dans le prolétariat (2)

3Voici un autre élément de critique pour le coup vraiment idéaliste, sociologique et psychologique : « Le CCI ne perçoit pas son reflux dès le milieu des années 1970 comme le montre le graphe ci-dessus mesurant l’intensité des conflits sociaux dans seize pays développés. Le CCI a donc manqué d’adapter ses orientations et sa forme organisationnelle et s’est perdu en « bêtises », « chamailleries » et « accusations mutuelles ». Toutes les explications que frère Marcel fustige comme « idéalistes » ne le sont point du tout, elles relèvent du domaine qu'il a abandonné, la politique : « Aveugle et incapable d’en comprendre leurs racines matérielles, il a systématiquement avancé des explications idéalistes à ses convulsions : « pénétration de l’idéologie petite-bourgeoise » ; « influence de l’esprit étudiant » ; « complot franc-maçon » ; « infiltration ésotérique » ; « gangrène de la décomposition » ; « clanisme » ; « nihilisme » ; « aventurisme » ; « égo boursoufflé » ; « individualisme intellectualiste », « haine de l’organisation » ; etc. Un vrai bestiaire dont la liste n’est pas exhaustive ».