"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 24 juillet 2018

UN AMATEUR A L'ELYSEE


(Monsieur Propre s'est sali ou LREM – la République En plein dans la Merde)


«Quelle est votre profession? Prince français en exil. Quels sont vos complices? La France entière. De quel droit portez-vous la Légion d'honneur? - Je l'ai trouvée dans mon berceau.»
Victor Hugo

«On ne peut pas être président de la République sans avoir été ministre pour une période assez longue et avec une gestion complexe pour connaître les rouages» de l'État ».
Giscard d'Estaing, sur le « jeune » Macron, juillet 2016)

« Il (Macron) n’a jamais connu ni géré de crise politique de sa vie, ni en tant que maire, ni en tant que parlementaire, ni en tant que ministre. Il a réagi comme si l’Etat était une entreprise : il met à pied trois chefs de rayons et pense que tout est réglé. Il se trompe. Cette crise va durer » Jean-Luc Mélenchon

« Les inégalités engendrées par le système de marché accroissent le risque d’un spasme sociétal, d’une révolte dont la forme est imprévisible. On ne peut pas continuer comme cela, l’inégalité est trop forte. On risque l’insurrection ».
Alain Minc (8 juillet 2018)


Un zélé cogneur impuni ?


Le novice ne fût pas le cogneur Benalla, mais bien son boss freluquet. Tous les gauchistes et la marge trotskienne défroquée se sont rués sur le supplétif policier de l'Elysée, barbouze rapidement promu sous-chef flic, haussé au rang de scandale majeur de la blanche démocratie bourgeoise sans argent sale et sans reproche. Au lieu de plonger impulsivement dans la soit disant révélation, ils auraient pu réfléchir et se demander ce qui avait produit cette nouvelle ruse de l'histoire, ou vengeance par procuration de hiérarques policiers humiliés dans un Etat géré de plus en plus comme une PME... Comme quoi il se vérifie que les dictateurs au petit pied peuvent perdre toute autorité en quelques heures... et qu'un certain libéralisme acharné contient des effets pervers destructeurs pour la marche de l'Etat (bien relevés pour une fois par Mélenchon).

Heureusement qu'on est en France avec un prolétariat non embrigadé dans la future guerre mondiale (comme dit le CCI), ni par la religion musulmane, mais qui regarde encore son nombril. Sinon la petite frappe, qui met ses muscles aussi bien au service de la gauche que la droite, mais qui a enrayé bêtement le macronisme vulgaire, ne serait restée qu'à son niveau : un fait divers. En Turquie par exemple, la brute épaisse n'aurait certainement pas fait partie des proches d'Erdogan, et l'auteur de la première video comme les journalistes ergoteurs auraient fini en cabane. Mais voilà, on est en France où la classe ouvrière est présumée disparue, où on ne voit plus ses grèves, ou plutôt quand ses grèves n'inquiètent plus personne et sont ridiculisées en luttes intermittentes par la syndicratie. Pourtant le scandale népotiste et la fébrilité (députés, magistrats et hauts flics sont en première ligne) devrait nous rassurer : un tel luxe d'indignations est bien propre à enfumer le vrai danger. Quand les attaques gouvernementales successives sont si nombreuses, avec passe droit institutionnel automatique et que les complices syndicaux ferment toutes les portes, il faut bien s'attendre à ce que quelque chose entre violemment par la fenêtre. Fût-ce par le biais de ces sales smartphones qui pullulent, quand on ne peut plus pisser au coin d'une rue sans être vu et catalogué. C'est pourtant bien le grand absent, le prolétariat, qui n'éternue plus, mais qui conditionne les ruades de tous ces ma'as-tu-vu.

Ruse policière ou revanche inédite, l'épisode Benalla, est venu ébranler l'arrogance étatique alors que l'image de la violence plus que l'irrespect hiérarchique du type au macaron élyséen n'est qu'un fait divers voire une ratonnade post-manif, courante, sans graves conséquences pour les personnes1. A chaque manif des gens sont frappés par les professionnels de la cogne. Tous les jours, des flics et des militaires sont humiliés par leur hiérarchie galonnée. En soi l'épisode de favoritisme « aggravé » est moins grave que le fait que le président se soit entouré de milliardaires et de justiciables comme Alexis Kohler ou le patron et ex député PS Richard Ferrand, qui passent tous régulièrement à travers les mailles de la dite justice, comme Eric Worth du bord opposé. Napoléon 4 n'a pas voulu tenir compte des avertissements des bonzes syndicaux ni de Minc, et l'avertissement (policier) qui lui tombe dessus va-t-il le faire réfléchir au risque d'une chute brutale s'il continue à se la jouer perso ?2

Paradoxe de cette ruse pour initiés ou ambivalence d'un fait divers « mis en image » qui fait trembler le sommet de l'Etat : il passionne l'opinion internationale et peut être traité plus sereinement parce que les ouvriers sont en vacances. Imaginons qu'il se soit produit au plus fort de la protestation niquée des cheminots... De telles images de violence contre des civils (et étalant au grand jour la complicité de patrouilles privées rémunérées par... nos impôts) ; c'est cette violence visible qui avait provoqué l'étincelle en mai 68. Etincelle politique et pas syndicale. Il ne faut pas imaginer une nouvelle étincelle déjà éteinte par les protestations hystériques de tous les groupes bourgeois insoumis qui pratiquent la politique substitutive de Danton3, et il n'y a aucun relève alternative à Napoléon 4, même les pieds dans sa boue.
Bien sûr la protestation ne vient pas du prolétariat en vacances, bien que l'événement le rende attentif à chaque épisode de révélations, mais ce que ne peuvent comprendre les faux révolutionnaires ou les déchets du gauchisme, et qui doit nous interroger, nous les vrais amis du prolétariat, c'est la vivacité de la réaction des oppositions éclatées au macronisme vulgaire, cette variété libérale musclée de bonapartisme, gouvernance rigidement verticale et népotiste4.

Ou un règlement de compte entre clans policiers et Etat ?

