"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 23 août 2022

LE MYTHE DES ANNES FOLLES

 

Les piliers de la sté bourgeoise.

« Rien ne caractérise mieux le sérieux politique des années 20 que la disparition du vocable « idéal » utilisé jusque là avec plus ou moins de bonne foi par toutes les personnes nées au début du siècle ».

Günther Anders (George Grosz, p.39)


L 'exposition à Beaubourg « Allemagne années 20 : nouvelle objectivité » pour intéressante qu'elle est, est éclectique et surtout apolitique. Elle ne permet pas de comprendre vraiment de courant artistique qui se démarqua du dadaïsme et de l'expressionnisme. Pour en comprendre l'originalité et la « froideur », esquissons une brève chronologie :


1914 : Première Guerre mondiale

1919 : échec de la révolution en Allemagne/ traité provisoire de Versailles

1920 : fondation du parti nazi

1921 : répression de Kronstadt/ occupation de la Ruhr

1922 : Staline devient secrétaire général du parti/ marche sur Rome de Mussolini

1923 : 2ème échec de la révolution en Allemagne/ occupation de la Ruhr par l'armée française

1924 : mort de Lénine/ Mein Kampf de Hitler

1925 : jusqu'à 1927 : tragédie de la révolution chinoise

1926 : bolchevisation des PC européens

1927:fin de la guerre civile en Chine et écrasement du mouvement communiste

1928 :fondation des frères musulmans en Egypte

1929 :krach économique mondial au mois d'octobre

La « folie joyeuse » des années 1920 prend un coup de vieux au simple énoncé du cataclysme politique un peu partout dans le monde, surtout en Europe avec l'isolement de la révolution en Russie puis sa lente désagrégation intérieure sous la férule stalinienne. En gros ce sont les débuts de la contre-révolution, laquelle va être renforcée par le krach boursier qui malgré quelques insurrections échouées mènera à la deuxième boucherie mondiale. Rien de très joyeux. Alors pourquoi l'historiographie et la sociologies bourgeoises entretiennent-ils le mythe d'années heureuses ?

Pour cacher et atténuer les conséquences de la guerre mondiale sur toute la société et voiler la nécessité impérieuse, de toutes façons, de la recommencer cette guerre ; ce que perçoivent confusément les artistes de la « nouvelle objectivité », basée sur un désenchantement du monde et une claire vision de sa décadence. Leurs productions sont froides et cyniques. Ils montrent que 'humain a disparu derrière la technique, que les ouvriers ne sont plus que des figurants, que la distraction n'est plus que pornographie.

Ils représentent d'abord des putes, caricaturées à l'excès, indirectement contre ce féminisme


bourgeois qui célèbre une émancipation des femmes par leur entrée massive dans le monde du travail, sans oublier les engagées volontaires comme infirmières au front. Singulière émancipation pour ces milliers de femmes veuves qui remplacent à l'usine leurs hommes décimés dans la boucherie des tranchées, où c'est bien plus de 200 morts par jour si on compare avec le conflit ukrainien actuel. Symbole de la volonté d'effacement de l'idéologie capitaliste, et ultra cynique, la « garçonne ». La disparition d'une masse considérable d'hommes laisse non seulement des millions de veuves éplorées mais on leur propose comme substitut cette ombre d'homme qu'est la femme au cheveux courts, qui se veut dérision de la carence en hommes, en même temps que soi-disant émancipation grâce à a cette coupe au carré.

Ces années révèlent une société qui tangue encore secouée par la vague révolutionnaire qui a bouleversé le monde depuis la fin des années 1910. Le combat pour toutes sortes de libertés (culturelle, artistique, sexuelle) ne s'avoue pas vaincu. La libération des femmes comme l'émancipation du prolétariat resteront pourtant des illusions perdues.

Paris aurait été l'épicentre de ces « joyeuses » années folles. Or si la petite bourgeoisie s'amuse, danse et copule, les banlieues ouvrières proches exsudent la misère ; la révolte ne va éclore que plus tard au cours des années 1930. On danse au quartier latin, à Montparnasse et à Montmartre, mais on danse... pour oublier provisoirement la boucherie et la disparition de millions d'hommes. Ce que comprennent certains. Comment cautériser les blessures de la Première Guerre mondiale, sinon par une exubérance nourrie de rythmes effrénés ? La victoire de la vie sur la mort était censée écarter le souvenir des charniers. Ces spasmes joyeux secouèrent les États-Unis (Roaring Twenties), la Grande-Bretagne (Happy Twenties), l’Allemagne (Goldene Zwanziger), pays dont les territoires ont été épargnés par une guerre qui s’est jouée essentiellement sur le sol français. Un vernis joyeux et une forme d’étourdissement – plutôt urbains et socialement marqués – qui ont masqué dans cette mythologie de l’après-guerre tant de deuils, de misères, de drames, de plaies, de traumatismes, de champs de ruines…

Une relecture de la diplomatie des Années folles peut conduire à d’autres conclusions quelques années plus tard face à de nouveaux dangers. La conscience de forces menaçantes existe déjà (en 1922, le fascisme est déjà au pouvoir en Italie, et, en Allemagne, le parti national-socialiste rencontre ses premiers succès) et ne peut être annihilée par quelques soirées dansantes. Comme joyeusetés il y a le développement d'un chômage de masse joint aux nombreux éclopés de 14-18.


Le dadaïsme avec Grosz et Otto Dix avait déjà dénoncé le militarisme de la bourgeoisie, dénonçant le chaos sociale de la nouvelle République. Aux côtés du courant « nouvelle objectivité » Grosz continue avec ses dessins glaçants à constater que des êtres humains ont été transformés en machines à tuer durant toute la guerre ; il montre les vétérans démobilisés, mutilés, réduits à la mendicité ! Joyeuses années 1920 ! Il désigne les nationalistes revanchards qui plastronnent.

Tout ce courant « nouvelle objectivité », dans ses tendances de droite comme de gauche, exhibe un être humain qui n'est plus qu'une chose parmi les autres choses, simple automate dans un environnement froid, sans aucun sentiment.C'est un sentiment de honte qui domine en Allemagne. Il faut dissimuler ses affects pour voiler ce sentiment de honte, jouer avec cet air d'indifférence. Excepté Grosz, Dix et Brecht, membres d'un parti communiste autrement décent que ce qu'allait devenir les partis stalinisés à la fin des années 1920, on arbore une société d'individus froids, alignés dans leur spécificité professionnelle, une panoplie de types sociaux : marchands, ouvriers, chômeurs, avocats, patrons bedonnants. Les regards sont distants et vides.

Les vies des ouvriers paraissent écrasées par l'absence d'horizon, même quand les familles ouvrières


pique-niquent c'est à l'ombre de murs d'immeubles laids. Peintures et photos tentent d'opposer une culture prolétarienne face à la nouvelle industrie du loisir.

EN ALLEMAGNE : LA NOUVELLE OBJECTIVITE SOUS WEIMAR

Avec l'écrasement des tentatives révolutionnaires qui visaient à se relier avec le bolchevisme au pouvoir, en 1918-1919, s'effondrent en Allemagne les aspirations humanistes sur lesquelles s'articulait le mouvement appelé « expressionniste ». Malgré les troubles politiques et l'inflation qui durent jusqu'en 1923, la bourgeoisie met en place ses corps administratifs de la nouvelle République allemande. Dans la désillusion, les velléités d'élaborer un « Homme nouveau » qui étaient inhérentes au courant artistique expressionniste deviennent alors caduques. Une autre époque s'ouvre où le pragmatisme est appelé à se substituer aux rêveries idéalistes pour affronter le désastre social et moral consécutif à la défaite, c'est « la nouvelle objectivité », froide et distante en apparence. Avec les échecs révolutionnaires successifs la petite bourgeoisie artistique oscille entre réaction et résignation, tentant de se réfugier dans l'abstraction.

Deux « ailes » sont à distinguer dans « la nouvelle objectivité ». À droite, « un conservatisme allant jusqu'au classicisme », prônant le dessin d'après nature et se référant à Michel-Ange, à Ingres. À gauche, un « néo-naturalisme » ayant intégré les formes héritées des avant-gardes antérieures, et qui cherche à lever le voile sur le « chaos » de l'époque, à en montrer la décadence.

Cette création artistique est malgré tout exubérante, créative dans sa démonstration de « l'objectivation » du monde, ce qu'on nommera bien plus tard, et après-guerre, aliénation. Elle nrest pas passive, elle est liée à la notion de Gebrauch (utilité) dans les domaines du théâtre, de la littérature et de la musique. Ses œuvres ont un caractère didactique sous leur froideur et avec leur aspect scandaleux (qui peut être assimilé aussi à une décadence). L'artiste privilégie l'exposition des faits sur l'exploration des sentiments, dans un style clair. Au théâtre, Piscator et Brecht introduisent un système narratif qui permet au spectateur d'analyser l'intrigue et de s'éveiller politiquement. La pièce de Piscator, dont Grosz a réalisé les décors (ses dessins remplacent parfois les acteurs) – Les aventures du brave soldat Sveik - a connu une énorme succès dans toute l'Allemagne.

La Neue Sachlichkeit - « Nouvelle Objectivité » - se démarque dans un contexte artistique où


l'expressionnisme et le dadaïsme règnent encore. Parallèlement, à la faveur des épisodes de crises politiques et économiques, une extrême-droite s'organise. Hitler qui prendra le pouvoir en janvier 1933. les nazis qualifieront ce courant d' Art dégénéré voire d'art judéo-bolchevique dégénéré, puis s'efforceront de l'annihiler, éliminant ses tenants, au nom de leur « art héroïque ».

La signification artistique et politique de ce mouvement, plutôt pessimiste et annonciateur d'une paralysie générale face au triomphe de la contre-révolution, n'apparaît pas suffisamment dans cette exposition trop hétéroclite, dispersée... qui trop embrasse...

Une chose est sûre, les années folles apparaissent par contre-coup comme une invention de la bourgeoisie jouisseuse française.


UN CONSEIL :Voir surtout la galerie d'affiches contre la guerre : https://wodka.over-blog.com/2019/05/die-neue-sachlichkeit-ou-la-peinture-au-temps-de-weimar.html





dimanche 21 août 2022

La Haute intensité de la marche à la troisième guerre mondiale sera-t-elle contrariée par une résurgence de la lutte de classe ?


