"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 12 mars 2024

ET DANS LA GUERRE IL EST OU LE PROLETARIAT, BORDEL ?



Est-il coincé dans une nouvelle affaire Dreyfus ou interpellé pour défendre les valeurs (capitalistes) bourgeoises ?

« Nous condamnons le traitement cruel infligé à la population civile des territoires occupés. La dévastation de localités entières, l’arrestation et l’exécution d’innocents pris comme otages, le massacre d’individus désarmés, sans égard à l’âge ni au sexe, qui ont eu lieu en représailles d’actes du désespoir et de légitime défense, justifient la plus sévère condamnation. La même faute commise par d’autres armées ne peut servir d’excuse. (...)

Nous mettons les gouvernements et les classes dirigeantes de tous les pays belligérants en garde contre la poursuite de ce carnage et appelons les masses laborieuses de ces pays à en imposer la cessation. Seule une paix née sur le terrain de la solidarité internationale peut être une paix sûre. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous à nouveau malgré tout ! (…)  nous refusons les crédits demandés ».

Karl Liebknecht (2 décembre 1914, traduction Robert Paris)


Nulle part ni en Ukraine ni en Palestine ! Inexistant, dissout dans les horreurs quotidiennes ! Opération banale en revanche, on assiste aujourd'hui à un entraînement conjoint de troupes russes, chinoises et iraniennes. En même temps notre Napoléon III au petit pied plaide pour l'envoi de « nos troupes » au front ukrainien. Il est intéressant par conséquent, pour comprendre où en est la dangerosité de la guerre mondiale actuellement en gestation, d'en revenir aux débuts des guerres en Ukraine et en Palestine. Le spécialiste en géopolitique du Figaro nous livre une information, étonnante pour les naïfs convaincus de la seule méchanceté de Poutine , Renaud Girard :

« Au mois de mars 2022, il y avait eu à Istanbul des négociations approfondies entre Russes et Ukrainiens et un compromis avait été pratiquement atteint. C’était une neutralisation de l’Ukraine assortie de garanties de sécurité internationales, un statut d’autonomie pour le Donbass et le report à vingt ans de la question de la Crimée.

Il y a encore un flou historique sur les raisons pour lesquelles l’accord n’avait finalement pas été signé. Est-ce parce que les Ukrainiens renoncèrent à le signer après que le premier ministre britannique Boris Johnson, en visite surprise à Kiev le 9 avril 2022, les eut dissuadés d’accepter ce compromis, en leur expliquant que les sanctions occidentales allaient détruire l’économie russe et en leur promettant une aide militaire substantielle, qui leur permettrait de chasser l’envahisseur russe de tous les territoires ukrainiens selon le droit international, y compris la Crimée ? »1.

Le spécialiste ajoute deux remarques essentielles :

« Ni les Russes ni les Ukrainiens ne vont s’effondrer. Les premiers jouissent d’une profondeur stratégique sans égal et du soutien économique des pays du « Sud global ». Les seconds ont une armée qui tient bon et ils jouissent d’un soutien militaire et financier occidental inouï depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».

    « Dans la guerre d’Ukraine, l’événement collatéral qui pourrait changer la donne serait le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Le candidat républicain a assuré qu’il pourrait « faire la paix en 24 heures ». À quelles conditions ? Nul ne le sait aujourd’hui, sans doute même pas lui ».

Le rappel d'emblée du sabordage du compromis du mois de mars 2022 par le délégué anglais de l'impérialisme américain montre que l'agresseur ne fût pas vraiment le méchant Poutine et que ce sabordage manifesterait plutôt un affaiblissement du pachyderme US, hypothèse du CCI depuis longtemps ; lorsqu'on est obligé de provoquer quelqu'un c'est qu'on est en position de faiblesse, laquelle peut être constatée également au Moyen Orient par l'incapacité de Biden de faire cesser le massacre du néo-nazi Netanyahu, ce qui est à mon avis du cinéma du président gaga, l'Etat hébreu restant le principal mirador des intérêts US dans la région. Massacrez massacrez, il en restera toujours quelque chose...de positif pour terroriser la population mondiale, l'habituer aux massacres massifs de civils et la préparer à la nécessité de faire la guerre pour retrouver la paix.

Le front ukrainien, malgré quelques avancées ou reculs des deux camps, est pratiquement immobile depuis deux années preuve que la dictature russe n'est pas à l'agonie mais que le problème se trouve plutôt sur le versant occidental du capitalisme. Avec pour preuve que la droite bourgeoise américaine plaide pour cesser toute aide à Zelenski, contre la gauche démocrate, qui a mené toutes les guerres américaines depuis cent ans. Les républicains de droite, paradoxalement posent comme représentants d'une opinion publique pacifiste lassée par cette guerre lointaine et et qui n'a plus envie de voir partir ses boys au casse-pipe. Paradoxe pour les fans d'un prolétariat messianique et mythique, enfermé dans ses grèves corporatives et apolitiques, le principal fossoyeur de cette guerre pourrait donc être le fou furieux Trump !

Mais pas vraiment, car le retrait américain poussera l'Europe à s'armer de façon plus intensive face au besoin de l'impérialisme russe de retrouver les frontières (sans limites) de son empire stalinien, acquis en 1945 avec l'aval américain.

QUE VAUT L'ARGUMENT D'UN PROLETARIAT EUROPEEN RETIF A PARTICIPER A UNE NOUVELLE GUERRE MONDIALE ?

Cette conception défendue par une petite minorité, et que j'ai longtemps partagée, reste utopique pour l'heure . Ce ne sont pas les quelques grèves économiques qui préparent les prolétaires à lutter contre la guerre ; l'article sur le refus de la guerre en 1917 évoqué par le CCI comme une révolte ouvrière est une pure affabulation comme je l'ai déjà démontré : le vrai refus initial avait été les désertions massives des soldats et les manifestations des femmes2.

Macron est apparu bien isolé voire provocateur mais il n'est qu'une pièce de l'échiquier qui se met en place, basé sur l'inéluctabilité de la guerre. Il est donc très utile et urgent que les voies oppositionnelles de la plupart des partis, surtout de gauche contrairement aux Etats Unis s'élèvent pour protester avec véhémence, surtout rassurer à bon compte une population et une classe ouvrière « européenne », qui n'a pas besoin que des brûlots marxistes recopient à longueur de pages les honneurs déjà exposées par tous les médias pour savoir que la guerre ça pue, ça tue et ça entretue.

Mais que pèsera ce sentiment anti-guerre pour une population conditionnée depuis des décennies à « l'ennemi principal » le terrorisme planétaire, vague, inventé hors capitalisme, divers, islamiste ou d'extrême droite ? Si un attentat immense autrement plus grave que le simple meurtre d'un archiduc rase une ville entière, si Macron et Zelenski étaient « liquidés » comme Navalny ?

