"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 1 mars 2021

LES ENTREPRENEURS DE LA RACE ET LES BOUTIQUIERS DE L'ANTIFASCISME


Un anticapitalisme de façade


« Si le Noir, dont l'émancipation est maintenant proche, s'attaque à un homme à cause de sa blancheur, il commet la même
tragique erreur qu'ont commise les racistes blancs »

J.H. Griffin (Dans la peau d'un noir, 1962)

Les buts de l'état-major spécial Rosenberg (Einsatztab Rosenberg) :« Ils consistent en la création d'un arsenal de matériaux fournissant les bases scientifiques et techniques pour la lutte contre l'adversaire idéologique. De ce point de vue il s'agit de créer une bibliothèque sur tous les problèmes du judaïsme, de la franc-maçonnerie et du bolchevisme, ainsi que des archives de films, affiches, disques, photographies, tableaux et tous les objets propres à faire connaître les bases spirituelles et la tactique de l'adversaire idéologique ».Ordonnance d'Hitler du 1er mars 1942 (in Bréviaire de                                                                                                 la haine de Léon Poliakov, p.78)


Les pétitionnaires savants antiracistes et antifrançais qui ont voulu défendre leur bastion de recherche privilégiée en quémandant la démission de la ministre qui a annoncé vouloir ouvrir une enquête sur l'islamo-gauchisme en milieu universitaire – qui n'accouchera que d'une souris – ne se sont pas seulement ridiculisés mais ils ont révélé qu'ils accumulent des documents à la manière de l'Einsatztab Rosenberg pour faire connaître « les bases spirituelles et la tactique de l'adversaire idéologique » : l'histoire de France et la théorie de la lutte des classes.

Leur pétition tremblait de peur de perte des subventions alors qu'il ne s'est agi que d'une manière de propagande électorale en direction des électeurs de tout horizon qui en ont marre des pitreries universitaires visant à culpabiliser la mémoire des frasques dans le passé de la bourgeoisie dominante en s'en servant contre « les blancs » ou « les français en général » ; le tout enveloppé par l'accusation de fascisme faute de repentance en bonne et dûe forme. Ni les français en général ni les prolétaires en particulier ne peuvent se reconnaître dans ces recherches défaitistes nihilistes ou islamo-sadiques.

La valetaille de ces idées dominantes de négation de l'histoire de la lutte des classes au profit d'une histoire imaginée comme histoire de la lutte des races et surtout une ignoble « domination blanche », a immédiatement apporté son soutien aux cuistres du CNRS. La secte NPA qui radote toujours le même discours simpliste pour la formation limitée de ses bobos militants imberbes reprend les mêmes termes que les sachants payés à faire des recherches à la con  et révèle que le gouvernement... s'aligne sur l'extrême droite :

« C’est pourtant ce même CNRS qui a tenu à lui répondre que le terme d’« islamogauchisme » « ne correspond à aucune réalité scientifique », rappelant que ce terme creux et flou prend ses origines dans le vocabulaire de l’extrême droite. Il renvoie aussi au sinistre spectre du « judéo-bolchévisme », synthèse de l’antisémitisme et de l’anticommunisme qui s’était diffusée partout en Europe au début du siècle dernier, particulièrement du côté de l’Allemagne nazie... (…). Heureusement, la réaction du monde universitaire ne s’est pas faite attendre : tribunes, déclarations officielles révoltées émanant d’institutions de recherche ou de directions d’universités… La démission de Vidal est au centre des exigences, et les personnels de l’enseignement supérieur ont bien raison. (…) Cette riposte commune doit se construire avec touTEs : personnels de l’éducation, organisations syndicales et politiques, associations antiracistes, collectifs musulmans… Il s’agit de combattre l’islamophobie d’où qu’elle vienne, des sommets de l’État ou de l’extrême droite la plus rance ».

Abandonnant toute politique de classe la secte trotskienne ne s'allie pas avec le monde ouvrier mais avec les pourritures syndicales (toutes rétribuées par le grand patronat) et des « collectifs musulmans »


(les bâtards des pétromonarchies). Le NPA c'est l'apprentissage à penser bourgeois, une simple agence de recrutement pour les pourritures organisées pour se ficher de la classe ouvrière et du peuple. La plupart des jeunes recrues, bobos militants, ne connaissent rien à l'histoire du mouvement révolutionnaire marxiste et se contentent d'incantations antiracistes et antifascistes, autrement dit le degré zéro de la pensée politique de la gauche bourgeoise avec ses « hommes de bonne volonté » au service des variants de l'idéologie dominante « moraliste ». Ils se destinent à des carrières typiques des couches moyennes de professeurs, à infirmières et à ingénieurs ; ils croient être appelés à devenir les maîtres du monde de demain. Leur inculture politique est plus élitaire et moraliste que celle des jeunes de banlieues, dont ils peuvent bien saluer la révolte anti-flic mais sans jamais se soucier de l'avenir des embrigadés de l'islam au chômage perpétuel.

Des élément cultivés comme ces perroquets à slogans simplistes nous n'en voulons pas dans le vrai, et hélas étriqué milieu révolutionnaire. Friedrich Engels n'en voulait déjà pas de ces « encultivés » :

« Liebknecht a le défaut de vouloir attirer à toute force des éléments "cultivés" dans le parti [...] Si les "cultivés" et en général ceux qui nous viennent de milieux bourgeois ne se placent pas ENTIEREMENT sur le terrain prolétarien, ils sont pure corruption.(...) La presse du parti se ridiculise si elle se laisse aller à attribuer une valeur scientifique à Dühring [Eric Fassin, pour actualiser] simplement ... parce que les Prussiens [les Macroniens] le persécutent »1.

Eloge de la complexité de Plenel à Fassin  ou comment rendre la réalité plus confuse

Quel intérêt de faire simple quand il vaut mieux faire compliqué pour justifier de sa prétention journalistique ? Plenel dans son « Pour les musulmans » (2014) laisse de côté que le poids de l'islam et sa propagation reposent surtout sur les pétromonarchies et que ne pas critiquer l'islam c'est s'abstenir de dénoncer des dictateurs milliardaires qui maintiennent dans la misère et l'oppression des peuples entiers sous morale islamique. Alors pour évacuer la dénonciation de sa complicité involonaire Médiapartisan moralisant aléatoir invoque le printemps tunisien de 2011 « onde de choc géographique sans frontière » : « En commençant à écrire de nouveau leur histoire, ils (ces peuples) ont fait mentir les préjugés concernant les nôtres, qui les condamnaient à être soumis à des régimes autoritaires ou à être enfermés dans l'extrémisme religieux. (…) Les idéologues du choc des civilisations qui essentialisent les identités, les cultures et les religions, n'ont que faire des incertitudes et des précautions d'une pensée complexe (?) de cette crise multiforme, où les sursauts démocratiques côtoient des précipices sanglants. Prompts à décrédter que l'islam est incompatible avec la démocratie, ces boutefeux de la guerre des mondes, font, depuis le début, le pari de la défaite des peuples qu'il faudrait soutenir dans leurs revendications d'idéaux universels de liberté et d'égalité ».

Et ce cuistre concluait son maigrichon pamphlet par le pire cri moral de ralliement pacifiste et religieux de la bourgeoisie honteuse :

« Appel aux femmes et hommes de bonne volonté !!! ».

Le coup du « printemps tunisien » il aimerait bien nous le refaire, en faisant croire qu'une démocratie « luxueuse » comme la française serait possible dans ces contrées, ce qui est un mensonge caractérisé – l'émancipation réelle des peuples reste à mon avis dépendante du prolétariat des pays dominants – mais son pronostic n'est qu'une éternelle billevesée de sa maigre formation trotskienne ! Les libérations « démocratiques » sont encore plus fumeuses que les anciennes « libérations nationales ».