Le jeu de cons de Poutine et Zelenski a au moins un aspect encourageant : cette guerre fratricide accélère crise économique et paupérisation du prolétariat. La conjonction de ces deux conséquences sera-t-elle suffisante pour nous mener à la révolution internationale ? A moins que la centrale de Zaporijia et le cataclysme climatique ne mettent tout le monde d'accord ?

Vers le conflit de « haute intensité » ? mais lequel ?

Le mardi 16 août sur LCI, en fin d'après-midi, un quarteron de journalistes discutaient avec un général d'aviation de l'alarme sonnée par... plusieurs généraux : « la France n'est pas en mesure de mener un conflit de « haute intensité ».

On apprenait que l'armée française manque de bateaux, d'avions, de canons, de matériel militaire divers, que le porte-avions De Gaulle fait figure de relique. Le tout avec le sourire et les élongations habituelles sur le méchant Poutine. N'y a-t-il pas eu un relâchement dans l'effort militaire depuis tant d'années : effectifs réduits, baisse de la production d'armement, etc.

Mais lorsqu'une journaliste plus courageuse que le général posa la question qui tue : « vous croyez qu'en France on est prêt à supporter 200 morts par jour comme en Ukraine ? Vous connaissez mal la jeunesse actuelle ».

De plus le général perdit sa faconde lorsqu'elle invoqua la complicité des politiques et l'obéissance de l'armée au moment des massacres au Rwanda. Il défendit l'honneur de « nos troupes » sans que la journaliste baisse la garde, alors que l'animateur de l'émission détournait déjà l'algarade en demandant : « c'est quoi une guerre de haute intensité » ?

Oh, comme en Ukraine répondit le général un peu troublé et plus aussi fair play. Question intensité Macron ne fut guère plus clair. Il avait dénoncé vendredi 19 août «l'attaque brutale» de la Russie en Ukraine et appelé les Français à «accepter de payer le prix de la liberté», alors que le conflit a déjà de lourdes conséquences économiques en Europe, et surtout sociales (silence sur les grèves en Belgique, Allemagne et Angleterre).

«Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d'âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes, parfois à la facilité et à l'adversité et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs», a lancé le chef de l'État lors d'une cérémonie pour le 78e anniversaire de la libération de Bormes-les-Mimosas (Var) le 17 août 1944.


Copie minable de l'alcoolique Churchill en 1940 : « « Je n'ai à offrir que Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » Face «cette guerre qui tonne à nos portes», Emmanuel Macron a salué la «résistance héroïque» du peuple ukrainien face aux «assauts terribles de l'armée russe et de ses supplétifs». «Oui, les fantômes de l'esprit de revanche, les violations flagrantes de la souveraineté des États, l'intolérable mépris des peuples, la volonté impérialiste ressurgissent du passé pour s'imposer dans le quotidien de notre Europe, de nos voisins, de nos amis», a-t-il martelé.

Les grèves en Belgique et en Angleterre ont poussé la bourgeoisie française à se montrer plus intelligente que ses consoeurs européennes

Le président avait déjà préparé les Français à une rentrée et un hiver difficiles, lors de son interview du 14 juillet, en raison des risques de pénuries d'énergie et de la flambée des prix induits par la guerre en Ukraine. Il avait alors accusé la Russie d'utiliser le gaz comme une «arme de guerre» en limitant ses livraisons en riposte aux lourdes sanctions européennes la visant et appelé à «rentrer collectivement dans une logique de sobriété» énergétique. Le géant gazier russe Gazprom a de nouveau annoncé vendredi une interruption de ses livraisons à l'Europe durant trois jours, pour des raisons de «maintenance», ravivant les craintes de pénurie en Europe et surtout les conséquences sociales.

La grève en extension au pays du Brexit est particulièrement exemplaire comme le montre l'article suivant de 20 minutes publié il y a trois jours. D'abord cette lente généralisation, encore limitée à un niveau national,  prouve que le prolétariat (ce géant endormi comme disait le CCI) est capable de se réveiller, et en tout cas de relever la tête. Deuxio cette classe ouvrière que l'on disait désarticulée à cause des désindustrialisations successives, montre sa capacité à agir par delà ses dimensions corporatives (qu'on disait funestes à toute lutte d'ensemble), avec la colonne vertébrale des services publics marchent du même pas aussi bien les manutentionnaires d'Amazone que les employés des réseaux téléphoniques (professions qu'on disait anéanties par l'individualisme). Troisio la bourgeoisie anglaise est clairement suicidaire si elle veut encore nous la jouer Thatcher !

Royaume-Uni : Une grève générale inédite qui « témoigne du malaise » de toute une population

Une grève massive et nationale du secteur public reprend dans toute l’Angleterre

Ce jeudi, les cheminots anglais sont en grève et devraient bientôt être rejoints par les employés des ports, les facteurs, les éboueurs et même le secteur public de la santé dans les semaines à venir.

  • Des salaires trop bas et une inflation qui dépasse les 10 % dans le pays sont à l’origine de ce mouvement qui est pourtant rarement et difficilement mis en place an Grande-Bretagne.

  • Avec une situation économique qui ne risque pas de s’améliorer cet hiver et l’élection d’un nouveau Premier ministre dans une quinzaine de jours, le mouvement pourrait se prolonger et provoquer une crise durable.

Ce jeudi, veille de l’avant-dernier week-end des vacances scolaires, seul un train sur cinq a circulé dans le pays. Une grève SNCF de plus en France ? Non, cette fois, c’est outre-Manche que cela se passe et c’est beaucoup plus exceptionnel que chez nous. Le Royaume-Uni connaît en effet son plus important mouvement de grève depuis des décennies. Vendredi, l’ensemble du réseau de transport de Londres sera quasi paralysé, tandis qu’un autre jour de grève des trains est prévu samedi. Dimanche, les dockers du port de Felixstowe (est de l’Angleterre) entameront une grève de huit jours.

Ils devraient être suivis par les postiers, les employés de l’opérateur télécoms BT, les manutentionnaires d’Amazon, les éboueurs et même les avocats pénalistes. Après l’été, le mouvement pourrait se propager aux fonctionnaires de l’enseignement ou encore de la santé. En cause : une crise majeure du pouvoir d’achat. « Ces derniers mois, les employés du secteur public n’ont été augmentés que de 4 %, alors que l’inflation, a dépassé les 10 %. Ça n’avait jamais été aussi élevé depuis 40 ans », explique à 20 Minutes Sarah Pickard, maîtresse de conférences en civilisation britannique contemporaine à la Sorbonne Nouvelle.

« Les gens ont peur »

Cette grève générale entamée par les cheminots, loin de créer de l’animosité, suscite plutôt la compassion, puisque c’est finalement toute une population qui se retrouve dans le même bateau. Ce « sont des gens comme moi, nous essayons tous de gagner notre vie et de nous débrouiller. J’ai toute la sympathie du monde pour eux », lance ainsi un voyageur en gare de Leeds, au nord de l’Angleterre, à un journaliste de l’AFP sur place.

L’inflation touche particulièrement le secteur de l’énergie qui est complètement privatisé et dont les prix ont bien plus augmenté qu’en France, mais également l’alimentation. « Les populations modestes et aussi les classes moyennes sont touchées. Et ça va empirer cet hiver pour entrer dans une crise durable », prédit Sarah Pickard, alors que la Banque anglaise estime que l’inflation dans le pays va dépasser les 13 % en octobre. « Les gens ont peur et les syndicats témoignent d’un malaise que l’on n’avait pas connu depuis longtemps. »

Le parcours du combattant des grévistes anglais

Quelque chose que les Britanniques n’avaient pas connu depuis longtemps non plus, c’est une grève générale. « La dernière grève nationale massive date de 2011 », rappelle Sarah Pickard, par ailleurs autrice de l’ouvrage Civilisation britannique. Écoles, hôpitaux et services municipaux avaient alors tourné au ralenti afin de manifester leur mécontentement face à la réforme des retraites. On est loin des manifs parisiennes, mais il faut dire qu’au Royaume-Uni, on ne fait pas grève aussi souvent qu’en France. D’abord parce que « ça n’est pas culturel » et ensuite parce que « Margaret Thatcher a fait adopter une loi pour que cela soit particulièrement difficile de faire grève et que loin d’avoir été supprimée depuis, cette loi a été renforcée par le gouvernement, actuel », souligne l’experte.

Les grèves spontanées sont complètement interdites, il faut d’abord déposer un préavis de vote, puis organiser un vote des syndicats tout en « sachant que la voix des absents est considérée comme un vote contre ». Malgré ce chemin de croix, les syndicats sont parvenus à organiser ce qui apparaît comme le plus gros mouvement de grève du rail depuis 1989, la fin des années Thatcher. Reste à savoir si cette grève provoquera des négociations.

Le mouvement pourrait « se poursuivre indéfiniment »

Le secrétaire général du syndicat RMT, Mick Lynch a prévenu que faute d’accord salarial, le mouvement pourrait « se poursuivre indéfiniment » et même s’étendre à « chaque secteur de l’économie ». Pour Sarah Pickard, les syndicats ont les moyens de faire pression sur le gouvernement, car avec le Brexit, « le pays manque de main-d’œuvre ». Certaines grèves ont déjà été évitées suite à des offres de rémunération jugées satisfaisantes, notamment dans une entreprise de ravitaillement en carburant à l’aéroport d’Heathrow ou parmi le personnel au sol de British Airways. L’issue de cette crise dépendra aussi beaucoup de l’élection du futur Premier ministre. Mais entre Rishi Sunak et  Liz Truss « tous deux très à droite et assez déconnectés du peuple », il n’est pas sûr que les syndicats obtiennent satisfaction, selon Sarah Pickard. « D’ailleurs, les deux souhaitent faire tout simplement interdire les grèves dans les services publics essentiels ». Le ton est donné.

Ce dimanche matin, France Info s'interroge à son tour :

« Elles sont baptisées les "grèves de la colère". Depuis le début de l'été, le Royaume-Uni est touché par une série de journées de mobilisation contre l'inflation, qui frappe le pays plus sévèrement que ses voisins en Europe. Le mouvement s'est accentué jeudi 18 août, avec des débrayages massifs. De nombreux secteurs, dont les transports, ont appelé à la grève pour obtenir des hausses de salaire. Vendredi, le métro londonien a été quasiment entièrement paralysé et samedi, seul un train sur cinq circule dans le pays. En juin, 50 000 conducteurs de train s'étaient déjà mis en grève pour dénoncer des "milliers de licenciements prévus".


