Face
au constat d'une bourgeoisie entrée certes dans une période
d'instabilité politique, il convient pour tout révolutionnaire
marxiste de juger du rapport de forces et d'analyser les .possibles
ressources de l'ordre dominant pour sauver son système en cas de
crise politique majeure. Le bon score du cartel de la gauche punk,
qui n'est pas très rassurant car éclectique et assez irrationnel,
signifie-t-il que la gauche professionnelle de l'opposition se serait
rafistolée politiquement en insoumission correcte ? C'est ce
que semble penser le CCI, groupe cacochyme demi-séculaire accroché
à son antique explication de la « mystification d'une gauche
en opposition », comme frein irréfragable à l'émergence
d'une conscience révolutionnaire sincèrement prolétarienne et
strictement classique. Une théorisation en décomposition qui fait
figure de sophisme.
Or
pour l'essentiel, cette mystification de gauche bourgeoise - reposant
sur une prétendue défense des classes inférieures et s'arrogeant
d'en définir un avenir éternellement consensuel sous le régime
capitaliste - s'est tout bonnement effondrée depuis au moins vingt
ans, ne laissant que des scories wokistes et des bâtards
révisionnistes de la lutte des classes. Adieu veaux socialistes,
vaches communistes et cochons gauchistes !
Avec
ce radotage éternel d'une « gauche en opposition », le
groupe confirme être hors du réel face au renouvellement des
mystifications bourgeoises et surtout incapable de voir à quel point
les prétentions des bâtards de la gauche caviar à « empêcher
la classe ouvrière de prendre conscience des moyens et des buts de
son combat » sont dérisoirement punk, tout comme cette
présumée certitude à devenir une « force capable d'orienter
le mécontentement des ouvriers vers les urnes » alors que les
techniques de rabattage électorale sont aussi très vermoulues. Avec
ce raisonnement qui sent la naphtaline, on est encore dans l'ère
mitterrandolâtre et une configuration ringarde et disparue du lien
parti-syndicat modèle stalinoïde du siècle dernier : «
la prétention à parvenir au pouvoir d’une telle force accroît la
capacité des syndicats, déjà en train d’isoler et d’émietter
un nombre significatif de grèves, à bloquer l’expression de la
combativité de la classe ouvrière puisqu’ils appuieront leur
action sur le programme d’un parti prétendant améliorer ses
conditions de vie ».
Or,
côté syndical, où les grèves ne sont pas plus nombreuses que
significatives, il y a longtemps que la courroie de transmission est
rompue, Martinez de la CGT l'a d'ailleurs fait savoir à Mélenchon,
lui demandant de ne « pas mélanger les genres » (sic) :
« "Les
mobilisations sociales sont du ressort des organisations syndicales"
(11 juillet).
LE
STADE SUPREME DU POUVOIR D'ACHAT
Je
suis tout à fait d'accord avec Michael Heinrich que : « Faire
l'expérience de l'inégalité, de l'exploitation et de l'oppression
ne mène donc pas de manière inéluctable à la critique du
capitalisme, mais à une critique des conditions de vie au sein du
capitalisme ».
Les deux soucis primordiaux lors de la longue et morne campagne
électorale auraient été : 1. le pouvoir d'achat, et 2. la
sécurité. On avait connu jadis des promesses électorales plus
flamboyantes : le paradis socialiste avec Tonton, un socialisme
aux couleurs de la France avec feu Marchais, voire dans les limbes un
communisme enfin trouvé rapidement par Krivine ou en version CCI (en
marge électorale). C'est la première fois à ma connaissance que,
au lendemain d'une foire électorale, le Parlement s'est intronisé
syndicat, débutant sa législature non par une étude de lois
générales, mais....promesse de campagne face à l'inflation
galopante, où fût débattu ardemment un projet de loi sur le
pouvoir d'achat et une kyrielle de mesures de soutien : minimas
sociaux revalorisés, chèque alimentaire, remise carburant. A croire
que, enfin, un parlement bourgeois posait comme premier souci de son
règne, le niveau de vie (et d'exploitation de la classe ouvrière)
ou tout au moins « une batterie de mesures pour soutenir les
ménages frappés par l'inflation ». Que ces choses-là étaient
bien dites, loin des fadaises politiques idéologiques !
