"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 30 avril 2011

POURQUOI LE TERRORISME REVIENT A LA MODE?


Au HIT PARADE DES CRIMES DES BOURGEOISIES ARABES, LE CLAN HAFEZ EL ASSASSINS, ci-contre emporte la palme, mais il y a d'autres solutions que de tirer dans le tas ou de jouer à la guerre humanitaire interminable et minable comme en Libye.

En tout cas, les bêlants pacifistes du Nouvel Obs et leurs lecteurs bobos gauchistes peuvent rentrer dans leur coquille, l’ordre de jasmin coule à flot abondant. Il n’y a pas eu une seule révolution possible du fait que partout forces armées et policières bourgeoises n’ont pas été dissoutes. Le mouvement des masses arabes confirme, malgré son absence d’internationalisme dans une zone où les nations sont ridicules, que la colère contre la crise a inévitablement une dimension inter-nationale parce qu’aucune solution nationale n’est possible. CE MOUVEMENT CONFIRME QUE DEPUIS L’EXPERIENCE MALHEUREUSE D’OCTOBRE 17 EN RUSSIE LA THEORIE DU MAILLON FAIBLE EST CADUQUE. LA VERITABLE REVOLUTION NE POURRA DEMARRER QUE DES CENTRES DU CAPITALISME DOMINANT. Aucune victoire n’est possible contre des Etats locaux blindés, défendus par des armées de tueurs professionnels, soldatesque et policiers. Tant que nous, le prolétariat des pays riches, n’auront pas renversé nos propres bourgeoisies maîtresses du monde, les peuples du tiers-monde resteront le gibier des tirs des assassins professionnels. Cela le camp maximaliste l’affirme depuis la mort de Lénine, et nous, jeunes maximalistes, depuis au moins 40 ans, depuis les fausses libérations nationales.
La famille Hafez El Assassins est passée en tête du plus grand nombre de crimes quotidiens, doublant Kadhafi. Depuis le début je n’ai jamais cru qu’un régime barbare comme le syrien ne commettrait pas un bain de sang supérieur aux autres, les crimes précédents du principal régime policier de la région, au Liban et en complicité avec l’Etat colon israélien ainsi que sa tutelle de l’Etat libanais, font partie du décor et des exigences des grands impérialismes. La presse bourgeoise loue encore ce rôle dit « stabilisateur » du clan assassin Assad et nulle guerre de sauvetage humanitaire n’est envisagée pour ne pas se ridiculiser plus encore après la pantalonnade qui dure en Libye. Massacre tu à l’époque et oublié en Syrie en 1982, le crime de la tête plate de morue le père Hafez el-Assad contre les insurgés de la ville de Hama en février 1982, aurait fait de 25 et 30 000 morts. L’insurrection était certes menée par les tarés Frères musulmans, qui avaient lancé dans les années précédentes une lutte armée et des attaques terroristes contre le régime baasiste. Le 2 février 1982, la population de Hama, à majorité sunnite, s’était laissée embarquer dans une insurrection suicidaire par la fraction bourgeoise fondamentaliste. L'armée syrienne répliqua en assiégeant et bombardant 27 jours durant la ville, pratiquant la politique de la terre brûlée, un tiers de la ville est alors détruit. Elle se livre aussi à des massacres dans les colonnes de réfugiés quittant la ville, torturant et exécutant les opposants politiques avérés ou supposés. Ces événements n'ont pas été, ou peu, relayés dans la presse occidentale, et n'ont pas soulevé l'indignation à l'étranger, car ils ont été occultés par la fermeture du pays et par la guerre du Liban. Mitterrand était resté muet pour ne pas froisser le boucher Assad, excellent client.
Depuis trois semaines le régime fait tirer dans le tas de la foule des manifestants comme lors des enterrements. Je le répète, même les régimes fascistes n’avaient jamais osé faire cela avant et après leur prise du pouvoir (il est vrai que la venue très rapide de la guerre mondiale les en avait dispensés). La brave communauté internationale perverse proteste bien sûr et s’indigne, comme dirait ce vieux cuistre bourgeois de Hessel, mais Basta ! La tribu Assad fait le boulot de répression complémentaire à Kadhafi pour calmer un peu plus la révolte des masses petites bourgeoises et surtout leur faire croire qu’elles meurent pour la démocratie, cet imaginaire d’un monde meilleur impossible dans les pays réservoirs de main d’œuvre des pays riches du nord.

LE MOUVEMENT EN SYRIE VA-T-IL DEPASSER LES SIMPLES MANIFESTATIONS DE PROTESTATION ?

Dans le cadre de cette illusion démocratique (qui empêche en fait l’éclosion d’un véritable mouvement social sous la direction de la classe ouvrière) on nous refait le coup des comités de quartier comme en Tunisie. On nous apprend que, comme à Deraa, des comités locaux d’habitants et de jeunes se sont peu à peu constitués pour appeler aux manifestations, notamment à la sortie des prières du vendredi, puis pour venir en aide aux blessés et organiser les funérailles des «martyrs». La répression, mais aussi «les campagnes d’intox et de manipulation médiatique et sécuritaire du régime ont révolté et soudé les gens», confirme un habitant de Homs, où «des bandes de salafistes» auraient semé la mort parmi la population, la semaine dernière, selon les médias officiels. Peu à peu, des notables, des personnalités religieuses locales, ainsi que des ingénieurs, des avocats et des médecins rejoignent les comités locaux, donnant plus de consistance au mouvement. Voici de nouvelles «coordinations», comités formés par cooptation parmi les habitants, dans les quartiers, les familles et les voisinages, qui (selon Libé) « apprennent à se protéger contre les indicateurs et les infiltrés du régime. Ils mènent au jour le jour leurs actions sur le terrain, relayés par les cyberactivistes, qui donnent une cohésion nationale au mouvement, par exemple en faisant le lien entre les différentes coordinations. Les informations et les appels, mais aussi les vidéos, sont envoyés par SMS ou messages privés sur Facebook à la communauté en ligne, dont les membres se trouvent à l’intérieur comme en dehors du pays ». Du réchauffé n’est-ce pas ? Un remake des mérites supposés de Facebook qui avait été animé par les sympathisants US en Tunisie et Egypte… mais comédie tragique en Syrie dirigée par une armée terroriste. Ce genre d’analyse et d’interprétation journalistique sert à nous conforter dans notre situation misérable de spectateurs impuissants.

TOUTE RIPOSTE ARMEE SERA MISE SUR LE DOS DU TERRORISME

Face aux massacres quotidiens des tueurs des Assad et Kadhafi, la bourgeoisie veut bien faire de la pub à l’organisativite petite bourgeoise inoffensive et pacifique, mais indique clairement que le recours aux armes dépend :
- Soit d’une soumission au combat « pour la démocratie » aux ordres des généraux bourgeois occidentaux,
- Soit suppose une action terroriste de « salafistes » ou d’Al Qaïda (branche de la CIA, comme la gendarmerie est une branche de la police).
Tout prolétaire conscient se dit, face aux massacres des snipers policiers depuis les toits, que les manifs pacifistes sont non seulement suicidaires mais contre-productives, et qu’il faut que les prolétaires s’arment à leur tour, ce qui est plus facile encore dans ces régions et tuent à leur tour les tueurs. Pour l’heure cela paraît impossible à des populations dominées par le mépris de soi et qui réagissent en se jetant au-devant des balles comme les suicidés de F.Telecom. On assiste au même dysfonctionnement qu’en Occident comme le décrit François Chevalier : « Des gens « maltraités » ou se vivant comme tels, non seulement ne se rebellent plus contre ceux qui les amoindrissent au point de les détruire, mais semblent leur donner raison en faisant d’eux-mêmes, et rapidement, ce que leurs bourreaux cherchaient à faire d’eux par les moyens les plus détournés : des déchets. (…) Disons-le froidement, qu’aucun des « suicidés de France-Télécom », ou d’ailleurs, n’ait tenté de casser la gueule de ses supérieurs, de mettre une bombe sous les pieds du conseil d’administration ou d’entraîner avec lui dans la mort l’un ou l’autre des cadres responsables de son désespoir est une disgrâce pour l’humanité » (et révèle un niveau de soumission supérieur des français comparés aux américains habitués à buter leurs patrons…) (« La société du mépris de soi », Gallimard octobre 2010).
Or manifestement, bien que les médias le taisent ou se gardent d’en généraliser la valeur, la riposte armée des victimes civiles est bien réelle, en particulier au Yémen et au Bahreïn Deux hommes armés ont été tués la semaine dernière dans des accrochages avec les forces de sécurité dans le Sud du Yémen, selon des sources policières. À Aden, un homme armé a été tué et un autre blessé par des soldats alors qu'il tentait de lancer une grenade contre un hôtel de la ville. Dans un autre incident, cinq soldats ont été blessés par une grenade lancée contre les militaires gardant le siège de la Banque centrale dans la ville, selon une autre source de sécurité. Dans la province voisine de Lahej, un soldat a été tué et un autre blessé dans des combats avec des membres d'une tribu qui veut pousser l'armée à quitter une position dans leur zone, a indiqué un flic de la région. À Zanjibar, capitale de la province d'Abyane, au nord-est d'Aden, deux soldats ont été blessés par des tirs d'assaillants, membres présumés d'Al-Qaïda, contre le siège des renseignements, selon une autre source sécuritaire. Les violences sont quasi-quotidiennes dans le Sud du Yémen, marqué depuis longtemps par un mouvement sécessionniste et devenu l'un des foyers. Ces réactions naturelles de défense contre les tueurs de l’Etat, comme on le voit, sont automatiquement attribuées à l’entité Al Qaïda ou à un complot de l’étranger !
Mais la bourgeoisie a tellement peur de la violence de défense et de vengeance des masses qu’elle redouble ses crimes en y ajoutant ses assassinats légaux comme au Bahreïn, via le tribunal et les tueries et viols en prison. A DUBAI quatre manifestants chiites bahreïnis ont été condamnés à mort jeudi par un tribunal militaire qui les a reconnus coupables d'avoir tué deux policiers, a affirmé à l'AFP un responsable de l'opposition. Trois autres contestataires chiites ont été condamnés à la détention à perpétuité dans le cadre du même procès, selon l'ex-député du principal groupe de l'opposition chiite, le mouvement al-Wefaq, Matar Matar. Il s'agit des premières condamnations à mort depuis la répression du mouvement de contestation populaire dans ce petit royaume du Golfe à la mi-mars. Les sept hommes étaient accusés d'homicide volontaire sur les personnes d'agents de l'Etat en exercice de leur fonction et de complot terroriste, selon l'acte d'accusation présenté par le procureur militaire à l'ouverture de leur procès le 17 avril. Selon les autorités, quatre policiers ont péri après avoir été renversés par des voitures durant les protestations qui ont vu les chiites, majoritaires parmi la population locale, contester la famille royale sunnite des Al-Khalifa. Les autorités ont mis fin à la mi-mars au mouvement de contestation après l'envoi dans ce petit royaume d'unités de la force commune du Conseil de coopération du Golfe (CCG, dont fait partie Bahreïn), et mené des rafles massives. Les violences ont fait, selon Manama, 24 morts, dont quatre policiers. Quatre manifestants sont morts depuis en détention. Les manifestants n’ont pas le droit de tirer sur les policiers qui les tuent, comme de juste.