« L'inflation a atteint outre-Manche 10,1% en juillet – contre 6,1% en France – et pourrait atteindre 13% en octobre, un niveau jamais atteint depuis 30 ans. Le Royaume-Uni est ainsi le pays du G7 avec l'inflation la plus élevée. Cette hausse généralisée des prix s'explique principalement par l'explosion des tarifs de l'énergie, en lien avec la guerre en Ukraine.

Contrairement à la France, le Royaume-Uni n'a mis en place aucun bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l'électricité. Les ménages britanniques ont ainsi été touchés de plein fouet. Des milliers de Britanniques menacent d'ailleurs de ne plus payer leurs factures à partir du 1er octobre si les prix ne redescendent pas".

Il est vrai que l'on n'a jamais assisté dans l'histoire à une telle exigence de hausse des salaires, même en 68 :

« Les salariés grévistes réclament des revalorisations de salaire au niveau de l'inflation, c'est-à-dire 13%. Leur revendication n'a, pour l'instant, pas trouvé écho. Les employés du secteur ferroviaire ont refusé une offre de revalorisation des salaires à hauteur de 8%, faite par la société privée Network Rail, en échange de leur consentement à des réformes pour moderniser la société. Les syndicats accusent la société privée de vouloir en réalité procéder à des licenciements massifs.

Dans les transports publics londoniens, plombés par la pandémie de Covid-19 et qui cherchent des solutions de financement pérennes, les salariés font aussi grève pour s'assurer que les emplois, le régime de retraite et les conditions de travail seront maintenus ».

LA BOURGEOISIE ANGLAISE EST DEBILE

« Le ministre des transports, Grant Shapps, a reproché aux syndicats d'avoir refusé l'offre de 8% de Network Rail sans l'avoir proposée au vote à leurs membres. "Si seulement les patrons syndicaux proposaient cette offre à leurs membres, je suis presque sûr que cette grève serait terminée", a-t-il commenté au micro de la BBC.

Liz Truss, favorite dans la course à la succession de Boris Johnson à Downing Street, a elle aussi accusé les syndicats de bloquer la situation. "En tant que Premier ministre, je ne laisserai pas notre pays être rançonné par des syndicalistes militants", a-t-elle déclaré dans un tweet. La conservatrice a promis qu'elle réprimerait plus durement la grève quand elle serait Première ministre ».

« Le maire de Londres, Sadiq Khan, accuse lui le gouvernement conservateur de "pousser délibérément (les syndicats) à la grève à Londres". Le travailliste a par ailleurs dit qu'il comprenait les revendications des grévistes, bien qu'il ne soutienne pas le mouvement. "Je pense que les grèves sont un signe d'échec, mais il est important de comprendre les frustrations et les inquiétudes des travailleurs des transports", a-t-il déclaré sur Sky News.

La radicalisation des syndicats suffira-t-elle à endiguer un mouvement dont la seule issue sera une généralisation à l'international ?

« Le secrétaire général du syndicat Maritime and Transport (RMT), Mick Lynch, a prévenu que la grève des cheminots pourrait "se poursuivre indéfiniment" si aucun accord satisfaisant n'est trouvé. A Felixtowe, le plus grand port de fret du pays, les dockers ont déposé un préavis de grève de huit jours à compter de dimanche. Cette mobilisation menace de mettre à l'arrêt une grande partie du trafic de marchandises du Royaume-Uni. Ce port n'avait pas connu de grève depuis 1989.

"Je pense que le public britannique en a assez d'être arnaqué par ce gouvernement et par les entreprises britanniques, avec des entreprises comme BP et British Gas qui font des profits énormes alors que les gens ont du mal à gagner leur vie", a déclaré Mick Lynch samedi sur la BBC (en anglais).

À suivre, indéfiniment...

                                          Vous y croyez vous à un remake du tchatchérisme à la veille de la WW3?





jeudi 11 août 2022

L'ECOLOGIE PUNITIVE DU CAPITALISME


 (en attendant la guerre nucléaire)

« Il y a la crainte que la transition écologique ne soit qu’un piège social de plus ».

Eloi Laurent (économiste)1

La préservation de la planète est désormais conçue par tous les partis politiques bourgeois comme une croisade apolitique face à ce fléau, la pollution, dont nous serions tous également responsables. Fréquents sont les appels œcuméniques et surtout moraux, à la mobilisation, de la part notamment des personnalités et des politiques les plus médiatiques, avec ce credo bourré dans le crâne dès la maternelle « il faut sauver la terre ». Incontestablement toute l'humanité est concernée, avec un bémol étranger à toutes ces croisades écologiques : qui est véritablement responsable ? Quitte à vous choquer vous tous les bien-pensants de la bobo-écologie : la pollution n'est pas le problème c'est sa cause qui l'est, et sa cause c'est le capitalisme historique et hystérique dans toute son irrationnalité et inconscience. Plus grave que la pollution ou le réchauffement climatique2 en ce moment : LES GUERRES IMPERIALISTES en extension !

Des groupes révolutionnaires maximalistes le démontrent très bien3.

Révolution Internationale : « De même, les canicules en chaîne, comme celle s’étant abattue sur l’Inde et le Pakistan en mars et avril derniers, rappellent que les cataclysmes liés au dérèglement climatique menacent toujours davantage l’humanité. Les effets les plus extrêmes (canicules, sécheresses, inondations, tempêtes, etc.) tendent même à devenir la norme et rendront bientôt impossible la vie humaine dans des régions entières de la planète ».

Battaglia Comunista : conférer à l'article superbe de feu Mauro Stefanini : « Capitalisme et environnement » traduit par Jean-Pierre Laffitte, que j'ai envoyé à tous ceux qui me l'ont demandé. Les publications de ces groupes, si elles ne font aucune concession au « réformisme écologique », ne cessent de bégayer à chaque fin d'article « seule la classe ouvrière peut sauver le monde », qui sonne très oecuménique, ressassant des généralités pompeuses sur ce soi-disant « géant endormi » qui reste invisible au moment d'une guerre comme celle en Ukraine (immobilisme et lâcheté de la classe ouvrière russe) sans aucune mobilisation à l'échelle internationale. Aucune révolution n'a commencé du fait de la crise économique ou par une accumulation de grèves, contrairement à la vision néo-syndicaliste de la plupart de nos maximalistes ; Michael Heinrich a bien démontré ce fait4. Si révolution il y a à long terme, ce sera probablement à cause d'une catastrophe planétaire, mais certainement pas du domaine écologique, totalement manipulé par le pouvoir.

Or, si la lecture de ces articles déjà très anciens analyse bien les responsabilités indéniables du capitalisme, un survol de la littérature scientifique récente concernant les moteurs de la dégradation de l’environnement montre bien par contre que les responsabilités sont fortement différenciées, que ce soit pour « les pauvres » et des pays dits « sous-développés », où la pollution n'est pas vraiment un problème puisqu'elle empeste et génère maladies et catastrophes dont se fout le monde occidental.

Les clichés « affreux, sales et méchants », héritage du mépris bourgeois du 19ème siècle, restent ancrés dans l'arrière-fond de la propagande bourgeoise planétaire, jusque dans les religions et en particulier l'islamique5. Oui ils étaient affreux et sales mais, pas de leur fait, absence d'eau courante, proximité et exiguïté des habitations...

On généralise encore sans vergogne en laissant accroire que la richesse est associée à la préservation de l’environnement, voire que les riches protègent mieux l’environnement que les pauvres, ce qui à ce jour ne fait l’objet d'aucune investigation sérieuse6. On fait payer l'écologie aux pauvres prolétaires pas seulement psychologiquement mais au niveau de leur niveau de vie, mais surtout par les privations et l'accès à une nourriture dégueulasse... par manque de moyens (quoique « c'est de leur faute ») ; l'écologie officielle apparaît donc à ceux d'en bas, comme une question de « moyens »...

Le coût élevé des diverses obligations et installations liées à l'écologie, va avec cette notion stupide de « pouvoir d'achat », que je ne cesse de dénoncer comme lubie syndicaliste collabo du système marchand, à qui je préfère le « pouvoir de vivre » ; dans l'OBS, un auteur démontre brillamment le ridicule du « pouvoir d'achat »7

« Je trouve très étonnant que ce terme fasse autant consensus, à l’heure où les crises écologiques s’accélèrent sous nos yeux et alors qu’elles sont visiblement le fruit empoisonné de notre pouvoir de tout acheter (…) la focalisation sur les indicateurs macroéconomiques standards, comme le revenu ou la croissance du PIB, conduit à négliger la qualité de la vie humaine en favorisant la destruction de la biosphère »8.

Sur cette « écologie punitive » il faut hélas constater que c'est le groupe trotskien LO (plutôt néo-stalinien et populiste) qui a produit le meilleur et le plus percutant article pour décrypter cette idéologie qui n'a pas simplement pour but de moquer les pauvres mais surtout de décrédibiliser une classe ouvrière sale et méchante, qui fume et picole9.

EXTRAITS

La protection des ressources naturelles a servi à justifier les plans d'austérité

Et cela ne doit pas surprendre. La critique de la société dite de consommation, thème chéri de la plupart des groupes écologistes, était en harmonie avec l'idéologie d'austérité que prôna la bourgeoisie, en particulier à partir de 1973-74.

Les experts du Club de Rome avaient, sans doute et pour partie en tout cas, voulu avertir leur classe des problèmes réels créés par la dégradation croissante de l'environnement et par les risques croissants de catastrophes, qui pouvaient affecter éventuellement des bourgeois eux-mêmes. Mais leur cri d'alarme avait aussi et surtout un objectif propagandiste : il a contribué dans les années 70 à utiliser la protection des ressources naturelles pour justifier les plans d'austérité. Cela correspondait au tournant de la situation de l'économie capitaliste, pour laquelle les profits commençaient à ne plus passer par les investissements productifs.

Si bien que l'idéologie écologiste faisait une sorte de pendant à l'idée de la « Croissance zéro ». Quand les écologistes affirmaient qu'il vaut mieux « être » qu' « avoir », cela restait un peu obscur, mais quand ils déclaraient «  la contestation du milieu de vie sera plus révolutionnaire que celle du niveau de vie », qu'ils se sont mis à préconiser le partage du travail et des salaires (pas des revenus en général, des salaires !) comme moyen pour combattre le chômage, la convergence idéologique est mieux apparue. D'ailleurs, de l'écologiste inconnu au conseiller des organismes officiels, voire au ministre, bien des trajectoires ont été rapides.