LA GUERRE CONTRE LES CIVILS A GAZA N'EST-ELLE PAS UNE CONTRIBUTION POUR DISSOUDRE TOUTE REBELLION INTERNE DU PROLETARIAT AU SEIN DES PAYS DE L'EUROPE?

Vérifions si cette proposition est aussi farfelue qu'elle en a l'air. Cette guerre, comme celle d'Ukraine est d'abord au service de l'impérialisme américain avec son mirador juif raciste et sanglant. L'appréhension réelle du massacre du sept octobre dernier relève de moins en moins du complotisme, depuis que récemment de jeunes soldates israéliennes ont témoigné du laisser-faire du haut commandement de l'armée « hébreu »aux ordres d'un criminel de guerre. Les armes de destruction massive ne furent que des motocyclettes et des ULM conduits par des tueurs sadiques aux ordres d'un nationalisme tout aussi sadique que celui de l'Etat « hébreu » propriétaire pour l'éternité de la « terre promise », comme vous le savez ...non pas dieu mais Lord Balfour en 1917 . C'est la bible impérialiste britannique qui a fait tomber une province de l'Empire ottoman, en chute libre, pour la refiler non pas aux troupes arabes qui combattaient aux côtés de Laurence d'Arabie mais aux juifs.

Il y aurait beaucoup à expliquer ou à déduire sur ce bizarre don aux juifs sionistes. Faire croire à la prééminence juive dans la politique mondiale à égalité avec leur rôle dans la révolution russe de 1917, confirmer l'avis des petits Hitler dénonçant les juifs comme saboteurs de l'armée allemande en 1914 ? Pression des importants lobbies juifs en Amérique ? La vraie cause est que les anglais ont été baisés peu après par les américains dont le but était et reste le contrôle des champs pétroliers ! De plus nouvel Etat bien utile après la guerre et la révolution russe (russes blancs) comme réservoir de millions de réfugiés, chassant au besoin les populations arabes présentes sur les lieux depuis des siècles.

Fidèle à cette tradition centenaire de préservations de ses intérêts pétroliers l'armada US, en totale complicité avec la clique à Netanyahu, avait tout intérêt à un « deuxième front », qui signifie non une faiblesse, mais la nécessité de confronter l'ennemi régional l'Iran, plus ou moins allié de la Russie et de la Chine.

Le massacre de Netanyahu, plus important que soupesé, ne s'avère pourtant pas si dramatique en politique virtuelle internationale que le pleurnichent les journalistes. Le monde se voit divisé en deux camps : le nord et le sud, beau remplacement de celui Ouest/Est. A l'intérieur des pays « développés » les clivages religieux sont avivés, surclassant la vieille opposition prolétariat/bourgeoisie. Fachos des kibboutz comme militaires israéliens étalent un racisme sans scrupules (« les arabes sont des rats qui rampent dans des galeries souterraines » et des « bons à rien »). Arrogance militaire sans feinte à destinations des « antisémites » (contre le massacre des arabes, sic!) : sans Tsahal vous les européens seriez envahis par les hordes islamistes !

Comptant parmi les indignés des massacres par les soldats juifs, il vaut d'examiner la blague d'un humoriste sur la radio d'Etat France Inter. Après un sketch polémique dans lequel il comparait le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à "un nazi sans prépuce", l'humoriste et chroniqueur Guillaume Meurice a reçu des menaces de mort. Par précaution, l'émission dans laquelle il tient une chronique n'a plus eu lieu en public. L'argument du prépuce était certes osé, voire déplacé, voire favorisant le nationalisme juif, mais le fond de la polémique reste : on ne peut pas qualifier un juif de nazi vu la mémoire de la Shoah imprescriptible. Certes, mais il ne faudrait pas permettre que la mémoire de l'ignoble massacre des juifs ne cautionnent les mêmes pratiques d'extermination même à une échelle limitée3. Avec ou sans prépuce Netanyahu se comporte comme un nazi raciste. Il y a eu des juifs nazis dans le parti de Hitler et même à une haute responsabilité, tel Emil Maurice (à ne pas confondre avec le petit rigolo Meurice)4Comment ne pas noter que Poutine lui aussi joue avec l'antisémitisme en même temps qu'avec l'accusation de nazisme n'importe comment.

Au total la polémique raciste, des deux côtés, induite par cette guerre de rapine impérialiste, présente tous les ingrédients pour déboussoler le prolétariat des pays centraux, rappelle par conséquent la confusion introduite par...l' Affaire Dreyfus5.

COMMENT L'AFFAIRE DEREYFUS A SERVI A PREPARER L'UNION NATIONALE EN FAVEUR DE LA GUERRE

Je crois être le seul à avoir rappelé depuis des décennies, même à mes débuts dans le CCI, que l'Affaire Dreyfus à préparer l'union nationale. Il faut rappeler que cette affaire manipulée par l'armée, accusant un innocent capitaine juif a pour facteur explosif la trahison. Or depuis la défaite en 1870 face à l'armée allemande la France est humiliée. L'armée est redevenue un sanctuaire intouchable gage de vengeance pour récupérer tôt ou tard l'Alsace et la Lorraine. L'espionite fait rage, comme on dit aujourd'hui la parano. Il a suffi qu'une femme de ménage trouve un bordereau dans la poubelle d'un officier...

La polémique va prendre des proportions inouïes, divisant la population en deux camps mais pas en deux classes. La presse se déchaîne, toutes les cliques politiques, des royalistes aux anarchistes, s'y mettent, délaissant toute question de lutte des classes.(comme seul en est capable l'antiracisme de nos jours). En parallèle au scandale public pour savoir si Dreyfus est innocent, elle permet à la plupart des juifs français de s'identifier au chauvinisme national ; ils seront parmi les premiers à aller au casse-pipe. Jusqu'en 1914 il ne sera question que de défendre la République et de se méfier des espions allemands, avec en permanence un souci populaire, sous-estimé par les partis socialistes d'aller foutre la pâtée aux boches et de reprendre les provinces perdues.


COMMENT SE PASSE UN VOTE DES CREDITS DE GUERRE EN 1914 ET EN 2024 


A Paris les crédits de guerre ont été voté unanimement même par le parti socialiste le 5 août 1914. Le même jour, le président de la République Raymond Poincaré reçoit avec la plupart des membres du gouvernement les directeurs de journaux et les félicite : « de leur attitude patriotique et la si haute compréhension qu’ils ont de leur tâche ». La famille Rothschild annonce qu’elle met son hôpital parisien à disposition des autorités militaires pour recevoir des blessés rapatriés du front. Dans la capitale, deux décisions sont prises pour qu’une partie du lycée Louis-le-Grand et des Galeries Lafayette soit transformée en hôpital.