LE RETOUR DU TERRORISME NOIR

Personne ne se souvient de l'attentat terroriste d'Etat de Piazza Fontana (Italie 1969, pour éteindre la vague prolétarienne de 1968, cf. Lire mon livre "Les avatars du terrorisme"). Plus vicelard, l’attentat terroriste de Marrakech est comme le comprend le peuple marocain « un alibi pour freiner les réformes » (ou plutôt un alibi pour ôter toute illusion). La subtilité de cette tuerie indirecte de l’Etat marocain (et même s’il n’en était pas l’auteur… mais les massacres téléguidés le régime des Hassan en est passé spécialiste depuis Oufkir) apparaît comme sonnant le glas de la contestation contre le régime du roi Mohammed VI «Depuis deux mois, à quelques exceptions près, ce mouvement est resté pacifique. (...) L'attentat de Marrakech paraît plus susceptible d'entraver l'action des jeunes de la société civile regroupés au sein du "20 février" (nom du mouvement ndlr) plutôt que de l'aider», craint l'auteur du blog Maroc Espace. Pour Maghreblog, cet événement «ne pouvait pas survenir à un pire moment», et pourrait «faire dérailler ou retarder» le train des réformes engagées par le gouvernement. Sur le site petit bourgeois Goud.ma, Nadia Lamlili va plus loin. Selon elle, le régime pourrait se servir de l'attentat comme d'un «alibi pour baillonner ce formidable mouvement d'éveil des consciences», et réduire les libertés publiques au nom de la lutte contre le terrorisme. Elle se souvient des dérives sécuritaires menées après les attentats de Casablanca, en mai 2003: «Il y a eu près de 5000 arrestations, avec leur lot de tortures et de disparitions forcées, en plus d'une législation anti-terroriste qui a doté les sécuritaires de pouvoirs étendus».
Le Maghreb est plus proche que le Makrech de l’Europe – quoique le prolétariat européen soit muselé et impuissant à faire montre de solidarité (grâce aux collaborateurs nationaux syndicaux) par le prétendu risque d’invasion, et des tueries comme en Syrie et Libye feraient mauvais effet pour ces pays à touristes. Toute proportion gardée, on est dans la même situation qu’en 1917 : pays vaincus en révolution (Russie, Allemagne, Hongrie), pays vainqueurs avec des augmentations de salaires… Les ouvriers d’occident, inquiets mais repus, ne sont pas assez déstabilisés et appauvris par la crise pour lever le petit doigt et sortir de leur méprisable condition de spectateurs. Vivement un nouveau 2008… La conscience de classe n’a jamais été aussi basse et méprisable pour une classe qui se laisse voler sa vocation historique de sauver l’humanité par l’hypocrisie humanitaire impérialiste dont le fleuron s’exprime en Libye par le viagra occidental offert aux tueurs pour qu’ils bandent mieux en violant et en tuant (cf. voir le témoignage d’un commerçant marocain dont une employée enceinte a été tuée à coups de pieds dans le ventre par les soldats « révolutionnaires » du représentant en pétrole Kahdafi & Co). Comme en 1848 et 1871 à Paris, comme sous Franco en 1936, comme sous De Gaulle en Algérie, comme en Argentine en 1974, comme en Bosnie, au Rwanda, l’invocation du viol est une arme du terrorisme d’Etat toujours efficace pour humilier les populations. A condition qu’il soit suivi du crime et que les cadavres aient été enterrés quelque part.
Oui sans révolution en Occident, pas de révolution en Orient, mais de la mitraille, toujours plus de mitraille pour les prolétaires et les couches sociales intermédiaires flouées par la crise et les enjeux des conflits inter-impérialistes opaques.

ARMEMENT DU PROLETARIAT OU MASSACRES SANS FIN

Principale leçon de ces pacifiques soulèvements arabes, la violence révolutionnaire du prolétariat – désarmement de la police et des milices bourgeoises – sera une des premières tâches urgentes des soulèvements à venir en pays riches. Sinon le prolétariat du nord subira lui aussi, à son tour, exactions, viols et meurtres par les snipers et professionnels terroristes d’Etat bourgeois. Et il faut un parti communiste maximaliste pour faire comprendre cela aux prolétaires atomisés et pleutres.

mardi 26 avril 2011

Communiqué du PCI: La révolte des masses prolétarisées arabes a atteint la Syrie: le régime répond par des massacres

Le président Bachar El-Assad s’est lourdement trompé s’il pensait arrêter les manifestations de protestation en usant du bâton et de la carotte; ni la répression policière, ni l’annonce de réformes n’ont suffit à briser le mouvement.
Les accusations selon lesquelles des puissances étrangères incitent et dirigent les mouvements contre le régime baasiste des El-Assad pourraient bien n’être pas dénuées de fondement, à la différence de la propagande d’un Kadafhi prétendant qu’ Al Quaïda organise la révolte en Libye. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’impérialisme américain, en liaison avec les aspirations d’Israël à dominer la région, essaye de trouver des points d’appui dans l’opposition en Syrie. Mais la situation actuelle dans toute l’aire nord-africaine et moyen-orientale n’est évidemment pas le résultat de manoeuvres des impérialistes américains, anglais, français ou israéliens. C’est la crise économique, précipitant les larges masses dans une misère terrible, conjuguée à une insupportable oppression policière et dictatoriale, qui a causé l’aggravation des tensions jusqu’à provoquer les explosions dans toute la région.
Pendant des dizaines d’années, les régimes autoritaires en place ont maintenu l’ordre capitaliste et, au delà de leurs alliances opposées, assuré le contrôle impérialiste de cette zone troublée, par la répression brutale de toute contestation et de toute lutte interne.
Les fractions bourgeoises qui, en Tunisie, en Egypte, en Libye, prennent la relève des fractions liées aux Ben Ali, Moubarak et Kadhafi, récoltent inévitablement les fruits d’une révolte qui a éveillé les plus larges masses à une activité sociale et politique qui leur était complètement interdite il y a quelques mois encore.
Inévitablement, parce que le mouvement de révolte des prolétaires et des masses prolétarisées de ces pays n’a pas eu à sa tête ni le parti communiste révolutionnaire, ni même des partis et organisations immédiates structurées selon les principes de la démocratie bourgeoise. Le parti communiste révolutionnaire n’existe pas aujourd’hui sinon sous une forme embryonnaire privée de toute influence (et nous sommes convaincus de représenter cet embryon); en outre, sans la reprise de la lutte de classe prolétarienne, il serait impossible au parti de prendre la tête du mouvement social et de modifier les rapports de forces entre le prolétariat et la bourgeoisie. Deux éléments essentiels sont nécessaires pour la formation du parti de classe, communiste donc international: la restauration de la théorie marxiste, falsifiée et détruite par le stalinisme et ses héritiers, qui a été accomplie par la Gauche Communiste dans le second après-guerre; et la reprise à grande échelle de la lutte prolétarienne organisée, qui tarde toujours mais qui réapparaîtra inévitablement étant donné les attaques que le capitalisme mondial, en proie à des difficultés croissantes, inflige aux prolétaires, les obligeant à se défendre y compris pour les revendications élémentaires de vie et de travail. Ce sont précisément ces attaques qui sont à la base des luttes sociales dans les pays arabes et qui font qu’aucun pays n’en est à l’abri.

* * *
Un vieux dicton de la diplomatie internationale disait qu’au Moyen-Orient on ne fait pas la guerre sans l’Egypte et on ne fait pas la paix sans la Syrie. Cela signifie que la Syrie, de par son histoire, sa position géographique et ses caractéristiques multiconfessionnelles, joue un rôle important dans les équilibres régionaux. La Syrie n’a pas beaucoup de pétrole ni de gaz, elle n’a pas de matières premières précieuses pour l’économie capitaliste internationale ; mais elle a une importance stratégique : la stabilité politique et sociale de la Syrie contribue au contrôle des agitations sociales, politiques et militaires au Moyen-Orient, alors que son instabilité accroît les risques d’instabilité dans toute la région. Les Etats-Unis et les autres impérialismes occidentaux, qui critiquent ses liens avec l’Iran, sont bien conscients de sa valeur stratégique ; l’extension du mouvement de protestations parti de Deraa aux plus grandes villes du pays et même à Damas, risquant de se transformer en révolte à la libyenne, répand l’alarme dans les chancelleries impérialistes. Les avertissements lancés à plusieurs reprises par Obama à Bachar el Assad d’arrêter la répression contre des manifestants pacifiques peut difficilement être suivi de décisions semblables à celles prises à l’encontre de Kadhafi. L’intervention militaire en Libye s’enlise actuellement dans un siège qui ne laisse rien présager de bon pour les populations civiles qui vont continuer à tomber sous les coups des troupes de Kadhafi ou des «frappes amies». C’est pourquoi les impérialismes occidentaux ne seraient finalement pas si mécontents de voir le régime Baathiste mener sa sanglante répression contre les masses et la paix des cimetières s’installer en Syrie. En un certain sens l’impérialisme américain qu finance à coups de millions de dollars l’opposition syrienne, aurait même tout avantage à laisser un régime détesté par son peuple se salir les mains : la « démocratie occidentale » y gagnerait en prestige et légitimité…
Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de doute qu’en Syrie l’ordre établi, représenté depuis 45 ans par le régime dictatorial des El Assad, sera défendu avec férocité. Si le massacre des civils a toujours été une arme des pouvoirs dictatoriaux, il est également bon pour l’impérialisme, « ami » ou « ennemi », que les rébellions soient contenues et que le talon de fer de l’Etat maintienne les masses dans la domination.
Aujourd’hui ce n’est pas le prolétariat qui est à l’avant-garde du mouvement social en Syrie ; il semble même qu’il reste relativement en marge des protestations dont les protagonistes sont les couches de la petite et moyenne bourgeoisie recueillant le soutien des masses paysannes. Cela n’empêche pas, qu’outre les revendications de démocratie, de lutte contre la corruption et les privilèges du clan au pouvoir, de suppression de la loi d’urgence, des tribunaux spéciaux et de libération des prisonniers, sont également apparues des revendications d’augmentation des salaires, d’institution d’un revenu minimum pour les chômeurs, de baisse des taxes, de liberté d’organisation et de manifestation : toutes revendications qui intéressent directement les prolétaires.

La répression violente des manifestations du 15 mars a été suivie par la répression encore plus violente des manifestations du 22 avril : au moins 70 morts, des centaines de blessés et d’arrestations. Le grand mot d’ordre des manifestations où protestent ensemble Arabes et Kurdes, musulmans et chrétiens est : changement démocratique ! Comme en Tunisie, en Egypte, en Libye et ailleurs, la spontanéité généreuse des masses ouvre la voie aux grandes illusions de la démocratie bourgeoise. Mais le changement démocratique en Tunisie et en Egypte a déjà démontré que rien ne va réellement changer pour les masses prolétarisées ; quand elles demandent que ce changement aille plus loin que ne veulent les nouveaux dirigeants, elles se heurtent à la violence répressive. La répression sera peut-être un peu moins féroce , la police aura peut-être un peu moins « les mains libres », la corruption sera peut-être un peu moins présente, mais les prolétaires et les paysans pauvres continueront à se tuer au travail quand ils en trouvent, toujours menacés par la faim, le chômage et la misère.
La seule voie pour sortir des griffes du système économique et politique existant n’est pas celle des élections libres, de l’Assemblée constituante, d’un système judiciaire indépendant ; ni celle d’un nationalisme populaire où les différences entre les classes seraient confondues dans un mélange utile seulement à la classe bourgeoise dirigeante ; elle commence par la reconnaissance de l’antagonisme irréconciliable entre classes laborieuses et classes possédantes, entre prolétaires et propriétaires des moyens de production, des ressources minières, de la terre et de façon générale de la richesse sociale produite par le travail salarié.
La seule voie est celle de la lutte de classe contre toutes les oppressions, qu’elles soient salariale, nationale, religieuse, raciale, sexuelle, contre toutes les répressions. Elle passe par l’organisation indépendante de la lutte ouvrière sur le plan de la défense immédiate, par la solidarité prolétarienne de classe, par la constitution du parti prolétarien, le parti communiste révolutionnaire.
Toutes les autres alternatives, démocratiques, populaires ou religieuses, ne peuvent aboutir à autre chose qu’au maintien de la domination de la bourgeoisie et du capitalisme.

Parti Communiste International, 22 /4/11
www.pcint.org

mardi 19 avril 2011

LE RESERVOIR DU PROLETARIAT MONDIAL CRAQUE DE TOUTE PART



La question de l’immigration (Sous ses trois aspects de la circulation capitaliste, de la reproduction sociale et de la division du prolétariat)

Dans tous les domaines de la vie politique et sociale sous le règne du capitalisme rien n’est plus comme avant, et tout est encore comme avant sur le fond. Etrange paradoxe mais pas si étrange si nous prenons conscience de l’impasse du capitalisme, impasse financière, sociale et écologique. Les extrêmes de l’échiquier politique se retrouvent dans la même barque. Le gouvernement oligarchique non démocratiquement élu de M. Sarkozy, aux valeurs de respectabilité républicaine reconnue unanimement par les élites dominantes, s’est aligné sur le discours et les thèmes récurrents du diable à éclipses dit front national. La patronnesse du patronat français tient carrément le même langage que n’importe quel gauchiste humanitaire. Samedi dernier, Mme Parisot (dont la féminité et l’intelligence humanisent à tort le patronat français) a plaidé pour que la France reste un pays « ouvert » à l’immigration… légale « qui accueille de nouvelles cultures et profite du métissage ». Belles paroles dignes d’un Besancenot ou de Martine Aubry. L’immigration « légale » serait de 20 à 30.000 personnes par an en France. Dans cette fourchette le patronat ment déjà, surtout celui du bâtiment et les grandes familles riches concernant leurs bonnes à tout faire. Depuis toujours existe un volant plus important d’immigration illégale qui sert à faire pression sur ladite immigration légale qui sert elle aussi depuis les généraux colons à faire pression sur les salaires des autochtones.
La déclaration gauchiste de Mme Parisot avait pour but de modérer les déclarations du ministre du front national sarkozien en vue de l’échéance présidentielle, M. Guéant lequel avait choqué gauchistes et patrons en déclarant que « l’intégration est en panne » - ce que pourtant tout citoyen lambda ou prolétaire effaré peut constater avec le règne des communautarismes et des tribus banlieusardes. Propos d’estrade de ce M. Guéant que de prétendre vouloir faire passer de 200.000 à 180.000 le nombre d’étrangers admis chaque année en France. Paroles en l’air à la Sarkozy son maître, mais en multipliant par dix les chiffres réels fournis par l’honnête patronnesse Mme Parisot. Quant aux problèmes d’intégration, si le sinistre de l’Intérieur Guéant invoque le bâton, il suffit pour Mme Parisot de botter en touche : aux enseignants de se démerder avec les pré-délinquants insolubles dans le savoir collégien au rabais, les voilées et les sans voiles.