20:milliards d'aide étaient déjà sur la table !
Si
défendre la classe ouvrière c'est en rester au niveau des
pâquerettes gouvernementales sur le « pouvoir d'achat »
(concept aliéné, vous en conviendrez), il y a peu de chances que le
niveau de conscience s'élève au-dessus du pouvoir d'achat. C'est
d'ailleurs ce que je disais dans mon premier article sur le terme
électoral, face à la guerre en Ukraine.
En
outre, la percée de la NUPES n'a rien eu d'une reviviscence de la
gauche bourgeoise aux « valeurs ouvrières » mais ne fut
que pauvre mise en scène du triomphe antiraciste de la gauche punk,
que notre antique groupe feint d'ignorer : « On
a sous-estimé à mon avis que l'obligeance des médias à mettre
systématiquement en vedette et à citer les moindres pets de souris
de Mélenchon, finissant indirectement par le ridiculiser comme
marque déposée de la gauche neuneu. Son discours gêné et
incertain au début de la soirée du deuxième tour fut plus ridicule
et wokiste que le précédent : « Ouvrières,
ouvriers... » orna le début de l'homélie à une présumée
avance historique (en attente de l'abstention finale), pourtant
pratiquement pas d'ouvriers dans les rangs des godillots des partis
ni d'électeurs prolétaires en nombre ; l'ouvrière de LFI qui
est exhibée comme femme de ménage... noire n'est qu'un panneau
publicitaire antiraciste ; ce n'est plus l'être prolétaire qui
est mis en avant mais la couleur de peau, comme Macron avec le
nouveau ministre de l'Eduque Naze. Misère de l'idéologie
antiraciste ».
J'appuyais ce constat navrant avec celui de Jérôme Sainte-Marie :
« Il
serait possible de ne voir dans la consigne d’entre-deux-tours
donnée par Mélenchon que la traduction d’une concurrence
naturelle pour prendre la direction politique des classes populaires
s’il ne prônait désormais - la chose est assez récente - une
idéologie que l’on peut résumer sous les termes de wokisme ou
d’intersectionnalité. La position sociale y est placée sur le
même plan que le genre, l’appartenance religieuse ou l’apparence
ethnique et ne constitue plus qu’une identité parmi d’autres.
Contrairement à ce qui s’écrit parfois, il s’agit d’une
parfaite négation du marxisme, dont sont issus nombre des cadres les
plus anciens de La France insoumise ». Sans oublier que
Mélenchon a fait appel à ses ex-potes lambertistes, et a pu compter
sur le soutien de l'équipe à Poutou.
Du
gouvernement Macron aux « fachos » du RN et aux
« islamo-gauchistes », tous sont derrière le « pouvoir
d'achat » et prêts à s'adresser en premier lieu « aux
ouvrières et ouvriers » comme cette homélie ridicule de
Mélenchon une fois les bureaux de vote clos, jusqu'aux bavards Jadot
et Piolle dénonçant le rachat des RTT (mesure en effet sarkozienne)
comme « cheval de Troie d'une régression sociale ».
Croyez-vous que les prolétaires en général, peut-être en
particulier, croient ces divers chantres d'une démocratie de
carnaval ? Croient que ces apôtres du burkini en piscine et des
mosquées à la pelle, Piolle et Jadot, soient des défenseurs
émérites du prolétariat ?
La
réincarnation du terme ouvrier n'est que sa dissolution
On
aura noté que le terme ouvrier est en général occulté depuis des
années, parfois utilisé avec la connotation d'artisan ou de
manœuvre, mais jamais comme significatif de classe. Et que donc son
usage électoral ponctuel par la gauche punk ou tout autre organisme
bourgeois est risible, et interloque même cette masse d'employés et
d'ouvriers à qui on a fait croire depuis trente ans qu'ils étaient
devenus des « couches moyennes ». La catégorisation de
la classe ouvrière n'est pas nouvelle. Déjà dans les années 1970,
la gauche « en opposition » qualifiait les grèves
comprenant une majorité d'ouvriers étrangers (les activistes
bordiguistes aussi) de « luttes d'immigrés ». Dans le
même ordre d'idées, la gauche bourgeoisie a renouvelé ce
crétinisme avec les théories de la lutte raciale (dite
anti-raciste), de la mixité sociale (promotions et parités
raciales, etc.). Pour suivre l'évolution de ces mutations
idéologiques, il aurait fallu suivre plus attentivement les travaux
du fameux « pense pour vous » Terra Nova ; je pense
qu'il n'est pas trop tard pour en suivre les travaux idéologiques
très pertinents et source d'inspiration pour la plupart des gauches
bourgeoises.
