"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mardi 5 février 2008

LE BON PLAISIR DE LA BOURGEOISIE EUROPEENNE

ET SES VOTARDS RIDICULISES

(ABSENCE DE COMMENTAIRE DES VEULES MEDIAS DE L’OLIGARCHIE DOMINANTE SUR LE TRAITE « SIMPLIFIE » mais analyse du Prolétariat Universel VERSION informatique du périodique qui nuit gravement à la pensée unique démocratique)

Relisons ce qu’écrivait le pamphlétaire Albert Libertad, en remplaçant le mot peuple par prolétariat :

« C’est toi le criminel, ô Peuple, puisque c’est toi le Souverain. Tu es, il est vrai, le criminel inconscient et naïf. Tu votes et tu ne vois pas que tu es ta propre victime. Pourtant n’as-tu pas encore assez expérimenté que les députés, qui promettent de te défendre, comme tous les gouvernements du monde présent et passé, sont des menteurs et des impuissants ?
Tu le sais et tu t’en plains ! Tu le sais et tu les nommes ! Les gouvernants quels qu’ils soient, ont travaillé, travaillent et travailleront pour leurs intérêts, pour ceux de leurs castes et de leurs coteries.
Où en a-t-il été et comment pourrait-il en être autrement ? Les gouvernés sont des subalternes et des exploités : en connais-tu qui ne le soient pas ?
Tant que tu n’as pas compris que c’est à toi seul qu’il appartient de produire et de vivre à ta guise, tant que tu supporteras, - par crainte,- et que tu fabriqueras toi-même, - par croyance à l’autorité nécessaire,- des chefs et des directeurs, sache-le bien aussi, tes délégués et tes maîtres vivront de ton labeur et de ta niaiserie. Tu te plains de tout ! Mais n’est-ce pas toi l’auteur des mille plaies qui te dévorent ?
Tu te plains de la police, de l’armée, de la justice, des casernes, des prisons, des administrations, des lois, des ministres, du gouvernement, des financiers, des spéculateurs, des fonctionnaires, des patrons, des prêtres, des proprios, des salaires, des chômages, du parlement, des impôts, des gabelous, des rentiers, de la cherté des vivres, des fermages et des loyers, des longues journées d’atelier et d’usine, de la maigre pitance, des privations sans nombre et de la masse infinie des iniquités sociales.

Tu te plains ; mais tu veux le maintien du système où tu végètes. Tu te révoltes parfois, mais pour recommencer toujours. C’est toi qui produit tout, qui laboure et sème, qui forge et tisse, qui pétrit et transforme, qui construit et fabrique, qui alimente et féconde !

Pourquoi donc ne consommes-tu pas à ta faim ? Pourquoi es-tu le mal vêtu, le mal nourri, le mal abrité ? Oui, pourquoi le sans pain, le sans souliers, le sans demeure ? Pourquoi n’es-tu pas ton maître ? Pourquoi te courbes-tu, obéis-tu, sers-tu ? Pourquoi es-tu l’inférieur, l’humilié, l’offensé, le serviteur, l’esclave ?

Tu élabores tout et tu ne possèdes rien ? Tout est par toi et tu n’es rien.

Je me trompe. Tu es l’électeur, le votard, celui qui accepte ce qui est ; celui qui, par le bulletin de vote, sanctionne toutes ses misères ; celui qui, en votant, consacre toutes ses servitudes.

Tu es le volontaire valet, le domestique aimable, le laquais, le larbin, le chien léchant le fouet, rampant devant la poigne du maître. Tu es le sergot, le geôlier et le mouchard. Tu es le bon soldat, le portier modèle, le locataire bénévole. Tu es l’employé fidèle, le serviteur dévoué, le paysan sobre, l’ouvrier résigné de ton propre esclavage. Tu es toi-même ton bourreau. De quoi te plains-tu ?

Tu es un danger pour nous, hommes libres. Tu es un danger à l’égal des tyrans, des maîtres que tu te donnes, que tu nommes, que tu soutiens, que tu nourris, que tu protèges de tes baïonnettes, que tu défends de ta force de brute, que tu exaltes de ton ignorance, que tu légalises par tes bulletins de vote, - et que tu nous imposes par ton imbécillité.