C'est évidemment depuis le renseignement et la surveillance policière des réseaux sociaux que le buzz a été utilisé ; les déviants anonymes de la police sont choyés par Le Canard et Médiapart qui a censuré un contributeur qui signalait l'appartenance de Benalla à une loge maçonnique... comme la blanche Collomb5. Aucun citoyen internaute ne se serait soucié d'identifier la tronche à Benalla, sauf ceux dans la complexe hiérarchie étatique qui le côtoyaient et subissaient sa faconde de voyou parvenu. Règlement de compte au début donc, par la gendarmerie, fort éprouvée par des remaniements hiérarchiques ces dernières années, et grande muette SM contrairement à la police bien-aimée qui dispose de syndicats corpos musclés. Le mépris des grands corps de mercenaires d'Etat est pourtant une tradition des chefs d'Etat. Les CRS sont pris pour de la merde ; on se souvient du conseiller d'Etat, arabe en service pour Hollande, qui exigeait de se faire livrer des croissants tous les matins par le CRS de garde. Sous Flanby Hollande et Bismuth Sarkozy, des conseillers du président - Aquilino Morelle et ses chaussures cirées, Patrick Buisson le conseiller facho - avaient été accusés de comportements inadaptés. Sous flambeur Macron, le comportement « inadmissible » était devenu... admissible.
Intéressons-nous brièvement aux débuts des révélations (au compte-goutte) de l'affaire Benalla. Le pavé dans la mare fût la première vidéo : révéler sous le casque la trogne du cogneur de l'Elysée6. La video contient la vengeance brute de décoffrage de la corpo gendarmesque et favorise deux premières interprétations : un couple lambda est sauvagement agressé par « un proche de l'Elysée ». Deux types sont au premier plan, un chauve qui semble dire au manifestant à terre : « maintenant tire-toi ! », l'autre se débat à nouveau furieusement au lieu « d'obtempérer »7, puis déboule un type trapu, avec une grosse veste et un casque de solex, avec brassard police. C'est dubeau, ducon Benalla ! Ami quasi familial du sieur Macron ! Effet garanti, toutes les gazettes pointent du doigt un simple employé de gardiennage de la présidence. Nous, internautes spectateurs légèrement indignés, avons une pensée presque émue pour les CRS qui s'éloignent des deux « civils », imaginant qu'ils sentent le gaz ce comportement de zélés souteneurs de leur métier8. On imagine même que cette vidéo est une fake news qui va entraîner un bon débat pour justifier une police propre qui tape « légalement » en uniforme tout manifestant récalcitrant...

Malheureusement, on n'est encore qu'au début du feuilleton Benalla Gate qui devient Macron Gate ; une deuxième vidéo suit où les CRS qui, jusqu'alors paraissaient méfiants devant la brutalité de leur supérieur inconnu haut Benalla, certainement un intimidant haut placé sorti de la cuisse de Jupiter, se mettent à s'acharner sur le couple échevelé. On voit pourtant le type à terre faire un geste qui peut coûter cher dans cette situation, il attrape le bâton d'un CRS à la ceinture et de lui crier « arrête », évidement un autre CRS frappe sur sa main avec sa bombe à lacrymo, quand la femme échevelée est repoussée à l'intérieur de la boutique. La soudaine violence des CRS alors que les deux civils avec badge police sont à leur tour calmes et redevenus simples observateurs, par quoi est-elle motivée ? Rébellion ? Insultes ? Toutefois avec cette deuxième vidéo, le statut de couple insoumis, en légitime protestation « citoyenne » n'est pas entamé, donc notre indignation reste intacte : c'est dégueulasse, les CRS c'est bien toujours des pourris et Macron avec ou sans police parallèle voilà la concrétisation de sa « révolution des réformes pour redresser les comptes de l'Etat : il détruit les services publics, il se sert des syndicats pour ridiculiser les ouvriers et quand ça ne suffit pas il envoie ses cognes » !
L'image des attaques sur le retraites, toujours en cours, revient : « Macron cogne sur la classe ouvrière » comme ses affidés cognent physiquement sur les gens. Très mauvaise image... concrète ! Les sous-fifres macroniens ont beau défendre à hue et à dia leur prince en tentant d'en faire un « cas individuel », c'est désastreux : toute la chaîne de commandement policière et militaire est ridiculisée. Le dérapage de ducon Benalla est patent, ce n'est pas Macron qui lui a demandé d'aller faire … le con et de s'exposer aisni au ridiculise. Mais la bêtise de Benalla fait du bien au prolétariat : il permet de lever toutes les couleuvres du prince népotiste !

Le clan élyséen, aussi violemment tarabusté (mais pas physiquement), a réagi en faisant diffuser une troisième vidéo pour contrer le buzz des précédentes favorisées par les gendarmes en colère : celle des flics où là le couple n'apparaît plus innocent. On voit le type, qui va être tabassé par Benalla et les CRS, lançant un objet sur les flics. Il n'a pas l'âge d'être lycéen ni étudiant. Il semble qu'il fait aussi un bras d'honneur ; le journaliste du Monde dit que c'est sa compagne. Changement de décor et d'interprétation : provocation-répression- CRS=SS, le tintouin habituel de n'importe quelle manif. Un pet de souris.
Hélas, trois fois hélas, il y a encore ce pauvre Benalla. Que fait-il là déguisé en flic d'appoint ? Quels bas instincts l'ont poussé à venir « se faire » des manifestants au corps à corps alors qu'il est – comme on l'apprendra abondamment – destiné à une super promo (lieutenant-colonel puis sous-préfet, car on ne refuse rien aux braves) ? Le naturel est revenu au galop. Le cogneur s'ennuyait sous les meilleurs ors de la République. Il voulait continuer à tâter du terrain comme lorsqu'il gardait l'entrée des supermarchés. On l'a prévenu rapidement qu'il avait une merde sur la tête. Trop tard, on ne remplace par un pois chiche par un cerveau. Plus saisissant, un pois chiche en fait tomber un autre ! J'ai déjà dit ce que je pensais du grand esprit de Macron : le vide. Sidéral et sidérant. A se demander comment un charlot pareil a pu se constituer une aussi large cour d'arrivistes, la plupart désormais penauds et de mauvaise foi face au népotisme qu'ils ont permis d'installer.
On imagine le prince Macron effondré : « Quel con ce Benalla, et dire que j'ai réchauffé un serpent dans mon sein ! ». Il lui téléphona : « Tu étais mon seul homme de confiance ! Abruti ! qu'es-tu allé faire dans cette galère, cette sphère à bobos place de la Contrescarpe ? Les cours de karaté ne te suffisaient plus ? Taper ta nana non plus ! Dégage ! Retourne dans ta banlieue de merde et reprend ton vrai prénom arabe ! Je ne peux plus rien pour toi ! Et rend-moi le double des clés de ma datcha au
Touquet ! »
Une suceboule de LREM (la république dans la Merde) a ergoté qu'on ne peut pas « jeter le discrédit sur l'ensemble de la majorité uniquement pour un acte isolé d'un individu ». Son maître a fait savoir, sans montrer sa mine déconfite qu'il « n'y aura pas d'impunité », mais il y a eu de toute façon impunité et népotisme crasse ! Cette façon de tenter d'écarter l'accusation de népotisme est aussi ridicule et impuissante qu'un chefaillon de droite comme Wauquier qui dénonce les cogneurs dans les manifs mais qui lorsqu'il est ministre à son tour ne trouve rien à redire de la violence « normale » des CRS.