Les
analyses de Terra Nova sont désormais la cervelle des gauches
bourgeoises. Les classes ne sont plus que populaires ou « couches
moyennes ». La population électorale est ainsi
découpée/découplée en quatre entités : les diplômés, les
jeunes, les minorités, les femmes. Terra Nova définit bien la base
électorale désormais de la gauche nunuche : « Les
minorités et les quartiers populaires. La France de la diversité
est presqu’intégralement à gauche. L’auto-positionnement des
individus révèle un alignement des Français d’origine immigrée,
et plus encore de la deuxième génération, à gauche – de l’ordre
de 80–20. On retrouve des scores de cette ampleur dans les bureaux
de vote des quartiers populaires, et encore de 62–38 dans les
zones urbaines sensibles ».
Ces
français « d'origine immigrée » ne sont donc pas censés
être membres de la classe ouvrière (du temps jadis) mais des
sous-catégories sociologiques (diplômés, migrants, femmes,
jeunes) plutôt enclines à voter simplement soumises à l'idéologie
de gauche punk.
En
réalité, et je l'ai déjà dit, le groupe de Mélenchon –
reconnaissant envers Terra Nova
- n'a pas pour vocation principale d'encadrer la classe ouvrière
– fort improbable vue son idéologie multiculturaliste - mais
d'encadrer les banlieues islamisées, d'être le relais de
l'intégration impossible à une culture moderne et laïque pour des
populations qu'on laisse dans l'illusion religieuse, laquelle est
plus efficace que toute trahison syndicale ou votation républicaine.
L'intégration politique que s'efforce de bonifier LFI correspond aux
besoins de l'Etat dans un double-jeu qui doit rester celé, afin de
sauver l'ordre et le désordre social, tout en tolérant une
magistrature bizarrement laxiste face aux viols et crimes commis par
des sans-papiers, logés et nourris finalement en prison. « Pas
de vague », « ne pas encourager la haine » disent
les pleureuses de la gauche bobo et mégalo, pourtant très haineuses
et méprisantes envers ces ouvriers « populistes » et
électeurs du RN.
Constater
une situation d'instabilité politique, qui noient en même temps les
problèmes véritables dans la confusion, ne signifie pas perte de
contrôle par la bourgeoisie, des contradictions n'empêchent
aucunement de régner par le chaos apparent, ce que confirme la
gestion étatique sereine pour l'heure. La nuance est encore apportée
par Michael Heinrich :
« Il
en résulte parfois que des mesures soient prises alors qu'elles sont
contraires à l'intérêt général capitaliste. Le lobbying, les
luttes d'influence, etc., ne sont donc pas des violations des règles,
mais précisément la manière par laquelle se déroule normalement
la recherche du consensus ».
LE
PROBLEME MIGRATOIRE SOUS LA TABLE
Dans
l'article de RI, l'analyse du tour de passe-passe raté de Macron,
visant à affaiblir le RN via le pitre Zemmour, permet de faire
oublier que le CCI, comme les gauchistes, avaient peur de Marine Le
Pen, dont le parti s'avère « plus responsable » (collabo
de Macron) que les agités du bocal mélenchoniste anti-cravate ;
mais pourquoi cette hargne sur le contrôle de l'immigration ?
Niée
par les sondages fabriqués sur mesure, mise systématiquement au
second plan la question migratoire reste un non-dit, d'autant que son
héraut déchu Zemmour, a été balayé du spectacle, pour deux
raisons, qui sont aussi celées : proposer une union des droites
à la classe ouvrière c'était lui offrir l'union de Neuilly +
Passy, l'affichage ensuite d'un nouveau parti ultra-hiérarchisé,
plein de pognon, magouilleur et sans programme crédible sauf la
chasse aux migrants. Une partielle prise en compte de ce problème,
plus clivant en cette phase de décadence du capitalisme informatisé
et impersonnel que jadis, a été prise en compte par le résidu du
PCF ainsi que Mélenchon avec cette heureuse formule « fâchés
pas fachos », mais sans aller plus loin, ni poser l'alternative révolutionnaire d'en passer à une autre monde où les populations n'auront pas à migrer n'importe comment et pourront vivre décemment là où elles vivent dans un monde d'échanges sans frontières.