C’est bien toi le Souverain, que l’on flagorne et que l’on dupe. Les discours t’encensent. Les affiches te raccrochent ; tu aimes les âneries et les courtisaneries : sois satisfait, en attendant d’être fusillé aux colonies, d’être massacré aux frontières, à l’ombre de ton drapeau.

Si des langues intéressées pourlèchent ta fiente royale, ô Souverain ! Si des candidats affamés de commandements et bourrés de platitudes, brossent l’échine et la croupe de ton autocratie de papier ; Si tu te grises de l’encens et des promesses que te déversent ceux qui t’ont toujours trahi, te trompent et te vendront demain : c’est que toi-même tu leur ressembles. C’est que tu ne vaux pas mieux que la horde de tes faméliques adulateurs. C’est que n’ayant pu t’élever à la conscience de ton individualité et de ton indépendance, tu es incapable de t’affranchir par toi-même. Tu ne veux, donc tu ne peux être libre.

Allons, vote bien ! Aies confiance en tes mandataires, crois en tes élus.

Mais cesse de te plaindre. Les jougs que tu subis, c’est toi-même qui te les imposes. Les crimes dont tu souffres, c’est toi qui les commets. C’est toi le maître, c’est toi le criminel, et, ironie, c’est toi l’esclave, c’est toi la victime.

Nous autres, las de l’oppression des maîtres que tu nous donnes, las de supporter leur arrogance, las de supporter ta passivité, nous venons t’appeler à la réflexion, à l’action.

Allons, un bon mouvement : quitte l’habit étroit de la législation, lave ton corps rudement, afin que crèvent les parasites et la vermine qui te dévorent. Alors seulement du pourras vivre pleinement.

LE CRIMINEL, c’est l’Electeur ! »
(Albert Libertad)

REVISITONS MAINTENANT les fondements de notre brave pensée unique démocratique :

Le droit de vote est un des droits civiques de base dans une démocratie. Il permet aux citoyens d'un État d'exprimer leur volonté, par le biais d'un scrutin, et ainsi d'élire leurs représentants et leurs gouvernants ou de répondre à la question posée par un plébiscite ou un référendum.

Qu’est-ce qu’un corps électoral ?

Le corps électoral est constitué par l’ensemble des personnes qui bénéficient du droit de vote lors d’un scrutin, quel que soit le type d’élection (politique, professionnelle, associative...). Il est la source des autres pouvoirs (exécutif et législatif), car il désigne et révoque par son vote les gouvernants et les législateurs. Il se matérialise par un document appelé liste électorale, qui ne regroupe donc que les personnes effectivement inscrites sur cette liste (corps électoral inscrit), et non l’ensemble des personnes qui pourraient voter (ex : tous les majeurs de plus de dix-huit ans (corps électoral potentiel).

A quoi sert une élection ?

La République fonctionnant selon le principe du gouvernement représentatif, la fonction première de l’élection est de permettre aux citoyens de choisir leurs gouvernants et leurs représentants, qui rédigeront et voteront la loi en leur nom au Parlement. Ainsi, l’élection est une délégation de Souveraineté. Elle constitue, au sein d’une société organisée, une « soupape de sécurité ». En effet, la possibilité pour les citoyens de pouvoir régulièrement exprimer leur mécontentement ou, au contraire, de donner un nouveau mandat au pouvoir sortant, évite que les désaccords politiques majeurs ne trouvent un autre terrain d’expression (la rue) et d’autres modalités (la violence). (Hé hé !)

L’élection peut aussi permettre de régler une crise. Lorsqu’un débat extrêmement important divise les citoyens, le recours au suffrage universel peut permettre de trouver une solution. Ainsi, lors des événements de mai 1968, la dissolution de l’Assemblée nationale et la convocation à des élections législatives permirent de calmer les tensions dans la rue. (Hi hi !)

Enfin, l’élection peut revêtir un aspect stratégique : on peut recourir à l’élection afin de garder le pouvoir. Ainsi, en Grande-Bretagne, les élections législatives ont toujours lieu avant la fin du mandat de la Chambre des Communes, le Premier ministre choisissant, pour la dissoudre, le moment qu’il estime le meilleur pour son propre parti.

A quoi sert un référendum ?