 Le 4 août 1914, la fraction parlementaire du SPD (Parti socialiste allemand) au Reichstag avait voté également en faveur des crédits de guerre pour la Première guerre mondiale. Avec les paroles tant fameuses que mal famées de son chef de file, Hugo Haase: «nous n'abandonnerons pas la patrie à l'heure du danger», le SPD se rangea aux côtés de l'empereur Guillaume II et de son gouvernement et soutint ce qui allait être, jusque là, la plus énorme et la plus sanglante boucherie de l'histoire de l'humanité.

Le vote en faveur des crédits de guerre constituait une trahison sans précédent des propres principes « socialistes » du SPD. Rosa Luxembourg caractérisa l'événement ainsi: «Jamais, de toute l'histoire de la lutte des classes et depuis qu'il existe des partis politiques, il n'y avait eu un parti qui, en l'espace de vingt quatre heures avait cessé aussi complètement, comme ce fut le cas pour la social-démocratie allemande, d'être un facteur politique et ce, après être devenu une force de premier plan et avoir rassemblé autour de lui des millions de personnes». Elle tirait cette conclusion: «Le 4 août 1914 la social-démocratie allemande a abdiqué et l'Internationale socialiste s'est effondrée». Louable constat mais qui ignorait que en France comme en Allemagne les deux peuples n'avaient pas digéré la guerre précédente près d'un demi-siècle auparavant et que, collant à ce revanchisme, la social-démocratie avait été rongée graduellement par l'opportunisme, comme l'analysa Lénine plus lucide que Rosa.

Cet après-midi 12 mars 2024 s'est tenu un simulacre de vote des crédits de guerre au parlement français

La « chambre basse »était loin d'être pleine, seuls les extrêmes étaient présents en nombre (LFI et RN). Le premier ministre, le colonel Gabriel Attal tint le discours d'un représentant de commerce en matériel d'armement, bombes au kilo, drones à la douzaine, canons à la tonne pour le principal client ukrainien. Le petit télégraphiste macronien s'en donna à cœur joie (la main sur le cœur) pour alter sur les risques d'une victoire de la Russie : un cataclysme économique pour le pouvoir d'achat, sans compter la hausse du carburant mortelle pour la bagnole du peuple. Ou devons « réagir » pour éviter à la Russie de gagner la guerre. Nous devons trouver un chemin entre indifférence et cobelligérance. Nous devons confirmer notre unité DERRIERE L'UKRAINE. Et enfin cette fleur de rhétorique de boucher pour terminer : « mes tripes en ce moment s'enroulent autour des français ».

J'avoue être assez stupéfait. C'est la première fois en France que j'entends un premier ministre parler comme un général et détailler ventes d'armée et nécessité infuse d'aller à la guerre « quand il le faudra ».

Toujours garder en arrière plan , cher lecteur, que nous ne sommes plus en 1914 où le parlement comptait encore des représentants socialistes des ouvriers, certes destinés à trahir mais quand même pas des gens ayant trahit depuis longtemps. Aujourd'hui ce ne sont même pas des traîtres mais tous les affidés de la classe dominante.

J'attribuerai la palme d'or au représentant du PS qui soutien l'accord gouvernemental. La guerre est presque toujours inévitable, assure d'emblée l'encravaté à la chevelure sauvage Louis Le Grand. Il pratique ensuite la surenchère à un armement « suffisant » avant d'envoyer des « troupes combattantes ». Face au risque d'isolationnisme américain il faut un armement plus conséquent

Le porte-drapeau de l'autre « Horizon » de guerre du grenadier Edouard Philippe récité carrément le discours du colonel Attal Sans honte bue.

C'est le parti écologique qui nous fait le plus grand plaisir de vérifier que les anarchistes (nos bobos d'aujourd'hui) sont aussi prompts pour « l'envoi d'armes » afin de défendre « l'humanitarisme européen ». Peccadille du président tout de même de ne pas les avoir consultés. Enfin cinq nécessités indispensables :

  • nécessité d'une armée européenne

  • ne plus dépendre des Etats Unjs

  • protester contre la guerre à Gaza

  • ne pas déshabiller le ministère des armées

  • arrêter de payer le gaz russe.

Monte ensuite à la tribune le seul représentant du peuple travailleur syndiqué à la CGT, le sémillant Fabien Roussel au cheveu a argenté qui fait défaillir les mémés électrices babouchkas communistes. Son père putatif Marchais aurait dit « c'est un scandâââle », mais lui hausse simplement le ton. Oui il faut soutenir l'Ukraine mais il y a des limites. On ne peut as envoyer des jeunes sous la menace nucléaire ! Sachant qu'on peut détruire toute la civilisation ! Mais...et le blé ukrainien ? C'est pas du dumping social et la mort de nos agriculteurs ! Il faut aussi cesser le feu etles crimes à Gaza ! En continuité avec toute notre histoire (sic) nous assurons que nous nous opposerons toujours à la guerre mondiale. Nous appelons le gouvernement à se ressaisir. Nous votons contre l'accord. Vous êtes majoritairement pour mais les français sont majoritairement contre.

Puis c'est la mère Le Pen qui monte au perchoir avec sa coupe oxygénée à 70%. Oui nous devons soutenir l'Ukraine mais il y a des limites. La vie de nos soldats nous est précieuse. Oui il y a eu négligence de notre matériel militaire. Nous nous abstiendrons.

Enfin débarque un élégant brushing de LFI qui parle très fort, virulemment contre la déclaration irresponsable de Macron. L'aide n'est pas aussi importante pour nos armées. Il ne faut pas affaiblir nos capacités militaires. Macron veut passer à une économie de guerre mais sans réfléchir aux conséquences sociales ! Il existe des solutions ! Il faut redonner sa chance à la démocratie ! L'ONU est garante du droit international et de l'intégrité des frontières. Il faut être au devant du combat pour la paix.

Voilà. Panégyrique assez minable de ces députaillons, même pas comparable aux députés traîtres de 1914, car, par leurs remarques patriotiques et militarisatrices au gouvernement ils sont déjà traîtres « professionnels » et des soumis à l'idéologie patriotique capitaliste depuis longtemps.