Un
contrôle de l'immigration sauvage serait donc forcément abject !
Ce contrôle, souvent relatif est pourtant une constante de la
plupart des Etats dominants, et personne ne sensé ne peut en nier
l'utilité relative quoique regrettable en 1929 et aujourd'hui pour réguler une
implosion dont le capitalisme maîtrise de moins en moins les
conséquences dramatiques, qui dépassent le discours pleurnichard de
Noiriel.
Le CCI n'ose jamais se prononcer clairement sur ce sujet tabou et
reste sur la position laxiste et inconsciente des gauchistes,
présumée prolonger l'internationalisme classique. Sans doute du fait
de la centralité disparue d'une classe ouvrière « vieillissante »
et découpée désormais en « diplômés bobos, jeunes (plutôt
éduqués), de minorités (migrantes et multi-sexuelles, enfin des
femmes et des bobos), l'accueil charitable, calculé et cynique d'une
partie des masses de migrants fait-il figure de prolongement d'un
internationalisme sensé généraliser une conscience de classe,
quand la plupart des migrants se battent dans d'inextricables
situations individuelles sans possibilité de confraternité de
classe, et sont par contre des briseurs de rêve d'une humanité
débarrassée des religions, des superstitions et des violences
faites aux femmes dans l'aire arabo-islamique.
L'ancien
fan de Marchais, Roger Martelli, prétexte à son tour d'une fin de
centralité du « monde ouvrier » au profit d'un populisme
de gauche, auquel pourtant il ne fait pas confiance : « Marine
Le Pen prend le flambeau de la colère sociale et de la
contestation » mais se sert des immigrés comme
bouc-émissaire... Ce qui n'est plus tout à fait vrai car elle a
laissé le sale boulot à Zemmour, prouvant ainsi que si
l'immigration incontrôlée reste un souci dans la classe ouvrière,
la cause première reste le capitalisme. Martelli, avec son accent
provençal, n'esquivait pas le problème à la veille de l'élection,
quoique sans y apporter de réponse ni une véritable prise en
compte :
« Prenons
le cas de la question migratoire. Que cela plaise ou non, l’obsession
migratoire sera au cœur des débats politiques à venir, parce
qu’elle s’est hélas incrustée dans le champ des représentations
sociales. Pour en minorer les effets délétères, il ne suffira pas
de se réclamer de la primauté du social. L’extrême
droite, comme elle le montre en Italie, ne dédaignera pas en effet
de se placer sur ce terrain. Elle se contentera d’ajouter ce qui
semble une vérité d’évidence et qui fait sa force : la part
du gâteau disponible pour les natifs sera d’autant plus
grande que les convives seront moins nombreux autour de la table.
Tarissons les flux migratoires et nous aurons davantage à nous
partager… ».
Le soi-disant historien
Martelli reste un compagnon de route porte-parole du candidat des
« jours heureux », d'un PCF qui a grignoté des voix au
roi des bobos en ré-abordant (timidement) la question de
l'immigration, sans reconnaître toutefois que Marchais n'avait pas
dit que des conneries. Son argumentation est intéressante et sort de
l'ornière gauchiste multiraciale basée plus sur une morale que sur
une lucidité politique :
« On
admettra que les personnes menacées dans leur pays — dans leur
sécurité ou leur intégrité — par des mécanismes
politiques ou économiques, soient absolument fondées à faire
valoir leur droit de se rendre ailleurs. Et l’on peut pousser très
loin le raisonnement dans cette direction. Mais on doit aussi
considérer l’idée que toute personne a droit à une nation, à
une identité nationale capable de fonder une solidarité concrète,
établie autour de « biens communs », et donc à ne pas
voir son territoire national envahi par d’autres populations. On
peut aussi argumenter sur les droits des nations les plus pauvres
face aux nations les plus riches — sans parler des pillages dont
ils font l’objet. Mais
Jaurès, que l’on cite souvent lors de ces débats, ne parlait-il
pas d’un « socialisme
douanier »
visant « à
protéger la main d’œuvre française »
afin « de
ne pas substituer l’internationale du bien-être à
l’internationale de la misère » ?