Le référendum est une procédure de vote permettant de consulter directement les électeurs sur une question ou un texte, qui ne sera adopté qu’en cas de réponse positive. La constitution prévoit quatre cas de référendum : trois nationaux, pour l’adoption d’un projet de loi et l’autorisation de la ratification d’un traité (art.11) et pour réviser la constitution (art.89), et un local, pour soumettre à la décision des électeurs d’une collectivité territoriale un projet d’acte relevant de sa compétence (art. 72-1). Toutefois, aucune révision constitutionnelle, même approuvée par référendum, ne peut porter sur « la forme républicaine du gouvernement » (art. 89).

Le référendum est donc, avant tout, un instrument de " démocratie directe " car il permet au peuple d’intervenir directement dans la conduite de la politique nationale ou locale. Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs proposent de recourir davantage au référendum, notamment pour faire évoluer certains domaines de la vie sociale difficiles à réformer (ex : Éducation nationale).

Lisons ensuite la presse du jour, par exemple le journal prolétarien « Challenges » :

Le Congrès a entériné à Versailles la révision constitutionnelle préalable à la ratification du traité.

« La révision constitutionnelle préalable à la ratification du traité européen de Lisbonne a été entérinée lundi 4 février par le Congrès réuni à Versailles. L'adoption définitive du texte requerrait la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés, à savoir 445 voix sur 741.
Or la révision a été approuvée par 560 voix contre 181. Sur les 907 parlementaires inscrits (un poste de sénateur vacant), 893 ont participé au vote. 152 parlementaires se sont donc abstenus, dont une majorité de socialistes. (…)La révision constitutionnelle est la première étape vers la ratification par la France du traité signé par les Vingt-sept à Lisbonne le 13 décembre dernier. »

Indignation des bloggers :

Mais a quoi a servi le référendum ... Pour faire simple : Vous les petits prolétaires vous avez très mal voté; Alors on le fait quand même !!!! moi j'appelle ça : Un déni de démocratie !

Non cher conseiller pour prolétaires, la « simplification », autrement dit le passage en force de la dictature bourgeoise c’est bien la DEMOCRATIE BOURGEOISE FEODALE. Rappelle-toi comme les « élus » de Cohn-Bendit aux Sarko et Hollande avaient étalés leur profond mépris du NON. Quand on méprise les « électeurs » avant et pendant les élections, il est normal qu’on leur chie dans la gueule après. Mais ce n’est pas assez, ils iront encore veauter aux Municipales ! Qui sont encore une arnaque pire puisqu’ils vont élire le principal PDG et flic de leur commune !

Sur « Marianne » un lecteur vitupère en restant sur ses illusions démocratiques aux jupons de la mère Royal :

« Apparemment les retournements de veste sont nombreux au PS ! Puisqu'on évoque son éventuel changement de nom, je propose "PR", Parti Réversible ...
Finalement, on voit que la situation n'est pas encore décantée dans ce Parti. Heureusement, Ségolène -dont je regrette qu'elle approuve le nouveau traité, mais qui a le mérite de la cohérence - reste fidèle au poste, et elle est la seule chance du PS d'obtenir un jour une majorité , à condition de retrouver le chemin du peuple ».

Dans la stupeur du vote "noniste" bafoué - plus vote de protestation contre les élites -et dans la colère contre le fonctionnement usurpateur des institutions démocratiques bourgeoises, on voit que des prolétaires croient encore à l'insupportable démocratie bourgeoise. Ce n’est donc pas sur ce terrain qu’on peut les éclaircir ni leur enlever leurs chaînes. Encore un effort prolétaire pour entrer dans une bonne guerre DES CLASSES !

On ne va pas s’énerver ici pour si peu, l’Europe « simplifiée » ou « compliquée » restera une baudruche sans consistance et ne peut résoudre ni le chômage, ni le mal être ni les inégalités, ni ébranler les hiérarchies sociales. L’heure est à la blague.

Blaguons.

_______________________________________

Nicolas SARKOZY SE SUICIDE COMME LE GENERAL BOULANGER

PAR AMOUR POUR CELLE QUI L’A QUITTE

Il est accueilli au Paradis par Saint Debré qui lui dit :

- Bienvenue. Cependant, nous devons régler un petit problème. Nous voyons si
rarement des rois de France ici que nous ne sommes pas certains de ce que
nous devons faire de toi. Le Grand Patron veut que tu passes un jour en
Enfer et un jour au Paradis. Tu devras ensuite choisir l'endroit où tu
voudras passer l'éternité.

- Mais j'ai déjà décidé, je veux rester jouir au paradis !

- Je regrette, mais nous avons nos règlements.