L’IMMIGRATION EST TOUJOURS « CHOISIE » POUR DIVISER LE PROLETARIAT !


Plus que le pétrole, l’immigration est le carburant des marchés du travail du monde entier et de l’enrichissement bourgeois. La plupart des Etats prônent des politiques hypocrites à géométrie variable pour attirer les prolétaires du monde entier possédant des compétences et des talents spécifiques pour qu’ils viennent s’installer chez eux. Tous les immigrés eux-mêmes ne sont pas traités à la même enseigne. La migration internationale est beaucoup plus sélective en ce qui a trait aux migrants hautement qualifiés; que dans la plupart des pays de l’OCDE, le nombre d’immigrants ayant suivi des études tertiaires dépasse celui des expatriés hautement qualifiés, qui se sont installés dans d’autres pays de l’OCDE.
Choisir ses immigrés en fonction des "compétences" et des "talents", pour en faire des "atouts" pour le "développement de la France", se présente comme une bonne intention visant à séduire un électorat autochtone (non délimité en classes sociales, mais en régions ou en zones, quoique la propagande ne se gêne pas pour qualifier cet électorat d’ouvrier, alors qu’il comporte pas mal de couches moyennes artisanales, commerciales et assistées) crucifié d’ordinaire comme proie facile du discours haineux de l'extrême droite. Le principal argument des partisans de cette "immigration choisie" est la présence de 300 000 emplois non pourvus et cela malgré 3 millions de chômeurs (sous-entendu : "les chômeurs français sont des fainéants qui ne veulent pas travailler").
Après le débat avorté sur l’identité nationale depuis une année, la fausse interdiction du voile et la fausse réforme de la garde à vue, sous l’égide du parti totalitaire au pouvoir, il ne fallait pas s’attendre à un relâchement du discours populiste gouvernemental. Et c’est encore en direction de la classe ouvrière que les attaques populistes frappent. Un autre sinistre du gouvernement, bon à tout faire et interchangeable commis d’Etat, Plastic Bertrand, annonçait à son tour vouloir réduire « la liste des emplois ouverts aux étrangers » ; pas très neuf le propos car un arrêté de janvier 2008 fixe une liste de 30 métiers « en tension » sous préciser lesquels alors qu’on devine que ce sont les plus pénibles et où le recrutement est le plus difficile. Plus vicieux que Guéant, Bertrand a précisé qu’il est « possible de réduire l’immigration légale »… « notamment liée au travail » qui représente 20.000 personnes comme on l’a déjà noté, pour les faire passer de 20.000 à 18.000 ? (Ce n’est pas précisé et vous vous rappelez que Guéant avait outrageusement parlé de réduire de 200.000 à 180.000 ! car plus le chiffre est grossi mieux il passe). Le gouvernement du capital financier joue gaiement avec la xénophobie et la peur du lendemain.
L’Expansion explique : « Cette volonté de limiter l'immigration légale du travail est en rupture avec la politique prônée par Nicolas Sarkozy à son arrivée au pouvoir en 2007. Le chef de l'Etat affichait alors sa volonté de réduire le poids l'immigration familiale, immigration "subie" selon lui, en faveur d'une immigration "choisie", axée sur l'accueil de travailleurs qualifiés répondant aux besoins économiques nationaux. Mais le contexte a changé. Avec la crise économique, le taux de chômage en France a explosé. "24% des étrangers non Européens qui se trouvent en France sont des demandeurs d'emploi. C'est presque trois plus que le taux de chômage national ». La question de l'immigration, c'est la question de la capacité de notre pays à intégrer les étrangers", a justifié le principal bateleur électoral de Sarko bis en 2012, Claude Guéant.

L’IMMIGRATION EST LE MOTEUR DE L’ENTREPRISE CAPITALISTE

Les principaux pays capitalistes ont une longue tradition d'immigration, mais d’autres pays modernes considérés comme secondaires également, par exemple les deux pays qui défrayent la chronique en ce moment la Côte d’Ivoire et la Libye. . L'immigration est classiquement sujet à polémiques nationalistes et xénophobes utiles aux Etats bourgeois jusqu’aux pires fantasmes alors que la bourgeoisie a besoin comme la prunelle de ses yeux du renouvellement et d’une main d’œuvre diversifiée ; on se souvient du ridicule concept d’ivoirité dans un pays où tout le monde est avant tout africain… pour mieux diviser la faible classe ouvrière de Côte d’Ivoire.
Les nouveaux boat-people du croissant arabe ont ravivé la plaie xénophobe et des peurs compréhensibles. Le réservoir de main d’œuvre d’Afrique du nord a craqué et continue de craquer. Il est bien inutile de la part des révolutionnaires maximalistes d’appeler en vain depuis trois mois la classe ouvrière occidentale à se solidariser avec les révoltes arabes.
Le prolétariat européen et américain n’a fait montre d’aucune solidarité et les manifestations maigres pour la Tunisie et la Côte d’Ivoire n’ont vu défiler que des arabes ou des noirs ! L’explication est connue. La dépolitisation liée à la chute du bloc dit alternatif de l’Est perdure, et il faut se souvenir que longtemps après la période de contre-révolution, la classe ouvrière s’est avérée incapable d’assumer quoi que ce soit politiquement par elle-même, tout le (sale) boulot déviationniste, l’utilisant comme masse de manœuvre pour des objectifs de cinéma oppositionnel creux, était fait jusque là par les partis staliniens et gauchistes. A notre époque où la classe ouvrière est repliée sur le frileux terrain de la stricte défense salariale (parfaitement contrôlé par l’aristocratie syndicale), parler de solidarité avec les peuples opprimés ou baignant dans le sang des tueurs policiers et militaires, autant demander au prolétariat de remplacer pôle emploi ! Et comment le prolétariat européen pourrait-il se solidariser avec des révoltes enfermées dans la croyance au sauvetage national sous une marée de drapeaux chauvins, avec des gens qui meurent en criant Allah Akbar ? En plus tous ces mouvements n’ont eu jusqu’à présent aucun contenu internationaliste mais ont été manœuvrés et endigués sous le concept frauduleux et creux de « conquête de la démocratie ».
Partout, bien avant les soulèvements de la misère dans les poches réservoir de main d’œuvre des ex-colonies, le sujet était récurrent sous des airs de pas y toucher : comment les immigrés s'insèrent-ils dans « notre » société, notamment dans l'emploi ? Leur arrivée pèse-t-elle sur les salaires ou le chômage ? Sont-ils victimes de pratiques discriminatoires pénalisantes ? Les difficultés de recrutement de certaines entreprises appellent-elles la relance d'une politique d'immigration de main-d'oeuvre ? L'immigration était-elle une réponse à l'avenir de « nos » retraites ? (non puisque les syndicats français ont aidé Sarkozy à prolonger la vie au travail).
Ce qui est spécifique aux migrations depuis 2 ou 3 siècles, c’est qu’elles ont été étroitement liées au développement du capitalisme. Les gens migraient dans les pays où le capitalisme se développait. L’exemple le plus fort a été sans doute la migration des européens vers les Amériques, mais aussi entre les pays européens. Le capitalisme était loin d’avoir atteint les limites de son développement tant quantitativement que géographiquement telles qu’on les connaît aujourd’hui. Les colonies ont été très tôt des réservoirs de main d’œuvre pour les tâches ouvrières ingrates : coolies dans les ports, personnel de maison, ouvriers agricoles, puis avec le développement de l’industrie automobile en particulier déportation de villages entiers pour répondre à la soif de main d’œuvre des trusts automobiles. Il ne faut pas cacher que l’attrait des salaires des pays riches était un appel d’air (est encore) pour sortir de la misère du bled et pour beaucoup d’immigrés un moyen de promotion sociale (on retourne au bled avec une belle voiture en taisant qu’on est éboueur à Paris). Même moins rémunéré et discriminé l’ouvrier immigré peut y trouver son compte et à force de patience et d’abnégation finissait par s’intégrer d’une façon ou d’une autre par la société colonialiste capable d’intégrer. Il y a toujours eu des conflits entre les immigrés et les autochtones, non motivés par le racisme en premier lieu, qui leur reprochaient de casser les salaires, d’accepter n’importe quoi. Partout les nouveaux arrivants tendaient à rester entre soi, le développement était très communautaire et encadré par la religion d’origine. Les migrants finissaient en général par s’intégrer, faisaient souche. Cette situation a duré jusque dans les années 60. Les deux périodes de reconstruction après les deux guerres mondiales ont été une pompe aspirante de l’immigration à la fois volontaire et forcée. Néanmoins à chaque période de récession, les prolétaires immigrés sont les premiers à en faire les frais en termes de chômage et d’ostracisme. Dans les années 1920 des ouvriers polonais avaient été renvoyés dans leur pays d’origine. L’immigration n’a jamais favorisé le facteur révolutionnaire, et son utilisation idéologique par le gouvernement populiste ridiculise tout contenu internationaliste.
Devant l’afflux exponentiel et incontrôlable de la crise du mitan des années 1970, l’Europe avait mis en place des barbelés contradictoires à partir de 1974, avec des contradictions boomerang (cf. le regroupement familial autorisé sous Giscard qui vint mettre fin à la théorie selon laquelle les immigrés ne coûtaient rien à l’éducation nationale, et menant à un échec scolaire massif du fait des discriminations persistantes, alliées à la perte d’autorité parentale).
La vérité et la différence aujourd’hui, depuis 25 ans, c’est que la période d’expansion a atteint ses limites et que les Etats bourgeois peinent, voire sont débordés par l’afflux migratoire (bien avant les soulèvements de jasmin) comme ils sont incapables de faire baisser le chômage. Immigration incontrôlable et chômage massif sont des deux principaux révélateurs de la crise capitaliste. Le travail n’est plus essentiel pour le capital pour deux raisons. Premièrement le capital financier a pris un tel poids qu’il acquiert une certaine autonomie face au travail et qu’il génère des profits par lui-même sans le travail. En second lieu l’augmentation de la productivité du travail détruit le travail lui-même. Il n’y aura plus de conquêtes de l’Ouest ou accueil avide des Métropoles, les limites de la planète elle-même sont devenues pour l'instant les limites du capitalisme. Le mythe de la croissance infinie s’est effondré. Aujourd’hui, les migrants partent là où il y a de l’argent, là où il y a un mode de vie meilleur que le leur, souvent avec cet esprit arriviste petit bourgeois de se tailler une place au soleil de plomb capitaliste même au détriment de leurs coreligionnaires. Aussi, la migration ne peut plus être associée aux conquêtes du capitalisme, au développement de la croissance, mais doit se comprendre dans le contexte mondial de la domination du Nord sur le Sud ou l'Est. En ce sens l’immigration est liée aux rapports de force impérialistes, qu’on peut pour l’instant résumer à pétrole contre main d’œuvre corvéable.
Si la classe ouvrière est par excellence et par nature une classe d’immigrés sans patrie, qui tend à se fondre dans une unité solidaire face aux conditions d’exploitation partout accrues et inégalitaires, elle n’est plus en mesure de résister autant qu’avant à la propagande xénophobe déguisée des Etats du capitalisme. Le chômage, au lieu d’unifier la conscience des prolétaires de toute origine, vient rendre opaque la question de l’immigration alors que ces deux questions relèvent du même processus d’oppression capitaliste. Pire le discours des gestionnaires capitalistes plongés dans l’impuissance face à leur crise est sensé devenir la problématique des victimes prolétaires de toute origine, sous l’affligeant et impersonnel « on » (« on n’y peut rien », « on est débordé », « comment peut-on faire ? », etc.). « On » comprend que vouloir lier régularisation et travail devienne une gageure. « On » se dit comment exiger des immigrés de trouver du travail pour avoir une carte de séjour quand 2 ou 3 millions de personnes ne peuvent en trouver (preuve de l’exagération du gouvernement « on » Sarkozy, ce n’était pas pire sous le gouvernement Mitterrand-Chevènement où avait été atteint le pic de 5millions de chômeurs). Peut-« on » partager « nos » écoles, « nos » allocations familiales, « nos » « ascenseurs sociaux » avec les nouveaux arrivants, etc.

