"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 1 février 2023

UN TRIOMPHALISME SYNDICAL QUI SENT MAUVAIS

 

 

 «"Plus vous négociez, plus vous mobilisez la gauche qui pense que vous allez céder, et plus vous démobilisez la droite qui ne comprend plus ce que vous voulez faire. Il n’y avait rien à négocier. Il fallait seulement écouter et informer, c’est ce que nous appelions “concerter". Sarkozy (ce jour au Figaro)

23 km! (aller et retour chez moi) Jamais je n'avais marché aussi longtemps pour une manif, même en 68 où pourtant les motifs étaient plus intéressants que cette palinodie syndicale qui prétend délaisser tout son cortège de corporatismes...maintenus. Cette manifestation du 31 annoncée à grands coups de trompette comme organisée "par départements" fût pourtant bien le même serpent de mer "tous ensemble"de corporatismes à la queue leu-leu avec chacun leur système de retraite paisible. Lequel est régi par "la clause du grand-père" qui ne risque pas de mettre le feu au poudre parce que la jeunesse les vieux grognards syndiqués s'en foutent sinon ils se mobiliseraient pour la révolution. La division, ou plutôt les divisions existantes ne sont ni remises en cause par le gouvernement ni par les mafias syndicales. Des garanties envers le "secteur public", fortement avantagé depuis la guerre, pour les raisons que j'ai déjà explicitées, il n'est nullement question de les appliquer au privé. C'est d'ailleurs pourquoi la prétention des mafias syndicales du "public" à appeler le "privé" à rejoindre la lutte, ou pour tenter de faire croire qu'au cours de cette manif il aurait rejoint les parties syndicales du défilé sont du pipeau; même s'il est vrai que nombreux de ceux "qui n'avaient jamais manifesté" étaient présents, mais devant...dans la pré-manifestation habituelle ! Un article du CCI révèle bien la foutaise des discussions qui tout en semblant de se soucier des plus mal lotis, s'en fichent et dénotent un individualisme corporatif:

"À cela s’ ajoute un « débat » assourdissant sur l’injustice de la réforme pour telle ou telle catégorie de la population. Il faudrait la rendre plus juste en intégrant mieux les profils particuliers des apprentis, de certains travailleurs manuels, des femmes, mieux prendre en compte les carrières longues, etc.Bref, toujours le même piège, pousser à ce que chacun se préoccupe de sa propre situation, tout en mettant uniquement en avant le sort des « catégories » les plus défavorisées face à
cette attaque ! Mais au final, tous ces contre-feux, mis en place durant les trois dernières semaines, n’ont pas fonctionné. Et la combativité exprimée par un à deux millions de manifestants impose
désormais aux syndicats de s’adapter à la situation".

L'unité syndicrate "ensemblière", pour les plus observateurs critiques, se confirme cependant comme une supercherie d'autant que chaque jour on nous informe du ralliement des diverses crapules politiques de la gauche bourgeoise, de la mère Tondelier à la hyène Hidalgo et au furet Jadot, du blaireau Roussel à la belette Faure, sans oublier le putois Mélenchon, as de la palinodie. Des journalistes "spécialistes" vendent déjà la mèche, les syndicats "veulent gagner du temps" (= épuiser les troupes) et de toute manière, dans 50 jours, une fois la réforme adoptée avec ou sans le parlement, les syndicats légalistes CGC et CFDT arguront qu'il faut accepter la légalité en République, quand la CGT hurlera à la trahison pour renforcer son image de marque de syndicat fort en gueule, quoique navré.

Deux défilés...

Immédiatement, au départ à la place d'Italie on aperçoit les noyaux syndicaux avec leurs farces et attrapes:ballons géants, gilets oranges, bleus, jaunes, banderolles officielles avec slogans ad hoc, puis une foule qui oscille qui ne donne pas l'impression de vouloir se laisser domestiquer par les agents de l'Etat en milieu ouvrier. Il y a des corridors qui filent le long des trottoirs, qui cherchent à percer les cordons et attroupements syndicaux et qui se dirigent, comme moi... vers l'avant, ou prennent les rues parallèles pour ne pas avoir à subir cormes de brume et slogans débiles, et se retrouver à l'avant du cortège. La pré-manif est vraiment une autre manif où on respire, on discute et où on sait qu'on est de tous les secteurs, surtout les non encadrés. Ce deuxième défilé je ne le limite pas à l'avant car au milieu du barnum syndical nombreux sont aussi sont celles et ceux, non membres des mafias, qui défilent parce qu'ils se retrouvent là sans reprendre les débile slogans corporatifs ou mensongers.

Un défilé donc, pompeux, rasoir, habituel, qui peut être considéré comme celui de couches moyennes, intermédiaires (...avec le capital) même s'il contient des ouvriers, communaux, techniciens du public, etc. Masse de vieux grigous à cheveux blanchis sous le harnais syndical. Les professeurs trotskiens y dénoncent le "saccage des services publics", dont on n'a que foutre. Des couches qui ont un emploi garanti et une retraite décente, engoncées dans un solide esprit corporatif (qu'on ne peut pas reprocher aux seuls syndicats comme le croit le CCI). C'est statique et stagnant. Aucun projet politique. On discute entre soi. On ne raconte la dernière et comment va Paulette ou Roger, puis l'on s'en va marcher en bramant en choeur ce que le bonze de tête hurle dans le mégaphone. Là on ne réfléchit pas et on ne peut pas réfléchir. Pas de débat car c'est comme à l'armée au 14 juillet, un défilé est un défilé. On marche aux ordres. Les tracts hors norme sont refusés avec dédain voire déchirés sans être lus1. Une chose est sûre une amplification de ces bureaucrates n'est source d'aucun danger, ils stagnent syndicalement et corporativement; et quand un rigolo de SUD intronisé régulièrement en plateau TV vient raconter que les syndicats sont "débordés", c'est du nombre qu'il parle, sans préciser que les débordants ne sont pas derrière ses amis syndicrates mais...devant2.

Tout autre est le deuxième défilé. Lequel double à chaque fois et personne n'en parle. Oui il était au moins le double comparé à la manif du 19. Dans l'ensemble il est silencieux comme pour signifier qu'à cet endroit on réfléchit. On n'ose pas encore tenir des AG de rues, comme en 68, mais ça viendra. Faut penser à provoquer un attroupement, je sais le faire et je l'ai déjà appliqué. J'ai eu plusieurs discussions éclairantes en marchant, confirmant bien des réflexions que j'exprime dans ce blog. Ici on défile tous sans se soucier de corporation ou d'appartenance à un métier. On peut défiler à côté d'un chercheur du CNRS, d'un ouvrier du bâtiment, d'un travail sans papier comme d'un étudiant, voire d'un boulanger ou d'un chauffeur de taxi. Il y a beaucoup de jeunes, non embrigadés dans les corpos étudiantes de bobos de gauche.