Environnement, une valeur marchande

Les patrons savent se mettre au vert quand ils y voient leur intérêt. Ils ont su bien souvent « recycler » la mode écologiste à leur profit. Rhône-Poulenc fait sa publicité autour de l'écologie tout en étant parmi les gros pollueurs sur le plan mondial. Son PDG, Jean-René Fourtou, l'a dit lui-même : «  D'une charge nécessaire, l'environnement est devenu un « business » pour nous ».

Le traitement des déchets est devenu une branche industrielle sur laquelle la Générale et la Lyonnaise des eaux occupent une position de quasi-monopole. Si l'amiante a rapporté en son temps, le marché du désamiantage est aujourd'hui convoité. Les produits « verts », ou « éco-produits », se sont multipliés - il y a même eu des SICAV « vertes » lancées sur le marché financier voici quelques années : cela entre dans le cadre de la concurrence.

Plus fort : aux États-Unis, des « droits à polluer » ont été instaurés. Des entreprises peuvent choisir de s'équiper anti-pollution ou de payer pour avoir le droit d'émettre un certain montant de substances nocives. Elles peuvent céder leurs droits à d'autres entreprises qui trouvent plus avantageux de polluer en payant. Les échanges passent par une société de courtage. Avec un véritable marché boursier des « droits de pollution », un sommet est atteint !

Une fraction de l'écologisme qui se veut plutôt de gauche parle volontiers de solidarité et de démocratie, rejoint le courant humanitaire des divers mouvements « sans frontières » ; elle a une coloration humaniste et progressiste, tout en n'allant pas au-delà d'un vague réformisme gestionnaire. Tandis qu'une autre composante véhicule des idées d'attachement à la terre qui rappellent le vieux fonds pétainiste français et son thème « La terre, elle, ne ment pas ».

Les notions d'ordre et de stabilité sont au centre des soucis de ce courant conservateur, tout comme le culte d'une nature mythique qui est déjà allé de pair dans le passé avec des mouvements et des régimes d'extrême-droite. Aujourd'hui, on voit le Front national prôner une sorte de « national-écologisme », et Bruno Mégret, l'un de ses dirigeants, déclarer que «  les partis écolos-gauchistes sont une espèce en voie d'extinction », et prôner un retour «  à une éthique et une esthétique de la vie qui raniment le sens du sacré et de la durée, et permettent à l'homme de retrouver la conscience de ses racines et de son identité », préconisant de mettre «  la science humaine au service des lois naturelles et de la nature », car pour ces individus «  défendre la faune, la flore, les sites, le patrimoine, c'est défendre ce que l'on est, c'est défendre son identité », contre «  l'écologisme cosmopolite »... Il «  pose comme essentielle la préservation du milieu ethnique, culturel et naturel de notre peuple »10.

« Contrairement à ce que feint de croire une partie du mouvement écologiste, qui se borne à dénoncer les « excès du libéralisme », ces problèmes sont, pour l'essentiel, sans solution dans le cadre de la société capitaliste ».

« Les problèmes d'environnement montrent, ensuite, à quel point la propriété privée des moyens de production, du sol par exemple, est contradictoire avec les impératifs d'une gestion rationnelle des ressources naturelles ».

« L'arrêt des guerres et des dépenses d'armement, la reconversion de toute cette industrie de mort en fabrication de biens utiles aux populations, voilà déjà un grand pas en avant qui serait rendu possible. Selon un rapport de l'ONU qui date de quelques années, les dépenses nécessaires d'urgence dans le monde en matière d'eau potable ne s'élèveraient sur dix ans qu'à trois mois de dépenses militaires. Ou encore, le prix payé pour deux navires de guerre par la Malaisie en 1992 aurait suffi à fournir de l'eau potable pendant un quart de siècle aux cinq millions d'habitants de ce pays qui en manquent »11.

Une écologie punitive pour les affreux, sales et fainéants

Les termes « écologie punitive » ne sont pas montrables pour nos prudes maximalistes (utopiques) car la notion serait trop utilisée par l'extrême droite. D'abord l'extrême droite dans certains de ses constats ne dit pas que des conneries12. Elle semble avoir été usitée par les chasseurs initialement puis par Ségolène Royal, alors ministre de l'écologie, puis plus tard par Valérie Pécresse. Heureuse trouvaille que j'ai fait aussi mienne. Car, même sans cette caractérisation, l'expression correspond bien à ce que la majorité de la classe ouvrière ressentait depuis les années 1970, dès l'instant où l'écologie signifia avant tout protection du « cadre de vie » des plus aisés de l'invention du bio à la voiture électrique (comme le démontre l'article de LO que je salue par après). Le plus caricatural de cette « écologie de luxe » reste l'étalage paradoxal à notre époque de gros SUV (qui consomment plus donc polluent plus même que le petit tacot de l'ouvrier) en ville. Je suis effaré de constater souvent dans les embouteillages que ces grosses merdes sont plus nombreuses que les voitures des pauvres. J'ai déjà rapporté que les cadres sont désormais aussi nombreux que les ouvriers, ont les moyens de se payer des voitures à quarante mille balles, votent NUPES et cie. Preuve que nous les sexagénaires et septuagénaires nous ne connaîtrons jamais de notre vivant la révolution face au long règne du « pouvoir d'achat » des bobos exhibitionnistes de leur confortable résidence secondaire et qui affirment leur domination en collant sans cesse au cul de ma Twingo de 200313. Certains ne craignent pas de dénoncer une « ségrégation sociale », en particulier au Brésil14.

À Paris, où la grande majorité des petits bourgeois interviewés évoquent spontanément les conséquences sociales de la pauvreté et considèrent comme évident que tous les enfants ne disposent pas des mêmes opportunités et chances de réussite, ces bobos de droite affirment que les adultes qui restent pauvres manquent de volonté pour s’extraire de leur condition, et, à l'unisson de la clique à Macron, les critiques de l’État-Providence étalent leur même mépris de la paupérisation.On nage dans un tel cynisme qu'il ne faut pas s'étonner que nombre de jeunes considèrent le travail avec mépris et ne veuille plus travailler... ce qui n'est pas pour autant révolutionnaire mais romantisme petit-bourgeois!

Les principes du « pollueur-payeur » fondent cette idéologie « punitive ». La hausse des prix étant attribuée à la rareté des ressources, le niveau de vivre des plus démunis, retraités et chômeurs, est encore plus coulé. Cette pensée réactionnaire a pris naissance, comme le wokisme, aux États-Unis à la fin des années 1970, en tant que « courant de la Justice Environnementale » qui s'est mis à étudier la distribution des activités polluantes selon des critères sociaux, économiques ou ethniques, et tente de démontrer en quoi cette répartition peut être considérée comme juste ou inique. Issus de mouvements sociaux de base inspirés es mouvements hippies et gauchistes pour les droits civiques des années 1960 et 1970, ils concluent la plupart du temps à la présence d’injustices environnementales, et se branlent de la paupérisation et de l'exploitation du prolétariat.

C'est le tinctanctoctoc Terra nova qui ets le plus indigné par cette accusation d'écologie punitive, et avec un angélisme,stupéfiant :

« A rebours de ces caricatures, l’écologie politique ne poursuit pourtant d’autres fins que de rendre le monde plus hospitalier à notre séjour, notre vie plus harmonieuse avec le vivant et de faire que se renouvelle encore longtemps pour les générations futures l’éblouissant spectacle de la nature. La clé-de-bras rhétorique est d’arriver à retourner l’émancipation en continence, et le progrès en chagrin. (hi hi) Finalement, le plus surprenant est sans doute la facilité avec laquelle les pourfendeurs de l’écologie punitive déportent le débat sur le terrain social, en se présentant comme les hérauts des petites gens « qui n’ont pas les moyens d’être vertueux », comme dit Valérie Pécresse. On sait par exemple que 3,5 millions de ménages vivent en situation de précarité énergétique, principalement parmi les 30% de Français les plus pauvres, et que le nombre de foyers ayant des difficultés à payer leurs factures d’énergie a presque doublé entre 2013 et 2020 (la récente flambée des prix dans ce secteur a certainement assombri un peu plus le tableau ces derniers mois). Pour eux, ce n’est pas la rénovation thermique ou le changement de chaudière qui sont punitifs, mais le statu quo.

Ce statu quo, c'est à dire l'état de choses existantes signifie, contrairement aux dires de cet âne de Terra nova, qu'il est normal que la rénovation thermique et le changement de chaudière soient obligatoires... pour sauver la planète ou les industriels et l'Etat bourgeois ? Des études ont été menées sur les inégalités dans la consommation d'énergie où les principaux pollueurs ne sont pas ceux qu'on croit :

« Il ressort de ces études sur la consommation d’énergie qu’il existe des inégalités sociales importantes dans ce domaine, qui ont probablement augmenté au cours des dernières décennies et dont une composante importante est l’énergie contenue dans les produits manufacturés (consommation d’énergie dite « indirecte »). (…) Il ressort que les ménages à hauts revenus et les plus éduqués ont la consommation alimentaire la plus génératrice de CO2. Les auteurs précisent toutefois que le groupe des « privilégiés » et celui des jeunes, dont la consommation est la moins « durable », représentent respectivement moins de 20 % et 10 % de la population, ce qui conduit à se pencher sur les pratiques des classes moyennes et populaires et à encourager la pérennité de leurs traditions culinaires ainsi qu’une plus grande consommation de produits bio. Parmi les PCS, les cadres sont à l’origine de la plus grosse quantité d’émissions de CO2, du fait principalement de leur niveau de consommation élevé15.

Je laisse la conclusion à un camarade du web, Corvaisier :

« L'idéologie écologique remplit un rôle assez similaire à celui des philosophies irrationalistes.

Elle formate le comportement de la population en s'appuyant sur des prescriptions simplistes et évidentes (qui n'éteint pas la lumière en sortant d'une pièce ?) justifiées par une sorte de connexion imaginaire entre l'individu et une totalité (votre acte va sauver la planète) ».

 


NOTES

2Au lieu de produire des avions de guerre, qu'on produise des canadairs !