Il
faudrait se reporter aux diverses conjonctures historiques et aux
divers contextes rhétoriques dans lesquels ont pu jouer tels ou tels
arguments ».
Martelli
démontre, par delà la question migratoire, que la classe ouvrière
en général reste et est restée nationale, face aux guerres. La
guerre en Ukraine révèle que, contrairement à ce que j'ai cru un instant avec
la résistance plus nationale que prolétaire en Biélorussie, la classe ouvrière est
incapable de s'opposer directement à la guerre en Russie ignoble, et
nulle part on ne voit se développer un mouvement international de
protestation comparable à celui qui avait eu lieu durant la guerre
du Vietnam. Ce
n'est pas la réunion en avril d'une dizaine de maximalistes utopiques
cf RI 494), parodiant la conférence de Zimmerwald et sans aucune
influence sur la classe ouvrière qui réveillera leur prolétariat fictif imaginé "géant endormi",
hélas, trois fois hélas! au point qu'on peut se demander si le prolétariat
comme « force centrale anticapitaliste » n'est pas mort
et enterré par sa propre incapacité et nullité politique plus que circonstancielle :
« Mais
entre les nations, on n’est plus dans le cadre d’une lutte autour
d’institutions publiques, où les diverses classes se disputent
leur contrôle et cherchent à modifier leur nature. À cette
échelle, ce n’est pas « la lutte » qui prévaut, c’est
« la guerre », du moins en dernière instance. L’étranger
est donc un ennemi potentiel. Dès lors, l’idée que « les
prolétaires n’ont pas de patrie » est à considérer avec
prudence. Ils ont certes de bonnes raisons de considérer que leur
patrie par excellence est l’humanité, de choisir la cause commune
contre leur propre nation si elle opprime les autres. Mais ils ont de
fait, comme les capitalistes — même si c’est d’une toute autre
façon — partie liée à leur base matérielle nationale. Le
clivage capital/travail ne suffit pas à rassembler les
« prolétaires » du monde entier. Reste en effet la
question « nationale », qui, à la différence de la
question de la « migration », est un vrai « problème » :
celui de la communauté nationale et du communautarisme spontané de
la nation ».
Puis
la thèse complotiste de la gauche punk immigrationniste (et de notre
milieu maximaliste) reprend le dessus :
« Jean-Louis,
trouve-moi du travail, une maison et une femme »
Azad
(réfugié politique iranien, 1980)
« La
ligne générale, face aux migrations, est donnée d’en haut. Il
est essentiel à la classe dominante que le peuple prenne peur. En
l’occurrence, sa stratégie a pour impératif de faire passer la
question migratoire pour un problème central, qui annoncerait un
danger vital. Il apparaît pourtant que le flux dont on parle est
relativement minime au regard de l’immense population européenne :
2,5 millions à nos portes, dit-on, pour 500 millions d’habitants.
La décision prise par Merkel, d’ouvrir plus largement les portes,
découlait de considérations pragmatiques, dans une Allemagne
menacée de vieillissement et manquant de main d’œuvre. Ces
humains qui nous arrivent, sont pour la plupart, dans la force de la
jeunesse. Les pays dans lesquels ils cherchent à se fixer n’ont
rien payé, ni pour les élever, ni pour les éduquer, ni pour les
former ; et il faudra attendre encore longtemps avant que ne
pèsent les coûts de leur vieillissement. Ils sont prêts à
travailler beaucoup sans trop exiger. De quoi se plaindrait-on,
là-haut ? En réalité, cela ne leur suffit pas. Car encore
faut-il qu’ils apparaissent dans le paysage comme un problème, un
énorme « problème », dont l’objet réel est de
masquer le fait que les fléaux qui s’abattent sur la classe
populaire — les pressions sur le salaire et l’emploi — dérivent
des politiques du capital ».