UN PROLETARIAT PRESENT PAR OMISSION

En conclusion, je peux me permettre deux remarques sur Trump et le simulacre parlementaire français. Il est sûr qu'il n'y a rien à attendre pour l'instant des prolétariats russe, ukrainien, arable, etc. Une entrée en guerre en Occident européen , comme en 14, absorberait toutes querelles religieuses dans une nouvelle union nationale « pour sauver nos valeurs », après par exemple un attentat particulièrement odieux. Les options de la bourgeoisie, aux USA comme en France, ne sont pas de l'ordre de la décomposition. La possible victoire populiste d'un Trump peut coller au dégoût de la guerre par cette importante partie « ouvrière blanche » de son électorat mais aussi de larges couches petites bourgeoises issues de parents militants contre la guerre du Vietnam. La bourgeoisie américaine sait toujours qu'une mobilisation de la classe ouvrière pour le sacrifice patriotique est toujours difficile, dangereuse et aléatoire. Elle a dû attendre septembre 1941 pour entrer en guerre grâce à l'inversion des sondages.

Idem en France, l'armée n'est appelée à entrer en guerre que un an après la déclaration de 1939. Le cirque parlementaire auquel je vous ai permis d''assister est en quelque sorte un sondage maison . LFI et le RN sont les fleurons girouettes assez représentatifs de la haine des deux guerres à Gaza et en Ukraine pour la masse des prolétaires ici. Seule mise en garde que je me permettrai ici, leur opposition n'est que fictive, le jour où ils seront convaincus de vous voir endoctriné, ils voteront tous pour la guerre capitaliste.




NOTES

2Je note avec une certaine fierté qu'un groupe antimilitariste a traduit et publié mon interview de Marc Chiric il y a 40 ans, avec mon pseudo Pierre Hempel : English – ANTIMILITARISTICKÁ INICIATIVA [ AMI ] (noblogs.org) Initiative que loue le blog du CCI, sans signaler que j'en suis l'auteur, ce qui est normal puisque je suis un « policier bavard »/

Correspondance avec Initiative antimilitariste | Courant Communiste International (internationalism.org)

3Le secrétaire du petit PCF a dû faire amende honorable pour son assimilation disproportionnée avec la Shoah, religion unilatérale qui peut rapporter gros. Le fils du couple héroïsé Klarsfed, le franco-Israélien Arno Klarsfeld (il a été réserviste de Tsahal mais à l'arrière) percevait 7 000 euros par mois en tant que membre du Conseil d’État. Pourtant il « n’y met presque jamais les pieds ». C’est en tout cas ce que révèlait Capital dans son numéro de février 2014. Le fiston de Serge et Beate avait été nommé à la plus haute des juridictions administratives françaises par Nicolas Sarkozy à la fin de l’année 2010. Soit une rémunération totale d’au moins 252 000 euros sur 3 ans.

4 D’origine juive, ami intime d’Adolf Hitler, Emil Maurice est le fondateur de la SA et du Strosstrupp Hitler (à l’origine de la SS). Compagnon de la première heure d'Adolf Hitler, inscrit dès la fin de 1919 à la DAP (embryon du futur parti nazi), bien qu'ayant un arrière-grand-père juif, il est un patriote convaincu. En 1921, il est le chef du premier service d'ordre rapproché, à l'origine de ce qui va devenir la SA. Au début de 1923, il est l'adjoint de Berchtold à la tête du Stosstrupp (embryon de la SS) et participe activement au putsch de Munich, le 9 novembre 1923. Arrêté, il est très proche d'Adolf Hitler à la prison de Landsberg, il en est en quelque sorte le majordome et en devient son ami, il sera un des rares à pouvoir le tutoyer. Il contribue d'ailleurs à la frappe du manuscrit de Mein Kampf et le sortira clandestinement de la prison. Cet ami du tribun devient son chauffeur, mais aussi le cofondateur de la SS, dont il sera le n°2 ! ? jusqu'à la brouille avec Hitler fin 1927, à cause de sa nièce, Geli Raubal. La réconciliation aura lieu en 1933 et Emil Maurice deviendra SS-Oberführer, obtiendra une dispense de Hitler pour son mariage ; il sera le seul officier SS d'origine juive à pouvoir avoir cette autorisation.

Une boutade de De Gaulle à Londres montre que blaguer sur le prépuce n'est pas antisémite. Refusant d'accueillir le chef de la milice le salaud Darnan, le général ajoute: "alors si Darquier de Pellepoix se fait circoncire, il faudra que je l'accepte!".

5C'est d'ailleurs un an après le jugement de Dreyfus que Herzl théorise la création d'un Etat juif.

dimanche 10 mars 2024

Surréalisme, communisme et la poursuite de la révolution

 

Surréalisme, communisme

boule suspendue de Giacometti

et la poursuite de la révolution


Robin S. Klaus (2016)


traduction Jean-Pierre Laffitte


au souvenir de Dominique Cotte

En janvier 1927, cinq artistes surréalistes demandaient leur admission comme membres du Parti Communiste Français (PCF) lors d’une décision qui semblait contraire à leur mission de surréalistes1. Depuis le manifeste qui a fondé ce mouvement artistique en 1924, le surréalisme a cherché à conserver la pureté viscérale de son imagination et de ses rêves sous la direction d’André Breton. D’un autre côté, la priorité politique du PCF était la recherche de la révolution en s’appuyant sur une théorie politique marxiste fondée sur la réalité matérielle. Bien, que des travaux universitaires contemporains aient exploré cette contradiction, je soutiens que le surréalisme et le communisme proviennent réellement de la même source : tous deux sont des réactions face à la misère de la condition humaine, et tous deux cherchent à tirer l’humanité de son malheur au moyen de la révolution sociale. En conséquence, ce qui suit est une analyse des deux idéologies dans un effort aussi bien pour démontrer leurs concordances fondamentales que pour discuter le rôle possible – le cas échéant – du surréalisme au sein de la révolution communiste.

*********

Concordance ontologique

Communisme : un bref résumé

Avec la publication du Manifeste communiste en 1848, Karl Marx et Friedrich Engels présentent un résumé de la vie sous le capitalisme et une condamnation de celui-ci, laquelle appelle au bout du compte à la révolution sociale et économique2. Marx atteste que l’histoire est définie par la lutte des classes, soit une dialectique hégélienne éternelle entre oppresseur et opprimé qui sont en conflit mutuel constant3. Ce sont le capitalisme et les modes capitalistes de production qui sont à la racine de ce schéma répressif dans lequel la bourgeoisie exerce son pouvoir sur le prolétariat : c'est-à-dire que les propriétaires exploiteurs et les détenteurs des moyens de production tirent profit du travail des ouvriers salariés pour leur bénéfice personnel4.