L’INCIDENT DE VINTIMILLE


L'EUROPE BOURGEOISE est lâche et c'est chacun pour sa pomme.En matière de décision "unilatérale", le gouvernement Berlusconi, ami de Kadhafi, a tout de même fait très fort. Donner des visas, sous le seul prétexte que des réfugiés tunisiens ayant atterri à Lampedusa déclarent vouloir s'installer en France ou ailleurs, est la réponse du berger à la bergère, c’est repasser la patate chaude au voisin européen ! La libre circulation dans l'espace Schengen a toujours nécessairement des limites. Cette arrivée massive de migrants clandestins - venant d'un pays où le jeu de chaises musicales de l’Etat bourgeois a tari les emplois du tourisme – vient révéler qu’il n’y a aucune solution « démocratico-indutrielle » dans ces pays soi-disant libérés de leurs tyrans ; révéler aussi que la « liberté de circulation » est une bonne vertu démocratique pour discours de foire électorale mais au compte-goutte. Or, le réservoir du prolétariat mondial craque, fuit de toute part. Le réservoir du chômage déborde. Le réservoir des camps de main d’œuvre du tiers-monde déborde lui aussi. C’est la grande famine du travail. Le capitalisme est devenu une gigantesque léproserie incapable de sauver l’espèce humaine de la misère généralisée comme autrefois la société féodale resta impuissance face aux immenses ravages de la peste noire. Même impuissante face à l'impéritie de son régime, la bourgeoisie mondiale se donne tous les moyens de diviser le prolétariat, et surtout en lui proposant de monter dans la charrette vermoulue de la démocratie oligarchique, au besoin à coups de fouet.

JLR

CONTRE LES IDEES RECUES QUELQUES ELEMENTs :

- L’INSEE avait publié en 2009 une étude intitulée « Langue, diplôme, des enjeux pour l’accès des immigrés au marché du travail ».L’enquête a été menée sur les personnes arrivées après l’âge de 18 ans, « qui sont susceptibles de rencontrer des obstacles vis-à-vis de l’emploi». Ses principales conclusions :
- 57% des immigrés ont un emploi, contre 69% des non-immigrés ;
- Les femmes sont moins nombreuses à avoir un emploi ou à en chercher un, notamment les femmes originaires du Maghreb et d’Asie.

- La proportion d’immigrés titulaire d’un diplôme de l’enseignement supérieur est la même que celle des non immigrés ; en revanche, les immigrés sont plus souvent peu -voire pas- qualifiés que les non immigrés.
- Pour un même niveau de diplôme, il existe un écart important en défaveur des immigrés en matière d’exposition au chômage ; cet écart est réduit pour les faibles niveaux de qualification; il est beaucoup plus élevé pour les diplômés (= discrimination).
- Ceux qui sont arrivés en France récemment sont plus nombreux que les autres à suivre une formation linguistique et/ou professionnelle.
- Près de la moitié des immigrés trouvent du travail par le biais de relations ; les immigrés originaires d’Afrique recourent toutefois fréquemment aux agences de l’emploi.
Quel est le poids de l'immigration légale du travail?
En 2010, 188 780 immigrants hors ressortissants de l'UE sont arrivés légalement en France, selon les statistiques de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de l'Office français de l'immigration (OFII). Parmi eux, environ 31 000 correspondent à un motif économique, dont 20 000 visas accordés pour établissement professionnel, selon le gouvernement. C'est ce chiffre que le gouvernement entend réduire, si l'on en croit Xavier Bertrand. Ce qui est paradoxal puisque ces migrants en emploi ne sont pas ceux qui viennent gonfler les listes de Pôle emploi. "L'immigration de travail ne représente donc qu'une petite fraction de l'immigration légale en France, commente Xavier Chojnicki, économiste au CEPII et maître de conférence à l'Université Lille 2. Pour autant, si l'immigration pour motif de travail est marginale en France, une partie très importante des migrants arrivés en France pour des motifs familiaux accède ensuite au marché du travail." C'est pourquoi le gouvernement entend également réduire l'immigration légale liée au rassemblement familial.
Quels métiers occupent les immigrés?
Les métiers "en tension" concernés par l'immigration légale du travail sont très limités. Ils sont au nombre de trente. On trouve dans cette liste des métiers tels que conducteur de travaux du BTP, opérateur de formage du verre, façonneur bois, pilote d'installation de production, ingénieur expert, géomètre, dessinateur en électricité ou encore responsable d'exploitation en assurances. Les autres immigrés, ceux venus légalement en France pour leurs études ou pour rejoindre leur famille, sont eux majoritairement employés "dans le secteur tertiaire et dans des métiers moyennement qualifiés, détaille Xavier Chojnicki: les services aux entreprises, comme le nettoyage, les services à la personne, la restauration ou le bâtiment."
Pourquoi ne pas donner les emplois des immigrés du travail à des chômeurs français?
Parce que le profil des demandeurs d'emploi ne correspond pas forcément aux offres. Les métiers visés par l'immigration légale du travail sont en effet à forte qualification. Xavier Bertrand propose donc de former les demandeurs d'emploi à ces métiers. Mais la plupart des ces métiers industriels nécessitent une formation de niveau CAP, BEP, bac professionnel ou technologique. Les plus qualifiés, comme ingénieur géomètre ou cadre de l'audit et du contrôle comptable, nécessitent plus de cinq ans d'étude après le bac. Des formations difficiles à donner à des chômeurs en milieu de parcours professionnel. Pour faire face aux tensions qui pèsent sur ces métiers, il apparaît plus judicieux d'orienter en amont les jeunes en scolarité vers ces filières d'avenir.
Limiter l'immigration légale permettrait-il de réduire le chômage?
L'immigration légale liée au travail représente 20 000 emplois par an, alors que la France compte plus de 4 millions de demandeurs d'emploi. Surtout, les métiers visés représentent à peine 5% des offres d'emplois à pourvoir. Si aujourd'hui un tiers des offres d'emplois ne trouvent pas preneur, selon la dernière enquête en besoin de main-d'oeuvre réalisée par Pôle emploi, c'est parce qu'il s'agit de métier difficiles ou peu rémunérés (aides à domicile, cuisiniers, infirmiers, employés de maison, aides-soignants, agents de sécurité, serveurs, etc.). "Aucune étude sérieuse n'a réussi à établir un impact visible de l'immigration sur le chômage, souligne Xavier Chojnicki. Une étude de Oudinet, Mazier et Saglio appliqué au cas européen et américain montre qu'une augmentation de 10% de l'immigration sur un an entrainerait une hausse de 0,01% du taux de chômage au bout de 13 années. Autant dire que l'effet est nul. Par ailleurs, la concurrence sur le marché du travail s'exerce d'avantage entre anciennes et nouvelles vagues de migrants qu'entre migrants et natifs."
Y a t-il beaucoup d'immigrés actifs en France ?
Relativement peu. Rappelons d'abord la définition : un immigré est une personne née à l'étranger et de nationalité étrangère à la naissance. 40 % des immigrés ont été naturalisés et sont donc devenus français. Depuis 1974, avec le choc pétrolier et le ralentissement économique, le gouvernement restreint l'immigration au regroupement familial et aux demandes spécifiques émanant d'employeurs. Ainsi, en pourcentage de la population, il y a beaucoup moins d'immigrés en France qu'aux Etats-Unis, au Canada, en Suède, en Allemagne ou au Royaume-Uni ou même en Espagne ou en Grèce. En 2007, la France compte 2,4 millions d'actifs immigrés, soit 8,6 % des actifs.
Qui sont les immigrés en France ?
Depuis 1974, les personnes en provenance d'Europe sont moins nombreux que celles du Maghreb, tandis que la part des originaires d'Asie et d'Afrique subsaharienne s'accroît fortement. Par rapport aux salariés nés en France, les salariés immigrés sont plus souvent ouvriers, moins présents dans l'administration et davantage dans la construction, pour les hommes, et les services aux particuliers, notamment aux personnes âgées,pour les femmes.
Quels sont les effets de l'immigration sur l'économie ?
Comme le soulignait le collectif, l'arrivée d'immigrés contribue à la croissance d'un pays. "Elle accroît la demande de biens et de services. Les entreprises vont faire face à cette demande nouvelle et accroître en conséquence leur demande de travail", explique un rapport du ministère de l'économie. L'immigration joue aussi sur le marché du travail. C'est d'ailleurs cet aspect qui suscite le plus de craintes chez les autochtones. De fait, l'arrivée de migrants non qualifiés peut légèrement augmenter le chômage ou peser sur les salaires des travailleurs soumis à la concurrence des immigrés. Mais "l'effet est globalement positif, relativise Gérard Cornilleau, économiste à l'OFCE. La baisse du coût du travail étant bénéfique à l'employeur, mais aussi au consommateur, via les baisses des prix". Enfin, l'immigration affecte la structure industrielle d'un pays. "Un pays qui a accès à une main d'oeuvre abondante peu chère investira moins dans des technologies coûteuses, explique Christian Dustmann, professeur d'économie à University College London. L'industrie du vin en Australie est plus intensive en capital qu'en Californie, qui a recours à la main d'oeuvre d'immigrants mexicains." De même, la présence d'une main d'oeuvre peu chère dans un pays permet d'éviter les délocalisations.
L'économie française a-t-elle besoin d'immigrés ?
Pas du point de vue démographique : la France a la plus forte natalité des pays de l'UE. C'est pourquoi le vieillissement démographique "ne devrait pas engendrer de besoins globaux de main-d'oeuvre", explique Yves Chassard dans un article du Centre d'Analyse Stratégique,d'autant plus qu'il "sera possible de compenser la légère baisse de la population en âge de travailler par une hausse des taux d'activité".
En ce qui concerne l'emploi, il est difficile d'imaginer qu'il faille importer des travailleurs supplémentaires, alors que 5 millions de personnes sont au chômage ou en sous emploi. Pourtant, certaines entreprises ont beaucoup de mal à recruter, du fait de conditions de travail difficiles ou de rémunérations peu attractives. C'est en particulier le cas dans les métiers du bâtiment, de la mécanique, de la restauration ou encore dans le secteur hospitalier. Ainsi, "accepter les emplois dont les autochtones ne veulent pas" serait la fonction principale des immigrés, résume Gérard Cornilleau. "Ils apportent de la flexibilité au marché du travail."
Mais à plus long terme, c'est aussi une immigration qualifiée, voire très qualifiée qui sera recherchée, selon Yves Chassard : informaticiens, cadres commerciaux et technico-commerciaux, dirigeants d'entreprise, enseignants... D'où la mise en place récente de programmes pour attirer les étudiants étrangers et assouplir leurs conditions de travail.
Les immigrés représentent-ils un coût pour les finances publiques?
Les immigrants sont souvent perçus comme une charge pour l'État-providence. De fait, les immigrés représentent 16 % des chômeurs, alors qu'ils ne constituent que 9 % de la population active, selon l'INSEE. Car non seulement "ils sont moins qualifiés, mais en plus ils souffrent de discrimination à l'emploi", explique Gérard Cornilleau. Une meilleure intégration des immigrants améliorerait donc les finances publiques."
Si leur taux élevé de chômage représente un coût pour l'Etat, "leur pyramide des âges est plutôt favorable aux finances publiques, rappelle l'économiste de l'OFCE : il s'agit souvent de personnes jeunes et en âge de travailler. Ils vont donc payer des impôts alors que leur éducation n'aura pas été à la charge de l'Etat". En fin de compte, "l'effet budgétaire net semble assez réduit", concluait le premier rapport annuel de la Commission européenne sur la migration et l'intégration.