Ici les termes de classe ouvrière ne choquent personne. Ici le féminisme débile qui trône dans les médias est méprisé; cf. Discussion avec des techniciennes de Radio-France qui débinaient ces "dames qui en réalité ne font rien pour les femmes battues ni les iraniennes". Ici on parle de la guerre en Ukraine sans prendre partie pour un camp ou l'autre; j'ai été estomaqué quand une dame d'un âge certain (ancienne comédienne du café de la gare) m'explique craindre sérieusement une montée vers la guerre mondiale si le mouvement de classe actuel cesse de se radicaliser comme en 36 qui n'avait fait que précéder 39...

Ici je suis étonné d'entendre tel jeune douter de la "victoire syndicale" et de leurs protestations. Ici les journalistes de télévision sont considérés comme des putes du système. La télévision n'est vue que comme l'entonnoir des spécialistes véreux et des rigolos d'extrême-gauche3 sur un strapontin avec tels pitres de SUD ou de la CGT, seuls habilités à représenter "l'insurrection citoyenne".

L'insurrection citoyenne4... bientôt soumise à l'économie de guerre

Radical à la racine tous ces gens du premier défilé ne sont que des radis du système, rouges à l'extérieur et blancs dessous. Ils parlent "au nom" du "peuple de France", pour "les pauvres" contre "les riches". Outre que cette pâle "insurrection citoyenne" ne vise pas à renverser les meubles (ni Macron), elle n'a aucune alternative sauf l'invraisemblable retour au 60 ans pour la clique hétéroclite et féministe-débile de Mélenchon.

Ce carnaval de la gauche "ré-unie" en surface profite surtout de la soi-disant connerie du gouvernement, qui ne peut pas agir autrement face aux urgences financières . Donc il est impossible de justifier l'absolue nécessité d'une réforme qui permettra au mieux une économie de 20Md€/an, alors que Macron a claqué 560Md€ en deux ans pour financer son "quoi qu'il en coûte", quand le budget de l'état accuse un déficit annuel de 180Md€, et que la dette publique avoisine les 3.000Md€ soit 115% du PIB... Mais je maintiens que cette "urgence" a avant tout pour but de remettre en selle la gauche bourgeoise dans son rôle théâtral oppositionnel.

Cette lutte pour "sauver nos retraites" est en outre tout sauf internationaliste... Certes, il est impossible d’en justifier l'urgence véritable et que personne n'évoque excepté Lutte Ouvrière et Révolution Internationale. Les caisses ne sont pas en déficit et les retraites restent et resteront aussi un serpent de mer pour les décennies à venir, sauf s'il y a la guerre ou la révolution. Il ya quelques jours Macron annonçait l'attribution de milliards pour l'armement français. Où trouve-t-il l'argent? Cette question et son lien avec la nécessité de resserer tous les budgets dont ceux des retraites devrait pourtant interroger tout le monde, et nous élever au-dessus de la banale et insoluble question de ma retraite ou de la tienne; le retraites ne sont pas plus scandaleuses que la hiérarchie ou le chômage non indemnisé. Il faut trouver l'argent pour alimenter les dépenses parasitaires des armées!

Lutte Ouvrière frôle l'astuce:

"Plus grave encore, il y a les bruits de bottes qui se rapprochent avec l’escalade guerrière en cours en Ukraine. Il suffit de voir comment Macron veut passer en force sur les retraites pour comprendre qu’il ne nous demandera pas notre avis pour entrer en guerre. Et pour acheter des missiles, des chars d’assaut et des avions de combat, il ne manquera pas d’argent. Le gouvernement a déjà porté le budget militaire à 413 milliards, soit 100 milliards de plus sur sept ans ! S’il y a la guerre, le gouvernement ne nous volera pas seulement deux ans de retraite, il volera les 20 ans de la jeunesse qu’il enverra au combat. Plus d’injustice, plus d’inégalités, plus de guerres, voilà ce que les capitalistes et leurs serviteurs politiques nous réservent, à nous et à nos enfants !".

REVOLUTION UNTERNATIONALE ((CCI)) va plus loin en expliquant la place prise par l'économie de guerre:

"Le retard pris depuis plusieurs années par la bourgeoisie française pour « réformer » le système des retraites demeure une faiblesse de poids vis-à-vis des bourgeoisies concurrentes. Cet impératif s’accroît d’autant plus que l’intensification de l’économie de guerre impose une intensification inexorable de l’exploitation de la force de travail. Après avoir échoué une première fois en 2019, Macron et sa clique font de cette nouvelle tentative un enjeu pour leur crédibilité et leur capacité à jouer pleinement leur rôle dans la défense des intérêts du capital national".

Et les intérêts du capital national, subordonnés à l'impérialisme américain, sont de fabriquer des armes...avec l'argent du contribuable, surtout prolétaire, de les tester sur le terrain en Ukraine, tout en préparant la population à la guerre (cf. Mon billet sur Macron-Déroulède). On est loin de la défense des retraites, même si l'Etat bourgeois (et tous ses compartiments financiers, politiques et syndicaux) en taisent les dessous.

UNE PROTESTATION REACTIONNAIRE

POURQUOI CETTE LUTTE "ENSEMBLIERE" POUR "DEFENDRE" DES RETRAITES DIVERSES ET INEGALITAIRES EST REACTIONNAIRE?

Parce qu'elle fait dépendre l'avenir de la classe ouvrière et de la société d'exploitation et d'injustice à un avenir meilleur dépendant d'une "retraite juste", "mettant fin à l'injustice", nullement A CHANGER DE SYSTEME ni à penser à une nécessaire révolution. Il me souvient qu'à la veille de 68 se déroulait des manifs pour les retraites et que tout le monde s'en fichait. De plus cette prétention à défendre un avenir "retraitable garanti" fait passer au second plan le plus grave ICI ET MAINTENANT: la précarisation de la vie au travail: "C'est une insécurité généralisée que produit le management du travail moderne"5.

L'urgence des partenaires gouvernementaux et syndicaux est une esquive de la principale urgence DANS LE TRAVAIL ici et maintenant!

Un travail qui devient toujours plus précaire. Un travail qui sépare la classe ouvrière (noyée dans l'euphémisme "couches moyennes") en deux entités: jeunes et vieux, où, comme en ce moment, on semble plus se préoccuper du travailleur vieux en fin de carrière, tout en prétendant "faire un effort" "à l'avenir" pour embaucher les "vieux" de plus de 45 ans! Ici ce n'est pas une question de retraite mais d'actualité de l'infamie patronale et étatique6. Réduire le coût de la "masse salariale" c'est dans la plupart des cas virer quadragénaires et quinquagénaires.