Il
est facile de dénoncer l'élite de l'Etat exploiteur comme il est
facile de traiter avec mépris de raciste la réception de la
multitude d'en bas Si l'analyse de l'exploitation des immigrés par
la bourgeoisie reste juste, elle est marquée par un énorme mensonge
qui consiste à s'appuyer sur le faible nombre d'arrivée (en
oubliant la masse des incontrôlés) sur les territoires pour nier
tout problème d'assimilation et de confraternité ; or la
concentration de nouveaux venus de toutes sortes (pas seulement des
personnes qui veulent travailler honnêtement) est centrée
énormément dans les grandes villes ou les anciennes cités
ouvrières comme Roubaix. La visibilité de l'immigration, de misère
et de faits divers, y est forcément plus visible. Population
carcérale, délits et agressions sont en grande partie le fait
d'immigrés arabes et noirs. J'ai toujours dit que cela était
« normal » de la part des derniers arrivés qui n'ont pas
la tâche facile pour s'intégrer (cf. les italiens avant-guerre).
Mais l'hypocrisie des « pas de vague » et d'un monde sans
frontières (même sous le capitalisme) se dévoile comme cynisme
bourgeois : le migrant qui débarque ne vient pas que pour
chercher du travail, ou échapper à une dictature, il veut fonder un
foyer, trouver un logement, etc ; se soucie-t-on par exemple des
besoins sexuels des migrants et des conséquences du fait qu'ils en
sont privés en général ? On se soucie plus dans la gauche
punk de contribuer à la construction des mosquées, ainsi avec « La
laïcité républicaine au secours des mosquées » :
« Après
le débat sur l’identité nationale, transformé en panel
islamophobe, l’UMP récidive aujourd’hui avec un nouveau « débat
sur la laïcité ». Nul doute qu’il aboutira aux mêmes
dérapages nauséabonds contre l’islam. La capacité de la laïcité
républicaine à permettre l’épanouissement de l’islam de
France, numériquement deuxième religion pratiquée dans notre pays,
méritait pourtant des échanges constructifs. Dans cette note,
François Loisy, Samuel Pommeret et Loïc Roche montrent que le cadre
juridique de la loi de 1905 autorise et facilite activement la
construction et l’entretien des mosquées. Un seul élément pose
problème : le financement direct de la construction des
édifices, laissée à la charge des associations cultuelles. Pour
assurer le nécessaire rattrapage du culte musulman, certains
proposent la suspension provisoire de la loi de 1905 mais des
« accommodements raisonnables » permettent de contourner
la loi sans la remettre en cause »
La
mixité sociale peut-elle casser des briques ?
La
série suivante de constats de Terra Nova ne peut pas choquer un
observateur impartial :
-
l’érosion de l’assise électorale des partis de gauche dans les
classes populaires s’est d’abord traduite à partir des années
1980 et 1990 par une augmentation de l’abstention et de
la non-inscription, notamment de la part des jeunes qui étaient
entrés sur le marché du travail à la fin des années 1970 et
qui se sont souvent éloignés de la politique ou simplement
émancipés des catégories droite-gauche.
si
la gauche n’avait pas capté les voix des classes moyennes et des
cadres ces trois dernières décennies, elle serait tout simplement
restée à l’écart du pouvoir pendant toute cette période. En
réalité, elle a inventé sans le dire le moyen d’accéder aux
responsabilités avec une faible part du vote ouvrier tout en
entretenant une rhétorique populaire qui tournait de plus en plus à
vide ;
Pendant
ce temps, les emplois peu ou pas qualifiés se sont massivement
déplacés vers les services aux personnes, le commerce, la
restauration, l’hôtellerie, la fonction publique territoriale…
Tandis que le monde ouvrier se contractait, celui des employés a en
effet continué à croître (27% de l’emploi total en 2019 contre
25% en 1982). Là encore, la composition des situations à
l’intérieur de cette grande CSP a changé : les employés
administratifs d’entreprise ont reculé sous l’effet des
révolution technologiques et cédé la place à de nouveaux
profils. Ce monde désormais largement féminisé n’a pourtant
guère attiré l’attention des états-majors de campagne, à
gauche comme à droite : les vendeuses, femmes de ménages,
hôtesses d’accueil, standardistes, aide-soignantes, assistantes
maternelles… sont restées des fantômes du discours politique.