NE PAS SALIR LA POLICE

« L'affaire est choquante car elle salit la police »
Hervé Pierre (ex-cadre de la Préf de police de Paris, in La Voix du Nord du 22 juillet)

« Ce sont nos policiers et nos gendarmes qui, au quotidien, défendent les valeurs de la France ».
Gérard Collomb (Ministre de l'Intérieur auditionné par la Commission des lois)

« Quand on bascule d’un lien de proximité, de confiance, à des relations qui perdent leur lien de pureté, on prend un risque ».
Alain Gibelin, Préfet de police de Paris.

Que Macron soit parano, comme tous ses prédécesseurs, pour sa protection et celle de sa famille, n'aurait rien de choquant s'il faisait confiance aux institutions, mais, visiblement il n'a même pas confiance (lui non plus... comme le prolétariat) en la police et gendarmerie officielles ; et cela
Distribution de médailles (cf. L'organisation eggregore)
personne ne le relève dans le scandale, sauf les policiers eux-mêmes, dont l'huile précédente, parmi la noria de dircabs, dénonce le « copinage malsain » car la police, elle, est pure, elle ne "marche" qu'à la prime et à ma médaille. C'est à dire qu'il y a un scandale dans le scandale. Que Macron ait recours à une police privée n'est pas nouveau sous la Ve République, grands patrons et politiciens divers de l'Etat bourgeois y ont toujours eu recours à certaines périodes, en arrosant généreusement en pépètes et en médailles les heureux « nervis » désignés. Le scandale est plus grand surtout en ce qui concerne le fait que Macron se passait royalement d'une invention de Mitterrand, conservée par ses successeurs, les mousquetaires du GIGN. Pourquoi ce manque de confiance ? Seul l'intéressé pourrait nous le dire si, par bonheur, il passait sous les fourches caudines de la commission des lois.


A plusieurs reprises j'ai déjà signalé comment les campagnes idéologiques avaient toujours des aspects obscurs, viraient à la persécution et à l'obsessionnel9, focalisant sur le couple népotiste Fillon sans qu'il n'y ait éclaircissement ni suite dans les idées. Les vidéos actuelles qui sont restées en circulation ajoutent à la confusion et autorisent toutes les interprétations. L'objet de cette campagne médiatique n'est évidemment pas de faire tomber l'Etat, mais, en dérivant le fond du problème sur « l'intégrité policière » - réponse du berger à la bergère - pour ne pas dire sa pureté virginale, on prépare la décrue en milieu policier relativement discipliné et humble, car, d'autres mécontents ont envie de balancer, en vue de la réduction du nombre de députés.
Quelques fusibles vont sauter dans la noria impénétrable des multiples secrétaires, sous-secrétaires, sous-directeurs, vice ceci ou vice cela, mais la tâche restera indélébile. Aussi Macron et ses plus proches affidés doivent-ils scruter les listes des noms députables (infidèles ou peu courageux dans la tempête) à éliminer pour le futur dépoussiérage parlementaire. Dans la charrette, probablement le préfet Gibelin promu au gibet puisque sa langue a fourché face à la méchante commission des lois.

Début avril, premier exécutant de l'exécutif, Édouard Philippe, avait annoncé la réduction de 30% du nombre de parlementaires et l'introduction d'une dose de 15% de proportionnelle aux législatives, dans le cadre de la réforme des institutions prévue pour 2019. Le nombre des députés serait ainsi ramené à 404, et celui des sénateurs à 244 (contre 577 et 348 actuellement). La norme dans les démocraties occidentales, c'est un député pour 100 000 habitants. En 2009, la barre était fixée à un député pour 125 000 habitants. Avec la réforme de 2019, il y aura un député pour 200 000 habitants.Difficultés techniques, députés inquiets de perdre leur siège... Avec la baisse de 30% des députés et sénateurs prévue pour 2019, le redécoupage de la carte électorale s'annonce comme une vraie boucherie. Il va falloir annoncer à 30% de parlementaires qu'ils ne pourront pas se représenter. Tout le monde ne pourra pas être recasé.
En attendant, Louis-Napoléon Macron a bien fait preuve d'un singulier amateurisme, l'Etat ce n'est pas lui mais il est redevable à l'Etat. Pour l'heure, il se cache, il a perdu toute autorité et réduit à néant toutes ses gesticulations vantardes à travers le monde. Si une opposition bourgeoise crédible ne se reconstitue pas, le régime dominant sera très fragilisé à terme socialement et politiquement. La nature a horreur du vide et des pois chiches.


Le scandale contient des éléments de réflexions pour la lutte de classes, mais pas seulement, Pour faire chier l'anar de gouvernement, anti-marxiste acharné, Michel Onfray, il me plaît de citer ici Lénine qu'il ne comprendra évidemment pas:


« Quiconque reconnaît uniquement la lutte des classes n’est pas pour autant un marxiste ; il peut se faire qu’il ne sorte pas encore du cadre de la pensée bourgeoise et de la politique bourgeoise. Limiter le marxisme à la doctrine de la lutte des classes, c’est le tronquer, le déformer, le réduire à ce qui est acceptable pour la bourgeoisie. Celui-là seul est un marxiste qui étend la reconnaissance de la lutte des classes jusqu’à la reconnaissance de la dictature du prolétariat »
Cela donne envie de relire le génial « Les luttes de classes en France » de Marx et l'intro d'Engels :
« Le présent ouvrage de Marx fut sa première tentative d'explication d'un fragment d'histoire contemporaine à l'aide de sa conception matérialiste et en partant des données économiques qu'impliquait la situation. Dans le Manifeste communiste, la théorie avait été employée pour faire une vaste esquisse de toute l'histoire moderne, dans les articles de Marx et de moi qu'avait publiés la Neue Rheinische Zeitung nous l'avions utilisée pour interpréter les événements politiques du moment. Ici, il s'agissait, par contre, de démontrer l'enchaînement interne des causes dans le cours d'un développement de plusieurs années qui fut pour toute l'Europe aussi critique que typique, c'est-à-dire dans l'esprit de l'auteur, de réduire les événements politiques aux effets de causes, en dernière analyse, économiques.
Dans l'appréciation d'événements et de suites d'événements empruntés à l'histoire quotidienne, on ne sera jamais en mesure de remonter jusqu'aux dernières causes économiques. Même aujourd'hui où la presse technique compétente fournit des matériaux si abondants, il sera encore impossible, même en Angleterre, de suivre jour par jour la marche de l'industrie et du commerce sur le marché mondial et les modifications survenues dans les méthodes de production, de façon à pouvoir, à n'importe quel moment, faire le bilan d'ensemble de ces facteurs infiniment complexes et toujours changeants, facteurs dont, la plupart du temps, les plus importants agissent, en outre, longtemps dans l'ombre avant de se manifester soudain violemment au grand jour. Une claire vision d'ensemble de l'histoire économique d'une période donnée n'est jamais possible sur le moment même; on ne peut l'acquérir qu'après coup, après avoir rassemblé et sélectionné les matériaux. La statistique est ici une ressource nécessaire et elle suit toujours en boitant. Pour l'histoire contemporaine en cours on ne sera donc que trop souvent contraint de considérer ce facteur, le plus décisif, comme constant, de traiter la situation économique que l'on trouve au début de la période étudiée comme donnée et invariable pour toute celle-ci ou de ne tenir compte que des modifications à cette situation qui résultent des événements, eux-mêmes évidents, et apparaissent donc clairement elles aussi. En conséquence la méthode matérialiste ne devra ici que trop souvent se borner à ramener les conflits politiques à des luttes d'intérêts entre les classes sociales et les fractions de classes existantes, impliquées par le développement économique, et à montrer que les divers partis politiques sont l'expression politique plus ou moins adéquate de ces mêmes classes et fractions de classes.
Il est bien évident que cette négligence inévitable des modifications simultanées de la situation économique, c'est-à-dire de la base même de tous les événements à examiner, ne peut être qu'une source d'erreurs. Mais toutes les conditions d'un exposé d'ensemble de l'histoire qui se fait sous nos yeux renferment inévitablement des sources d'erreurs; or, cela ne détourne personne d'écrire l'histoire du présent ».