On a déjà parlé ici du dernier opus de Beaud et Noiriel, mais il faut voir comment l'un des principaux cerveaux de la gauche caviar, l'OBS leur porte la critique. L'OBS a beaucoup d'abonnés islamo-gauchistes aussi est-il normal qu'il prenne la défense des « entrepreneurs de la race » qui défrisent soudain B&N qui en furent pourtant les premiers fondateurs :

« Pourquoi chercher à discréditer scientifiquement ceux qui sont qualifiés d’« entrepreneurs de la race » ? Cette véhémence est d’autant plus étonnante que les deux hommes ont contribué, en 2006, à un livre fondateur : « De la question sociale à la question raciale ? ».

« Ce livre se concluait sur un “éloge de la complexité”. Analyser la mécanique de la race ne rend pas aveugle à la classe : il faut articuler les logiques, pas les opposer », souligne aujourd’hui le sociologue Eric Fassin, qui en était un codirecteur. Tous les débats actuels y étaient en germe. Noiriel et Beaud y défendaient l’importance de la lecture de classe et de l’enquête de terrain. D’autres évoquaient avec plus d’enthousiasme ce nouvel élan de la recherche. Mais tous se parlaient encore. Aujourd’hui, toute discussion semble impossible ».

 L'OBS fait bien de mentionner la contradiction des Beaud et Noiriel qui avaient préparé en effet le terrain aux entrepreneurs de la race avec cet ouvrage de 2006 et celui de Noiriel qui inventait le racisme entre ouvriers français et italiens au 19ème siècle ; comme je l'ai remarqué Noiriel et Beaud sont simplement des arroseurs arrosés qui se chamaillent avec le même monde de sociologues pourris qui se font passer pour scientifiques. Il ne s'agit même pas d'un débat entre identitaires de la race et identitaires de la classe, la plupart ont été formés au stalinisme et au trotskisme, les deux idéologies qui se sont le plus moquées du prolétariat au 20 ème siècle, et qui ont accouchés la plupart de ces sociologues de merde.

C'est une dispute entre enculeurs de mouches, que les pétttionnaires ont tenté de cacher, comme la décrit pourtant bien l'OBS :

« Chacun est sommé de choisir son camp. D’un côté, ceux qui, au nom d’une gauche dite « républicaine », refusent d’entendre parler du concept de race et font la police sur les réseaux sociaux. De l’autre, le Parti des Indigènes de la République – dont l’ombre plane sur toute tentative de creuser les questions coloniales, leur ex-porte-parole [elle a quitté le mouvement en octobre 2020, NDLR] Houria Bouteldja étant accusée d’antisémitisme. Or, si l’on regarde de plus près, une grande partie des chercheurs qui ont soutenu le premier manifeste des Indigènes s’en sont détachés quand il est apparu que ces derniers « remplaçaient la classe par la race, en en faisant une explication monocausale » (dixit l’un d’eux, qui préfère rester anonyme). A l’inverse, Beaud et Noiriel ont été applaudis dans le camp des durs, alors qu’ils n’appellent aucunement à bannir la notion de race de l’université ».

Il faut en convenir, tout part et est parti des USA, comme c'est dit dans cet article ; aux USA la focalisation sur la race s'est faite (depuis très longtemps) aux Etats-Unis au détriment de la classe ouvrière, quand en France, à partir de 2011 une officine de la gauche bourgeoise, comprenant politiciens du PS, universitaires et syndicalistes, Terra Nova a pondu sa note appelant à abandonner les « classes populaires » (comprenez la classe ouvrière) pour se concentrer sur « les minorités ». Frantz Fanon, qui n'est pas mon livre de chevet, héros pour les tiers-mondistes décatis, répond excellement à toute cette engeance de liquidateurs professionnels du prolétariat :

« Dans les pays capitalistes, entre l'exploité et le pouvoir, s'interposent une multitude de professeurs de morale, de conseillers qui créent autour de l'exploité une atmosphère de soumission et d'inhibition qui allège considérablement la tâche des forces de l'ordre »2.

LES EX-COLONISES SONT-ILS DEVENUS COLONISATEURS A LEUR TOUR ?

De Lagasnerie, qui est lui-même un théoricien englué dans la sphère islamo-gauchiste nous fournit une analogie pas si bête mais insuffisante, une inversion de la perception du fils de l'ex-colonisé qui ne peut se sentir (naturellement) que hors la loi... française :

« … il n'y a aucune raison de ne pas désigner leur Loi comme une loi coloniale et la police comme une force d'occupation. Au fond, on pourrait presque dire que nous appelons démocratie un régime colonial où l'espace géographique au sein duquel règne le pouvoir est relativement homogène culturellement ou ethniquement (en sorte que ce n'est pas un hasard si les mobilisations dans les quartiers populaires, menées principalement par des Noirs et des Arabes, s'articulent souvent à une rhétorique de la critique de la « gestion coloniale » de ces quartiers, la distance ethnique entre gouvernés et gouvernants permettant l'accès à une grande lucidité sur la nature du lien politique)3.

L'islamo-gauchisme n'est pas seulement une entourloupe pour revisiter l'histoire à reculons et avec des critères de jugements inappropriés pour l'époque, c'est une manipulation pour se voiler la face, comme les bourgeois brésiliens qui dans les années soixante avaient fait monter des murs pour cacher les bidonvilles. C'est bien typique de la gauche et de l'extrême gauche bourgeoise, on roule à fond en voiture pour traverser Saint Denis, mais on n'y vit pas, sinon on y deviendrait raciste. Padamalgam est le pire des hypocrites, et il est islamo-gauchiste. Les banlieues sont en effet progressivement islamisée, avec une « personnalisation » de l'environnement qui est de plus en plus triste et étrangère au mode de vie en France... avant.

Ce qui "fait société" en banlieue ce n'est pas cette société où les bobos prétendent faire la morale antifa et antiraciste? Et on peut le comprendre sans aménité, c'est un islam du quotidien, familial, banal le plus souvent, qui est contre-révolutionnaire mais qui fournit repères collectifs, morale individuelle, lien social, là où la République bourgeoise a multiplié les promesses sans les tenir.

La croyance religieuse est plus structurante que la croyance républicaine, donc. Vingt-cinq ans après avoir publié une enquête référence sur la naissance de l'islam en France - intitulée Les Banlieues de l'islam (Seuil) -, Gilles Kepel, accompagné de cinq chercheurs, est retourné dans les cités populaires de Seine-Saint-Denis pour comprendre la crise des quartiers. Six ans après les émeutes causées par la mort de deux adolescents, en octobre 2005, son équipe a partagé le thé dans les appartements des deux villes, accompagné les mères de famille à la sortie des écoles, rencontré les chefs d'entreprise, les enseignants, les élus. Le sentiment de mise à l'écart a favorisé une "intensification" des pratiques religieuses. Une fréquentation des mosquées beaucoup plus régulière. Une pratique du ramadan presque systématique pour les hommes. Une conception extensible du halal, enfin, qui instaure une frontière morale entre ce qui est interdit et ce qui est autorisé, ligne de fracture valable pour les choix les plus intimes jusqu'à la vie sociale.

La dénégation de l'islamo-gauchisme : attaque inédite contre la liberté de recherche ou même type de mensonge que les « libérations nationales » ?