Saint-Debré conduit SARKOZY vers un ascenseur qui le conduit en
Enfer.

Quand la porte s'ouvre, il se retrouve sur un magnifique terrain qui ressemble à cracher à celui de son séjour sur terre à la Lanterne, le soleil brille dans un ciel sans nuages. Au loin se profile un superbe montgolfière qui arbore la banderolle « Sarko for ever ». A l'avant de l'édifice se trouvent son papa Louis XIV, Napoléon III,Louis XVI, Johnny Hallyday et Mireille Mathieu.

Tous ces beaux personnages s'amusent, heureux et habillés de façon élégante
mais décontractée (Dior, Versace, Armani, etc.). Ils accourent à sa
rencontre, l'embrassent et Mireille Mathieu entonne une vieille rengaine de Piaf « Il y a des jours où tout va bien… »

Ils dînent au homard et au caviar. Le Diable, au masque de Chirac offre même une liqueur américaine

- Bois donc ce Bourbon et relaxe un peu, Nicolas !

- Euh, ben, je ne peux plus boire, j'ai fait un serment.

- Voyons, mon garçon, c'est l'Enfer ici. Tu peux boire et manger tout ce que
tu veux sans t'inquiéter. À partir de maintenant, ça ne peut qu'aller de
mieux en mieux !

SARKOZY boit son cocktail et commence à trouver le Diable
sympathique. Il est gentil, raconte de bonnes blagues, aime trinquer.

Ils s'amusent tellement qu'ils ne voient pas le temps passer. Arrive
pourtant l'heure de partir. Tous ses amis le serrent dans leurs bras et
SARKOZY prend l'ascenseur qui monte vers le Ciel.

Saint-Debré l'attend à la sortie.

- "C'est maintenant le temps de visiter le Ciel", lui dit le vieux parlementaire recasé en lui montrant la porte du Paradis.

Pendant 24 heures, Nicolas SARKOZY doit frayer avec Babeuf, Karl Marx, Bakounine, Rosa Luxemburg, Lénine, Trotsky, Pannekoek, Bordiga, Perrone, Damen, Munis, Marc Chirik et toute une confrérie de gens bienveillants qui conversent de sujets beaucoup plus intéressants que
l'argent et qui se traitent l'un l'autre avec courtoisie. Pas un seul
mauvais coup ou de trader indélicat, pas cet horrible garnement de Montebourg ni ce pervers narcissique de DSK, ni l’autre la toquée de Ségolène. Etant donné que ces gens sont tous pauvres, il ne rencontre aucune connaissance, et il n'est pas reconnu comme quelqu'un
d'important ou de spécial. Mais pire encore, le dénommé Karl Marx ne cesse d’expliquer que la bourgeoisie est si décadente en France particulièrement qu’elle a été incapable de se doter d’un nouveau « père de la nation » pour introniser un petit jouisseur de boite de nuit qui risque bien d’être le dernier prétendant à une fonction purement honorifique. Et Amadeo Bordiga au fond de la pièce qui surrenchérit: "moi yo souis pleinement d'accord avec Carlos, yé vois oune symbole da la fin dou système capitaliste par le fait qué lou dépoutés se soient réunidos au château di Versailles, coma les Etats généraux di 1789... bientôt on va lui couper le kiki (Ha Ha!)".

La journée terminée, Saint Debré revient...

- Alors, Nicolas, tu dois maintenant choisir.

SARKOZY réfléchit et répond :

- Bien, je n'aurais jamais pensé faire ce choix. Hum? Bon, je trouve le
Paradis «intéressant», mais néanmoins je crois que je serais plus à l'aise
en Enfer avec mes amis.

Saint-Debré l'escorte alors jusqu'à l'ascenseur et SARKOZY
redescend jusqu'en Enfer.

Quand les portes s'ouvrent et il se retrouve au beau milieu d'une grande
plaine brûlée et stérile, couverte de vidanges et de déchets toxiques
industriels. Il est horrifié d'apercevoir tous ses amis, en guenilles et
enchaînés tous ensemble, qui ramassent des déchets pour les mettre dans des
grands sacs noirs.

Ils gémissent de douleur, se plaignant de leur supplice, leurs mains et
leurs visages noirs de saleté. Le Diable s'amène, mettant son bras velu et
puant autour des épaules du nouveau et lui passe la corde au cou.