La suite aux prochains numéros médiatiques...





































































NOTES




1Enfin, et j'y reviendrai, le tabassage du couple n'est pas la fin du monde, c'est moins grave que l'assassinat par étouffement policier d'Adama Traoré. Le couple de bobos – lui a jeté la carafe d'eau du bistrot sur les CRS et elle a fait un bras d'honneur – tenant à se faire passer pour un couple de badauds, et surtout pas « black blok ». Ils l'ont bien cherché en ignorant que tout est filmé et qu'ils sont en tort vis à vis de la loi bourgeoise. L'acharnement des CRS semble plutôt montrer qu'en matière de rébellion ils sont naïfs : cerné par les cognes, il est stupide de se mettre à les insulter ou à protester de son innocence après leur avoir balancé une bouteille. La présence de policiers en civil, ou même d'acolytes ou d'une police parallèle ne gêne aucunement les diverses polices complémentaires. Pour réprimer dans les moments révolutionnaires, le premier commerçant venu sanguinaire peut s'improviser chef des CRS. Le Monde détailla une fois sous l'aspect clean le faux problème de ce mercenariat : « Outre les forces dédiées au maintien de l’ordre, d’autres policiers issus des commissariats agissent dans les cortèges, notamment les brigades anticriminalité. Ils sont en civil afin de ne pas être repérés. Leur but est, le plus souvent, de procéder à des arrestations et d’extraire des individus de la foule.Ces fonctionnaires font l’objet d’une polémique récurrente concernant la présence supposée de « policiers casseurs » qui provoqueraient des troubles. Mais ces allégations n’ont jamais été prouvées, les images publiées autour de la question étant souvent manipulées. Les syndicats de policiers nient par ailleurs vigoureusement, rappelant d’une part que des policiers ne vont pas jeter de pavés sur leurs collègues, et, d’autre part, leur attachement à la liberté de manifester ».https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/05/03/ce-que-la-police-peut-et-ne-peut-pas-faire-pendant-une-manifestation_4913025_4355770.html . Je ne dirai rien aujourd'hui de ce que je sais des faux manifestants qui ont détruit le Fouquet's au soir de la gloire de notre éphémère plénitude footballistique.
Je rappelle ici l'étymologie du terme népotisme : « Le terme a été emprunté en 1653 à l'italien nepotismo, lui-même dérivé de nepote qui signifie « neveu », par référence au favoritisme accordé par un pape à l'un de ses neveux par la cession indue de titres ecclésiastiques ou de donations réservés au Vatican3. Au Moyen Âge, le mot désigne normalement dans ce contexte, les enfants des frères et sœurs des ecclésiastiques. Mais souvent, par euphémisme, les mots « neveux » et « népotisme » désignaient aussi les propres enfants des ecclésiastiques ; Savonarole prêchait ainsi contre l'Église de Rome en 1497 : « autrefois, si les prêtres avaient des fils, ils les appelaient leurs neveux ; maintenant on n'a plus de neveux ; on a des fils, des fils tout court. »

2Un Mussolini, bien que autrement criminel, mais du genre Bonapartiste en guerre, est tombé une première fois par suite à la magnifique grève des ouvriers turinois en 1943, dessaisi par le grand conseil fasciste et le roi. Tout dictateur, ou assimilé, est dicté, comme me le répondirent un jour les camarades du Prolétaire (PCI).
3Dont je vous ressasse régulièrement la célèbre formule : « Soyons terrible pour éviter au peuple de l'être », ce qui accouche certes d'un minable : « soyons de féroces insoumis pour éviter au prolétariat de l'être ».
4Un point commun entre Napoléon III (Badinguet) et Napoléon IV (Macron) : Badinguet avait été sponsorisé par une riche bourgeoise au début de sa carrière politique ; Macron a été drivé par sa maîtresse d'école qui ne connaît rien à toutes les arcanes de l'Etat. Dans tous les cas, les petits dictateurs bonapartistes ont commis inévitablement des bourdes aux conséquences gigantesques, par immaturité et goût âpre du luxe.
5Voir ici : http://www.wikistrike.com/2018/07/franc-maconnerie-benalla-a-des-reseaux-proches-du-grand-orient.html. IL faut savoir que pour faire carrière dans la police il vaut mieux être franc-mac et la corpo en regorge.
6Dont n'importe quel policier pouvait connaître la trajectoire. Les agents de sécurité les meilleurs, pas forcément les plus intelligents, sont recrutés chez les petites ou grandes frappes de banlieue. La mère Le Pen, dénonçant avec virulence une nouvelle affaire de barbouzes, faisait mine d'oublier que son parti en vrille est le parti préféré des barbouzes, et rappelait, justement, que le garde du corps précédent du roi élyséen Makao, deux mètres treize, pote avec Jaoud, le logeur des tueurs islamistes. Et cf. Libératio (7 juin 2018).Dans cette vidéo, on peut voir Jawad Bendaoud jouer au jeu vidéo de football FIFA, avec un homme très costaud arborant un maillot bleu barré de rouge, très ressemblant à celui de l’équipe de rugby de République Démocratique du Congo. Makao, l’ancien garde du corps d’Emmanuel Macron, originaire de ce pays, était également membre de sa sélection de rugby, selon l’Express.En légende, Jawad Bendaoud note : «Makao va Jawad FIFA 2018» et «Makao il est énervé quand il mange».
7L'individualisme bobo, comme celui des cailleras ou des blacks bloks, interdit qu' « on me touche ». « Tu me touches pas ou t'es mort ! », « je sais où tu habites », « je vais cramer ta maison », et suivent généralement une litanie d'insultes pour intimider. Les flics ont semblent-ils des consignes pour « ne pas toucher » en public, et ont une stratégie d'encerclement de l'individu indigné ou hystérique pour tenter le le maîtriser sans cogner tout de suite.
8C'est la version que fait circuler un syndicat policier : « «L'Elysée, ça fout la trouille à tout le monde» : c'est ce qu'a admis Philippe Capon du syndicat des gardiens de la paix Unsa-Police, cité par le journal Le Monde. Cela explique peut-être la passivité des CRS entourant Alexandre Benalla et Vincent Crase le 1er mai, alors qu'ils s'en prenaient violemment à des manifestants ».
9 Article dans ce blog sur le Penelope gate : une curieuse campagne de persécution médiatique
(fev 2017) avec l'éternel Monsieur Propre, pourri lui-même, face aux népotismes et aux corruptions habituelles.