Ils jouent aux naïfs moralistes, qui auraient tant à se faire pardonner les Plenel, Fassin et compagnie, en posant aux défenseurs des « minorités » de la « diversité ». C'est avec ce même raisonnement sectaire de curés qu'ils avaient soutenu le combat chauvin des « peuples opprimés » qui a servi à les opprimer encore plus et à éterniser la misère.

Je ne vais pas développer sur le soubassement idéologique de cette compassion toutes bourgeoise pour les « peuples opprimés » en leur faisant la leçon ou en prétendant parler en leur nom ; d'une certaine manière les vrais colons de la pensée n'étaient pas Massu et Bigeard mais les collabos trotskiens des futurs dictateurs. Les porteurs de valise des idéologies tiers-mondistes qui ont partout foiré, sont les mêmes qui portent les valises des « minorités opprimées » qui réclament le droit de rester aliénées ou plutôt qui doivent se taire pour laisser pavoiser leurs bobos fort en gueule et en citations du coran. Ils se sont multipliés, diversifiés : politiciens écolos, féministes bourgeoises, végans ploucs, etc. Ils ne peuvent même plus s'organiser en parti politique parce que les partis politiques ne sont plus crédibles, ils sont morts comme forme et comme lieu de pouvoir. L'idéologie dominante, il faudrait plutôt dire les idéologies dominantes, sont sur les réseaux sociaux, n'importe qui peut lancer une manifestation pour n'importe quoi. Il n'y a même plus de leader possible. Ce sont des assocs vagues, des courants sans contour, des clans, des regroupements éphémères. Pour parodier Fanon, se pullulement facilite le travail de la police et de l'Etat. Ce n'est pas une décomposition dramatique comme le croit le CCI. L'état de déliquescence de la pensée politique et rationnelle SERT A PROLONGER LE SYSTEME.

Si le gouvernement en est venu à pointer du doigt l'islamo-gauchisme ce n'est pas parce qu'il le considèrerait comme dangereux (la liberté bourgeoisie c'est le droit de dire n'importe quelle connerie sans conséquence contre le PROFIT), c'est qu'en effet une grande partie de la population et du prolétariat souffre à la fois au souvenir des attentats odieux mais aussi des violences (qui ne sont que des faits divers sans lien avec l'islam hors la loi française comme l'approuve l'internationalisme pervers de l'islamo-gauchisme) et d'une délinquance qui ne viennent pas de Norvège (tant pis si vous trouvez l'argument « identitaire » ou « facho »). La misère et la délinquance viennent le plus souvent des derniers pauvres arrivés sur place.

L'islamo-gauchisme est une vague forme de radicalisation de la croyance en l'insertion. Ils sont l'extrême-gauche de Martin Hirsch, pas plus et même moins sur le plan réformiste. Personne ne le souligne mais la stratégie islamophile s'il elle réussit à s'implanter en milieu intellectuel, foire complètement au niveau social, les gens restent dans la misère, et les populations de ces quartiers sont toujours les premières victimes des déliquants quand les gauchistes (sans le proclamer) sont d'accord avec les racailles pour canarder la police (sans se faire prendre) comme Macron lui-même qui n'a jamais cherché à les éborgner comme les gilest jaunes.

Cet échec de l'islamo-gauchisme – et qui se prétend pourtnat victorieux – est la fonction « en mode échec » typique de la fonction du gauchisme depuis 1968. Leurs agitateurs ont toujours soutenu les pires fausses révolutions et n'ont jamais critiqué les idéologies réactionnaires qui ont triomphé finalement après avoir jeté aux orties toute notion de socialisme. Prenons le cas de l'Algérie où des trotskiens furent conseillers des futurs dictateurs militaires. Jamais ils n'ont critiqué l'islam, cette idéologie moyenâgeuses si utiles aux dictateurs milliardaires et aux aventuriers militaires. Comme aujourd'hui ils ont pu serrer la main aux pires théoriciens du terrorisme.

La Charte nationale de 1976 n'est plus la charte stalinienne de 1964 mais annonce la fusion des sphères politiques et religieuses. L'islam y est considéré comme partie intégrante de l'idéologie d'Etat et « composante fondamentale de la personnalité algérienne ». Qu'en ont pensé les Berbères ? Pour ceux qui n'auraient pas compris la Charte répète lourdement : « l'édification du socialisme s'identifie avec l'épanouissement des valeurs islamiques »4 .

Jamais un seul des courants trotskistes ne s'est vanté de cet « épanouissement » de la libération nationale. Comme tout souteneur il n'était pas responsable des faux pas de la prostituée. Par son silence ou son mépris l'extrême gauche trotskiste est donc restée dans la position du complice comme aujourd'hui encore avec les diverses sectes islamistes au nom du droit à la culture originelle, et par pleutrerie politique. Les dictateurs successifs, pour dériver l'attention de leur propre oppression arriérée et anti-socialiste, ont régné en débitant les mêmes arguments que nos islamo-gauchistes aujourd'hui : la France avait « déculturé » les populations algériennes. Mais l'argument valait pour les bureaucrates au pouvoir et leurs clans, les « populations algériennes » rêvant plutôt de retrouver un mode de vie à la française (et pas de s'islamiser à fond ou jouer à la minorité racialiste »), comme en témoigne le maintien de la langue française dans la presse et les débats publics. Je me rappelle l'époque de Boumedienne où la bataille ppur l'arabisation avait été mal vécue par une majorité de la population, et avait développé plus de francophones que les nationalistes exotiques imaginés par les bobos trotskistes de l'époque5.

L'ISLAMO-GAUCHISME ESQUIVE LA QUESTION SOCIALE EN SOUTENANT L'ISLAM AU NOM DE LA DEMOCRATIE BOURGEOISE

Achraf Ben Brahim va au fond de la question lui :

« Quel est l'avenir d'un jeune de banlieu aujourd'hui en France ? S'endetter our ouvrir un kebab ? Finir chauffeur Uber ? Enchaîner les stages et les services civiques sous-payés alors qu'il a sacrifié les plus belles années de sa vie sur les bancs de l'école ? Subsister des miettes qu'une municipalité daignera lui lancer s'il ouvre une association de quartier ? Et s'il se montre « bien républicain » sous tous aspects, recevoir un pris « Talents des cités » qui lui sera remis au Sénat par de bedonnants parlementaires paternalistes et indifférents ? »6.

Les djihadistes disent aussi cette autre vérité, que feint d'ignorer Padamalgam et aussi l'Etat français :

« … l'islam n'est ni religion de « bisounours », ni de paix mais de « justice ». Inutile de perdre son temps à la rendre compatible avec la France ou l'Occident car son essence, sa législation et ses mœurs sont radicalement « opposés à un système laïc, mécréant, de législation terrestre quand la charia est divine »7

Le fascisme et le stalinisme n'étaient pas compatibles non plus avec l'avenir de la société mondiale et ont dû être combattus sans concession mais par d'autres formes d'oppression qui ont besoin du maintien des croyances religieuses autoritaires. L'islam est plus vicieux mais doit être aussi dénoncé comme incompatible avec la libération humaine des obligations et arriérations encore pesantes dans le capitalisme.


NOTES


1Merci de ta trouvaille Courvoisier.

2Cité par Geoffroy de Lagasnerie in « La conscience politique, p.43 (2019)

3Ibid p.152. La pensée islamo-gauchiste dans toute sa splendeur ! Preuve que ces philo-sociologues gauchistes ont pignon sur rue depuis longtemps et ont été catéchisé petits à l'antifascisme stalinien ou trotskien, dont nous est livrée ici l'aboutissement théorique... anti-prolétarien : « Oui les militants antifacsistes s'opposent au principe formel de la liberté d'expression. Ils articulent leur pratique politique à un principe substantiel : le bien-être et la sécurité des populations marginalisées » (p.199). ET ils articulent les assassinats terroristes islamistes et les meurtres au couteau entre lycéens à quoi ?