Ce
mouvement d’individualisation croissante des relations d’emploi
qui installe une concurrence inédite « entre les travailleurs
eux-mêmes en tant que parties des produits échangés », a
peu à peu détruit le socle d’analyse des « rapports de
production » qui fondait l’ancienne lecture du social.
le
sentiment d’injustice qui traverse la société ne peut plus être
rapporté uniquement à une condition d’emploi, à une position
dans l’appareil productif ni même à une situation sur le
territoire. Des épreuves liées aux parcours de vie dessinent
aujourd’hui des expériences nouvelles des inégalités :
discriminations, précarisation des existences… Les discours
politiques doivent aussi prendre en compte cette colère que le
simple mécanisme d’agrégation des intérêts de classe ne permet
plus de capter.
Le
monde populaire de la société industrielle était en effet pour
une large part un monde fermé sur lui-même où l’on quittait
rarement son quartier, où l’on cultivait l’entre-soi et où
l’on regardait avec défiance celles et ceux qui éprouvaient le
désir de s’élever au-dessus de leur condition d’origine.
Depuis une cinquantaine d’années, les classes populaires ont au
contraire été portées ou poussées à une ouverture croissante
aux autres mondes sociaux, aux autres styles de vie et aux autres
univers culturels ».
C'est
au niveau de l'interprétation de la mixité sociale que Terra Nova
se ridiculise, avec une série de fabulations déconnectées de la
réalité :
La mixité aurait ouvert la voie :
à
une majorité de bacheliers contrairement aux sixties où la plupart
des jeunes terminaient l'enseignement avec un CAP ou un BEP.... mais
connaissaient l'histoire de France en écrivant avec peu de fautes,
quand aujourd'hui le bac est donné à des illettrés, même sortis
ingénieurs.
À
une majorité de femmes, débarrassées de leur mari et ayant
conquis « leur autonomie matérielle » ; quand cela
signifie paupérisation et perte d'autorité sur les enfants ;
avec
la fin d'un emploi industriel (peu qualifié) enfermant les salariés
dans des environnements limités « le développement des
emplois de services leur a ouvert des champs d’interactions
beaucoup plus diversifiées. Alors qu’elles étaient longtemps
restées en marge de la consommation de masse, les classes
populaires ont assez largement adopté les normes et valeurs
consuméristes des classes moyennes » ; du pipeau pour
justifier isolement, exclusion, suicides, absence de solidarité,
etc.
Les choix
résidentiels autant que certains choix politiques expriment cette
phobie de la promiscuité avec le bas de la distribution sociale. A
la lumière de cette complexité, l’idée qu’il existerait
quelque chose comme un « bloc populaire » opposé à un
« bloc bourgeois », par exemple, est une simplification
assez outrancière, qui ne peut conduire qu’à de nouveaux
aveuglements". Pas d'explication pourquoi les juifs sont obligés de
fuir la Seins saint-Denis ni pourquoi dans les quartiers ouvriers
« sensibles », les prolétaires français et immigrés
installés n'en peuvent plus des bandes e racailles (la sécurité
n'est qu'un problème de beauf pour gauchistes et CCI).
Le credo suivant de Terra
Nova résume assez bien la pensée bobo éclectique et l'admiration
pour les outsiders « créolisés »... qui méritent tous
les droits, même d'emmerder le peuple :
« Car
la France de demain réunit avant tout les « outsiders »
de la société, ceux qui cherchent à y rentrer, notamment sur le
marché du travail, mais n’y parviennent que difficilement :
les jeunes, les femmes, les minorités, les chômeurs, les
travailleurs précaires. Ils ont du mal car ils sont la principale
variable d’ajustement face à la crise d’une société
d’« insiders » qui, pour préserver les droits acquis,
sacrifie les nouveaux entrants. Ces « outsiders » ont
besoin de l’aide de la puissance publique pour surmonter les
barrières qui se dressent devant eux : ils ont besoin d’un
Etat qui les aide à s’émanciper, à briser le plafond de verre.
Ils sont soutenus par les plus intégrés (les diplômés),
solidaires de ces « exclus » par conviction culturelle ».
La
question culturelle et de civilisation moderne doit être rejetée
comme fantasme réac :
« Il
n’est pas possible aujourd’hui pour la gauche de chercher à
restaurer sa coalition historique de classe : la classe ouvrière
n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase
avec l’ensemble de ses valeurs, elle ne peut plus être comme elle
l’a été le moteur entraînant la constitution de la majorité
électorale de la gauche. La volonté pour la gauche de mettre en
œuvre une stratégie de classe autour de la classe ouvrière, et
plus globalement des classes populaires, nécessiterait de renoncer à
ses valeurs culturelles, c’est-à-dire de rompre avec la
social-démocratie ».