mardi 17 juillet 2018

TRIOMPHE DU NOUVEAU NATIONALISME MIXATOIRE OU EPHEMERE FERVEUR FOOTBALLISTIQUE,



11 novembre 1918 onze heures : armistice et liesse populaire, un million de personnes sur les Champs à Paris (le 2 août 1914 : la mobilisation avait été générale en France et presque aussi enthousiaste)
15 juillet 2018 dix neuf heures : finale France-Croatie gagnée par l'EDF, liesse populaire près de 20 millions de spectateurs ont suivi le match à la télé ; à peu près autant qu'en novembre 1918 ont défilé sur les Champs Elysées parisiens.


« C'était une drôle de foule. Compacte, métissée, dansante, euphorique. Des gamins en Nike air et maillot floqués Mbappé. Des cadres en costards qui sortaient du boulot. Des familles entières, avec poussette, minots et Mr Freeze. Et des touristes en claquettes, trop contents d'avoir poussé jusqu'au lundi leur week-end parisien. » (L'OBS)

Il y a eu certainement plus de monde de par les rues en France qu'à la Libération de Paris ou en mai 68. La célébration sera dégoulinante de bêtise et d'hypocrite convivialité quelques jours encore. C'est sur TF1 que le commentaire vantard fût le plus puant et le plus nationaliste, dit par une voix suave de femme : « Ils affichent un patriotisme à fleur de peau » (c'est sans doute la nouvelle version patriotique antiraciste). Ce patriotisme de ferveur pour les bleus (sans doute la même vareuse que celle, stupide et si voyante de 14-18) s'exprimait « par delà les frontières » (sans aucun doute au-delà de la ligne bleue des Vosges puisque les médias arrosent partout mieux qu'en 14-18). Les « merdias » reflètent et inspirent, et l'inverse, cette « liesse populaire » chauvine et si marchande. Panem et cirque pour réseaux « sociaux ». Où, au bout du compte, chaque maillot vendu refile un pognon de dingue, comme a dit l'autre encravaté, à des milliardaires en culotte courte avec Porsche et super nanas, femmes libérées qui préfèrent épouser un « working class hero » qu'un working class zéro. L'ode à la mixité sociale, ce seul cliché où les classes disparaissent, suit : « Ce qui rassemble tout le monde ce sont ces jeunes de Bondy, de Marignane... On est ivre de joie ».

Le sentiment patriotique est très puissant, je ne peux pas prétendre moi-même me vanter d'être un internationaliste pur et dur face à ce spectacle qui mobilisa aussi mon ennui. Le suspense en vue de la victoire pour « notre » équipe m'a autant stressé qu'un bon scénario... de film. Que le clan Deschamps gagne me tiraillait moins que la symbolique d'une victoire « française », peuple pourtant si individualiste et rétif aux jeux d'équipe (collectifs dirait une connaissance trotskienne). Dans la ferveur on oublie voire on ignore l'arrière cuisine de la secte Deschamps, les préparatifs et filouteries masquées même aux journalistes. La secte n'a rien d'admirable, elle suppose flatteries, accointances et traîtrises, copinages et arrangements non pour la gloire de la France (rétrogradée septième puissance mondiale1) mais pour une équipée de milliardaires adulés comme n'importe quelle vedette du show business, voire plus.

ICONISATION DE MASSE ET SELFISATION DU MÔA !

Peut-on vraiment se « selfire » à soi-même ? N'y aurait-il pas d'autres raisons à aimer, l'amour et la révolution par ex ?2

Pourquoi ai-je placé en exergue cette comparaison entre 1918 et 2018 ? Parce que la situation serait similaire ? Différente dans l'expression de la liesse populaire ? Parce que, les mielleux « vive la France » et autres « on est des champions » signifieraient un nouvel embrigadement ? Pas du tout. Non, simplement parce que, malgré la nouvelle mixture d'un patriotisme antiraciste, « mixatoire », tous ces dizaines de milliers qui agitent le fanion français et crient leur amour de la « victoire française » ne sont aucunement disposés à aller se sacrifier pour la patrie comme ceux de 1914. Ces foules agitées et bariolées tricolores sont plutôt dans l'état d'esprit de celles de 1918 : « on a gagné et il n'y aura plus jamais de guerre ». Pourtant, cette compensation du ballon rond fêtard pour un prolétariat national très faible, très méprisé par notre sportif Président, est loin d'être un moment de réflexion ou d'affirmation de soi. La célébration n'a rien de véritablement collectif. Jamais, devant le défilés des troupes de tout pays naguère, celles de Napoléon, d'Hitler ou de Churchill, jamais on n'avait vu la foule s'auto-congratuler autant individu par individu. Ni poing levé, ni bras tendu mais portable levé en l'air, selfies systématique de soi au milieu de la foule, selfies éventuels avec les nouvelles gloires nationales en uniformes de stade. Les gloires elles-mêmes, gentiment aussi infantiles, se « selfisaient » à elles-mêmes avec leurs propres iphones. Le fan lambda se hausse au rang de son idole de la balle au pied en se selfisant au pied de son bus quand l'idole se sert de son propre selfie pour avoir la masse comme tapisserie de sa gloire personnelle.
Singulier comportement, me direz-vous ? Jadis il y avait pourtant de simples appareils photos mais on laissait le soin aux « actualités filmées » de rendre compte de l'événement. Désormais le spectacle capitaliste nous laisse croire que nous sommes maîtres de notre propre image et capables d'accéder à la gloire de soi-même grâce à cet objet obsédant du désir d'éternité du faux partage et de la connexion en permanence infantilisante.