3RI n° d'août 2022, mais c'est surtout un extraordinaire article de 1976 qui vaut d'être relu : ECOLOGIE, FÉMINISME, RÉGIONALISME... UN FREIN A LA LUTTE DE CLASSE le 2 avril, 1976 https://fr.internationalism.org/content/10177/ecologie-feminisme-regionalisme-frein-a-lutte-classe

Lire aussi un remarquable article de 1990 de CD Ward : Ecologie : c'est le capitalisme qui pollue la Terre, Soumis par Revue Internationale.https://fr.internationalism.org/rinte63/ecologie.htm

4« Les luttes de classe sont avant tout des luttes au sein du capitalisme : le prolétariat lutte pour ses conditions d'existence en tant que prolétariat, pour des salaires plus élevés, de meilleures conditions de travail, la fixation légale des droits, etc. Dans cette mesure les luttes de classe ne sont pas le signe d'un faiblesse particulière du capital, ou même d'une révolution imminente, mais bien plutôt la forme normale du mouvement que prend la conflictualité entre la bourgeoisie et le prolétariat ». Critique de l'économie politique, p.259, 260.

5« Le Livre sacré propose souvent l´espace vert adjoint à l´eau pure comme parabole du lieu idéal. Il suffit de vérifier ses affirmations. Versets par versets, il appelle à prendre conscience que tout l´écosystème est lié. La protection de la nature dans toutes ses dimensions dépend des valeurs morales et éthiques que l´on porte. Le Coran lie l´homme et la nature. L´état de l´un rejaillit sur l´autre. La culture musulmane encourage le développement des espaces verts et l´amour de la patrie repose aussi sur l´attachement à la Terre. Les espaces verts contribuent à la formation de microclimats sains, à l´amélioration des rendements du travail, à la réduction des pollutions et des maladies, au raffermissement des liens sociaux et au renforcement des espaces de convivialité. En somme, ils constituent des points d´ancrage de la qualité de la vie. D´où le célèbre hadith qui stipule que «même un instant avant la fin du monde il faut planter un arbre» ». Le web regorge d'un tel bla-bla modernisé de cette religion qui est une police de la pensée et du mensonge.

7https://www.nouvelobs.com/ecologie/20220809.OBS61833/et-si-soutenir-le-pouvoir-d-achat-etait-une-mauvaise-idee.html . Il faut reconnaître que nos chers maximalistes utilisent très peu voire pas du tout cette notion punitive...capitaliste ! C'est El Watan qui alerte : «Près de 230 000 tonnes de déchets plastiques jetées chaque année dans la Méditerranée : L’Égypte, l’Italie, la Turquie et l’Algérie viennent en tête (…) la mer méditerranéenne est entourée de pays aux réalités socio-économiques contrastées et constitue donc un bon modèle pour étudier et ensuite façonner une grande variété de actions liées à la fois aux déchets plastiques et aux microplastiques. Selon ce rapport, une meilleure gestion des déchets dans les 100 villes les plus polluantes pourrait réduire le rejet de plastique dans la Méditerranée de 50 000 tonnes par an ». https://www.elwatan.com/pages-hebdo/magazine/legypte-litalie-la-turquie-et-lalgerie-viennent-en-tete-29-10-2020

8Ibid.

9https://www.lutte-ouvriere.org/documents/archives/cercle-leon-trotsky/article/le-communisme-l-ecologie-et-les

l'article est très long, mais désolé pour nos maximalistes, abordent vraiment le sujet de fond, l'exploitation et la mystification de la classe ouvrière, avec toutefois les aspects petits bourgeois populistes comme la défense des camionneurs et des petits commerçants. Idem pour leur défense des anciennes colonies (le colonialisme n'est pas éternellement responsable de l'incurie des Etats du tiers-monde. En outre des couches parmi les plus paupérisées du prolétariat ne sont pas vraiment des exemples d'hygiène, sans oublier canailles et racailles.

10Ibid.

11Ibid.

12« non à la bobo-écologie punitive », complètement d'accord !

14Ségrégation sociale et écologique : https://www.serge-paugam.fr/docs/TELERAMA_10_17.pdf Date OCT 2017 Comment les riches voient-ils les pauvres?Le sociologue Serge Paugam a mené l'enquête
dans les beaux quartiers de Paris, Sâo Paulo etDelhi. Ses conclusions ont de quoi inquiéter.

mardi 2 août 2022

LA GAUCHE BOURGEOISE S'EST-ELLE rabibochée ?


Face au constat d'une bourgeoisie entrée certes dans une période d'instabilité politique, il convient pour tout révolutionnaire marxiste de juger du rapport de forces et d'analyser les .possibles ressources de l'ordre dominant pour sauver son système en cas de crise politique majeure. Le bon score du cartel de la gauche punk, qui n'est pas très rassurant car éclectique et assez irrationnel, signifie-t-il que la gauche professionnelle de l'opposition se serait rafistolée politiquement en insoumission correcte ? C'est ce que semble penser le CCI, groupe cacochyme demi-séculaire accroché à son antique explication de la « mystification d'une gauche en opposition », comme frein irréfragable à l'émergence d'une conscience révolutionnaire sincèrement prolétarienne et strictement classique. Une théorisation en décomposition qui fait figure de sophisme.

Or pour l'essentiel, cette mystification de gauche bourgeoise - reposant sur une prétendue défense des classes inférieures et s'arrogeant d'en définir un avenir éternellement consensuel sous le régime capitaliste - s'est tout bonnement effondrée depuis au moins vingt ans, ne laissant que des scories wokistes et des bâtards révisionnistes de la lutte des classes. Adieu veaux socialistes, vaches communistes et cochons gauchistes !

Avec ce radotage éternel d'une « gauche en opposition », le groupe confirme être hors du réel face au renouvellement des mystifications bourgeoises et surtout incapable de voir à quel point les prétentions des bâtards de la gauche caviar à « empêcher la classe ouvrière de prendre conscience des moyens et des buts de son combat » sont dérisoirement punk, tout comme cette présumée certitude à devenir une « force capable d'orienter le mécontentement des ouvriers vers les urnes » alors que les techniques de rabattage électorale sont aussi très vermoulues. Avec ce raisonnement qui sent la naphtaline, on est encore dans l'ère mitterrandolâtre et une configuration ringarde et disparue du lien parti-syndicat modèle stalinoïde du siècle dernier : «  la prétention à parvenir au pouvoir d’une telle force accroît la capacité des syndicats, déjà en train d’isoler et d’émietter un nombre significatif de grèves, à bloquer l’expression de la combativité de la classe ouvrière puisqu’ils appuieront leur action sur le programme d’un parti prétendant améliorer ses conditions de vie ».

Or, côté syndical, où les grèves ne sont pas plus nombreuses que significatives, il y a longtemps que la courroie de transmission est rompue, Martinez de la CGT l'a d'ailleurs fait savoir à Mélenchon, lui demandant de ne « pas mélanger les genres » (sic) : « "Les mobilisations sociales sont du ressort des organisations syndicales"  (11 juillet).

LE STADE SUPREME DU POUVOIR D'ACHAT

Je suis tout à fait d'accord avec Michael Heinrich que : « Faire l'expérience de l'inégalité, de l'exploitation et de l'oppression ne mène donc pas de manière inéluctable à la critique du capitalisme, mais à une critique des conditions de vie au sein du capitalisme »1. Les deux soucis primordiaux lors de la longue et morne campagne électorale auraient été : 1. le pouvoir d'achat, et 2. la sécurité. On avait connu jadis des promesses électorales plus flamboyantes : le paradis socialiste avec Tonton, un socialisme aux couleurs de la France avec feu Marchais, voire dans les limbes un communisme enfin trouvé rapidement par Krivine ou en version CCI (en marge électorale). C'est la première fois à ma connaissance que, au lendemain d'une foire électorale, le Parlement s'est intronisé syndicat, débutant sa législature non par une étude de lois générales, mais....promesse de campagne face à l'inflation galopante, où fût débattu ardemment un projet de loi sur le pouvoir d'achat et une kyrielle de mesures de soutien : minimas sociaux revalorisés, chèque alimentaire, remise carburant. A croire que, enfin, un parlement bourgeois posait comme premier souci de son règne, le niveau de vie (et d'exploitation de la classe ouvrière) ou tout au moins « une batterie de mesures pour soutenir les ménages frappés par l'inflation ». Que ces choses-là étaient bien dites, loin des fadaises politiques idéologiques ! 20:milliards d'aide étaient déjà sur la table !

Si défendre la classe ouvrière c'est en rester au niveau des pâquerettes gouvernementales sur le « pouvoir d'achat » (concept aliéné, vous en conviendrez), il y a peu de chances que le niveau de conscience s'élève au-dessus du pouvoir d'achat. C'est d'ailleurs ce que je disais dans mon premier article sur le terme électoral, face à la guerre en Ukraine2.

En outre, la percée de la NUPES n'a rien eu d'une reviviscence de la gauche bourgeoise aux « valeurs ouvrières » mais ne fut que pauvre mise en scène du triomphe antiraciste de la gauche punk, que notre antique groupe feint d'ignorer : « On a sous-estimé à mon avis que l'obligeance des médias à mettre systématiquement en vedette et à citer les moindres pets de souris de Mélenchon, finissant indirectement par le ridiculiser comme marque déposée de la gauche neuneu. Son discours gêné et incertain au début de la soirée du deuxième tour fut plus ridicule et wokiste que le précédent : « Ouvrières, ouvriers... » orna le début de l'homélie à une présumée avance historique (en attente de l'abstention finale), pourtant pratiquement pas d'ouvriers dans les rangs des godillots des partis ni d'électeurs prolétaires en nombre ; l'ouvrière de LFI qui est exhibée comme femme de ménage... noire n'est qu'un panneau publicitaire antiraciste ; ce n'est plus l'être prolétaire qui est mis en avant mais la couleur de peau, comme Macron avec le nouveau ministre de l'Eduque Naze. Misère de l'idéologie antiraciste »3. J'appuyais ce constat navrant avec celui de Jérôme Sainte-Marie :

« Il serait possible de ne voir dans la consigne d’entre-deux-tours donnée par Mélenchon que la traduction d’une concurrence naturelle pour prendre la direction politique des classes populaires s’il ne prônait désormais - la chose est assez récente - une idéologie que l’on peut résumer sous les termes de wokisme ou d’intersectionnalité. La position sociale y est placée sur le même plan que le genre, l’appartenance religieuse ou l’apparence ethnique et ne constitue plus qu’une identité parmi d’autres. Contrairement à ce qui s’écrit parfois, il s’agit d’une parfaite négation du marxisme, dont sont issus nombre des cadres les plus anciens de La France insoumise ». Sans oublier que Mélenchon a fait appel à ses ex-potes lambertistes, et a pu compter sur le soutien de l'équipe à Poutou.