4In La guerre d'Algérie vue par les algériens II de Benjamain Stora et Renaud de Rochebrune, p.386.

5Qui furent également muets lors de la terrible répression de 1988. J'ai eu l'occasion de m'illustrer dans la protestation le soir même sur le parvis du Trocadéro. Venu avec l'intention de simplement vendre RI, je me suis retrouvé avec le mégaphone en main, fourni par la police comme je l'ai compris par après ; un leader étudiant algérien est venu me demander la parole, je lui ai donc rendu l'appareil. Je me suis trouvé malgré moi président de la place. Il y avait là des centaines de personne dont Krivine et les gens de LO, et pas mal d'agités du bonnet. A un moment je ne sais quel abruti a proposé de chanter la Marseillaise. Alors j'ai repris le micro et j'ai dit qu'on n'allait pas chanter notre chant nationaliste au moment où un autre nationalisme massacrait à Alger. On m'a applaudi. Puis les prises de parole partant en tous sens entre étudiants arabes, j'ai décidé de rentrer chez moi. On avait dû me prendre pour un personnage important puisque pendant plusieurs stations de métro, un type en gabardine m'avait suivi.J'avais été passer un mois superbe en famille à Alger quelques années auparavant et penser à ces centaines de jeunes tués par balles m'avait très affecté.

6L'emprise, enquête au sein de la djihadosphère (ed lemieux 2016).

7ibid

mardi 23 février 2021

L'ISLAMOPHOBIE dévoilée par L'ISLAMO-GAUCHISME

(le drame de l'arroseur arrosé)

Le combat politique se déroule souvent, on l'oublie toujours, sur des questions de vocabulaire doublé de morale invasive. Il y a souvent utilisation abusive de l'amalgame pour tenter soit de ridiculiser l'adversaire soit de s'éviter une longue démonstration peu probante. L'amalgame est abusif mais parfois il a du bon. Le mot agglomérat conviendrait sans doute mieux à la collusion des barbouzes islamistes et des imberbes parlementaires « insoumis ».

Il y a la scène politique gouvernementale avec ses priorités idéologiques électorales et ses figurants en opposition. Il y a la confrontation sourde et sinueuse entre prétendus défenseurs des opprimés (diversifiés désormais par la grâce médiatique des opposants multiculturalistes gauchistes, Askolovitch, Cohen, Plenel, Blanchard et Pleurnichard) et la masse des prolétaires de toutes races considérés comme des chiffres à sondage. Ces défenseurs des opprimés migrants me font penser à ces esclavagistes qui ne supportaient pas qu'on médise en ville sur leurs colonisés ou ces pieds noirs qui ne supportaient pas qu'on dise pis que pendre de l'Algérie. C'est l'ordinaire du mépris. On défend l'esclave sous les sunlights mais par après, celui-ci n'est plus choyé, seul derrière son camion poubelle ou sous les vapeurs étouffantes de la blanchisserie. Après « travail, famille, patrie ; je vous hais » , j'en envie de dire à mon tour « antiracistes je vous hais ». C'est sous les auspices de la morale bourgeoise que la masse des bobos parvenus prétend gouverner son monde. Ils sont tous devenus ingénieurs, professeurs ou pisse-copie dans la presse, et lors de l'anniversaire du petit dernier, la maman, toujours aide-soignante, est seule dans un coin du séjour son verre à la main, on l'a saluée au passage, mais on ne tient conversation qu'entre gens cultivés.

Que Blanquer et une certaine Frédérique Vidal aient été commissionnés par Badinguet II pour dénoncer les ravages de l'islamo-gauchisme « à l'université » (pas à l'usine ni à l'école?) est assez singulier ; que nous importe à nous prolétaires que des sectes trotskistes et islamistes, minoritaires et excitées, fassent leur publicité dans une des principales antichambres du chômage ? La confraternité entre fachos-islamistes et stalinos-gauchistes n'a pas attendu la stigmatisation ministérielle pour nous gonfler. Encore les deux ministres eussent-ils dénoncé de façon préliminaire le capitalo-libétalisme, nous eussions eu envie de compatir à l'unisson, voire nous réjouir. Or Blanquer et Vidal n'ont jeté leur pavé ministériel dans la mare islamo-gauchiste que pour préparer d'avance la campagne électorale typiquement macroniste : un coup à gauche, un coup à droite, un coup en direction du prétendu électorat Le Pen (des chiffres), un coup en direction de la gauche bourgeoise (la reine des bobos parisiens dit craindre un dualisme final angoissant Macron/Le Pen) ; aussi le dandy superficiel Pascal Blanchard, patron du marketing anticolonialiste, a-t-il été promu à l'étude pour attribuer des noms de rue à des tirailleurs sénégalais morts pour la patrie1, quand Omar Sy vient vanter à la télévision « La peau de chagrin » de Balzac. Le multiculturalisme ricain colonisateur se veut désormais encultivé. Quoique je ne reprocherai jamais à Omar Sy de montrer aux gamins qu'on peut lire entièrement un livre.

La saillie ministérielle a été néanmoins un coup de maître, provoquant pour une durée indéterminée des enculages de mouches universitaires illimités. On assiste depuis lors dans le landerneau parisien à toutes les pleurnicheries et menaces picrocholines des habituels serviteurs de la médiacratie, Demorand, Plenel, Blanchard, JM Aplati et tutti quanti2. On nous refait le coup de la vieille opposition droite/gauche, et surtout le gouvernement est suspecté de se coucher devant la droite et surtout l'extrême droite : il leur fait de dangereuses concessions pour se faire réélire !

Sauf que le gouvernement gouverne, et que si les oppositions vertueuses étaient à sa place, elles procèderaient de manière inverse mais similaire. Gouverner c'est diaboliser. Mitterrand reste l'exemple phare : alors qu'il avait gouverné avec Pétain, n'a-t-il pas assis son règne sur la stigmatisation d'un personnage falot  et lâche qui s'en réclamait sans remords ?

La stigmatisation non pas de l'islam mais de l'islamisme est certes tardive - une partie du personnel macroniste vient de la gauche nunuche - mais peut servir de bouc-émissaire pour faire oublier par exemple, entre autres, que la « réforme » des retraites reste sous la table et atténuer l'incurie dans la gestion de la pandémie.

L'islamisme est réellement devenu un réel danger de fossilisation de la pensée rationnelle, de nocivité au milieu de la classe ouvrière, une démission politique, avec une différence de traitement habile et interclassiste de la part du gouvernement. Lui s'adresse à la population en général, terrain fluide où rien ne peut changer et où chacun peut croire à telle ou telle sornette religieuse ou politique (ou les deux). Par contre l'islamisme est vraiment un danger mais surtout pour le prolétariat, et sur ce plan le gouvernement n'y changera rien et s'en voudrait d'en modifier le confusionnisme. Le séparatisme au niveau national est une truie sans importance, par contre le séparatisme religieux dans le cadre du travail (prières autorisées et autres clowneries) comme l'expansion des habits obscurantistes dans les quartiers prolétaires nuisent au mode de vie et d'échange dans les classes « d'en bas »3.