UN SPORT DE COMPETITION ULTRA-VIOLENT

S'exhibant devant les écrans du monde entier, les compétiteurs d'une coupe du monde doivent refréner leur envie de gestes violents, ce qui n'est pas le cas dans les multiples clubs amateurs ; on a recensé plus de 10.000 actes de violences sur les stades français pour l'année 2017, incluant les arbitres. Jeu ancien british le foot est tout à fait dans l'esprit mercantile capitaliste : il faut « enfoncer » l'adversaire, « lui faire mal », « lui rentrer dedans », et, fin du fin, c'est un des rares moyens pour les paupérisés de devenir riches, quoique très peu d'élus pour une masse d'appelés. Les services internes de l'Etat bourgeois conviennent eux-mêmes de la rançon de cette fausse fraternité footballistique et de la superficialité de la disparition des clivages... de classes :

« Les grandes manifestations sportives sont l’occasion pour les spectateurs venus d’horizons différents de communier dans l’enthousiasme et la fraternité. Sans distinction d’origine, de classe ou de nationalité, tous sont appelés à partager l’intensité de ces moments privilégiés de la vie sociale, fédérés autour d’un esprit sportif fondé sur le dépassement de soi et le respect des règles du jeu.Trop souvent ces dernières années, l’insécurité s’est développée les enceintes sportives, ternissant le déroulement des compétitions, au mépris des valeurs présidant à leur organisation : les dégradations, le racisme, la violence ont ainsi gagné les tribunes et les abords des stades, particulièrement lors des événements touchant aux disciplines les plus populaires comme le football »3.

Ainsi débute le guide méthodologique gouvernemental des infractions dans les enceintes sportives pour l'année 2006. Le premier sport populaire est le plus concerné par les sanctions pénales. Injures, menaces, crachats voire coups de poing… Les arbitres amateurs ont été victimes de 4.841 agressions verbales ou physiques lors de la saison 2016–2017, selon l’Union nationale des arbitres de football (UNAF). Pour cette même saison 10 309 matchs au moins ont été marqués par un incident violent, 12476 pour la saison 2014-20154.

UNE NOUVELLE RELIGION QUI LES INCLUT TOUTES OU UNE SUPERSTITION PLANETAIRE ALEATOIRE ?

Les footeux sud-américains et portugais nous faisaient déjà pitié naguère en entrant sur le terrain avec un signe de croix et en levant les yeux et les bras au ciel pour remercier dieu. Aujourd'hui, on va davantage remarquer un joueur qui va se prosterner et se tourner vers la Mecque, sans savoir qu'il a déjà prié dans le vestiaire5. Le défenseur marseillais Benjamin Mendy a mis une photo de La Mecque sur son compte Twitter. Des joueurs évangéliques jouent au PSG, propriété du Qatar, et reversent 10% de leur salaire à leurs sectes. C'est « Le Pélerin » qui en convient : « Un temple ? non un stade ! Face à la houle des supporters qui ondule dans les tribunes bondées, sous la lueur blanche des projecteurs, 22 joueurs, version moderne des demi-dieux antiques, pénètrent sur la pelouse. Première foulée, doigts pointés vers le ciel pour s’attirer ses bonnes grâces, signes de croix pour appeler Dieu à la rescousse.
Un but marqué ? Regardez ces mains qui se joignent, ces genoux qui fléchissent, ces bras en croix comme autant d’offrandes à la victoire. Qui pourrait soutenir, après cela, que foot et religion n’ont pas, au moins symboliquement, partie liée. » « Il faut aussi évoquer la dévotion particulière des joueurs brésiliens ou africains. Faut-il prendre tout cela au sérieux ? Disons que, sans être toujours croyants ou pratiquants, certains joueurs espèrent que le Bon Dieu va les aider à marquer un but », ajoute le journaliste Eugène Saccomano. Et parfois même hors des stades. Ainsi, au temps de sa gloire, l’attaquant brésilien Ronaldo, faisait régulièrement son pèlerinage au sanctuaire marial de Notre Dame de Aparecida, État de São Paulo, afin de remercier la Vierge pour ses multiples sélections dans l’équipe nationale ». Il y a quelques années les fans de l’Olympique de Marseille ont revêtu la statue de Notre-Dame de la Garde des couleurs de leur club, alors sacré champion de France. Les supporters des grandes formations portugaises de Porto et de Benfica ont, eux, offert des maillots frappés du numéro 16 à Benoît XVI lors de sa visite au Portugal afin qu’il bénisse leur club favori. À l’occasion de la Coupe du monde en Allemagne, en 2006, la marque Adidas avait installé une immense fresque de 800m2 en gare de Cologne. Une imitation du plafond de la chapelle Sixtine peint par Michel-Ange, représentant Zidane, Kaka, Ballack ET Beckham.

Cet aspect religieux, quoique plus typique d'une resucée de l'Union nationale, convient bien à Mgr Dominique Lebrun. « Le foot permet d’abolir les barrières entre les générations, les intellos et les manuels, les gens des beaux quartiers et ceux des banlieues, pour peu qu’ils arborent tous la même écharpe. Incroyable alchimie ! Si elle n’est pas religieuse, elle est de l’ordre du divin. Et j’y perçois, moi, un peu du souffle de l’Esprit ». La distraction reste tout de même bien ponctuelle et éphémère, même si elle entretient au long terme des relents de défaites... nationalistes.
Feu Manuel Vasquez Montalban nous apporte des lumières sur la place prépondérante prise par cette nouvelle religion dans la vie à l'époque capitaliste :

« Autrefois, le président d’un club avait au-dessus de lui les autorités politiques, économiques, religieuses, et même universitaires. Le plaisir de présider le Milan AC ou l’Olympique de Marseille était fort limité. Actuellement, il est illimité : le moindre responsable de club pèse socialement plus lourd que la plus haute autorité, et sa capacité à mobiliser les foules est bien supérieure. C’est pourquoi les hommes politiques osent de moins en moins heurter les clubs : ils ne tiennent pas à affronter un électorat organisé et virulent. La hantise du chômage ne provoquera probablement pas une nouvelle prise de la Bastille. En revanche, s’en prendre aux supporteurs d’un club, c’est risquer un nouvel assaut du palais d’Hiver… N’oublions pas qu’un différend ethno-footballistique fut le détonateur des conflits yougoslaves (1), ni qu’une simple menace administrative contre le club local mit littéralement sur pied de guerre toute la population de Séville en mai 1996.6 »

« Indifférents à cet aspect comme au caractère religieux du football, les sociologues ne semblent
s’alarmer que de la violence de certains supporteurs transformés, à l’occasion des grands matches-messes, en commandos de choc. Tout club mêle en son sein les classes sociales, mais assigne à chacune d’elles une fonction : la tribune présidentielle programme, la masse petite-bourgeoise soutient, et les escadrons venus des périphéries urbaines agressent. Certains dirigeants de club financent même des groupes violents et les poussent à agir comme déclencheurs de l’adrénaline des joueurs-combattants. Les sociologues n’ont d’yeux que pour ces escadrons qui portent, en signe d’amour-fusion, le maillot de l’équipe adorée. Ils ne voient pas qu’il s’agit d’une véritable communion des saints avec les équipes vénérées : Milan AC, Olympique de Marseille, Barcelone FC… ».