samedi 16 avril 2011

SAVOIR ET VIOLENCE


Chez le professeur des écoles, comme chez le militant, aux termes d'un discours non dépourvu de manichéisme, les deux concepts de savoir et de violence constitueraient un couple antithétique. Qui fortifie le premier, chasserait du même coup la nécessité de la seconde. Cette idéologie éducatrice optimiste est souvent démentie par les pesanteurs de la pensée et de l'histoire. Déjà Platon faisait du savoir un moyen d'élitisme aristocratique, lui conférant par là même des implications de violence. Michel Foucault a pu voir dans un certain type de discours scientifique - en matière de médecine, de psychiatrie, de criminologie, voire de sexualité (cf. les prochaines lois de l'ordre moral électoral sarkozien visant à punir les clients des prostituées et pas les maquereaux du Parle-ment) - l'instrument idéal d'une stratégie de la répression. Le pouvoir sait donc user du savoir, comme les organisations politiques, il sait se faire savoir; le savoir peut donc être violence. La pieuse théorie de l'antinomie du savoir et de la violence a, de fait, souvent servi d'alibi à la mise en place de modèles culturels et éducatifs nouveaux qui se sont traduits par une inflation de la violence. Si la diffusion des Lumières a sorti la France de l'Ancien régime, mettant fin de la sorte à certaines formes intolérables et trop visibles de violence, le rationalisme forcené qui s'ensuivit, non content d'hypothéquer l'avenir en faisant table rase d'un héritage rien moins que négligeable, a conduit à une violence suprême que fut le terrorisme d'Etat dans la dernière décennie du dix huitième siècle. De même la diffusion de l'instruction par un Etat centralisateur, si elle élimine la violence implicite que constitue la résilience des particularismes et des satrapies de tous ordres, n'en déclenche pas moins un nivellement des spécificités culturelles, dont les conséquences destructrices ont survécu jusqu'à nos jours. Il faut donc dépasser la vision sommaire d'un savoir conçu comme antidote de la violence et replacer la violence dans le contexte politique qui en appelle à une conscience de classe.
Ce petit aparté simplement pour vous annoncer la sortie imminente de mon livre "Les avatars du terrorisme".

PS: Dans le domaine de l'aménagement du terrorisme d'Etat, on s'est esclaffé ici sur la réforme de la GAV (garde à vue). Sous prétexte d'éviter les éternelles bavures policières on va nous coller lors de la première heure un avocat d'office ou pas (le vôtre peut demander le prix qui lui convient). Situation contrariante pour l'OPJ qui n'aime tant que terroriser dans l'alcôve le "prévenu", à deux contre un, mais où l'avocat ne pourra tout de même que faire figure de potiche. La réalité de la réforme, comme pour l'impôt sur la fortune vise à mieux rémunérer les avocats bourgeois (dont certains ont des revenus inférieurs aux ouvriers) en surnombre (près de 10.000 rien que pour Paris!).
Depuis vendredi dernier donc, les justiciables peuvent obtenir la présence d'un avocat tout au long de leur garde à vue (et non plus seulement trente minutes à son début), ou faire valoir le droit au silence, comme cela se pratique dans le droit britannique.
Claude Guéant, le ministre de l'Intérieur, qui a demandé aux services de police d'appliquer immédiatement la réforme, a précisé que des logiciels de rédaction de procédure seront actualisés et des crédits débloqués. Du côté du ministère de l'Intérieur, il va ainsi falloir tout d'abord dégager des budgets pour moderniser, adapter et équiper les locaux dans les 3.600 commissariats et gendarmeries. Le coût est évalué à 21 millions d'euros.
Du côté du ministère de la Justice, la Chancellerie avait annoncé jeudi avoir fixé le niveau de rémunération des avocats qui assisteront les personnes gardées à vue bénéficiant de l'aide juridictionnelle. Il a été décidé de rémunérer 300 euros hors taxe la garde à vue pour 24 heures de présence maximum. Mais les représentants des barreaux tablent plutôt sur une durée moyenne d'intervention de l'avocat de trois à quatre heures. La prolongation de garde à vue sera rétribuée 150 euros hors taxe, tout comme l'avocat qui assistera une victime lors d'une confrontation. Les trente minutes d'entretien avec l'avocat au début de la mesure resteront au tarif actuel de 61 euros.
Il faut se souvenir que, selon les chiffres de l'Assemblée nationale, le nombre de gardes à vue en France est passé de 336.718 en 2001 à 792.293 en 2009 et sans doute à plus de 800.000 en 2010. Soit une moyenne de plus de 2.000 gardes à vue par jour.
Au total, le ministère de la Justice estime à 100 millions d'euros le nouveau besoin de financement de l'aide juridictionnelle en garde à vue, alors qu'il n'en coûtait que 15 millions jusqu'à présent. La Chancellerie compte accroître ses ressources en créant un timbre fiscal d'une trentaine d'euros dont s'acquitteront les justiciables qui entameront une procédure judiciaire.

jeudi 7 avril 2011

LA GUERRE IMPERIALISTE EFFACE LES "REVOLUTIONS DE JASMIN"




En temps de guerre nos aïeux pouvaient constater que la presse aux ordres ne traitait plus que des chiens écrasés et évitait comme la peste de parler des mouvements sociaux. Depuis le début de la guerre française en Libye, suivie de celle en Côte d’Ivoire, vous pouvez vérifier sur le web et dans l’ensemble de la presse hexagonale que les journalistes ont toujours le doigt sur la couture du pantalon. Evanouies les nouvelles quotidiennes, heure par heure sur les « révolutions arabes », et autres soulèvements. La vague est venue brusquement se briser sur le Yémen où de gros enjeux géopolitiques font passer au second plan les fariboles sur la démocratie comme espoir pour les peuples-réservoir, à peu près comme le pétrole.
La tentation est grande de ne voir dans tout ce qui s’est passé durant deux mois, complot ou manipulations diverses. Cela est évident pour une partie du processus, contrairement aux grands naïfs de Robin Goodfellow qui sont tombés dans l’exaltation de la « révolution tunisienne » et ses prudes « comités de quartier » (cf. leur texte du 22 janvier) sans oublier l’icône conseilliste R.Victor qui croyait revivre la révolution des œillets portugais. L’exaltation des « nouveaux réseaux » pour jeunes oublia de préciser que Facebook et Twitter appartiennent et sont contrôlés par la CIA. Les deux principaux soulèvements en Tunisie et Egypte ne peuvent être considérés comme produits d’un complot. Ils exprimèrent réellement le ras le bol de couches populaires emmenées par une petite bourgeoisie en colère et sans autre projet politique que la vacuité démocratique qui n’aboutit qu’à un jeu de chaise musicale maintenant les mêmes oligarchies militaires. Ainsi sans pouvoir s’étendre d’abord en Algérie, puis au Maroc, pays où la classe ouvrière aurait pu jouer un rôle plus notable, le soufflé est retombé au Bahreïn et au Yémen, pays trop importants dans la stratégie impérialiste régionale.
Il y a mécontents et mécontents. Dans les zones où règnent la misère noire n’importe quel démagogue peut provoquer une émeute au service d’un clan ou d’une domination étrangère. Dans tous les pays du monde, il y a des mécontents. Le travail des ONG est de les localiser, d’analyser leurs capacités à "bouger", de prendre discrètement contact avec eux et de "faire un travail". Tout cela est très dangereux et se fait avec du temps, de la patience et le plus discrètement possible. On appelle ça "faire la boule de neige". Les américains savent très bien le faire. Et ça vaut la peine quand ils y a des réserves de pétrole considérables (cf. Do et le principe des révolutions colorées). Do fait une remarque très pertinente sur la nature des fausses révolutions nationales qui ont tant abusées nos amis bordiguistes : « Dans les années 1970, quand une puissance coloniale voulait envahir un pays en ayant l’air de le sauver, soi-disant à sa demande, elle commençait par soutenir une petite révolte interne à ce pays, voire à la créer de toute pièce. Cette révolte, elle la soutenait de plus en plus, d’une façon financière, et en lui procurant des armes, et aussi en faisant un maximum de propagande en sa faveur ».

En tout cas, même hors manipulation de la CIA, il n’y a pas eu de révolutions ni en Egypte ni en Tunisie puisque le pouvoir est resté aux mains de la principale ossature bourgeoise, l’armée (il suffit de lire le blog Cris d’Egypte, pour constater que l’horreur quotidienne a repris le dessus). Pire la présence du colonialisme modernisé a été confirmée dans la manière dont les peuples ont été à chaque fois bafoués. En Tunisie et en Egypte on a viré les dictateurs. En Algérie et au Maroc on les a maintenus, et ni twitter ni facebook n’y ont rien changé.
En Tunisie et en Egypte il n’y a point de pétrole ni de cobalt, en Libye et en Côte d’Ivoire si. Là est toute la différence. On a voulu nous faire le coup de twitter et facebook en Libye, mais bernique : il n’y eût pas de ras de marée humaine ; les manifestations dites pacifiques dans l’est du carré libyen ont été en fait armées et animées par les tribus concurrentes, elles-mêmes possibles VRP pour le client désigné, le colonel Sarkozi. La presse aux ordres a convenu toutefois que s’il ne s’était pas produit le même type de manifestation en Libye et Syrie c’est parce que ces régimes sont extrêmement plus policés que les autres ! (La CIA aurait bien aimé par contre qu’un vrai soulèvement ait lieu en Syrie pour virer un gouvernement ami de l’Iran et du Hezbollah, mais la bourgeoisie US ne contrôle pas plus l’armée syrienne que celle de Kadhafi).
La guerre en Libye du colonel Sarkozi s’enfonce dans les sables des négociations secrètes entre brigands impérialistes, et notre piteux colonel n’a pas les forces nécessaires pour faire tomber Kadhafi et tenter de revendiquer une meilleure part du gâteau. L’oligarchie américaine a fait machine arrière après avoir négocié un arrangement entre les trusts pétroliers d’Arabie Saoudite et Kadhafi, tout cela pouvant fort bien déboucher sur une partition qui sauverait la face à tous.

CETTE GUERRE DE MALFRATS EN LIBYE A BIEN STOPPE, HELAS, LA VAGUE DES SOULEVEMENTS POPULAIRES MAIS LA DEUXIEME GUERRE EN COTE D’IVOIRE VIENT COMME UN COUP DE PIED DE L’ANE FAIRE CROIRE QUE LA DEMOCRATIE EST DEFENDABLE, OU EN TOUT CAS GARANTIE PAR LES ARMEES MERCENAIRES DE NOTRE BOURGEOISIE !


LES BONNES VIEILLES METHODES DU COLONIALISME


Le chef de guerre, Alain Juppé (comme aux temps de la guerre d’Algérie) a réfuté l'utilisation du mot "guerre" pour qualifier l'engagement des militaires français en Côte d'Ivoire, qui multiplient depuis lundi l'ouverture du feu contre des forces de Laurent Gbagbo."On ne fait pas la guerre en Côte d'Ivoire. En Afghanistan, on fait d'une certaine manière la guerre. En Côte d'Ivoire, on ne fait pas la guerre", a insisté le ministre, lors d'une audition devant des sénateurs. "On n'est pas en train de s'attaquer à une armée hostile contre laquelle nous mènerions combat. Nous soutenons l'intervention de l'Onuci (force de l'Onu) pour protéger les populations civiles", a fait valoir le ministre français. "En Libye, je pense que la situation est un petit peu intermédiaire", a-t-il ajouté. En Afghanistan, la France dispose de 4.000 militaires qui participent à une coalition internationale sous commandement de l'Otan contre l'insurrection des talibans. En Libye, elle assure n'avoir déployé aucun militaire au sol. Son engagement est aérien avec plusieurs dizaines d'avions de combat qui depuis le 19 mars ont notamment mené des opérations de bombardement de troupes de Mouammar Kadhafi. En Côte d'Ivoire, la force Licorne qui intervient officiellement en soutien des unités de Casques bleus compte aujourd'hui quelque 1.700 militaires déployés à Abidjan. Selon Paris, Laurent Gbagbo dispose d'"un petit millier" d'hommes à Abidjan, dont environ 200 défendent son bunker dans lequel il se trouve avec sa famille, enterré sous la résidence présidentielle ivoirienne.
Une fois de plus, l’armée française intervient directement sur le territoire africain en Côte d’Ivoire. Le prétexte est « humanitaire » pour « protéger les populations » et surtout pour la galerie des badauds du monde entier pour « faire respecter les élections démocratiques », cette grande arnaque qui a été organisée frauduleusement pour virer le gêneur Gbagbo
En 2002, l’oligarchie coloniale française avait au contraire consisté à soutenir le clan de Gbagbo contre les bandes armées du nord entrées en rébellion. Soutenant un clan après l’autre, l’oligarchie française défend toujours les intérêts de la multinationale TOTAL (et derrière des caisses de retraites des enseignants américains duMassachussett) en protégeant ègalement les intérêts des Bolloré et autres grands capitalistes français pour qui la Côte d’Ivoire est une chasse gardée et une importante source de profits.