Le présent au travail devient invivable. Les conditions drastiques imposées par le management suppriment toute solidarité de classe dans des conditions de travail infantilisantes. Du coursier au cadre en marketing jusqu'aux enseignants: "Les salariés qui se dopent (à la cocaïne ou au cannabis) le font pour ne pas freiner leurs collègues et garder leur place" (p.144).

La peur de perdre son emploi en conduit beaucoup à des concessions incroyables comme de travailler de façon compulsive de huit à dix heures par jour, avec le lot de mal-être qui suit:, AVC, dépressions, suicides. Un monde à remettre en cause dans l'urgence qui n'est nullement réformable mais une destruction lente et sadique des êtres humains. L'auteure, pourtant apolitique, en démonte bien la trame:

"Le monde qui vient sera-t-il bipolaire? Un monde divisé entre, d'un côté, des multinationales transhumanistes et, de l'autre, des micro-entreprises? Un monde divisé entre des salariés robotisés bien payés et des auto-entrepreneurs précarisés? Aujourd'hui le système ressemble étrangement à l'utopie "Le mailleur des mondes" de Aldous Huxley"7.


NOTES


1L'esprit stalinien demeure chez nombre de gros boeufs CGT, comme je m'en suis rendu compte in vivo. Je diffusais un papier humoristique "éteins la nuit", parodie d'une chanson d'Hallyday, se moquant de la disparition du tarif préférentiel à EDF, mais les mains se fermaient et le regard se faiaait méprisant. Ce n'est pas qu'ils manquent d"humour mais qu'ils sont simplerment cons.

2Le CCI toujours généraliste tient toujours ce genre de discours qui imagine que toutes les parties de la classe ouvrière sont prêtes à discuter: ""Défiler les uns derrière les autres, puis repartir chacun dans son coin est stérile. Pour être véritablement unis dans la lutte, il faut se rencontrer, débattre, tirer ensemble les leçons de la lutte présente et des luttes passées. Il faut prendre en mains nos luttes.Partout où cela est possible, sur les lieux de travail ou ici, sur les trottoirs, sur les places, en fin de manifestation, il faut se regrouper et discuter". Douce rêverie, non ce n'est pas partout que l'on peut discuter, cf. Rappelez-vous les honteuses exactions des ouvriers roumains jadis.

3Lire le très intéressant article de LO sur la scission de la girouette NPA, mais vaut mieux qu'ils ne parlent pas d'eux, LO n'est qu'un petit parti stalinien qui imagine prendre le pouvoir, en tant que parti.

4Expression du putois Mélenchon.

5cf. Danièle Linhart "Travailler sans les autres". D.Linhart nous bassine tout le long avec ce truisme "la valeur républicaine d'égalité", conforme à l'hypocrisie de son frère, principal chef naguère de la secte maoïste "la cause du peuple".

6cf.Violaine des Courières: "L'hexagone n'emploie que 37% des actifs âgés entre 54 et 64 ans, soit 5 points en dessous de la moyenne européenne" (p.151 de "Le management totalitaire".

7"Le management totalitaire"

vendredi 27 janvier 2023

Butte contre les retraites : chacun pour soi et Macron pour tous

 


« Car, de deux choses l'une : ou la France se meurt, et mourante, déchoit de son rôle d'initiatrice de la Révolution européenne, et c'est la conclusion à laquelle me mènent, à ma grande douleur, des prévisions qui datent de dix ans et l'analyse des derniers événements. Ou bien je me trompe, à ma grande joie, et de nouvelles générations que j'ignore attendent en France une occasion de se lever et de nous rappeler ».

Jules Andrieu (1872)

"Les riches sont responsables du malheur des pauvres" Mélenchon (discours populiste classique, chauvin-jacobin, et foireux: qui trop embrasse mal étreint!)


L'agenda de la protestation nationale contre l'attaque gouvernementale sur les retraites est complètement contrôlé et défini par les mafias syndicales. Je ne cesse de répéter qu'il ne s'agit que d'une organisation de la...division, et d'une « animation » nullement contrôlée par la principale concernée, la classe ouvrière. Ceci est le plus clairement montré par une affichette de la secte trotskienne LO, ci-jointe. LO suit comme tous les autres organes gauchistes, supposant comme à chaque fois qu'ils appellent à suivre les organismes de défense de l'Etat bourgeois,qu'il y aura des débordements...révolutionnaires. C'est hélas aussi le cas du groupe maximaliste CCI qui laisse croire que la protestation syndicrate « montre le chemin »1. Tout en mettant en garde tout de même d'une façon plus réaliste et révolutionnaire que LO : « Cependant, ce combat difficile est déjà semé d’embûches. Le prolétariat doit, en effet, se méfier des faux amis que sont les syndicats et les partis de gauche et d’extrême-gauche de la bourgeoisie, forces étatiques destinées à encadrer et à saboter les luttes ».


On me permettra de mettre en doute l'affirmation (chauvine ou localiste?) qui leur permet d'assurer que le prolétariat en France est « la fraction la plus expérimentée et concentrée du prolétariat mondial » (dans les bureaux, la nuée des petites entreprises de service?). La classe ouvrière pouvant « s'affirmer sur la base du combat historique, d'un combat autonome ». Je me permets de me demander aussi quelle connaissance ont les jeunes et moins jeunes prolétaires français de cette expérience historique, exceptée la mémoire rabâchée des faux exploits syndicalistes et un bilan embrumé de la gauche au pouvoir dont les médailles restent nationalisations et ISF. Comme je reste dubitatif sur la notion d'autonomie, typiquement anarchiste. Tiens justement et ce sera le lien suivant sur le plus important pour mesurer qu'il s'agit bien d'une attaque au plan historique ! Et c'est le tract de la Fédération Anarchiste qui le dit aussi clairement :

« Rappelons qu'après la Seconde Guerre mondiale, par peur d'une révolution possible, l'Etat et le patronat on accepté un compromis social qui a consisté, entre autres, à mettre en place un système de retraite ».

CONTRE UNE ATTAQUE CONFIRMANT QU'IL N'Y A AUCUNE GARANTIE SOCIALE SOUS LE CAPITALISME EN CRISE ET EN GUERRE...des pets de souris syndicales !

Grâce aux manœuvres orchestrées par la police d'Etat et les journalistes et réussies pour casser les pattes à la clique hétéroclite de Mélenchon, gouvernée par les poujadistes féministes, via la cabale éhontée contre Quatennens, la protestation annoncée par LFI en décembre dernier comme « formidable » en janvier n'est apparue que comme un carnaval syndical de plus même avec un million de personnes sur toute la France, le nombre pouvant simplement être considéré comme une simple manifestation de suivisme pas du tout dangereux pour l'Etat. Noam Chomsky a bien démontré dans ses dix stratégies de manipulation des masses, en particulier au niveau social par exemple : « Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat »2.