« Il y a aussi les travaux de John Clarke et de Ian Taylor (3). Ce dernier estimait, dès 1971, que la violence était le fait de jeunes marginaux s’en prenant à l’embourgeoisement des nouveaux amateurs de football accusés d’éloigner ce sport de ses origines populaires. Taylor et Clarke furent les premiers à démontrer que la fureur dans les gradins n’était pas irrationnelle — il s’agit d’une des rares violences dont l’Etat n’a pas le monopole. D’autres analystes, appartenant à l’école de la psychologie sociale ethnogénique, y ont décelé « un comportement agressif ritualisé ». Par le biais de rituels appartenant exclusivement à la sphère de la quotidienneté — ou, comme disait Leonardo Sciascia, à la « dictature inquisitoriale du présent » —, les masses auraient-elles inventé, dans les stades, une manière de communier plus attractive que celle des religions ou des partis politiques ?

« A l’heure de la « pensée unique », cette violence résonne merveilleusement aux oreilles de certains parce qu’ils y perçoivent une faillite de la théologie de la sécurité. La seule consolation, dans ce monde chaotique, se trouverait-elle dans cette nouvelle religion laïque ? Dans le stade-cathédrale, ou dans le club-parti ? Mais ce paganisme moderne exige que les joueurs du football global possèdent, à l’image des dieux antiques, la dimension épique et lyrique du héros, alors que nous vivons une époque sans héros, qui n’a rien d’épique ni de lyrique ».
Montalban avait raison de souligner le poids de la faillite des idéologies politiques et cet aspect compensatoire de la messe footballistique, mais celle-ci est creuse, éphémère. Son seul avantage est de ne pas être robotisée, de réserver toujours des surprises, de ne rester qu'un jeu qui autorise toutes les superstitions, et qui reste passager et de peu d'importance pour le quotidien des millions d'exploités.

L'orgasme du football peut-il conditionner les masses à la
guerre ?

Cette distraction aléatoire est devenue pourtant une drogue dure des démocraties bourgeoises autant que pour les anciennes dictatures (cela révèle le niveau auquel sont tombées ces « démocraties »). Reprenons notre questionnement depuis le début et en ciblant sur l'utilisation de nos milliardaires en culotte courte, mais pas en pantalon garance. Quel soulagement, en mémoire de l'ancienne équipe black, blanc, beur, venant effacer la bande de voyous de Knysna, voici enfin une équipe multicolore (la sixième d'Afrique ont dit les africains eux-mêmes) qui entonne « spontanément » la Marseillaise, qui hurle « la France est un beau pays », qui se voile la tête de l'oriflamme tricolore (sic).
Adulés et surpayés, les joueurs pourraient-ils servir déjà utilement les objectifs militaires de la bourgeoisie ? Certes ils se « sacrifient » aux exigences du chef de la secte, pardon du club, et à leur nutritionniste et masseur. Ils ont donc besoin de transcendance, mais certainement pas pour risquer leur peau pour la patrie7. Le foot actuel comporte plus de contre-indications qu'il ne serait un perpétuel anesthésiant de la révolte sociale, comme le croient les gauchistes simplistes. Il ne détourne pas de la violence contre l'Etat bourgeois puisqu'il génère comme on l'a vu ci-dessus, de multiples violences stupides, et que les festivités d'après match voient régulièrement des affrontements entre sportifs policiers et sportifs voyous. En même temps, la récupération exhibitionniste par le couple présidentiel français, de façon très affectueuse, voire très charnelle comme avec la sémillante reine de Croatie, convient parfaitement au bonapartisme du régime dans son mépris de la principale classe exploitée. Mais ce cirque n'est pas durable.

Pour terminer cet article quelque peu sociologique, le lecteur me permettra d'en revenir à la politique et à l'histoire, 2018 comparé à 1914 et ambiances respectives. Le plus grand écrivain de langue allemande de l'entre deux guerres, Stefan Zweig avait été tout d'abord captivé par l'enthousiasme patriotique bon enfant : « Ce n'était partout que drapeaux, bannières, musiques. Les jeunes recrues marchaient au milieu d'une ambiance triomphale. Leurs visages étaient lumineux ». Ian Kershaw continue : « Zweig vit « sa haine et son aversion de la guerre » temporairement submergées par cette scène « majestueuse, grisante, voire séduisante » L'  « humeur guerrière », une fois acceptée l'idée qu'il s'agirait d'un combat pour se protéger de la tyrannie tsariste, l'emporta aussi sur les protestations dans les rangs des socialistes autrichiens ». « Du balcon du Palais d'Hiver, à Saint Petersbourg, le tsar Nicolas salua la foule immense qui l'acclamait et qui, suivant les ordres, s'agenouilla devant lui, agitant des étendards et chantant l'hymne national. Paris assista à un débordement de ferveur patriotique tandis que le Président Poincaré proclamait le dépassement des divisions internes avec « l'union sacrée »8.

S'il y avait incontestablement des jeunes des banlieues sur les Champs et nombre de têtes « bronzées », comme en 1914, c'est la jeunesse bobo qui ramène sa fraise, comme en 1914 ainsi que le rappelle Kershaw :
« ...à Londres et ailleurs en Grande Bretagne, c'est l'inquiétude et la nervosité qui dominaient et non le chauvinisme, qui paraît avoir été confiné à des fractions de la classe moyenne, notamment les jeunes ». « La ferveur patriotique des groupes d'étudiants au cœur de Berlin ne trouva aucun écho chez les ouvriers des quartiers industriels où prévalait l'hostilité à la guerre, ou du moins une angoisse à la perspective d'un conflit associée au désir de maintenir la paix. Dans les campagnes également la ferveur guerrière était rare. (…) Les paysans russes n'avaient aucune idée des raisons pour lesquelles on leur demandait de combattre. Dans les villages français, le choc allait de pair avec le pessimisme et l'acceptation fataliste du devoir et de ses exigences, mais la proclamation de « l'Union sacrée » par Poincaré ne suscita aucun enthousiasme. De même au sein de la classe ouvrière, notamment chez les travailleurs liés aux partis socialistes ou aux syndicats – fortement internationalistes et volontiers pacifistes – l'ultranationalisme et l'enthousiasme guerrier étaient assez peu marqués. Malgré tout, il n'y eu pas de véritable opposition à la guerre ». En Russie, les socialistes préférèrent s'abstenir (les cinq bolcheviques siégeant à la Douma votèrent contre et furent par la suite arrêtés).