Or, rien n'est jamais perdu en politique, surtout en termes de vocabulaire. Les termes si choquant, décrits comme non scientifiques par le marais islamo-gauchiste qui sont eux en effet scienfico-islamistes - sont venus mettre à bas, d'un coup d'un seul (un peu grâce à l'officialisation gouvernementale) une variante de la théorie fille de l'antifascisme, l'antiracisme. Car là est le fondement (d'ailleurs totalement interclassiste d'une théorie d'apparence humanitaire...bourgeoise) et commun aux sectes gauchistes, aux journalistes gauchistes parvenus dans les médias dominants et aux sectes islamistes. C'est l'antiracisme oecuménique des divers bobos militants qui avait créé le concept sinueux et collant d'islamophobie. Mais voilà que, contre toute attente, la collusion des faux contraires – gauchistes et islamistes (certes « ennemis du système » comme dirait Bourseiller) qui ne sont que des cartels de sectaires avides de pouvoir – a fini par être mise à poil au grand jour et son invention du terme islamophobie détruite par une autre invention plus efficace encore : l'islamo-gauchisme.

Tout allait bien lorsque le système laissait dire que les « radicaux islamistes » allaient de pair avec « nos fachos », mais cela va mal quand en vérité il s'avère qu'ils sont des amis pour l'extrême gauche. Le NPA avait déjà commencé à se tirer une balle dans le pied en présentant une candidate voilée. Je n'ai pas oublié non plus qu'à Paris au début des années 2000 les gauchistes défilaient avec des cortèges de barbus et voilées qui hurlaient « mort aux juifs », quelle honte je ressentais ! Rien n'a changé, il y a une pérennité de l'idéologie souteneuse du gauchisme. Hier ils soutenaient les pires futures dictateurs des libérations nationales, comme aujourd'hui ils compatissent au nationalisme musulman, et se font les chantres de l'anti-colonialisme disparu alors que le colonialisme a pris une autre forme (qu'ils se gardent de dénoncer, voir Macron l'africain...). Mais comme ils sont aussi les rois de l'antifascisme alors que le fascisme a disparu depuis belle lurette et que des formes autoritaires de ce type ne sont pas prêtes de se reproduire sans guerre mondiale à l'horizon, leur islamophilie a fini par paraître suspecte comme leur faux internationalisme qui ne sert que l'immigration massive bordélique (en faveur d'une nouvelle classe révolutionnaire quoique musulmane), et fait passer l'éventuelle résurrection communiste pour un complot altermondialiste ou une fable d'utopistes irresponsables hors de la réalité d'un système qui fait eau de toutes parts4.

La force de l'antiracisme reposait sur le fait qu'il se veut morale. Or la morale en politique ne peut être qu'hypocrisie. Elle n'a pas sa place dans le rapport de forces entre les classes. Elle est en général l'assise spirituelle des forces dominantes. Or, les gauchistes surtout trotskistes, il suffit de voir la réussite en termes de carrière des « parvenus socialistes », méprisent la classe ouvrière « blanche et raciste », qui « n'existe plus », et qui, comme le disent de pertinents commentateurs de la droite, ou simplement observateurs lucides, comme Goldanel (lire son très bon billet)5, la classe révoltée c'est désormais les musulmans (avec la croyance qu'ils vont voter pour les diverses sectes de la gauche émiétée rose, rouge, ou verte). Malheureusement le combat électoral islamophilique de ces sectes ne rabat pas plus les prolétaires musulmans vers les élections bourgeoises qu'ils n'ont gardé l'ancienne masse franco-française qui naguère votait encore pour les mystificateurs de la gauche du capital.

Les ravages de l'islamo-gauchisme ou les ratages des complicités électorales

L'amalgame a parfois du bon ai-je dit d'entrée, mais il ne faut pas en abuser. C'était le marxisme

Blanchard croit avoir trouvé 
comment moquer l'amalgame
destructeur.

bêbête du stalinisme, c'est encore celui de la gauche bourgeoise et de ses petits porteurs de valises gauchistes, à la moindre désobéissance à la leçon de morale antifa et antiraciste, vous serez automatiquement amalgamé « facho », sans que votre inquisiteur n'ait à s'abaisser à raisonner. On ne peut se satisfaire éternellement du quolibet comme argumentaire, dixit le « judéo-bolchevisme », le « social-fascisme », etc. Il s'en invente à chaque époque. Cela participe de la fabrique politique et cela est pris souvent au second degré comme une forme de combat humoristique, ce qui est d'ailleurs le cas de l'islamo-gauchisme et ce pourquoi il a vaincu l'islamophobie.

C'est Libération, en 2016, qui avait très bien vu que l'amalgame


islamophobie n'allait pas courir longtemps des jours heureux6 :

« Aux accusations d'islamophobie répond ainsi le procès en islamo-gauchisme – les deux termes vont souvent de pair dans les débats ».

Mais aujourd'hui ils ne vont plus de pair. L'islamo-gauchisme est venu ramener à plus de modestie les fabricants du terme à vocation totalitaire ; Edwy Plenel, qui est un grand scientifique avait déjà conseillé à l'époque qu'il fallait se contenter d'assurer que le terme « n'a pas en tout cas (sic) d'assise scientifique ». Manque de pot cette « injure policée » a maintenant en tout cas (resic) une assise gouvernementale ! Je considère avec intérêt en général les travaux de Taguieff mais il n'est pas mon bréviaire de table de nuit. Qu'il s'arroge en être l'inventeur je m'en tape. J'utilise les termes depuis plusieurs années car j'ai pour habitude de confectionner moi-même mes « injures policées », et mes lecteurs apprécient. Cet article d'il y a cinq ans confirme à mon sens « en tout cas » que l'islamo-gauchisme n'est ni un lubie d'anti-gauchiste primaire ni une invention des fachos mais un ressourcement de l'idéologie tiersmondiste misérabiliste et si méprisante de leurs grands-pères guérilleros des champs ou du boul'Mich:

« L’argument historique d’un parti trotskiste britannique. Pour justifier l'emploi du terme, une référence historique revient régulièrement : un article rédigé en 1994 par Chris Harman, leader du Socialist Workers Party (SWP), le parti trotskiste britannique, intitulé «Le Prophète et le prolétariat» . Cette longue réflexion sur la nature de l'islamisme et l'état des luttes sociales de l'époque conclut que la gauche a commis deux erreurs : la première est d'avoir considéré les islamistes comme «fascistes», la seconde de les avoir imaginés «progressistes». Il faudrait par conséquent que la gauche s'adresse aux convaincus de l'islamisme pour les ramener dans son giron, conclut-il. La position est plus nuancée qu'un simple appel à s'allier aux islamistes – c'est pourtant cette idée qui demeurera. Autre exemple convoqué : le lancement, au début des années 2000 en Grande-Bretagne, du Parti du respect, fondé par l'ancien travailliste George Galloway avec, notamment, l'universitaire Salma Yaqoob. Mais aussi, plus ancien, le pablisme, un mouvement trotskiste allié au FLN lors de la guerre d'Algérie – une ligne politique plus communément appelée «tiers-mondisme». Autrement dit, si l'islamo-gauchisme n'est pas un courant politique auto-défini, certains estiment qu'il existe et peut être désigné ainsi ».

Les principaux concernés par le méchant amalgame se sont soudain rapetissés. Les mandarins ont lamentablement pétitionné pour non pas dialoguer – on porte atteinte à leur mandarinat ! – mais pour faire éjecter la ministre, manière de débattre très stalinienne ! Ils ne peuvent renier les origines de « leur morale » !


Le NPA lui se fait encore plus petit et adopte le type de raisonnement typique de l'amalgame, plus c'est bref mieux ça passe auprès des jeunes bobos qu'ils font danser dans la rue, parler d'islamogauchisme c'est du fascisme ! Cachez ce sein que je ne saurais voir!