C’est à cause de cela que la vie de l’homme ordinaire – le prolétaire – est terrible dans la société capitaliste : il devient inévitablement « un appendice de la machine » et un esclave de la classe bourgeoise5. Dans de telles conditions, tout le charme de la vie est perdu, et l’homme ne peut pas vraiment être libre6. Le Manifeste de Marx répond à cette misère engendrée par l’élite bourgeoise en fournissant une solution : le prolétariat peut démanteler les conditions sociales et économiques qui rendent possible son asservissement au moyen de la révolution communiste qui renverse par la force les structures du pouvoir existant et qui procure une totale liberté à tous les hommes. Après la victoire de la révolution communiste, la société sera fondamentalement débarrassée de l’oppression et des antagonismes, et c’est en cela que « les prolétaires n’ont rien à perdre que leurs chaînes »7.


Surréalisme : une approche communiste

Malgré la réputation qu’a le surréalisme d’être illogique et fantaisiste, cette philosophie artistique tire sa motivation d’une analyse extrêmement marxiste de la condition humaine, laquelle donne la priorité à la recherche de la libération. Certes, Breton atteste dans le premier Manifeste du surréalisme que « le seul mot de liberté est tout ce qui m’exalte encore… Il répond sans doute à ma seule aspiration légitime »8. Contrairement aux préoccupations marxistes pour la liberté économique, le surréalisme vise à libérer l’esprit et l’imagination – tous deux sont supprimés dans la société capitaliste sous l’apparence de la civilisation et du progrès9. Cette oppression de l’esprit est apparente dans le fait que « l’extrême différence d’importance, de gravité, que présentent pour l’observateur ordinaire les événements de la veille et ceux du sommeil, a toujours été pour m’étonner »10. C’est ainsi que, exactement comme le prolétariat de Marx, l’imagination est réduite à l’état d’esclavage11, perpétuellement assujetti au monde tangible.

Reflétant également le diagnostic de Marx relatif à la vie dans le système capitaliste, Breton comprend que le summum de la capacité morale et intellectuelle de l’homme ne peut pas être atteint aussi longtemps que l’omnipotence artistique en reste au monde matériel. En conséquence, le surréalisme vise à élever l’homme au-dessus de son existence désespérante sur la Terre au moyen d’une complète libération de l’esprit12 ; il cherche à résoudre des notions diamétralement opposées comme « dormir et être éveillé, rêve et action, raison et folie, le conscient et l’inconscient… le subjectif et l’objectif »13. Parfaitement analogue à la mission du prolétariat, bien qu’en des termes plus métaphysiques, le surréalisme existe afin que l’imagination brise ses liens serviles, revendique une existence légitime tirée de la primauté du monde matériel, et permette à l’humanité d’atteindre son potentiel maximal.

*********

L’objet surréaliste

Un rôle réconciliateur

La cohérence ontologique entre la métaphysique surréaliste et la réalité matérielle marxiste se traduit dans la pratique artistique par la création d’objets surréalistes ; c'est-à-dire les représentations physiques de choses imaginaires14. Désignés sous le terme d’objets oniriques(*), les objets surréalistes servent d’intermédiaires entre des extrêmes contradictoires (c'est-à-dire les rêves et la réalité) en les incarnant. En tant qu’objets, ils sont fondamentalement concrets et matériels ; en tant qu’art surréaliste, ils sont des représentations des hallucinations intérieures de quelqu’un15. Ce double rôle engendre leur capacité à résoudre une rivalité éternelle. En effet :

« Tout le but qui soutient le traitement de la réalité physique par le surréalisme est de surmonter le sentiment débilitant de l’arbitraire et de projeter à sa place un rafraîchissant sentiment d’unité dans lequel l’existence intérieure de la conscience et la réalité extérieure ne sont plus en conflit. »16.

En tant que faisant partie de deux mondes en conflit, l’objet surréaliste est un pont entre eux, « en diminuant le sentiment d’aliénation qui sépare si souvent [l’esprit] de [son] environnement matériel »17.

La boule suspendue (1931) [fig. 1] d’Alberto Giacometti est un tel objet surréaliste, une réalisation que Salvador Dali et Breton ont déclaré être l’origine de tous les objets surréalistes ultérieurs18. La boule suspendue habite le monde matériel en tant qu’une sculpture de fer et de plâtre, qui est constituée d’une cage, d’une balle accrochée, d’un croissant et d’une plateforme centrale. Concernant le monde imaginaire, cette œuvre rappelle « la profonde vérité de ce que l’esprit dit quand il ne peut pas parler »19, une signification transitoire menant à de nombreuses interprétations. Bien que Giacometti n’ait pas été connu en fin de compte pour des œuvres surréalistes, cette pièce a suscité une sensation surréaliste du fait « qu’elle introduisait un mouvement véritable dans la sculpture »20. La boule et le croissant de la sculpture ne se touchent pas explicitement, de même qu’ils ne sont pas intrinsèquement mobiles ; mais leur construction infère qu’ils le devraient ou le pourraient à tout moment. En conséquence, La boule suspendue est toujours considérée comme figurant parmi l es meilleurs exemples d’objets surréalistes21.

Matérialisme et changement

L’introduction précédente aux objets surréalistes (avec La boule suspendue comme premier exemple) semble suggérer que le monde imaginaire ne peut rivaliser avec la réalité matérielle qu’en devenant une partie de celle-ci – « une réduction de l’homme au niveau des choses »22 qui semble antithétique au surréalisme. En termes marxistes, ce dilemme est comparable à celui des prolétaires opprimés qui améliorent leur situation uniquement en rejoignant les rangs des oppresseurs bourgeois. La relation précise de l’objet surréaliste avec le matérialisme élude cependant cette contradiction. Bien que les objets surréalistes participent bien sûr à la réalité matérielle, ils ne fonctionnent pas avec elle. Leur création demeure fermement enracinée dans les rêves et dans l’imagination, ce qui permet aux objets surréalistes « d’accepter la réalité objective de la matière »23 sans la revendiquer comme inspiration.

Cette participation spécifique à la réalité matérielle fait que les objets surréalistes sont particulièrement capables d’une transformation émouvante : leur succès surréaliste dépend d’elle. Paul Nougé, un fer de lance du développement du surréalisme en Belgique, a insisté sur le fait que « ce n’est pas suffisant de créer un objet, ce n’est pas suffisant pour lui d’être. Nous devons montrer qu’il peut, au prix d’un certain artifice, éveiller chez le spectateur le désir, le besoin, de voir »24. Ce « besoin de voir » déclenche une compréhension de la réalité qui désire sa modification. En tant que tels, les objets surréalistes sont « le moyen par lequel l’élargissement de notre conception de la réalité doit être obtenu »25 – l’unique instrument pour sensibiliser l’humanité à la réalité de son existence tout en éveillant en elle son potentiel pour la changer.