Du gouvernement Macron aux « fachos » du RN et aux « islamo-gauchistes », tous sont derrière le « pouvoir d'achat » et prêts à s'adresser en premier lieu « aux ouvrières et ouvriers » comme cette homélie ridicule de Mélenchon une fois les bureaux de vote clos, jusqu'aux bavards Jadot et Piolle dénonçant le rachat des RTT (mesure en effet sarkozienne) comme « cheval de Troie d'une régression sociale ». Croyez-vous que les prolétaires en général, peut-être en particulier, croient ces divers chantres d'une démocratie de carnaval ? Croient que ces apôtres du burkini en piscine et des mosquées à la pelle, Piolle et Jadot, soient des défenseurs émérites du prolétariat ?4

La réincarnation du terme ouvrier n'est que sa dissolution

On aura noté que le terme ouvrier est en général occulté depuis des années, parfois utilisé avec la connotation d'artisan ou de manœuvre, mais jamais comme significatif de classe. Et que donc son usage électoral ponctuel par la gauche punk ou tout autre organisme bourgeois est risible, et interloque même cette masse d'employés et d'ouvriers à qui on a fait croire depuis trente ans qu'ils étaient devenus des « couches moyennes ». La catégorisation de la classe ouvrière n'est pas nouvelle. Déjà dans les années 1970, la gauche « en opposition » qualifiait les grèves comprenant une majorité d'ouvriers étrangers (les activistes bordiguistes aussi) de « luttes d'immigrés ». Dans le même ordre d'idées, la gauche bourgeoisie a renouvelé ce crétinisme avec les théories de la lutte raciale (dite anti-raciste), de la mixité sociale (promotions et parités raciales, etc.). Pour suivre l'évolution de ces mutations idéologiques, il aurait fallu suivre plus attentivement les travaux du fameux « pense pour vous » Terra Nova ; je pense qu'il n'est pas trop tard pour en suivre les travaux idéologiques très pertinents et source d'inspiration pour la plupart des gauches bourgeoises5.

Les analyses de Terra Nova sont désormais la cervelle des gauches bourgeoises. Les classes ne sont plus que populaires ou « couches moyennes ». La population électorale est ainsi découpée/découplée en quatre entités : les diplômés, les jeunes, les minorités, les femmes. Terra Nova définit bien la base électorale désormais de la gauche nunuche : « Les minorités et les quartiers populaires. La France de la diversité est presqu’intégralement à gauche. L’auto-positionnement des individus révèle un alignement des Français d’origine immigrée, et plus encore de la deuxième génération, à gauche – de l’ordre de 80–20. On retrouve des scores de cette ampleur dans les bureaux de vote des quartiers populaires, et encore de 62–38 dans les zones urbaines sensibles ».

Ces français « d'origine immigrée » ne sont donc pas censés être membres de la classe ouvrière (du temps jadis) mais des sous-catégories sociologiques (diplômés, migrants, femmes, jeunes) plutôt enclines à voter simplement soumises à l'idéologie de gauche punk6.

En réalité, et je l'ai déjà dit, le groupe de Mélenchon – reconnaissant envers Terra Nova7 - n'a pas pour vocation principale d'encadrer la classe ouvrière8 – fort improbable vue son idéologie multiculturaliste - mais d'encadrer les banlieues islamisées, d'être le relais de l'intégration impossible à une culture moderne et laïque pour des populations qu'on laisse dans l'illusion religieuse, laquelle est plus efficace que toute trahison syndicale ou votation républicaine. L'intégration politique que s'efforce de bonifier LFI correspond aux besoins de l'Etat dans un double-jeu qui doit rester celé, afin de sauver l'ordre et le désordre social, tout en tolérant une magistrature bizarrement laxiste face aux viols et crimes commis par des sans-papiers, logés et nourris finalement en prison. « Pas de vague », « ne pas encourager la haine » disent les pleureuses de la gauche bobo et mégalo, pourtant très haineuses et méprisantes envers ces ouvriers « populistes » et électeurs du RN.

Constater une situation d'instabilité politique, qui noient en même temps les problèmes véritables dans la confusion, ne signifie pas perte de contrôle par la bourgeoisie, des contradictions n'empêchent aucunement de régner par le chaos apparent, ce que confirme la gestion étatique sereine pour l'heure. La nuance est encore apportée par Michael Heinrich :

« Il en résulte parfois que des mesures soient prises alors qu'elles sont contraires à l'intérêt général capitaliste. Le lobbying, les luttes d'influence, etc., ne sont donc pas des violations des règles, mais précisément la manière par laquelle se déroule normalement la recherche du consensus »9.


LE PROBLEME MIGRATOIRE SOUS LA TABLE

Dans l'article de RI, l'analyse du tour de passe-passe raté de Macron, visant à affaiblir le RN via le pitre Zemmour, permet de faire oublier que le CCI, comme les gauchistes, avaient peur de Marine Le Pen, dont le parti s'avère « plus responsable » (collabo de Macron) que les agités du bocal mélenchoniste anti-cravate ; mais pourquoi cette hargne sur le contrôle de l'immigration ? 10

Niée par les sondages fabriqués sur mesure, mise systématiquement au second plan la question migratoire reste un non-dit, d'autant que son héraut déchu Zemmour, a été balayé du spectacle, pour deux raisons, qui sont aussi celées : proposer une union des droites à la classe ouvrière c'était lui offrir l'union de Neuilly + Passy, l'affichage ensuite d'un nouveau parti ultra-hiérarchisé, plein de pognon, magouilleur et sans programme crédible sauf la chasse aux migrants. Une partielle prise en compte de ce problème, plus clivant en cette phase de décadence du capitalisme informatisé et impersonnel que jadis, a été prise en compte par le résidu du PCF ainsi que Mélenchon avec cette heureuse formule « fâchés pas fachos », mais sans aller plus loin, ni poser l'alternative révolutionnaire d'en passer à une autre monde où les populations n'auront pas à migrer n'importe comment et pourront vivre décemment là où elles vivent dans un monde d'échanges sans frontières.

Un contrôle de l'immigration sauvage serait donc forcément abject ! Ce contrôle, souvent relatif est pourtant une constante de la plupart des Etats dominants, et personne ne sensé ne peut en nier l'utilité relative quoique regrettable en 1929 et aujourd'hui pour réguler une implosion dont le capitalisme maîtrise de moins en moins les conséquences dramatiques, qui dépassent le discours pleurnichard de Noiriel11. Le CCI n'ose jamais se prononcer clairement sur ce sujet tabou et reste sur la position laxiste et inconsciente des gauchistes, présumée prolonger l'internationalisme classique. Sans doute du fait de la centralité disparue d'une classe ouvrière « vieillissante » et découpée désormais en « diplômés bobos, jeunes (plutôt éduqués), de minorités (migrantes et multi-sexuelles, enfin des femmes et des bobos), l'accueil charitable, calculé et cynique d'une partie des masses de migrants fait-il figure de prolongement d'un internationalisme sensé généraliser une conscience de classe, quand la plupart des migrants se battent dans d'inextricables situations individuelles sans possibilité de confraternité de classe, et sont par contre des briseurs de rêve d'une humanité débarrassée des religions, des superstitions et des violences faites aux femmes dans l'aire arabo-islamique.

L'ancien fan de Marchais, Roger Martelli, prétexte à son tour d'une fin de centralité du « monde ouvrier » au profit d'un populisme de gauche, auquel pourtant il ne fait pas confiance : « Marine Le Pen prend le flambeau de la colère sociale et de la contestation » mais se sert des immigrés comme bouc-émissaire... Ce qui n'est plus tout à fait vrai car elle a laissé le sale boulot à Zemmour, prouvant ainsi que si l'immigration incontrôlée reste un souci dans la classe ouvrière, la cause première reste le capitalisme. Martelli, avec son accent provençal, n'esquivait pas le problème à la veille de l'élection, quoique sans y apporter de réponse ni une véritable prise en compte :

« Prenons le cas de la question migratoire. Que cela plaise ou non, l’obsession migratoire sera au cœur des débats politiques à venir, parce qu’elle s’est hélas incrustée dans le champ des représentations sociales. Pour en minorer les effets délétères, il ne suffira pas de se réclamer de la primauté du social. L’extrême droite, comme elle le montre en Italie, ne dédaignera pas en effet de se placer sur ce terrain. Elle se contentera d’ajouter ce qui semble une vérité d’évidence et qui fait sa force : la part du gâteau disponible pour les natifs sera d’autant plus grande que les convives seront moins nombreux autour de la table. Tarissons les flux migratoires et nous aurons davantage à nous partager… ».

Le soi-disant historien Martelli reste un compagnon de route porte-parole du candidat des « jours heureux », d'un PCF qui a grignoté des voix au roi des bobos en ré-abordant (timidement) la question de l'immigration, sans reconnaître toutefois que Marchais n'avait pas dit que des conneries. Son argumentation est intéressante et sort de l'ornière gauchiste multiraciale basée plus sur une morale que sur une lucidité politique :

« On admettra que les personnes menacées dans leur pays — dans leur sécurité ou leur intégrité — par des mécanismes politiques ou économiques, soient absolument fondées à faire valoir leur droit de se rendre ailleurs. Et l’on peut pousser très loin le raisonnement dans cette direction. Mais on doit aussi considérer l’idée que toute personne a droit à une nation, à une identité nationale capable de fonder une solidarité concrète, établie autour de « biens communs », et donc à ne pas voir son territoire national envahi par d’autres populations. On peut aussi argumenter sur les droits des nations les plus pauvres face aux nations les plus riches — sans parler des pillages dont ils font l’objet. Mais Jaurès, que l’on cite souvent lors de ces débats, ne parlait-il pas d’un « socialisme douanier » visant « à protéger la main d’œuvre française » afin « de ne pas substituer l’internationale du bien-être à l’internationale de la misère » ? Il faudrait se reporter aux diverses conjonctures historiques et aux divers contextes rhétoriques dans lesquels ont pu jouer tels ou tels arguments ».