Chomsky ne mentionne pas cependant que le gouvernement ne peut pas manipuler tout seul, surtout lorsqu'il est appelé à prendre des mesures « immédiates » et puisqu'il est dévolu au rôle du méchant, car l'Etat ne se limite pas à lui mais comporte plusieurs organismes qui vont de la police aux syndicats, police plus subtile.

En vrais professionnels de l'organisation d'une protestation planifiée, les appareils étatiques rythment ou plutôt orchestrent à bon escient, comme des pompiers, afin de prendre le temps d'éteindre le feu qui est réel et ne demande qu'à amplifier. Alors que le lendemain de la journée du 19 pouvait être espéré comme rampe de lancement, on nous informe que les appareils doivent déposer un préavis de grèves pour dans une semaine ; hic dans une préparation qui s'affirme planifiée...mais pour mieux atténuer la vague de protestation. Les jours passent et en effet une légère baisse d'intérêt s'installe, renforcée par un attentisme naïf des ouvriers. La presse bourgeoise en profite (Le Figaro) pour étaler et détailler les inégalités et les avantages entre les diverses retraites ; dévoilant en effet des avantages qui pouvaient se justifier dans l'immédiat après-guerre dans les enjeux drastiques de la reconstruction, et pour attirer dans des emplois peu rémunérés avec des garanties-compléments de salaires (billets gratuits pour les cheminots, tarif privilégié pour EDF, etc.). Mais ces « informations » pour diviser ou semer le doute sur la « lutte tous ensemble » ne suffiraient pas car existe perpétuellement un lien de classe, plus ou moins vivace entre toutes les couches du prolétariat. Il revient donc aux collabos syndicaux d'animer et de favoriser interrogations dubitatives et doutes récurrents non pas sur la remise en cause de l'attaque gouvernementale mais sur les moyens pour y parvenir avec succès. Gauchistes et anarchistes peuvent bien bramer sur l'impérissable et oiseuse « grève générale », les syndicats ont pour fonction d'éviter ou de canaliser tout mouvement de masse du prolétariat, qui redevient dangereux en cette période3.

L'interclassisme autrement dit ces mêmes gens qui veulent noyer une protestation surtout ouvrière, vient servir de dérivatif plutôt inquiétant quand on nous montre en exemple les gilets jaunes qui ont été drivés par des petits bourgeois, quand les pantins Hidalgo et Roussel appellent à fermer les mairies en solidarité, etc.

Toutes les protestations « fabriquées », de M. Carnaval avec ballons et chars de députés sont délimitées autour du débat parlementaire car « ce n'est pas à la rue de décider », ce sur quoi députés de gauche bourgeoise comme syndicrates sont d'accord. Les amendements les plus irréalistes voire de surenchère comique se succéderont. Ainsi, le PS en pleine bagarre de petits chefs, prévoit toute une série d'exception pour les métiers pénibles comme les déménageurs ou les travailleurs agricoles, ou pour l'ensemble des salariés dans les Outre-mer. Les écologistes, eux, proposent un mécanisme pour que chacun puisse choisir de partir plus tôt, le Graal des chevaliers bobos. La droite chipote avec la proposition à 63 ans. La France soumise au populisme ose sans honte les 1600 euros à minima. Finalement tout le personnel politique tente de raboter un peu l'attaque pour mieux la faire passer, avec des cris de rage en fin de compte pour faire croire à leur honnêteté.Toutefois, ces amendements ont toutes les chances d'être irrecevables créant une dépense supplémentaire selon le gouvernement, seul habilité à la décision finale même sans l'accord des godillots du parlement.

Pendant que le cinématographe parlementaire est mis en place, la syndicratie continue de s'occuper des scénarios sur le terrain pour leur donner un aspect pas du tout de classe mais « spectaculaire ». Personne ne doute que ce sont des sous-fifres syndicaux qui on détruit l'installation électrique d'une ligne de métro même si leurs chefs nient cœur sur la main. C'est encore une flèche du Robin des bois.

La dispersion est soigneusement planifiée et soumise à la temporalité des états-majors. Une grève dite reconductible peut fort bien être interrompue sans autre raison qu'un ordre des chefs syndicartes. Par exemple un mouvement prévu pour durer deux jours dans les raffineries, il a en revanche été suspendu jeudi soir sur les sites TotalEnergies, a indiqué à l'AFP Benjamin Tange, délégué central CGT. Objectif selon le bureaucrate : « se préserver et préparer le terrain pour la grève nationale de mardi. A l'appel de tous les syndicats, elle touchera tous les secteurs: écoles, fonctionnaires, transports, services... L'un d'entre eux, l'UNSA, a recensé plus de 200 lieux de rassemblements, autant que pour la journée du 19 ».On fait aussi parler les « salariés », à leur place, pas les ouvriers ou les prolétaires, salariés cela fait plus interclassiste :« Les salariés qui sont dans le mouvement disent que ce serait mieux de repartir d'un bon pied mardi », avait expliqué plus tôt dans la journée Eric Sellini, responsable CGT TotalEnergies.On« centralise les informations » :

« Fabrice Coudour, qui a rédigé le plan de bataille de la FNME-CGT contre la réforme des retraites et centralise les informations concernant les actions locales. On est des porte-voix de la colère du pays et on se sent totalement légitime de faire ce type d’actions puisque le gouvernement ne fait rien pour lutter efficacement contre les prix de l’énergie.» On interrompt le scénarioen laissant entendre que les ouvriers spectateurs pourraient en imaginer un autre, si toutefois il existait des AG réelles et décisionnaires et pas pour des pitreries anarchistes ringardes : « Les grévistes n'ont pas, selon Sébastien Menesplier, mené de coupures d'électricité ciblées jeudi, cette option n'étant «pas d'actualité». La CGT avait proposé de fermer les robinets de gaz et d'électricité sur des communes d'élus favorables à la réforme, ce que le gouvernement avait condamné. «Il y aura des coupures ciblées si dans les assemblées générales, les agents les décident», et veulent aller plus «loin que la grève», a-t-il ajouté ».

Toujours plus éloigner la grève, voire comme un mode d'action dépassée, quand elle n'est pas décriée comme coûteuse, ce qui ne les empêchera pas de la rendre impopulaire surtout depuis qu'elle est de toute façon planifiée pour les vacances de février...


Et des actions hollywoodiennes ! Avec deux ROBIN DES BOIS...