La Françafrique est venue reprendre ses droits impérialistes. Laurent Gbagbo qui avait refusé de parader le 14 juillet à Paris en compagnie du colonel Sarkozi pour la comédie du 50ème anniversaire des libérations nationales, a eu le culot en 2002 d’ouvrir le marché ivoirien à la Chine. Depuis lors l’oligarchie française n’a eu de cesse de le faire tomber. Les élections ont été grossièrement truquées (comme le démontre le long texte du groupe ACTUS (action tchadienne pour l’unité et le socialisme) publié sur le site de Do. Kalachnikov : bourrage des urnes, faux décomptes dans plusieurs villages, avec motus bouche cousue des représentants de l’ONU, corruption, menaces physiques. Ce trucage éhonté se base toujours sur la fameuse sentence chiraquienne de 1990 : « L’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie ». Ou en tout cas quand les colonialistes modernes l’estime mûre, ils lui resservent la même démocratie mitée (et plus subtilement trafiquée » qu’en pays « développés ».
Un texte de protestation d’intellectuels avec Calixte Belaya a rappelé les curieux zig-zags des probes institutions du démocratisme grimaçant : « Aurait-on oublié que l’ONU avait pour mandat de démilitariser les rebelles avant les élections ? Que depuis l’annonce de sa défaite électorale le candidat Ouattara est entré à nouveau en rébellion ? Que ses "hommes", malgré les silences coupables des médias occidentaux, tuent depuis le mois de décembre… que ces mêmes "hommes", si l’on en croit un récent sujet sur France 2, ne sont que des adolescents armés, des enfants-soldats. Aurait-on oublié, surtout, que le recomptage des voix, un moment proposé, fut qualifié par M.Ban Ki Moon d’"injustice" ? Devrait-on conclure qu’à l’injustice des chiffres on préfère la justesse du nombre de morts ?
Dans ce grand mensonge électoral déconcertant, il faut absolument mentionner que le challenger de Gbagbo, prétendue victime bafouée, Ouattara est un ancien vice président de la mafia du FMI, donc un homme de main de la bourgeoisie américaine aux intérêts convergents avec l’oligarchie française. Comme le souligne le rapport d’Actus : « La mobilisation occidentale sur le thème du respect de la démocratie en couronnant frauduleusement Ouattara, n’a rien à voir avec les intérêts du peuple ivoirien. L’odeur du pétrole a inhibé chez les impérialistes leur sens de la défense de la démocratie ».
La facilité et la rapidité avec laquelle les Forces nouvelles de Ouattara – dénommées maintenant Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) – basées au nord, ont réussi à s’emparer de l’ensemble du pays à l’exception d’Abidjan, s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, la fourniture en grande quantité d’armes et de véhicules neufs par le Burkina Faso et le Nigeria, qui ont mis à leur disposition des instructeurs militaires avec la bénédiction franco-américaine. D’autre part, l’infiltration dans les grandes villes de commandos des FRCI, qui a été une tactique payante. Contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit par les va-t-en-guerre dans les métropoles occidentales, l’intervention de l’armée de Ouattara est loin d’être une simple formalité, indolore pour la population, qui permettrait de ramener la démocratie et la stabilité dans le pays. Le colonel Sarkozy, qui entérine avec bienveillance les pires mascarades électorales du fils Bongo au Gabon, du fils Eyadema au Togo ou de Sassou Nguesso au Congo Brazzaville impliqué dans des dizaines de milliers de morts, qui soutient militairement les dictatures au Tchad et en Centrafrique, il s’est subitement érigé en défenseur de la démocratie en Côte d’Ivoire. Il n’a eu de cesse d’envenimer la situation et de pousser le camp Ouattara à la guerre via le dirigeant du Burkina Faso, Blaise Compaoré. La progression des FRCI à travers le pays a donné lieu à des crimes de guerre. À Duékoué, le Comité international de la Croix-Rouge a dénombré près des centaines de morts. À Abidjan les partisans de Gbagbo, s’ils sont minoritaires et isolés, n’en résistent pas moins. Ils viennent essentiellement de la garde républicaine et du Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos). Le chaos qui règne dans la capitale économique permet les pillages et les agressions contre les civils, menés autant par les éléments des deux camps que par des jeunes qui profitent de la situation. L’armée française a renforcé son dispositif qui compte désormais plus de 1 600 soldats. Si l’objectif officiel était de permettre l’évacuation des ressortissants occidentaux, elle a joué dès le début un rôle d’appui logistique aux FRCI. À la demande de Ouattara, du fait des difficultés qu’il rencontre à Abidjan, l’armée française et l’Onuci procèdent à des bombardements sur les positions des partisans de Gbagbo, tout cela, bien évidement, au nom de raisons purement humanitaires.
L’UNION NATIONALE TOTALE EN France DERRIERE LE COLONEL SARKOZI
Vous l’avez tous remarqué, pas un mot de protestation de la gauche caviar contre les 3 guerres de notre colonel en Afghanistan, en Libye et en Côte d’Ivoire. Régulièrement toute la députation des frères ennemis vient écouter à l’assemblée les briefings du commandant Juppé qui est en train de gagner ses galons de général de la bourgeoisie française. Il ne faudrait pas oublier comment la gauche caviar s’est solidarisée immédiatement avec Sarkozy et le groupe Total pour réclamer le départ du gêneur Gbagbo. Petit retour en arrière il y a un mois.
L`ancien Premier ministre socialiste (1984-1986) Laurent Fabius a déclaré dimanche s`être entretenu la veille avec Alassane Ouattara, l`un des deux présidents ivoiriens proclamés, lequel s`est dit "très inquiet" de la situation dans le pays."J`ai eu le président Ouattara hier au téléphone, il était retranché dans l`hôtel du Golfe qui est protégé par les casques bleus de l`Onu", a déclaré M. Fabius au "Grand Rendez-Vous" Europe 1/Le Parisien/Aujourd`hui en France. "Il m`a décrit ses conditions, qui sont presque des conditions de détention, c`est à dire que M. Gbagbo (son rival) a cherché à interrompre le ravitaillement en nourriture, le ravitaillement en médicaments. La terreur règne sur la ville, et évidemment il y a tout lieu d`être inquiet". "Il est très inquiet, bien sûr. Et il est certain de son bon droit, c`est le seul président légitime", a encore dit Laurent Fabius. ,"Je voudrais m`adresser à M. Gbagbo, que je connais, que j`ai connu il y a quelques années: le début de sa vie a été consacré à lutter contre la dictature. S`il continue comme ça, il fera partie des dictateurs, et je suis de ceux qui lui demandent de comprendre, au nom de l`intérêt de la Côte d`Ivoire, de reconnaître le suffrage universel", a ajouté Laurent Fabius.

Comme quoi le combat « humanitaire » de l’ensemble des politiciens français se résume à : esbrouffe, mensonge et cynisme… total !
Et le prolétariat universel ? Et bien il est mal, très mal dans sa peau.

mardi 29 mars 2011

LES SOULEVEMENTS ARABES ET LA PERSPECTIVE VUE PAR LE MILIEU MAXIMALISTE




D’une façon générale, la plupart des éléments dispersés des « minorités » qui constituent ce milieu militant dispersé – considérant la classe ouvrière comme seule révolutionnaire – (à différencier donc de l’ultra-gauche moderniste et anarchiste mondaine), ont pris un mois et demi pour se manifester ; excepté le groupe bordiguiste qui a assez rapidement publié une prise de position régulière(5 à ce jour). Le CCI, sa fraction honteuse (la FGCI) et l’ex-fondateur RV (14/02) ne prennent position que dans la seconde quinzaine de février ; l’autre fraction de la précédente fraction a disparu de son environnement internet et annonce depuis Noël qu’elle va finir par reconstruire son site.

Le premier groupe à se prononcer (après votre serviteur, j’ai salué les soulèvements dès le début) est le PCI avec son premier communiqué du 30 janvier : « Les révoltes donnent une leçon de lutte prolétarienne ». Cela reflète assez bien le sentiment général de tout le milieu maximaliste même s’il n’y a pas d’autres communiqués, les articles et prises de positions des autres groupes, couples ou individualités iront à peu près toutes dans ce sens, quoique la plupart fonceront dans l’exaltation d’une lutte de classe à 100% ! Le 9 février, Controverses (Belgique) publie une prise de position mesurée soulignant que « les populations en révolte ne sont pas anticapitalistes ».
Ex number one du CCI, Raoul Victor d’un réseau à éclipses du web, est publié par le social-démocrate anti-raciste Coleman (sans patrie ni frontières… de classe) le 14 février avec ce vague intitulé : « Sur les luttes en Algérie, Tunisie et Egypte » (alors qu’il définit ces luttes dans son texte comme « explosion sociale ».
Le deuxième communiqué du PCI (14 février), plus en phase avec la situation, douche l’enthousiasme initial du milieu maximaliste (dont le mien) .Il prend du recul et voit nettement la révolte des couches petites bourgeoises comme prédominante : « des manifs des jeunes de la petite bourgeoisie mobilisée par internet », et précision utile pour ne pas déprimer ensuite : « En Egypte il ne faut pas s’attendre à un changement du pouvoir ». Controverses et Klasbatallo (Canada) font bien de reprendre ce communiqué. Le 15 février, la FGCI (fraction du CCI) continue à s’emballer à fond la caisse : « une période de grèves de masse s’est ouverte ». De l’attentisme spectateur ce cercle saute dans l’exaltation des « luttes prolétariennes massives ». Fin février, le journal de mars du CCI salue un « soulèvement massif de la population et des classes exploitées contre des régimes de terreur entretenant de faux espoirs démocratiques ».

Le 22 mars, un camarade du Canada me fait parvenir le texte de Robin Goodfellow : « Les syllogismes de l’ultra-gauche », qui est une réponse argumentée et longue au « consultant en lutte de classe » Raoul Victor, mais complètement à côté de la plaque. Comme d’ailleurs l’analyse impulsive de la plupart de ces cercles ou cénacle d’individus qui se présument avant-garde du prolétariat, est d’un autre côté absolument à côté de la plaque des enjeux dans une région où la bourgeoise possèdent toutes les cartes politiques, géographiques et militaires.
Tâchons de mettre en évidence les premières leçons depuis décembre 2010 de cette succession d’événements avec du bon et du mauvais de notre Clochemerle maximaliste :

1. Ce ne sont pas des révolutions, cela le milieu maximaliste l’a affirmé correctement face aux médias et aux gauchistes du monde entier ;
2. Ce sont des soulèvements populaires emmenés par les couches petites bourgeoises flouées de la crise (les deux organisations politiques dignes de ce nom, PCI et CCI, l’ont bien vu, pas les petits cercle ou individus en rupture des dites fractions qui voient la grève de masse à chaque émeute ; insurrection sans projet politique des réservoirs de main d’œuvre du croissant arabe ; et des oubliés du sauvetage capitaliste de 2008 (on a sauvé les banques mais pas les peuples de la périphérie…) ;
3. La lutte sociale n’est qu’une pitrerie inoffensive si on manifeste en charentaises aux ordres des syndicats et qu’on rentre chez soi au coup de sifflet ; les masses populaires arabes ont montré (comme nous en 68 à Paris) qu’il faut occuper les places publiques jour et nuit tant que le gouvernement ne s’est pas levé de sa chaise (raison principale et justifiée de nos révolutionnaires à la bourre) ;
4. Tant que l’armée et la police bourgeoises ne sont pas réellement décomposées, la bourgeoisie garde le pouvoir (classique du maximalisme marxiste).
5. Les croyances religieuses sont apparues tout à fait secondaires dans les soulèvements malgré la focalisation des médias sur foulards et cris « Allah Akbar » (tous les groupes ou cercles s’en félicitent, et moi aussi);
6. La détermination incroyable, époustouflante des peuples à confronter une répression lâche et systématique (à chaque fois, dans chaque pays, cela se traduisit au début par des centaines de morts par les snipers policiers ; et surtout la force incroyable de manifestations pacifistes que ne devenaient violentes que pour se défendre ; mieux que nos pauvres petites émeutes de banlieue de 2005, les violences normales des manifestants visent en premier lieu les symboles de l’Etat répressif : commissariats de police, télé d’Etat, etc. (encore une raison de s’enthousiasmer pour des cercles au pain et à l’eau depuis la chute du mur de Berlin) ;
7. Comme ces soulèvements sont menés par les couches petites bourgeoises, celles-ci, incapables d’internationalisme, ont partout imposé les drapeaux nationaux et agité des solutions nationales creuses, (à part les plus orthodoxes PCI et Rob. Good., les héritiers ou veufs du CCI ne connaissent pas les couches moyennes)
8. La classe ouvrière, soit réduite, soit inexistante dans ces pays, est incapable de prendre la direction du mouvement (ni de s’organiser sérieusement comme telle, le pauvre Raoul parle d’une capacité à organiser le ramassage des poubelles… on fait mieux comme auto-organisation) ni de créer un parti communiste maximaliste et internationaliste. (sauf le PCI, la plupart rêvent au Palais d’Hiver de 1917 alors qu’on est en plein printemps arabe avec météo politique capricieuse).