Martelli démontre, par delà la question migratoire, que la classe ouvrière en général reste et est restée nationale, face aux guerres. La guerre en Ukraine révèle que, contrairement à ce que j'ai cru un instant avec la résistance plus nationale que prolétaire en Biélorussie, la classe ouvrière est incapable de s'opposer directement à la guerre en Russie ignoble, et nulle part on ne voit se développer un mouvement international de protestation comparable à celui qui avait eu lieu durant la guerre du Vietnam. Ce n'est pas la réunion en avril d'une dizaine de maximalistes utopiques cf RI 494), parodiant la conférence de Zimmerwald et sans aucune influence sur la classe ouvrière qui réveillera leur prolétariat fictif imaginé "géant endormi", hélas, trois fois hélas! au point qu'on peut se demander si le prolétariat comme « force centrale anticapitaliste » n'est pas mort et enterré par sa propre incapacité et nullité politique plus que circonstancielle :

« Mais entre les nations, on n’est plus dans le cadre d’une lutte autour d’institutions publiques, où les diverses classes se disputent leur contrôle et cherchent à modifier leur nature. À cette échelle, ce n’est pas « la lutte » qui prévaut, c’est « la guerre », du moins en dernière instance. L’étranger est donc un ennemi potentiel. Dès lors, l’idée que « les prolétaires n’ont pas de patrie » est à considérer avec prudence. Ils ont certes de bonnes raisons de considérer que leur patrie par excellence est l’humanité, de choisir la cause commune contre leur propre nation si elle opprime les autres. Mais ils ont de fait, comme les capitalistes — même si c’est d’une toute autre façon — partie liée à leur base matérielle nationale. Le clivage capital/travail ne suffit pas à rassembler les « prolétaires » du monde entier. Reste en effet la question « nationale », qui, à la différence de la question de la « migration », est un vrai « problème » : celui de la communauté nationale et du communautarisme spontané de la nation ».

Puis la thèse complotiste de la gauche punk immigrationniste (et de notre milieu maximaliste) reprend le dessus :

« Jean-Louis, trouve-moi du travail, une maison et une femme »

Azad (réfugié politique iranien, 1980)

 « La ligne générale, face aux migrations, est donnée d’en haut. Il est essentiel à la classe dominante que le peuple prenne peur. En l’occurrence, sa stratégie a pour impératif de faire passer la question migratoire pour un problème central, qui annoncerait un danger vital. Il apparaît pourtant que le flux dont on parle est relativement minime au regard de l’immense population européenne : 2,5 millions à nos portes, dit-on, pour 500 millions d’habitants. La décision prise par Merkel, d’ouvrir plus largement les portes, découlait de considérations pragmatiques, dans une Allemagne menacée de vieillissement et manquant de main d’œuvre. Ces humains qui nous arrivent, sont pour la plupart, dans la force de la jeunesse. Les pays dans lesquels ils cherchent à se fixer n’ont rien payé, ni pour les élever, ni pour les éduquer, ni pour les former ; et il faudra attendre encore longtemps avant que ne pèsent les coûts de leur vieillissement. Ils sont prêts à travailler beaucoup sans trop exiger. De quoi se plaindrait-on, là-haut ? En réalité, cela ne leur suffit pas. Car encore faut-il qu’ils apparaissent dans le paysage comme un problème, un énorme « problème », dont l’objet réel est de masquer le fait que les fléaux qui s’abattent sur la classe populaire — les pressions sur le salaire et l’emploi — dérivent des politiques du capital ».

Il est facile de dénoncer l'élite de l'Etat exploiteur comme il est facile de traiter avec mépris de raciste la réception de la multitude d'en bas Si l'analyse de l'exploitation des immigrés par la bourgeoisie reste juste, elle est marquée par un énorme mensonge qui consiste à s'appuyer sur le faible nombre d'arrivée (en oubliant la masse des incontrôlés) sur les territoires pour nier tout problème d'assimilation et de confraternité ; or la concentration de nouveaux venus de toutes sortes (pas seulement des personnes qui veulent travailler honnêtement) est centrée énormément dans les grandes villes ou les anciennes cités ouvrières comme Roubaix. La visibilité de l'immigration, de misère et de faits divers, y est forcément plus visible. Population carcérale, délits et agressions sont en grande partie le fait d'immigrés arabes et noirs. J'ai toujours dit que cela était « normal » de la part des derniers arrivés qui n'ont pas la tâche facile pour s'intégrer (cf. les italiens avant-guerre). Mais l'hypocrisie des « pas de vague » et d'un monde sans frontières (même sous le capitalisme) se dévoile comme cynisme bourgeois : le migrant qui débarque ne vient pas que pour chercher du travail, ou échapper à une dictature, il veut fonder un foyer, trouver un logement, etc ; se soucie-t-on par exemple des besoins sexuels des migrants et des conséquences du fait qu'ils en sont privés en général ? On se soucie plus dans la gauche punk de contribuer à la construction des mosquées, ainsi avec « La laïcité républicaine au secours des mosquées » :

« Après le débat sur l’identité nationale, transformé en panel islamophobe, l’UMP récidive aujourd’hui avec un nouveau « débat sur la laïcité ». Nul doute qu’il aboutira aux mêmes dérapages nauséabonds contre l’islam. La capacité de la laïcité républicaine à permettre l’épanouissement de l’islam de France, numériquement deuxième religion pratiquée dans notre pays, méritait pourtant des échanges constructifs. Dans cette note, François Loisy, Samuel Pommeret et Loïc Roche montrent que le cadre juridique de la loi de 1905 autorise et facilite activement la construction et l’entretien des mosquées. Un seul élément pose problème : le financement direct de la construction des édifices, laissée à la charge des associations cultuelles. Pour assurer le nécessaire rattrapage du culte musulman, certains proposent la suspension provisoire de la loi de 1905 mais des « accommodements raisonnables » permettent de contourner la loi sans la remettre en cause »12

La mixité sociale peut-elle casser des briques ?

La série suivante de constats de Terra Nova ne peut pas choquer un observateur impartial :

- l’érosion de l’assise électorale des partis de gauche dans les classes populaires s’est d’abord traduite à partir des années 1980 et 1990 par une augmentation de l’abstention et de la non-inscription, notamment de la part des jeunes qui étaient entrés sur le marché du travail à la fin des années 1970 et qui se sont souvent éloignés de la politique ou simplement émancipés des catégories droite-gauche.


  • si la gauche n’avait pas capté les voix des classes moyennes et des cadres ces trois dernières décennies, elle serait tout simplement restée à l’écart du pouvoir pendant toute cette période. En réalité, elle a inventé sans le dire le moyen d’accéder aux responsabilités avec une faible part du vote ouvrier tout en entretenant une rhétorique populaire qui tournait de plus en plus à vide ;

  • Pendant ce temps, les emplois peu ou pas qualifiés se sont massivement déplacés vers les services aux personnes, le commerce, la restauration, l’hôtellerie, la fonction publique territoriale… Tandis que le monde ouvrier se contractait, celui des employés a en effet continué à croître (27% de l’emploi total en 2019 contre 25% en 1982). Là encore, la composition des situations à l’intérieur de cette grande CSP a changé : les employés administratifs d’entreprise ont reculé sous l’effet des révolution technologiques et cédé la place à de nouveaux profils. Ce monde désormais largement féminisé n’a pourtant guère attiré l’attention des états-majors de campagne, à gauche comme à droite : les vendeuses, femmes de ménages, hôtesses d’accueil, standardistes, aide-soignantes, assistantes maternelles… sont restées des fantômes du discours politique.

  • Ce mouvement d’individualisation croissante des relations d’emploi qui installe une concurrence inédite « entre les travailleurs eux-mêmes en tant que parties des produits échangés », a peu à peu détruit le socle d’analyse des « rapports de production » qui fondait l’ancienne lecture du social.

  • le sentiment d’injustice qui traverse la société ne peut plus être rapporté uniquement à une condition d’emploi, à une position dans l’appareil productif ni même à une situation sur le territoire. Des épreuves liées aux parcours de vie dessinent aujourd’hui des expériences nouvelles des inégalités : discriminations, précarisation des existences… Les discours politiques doivent aussi prendre en compte cette colère que le simple mécanisme d’agrégation des intérêts de classe ne permet plus de capter. 

  • Le monde populaire de la société industrielle était en effet pour une large part un monde fermé sur lui-même où l’on quittait rarement son quartier, où l’on cultivait l’entre-soi et où l’on regardait avec défiance celles et ceux qui éprouvaient le désir de s’élever au-dessus de leur condition d’origine. Depuis une cinquantaine d’années, les classes populaires ont au contraire été portées ou poussées à une ouverture croissante aux autres mondes sociaux, aux autres styles de vie et aux autres univers culturels ».

    C'est au niveau de l'interprétation de la mixité sociale que Terra Nova se ridiculise, avec une série de fabulations déconnectées de la réalité : La mixité aurait ouvert la voie :

  • à une majorité de bacheliers contrairement aux sixties où la plupart des jeunes terminaient l'enseignement avec un CAP ou un BEP.... mais connaissaient l'histoire de France en écrivant avec peu de fautes, quand aujourd'hui le bac est donné à des illettrés, même sortis ingénieurs.

  • À une majorité de femmes, débarrassées de leur mari et ayant conquis « leur autonomie matérielle » ; quand cela signifie paupérisation et perte d'autorité sur les enfants ;

  • avec la fin d'un emploi industriel (peu qualifié) enfermant les salariés dans des environnements limités « le développement des emplois de services leur a ouvert des champs d’interactions beaucoup plus diversifiées. Alors qu’elles étaient longtemps restées en marge de la consommation de masse, les classes populaires ont assez largement adopté les normes et valeurs consuméristes des classes moyennes » ; du pipeau pour justifier isolement, exclusion, suicides, absence de solidarité, etc.

  • Les choix résidentiels autant que certains choix politiques expriment cette phobie de la promiscuité avec le bas de la distribution sociale. A la lumière de cette complexité, l’idée qu’il existerait quelque chose comme un « bloc populaire » opposé à un « bloc bourgeois », par exemple, est une simplification assez outrancière, qui ne peut conduire qu’à de nouveaux aveuglements". Pas d'explication pourquoi les juifs sont obligés de fuir la Seins saint-Denis ni pourquoi dans les quartiers ouvriers « sensibles », les prolétaires français et immigrés installés n'en peuvent plus des bandes e racailles (la sécurité n'est qu'un problème de beauf pour gauchistes et CCI).