Le premier Robin est syndical.Le gouvernement prend les ouvriers pour des enfants quand la CGT veut nous faire croire qu'on peut jouer le gouvernement avec des contes pour enfant. Cela fait plusieurs années que, en partie, ce syndicat a renoué avec ses origines anarchistes, mais pour le coup vraiment ridicules. L'action individuelle, surtout à EDF, action enchantée qui sert à faire croire que « l'action exemplaire » peut remplacer la lutte collective et notamment la grève. Ce prétexte infantile à un jeu qui ravit les bureaucrates n'est pas vraiment à leur avantage. La légende a été quelque peu trafiquée. Robin est mythifié au cinéma comme en BD comme noble chevalier qui détroussait les riches au profit des pauvres ou rendait au peuple l'argent des impôts prélevés. Le personnage décrit dans certaines ballades populaires n'a rien à voir avec l'image du noble justicier mais est plutôt un brigand parfois cruel et violent. Dans d'autres contes, il est un fermier aisé qui ne met jamais en cause l'ordre établi, ne propose aucun idéal social et se prosterne devant le roi Richard, comme tous les syndicats finiront par le faire devant le roi Macron.
Robin des bois est surtout électricien. Les médias mettent en scène volontiers le gros bide de la CGT énergie qui se vante d'instaurer pour les plus pauvres et les services publics la gratuité du gaz ou de l'électricité pour des écoles ou hôpitaux, rétablissement d'usagers coupés : les grévistes du secteur de l'énergie ont mené jeudi plusieurs actions dites «Robin des bois» pour «intensifier le rapport de force» dans la lutte contre la réforme des retraites ».

Or si les médias projettent au devant des gros bides d'EDF c'est en même temps pour rappeler les avantages, incontestables, de la confrérie, connus de tout le monde et vécus comme des privilèges exorbitants, dont on ne voit pas la nécessité pour tous de les défendre. Mais dont on comprend la rage des concernés. Qui ne se laisseront pas berner par la manière de l'attaque intérieure en sourdine :

Vous le savez, nous sommes pleinement engagés dans un ambitieux plan de sobriété incitant l’ensemble des Français à réduire et décaler leurs usages en dehors des pics de consommation.

En tant que bénéficiaire du tarif agent en option Base, vous aussi, vous pouvez facilement participer à l’effort collectif, sans effet sur votre facture d’électricité !

Comment ? Il vous suffit

de remplacer l’option Base de votre tarif agent par l’option Heures Creuses.

Faire ce choix est particulièrement pertinent si vous avez un chauffe-eau électrique à accumulation relié à un contacteur jour/nuit, car l’eau chaude représente jusqu’à 20% de la consommation d’énergie d’un ménage.

Le fonctionnement de votre chauffe-eau sera automatiquement décalé vers les périodes où le système électrique est moins sollicité.

Les propagandistes du trust EDF n'ont pas inventé l'eau chaude mais prennent aussi les ouvriers d'EDF pour des demeurés. L'ambitieux plan de sobriété n'est que le cache-sexe de la plantade du nucléaire à cause des ploucs écolos en complicité avec les chefs d'EDF, quand on ne nous parle plus des risques de délestage. Voilà l'ennemi : le chauffe-eau, et éventuellement l'artisan-bio qui, en tant qu'auto-entrepreneur aura pitié de ces planqués d'EDF. C'est le même argument «écolo-bobo » qui sert d'argumentaire pour « économiser », comme dans les années 1980, ils demandaient aux gens de se grouper dans la salle de séjour en éteignant le chauffage dans les autres pièces. Comment ces crétins espèrent-ils faire croire que les employés vont gober cette « participation à l'effort collectif » en basculant sur le double tarif jour/nuit, sans rien changer au tarif unique privilégié ; si le « directeur Marché des clients particuliers » leur dit qu'ils sont intelligents (pertinent) ils répondront qu'ils sont si bêtes que cela ne les empêche pas de comprendre que le double tarif sera la marche vers la suppression du « simple tarif » ; néanmoins on peut faire confiance au syndicat CGT, majoritaire dans la corporation, pour accompagner le futur tarif comme il a accompagné la fermeture de multiples agences locales...en désespoir de cause !


Les conditions sont réunies pour que les prolétaires de la corporation EDF et les filiales parasites soient battus, ou, dans un dernier réflexe de résistance isolée, reçoivent la police comme en 47 ou 69. Sauf si, en même temps, outrepassant les serials-JA cloisonnées des syndicats, un tous ensemble inespéré vient leur botter le cul. Ce qui paraît aussi improbable qu'une promesse d'établir l'égalité des retraites ou des salaires. Et Robin des bois pourra retourner dans sa forêt détrousser un jogger ou violer une joggeuse.

LE DEUXIEME ROBIN DES BOIS EST ANTI-CAPITALISTE



Mais un anti-capitaliste à la fois anarchiste et réformiste. En gros, de Mélenchon à Besancenot et la FA, il suffit de prendre aux riches pour donner aux pauvres. La lubie est étendue et populaire :

« Taxer les plus riches : un tournant inévitable

La crise économique engendrée par la pandémie de Covid-19 et l’augmentation des inégalités mettent en lumière l’urgence et la nécessité d’une fiscalité plus juste. Depuis plusieurs mois, des voix s’élèvent et appellent à taxer davantage les grandes fortunes, y compris des milliardaires comme Bill Gates, Abigail Disney ou des collectifs de millionnaires comme Millionnaires for Humanity. Le FMI vient de se prononcer en faveur d’une taxe sur les entreprises qui ont profité de la crise et sur les plus riches, et plusieurs pays sont en train de franchir le cap, à l’image des Etats-Unis où le Président Biden est en train d’initier une vraie révolution fiscale pour une plus grande justice sociale. C’est aussi une mesure populaire : un récent sondage montre que près de deux tiers des Française-s sont favorables à mettre en place une taxe exceptionnelle sur les multimillionnaires pour répondre à la crise du Covid.

Oxfam porte 3 mesures prioritaires pour mettre un terme à ce fléau :

  • Etablir une liste noire mondiale des paradis fiscaux dans chaque pays avec des sanctions. Cette liste doit être fondée sur des critères objectifs et crédibles, et les pays qui y figurent doivent être sanctionnés.

  • Mettre en place au niveau international un taux d’imposition mondial sur les sociétés : cet impôt ne doit pas être trop faible et doit être appliqué pays par pays sans exception. Cela permettrait de taxer les entreprises là où elles ont une activité économique réelle, sans qu’elles puissent délocaliser artificiellement leurs bénéfices dans des paradis fiscaux.

  • Mettre fin à l’opacité fiscale des entreprises pour faire la transparence sur leur propriétaire et les impôts payés dans chaque pays.

  • UNE fiscalité plus juste, doublée d'une vraie révolution fiscale (initiée par le marxiste Biden!) vous ne rêviez pas au socialisme sous le capitalisme, ni à une justice plus juste. C'est en cours. Attendez et soyez patients ! Vos grèves sont ridicules comparées à cette « révolution fiscale » qui va générer de nombreux emplois. Les inégalités vont être « attaquées à la racine » car les « hauts revenus » seront taxés davantage, rétablissant ainsi l'impôt révolutionnaire sur les grandes fortunes et les héritiers !