RESUMONS LE PLUS OBJECTIVEMENT POSSIBLE

Le point de départ a bien été un soulèvement spontané. Face à cette éruption de peuples opprimés la réaction des médias du monde entier a été d’exalter « la révolution arabe », puis comme à chaque étape dans chaque pays successif la tête de l’Etat, nous fit assister à la répression (une centaine de morts à chaque fois en Tunisie, puis Egypte, puis Bahreïn, puis Yémen, puis Syrie, etc). La bourgeoisie américaine, voyant l’impossibilité d’empêcher de s’enflammer la traînée de poudre (plus naturelle et prégnante qu’une cascade boursière) s’est mise à piloter les armées sous son contrôle (Tunisie et Egypte) pour favoriser de simples révolutions de palais. Avec ses âneries de potache lycéen sur les nouvelles technologies, c’est l’imaginaire conseilliste du consultant Raoul et de ses ex-collègues du CCI qui leur fait croire que « l’extension des grèves » a mené à la démission de Moubarak ! Non c’est un coup de fil dicté aux dictateurs !

Avec la Libye, la tâche s’avère plus dure, l’empire US ne contrôlant pas l’armée mercenaire de Kadhafi, mais l’épisode libyen plus long, tortueux et militarisé est plus intéressant du point de vue de la racaille impérialiste dans la région, pour contrer la chaîne des dominos des soulèvements socialement transmissibles. La politique d’attentisme, suivie de frappes aériennes « humanitaires », a permis indubitablement de freiner et démoraliser en partie la fânée « révolution de jasmin ». Pendant la guerre en Libye les exactions des armées tunisiennes et égyptiennes ont pu tranquillement reprendre pour bien faire comprendre qui tient encore solidement le manche et qu’il est mal élevé de rêver à un autre monde possible. La petite bourgeoisie diplômée qui avait phagocyté le terrain politique avec ses pleurnicheries pour des élections libres et les droits de l’homme peut toujours chanter misère.
Pendant les atermoiements concernant l’épine libyenne, les barrières de protection impérialistes se mettaient en place et continuent de parer au plus pressé au Bahreïn (envoi de 1000 soudards d’Arabie Saoudite, sans complexe d’ingérence externe) pour écraser dans le sang la révolte dans une zone stratégico-pétrolière. Idem au Yémen face à Al Qaida, cette poulpe des cartels pétroliers US. La minorité chiite concentrée dans l’est pétrolier du pays, près du Bahreïn pourrait faire basculer le royaume saoudien. En Syrie, malgré une atroce répression le gouvernement a été renversé, sans que le régime ne vacille. D’autres populations piaffent d’impatience en Jordanie, Algérie, Maroc… Le mouvement n’est au demeurant pas bien dangereux politiquement pour le système en place. Il réclame la démocratie. Or elle est impossible dans tous ces pays arbitrairement créés et destinés à rester des réservoirs de main d’oeuvre.

Exploitant à fond l’os libyen les requins impérialistes se préparent à un découpage comme au Soudan pour contenter tous les rapaces européens et américains. En même temps fleurissent des articles soupesant « la face cachée de la révolution égyptienne » et le complot des jeunes patriotes orfèvres de twitter. Une chose est sûre, les petits bourgeois, qui dirent s’inspirer, en Tunisie et en Egypte, des mêmes méthodes qui avaient fait tomber Milosevic en 2000, avaient déjà instrumentalisé la classe ouvrière, et possédaient une expérience et les trucs informatiques pour provoquer des rassemblements larges (mieux que l’appel au moment des prières) ; dans le cas de l’Egypte, l’appel à la grève générale du 23 mars 2008 en soutien à la grève de l’immense usine textile de Mahalla, avait été un succès bien que suivi d’une répression féroce avec des dizaines de morts. Depuis fin décembre 2010, la colère contre la misère et l’oppression des dictatures a été le carburant des soulèvements et de la capacité de sacrifices des masses. Sans cette ardeur, le mouvement n’aurait pas eu une telle ampleur, aurait failli dans le sang comme en 2008, et ne possèderait pas encore cette vigueur dont personne ne voit le terme et qui inquiète toujours.

En même temps que le complotisme de la presse, les blogueurs viennent renforcer l’esprit de démoralisation que suppose le « complot » d’origine (US de préférence) en déplorant la « contre révolution » (répression sale des militaires tunisiens et égyptiens, fouille dans les culottes des femmes manifestantes pour vérifier la virginité, retribalisation)… Mais il ne peut pas y avoir contre révolution puisqu’il n’y a pas eu encore de révolution. Révolution signifie : renversement d’une classe par une autre, en l’occurrence armement de la classe ouvrière et appel à briser les frontières, etc.(re classique du maximalisme marxiste).
Nos groupes ou cercles maximalistes peuvent s’enthousiasmer sur la révolte des masses, ils leur sont inutiles s’ils ne caractérisent pas ces mêmes masses ni de font le tri dans les factions politiques néo-staliniennes (Al Qaida et diverses branches). En général, ils dénoncent assez bien les mystifications démocratiques occidentales (à la différence des socio-démocrates anarchistes à la Coleman qui veulent une « vraie démocratie »), mais rien sur les pervers narcissiques islamistes.
Et dommage que ces cercles et individus ne se parlent pas. Le texte de Raoul qui a tant plus aux vieux anarchistes et à sa famille ne vaut pas un clou comparé aux communiqués du PCI. Et le CCI avec sa notion fourre-tout de "classes non exploiteuses" vient encore de tenter de nous refourguer son révisionnisme anti-marxiste des étudiants "enfants de la classe ouvrière" et pourquoi pas que les cadres supérieurs ne feraient pas partie de nos exploiteurs...
A suivre…

(Les groupes ou individus qui estimeront que j’ai déformé ou mal interprété leur prise de position ont toute latitude pour me répondre ou rectifier dans ces colonnes).

PS : En marge de cet enthousiasme exagéré pour des soulèvements qui restent phagocytés par une petite bourgeoisie libérale sans réelle capacité politique alternative face à l’armée et au salafisme, mais qui a le mérite d’en appeler à la responsabilité du prolétariat de ces pays (même s’il n’a pas les moyens de peser comme celui d’occident encore en charentaises), et de défendre la générosité des masses, on trouve la thèse du marxisme bègue de Robin Goodfellow. Nos Robins des bois français fustigent Raoul de ne point voir des révolutions bourgeoises à l’œuvre et que je te lui enseigne les grands principes orthodoxes du marxisme dixneuviémiste sur la question nationale, etc, en un très long texte sauvé par son humour. Mais complètement à côté de la plaque. Si la plupart des maximalistes croient voir des grèves de masse et un début d’auto-organisation dans le bourbier socialo-impérialiste de la péninsule arabe, notre bon Rob Good, perché sur son arbre et arc tendu, se vante de nous expliquer doctement le processus de révolutions bourgeoises. Je n’ai pas le temps ici d’entrer dans les détails ni de faire entendre mes éclats de rire. Le texte de RG (Rob. Good.).
Après des années d’académisme, et après s’être rendu compte que les cercles issus du CCI ne valaient pas un clou, Rob. Good tire à boulet rouge dessus avec des 50 citations de Lénine et trois ou quatre de Karl Marx. Rien ne tient debout dans cette compilation pour comprendre la phase actuelle du capitalisme parce que les camarades de Rob. Good laissent de côté la question de l’impérialisme et du développement inégal du capitalisme, entré en régression historique aux alentours de 1914 (pour ne pas dire décadence, mais c’est la même chose pour moi).
« L’inégalité du développement économique et politique, écrivait Lénine, est une loi absolue du capitalisme. Il s’ensuit que la victoire du socialisme est possible au début dans un petit nombre de pays capitalistes ou même dans un seul pays capitaliste pris à part ». (« Du mot d’ordre des États-Unis d’Europe », Œuvres,t. 21, p. 354-355). Lénine a toujours insisté sur l’importance primordiale des vieux pays du capitalisme et il a expliqué aussi que la victoire était désormais impossible dans un seul pays ; la traînée de poudre de la péninsule arabe montre (même sans internationalisme affiché) la voie pour la lutte sociale et politique partout (on ne pourra plus avoir par ex France 68, Italie 69, Pologne 71, Angleterre 72, Portugal 75, etc.)
Je ne veux pas discuter ici des trente glorieuses ni que, contrairement aux prévisions de l’IC le capitalisme ait pu retrouver des joues roses et des taux de profit superbes, ni des révolutions technologiques en occident. Mais de la situation qui a été celle des pays dits « libérés nationalement ». En effet, si on peut se disputer sur la date fatidique ou pas de 1914 pour caractériser le déclin du mode de production capitaliste, il est impossible, sauf à être de mauvaise foi de nous faire avaler que le XXème siècle a permis l’éclosion de nouvelles véritables nations + industrialisation + constitution d’un nouveau prolétariat en classe. Avec Luxemburg, Lénine avait vu le début : « Les pays exportateurs de capitaux se sont, au sens figuré du mot, partagé le monde. Mais le capital financier a conduit aussi au partage direct du globe ». Quelle image plus patente de ce découpage géométrique que celui de l’Afrique du nord ? Le découpage en carré de la Libye prête à sourire, découpage arbitraire, que ne justifie aucune histoire de peuple… la Libye qui risque d’être coupée en deux nouveaux carrés de désert comme le Soudan, pour raison pétrolière et non pour une quelconque accumulation primitive version Rob Good !
Défendre la possibilité de véritables libérations nationales contemporaines (comme celle de véritables syndicats de classe) n’est que s’aligner derrière les banalités gauchistes tiers-mondistes de l’intelligentsia petite bourgeoise. Et dire que la démocratie serait un objectif « intermédiaire » (à la façon du démocrate Coleman et de l’original Rob Good) c’est se gratter le prépuce. Le manifeste de 1848 ne peut même pas les sauver de leur plongée dans le gauchisme. Ce document daté est manifestement inutilisable pour aujourd’hui. D’un côté il est assuré que : « La première étape dans la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie », de l’autre une deuxième formule (qui mélange volonté des communistes, des partis ouvriers et des prolétaires) affiche la nécessité de la « conquête du pouvoir politique par le prolétariat » : « Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ouvriers : constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat ».
Bizarre non ? Le Manifeste visait la conquête de la démocratie m’objectera-t-on, mais quelle démocratie conquérir dans les pays destinés à rester colonisés et infériorisés quand la démocratie en occident n’est plus que le masque ridicule de l’oligarchie ?
Là où j’utiliserai comme toujours valable le Manifeste de 1848 c’est contre la religion arabe, contre le salafisme, contre l’islamisme arriéré, avec ce que dirent Marx et Engels pourla défense de femmes (on juge du niveau d’une société sur la situation faite aux femmes, a dit en substance Marx) : « Pour le bourgeois (l’islamiste, ndt), sa femme n'est autre chose qu'un instrument de production. Il entend dire que les instruments de production doivent être exploités en commun et il conclut naturellement que les femmes elles-mêmes partageront le sort commun de la socialisation. Il ne soupçonne pas qu’il s’agit précisément d’arracher la femme à son rôle actuel de simple instrument de production ». A mon avis c’est pas demain la veille, tant qu’on n’aura pas supprimé la religion musulmane en même temps que les autres religions.
Le bât blesse enfin, et donc, avec la théorie académique et irréaliste de Rob Good sur cette question religieuse justement, qui prouve bien par son retour et sa prégnance (utilisation intensive par l’Etat bourgeois) la décadence du capitalisme ; lequel au contraire dans sa phase florissante parvenait à faire reculer le vieil obscurantisme, avec un prolétariat qui se déchristianisait à grande vitesse (ne disait-on pas que les hommes allaient au bistro pendant que les femmes allaient à la messe ?).