Le credo suivant de Terra Nova résume assez bien la pensée bobo éclectique et l'admiration pour les outsiders « créolisés »... qui méritent tous les droits, même d'emmerder le peuple :

« Car la France de demain réunit avant tout les « outsiders » de la société, ceux qui cherchent à y rentrer, notamment sur le marché du travail, mais n’y parviennent que difficilement : les jeunes, les femmes, les minorités, les chômeurs, les travailleurs précaires. Ils ont du mal car ils sont la principale variable d’ajustement face à la crise d’une société d’« insiders » qui, pour préserver les droits acquis, sacrifie les nouveaux entrants. Ces « outsiders » ont besoin de l’aide de la puissance publique pour surmonter les barrières qui se dressent devant eux : ils ont besoin d’un Etat qui les aide à s’émanciper, à briser le plafond de verre. Ils sont soutenus par les plus intégrés (les diplômés), solidaires de ces « exclus » par conviction culturelle ».  

La question culturelle et de civilisation moderne doit être rejetée comme fantasme réac :

« Il n’est pas possible aujourd’hui pour la gauche de chercher à restaurer sa coalition historique de classe : la classe ouvrière n’est plus le cœur du vote de gauche, elle n’est plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs, elle ne peut plus être comme elle l’a été le moteur entraînant la constitution de la majorité électorale de la gauche. La volonté pour la gauche de mettre en œuvre une stratégie de classe autour de la classe ouvrière, et plus globalement des classes populaires, nécessiterait de renoncer à ses valeurs culturelles, c’est-à-dire de rompre avec la social-démocratie ».

C'est à dire avec le mouvement ouvrier car social-démocratie est devenue un terme étranger au prolétariat, mais les révisionnistes wokes ne font jamais dans la nuance : la petite bourgeoisie serait désormais centrale avec deux branches (pourtant opposées et clivées entre Mélenchon et Le Pen) :

« L’électorat « France de demain » est le nouveau mole central à partir duquel la gauche doit rayonner pour constituer une majorité. L’électorat à conquérir – l’électorat intermédiaire – est divisé en deux : classes moyennes et classes populaires. La coalition « France de demain » les intègre déjà en partie et doit chercher à s’élargir aux deux. Mais la stratégie n’est pas la même selon que l’on cible les classes populaires ou les classes moyennes ».

Et cerise sur le gâteau, face aux seniors forcément réacs :

« La gauche doit dès lors axer sa campagne sur les priorités économiques et sociales, où elles sont en phase, et faire oublier ses convictions culturelles, notamment sur l’immigration et l’islam ».  

Oui le problème migratoire est la question centrale, non pas au sens du réac Zemmour par la faute aux immigrés, mais parce que la bourgeoisie fausse le problème avec les Mélenchon et Le Pen aussi radicaux que des radis. Et c'est Jacques Bidet malgré une analyse insuffisante qui pose le mieux la difficulté d'une unification de la classe ouvrière : 

«  il lui apparaît possible (au capital) de les affaiblir en les remplaçant, partiellement du moins, par de nouveaux venus ou de nouvelles venues qui n’ont pas immédiatement la même capacité de s’organiser, c’est là une opportunité dont il s’empare spontanément. Mais ce qu’il vise frontalement c’est la désorganisation du salariat dans son ensemble, sa pulvérisation : tel est l’objectif des politiques de sous-traitance, des lois-travail et autres job acts aujourd’hui mis en vigueur un peu partout dans le monde selon une logique de financiarisation, marchandisation et dérégulation. C’est essentiellement sur cette grande opération de police qu’il compte pour faire baisser les salaires et précariser les emplois. Le patronat n’attend pas les immigrés pour « faire pression ». À l’international, le grand levier de mise en concurrence est la délocalisation. Pour ce qui n’est pas délocalisable (bâtiment, restauration, etc.), une main d’œuvre « irrégulière » peut faire l’affaire ; mais dès qu’elle est régularisée, l’affaire cesse d’être juteuse »13.

« Les mesures qui sont proposées par les pouvoirs publics sous prétexte d’endiguer leur flot supposé ont principalement pour objectif et pour effet de fixer cette population dans une situation sociale incertaine, clandestine ou marginale, pour les rendre plus exploitables » C'est vrai, mais d'une part le flot supposé n'est pourtant pas une supposition mais une réalité (comparée à il y a 30 ans) et d'autre part la précarité et la situation sociale incertaine sont aussi le lot .des travailleurs français.

La complexité de la situation entraîne le fait finalement que les travailleurs autochtones resteront paralysés sur cette question, ne pouvant ni approuver la politique d'expulsion ni se féliciter de la venue de concurrents ou d'une population porteuse de l'idéologie musulmane qui ghettoïse et rend impossible la vie dans les quartiers sensibles, quand bien même nos révolutionnaires de salon restent fixés sur les lieux de travail, et indifférents aux problèmes de meurtres répétés au couteau et aux violences jouissives des racailles. La gauche punk enfin, outre de tenter de faire croire à la validité de la mystification parlementaire, nous serine sans honte que la solution est cette fadaise invraisemblable et moraliste bourgeoise, version Bidet, qui nous donne envie de tirer la chasse :

« On ne peut lutter contre la « mise en concurrence » que par des législations qui permettent aux exilé·e·s, économiques ou politiques, de jouir des mêmes droits sociaux et politiques que les nationaux ».


NOTES

1Critique de l'économie politique,p.285, ed Smolny.

2UNE VICTOIRE A LA PYRRHUS DE LA GAUCHE NUNUCHE. « Dans les années 1930...Le souci de la classe ouvrière n'était pas (pas seulement) le niveau de vie et la retraite, les événements internationaux traversaient ses débats et inquiétudes : guerre d'Espagne, bouleversements à l'Est, Mussolini, Hitler. Parler d'un futur autre était un souci politique premier. Avec la clique à Mélenchon, comme avec ses autres compétiteurs, on n'entendit pratiquement jamais parler de la guerre en Ukraine et surtout de ce qu'il faudrait faire pour ne plus rester spectateurs. Cette bande de bobos qui prétendait conscientiser, expliquer, n'a rien fait du tout pour élever le débat ni désigner la seule classe qui peut être le fer de lance contre la misère, la guerre et la destruction du monde ».

3Cf. mon deuxième article : L'heure de vérité de l'abstention.

4https://www.bfmtv.com/politique/rachat-des-rtt-jadot-et-piolle-denoncent-le-cheval-de-troie-d-une-regression-sociale_AD-202207300306.html

6Le renouvellement de la pensée Terra Nova ne peut masquer un indéniable mépris des ouvriers en général, français ou immigrés : « Vaut-il mieux, de ce point de vue, regarder la société à partir de catégories socioprofessionnelles créées en 1953, ou bien à partir des variables d’âge (les jeunes), de genre (les femmes) ou de territoires (les quartiers populaires) comme le suggérait Terra Nova en 2011 ? D’un côté, on le verra plus loin pour le groupe des ouvriers, la position occupée dans le système productif ne suffit plus à identifier des groupes cohérents : les écarts de revenus, de statut d’emploi et de sécurité face à l’avenir entre un jeune chauffeur-livreur et un ingénieur. Par ailleurs, on est en droit de penser que les divergences culturelles relevées par le rapport – divergences qui sont loin d’être toutes nouvelles – ne devraient nullement décourager la gauche de parler aux ouvriers mais au contraire l’inciter à un effort d’explication (sic) ».Cf. les justifications post terra nova:(https://tnova.fr/democratie/politique-institutions/chacun-cherche-son-peuple/ Pour le découpage capitaliste des compétences ouvrières, voir aussi : https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/services/immigrer-canada/entree-express/admissibilite/trouver-classification-nationale-professions.html

7Le constat de Terra Nova n'est pourtant pas basé sur du sable et mérite une réflexion qui oblige de prendre en compte aléas et causes de l'affaiblissement de la conscience de classe : « « Première observation : le monde des ouvriers est aujourd’hui quantitativement déclinant comme le rappelait à juste titre le rapport de Terra Nova en 2011. 20% des actifs en emploi occupent aujourd’hui une profession d’ouvrier : c’est 3 points de moins qu’il y a dix ans, 10 de moins qu’en 1982 et 20 de moins qu’à la fin des années 1950. Dans le même temps, les cadres passaient de 8% à 19% : ils sont désormais presque aussi nombreux que les ouvriers et n’ont ni plus ni moins de droits que les autres à participer aux scrutins. Cette érosion continue des effectifs ouvriers est, après celle des paysans dans les décennies d’après-guerre, l’un des marqueurs les plus puissants de la transformation de notre modèle socio-productif. Mais dans le même temps, d’autres catégories ont connu une puissante progression : les chauffeurs sont passés de 7,5% à 12,5%, et les ouvriers qualifiés de l’artisanat (maçons, cuisiniers…) de 17,6% à 24,6%. Des faits largement documentés depuis plus de 20 ans par les travaux statistiques de l’Insee[11] mais, semble-t-il, passés sous les radars des états-majors politiques : deux tiers des ouvriers d’aujourd’hui ne travaillent plus dans l’industrie. La majorité des ouvriers travaillent aujourd’hui dans des entreprises de plus petite taille où la socialisation des expériences de travail est moins aisée, les interactions avec les autres catégories sociales plus diversifiées et les syndicats souvent absents. Le sentiment d’appartenance au « monde ouvrier » s’est d’ailleurs, concomitamment, beaucoup affaibli : un quart seulement des ouvriers se considéraient encore comme appartenant à la « classe ouvrière » au début des années 2010, les autres s’identifiant spontanément pour l’essentiel aux « classes moyennes ». La « classe ouvrière » n’a donc pas seulement perdu en nombre et en cohérence : elle s’est aussi dépouillée d’une conscience d’elle-même et des grands récits qui lui donnaient forme politique et parfois aussi fierté. »

8Bien qu'il existe une réelle tentative d'en annexer une partie, laissant l'autre plus dubitative des « fâchés pas fachos » dragués par la mère Le Pen.

9Critique de l'économie politique, p. 281.

10Cf. la phrase : « la désignation de la candidate LR à l’élection présidentielle sur le programme abject de contrôle le plus strict possible de l’immigration »..

11La note de wikipédia explique la complexité du problème : https://fr.wikipedia.org/wiki/Expulsions_collectives_de_Polonais