Ces conneries, étalées en particulier dans le programme fumeux de LFI, sont faciles à démonter, à moins de croire le capitalisme réformable. Dans une période antérieure moins grave de la crise économique capitaliste, cette réforme n'avait pas fait des miracles ni diminué ou supprimé le chômage4. En y réfléchissant quelque peu, en supposant les capitalistes sado-masos, le volume de la taxation des riches ne peut même pas prétendre combler le déficit abyssal des systèmes étatiques. Il s'agit de poudre aux yeux pour encore plus ridiculiser le prolétariat qui n'aura qu'à attendre le miracle d'un abondement des « riches » pour faire confiance à la magnanimité d'un système fabuleusement cynique ; et en outre pour place sur un plan infantile la lutte de classe dans un combat simplet entre riches et pauvres où les riches se rachèteraient en faisant l'aumône à ceux « des couches moyennes d'en bas » !

Signez la pétition !5 Et avec les syndicats : choisissez bien choisissez BUT, pas le but révolutionnaire mais le but client de Robin des bois pour tous, en grande surface, et enculez les riches mais pas le capitalisme !


NOTES

1« le 19 janvier en France, contre la réforme des retraites, tous ces mouvements montrent le chemin à suivre pour prendre confiance en nos propres forces et tenter de retrouver, à terme ,une identité de classe perdue ».

3Vous pouvez, comme le CCI, prendre l'exemple du mouvement de grèves persistant en Grande Bretagne et ailleurs, mais je prends plutôt un seul exemple révélateur d'une prise de conscience des forces bourgeoises de gauche, et avec la particularité de ne jamais utiliser les termes « classe ouvrière », chez les écolos c'est « les pauvres », chez LFI « le peuple » et chez les plus tarés des wokistes racialistes on a la Boutelja qui ne désigne plus tous les blancs comme responsables des malheurs des noirs et des arabes, mais les « grands blancs » quand les petits blancs sont considérés aussi comme les pauvres d'en bas sans distinction de peau.,Toute la gauche bourgeoise ne peut ni favoriser ni reconnaître la nécessaire indépendance de classe contre toutes les sirènes interclassistes de la manipulation « démocratique » . C'est à chaque fois comme ça dans l'histoire (36,47,81), les forces bourgeoises sentent les premières quand l'eau comence à bouillir, sauf rares surprises, 1917 et 1968...

4Note d'un économiste : « Quand on crée l'impôt sur les grandes fortunes en 1980-1982, l'Etat emprunte à 18%. Le rendement instantané de tout placement est complètement sûr, garanti, et est énorme, en affichage. Il y a de l'inflation certes, mais l'exigence que l'on a pour la personne qui va payer l'impôt est beaucoup moins forte que maintenant, où l'Etat emprunte à 0,7%. Cet impôt devient effectivement un impôt qui, sur le plan économique, devient contre-productif, car il est destructeur de capital. Aujourd'hui, les gens qui payent l'ISF ont un capital obligataire qui leur revient à 0,6-0,7%, et on leur réclame 1,2%-1,7%. C'est-à-dire qu'on mange leur capital (...) Cette réforme, c'est moins un cadeau aux riches que le retour de l'idée qu'il faut laisser l'expansion économique se faire.

mercredi 25 janvier 2023

Aperçu du messianisme fasciste...Pour tempérer votre ennui du feuilleton syndical...

 

     Le feuilleton de la lutte syndicale contre la prolongation de l'âge de la retraite commence déjà à suer

l'ennui. On n'assiste pas à une division syndicale comme à l'ordinaire lorsqu'il faut saboter toute lutte d'envergure de la classe ouvrière. On finasse en prétendant prendre en compte le malaise des consommateurs ou des transportés. On ne peut plus recourir systématiquement à la grève, chose qui coûte cher en un temps où la bourgeoisie nous « appauvrit », en plus « on risque de ne pas être suivi », ajoute notre syndicaliste de base, ce qui, miracle de la dialectique syndicrate, suppose à la fois que le gréviste potentiel n'est pas complètement con mais que s'il ne suit pas alors il oblige le syndicat à inventer d'autres trucs. « On va donc faire grève deux jours à la SNCF », puis voir si d'autres secteurs suivent ». Plus statique tu meurs. « C'est très compliqué pour les OS (organisations syndicales) tout le monde ne suit que deux ou trois jours ». Donc ne rêvez pas, on ne va pas vous vendre un mouvement massif, rentrez chez vous ! On s'occupe du reste. « Dans la durée c'est pas évident »... pourtant en décembre ils nous promettaient tous 

une lutte pour l'éternité à partir de leur « mission » syndicale. « Certains seront obligés de recourir à d'autres modalités... ». Par exemple l'incendie au départ des trains à la gare de l'Est. Tien tiens et les médias qui en restent à la thèse de l'accident électrique alors qu'on a tous compris que ce sont des membres excités des appareils qui ont fait le coup « pour faire chier Macron coûte que coûte »... sachant bien que la mayonnaise syndicaliste ne prendra pas et, sans s'en rendre vraiment compte, servent à décrédibiliser toute lutte sérieuse, vraiment du point de vue des masses et contrôlées par elles...

Dans l'attente des prochains épisodes, voici encore des extraits de mon « Missionnarisme » qui nous interroge aussi sur notre époque et son absence d'homme providentiel, pouvons-nous nous attendre à un moment gravissime de la crise et de la guerre capitaliste en cours à un homme (ou une femme) providentiel ?

LE MESSIANISME FASCISTE

On a souvent prétendu que le fascisme avait été un copieur du communisme, en particulier via sa mission millénaire et sa brève contestation initiale de la propriété privée. Dans le film de Dino Risi en 1962 – La marche sur Rome – on nous conte comment deux ploucs, Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi se sont fait rouler par le fascisme1. Le moment le plus drôle est probablement l'épisode où les deux lascars, après avoir dérobé une limousine à un riche noble, rapportent celle-ci à leur chef fasciste en criant « c'est la propriété du peuple », et se font gifler avec un hurlement de colère de leur officier.

Autre sociologue mieux connu de l'Ecole de Francfort, Marcuse associait non pas le fascisme italien mais le nazisme au devenir technologique du capitalisme qui impulse une compétition impitoyable entre les individus, annule toute distinction entre l’économie et le politique de telle façon que « les forces économiques deviennent des forces politiques directes ».

La « souveraineté » du Parti n’est pas incompatible avec la « souveraineté » des entreprises industrielles ni avec celle de l’armée. La transcendance des conflits et antagonismes sociaux qui est une des composantes de l’idéologie nazie se métamorphose dans la guerre d’expansion qui se pose comme but suprême d'élévation. Le nazisme a besoin cependant de l'antique croyance. Hitler jouait sur plusieurs registres de la religion – aryanisme, nordisme, déisme, christianisme. Mussolini félicitait publiquement le Vatican qui « poursuit la tradition latine et impériale de Rome ». Bien qu’athées, le Führer et le Duce prirent soin de ménager leurs Eglises.