« À un moment où l'extrême droite et l'État brandissent de concert l'«islamogauchisme» en faisant de toute personne affirmant une position antiraciste une alliée de l'islamisme, où le gouvernement criminalise une partie de sa population par l'adoption de la loi sur le séparatisme, ce même gouvernement confirme, par le pouvoir de sa préfecture, son positionnement politique favorable à l'extrême droite en l'autorisant à défiler ».

Pour la secte néo-stalinienne Lutte ouvrière l’ “islamo-gauchisme” est une invention, mais comme toujours LO laisse la porte ouverte à toute interprétation :

« L’objectif de cette déclaration et de la campagne autour est de faire taire les oppositions. Critiquer les mesures sécuritaires, la loi sur le séparatisme ou bien encore la prolongation de l’état d’urgence sanitaire, dénoncer la campagne antimusulmans serait, selon le gouvernement, faire le jeu des islamistes. Et les mêmes politiciens qui hurlent à l’islamo-gauchisme n’hésitent pas à faire de la récupération politique odieuse en spéculant sur l’émotion créée par l’assassinat de Samuel Paty ».

Le principal critique officiel du marais trotsko-gauchiste le CCI n'a jamais utilisé jusqu'ici l'expression, de peur de paraître concéder aux fachos ? Pourtant l'idée est bien effleurée, mais sous-estimée en juin 2012 :

« De la même façon, l’idéologie djihadiste n’est que la fille de l’idéologie officielle des Etats arabes qui sont depuis longtemps anti-sionistes et en perpétuel état de guerre avec Israël, une façon de tenter de détourner la colère des masses de leurs propre pratiques dictatoriales et corrompues. “L’Islam radical” a aussi ses apologistes “révolutionnaires” : Galloway , le SWP  et d’autres fractions gauchistes, dont la réponse à la dernière atrocité du Djihad est aussi : “je ne suis pas d’accord avec leurs méthodes, mais….” parce qu’ils partagent la même conception que les Etats-Unis et le sionisme sont l’ennemi impérialiste numéro 1 et voient le Hezbollah, le Hamas et les djihadistes irakiens ou afghans comme des expressions de “l’anti-impérialisme”. 7»



Le CCI serait-il un groupe très vieux, presque 55 ans, prenant seulement de la valeur iconographique ?





Vu sur Rakuten. A l'origine, au bas du Boul'Mich chez Maspéro vous pouviez acquérir la revue pour 4 ou 5 balles. Comme quoi des revues marginales, au contenu toujours percutant, peuvent prendre au moins une valeur pour collectionneur. Comme je possède la collection complète, je sens que je vais m'enrichir. Mais ce n'est pas mon genre, probablement que je remettrai l'ensemble de mes gains en soutien à Juan, le pape de "Révolution ou guerre", qui fut probablement le meilleur militant ouvrier de terrain du CCI. Ne sera-ce pas la preuve que je suis devenu un "social-traïtre"?



NOTES

1Les ouvrages de Pascal Blanchard ont fait l'objet de nombreuses critiques, certains historiens lui reprochant de donner une image réductrice, voire militante du passé colonial, d'autres dénoncent un double profil d'historien et de co-directeur d'agence qui relèverait d'une « conception publicitaire de l'histoire ».Fin 2020, il est chargé par Nadia Hai, ministre déléguée à la Ville de conduire un comité scientifique paritaire comprenant 18 personnes au total, des historiens dont Pascal Ory, des responsables associatifs (Aïssata Seck, de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage), mais aussi les écrivains Leïla Slimani et David Diop, l'actrice Rachel Khan ou la journaliste Isabelle Giordano. Ce comité doit établir un recueil de noms de 400 à 500 fiches biographiques concernant des personnalités «qui ont contribué à notre Histoire mais n'ont pas encore trouvé leur place dans notre mémoire collective», mis à dispositions des collectivités territoriales en vue de renouveler les noms de rues ou d'établissements publics. Il devait être rendu public en janvier 2021...

2Deux des papes de l'islamophilie règnent depuis une dizaine d'années sur les deux principaux sanctuaires de la gauche bcbg – L'Obs et Le Monde – les complices haineux Gresh et Aslolovitch : Claude Askolovitch, les musulmans et l'islamophobie, par Alain Gresh (Les blogs du Diplo, 7 octobre 2013) (mondediplo.net)

3Me promenant un dimanche à Suresnes avec une compagne vêtue d'une longue robe avec un beau décoletté, nous fûmes interloqués de voir une mémère arabe stopper devant nous et la dévisager avec un air courroucé de la tête aux pieds (sexagénaire comme elle mais pas sexy). Quitte à paraître identitaires, on s'est dit : « tiens on n'est plus France » !

5Goldnadel: «l’islamogauchisme existe et je le rencontre tous les jours» (lefigaro.fr) ; quand bien même il se fait l'avocat de génération identitaire, il est excellent dans le déshabillage de la flagornerie gauchiste et ne les lâche jamais.

ouah même le journal plutôt mastoc et répétitif!

samedi 20 février 2021

LE DRAME POLITIQUE DANS CORNEILLE



(extraits, Gallimard 1948)


par Paul Bénichou

"NOUS, PROLETAIRES ET COMMUNISTES, DEMANDONS AVEC FORCE LA RADIATION DES MANDARINS ISLAMO-GAUCHISTES"


Je reviens comme promis à la fin de l'article précédent vous informer sur l'oeuvre de Paul Bénichou et notamment son ouvrage – Morales du grand siècle – cet historien ne fût pas jugé digne d'être intégré dans les hautes sphères universitaires, preuve de plus des clowns rampant qui sont au pouvoir de ces académies à chaque siècle (mai 68 avait commencé par le mépris des mandarins universitaires). La tempête dans un verre d'eau autour des chercheurs faussaires d'un révisionnisme « antiraciste » du passé colonial ou des pratiques fétichistes de l'homme de Néerdanthal, est par conséquent de peu d'importance au point de vue de l'honnêteté historique ou de la conscience politique. Ces faux savants ont surtout besoin de prébendes étatiques pour justifier leurs recherches fumeuses. La levée de bouclier des couches inférieures de la bourgeoisie (professeurs, docteurs, juristes et journalistes) reflète bien plutôt leur terreur de perdre les subventions et leur jeu d'influence pour favoriser ignorance de l'histoire de la lutte des classes et autoriser toutes les falsifications qui servent à justifier les modes politiques de la petite bourgeoisie et même des grands bourgeois. L'antiracisme, bâtard de l'antifascisme de salon, sert bien évidemment de justificatif et de bouclier au maintien des inégalités sociales, salariales et raciales.

Les ravages de l'idéologie impérialiste islamique sont évidemment favorisés par cette histoire trafiquée par ces « élites du savoir » fabriqué, aussi pourries que la recherche industrielle ou la logistique catastrophique et stalinienne de la gestion de la pandémie. L'information est systématiquement tronquée, de façon à nourrir plus fort notre sentiment d'impuissance à nous spectateurs. En livrant une partie de l'info sans un instant nous respecter au niveau des conséquences, on avive les plus réacs des maximes. Par exemple, le migrant qui a poignardé à mort un responsable d'accueil de réfugiés – et qui aurait pu être abattu illico par la police comme le tueur de Samuel Paty sans qu'on verse une larme - va d'abord servir à faire croire que tous les migrants sont de potentiels tueurs des curés qui les accueille charitablement ; ensuite comme ces curés, souvent islamo-gauchistes sont des marchands d'illusions et de sommeil, qu'est-ce qui m'empêche moi, si je suis un des migrants, d'avoir envie de les butter parce qu'ils m'auront mené, eux aussi, en bateau et me laissent crever à mon tour ici même ? Les islamo-gauchistes-caritatifs sont les mêmes que ceux que je confrontais au début des 70, avec le même esprit chauvin tiers-mondiste qui, une fois les lampions de la presse éteinds, laissaient tomber les victimes du « colonialisme ».