- Je ne comprends pas, balbutie SARKOZY en état de choc, lorsque
j'étais ici hier, il y avait un terrain magnifique comme à la Lanterne, on avait si bien mangé, chanté et bu, sans compter les girls et top models qui nous avaient été fournies.Maintenant, je ne vois qu'un désert rempli d'immondices et tout le monde a
l'air misérable.

Le Diable le regarde, lui sourit sournoisement et lui susurre à l'oreille :

- Ah… çà ira… çà ira… Hier nous étions en campagne électorale; aujourd'hui, tu as voté pour
nous, c’est pourquoi nous t’accrochons à la lanterne !

samedi 2 février 2008

Belgique

DESINTEGRATION et féodalisation


« L’ordre poursuit le désordre »

Daniel Halévy (Histoire de quatre ans)

(Je me résouds à publier ici ce texte de politique fiction rédigé il y a six mois, et qui devait paraître dans une revue devenue fantôme avec un éditeur en carafe - je le dédie tout particulièrement à l'excellent comique belge François Pirette)

Alors qu’on attend encore la réponse des historiens à la question de savoir si la Belgique est morte de mort naturelle, si elle a été assassinée, si elle s’est suicidée ou si d’autres l’ont « suicidée », sa longue agonie et désintégration est célébrée en 2014. Quelque chose était pourri au Royaume de Belgie/Belgique. Qui avait eu intérêt à la désintégration de la Belgique ? L’Allemagne, si active naguère en Croatie ? L’Angleterre comme après Waterloo en 1815 ? Les Etats-Unis si craintifs à l’idée d’une Europe forte ?

Dans la géopolitique des anniversaires, on se souvient cette année des débuts des deux « protectorats » : celui, désormais décennal de la Flandre et le rattachement de la Wallonie au Pas de Calais et aux Ardennes. Les accords de Folkestone mettaient fin aux combats en Wallonie, après des années d’engagements sanglants. Caractéristique de l’accord diplomatique incertain qui sert aux grandes puissances à temporiser, le caractère atypique de celui-ci qui prétend imposer un modèle de système constitutionnel. Une machinerie politico-bureaucratique complexe est née. Même si certains résultats positifs ont été atteints, surtout en ce qui concerne les réfugiés wallons de Bruxelles (environ 55% ont pu s’établir sur la côte d’Opale), l’appareil d’Etat bipolaire se présente comme éléphantesque, très onéreux et souvent inefficace. En outre, selon presque tous les analystes politiques, il est indéniable que, aujourd’hui encore, bâtarde de cette nation artificielle à bourgeoisie bègue plus que bilingue, la Wallonie accueille quatre populations ethniquement divisées entre elles, Flamands parfaitement bilingues, Flamands néérlandophones, Flamands germanophones et Wallons-Wallons. La pacification est, aujourd’hui encore, garantie par la présence d’un contingent de troupes, actuellement celles de la Chine et du Canada.

A Knokke-Heist, charmante station balnéaire en mer du nord, lors de ces derniers mois, ont été avancées différentes propositions pour une solution définitive. Après des années où l’on s’est retranché derrière la formule « d’abord remplacer le roi, ensuite trouver une princesse » qui a garanti le pire statu quo dans le Brabant, qui vit dans une sorte d’obscurité médiatique, se profilent les premiers signes d’un intérêt international indéniable. Le 1er avril, les Nations unies, après la discussion au conseil de sécurité, ont décidé d’ouvrir formellement les négociations pour définir le statut des quatre provinces de l’ex-Belgique après avoir interné les tortionnaires du Contrex et du Vlan Blok qui seront jugés par le tribunal de Vancouver (Canada).

De nombreux observateurs s’accordent à reconnaître que la situation économique et des droits humains est actuellement à bien des égards pire que ce qu’elle a été il y a sept ans. Le mois dernier, le bloc américano-allemand, auquel sont affiliés la Grande Bretagne, l’Italie et le Danemark, a présenté un document qui prévoit l’indépendance de la Flandre. L’Inde et l’International commission on the Pays-Bas, financée par cinq Fondations privées, est parvenue à une proposition analogue qui ne devrait leurrer personne depuis que la Flandre a été rattachée à la Rhénanie-Westphalie.