Le nazisme fût une mystique politique, du même ordre que la mystique patriotique en 1914 et que l'engagement djihadiste, qui est un mouvement de jeunesse comme le furent les deux formes du fascisme, néo-patriotique et décolonisé d'aujourd'hui. Plus lucide que nos marxistes d'avant-guerre c'est un jeune juriste, futur gaulliste qui en fût le principal alerteur d'incendie2.

En qualifiant de « mystique » cette idéologie nationale-socialiste et en déroulant certaines des conséquences qui s’y attachent, René Capitant n’est pas complètement original ; il l’est davantage en caractérisant, « à chaud » en quelque sorte, le nazisme comme religion sécularisée, ayant à sa tête Adolf Hitler, « Le dictateur allemand, grand-prêtre d’une idéologie qui s’empare de la nation et lui impose une mobilisation totale, politique, économique, intellectuelle, et morale ».

La démarche de René Capitant diffère totalement de son contemporain, Franz Neumann, juriste lui aussi, et membre de l'école de Francfort, qui considérait l’idéologie nazie comme une doctrine purement opportuniste  sur laquelle on ne peut fonder aucune analyse sérieuse du régime et sous-estimait comme nombre de marxistes des années 1930 le potentiel de durée du nazisme, comme nos gauchistes avec l'arrivée au pouvoir de Khomeini en 1979.

Structures idéologiques et politiques, système économique, organisation de la nouvelle société enfin, l'auteur croyait démonter un par un les rouages d'un régime qui lui apparaissait, à l'image du Béhémoth de l'eschatologie juive, comme le règne du chaos et de l'anarchie. Loin d'être l'incarnation d'un Etat autoritaire, le IIIe Reich aurait été un non-Etat, Le charisme de Hitler était réduit à un stratagème de domination et son discours à une manipulation cynique destinée à occulter le fonctionnement du pouvoir. Or, par contre, le grand mérite de René Capitant, c’est d’avoir aperçu très tôt toute l’importance de la mystique de la contre-révolution culturelle nazie, qui fait penser rétroactivement à la contre-révolution cultuelle islamique.

Cette dimension religieuse, mystique ou messianique se reflète pour Capitant notamment dans l’art de gouverner qui est à des kilomètres du gouvernement libéral classique. Il note par exemple que « le national-socialisme […] sous-estime systématiquement le risque d’erreur » dans l’exécution de sa politique. En revanche, « quant aux buts et quant à la méthode de l’action, quant aux lignes générales de son programme, il est bien trop pénétré de mystique et de messianisme pour ne pas affirmer être en possession de la vérité. Il procède par dogmes, il apporte à l’Allemagne une révélation, une religion et le dogme exclut l’erreur » .

Il n'a de cesse de souligner chez Hitler la dimension d’un nouveau prophète politique qui, mêlant la politique et la religion (la mystique), est capable d’enflammer les foules et donc de provoquer l’adhésion ou la communion populaire. « Hitler est sincère, comme un prophète. Il ne peut plus renier son idéologie qui s’est emparée de lui à tel point qu’il ne peut plus penser que par elle, et qu’elle est devenue sa vraie substance mentale ». On pense à l'ayatollah Khomeini et à ces foules électrisées.

À l’inverse de la démarche de certains des soi-disant marxistes qui pensaient relativiser l’idéologie nazie au profit de l’analyse des rapports sociaux, le jeune juriste français jugait primordial de prendre conscience de leur cohérence doctrinale mystique. Dès 1935, témoin attentif des premiers succès d’Hitler il avertissait tous les intellectuels inspirés par la seule philosophie matérialiste qu’ils ne devaient pas balayer d’un revers de la main toute cette « mystique » nazie. Il s’était aperçu « qu’une analyse de l’État ne saurait suffire à rendre compte du nouveau régime. Il faut d’abord prendre pleinement conscience d’une authentique révolution intellectuelle, puis étudier l’impact de cette révolution sur l’organisation de la société par l’intermédiaire du pouvoir politique » 

 Hitler, disait Capitant, croit à la puissance de dieu, de ce dieu dont la grâce l’a si puissamment aidé dans l’accomplissement de sa mission allemande. Aussi ne craint-il pas d’invoquer le droit à la vie, le Lebensrecht de l’Allemagne […] pour fonder sur elle la restitution des colonies qui ont été indûment et injustement confisquées à l’Allemagne ». [

« Ne croyons pas trop vite à la victoire de la réalité. […] Semblable à Mahomet soulevant l’Islam, Hitler prêche la religion du germanisme et s’apprête à fonder un nouvel et prodigieux empire. Le matérialisme historique nous enseigna longtemps que les intérêts mènent le monde. Nous voudrions que l’esprit le domine, mais craignons que la passion et le fanatisme puissent encore le bouleverser ».

 Mein Kampf est le fruit des lectures chaotiques d’Hitler : « Ce jeune homme déclassé et nerveux, paresseux mais intelligent, dont l’orgueil est blessé, se verrait bien révolutionnaire. Il faudrait pour cela glaner des idées moins éculées que celles que la presse droitière peut offrir, puis les synthétiser. Il va s’y employer et il va y réussir. », écrivit bien plus tard Jean-Louis Vullierme et cette idéologie n'est pas seulement le fruit de la folie. Hitler a puisé aussi chez les penseurs américains et européens.

Pour l'historien Mommsen « L'Allemagne est encore le pays 'classique' de l’irrationalisme, le sol où il a évolué de la manière la plus diversifiée et complète et peut donc être étudié pour le plus grand profit, tout comme c’est en Angleterre que Marx a enquêté sur le capitalisme ».

« Mais avec l’irrationalisme quelque chose d’autre, quelque chose de plus est. L'irrationalisme est simplement une forme de réaction (réaction au sens double du secondaire et de rétrograde) au développement dialectique de la pensée humaine. Par conséquent, du côté réactionnaire, toute crise majeure de la pensée philosophique en tant que lutte socialement conditionnée entre des forces naissantes et en décomposition produit des tendances auxquelles nous pourrions appliquer le terme 'irrationalisme'. La question de savoir si l’emploi général de ce terme aurait un but scientifique est, nous l’admettons, discutable. D’une part, il pourrait donner l’impression fausse d’une ligne uniformément irrationaliste dans l’histoire de la philosophie, comme l’irrationalisme moderne a en fait essayé de donner. D’autre part, l’irrationalisme moderne, pour des raisons que nous sommes sur le point d’énoncer, a de telles conditions d’existence spécifiques découlant de la particularité du capitalisme ».