Enfin laissons le dernier mot au CCI qui, sans répondre directement à Rob Good, détruit cette autre facétie goodfellowienne « les révolutions à l’est en 1990 ». Le CCI a raison de souligner la différence entre la chute du bloc de l’est tout bénéfice pour la bourgeoisie mondiale (et largement téléguidée – la chute – par les services spéciaux US) et les soulèvements actuels dans la péninsule arabe où les prolétaires peuvent prendre des initiatives du point de vue de classe face à la misère et à la répression incessante.

PS 2: Trouvé à la librairie La Brèche la feuille de choux d'Echanges et Mouvement (Dans le monde une classe en lutte), contrairement à tous nos maximalistes néo-léninistes qui se sont emballés pour les luttes dans la péninsule arabe, Henri Simon est plus prudent (comme au moment du cinéma franchouillard sur les retraites). Il donne d'abord une définition de la révolution, puis constate l'absence de renversement du pouvoir bourgeois et "un processus de réformes à la tête de l'Etat" n(!?): "La révolution sociale n'est pas au programme: d'ailleurs les travailleurs qui se sont lancés dans la lutte des derniers jours n'en demandaient pas tant, seulement des hausses de salaires, le changement des conditions de travail et la possibilité de s'organiser pour se défendre dans le quotidien". H.Simon espère qu'une autre insurrection, celle-là véritablement sociale, pourra succéder aux "développements présents", qu'il a du mal à caractériser en effet.

dimanche 27 mars 2011

LES AVATARS DU TERRORISME (nouveau livre) à paraître bientôt...


AVANT PROPOS
Il n’existe pas d’histoire du terrorisme car il ne peut pas en exister une qui soit impartiale ni tant qu’une révolution mondiale n’aura pas forcé les archives imprenables des Etats. Le terrorisme est une savonnette idéologique qui vous glisse entre les doigts et paraît en général insaisissable comme son action qui commence dans l’ombre et finit dans le crime au grand jour, lequel est prétendu beaucoup plus explicite. Les terrorismes sont aussi nombreux que leurs interprétations et nous n’avons pas eu pour but ici de les passer tous en revue, mais de nous concentrer sur la relation mystifiée des trois catégories : prolétariat – violence – terrorisme.
Nous n’allons pas prendre de gants pour dévoiler ici que le raisonnement logique suffit à démystifier le terrorisme. En résumé nous pouvons distinguer pour tout le vingtième siècle et le début du suivant deux formes de terrorisme :
- Un terrorisme utilisé contre la lutte de classe (dans ses versions anarchistes et stalinistes)
- Un terrorisme entre factions bourgeoises (dans ses versions militaires et religieuses).
Ces deux distinctions se retrouvent tout au long du XXème siècle même dans la succession cyclique des divers terrorismes :
- Terrorisme anarchiste de la fin du XIXème siècle utilisé contre le socialisme
- Terrorisme anarchiste contre l’Etat bolchevique (qui entraîne la création de la Tchéka en 1918)
- Terrorisme bolchevique puis staliniste (1918 puis 1926)
- Terrorisme fasciste et nazi des années 1920-1930
- Terreur pendant la Deuxième Guerre mondiale et résistants taxés de terroristes
- Terrorisme dit guérilla sous l’auspice des dites « libérations nationales » des années 1950-1960
- Terrorisme noir et rouge contre le réveil du prolétariat et son ressac, non mesurables aux taux des grèves (début : Piazza Fontana 1969 puis 1974)
- Terrorisme dit religieux (islamiste) après la chute du bloc de l’Est en 1990
Ce listing aurait pu nous servir de canevas mais la chronologie risquant de noyer l’essentiel de nos thèses, j’ai préféré traiter successivement des origines de la violence politique (que la notion de terrorisme a abusivement simplifiée et amalgamée) religieuses et paysannes, des conceptions héritées par les anarchistes et les marxistes de révolutions sanglantes puis émancipées de ces visions erronées. Je n’ai pas hésité à remettre en cause les poncifs sur la Commune de Paris, panthéonisée éternellement par stalinistes et anarchistes. Les anarchistes restant toujours des adeptes masqués de l’invraisemblable « vengeance révolutionnaire » moyenâgeuse et les stalinistes farouches défenseurs d’un marxisme figé qui radote des citations dogmatiques des « maîtres ».
L’étude du terrorisme rouge (ou gauchiste) des années 1970 nous démontrera la fusion de l’ancienne théorie anarchiste et du stalinisme affaibli par le retour au premier plan du prolétariat (surtout au moment du dangereux ressac du mitan des années 1970) ; ce terrorisme, bien que couplé avec les attentats des factions nationalistes palestiniennes, était exhibé bien évidemment pour ridiculiser toute révolution prolétariennne, supposée depuis la Commune de Paris et l’expérience bolchevique en Russie, n’être que terrorisme sanguinaire à grande échelle, par conséquent utopique lubie d’inférieurs sociaux éminemment condamnable par la « société évoluée »..
Enfin, le dernier avatar du terrorisme du « village mondial », dit djihadiste, même s’il a des accointances avec l’idéologie fasciste (féodalisme, dictature religieuse, éradication physique des opposants, mépris des femmes, etc.), est un produit multiforme et indéfinissable non pour lutter directement contre le prolétariat et le socialisme, mais comme l’expression de la confrontation entre impérialismes rivaux sous la dénomination d’Al Qaida. Le discours anti-terroriste qui accompagne le spectacle du terrorisme vise bien sûr à relégitimer sans cesse les oligarchies dites démocratiques et c’est dans ce cadre que les analyses policières et journalistiques ont pour but, au même niveau que l’anti-fascisme de naguère, de déboussoler le prolétariat.
Je n’ai pas jugé utile de traiter des deux vagues de « lutte armée » qui ont encadrées dans le temps la vague du terrorisme dit rouge – vague des libérations nationales (1945-1968) et vague djihadiste de 1990 à aujourd’hui – ce qui ne nous empêchera pas d’établir les raisons de la périodisation des trois formes dominantes de terrorismes dans la deuxième moitié du XXème siècle et leur impact sur la société mondiale, au chapitre V et en conclusion.
L’interprétation visant de nouveaux terroristes « indépendants » dits « loups solitaires » comme quatrième mutation du terrorisme transnational - nouvelle prétention sociologique et mode journalistique de certains à diluer encore les enjeux de l’idéologie anti-terroriste policière et gouvernementale - ne déroge pas aux deux prémisses principales, ci-dessus délimitées, que le lecteur doit garder en tête tout le long pour identifier et comprendre « le fait de l’attentat », ou plutôt surtout son utilisation par les dominants.
Cette étude tout à fait ciblée et partisane s’efforcera néanmoins de montrer des constantes dans les diverses formes de terrorisme, que l’on peut plus justement qualifier de violence minoritaire et/ou téléguidée. Ce qui devrait réserver quelques surprises.

361 pages 15 euros
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Introduction (p.11)

1. GUERRE ET VENGEANCE PAYSANNE, (p.35) Guerre et pacifisme/Le terrorisme djihadiste : une autre façon de faire la guerre/Les guerres à petite échelle du temps jadis/Le terrorisme paysan/La Réforme, sa violence et les paysans/La terreur jacobine, Marx et Kautsky/La guérilla agricole de Guevara/Quelques terroristes célèbres issus du terroir.



2. LE TERRORISME DE MARX ET DES ANARCHISTES (p.81) Au début le socialisme était considéré comme criminel/Marx et Engels sont-ils terroristes en 1848 ?/Les trucages pacifistes de Bernstein/Les révisionismes successifs des anarchistes/Réformisme syndical et terrorisme (Ce qu’il y a de commun entre l’économisme et le terrorisme selon Lénine)/L’anarchiste Staline.



3. 3. LA REVOLUTION EST-ELLE TERRORISTE ? (p.119) La violence des émeutes du XIXème siècle/Terrorisme des Communards ou de la populace ?/Adresse ou maladresse de l’Internationale ?/Un soulèvement inattendu/Du Paris armé au parti armé ?/Passions mauvaises et querelles/Un Etat petit bourgeois/Les conséquences réformistes de l’échec de la Commune/Les lois anti-socialistes en Allemagne/La belle époque du syndicalisme révolutionnaire/La paysannerie n’est pas révolutionnaire.



4. 4.LE MACHIAVELISME DU TERRORISME D’ETAT (p.163) Le terrorisme gauchiste/La faction rouge armée en Allemagne/Aux origines des intentions staliniennes de la RAF/La faction terroriste au Japon/La faction des brigades rouges en Italie/Les pionniers de la démystification du terrorisme stalino-gauchiste/Gasparrazzo terroriste ou la version dissonante des figurants terroristes/Le bon Franceschini/La brute Moretti/Le truand Curcio/Faillite Politique et humiliation des combattants désarmés/La récupération des épaves terroristes/L’invention de la dissociation/Rôle toujours négatif du terrorisme.

5. 5.REVELATIONS SUR LES TROIS VAGUES DU TERRORISME (p.251) Le retour du refoulé religieux/Marx et son analyse tronquée de la religion/Déguisements religieux, religion et violence/Le masque religieux des gauchistes/La guerre sale/Le médiaterrorisme/Fascisme vert ?



Conclusion (p.277):le terrorisme rouge s’est suicidé !

Annexe (p.282)

Commentaires préliminaires aux textes suivants :

Léon Trotsky : La faillite du terrorisme individuel (1909), Pourquoi le marxisme s’oppose au terrorisme individuel ? (1911)

Anton Pannekoek : L’acte personnel (1933), La destruction comme moyen de lutte (1933)

Revue BILAN : en défense de Marinus Van Der Lubbe : Les fascistes exécutent, socialistes et centristes applaudissent (1934)

Marc Chirik : Les campagnes anti-terroristes de la bourgeoisie (1977), Terreur, terrorisme et violence de classe (1978)

Guy Debord : A propos de l’utilisation du terrorisme (lettre à G.Sanguinetti, 1978).

Le terrorisme gauchiste à l’écran : Buongiorno Note/Prima Linea/Nada/Der Baader Meinhof Komplex/United Red Army.



BIBLIOGRAPHIE (p.361)

ADDENDA: deux aspects qui confirment les négligences de Marx et Engels sur la religion et le terrorisme.

UNE REPONSE DISPARUE D'UN ANCIEN PROGRAMME:

Dans Les principes du communisme d’Engels, dans le manuscrit, à la place de la réponse aux questions 22 et 23, on lit le mot "maintenu". Ce qui signifie, vraisemblablement, qu'il faut conserver la réponse telle qu'elle était formulée dans un des projets préliminaires de programme de la Ligue des communistes qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous.]


XXII. COMMENT L'ORGANISATION COMMUNISTE SE COMPORTERA-T-ELLE VIS-A-VIS DES NATIONALITES EXISTANTES?


Maintenu.




XXIII. COMMENT SE COMPORTERA-T-ELLE VIS-A-VIS DES RELIGIONS EXISTANTES?


Maintenu".

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SUR LA QUESTION DU TERRORISME, Karl Korsch souligne un coup l'ambiguïté de Marx et Engels qui pensent que le terrorisme sera l'allumeur de réverbère de la révolution russe prochaine, et d'un autre coup qu'ils imaginaient que ce serait une révolution bourgeoise! Tout faux!


« Témoin aussi l’attitude positive et visiblement contradictoire que Marx et Engels adoptèrent à l’égard du projet parfaitement idéaliste de la Narodndia Volia, visant à déclencher par des menées terroristes « une révolution politique et donc une révolution sociale » dans les conditions arriérées propres à la Russie tsariste des années 1870 et 1880. Ainsi qu’il a été montré en détail dans un article précédent, Marx et Engels ne se bornaient pas à penser que la toute proche explosion révolutionnaire en Russie donnerait le signal d’une révolution générale en Europe, et d’une révolution de type jacobin dans le cadre de laquelle « si l’année 1789 se fait jour, l’année 1793 arrivera sûrement » (comme Engels l’écrivait en 1885 à Vera Zassoulitch). Ils saluaient décidément dans la révolution russe et paneuropéenne une révolution ouvrière, point de départ d’un développement communiste ».
(Le marxisme et les tâches actuelles de la lutte de classe prolétarienne (1938).