La capacité des objets surréalistes à arbitrer entre des forces opposées et à influencer le changement s’avère également cohérente avec les préoccupations communistes, dans la mesure où elle résout davantage les contradictions apparentes. Le dilemme essentiel entre le surréalisme et le communisme a été la nature de leurs réalités respectives ; le surréalisme défend l’imagination fantaisiste, tandis que le communisme se fonde sur le matérialisme historique. L’objet surréaliste représente cependant « la rencontre fortuite de ces deux réalités éloignées »26 en raison du fait qu’elles existent dans un état qui est ontologiquement acceptable pour les deux. C'est ainsi que l’objet surréaliste réconcilie sur le plan artistique le surréalisme et le communisme de la même façon qu’il sert d’intermédiaire dans la lutte pour le pouvoir entre les rêves et la réalité. Et même plus, sa capacité à catalyser des visions originales est applicable à une cause communiste dans laquelle la conscience de la véritable nature de la réalité est aussi cruciale que la révolution.

*********

La cause révolutionnaire

La révolution surréaliste

Même avec l’aide des objets surréalistes, le surréalisme ne peut pas parvenir à la libération de l’esprit sans une révolte dirigée contre les conditions existantes – de même que le prolétariat ne peut pas renverser l’oppression bourgeoisie sans une révolution sociale. Certes, dans la Déclaration du bureau des recherches surréalistes, Louis Aragon et d’autres affirmaient que les surréalistes étaient « déterminés à faire la révolution », étant donné qu’ils étaient « des spécialistes de la révolte »27. Initialement cependant, cette conception surréaliste était trop abstraite pour aider une révolution communiste. Comme un document de 1925 le déclarait, « le sens et l’objectif immédiats de la révolution surréaliste n’étaient pas tant de changer quelque chose dans l’ordre physique et sensible des choses que de créer une agitation dans l’esprit des hommes »28. Par conséquent, la rébellion surréaliste initiale était une lutte ésotérique contre une réalité en mal d’inspiration et contre la domination du monde éveillé sur les rêves – une visée immatérielle, peu pratique pour étayer les connaissances de base matérielles du communisme.

En dépit de la nature métaphysique du projet surréaliste initial, le surréalisme a évolué à la fin de la décennie jusqu’à accepter et à adopter la révolution communiste comme le moyen le plus efficace de parvenir à ses objectifs. Franklin Rosemont, poète américain et cofondateur du Groupe surréaliste de Chicago, a déclaré dans une introduction au volume des écrits de Breton : « il n’y a pas de solution aux problèmes décisifs de l’existence humaine en dehors de la révolution prolétarienne », un fait qui est « pour le surréalisme, un principe premier en dehors de toute discussion »29. Ce fait conforte la thèse de Marx selon laquelle les structures de pouvoir oppressives de l’élite bourgeoise infiltrent et affectent toute la superstructure de la société – l’art, la littérature, l’esprit, y compris l’imagination. En conséquence, un esprit vraiment libre et créatif n’est possible que dans une civilisation postcommuniste dans laquelle, « à la place de la vieille société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classe, [il y aura] une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous »30.

Par conséquent, une révolution communiste, telle qu’elle est proposée par Marx, est propice aux visées surréalistes en raison des transformations spectaculaires des conditions sociales actuelles, lesquelles réduisent l’existence humaine à des valeurs de marché et « à l’ennui et à la misère universels »31. C’est avec cette reconnaissance que vient au demeurant la concession selon laquelle le but ultime du surréalisme a besoin d’une révolution communiste – la libération et la liberté véritables de l’esprit ne peuvent pas être pleinement réalisées si le règne d’exploitation systématique du capitalisme n’est pas totalement aboli, et cela ne peut être fait que par une révolution sociale dans laquelle le prolétariat renverse la bourgeoisie. Ce n'est qu’une fois qu’elle sera accomplie que les surréalistes seront capables de mener à bien leur mission, c'est-à-dire d’élever le statut matériel, intellectuel, moral et artistique, de l’homme à la hauteur de ses rêves32.

Le surréalisme et le communisme ont ainsi démontré qu’ils étaient ontologiquement, artistiquement et programmatiquement, compatibles. Leur accord est fondé sur des conceptions partagées de la condition humaine, sur la nécessité de l’émancipation au moyen de la révolution communiste, ainsi que sur la dépendance qui lui est associée du surréalisme au succès de la révolution communiste. Les raisons théoriques trouvent leur manifestation artistique dans les objets surréalistes, grâce auxquels l’imagination louée par le surréalisme est rendue concrète dans la réalité matérielle sur laquelle la théorie communiste met l’accent. Malgré cela, la coexistence de deux forces dans le Paris des années 1920 et 1930 s’avère moins compatible que leurs philosophies respectives.

*********

Contradiction pratique

Le communisme et le surréalisme à Paris

L’analyse, effectuée par Marx, des structures de pouvoir capitalistes était de manière poignante évidente dans la caractérisation de la hiérarchie des classes dans la France du dix-neuvième siècle, et ce à un degré peu commun dans les autres sociétés capitalistes occidentales. La formation et la culture de l’élite sociale française avait se racines dans l’ancien régime(*), et c’était un système dans lequel le statut et le pouvoir étaient déterminés aussi bien par la possession de capital que par certains “raffinements” généralement inaccessibles aux masses. Dans de telles conditions sociales d’exclusion, les travailleurs français trouvaient naturellement davantage de vertu dans la culture collective que dans l’individualisme de la société bourgeoise. La solidarité préexistante de la classe ouvrière s’est combinée avec l’histoire du radicalisme politique en France pour créer des conditions mûres pour l’essor de la politique communiste33. C’est ainsi que le Parti Communiste Français(*) a été fondé le 29 décembre 1920, le même jour où une motion pour que le Parti adhère à l’Internationale Communiste a été adoptée34.

Sept ans après la fondation du Parti, cinq surréalistes, avec Breton à leur tête, ont posé leur candidature pour devenir membres du PCF, et ils y sont finalement parvenus. Bien qu’ils aient rejoint les communistes en tant qu’individus, indépendamment de leur identité de surréalistes35, les surréalistes croyaient que leur mouvement artistique était une entreprise salutaire dans la quête de la révolution communiste. En particulier, les surréalistes croyaient que leur travail avait un effet viscéral sur l’artiste et le spectateur, un effet qui était capable de transformer l’esprit en vue du soutien de la révolution :

« [Les surréalistes] ne cherchaient pas tant à convaincre qu’à faire bouger les choses, non pas tant à défendre la cause d’un programme particulier qu’à susciter un sentiment de révolte et à exiger que quelque chose soit fait. Tandis que les communistes instruisaient le prolétariat dans la stratégie de la révolution, les surréalistes essayaient de provoquer le climat émotionnel dans lequel la révolution pourrait éclater. »36.