Les religions sont l'irrationalisme par excellence. Elles ont accompagné le développement capitaliste sans jamais le contrarier. Elles sont toujours bousculées, remises en cause ou négligées lors des grandes révoltes sociales. La « révolution conservatrice » n'a pas pu s'en passer, allant toutefois jusqu'à massacrer les tenants de la religion judaïque et les Témoins de Jéhovah. Depuis la fin de la seconde boucherie mondiale le capitalisme s'est bien gardé de se passer des religions. Elles garantissent presque toutes la paix sociale et l'oppression qui va avec. L'historien Mommsen, lui, a raison d'insister pour dire, que en vérité depuis l'Etre suprême mal fagoté et dérisoire de Robespierre, la bourgeoisie a été incapable par elle-même de se débarrasser de l'illusion/aliénation religieuse.

La doctrine nazie inversait toutes les valeurs, à la manière du stalinisme « marxiste » d'ailleurs. Non seulement l’individu était désormais privé d’existence et donc de droits, mais encore, il perdait toute autonomie dans la mesure où cette exaltation de la communauté débouchait sur l’obéissance, prétendument volontaire à un Chef. Le règne du nazisme, c’est celui de la soumission, comme l'islam et de la servitude volontaire.

À plusieurs reprises, Capitant soulignait cette folle prétention des nazis à gouverner les esprits qui se heurte à la conscience qui, dans ses moindres replis, peut toujours refuser cette violence de l’État inscrite dans la politique d’embrigadement des citoyens, comme le croyant musulman peut le faire lui aussi mais dans les régions hors de l'aire de domination de la terreur islamique.

UN PROPHETE ITALIEN

    En 1902, âgé de dix-neuf ans, Mussolini dresse un compte rendu enthousiaste du congrès qui a réuni les socialistes italiens à Imola, dans lequel il dénonce les « prophètes en retard » qui annonçaient la scission et la fin du socialisme italien, alors que celui-ci apparaissait dynamisé et vitalisé par l’arrivée d’une nouvelle génération, les Bordiga, Ottorino Peronne, Gramsci, etc. L’emploi du terme prophète dans cette première occurrence était en partie abusif, en ce qu’il renvoyait à des hommes politiques qui ont certes formulé des pronostics jugés erronés, mais qui ne s’étaient pas véritablement posés en prophètes. Le procédé d’argumentation que déploie Mussolini à cette occasion – et qu’il utilise ensuite régulièrement, tout au long de sa carrière – consiste à condamner a posteriori non seulement l’erreur, c’est-à-dire le manque de clairvoyance de ses adversaires politiques, mais aussi l’imposture d’avoir voulu parler en prophètes.

    Durant la période du Biennio rosso, il accuse les « falsi pastori » (faux pasteurs) socialistes de créer l’« attente messianique d’un paradis à portée de main » auprès des classes prolétaires, en promettant l’avènement imminent d’une révolution sociale qui n’aura pas lieu. Pendant les années du régime fasciste, enfin, il tournera à plusieurs reprises en dérision les « funerei profeti » (funèbres prophètes) qui dès 1923 annonçaient la mort prochaine du fascisme, alors que celui-ci « dure, dure, dure ».. Malgré les contextes et les enjeux extrêmement différents, la posture de Mussolini reste la même : il se présente comme un homme à qui les événements ont donné raison, sans écouter le verbe des faux prophètes. Il ira juqu'à dire, alors qu'il pose lui-même au prophète que « les prophètes n’appartiennent pas à notre race », mais à la « race juive ».

    La prophétie était intégrée au discours politique de Mussolini dès le début de la campagne interventionniste à l’automne 1914.3

    Sur le modèle de D’Annunzio – et des prophètes islamiques « radicaux » de notre époque - il rythme ses propos de dialogues avec le public auquel il affirme que « dans dix ans l’Europe sera fasciste ou fascistisée », tout en refusant de considérer son propos comme une prophétie : « d’ici dix ans, on peut le dire sans faire les prophètes, l’Europe sera modifiée ». Tout en prétendant le contraire, Mussolini adopte sciemment une attitude de prophète et joue de cette image qu’il renvoie aux Italiens. Mussolini est arrivé au pouvoir dix ans avant Hitler qui a donc pu s'inspirer de son mysticisme. Selon le spécialiste du Vatican, Peter Godman, à l’époque dans un de ses discours, la rhétorique de Mussolini « avait déjà pris un ton mystique et messianique […] Il souhaitait être considéré comme un nouvel Auguste, un second César. […] La tâche réclamait un surhomme. Contre le paradis sur terre que Mussolini cherchait à instaurer, se dressaient les forces démoniaques des libéraux, des démocrates, des socialistes, des communistes et (plus tard) des juifs. Pourtant, il allait triompher de ces ennemis de l’humanité, car il n’était pas seulement César Auguste, il était aussi le Sauveur ».

Bis répétita finalement pour son « élève ». L’historien Ian Kershaw écrit qu’en 1936, « l’autoglorification narcissique [de Hitler] avait enflé de manière incommensurable sous l’impact de la quasi-déification que ses partisans projetaient sur lui. À ce stade, il se pensait infaillible […] Le peuple allemand avait façonné cet extraordinaire orgueil personnel de chef. Il allait bientôt en connaître toute la mesure : le plus grand pari de son histoire nationale, afin d’atteindre une totale domination du continent européen »

Mussolini et Hitler étaient résolus à ravir au déterminisme marxiste mondialiste ce qu’ils estimaient être les enjeux et les opportunités de leur époque : en finir avec la révolution bolchevique par haine et vengeance, les conséquences de la guerre mondiale, et l’instabilité économique et sociale, autrement dit les souhaits désespérés de la bourgeoisie mondiale. Il ne faut pas négliger non plus la soumission des masses, leur attente après-guerre d'un « chef capable de combattre la compromission et la corruption », comme à notre époque d'ailleurs, ce qui est aussi une motivation des tueurs islamistes, pas totalement infondée.

Richard Bosworth, auteur d’une biographie de Mussolini, écrit : « En 1914, de nombreux italiens étaient à la recherche d’un "chef" capable de pourfendre la compromission, la confusion et la corruption qu’ils constataient partout autour d’eux et, même s’il ne s’agissait sans doute encore que d’un groupe restreint, on commençait à reconnaître en Mussolini un candidat potentiel pour ce rôle. »

 D’après Kershaw, l'élaboration de Mein Kampf a donné à Hitler « l’absolue conviction de ses qualités et de sa mission quasi-messianiques ». Au même moment où Hitler était en train de rédiger en prison son futur best-seller, en Italie, où....

 

2 Si on a entendu parler naguère de René Capitant (1901-1970), ce juriste intransigeant gaulliste de gauche, qui fut deux fois ministre du général de Gaulle ­ ministre de l’Éducation dans le Gouvernement provisoire de la République française (1944-1945) et Garde des Sceaux (1968-1969) ­, on connaît moins son œuvre constitutionnelle et encore moins son analyse du mysticisme hitlérien.. René Capitant et sa critique de l'idéologie nazie (1933-1939) | Cairn.info