L'assassin migrant a d'ailleurs choisi la meilleure solution, par après incarcération, pour être régularisé, nourri et logé en France pendant des années.

Le cas de la victoire du mode de vie et de flicage musulman à Trappes est également emblématique du mode de transmission universitaire de la gauche bourgeoise en opposition (qui procède lâchement comme les « frondeurs » du 17 ème siècle et les grands seigneurs en guéguerre avec les rois, comme vous le démontrera Paul Bénichou ci-après). Cet historien va décoiffer les plus ignorants parmi vous en détruisant la notion vulgaire de représentation sociologique en politique. La révolution bourgeoise par exemple a plus dépendue de grands esprits monarchiques que des bourgeois à l'esprit classiquement étroit. En Russie, avec les partis socialistes composés de brillants étudiants parfois d'origine noble, la révolution n'a pas été produite en soi par un peuple en majorité illettré. Le peuple en 89 et la classe ouvrière en 17 ont en quelque sorte délégué leur déterminisme historique – plus souvent d'ailleurs processus stochastique - pour conduire la révolution; tant pis pour nos snobs intellos conseillistes, par elles-mêmes ces classes n'en seraient restées qu'à la vieille Fronde, à l'insurrection pour bobo parisien lecteur de Hazan dans le contexte de l'invisibilité théorique, sans modifier tout l'arc historique. Lénine eût une formule maladroite en parlant de conscience « apportée de l'extérieur », mais ce n'était pas entièrement faux, et il l'a rectifiée par après face à la critique de Rosa ; faux nez en moins, les rapports et échanges, et la représentation politique d'une classe révolutionnaire ne peuvent pas être compris par messieurs les sociologues de Francfort ou nos minables académiciens parisiens, qui, de peur de perdre leur planque à mensonges, dénoncent notre gouvernement si « socialiste » en ce moment, comme inquisiteur stalinien !

Oui la comparaison et l'analogie font partie de la méthode marxiste, et cet historien non reconnu par la recherche de merde officielle vous aidera, pour ceux qui me découvrent ou qui n'ont été instruits que par les éditions sociales (stal), les bouillies trotskiennes, ou La fabrique officielle de la mystification indigéniste, Hazan et ses merdeux rebelles de pacotille, à mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui : façon dont l'opposition de gauche fonctionne, et même les chercheurs anarchistes de la mouvance islamo-gauchiste (avec la même couardise que les grands seigneurs, par ex. le colonialisme est remis en cause au 19 e siècle – alors qu'il est quand même aussi un progrès pour le monde entier – mais pas le « colonialisme » de Macron, ici et maintenant... limites de la fausse radicalité, afin de ne pas perdre tant de planques et de places honorifiques ! Idem pour la place contestataire attribuée à la syndicratie, et ne parlons-pas des divers partis ni des personnages aussi lâches et verbeux que les planqués mandarins pétitionnaires, Picketty, et j'en passe. L'histoire se répète, avait dit notre vieux Marx, et pas toujours dans le bon sens, et pas de la faute de l'avant mais souvent de l'après. Bonne lecture.

***

(…) L'oeuvre de Corneille n'est pas seulement influencée d'une façon générale par l'esprit aristocratique. Contemporain d'une crise assez grave dans les relations de l'aristocratie et du pouvoir, elle laisse apercevoir en elle les traces des événements et des débats qui l'ont vu naître. Quoique à ce moment la noblesse eût perdu, depuis longtemps déjà, l'essentiel du pouvoir politique, elle résistait et s'agitait encore confusément, violemment parfois. Les événements contemporains des tragédies de Corneille, c'est à dire les diverses péripéties des ministères de Richelieu, et de Mazarin, constituent un épisode aigu, quoique tardif, de la vieille lutte qui mettait aux prises la royauté et les grands : ce sont successivement, du côté aristocratique, les multiples complots, rébellions et entreprises militaires organisés contre le pouvoir et même la vie de Richelieu et de son successeur ; ministres détestés de l'absolutisme ; c'est ensuite le long et violent sursaut de la Fronde ; du côté royal, c'est le renforcement administratif et politique de la monarchie absolue ; la dure répression exercée par Richelieu ; enfin la victoire qui acheva la Fronde et devait consacrer pour de longues années le triomphe de la royauté. Pendant toute cette époque, la rébellion politique fut avant tout le fait de la haute noblesse.

La bourgeoisie ne prit qu'une part timide à l'agitation contre la royauté ; dans la Fronde parisienne, elle ne se souleva un instant contre la cour que pour regretter bien vite son insubordination et manifester à nouveau un loyalisme actif. A peine faut-il mettre à part les hauts magistrats, membres de Parlements et cours souveraines, et d'une façon générale les « officiers » ou fonctionnaires royaux, propriétaires de leurs charges depuis Henri IV ; de position plus importante et plus assise que les simples bourgeois, les robins s'agitent déjà ; mais, distincts encore de l'aristocratie et timorés à proportion de leur roture, ils ne savent s'ils doivent imiter les grands ou les condamner, se révolter ou se soumettre. Le petit peuple n'a pas lui non plus d'action autonome bien marquée : ignorant et versatile, quand il n'obéit plus au roi il suit les grands, et son agitation, sauf exception, ne survit guère à la leur. D'ailleurs le conflit des grands et du roi était le seul qui parût digne des honneurs du roman et du théâtre.

C'est aussi vrai dans la littérature que dans la réalité ; ici comme là, ce sont les grands qui ont maille à partir avec les rois, et qui contestent les maximes de l'absolutisme. On connaît la littérature politique de l'opposition nobiliaire aux XVII ème et XVIII ème siècles, mais on s'est moins souvent préoccupé de rechercher dans les créations purement littéraires de ce temps-là, tragédies, poèmes, romans, l'empreinte des remuements aristocratiques. Il serait bien étonnant pourtant que la résistance et la révolte des aristocrates n'aient eu aucun retentissement dans la façon d'envisager la vie ou de concevoir le bien, et que la littérature n'en ait recueilli aucun écho. Cela serait étranger surtout dans une époque comme celle de Corneille et de la Fronde, où la lutte politique s'accompagne d'un long frémissement, le dernier sans doute, de la sensibilité féodale.

On aperçoit aisément qu'une morale comme la morale cornélienne, fondée sur l'orgueil et la grandeur glorieuse, ne pouvait qu'appuyer la protestation de l'aristocratie contre l'assujettissement où les rois prétendaient la réduire. L'horreur profonde de toute humiliation infligée au moi est bien la source de toute la vertu cornélienne : or, c'était depuis des siècles le sort des grands d'être ou de se prétendre humiliés par la royauté. Affirmer leur orgueil en dépit du mauvais destin, c'était pour eux affirmer leur insoumission. Cent presque après Corneille, Montesquieu, autre interprète des traditions aristocratiques, analysant le sentiment de l'honneur en France, écrit : « La gloire n'est jamais compagne de la servitude ». L'aboutissement politique de l'orgueil noble au temps de l'absolutisme est la rébellion. (…) Toujours l'estime, l'approbation publique, la gloire : la voilà en contradiction ouverte avec l'obéissance (…) Il ne faut pas oublier ce côté personnel de la politique, alors capital : on était avant tout parmi les fidèles ou les ennemis de quelqu'un, et il est bien évident que Corneille n'était pas au nombre des ennemis déclarés du cardinal. Cela n'empêche pas que nous ayons le droit de retrouver dans le Cid la trace d'un état d'esprit fort peu favorable aux procédés politique du ministre.