Par conséquent, les surréalistes pensaient que leurs pratiques artistiques et leurs expériences intellectuelles hâtaient la survenue de la révolution. Sans grande surprise, les communistes n’en étaient pas convaincus.

Les réserves communistes

En dépit de la confiance que les surréalistes avaient dans l’efficacité révolutionnaire de leur travail, le Parti Communiste Français n’était pas entièrement réceptif à leurs efforts artistiques. Pour un parti politique qui recherchait avant tout la mobilisation de la classe ouvrière, les contributions surréalistes étaient purement et simplement inacceptables ; l'art surréaliste n'attirait pas les masses, et il était encore moins concrètement utile à la cause communiste. En outre, le PCF critiquait Breton et l’insistance des surréalistes à vouloir garder une indépendance radicale de leur mouvement par rapport à l’autorité politique. Voici ce qu’en disait Breton :

« Nous tous les surréalistes, nous voulons une révolution sociale qui transfèrera le pouvoir de la bourgeoisie au prolétariat, mais en même temps nous voulons poursuivre nos expériences dans la vie de l’Esprit sans aucun contrôle extérieur, y compris le contrôle des marxistes »37.

Malgré l’affinité du surréalisme pour la politique communiste, la liberté artistique rejetait l’obéissance aux règles esthétiques établies par le Parti38. Même si elle était dépendante de la révolution communiste, l’indépendance de la mission artistique du surréalisme ne pouvait pas être compromise par le soutien aux exigences du PCF.

Le problème bourgeois

Alors que les réserves du PCF relatives à l’art surréaliste et à son rôle dans la politique de parti étaient certainement bien fondées, un problème additionnel et plus profond faisait que le surréalisme était fondamentalement inadapté à l’ordre du jour communiste. C’était en particulier les origines bourgeoises aisées de la grande majorité des surréalistes qui étaient un problème à un niveau élémentaire39. En effet, la plupart des adhérents provenaient des classes bourgeoises ou petites-bourgeoises en France et ils avaient adopté le surréalisme seulement après avoir terminé leurs études universitaires et après avoir fait l’expérience d’une phase de bohème qui était caractéristique de la plupart des artistes et des poètes tout au long de l’époque capitaliste40. En tant que tel, le statut des surréalistes au sein de la classe sociale même qu’ils prétendaient renverser était, au mieux, hypocrite et contre-intuitif.  

Rosemont n’a pas manqué de défendre ce point de vue, en affirmant que Marx et Engels « n’étaient pas plus prolétaires que ne l’étaient les premiers surréalistes ». Rosemont citait un passage particulier du Manifeste communiste pour soutenir son affirmation : le texte parle d’un moment, de « l’heure décisive »  de la lutte des classes, au cours duquel les idéologues bourgeois renonceront à leur classe et rejoindront la révolution du côté prolétarien. Mais Marx note que ces élites bourgeoises sont celles qui « se sont haussés jusqu'à l'intelligence théorique de l'ensemble du mouvement historique »41 – et les surréalistes ne peuvent pas s’en vanter. En fait, indépendamment de l’analogie ontologique, la plupart des surréalistes ont adopté le communisme seulement après avoir lu la biographie de Lénine42 par Trotski, une révélation qui a engendré une connexion personnelle et émotionnelle fondée sur des événe-ments biographiques43 plutôt que sur une affinité politique engendrée par la compréhension approfondie de la théorie marxiste. Par conséquent, l’exception explicite permise par Marx et promue par Rosemont ne peut pas s’appliquer aux surréalistes.

Avec le statut bourgeois du surréalisme ainsi établi comme étant étranger à l’exception révolutionaire de Marx, toute la fondation sur lequel il opère devient contraire au communisme. En particulier, les projets envisagés par les surréalistes ne peuvent pas prétendre s’opposer à la classe dirigeante étant donné qu’ils proviennent de son sein et qu’ils sont inévitablement affectés par les conditions sociales imposées par l’intérêt capitaliste. La compréhension fondamentale par le surréalisme de l’esprit artistique participe en fait aux structures capitalistes de pouvoir existantes – plutôt qu’elle ne les combat – fondées sur la nature d’infiltration de l’oppression bourgeoise. Selon les propres termes de Marx, « l'étalon de vos notions bourgeoises de liberté, de culture, de droit, etc., vos idées résultent elles-mêmes des rapports bourgeois de propriété et de production »44. En conséquence, le surréalisme est incompatible avec l’ordre du jour sur les questions de pratique et de principe.

*********

Une métaphore appropriée

Bien que le communisme et le surréalisme soient en fin de compte incompatibles, un retour à La Boule Suspendue de Giacometti s’avère judicieux. En tant qu’objet surréaliste, l’une de ses fonctions conceptuelles possibles est, comme la métaphore, une fonction symbolique dans laquelle « n’importe quoi est comparable à n’importe quoi d’autre »45. En tant que telle, une analyse minutieuse des qualités formelles de la sculpture révèle une métaphore possible de toute la conversation entre le surréalisme et le communisme : La boule suspendue devient une allégorie des conclusions tirées dans cette discussion, tout en renforçant et en épanouissant son identité d'objet surréaliste.

Le point central de la sculpture est une boule suspendue et un croissant reposant sur la base [Fig. 2], et ces deux formes signifient respectivement le surréalisme et le communisme. En tant que symbole du communisme, le croissant repose fermement sur sa solide plateforme, exactement de la même façon que son idéologie est fondée sur des conceptions de la réalité matérielle. La boule, d’autre part, ne possède pas une base physique aussi forte. Représentant le surréalisme, elle pend au bout d’une ficelle fixée sur une haute barre transversale, et elle indique ainsi les origines plus éthérées et moins concrètes de la philosophe artistique, par comparaison avec le croissant communiste. Malgré ces disparités d’origine, les objets occupent le même espace, et de si près qu’ils se touchent presque – une parfaite analogie avec la coexistence du surréalisme et du communisme à Paris dans les années 1920 et 1930.

Au-delà d’une simple proximité, la boule et le croissant semblent étonnamment compatibles. Bien qu'elle ne soit pas aussi explicitement coopérative que les pièces assorties d’un puzzle, la rainure profonde que possède la boule semble parfaitement adaptée au bord incurvé et renversé du croissant [Fig. 3]. Si elle était réalisée, cette interaction associerait harmonieusement les deux objets et elle créerait également un lien solide entre la plateforme et la haute barre qui soutient chacun d’eux. De manière similaire, le surréalisme et le communisme donnent l’impression d’une compatibilité idéologique. La compréhension, qu’ils partagent, de la condition humaine et du désir de libération au moyen de la révolution se prête à la collaboration – un lien qui réconcilierait les différences théoriques fondamentales en lançant un pont entre la réalité matérielle du communisme et l’accent plus abstrait du surréalisme.