C'est
à dire avec le mouvement ouvrier car social-démocratie est devenue un terme étranger au prolétariat, mais les révisionnistes wokes ne
font jamais dans la nuance : la petite bourgeoisie serait
désormais centrale avec deux branches (pourtant opposées et clivées
entre Mélenchon et Le Pen) :
« L’électorat
« France de demain » est le nouveau mole central à
partir duquel la gauche doit rayonner pour constituer une majorité.
L’électorat à conquérir – l’électorat intermédiaire –
est divisé en deux : classes moyennes et classes populaires. La
coalition « France de demain » les intègre déjà en
partie et doit chercher à s’élargir aux deux. Mais la stratégie
n’est pas la même selon que l’on cible les classes populaires ou
les classes moyennes ».
Et
cerise sur le gâteau, face aux seniors forcément réacs :
« La
gauche doit dès lors axer sa campagne sur les priorités économiques
et sociales, où elles sont en phase, et faire oublier ses
convictions culturelles, notamment sur l’immigration et l’islam ».
Oui
le problème migratoire est la question centrale, non pas au sens du
réac Zemmour par la faute aux immigrés, mais parce que la
bourgeoisie fausse le problème avec les Mélenchon et Le Pen aussi
radicaux que des radis. Et c'est Jacques Bidet malgré une analyse
insuffisante qui pose le mieux la difficulté d'une unification de la
classe ouvrière :
« il lui apparaît possible (au capital) de les
affaiblir en les remplaçant, partiellement du moins, par de nouveaux
venus ou de nouvelles venues qui n’ont pas immédiatement la même
capacité de s’organiser, c’est là une opportunité dont il
s’empare spontanément. Mais ce qu’il vise frontalement c’est
la désorganisation du salariat dans
son ensemble,
sa pulvérisation : tel est l’objectif des politiques de
sous-traitance, des lois-travail et autres job
acts
aujourd’hui mis en vigueur un peu partout dans le monde selon une
logique de financiarisation, marchandisation et dérégulation. C’est
essentiellement sur cette grande opération de police qu’il compte
pour faire baisser les salaires et précariser les emplois. Le
patronat n’attend pas les immigrés pour « faire pression ».
À l’international, le grand levier de mise en concurrence est la
délocalisation. Pour ce qui n’est pas délocalisable (bâtiment,
restauration, etc.), une main d’œuvre « irrégulière »
peut faire l’affaire ; mais dès qu’elle est régularisée,
l’affaire cesse d’être juteuse ».
« Les
mesures qui sont proposées par les pouvoirs publics sous prétexte
d’endiguer leur
flot supposé ont principalement pour objectif et pour effet de fixer
cette population dans une situation sociale incertaine, clandestine
ou marginale, pour les rendre plus exploitables » C'est vrai,
mais d'une part le flot supposé n'est pourtant pas une supposition mais une réalité (comparée à il y a 30 ans) et d'autre part
la précarité et la situation sociale incertaine sont aussi le lot
.des travailleurs français.
La
complexité de la situation entraîne le fait finalement que les
travailleurs autochtones resteront paralysés sur cette question, ne
pouvant ni approuver la politique d'expulsion ni se féliciter de la
venue de concurrents ou d'une population porteuse de l'idéologie
musulmane qui ghettoïse et rend impossible la vie dans les quartiers
sensibles, quand bien même nos révolutionnaires de salon restent
fixés sur les lieux de travail, et indifférents aux problèmes de
meurtres répétés au couteau et aux violences jouissives des
racailles. La gauche punk enfin, outre de tenter de faire croire à
la validité de la mystification parlementaire, nous serine sans
honte que la solution est cette fadaise invraisemblable et moraliste
bourgeoise, version Bidet, qui nous donne envie de tirer la chasse :
« On
ne peut lutter contre la « mise en concurrence » que par
des législations qui permettent aux exilé·e·s, économiques ou
politiques, de jouir des mêmes droits sociaux et politiques que les
nationaux ».
NOTES