La Wallonie ne cache pas son angoisse et sa peur d’un futur incertain en vue d’une réunification où la langue flamande serait obligatoire dès le berceau en complément de la langue teutonne. Une peur qui ne cesse pas d’augmenter avec les multiples tentatives états-uniennes d’imposer leurs accords pour un multiculturalisme à prédominance flamande et la réduction du français au rang de dialecte, sous prétexte d’en finir avec l’ingérence franco-chinoise qui nuit à la cohésion interne occidentale et ruine systématiquement un nouvel équilibre des forces dans la région.

Ces accords, aussi limités soient-ils, ont sans cesse marqué l’histoire de la Belgie jusqu’au Luxembourg. Ils ont signé la fin d’une guerre ethnique qui a fait couler beaucoup de sang belge, en prétendant éviter d’enfermer les différentes communautés, en tant qu’ennemies dans une même Belgique. C’était une solution pour pouvoir remettre de l’ordre en s’appuyant sur la communauté la plus puissante économiquement et qui eût dû conserver le contrôle de Bruxelles depuis la contre révolution de 1815. Mais l’ancien Etat belge avait toujours été un Etat lâche, refusant d’accueillir les Communards en 1871 et expulsant Victor Hugo.

Les accords en question, qui sont en voie d’être imposés par les milliers de soldats du contingent américano-allemand et par les milliers de dollars, ont réussi à redonner vie à l’Etat flamand. Ils ont permis aussi le retour des cinq mille wallons qui ont quitté Bruxelles pendant la guerre.

Donc après des mois de négociations et la mise en place de divers cadres constitutionnels selon les différences culturelles et linguistiques, les communautés internationales multiplient leurs efforts pour convaincre les différents acteurs à modifier le texte des accords de Vierzon (France). Une modification significative sous hégémonie américaine qui permettra d’élaborer une nouvelle constitution capable de gérer le pays sans exclure aucune communauté comme ce fût le cas après la prise de pouvoir insurrectionnelle d’Yves Leterme en 2007 après la vraie fausse vraie blague de la RTBF qui, contrairement à l’affirmation d’un vulgaire groupe ultra-gauche n’était pas un détournement de l’attention sur une grève à l’usine Volkswagen, mais avait ranimé le sentiment national régionaliste (ou régional-nationalisme) qui promettait de raser gratis.

Il va falloir créer les conditions de coopération entre les différents représentants de communautés en Flandre et Wallonie et les responsables sur la scène internationale, tels l’Union France-Chine-Russie et l’organisation des nations unies américaine et germanique. Une coopération dont l’objectif ultime est de fonder un Etat avec un seul président comme cela aurait dû être le cas il y a sept ans en remplacement du roi enfui au Kinshasa, un gouvernement et un parlement représentatif de toutes les communautés.

VERS LA DESINTEGRATION DE L’EUROPE

On l’a compris il s’agissait d’une prolongation du canular pas drôle du tout de la RTBF sur la résistible agonie de la Belgique. Chacun de vous a peu ou prou imaginé un tel scénario avec en tête l’éclatement tragique de la Yougoslavie (les belges seront-ils pires entre eux ?).

Ce dernier Etat était un produit récent des marchandages impérialistes de la Deuxième Guerre mondiale. Avec la Belgique, Etat fédéral bancal et jamais unifié autour d’une seule langue, l’affaire est plus ancienne, mais il n’existe aucune garantie que le nationalisme régionaliste qui est mijoté de toutes parts ne mène pas à des issues aussi sanglantes, voire gravissimes par extension au cœur de l’Europe. Ce nationalisme vraiment de clocher peut parader tant que la classe ouvrière reste muette. Les micros nationalismes régionaux en se généralisant – sous prétexte d’une meilleure intégration à l’Europe - s’ils affaiblissent le continent européen en le fractionnant, s’ils devaient persister à se répandre, compliqueraient singulièrement la lutte des classes, encore si opaque, si confuse et si méprisée par les médias.

Le nationalisme classique dans sa référence à l’Etat en tant qu’Etat territorial ou en tant que démocratie dont l’idée directrice domine encore les vieux pays, n’a plus d’objet dès que les régions entrent en concurrence au niveau régalien sur des bases mafieuses linguistiques ou religieuses. Par le facteur de l’ancien ordre de grandeur pratiqué dans la politique des grandes puissances, les régions se sont vues longtemps refuser le droit de constituer leur Etat à elles, ravalées au rang de clients ayant perdu toute indépendance dans certaines sphères d’influence, par rapport aux grands Etats mondiaux restés seuls maîtres du jeu d’un nationalisme de grand seigneur.