Heureusement qu'il y eût, à retardement et au cœur des massacres l'insurrection bolchevique, plus ouvrière d'ailleurs que conséquence d'une directive de parti, pour stopper provisoirement quelques années la guerre mondiale. Mais cette soumission à la marche à la guerre était, Karshaw le note très justement, aussi le résultat de dizaines d'années de bourrage de crâne patriotique ; en France le souvenir de la guerre de 1870, plus que de la Commune de 1871, était cultivé dans les écoles et la jeunesse aisée était carrément conservatrice pour ne pas dire totalement patriotique, mais à condition d'être déjà ces cadres militaires « entraîneurs » de pioupious et pas de joueurs de foot. La dévotion de la diversité ethnique actuelle, après la suppression du mot race dans la constitution française par les petits rigolos du Parle-ment, va de pair avec l'antifascisme et l'antiracisme de salon. Mais tout reste en l'état, les mêmes divisions de la classe ouvrière en races, migrants, manuels, intellectuels, fonctionnaires, chômeurs, etc. Cette division n'est pas par contre une voie royale pour l'ordre bourgeois bonapartiste. Il faut une « communion » autrement plus solide politiquement et socialement pour entraîner le prolétariat à une guerre où il serait directement mobilisé. Quoique même si la guerre atomique est pour l'instant invraisemblable, cette division antiraciste et l'oecuménisme éphémère du football permettent de continuer guerres locales obscures et représailles terroristes. La coupe du monde, cette fois-ci, n'a pas permis une ambiance pacifiste ni internationaliste, partout il n'était question que de sécurité contre de possibles attentats, des camions barrant systématiquement l'accès aux place publiques. Comme ambiance mixatoire sereine on peut espérer mieux. L'antiracisme officiel et la « sportivité filandreuse concernant les migrants ne font qu'aviver les vieux fonds de rivalités ethniques comme les rêves éculés de France éternelle. La prochaine guerre conservera toutes ces arriérations, car les guerres du capitalisme moderne contiennent toujours des objectifs de purification ethnique9.

Quant au football, il est plus délire passager populiste et populaire, peu unificateur des peuples et encore moins du prolétariat. Foin du cliché des working class heroes. Certainement une voie professionnelle étroite pour vocation de milliardaires sans âme, sans souci pour leur self et selfisé avenir..



Nouveau guerrier mondial ? Qu'il est drôle ce Trump :

"Je pense que nous avons beaucoup d'ennemis. Je pense que l'Union européenne est un ennemi, avec ce qu'ils nous font sur le commerce. Bien sûr on ne penserait pas à l'Union européenne, mais c'est un ennemi. La Russie est un ennemi par certains aspects. La Chine est un ennemi économique, évidemment c'est un ennemi. Mais ça ne veut pas dire qu'ils sont mauvais, ça ne veut rien dire. Ca veut dire qu'ils sont compétitifs", a détaillé M. Trump, dans les propos avaient été recueillis par la chaîne CBS samedi.


NOTES:

1L'Inde sans équipe de foot en lice double cette pauvre France cocorico m'as-tu-vu : https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/l-inde-double-la-france-et-devient-la-sixieme-economie-mondiale_2024694.html
2Seul rabat-joie, Poutou n'a pas craint de passer pour un intellectuel méprisant les « jeux du peuple » mais son argumentaire se gardait de remettre en cause cet opium (religieux) du peuple et surtout du prolétariat. S'il ressortit la banalité de base du vieux gauchisme qui voit de la récup politique partout  - « Cette coupe du monde comme tous les grands événements sportifs ne sont pas que des machines à rapporter du pognon (pognon de dingue) à des profiteurs, ce sont aussi des moyens de propagande idéologique, qui distillent le chauvinisme et le nationalisme, qui veulent faire croire que riches et pauvres, patrons et ouvriers, banquiers et chômeurs, seraient unis par notre drapeau et auraient les mêmes intérêts » - il n'a fait que souffler dans le sens du vent mixatoire en reprochant aux politiques de saboter le « vivre ensemble », alors qu'ils le récupèrent fort bien et l'intègrent comme donnée du nationalisme relooké. Plus honteux il a joué au donneur de leçon contre ces « abrutis du foot » qui n'ont pas « suivi » les diverses grèves ridicules de la syndicratie ni accueilli des migrants bras ouverts, feignant de s'étonner que les Français (sic) ne se mobilisent pas "contre les attaques antisociales du gouvernement", "contre les licenciements" ou "pour l'accueil des réfugiés".  Or, lui a participé totalement au suivisme trotskiste des grèves corporatistes à rallonge ; vous vous souvenez qu'il avait dit : « nous, on attend les consignes des directions syndicales » dans la queue de grève abstruse de l'ex-SNCF. En plus, comme ce petit soldat du syndicalisme ringard n'est pas très intelligent, il n'a pu cacher qu'il avait suivi en douce tous les matchs ! Preuve qu'ils étaient tout de même plus marrants que les grèves artificielles des cartels des bonzes anonymes.

3De « La direction des affaires criminelles et des grâces ». http://www.justice.gouv.fr/art_pix/violencesenceintessportives.pdf
4https://inhesj.fr/sites/default/files/ondrp_files/publications/pdf/note_19.pdf
5Noter cela est d'ailleurs mal vu, la doxia multiculturaliste y veille (cette « dictature inquisitoriale du présent »), ainsi ce pitre qui en appelle aux nouvelles règles de respect des amulettes et autres superstitions, regrettant que la prière musulmane fasse désordre : « Peut-être parce que l'aspect multi-religieux de nos sociétés n'a pas encore été intégré par tout le monde, notamment en France ». 

6Le football religion laïque en quête d'un nouveau dieu https://www.monde-diplomatique.fr/1997/08/VAZQUEZ_MONTALBAN/4899
7Quoique jadis les sportifs de « haut niveau » aient été bien facilement embrigadé dans les entreprises impérialistes. On se souvient du premier capitaine de l'équipe de France en 1930 qui a fini tortionnaire pétainiste.
8L'Europe en enfer de Ian Kerhaw (1914-1949), p.64 et suiv.
9Le livre de Kershaw est lumineux à cet égard en revisitant les interprétations des guerres mondiales ; très intéressant par exemple en analysant que les arméniens n'étaient pas tout blancs et que leur massacre a obéi aux contraintes des bagarres interimpérialistes (cf p.75). Tout maximaliste qui se respecte ou secte idoine, ou ce qu'il en reste, devrait lire ce livre, dont le premier tome en français vient de paraître, et ainsi sortir du rabâchage des fractions de la gauche communiste qui auraient tout compris en leur temps.