En dépit cela, cette interaction pleine d‘espoir demeure impossible. Malgré la proximité agaçante de la boule et du croissant, leurs postions restent statiques et séparées, maintenues en place par la solidité de la plateforme et de la cage qui les entoure. Naturellement, la boule pourrait être soulevée et relâchée de sorte qu’elle soit momentanément en contact avec le croissant, mais ce mouvement cesserait inévitablement ; exactement de la même manière qu’un pendule qui ralentit, la balle reviendrait à sa place originelle et la disjonction entre les deux objets demeurerait. De façon similaire, la combinaison du surréalisme et du communisme s’avère non viable. Quel que soit son potentiel d'intégration, la formulation bourgeoise du surréalisme dans les limites des structures de pouvoir capitalistes exclut une relation fructueuse avec le communisme. Les deux peuvent temporairement se chevaucher, mais leurs conflictualités fondamentales de pratique et de principe empêchent une relation durable.

*********

Commentaires de conclusion

Bien que le surréalisme ne puisse pas s’harmoniser sans heurt avec le communisme en raison de ses liens bourgeois fondamentaux (quoiqu’involontaires), la valeur de son but ultime ne doit pas être rejetée dans une discussion marxiste. C’est seulement une autre chronologie qui est requise, une chronologie dans laquelle la pureté de la mission surréaliste peut rester intacte. Plutôt que d’utiliser le surréalisme comme une expérience de la pensée artistique destinée à aider à catalyser la révolution communiste, la “révolution surréaliste” de l’esprit peut se produire dans la société postcommuniste quand les conditions sociales et économiques nécessaires pour l’épanouissement de l’esprit sont déjà en place.

Par conséquent, le surréalisme et le communisme ne sont pas des ennemis ; bien au contraire, ils semblent être une seule et même chose. Le communisme est le moyen pour réaliser l’utopie marxiste, cet état social final de totale liberté dans lequel l’oppression et l’antagonisme, matériels et autres, sont complètement absents – c'est-à-dire l‘affirmation de la mission du surréalisme, s’il y en a jamais eu une. Le surréalisme est par conséquent le stade final du communisme. Le surréalisme est l’utopie marxiste dans laquelle l’on est totalement et complètement libre de tous les systèmes d’oppression – qui inclurait naturellement l’antagonisme crucial entre les rêves et la réalité matérielle que le surréalisme a combattu depuis le début.

*******************












Dans l’ordre : figure2, figure 3 et figure 1 (NdT).

ff

1 Robert Short, “The Politics of the Surrealists 1920-1936”, dans Surrealism, Politics and Culture, éd. Raymond Spiteri et Donald LaCross (Aldershot : Ashgate 200)3, 24

2 Karl Marx et Friedrich Engels, The Communist Manifesto, with an introduction of A.J.P.Taylor (Harmondsworth, Angleterre : Penguin Book Inc., 1967) p. 57.

3 Marx, “The Communist Manifesto”, p. 159.

4 Ibidem, p. 158.

5 Ibidem, p. 165.

6 Ibidem, p. 164.

7 Ibidem, p. 186.

8 André Breton, Manifestos of Surrealism (Ann Harbor : The University of Michigan Press, 1969), 4.

9 Breton, Manifesto of Surrealism, 10.

10 Ibidem, 11.

11 Ibidem, 4.

12 Louis Aragon et al., “Déclaration du Bureau des Recherches surréalistes”, dans Art in Theory 1900-1990 : An Anthology of Changing Ideas, eds., Charles Harrison et Paul Wood (Malden : Blackwell 1992), 439.

13 Franklin Rosemont, What is Surrealism? Selected Writings [New York : Monad Press, 1978), 1.

14 Anna Balakian, “The Surrealist Object”, dans Surrealism : The Road to the Absolute [Toronto : Clarke, Irwin & Company Ltd., 1959), 174.

(*)(*) En français dans le texte. (NdT).

15 Balakian, “The Surrealist Object”, 173.

16 J. H. Matthews, The Imagery of Surrealism (Syracuse: Syracuse University Press, 1977), 184.

17 Matthews, “Object Lessons”, 190.

18 Sylvia Metz, “Alberto Giacometti”, dans Surrealist Objects : Three-Dimensional Works from Dali to Man Ray, eds. Ingrid Pfeiffer et Max Hollein (Ostfildern : Hatje Cantz Verlag, 2011), 238.

19 Bernard Lamarche-Vadel, “The Surrealist Period (1930-1935)”, dans Alberto Giacometti (New York : Tabard Press, 1984), 89.

20 Lamarche-Vadel, “The Surrealist Period”, 49.

21 Ibidem.

22 Balakian, “The Surrealist Object”, 177.

23 Ibidem, 174.

24 Ibidem, 175.

25 Malt, “The Surrealist Object in Theory”, 87.

26 Balakian, “The Surrealist Object”, 177.

27 Louis Aragon et al., “Déclaration du Bureau des Recherches surréalistes”, 439

28 Short, “The Politics of Surrealism”, 20.

29 Rosemont, “Introduction”, 4.

30 Marx, “The Communist Manifesto”, 176.

31 Rosemont, “Introduction”, 1.

32 Short, “The Politics of Surrealism”, 19.

(*)(*) En français dans le texte. (NdT).

33 George Ross, Workers and Communists in France : From Front Popular to Eurocommunism (Berkeley : University of California Press, 1982), 1-3.

(*)(*) En français dans le texte. (NdT).

34 Edward Mortimer, The Rise of the French Communist Party, 1920-1947 (Londres : Faber and Faber, 1984), 19.

35 Short, “The Politics of Surrealism”, 25.

36 Ibidem, 27.

37 Michael Löwy, Morning Star : Surrealism, Marxism, Anarchism, Situationism, Utopia (Austin : University of Texas Press, 2010), 46.

38 Pierre Taminiaux, “Breton and Trotsky : The Revolutionary Memory of Surrealism”, dans Yale French Studies, n° 109 (2006), 54.

39 Short, “The Politics of Surrealism”, 25.

40 Rosemont, “Introduction”, 30.

41 Marx, “The Communist Manifesto”, 167.

42 Short, “The Politics of Surrealism”, 22.

43 Taminiaux, “Breton and Trotsky”, 56.

44 Marx, “The Communist Manifesto”, 172.

45 Matthews, “Object Lessons”, 185.