Absurde la croyance en un regroupement de grands blocs comparables à l’époque de la guerre froide. Absurde également la mondialisation avec son immortelle idée de la libre expansion économique dans le monde. Le mode de vie des régions occidentales a perdu son ingrédient essentiel qui ne réside plus dans le caractère privé de la vie communautaire mais dans le caractère économique de la vie sociale.

Ainsi, d’entre les fissures et les joints et par-dessus le bord des vieilles nations, jaillit comme un fruit de la désintégration cela même contre quoi les grands Etats avaient prétendu se constituer. Or, c’est à partir de leur infection inconsciente et involontaire par les querelles linguistiques et le communautarisme que les grandes puissances peuvent se sentir menacées de perdre la base de leurs normes de centralisation.

L’effondrement du bloc de l’Est, loin de résoudre la crise nationale universelle, n’a fait qu’accentuer et précipiter dans le chaos la transformation des rapports entre les régions et l’Etat central. Ce fut, avec Marx et Engels l’espérance de voir les Etats capitalistes se diluer dans de grands ensembles continentaux. Ce fut depuis les débuts du vingtième siècle, l’espérance socialiste et communiste d’une période révolutionnaire qui mettrait fin aux frontières et préparerait la fin de tout Etat, et non sa démultiplication en petites unités régionales.

Comme à l’ère du national-socialisme, la notion de race régionale est un pas décisif dans la dépréciation du sentiment national qui est figé et caduque historiquement depuis 1914. Que Bruxelles soit bombardée capitale européenne dans son enclave, que la Flandre obtienne la complète sécession, tous ces projets sont envisagés en contradiction avec le principe d’indépendance et d’existence historique des vieilles nations. Le concept de nation prend dès lors un nouveau sens racial, si toutefois il y a encore un sens autre que celui de petits Etats, arbitrairement formés d’un dosage administratif ethnique et de territoires colonisables. La perturbation d’un sentiment national, même plutôt artificiel à l’origine, et qui se voit dégradé au stade de la multiplicité ethnique, amène le dépérissement des valeurs spirituelles, traditionalistes et chtoniennes qu’impliquait le caractère spécifiquement culturel des nations au sens jacobin ; tout cela éloigne considérablement un véritable dépérissement marxiste de l’Etat réactionnaire. Le concept de nation est non seulement dépassé au sens historique – même si l’internationalisme « prolétarien » n’a pas triomphé ou n’a que trop tardé à le supplanter – mais aussi en tant qu’Etat national.

Ce sont, d’une part de nouvelles puissances émergentes continentales qui colonisent ou plutôt infectent la vieille Europe et d’autre part les plus petits Etats du vieux continent du capitalisme qui se trouvent abaissés au rang d’Etats secondaires dépourvus de la liberté de disposer d’eux-mêmes. On ne peut pas oublier que dans les années septante du siècle dernier la Belgique était bien loin industriellement devant la Chine. On ne peut pas nier que la disparition de toute industrie dans l’ancienne Belgique a préparé le morcellement régionaliste.

Les puissances émergentes se caractérisent par un nationalisme prédateur mais désuet. Les anciennes puissances sont marquées par leur dépérissement économique et idéologique. L’effritement belge exprime mieux que l’ex-Yougoslavie la tendance au fractionnement de toutes les anciennes nations, mais à un niveau qui menace de déchirer toute la mystification européenne.

Sous la pression de la crise économique permanente et de la déchéance de sociétés vides de projets, l’Etat n’est plus que l’association de bandes népotistes. Tout Etat est basé sur la force arbitraire, type de la réalité dernière dans une société en désagrégation. Cette régression de l’Etat abandonnant sa fonction d’arbitre des classes de la société, de régulateur et de promoteur de la classe dominante, conduit à une relégation progressive de l’Etat national de ses pouvoirs régaliens, de ses pouvoirs de décision à des corporations linguistiques autonomes, à des groupements de personnalités politiques motivés plus par la concussion que par l’intérêt public, peu soucieux de préserver la civilisation de la dérive sur la haute mer du chaos.