Le fait est que la pièce est remplie d'aphorismes qui, en dépit de leur allure toute générale, peuvent passer pour la condamnation de la politique de Richelieu, telle que les contemporains la voyaient. Que Corneille l'ait voulu consciemment, ce n'est pas probabe. Il traduisait des sentiments répandus autour de lui, une opinion publique qui était spontanément contraire au despotisme même quand elle ne pensait pas à le combattre.(...)

L'aristocratie éprouvait depuis toujours un certain penchant à chercher la grandeur dans le mépris des scrupules, dans l'exercice incontrôlé du « droit de la guerre », qui justifie aussi bien, si l'on y songe, l'usurpation que la conquête, et la ruse que la force. La Fronde a connu cette race de gentilhommes cyniques qui plaçaient la politique comme ils se plaçaient eux-mêmes, au-dessus de toute règle, libertins au sens du temps, et aussi dédaigneux de la vertu que de la canaille : Retz n'est pas trop loin de ce type. ( …)

Mais le penchant de l'aristocratie au machiavélisme ou à la divinisation de l'autorité est balancé, au temps de Corneille, par un penchant contraire. Victimes de la puissance des rois, les grands cherchaient, dans la tradition même, un contrepoids à des maximes politiques qui jouaient contre eux. Et de fait, le droit du plus fort ou du plus rusé, compris abusivement, allait à l'encontre de leurs propres intérêts. Aussi la critique des maximes d'Etat et du despotisme au nom d'une morale généreuse tient-elle la première place dans l'époque qui nous occupe ; l'image du mauvais roi, qui mésuse et abuse de son pouvoir, du tyran comme on disait déjà, est présente, d'un bout à l'autre du théâtre de Corneille, dans Cinna, Pompée, Héraclius, Nicomède, Attila, Suréna. (...)

Seigneur, quand par le fer les choses sont vidées

La justice et le droit sont de vaines idées,

Et qui veut être juste en de telles saisons,

Balance le pouvoir, et non pas les raisons...

La justice n'est pas une vertu d'Etat.

Quand on veut être juste on a toujours à craindre ;

Et qui veut tout pouvoir doit oser tout enfreindre.

L'image abhorrée du mauvais conseiller de la royauté se colorait en lui d'une teinte de bassesse et de roture dont son prédécesseur avait été exempt. Les scélérats de l'entourage royal, tels que les imaginait la noblesse, étaient de préférence des roturiers, des parvenus. (…)

Les rois de France eux aussi avaient prétendu changer la teinture naturelle des hommes. Ila avaient élevé jusqu'aux plus hautes charges de l'Etat de simples roturiers. Ils en avaient fait leurs hommes de confiance, ministres, secrétaires d'Etat, commissaires, auxquels ils avaient donné la puissance réelle, ne laissant aux grands seigneurs que l'apparence honorifique du pouvoir. Corneille, en flétrissant la basse naissance des suppôts du despotisme, reproduisait, en même temps qu'un lieu commun, accrédité dans l'opinion moyenne, une vieille récrimination aristocratique, la même que l'historien Mézeray, qui écrivait lui aussi sous la Fronde, exprime rétrospectivement quand il reproche à Louis XI « l'affaiblissement des grands et l'élévation des géants de néant ». (...)

Et en effet, dans ce temps de complots et d'émeutes, les grands se trouvèrent souvent alliés au bas peuple ; ou plus exactement se servirent souvent de lui. Condé soutenait ainsi, avec tout le dédain qu'on imagine, les extrémistes de l'Ormée bordelaise. A Paris même, le peuple eut un rôle dans les calculs et les manœuvres de grands. Ce n'était évidemment pas de gaieté de cœur que les grands employaient cet instrument dangereux. Comme les princes révoltés du Cyrus, ils étaient au désespoir d'être contraints de se servir d'un remède si plein de périls, « n'y ayant rien au monde de plus à éviter que la rébellion des peuples ». Le théâtre de Corneille est plein de soulèvements populaires : le peuple s'émeut pour Polyeucte, pour Héraclius, pour Nicomède mais évidemment il n'a pas sur la scène de représentants ; il joue tout entier un rôle de lointain comparse. A peine ceux dont il sert la cause parlent-ils de lui, et c'est pour le mépriser. (…) C'est ainsi que les grands de la Fronde utilisaient le peuple pour se faire redouter de la cour. Le peuple n'avait plus qu'à disparaître, dès qu'ils recevaient satisfaction. Les émeutes dont ils rêvaient ne devaient pas les brouiller avec la royauté, mais les faire valoir auprès d'elle, corriger sa dureté. Dans ces Frondes de roman que leur imagination achevait mieux que la Fronde réelle, les grands finissaient en sauveur de la royauté repentie et reconnaissante. Ils venaient offrir généreusement au roi désemparé la paix et la tranquillité générale. (…)

Tous les écrivains politiques de l'aristocratie, jusqu'à la révolution de 1789, se sont efforcés d'établir les critères qui devaient permettre de distinguer la royauté de la tyrannie, - la monarchie du despotisme ; toute l'oeuvre de Montesquieu s'édifie autour de cette distinction. Le critère auquel ils s'arrêtent finalement est l'existence d'un contrat qui doit régler les relations d'un vrai monarque avec ses sujets, d'une sorte de loi constitutionnelle, forme modernisée du vieux pacte féodal. Ce serait une erreur de croire que les doctrines constitutionnelles, en France du moins, soient nées dans les milieux bourgeois ; elles marquent d'une empreinte beaucoup plus profonde la pensée aristocratique, qui confond l'espérance d'une constitution avec le souvenir des « anciennes lois » ou de l' « ancien gouvernement », c'est à dire des institutions féodales. En fait, le gouvernement féodal n'avait jamais connu de lois au sens propre du mot ; ce qui bornait l'autorité, ce n'était jamais une disposition légale, c'était l'état des choses et l'impuissance matérielle où se trouvait tout pouvoir, quel qu'il fût à passer certaines limites. (…)

De là l'erreur relative par laquelle on a fait de Montesquieu le premier des libéraux au sens moderne du mot. De fait, toute cette littérature anti-despotique, issue des embarras d'une noblesse en mauvaise posture, devait finir par se retourner contre elle. Le public s'enflamma pour la liberté et pour les lois, mais en mettant derrière ces mots autre chose que la nostalgie du régime seigneurial. Ce malentendu, qui ne devait cesser qu'en 1789, alla en s'accentuant jusque-là, et est beaucoup plus visible au XVIII ème siècle qu'au XVII e. Mais il apparaît déjà à l'époque de Corneille, et particulièrement dans cette vogue paradoxale du civisme romain, à laquelle se laissait entraîner le public aristocratique et ses auteurs favoris (…). C'est que la haute noblesse assimilait d'instinct sa destinée à celle de cette aristocratie de Rome, de ce Sénat que le despotisme finit par avilir en même temps qu'il détruisait la vieille liberté. Qu'on se rappelle Cinna, tel un gentilhomme ligueur ou frondeur, parlant aux conjurés de leurs « illustres aïeux ». La connaissance de l'histoire et des institutions romaines n'a pas seulement servi aux théoriciens français de l'absolutisme et de la raison d'Etat, qui allaient y chercher surtout l'idée de la majesté impériale, de la toute-puissance du prince et de l'Etat. Vue sous un autre aspect, l'histoire romaine est apparue comme la représentation saisissante de la décadence attachée aux progrès du despotisme