Cet absolutisme régional, quels que soient ses buts sociaux, son credo politique, devient par la même le critère suprême selon lequel le chacun pour soi constitue le premier et le dernier commandements. La molle Europe aspirant à prévenir cette tendance dangereuse et à prétendre maintenir une centralisation comme celle des Bismarck et Napoléon III, se trouve elle-même entraînée ou à la veille de l’être dans une évolution qui intègre une myriade de petits Etats comme garant le plus efficace de l’ordre contre le prolétariat, nullement pour accéder au statut de grande puissance.

De ce fait, le libéralisme qui prétendait se défaire du tout Etat, se trouve refoulé par les puissantes impulsions communautaristes pour n’être plus que l’otage d’une forme de fractionnement de la société très ancienne qui, sous des dehors modernes et nécessaires, prétend être un progrès absolu tant chez les théoriciens régionalistes tant wallons que flamands, mais aussi bavarois, gallois, basques, galiciens, etc.

L’Europe ne pourra jamais exister comme puissance, minée par la désintégration régionale, ni être apte à créer un pouvoir central discrétionnaire comme n’importe lequel de ses anciens grands Etats. Tout Etat de grande nation ne peut remplir sa tâche en tant que suprême organisme de contrôle qu’à l’intérieur d’une sphère de souveraineté unique et illimitée. Cette sphère coïncide avec la sphère de puissance d’un Etat régalien centralisé. Le fait que se dégage une tendance irréversible au fractionnement des anciens Etats ouvre un abîme pour tout pouvoir central en concurrence avec autant de micros Etats régionaux. L’isolement politique qui en résulte peut toutefois, sous la pression de la crise économique mondiale contraindre ces micros Etats à se soumettre à l’Etat régional le plus puissant sous couvert de supranationalité européenne qui ne sera jamais qu’une passoire d’intérêts planétaires carnassiers.

En attendant une éventuelle situation de crise contraignante, la victoire du fractionnement, loin de préserver l’intérêt des peuples et des travailleurs, monde aux intérêts indissolublement différents, menace bien plutôt de morceler l’Europe en féodalités qui seront séparées les unes des autres par de rigoureux antagonismes d’intérêts et de notables différences de niveau de vie. C’est là exactement le fond traditionnel de l’idéal politique de l’avenir de la bourgeoisie.

Affirmer que cette situation serait éternelle, pour éviter de nouvelles guerres, serait pour le moins un jugement superficiel. La situation réelle est infiniment plus complexe et dramatique à terme. La représentation vulgaire du caractère épouvantable de la politique des grandes puissances, méconnaît le fait que la puissance et l’aspiration à la puissance ne peuvent être supprimées ni dans les rapports entre les grands Etats ni entre les petits Etats régionaux. Sous le prétendu équilibre des forces se cache toujours le diktat de l’Etat continental dominant qui détient le monopole de la force économique et militaire.

Le capitalisme en est venu à piétiner irrésistiblement et involontairement ses anciens cadres nationaux institutionnels au rythme de la dérive de son économie, de sa désindustrialisation accélérée dans ses anciens fiefs productifs. Il a encore besoin d’un médicament de cheval, ou de se qu’il croit être une solution, comme la nuée annonce l’orage.

vendredi 25 janvier 2008


JEUNES TRADERS DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !

MORT AUX BANQUES !

MORT AU CAPITAL !

Krach boursier à suivre… Le feuilleton qui masque au jour le jour la gravité de la crise économique du capitalisme connaît son lot de rebondissements. Tout nouvel épisode sert à masquer le fond de la crise. Après le coup des subprimes, voici celui d’un présumé hacker qui aurait eu des pouvoirs exorbitants. Il est évident plutôt que la hiérarchie affolée de la Société Générale a cherché à déguiser des pertes liées à la crise des «subprimes» en les attribuant au seul Jérôme Kerviel. Qui peut croire le Bouton en chef de la SG lorsqu’il déclare au Figaro : «Ce qui est arrivé à la Société Générale n'a rien à voir avec une catastrophe qui aurait été le fait de notre stratégie. Cela s'apparente à un incendie volontaire, qui aurait détruit une grosse usine d'un groupe industriel» !? Dans le dos du grand patron de l’Elysée, ils ont tout bonnement transféré dans un trou nouveau des pertes provenant d'un autre trou, et font porter le chapeau à Kerviel, étrangement disparu (coulé dans du béton ?).

Les amerloques ont voulu profiter du mensonge systémique en accusant la simple SG de la chute spectaculaire des marchés financiers en début de semaine, obligeant la Réserve fédérale américaine (Fed) à abaisser mardi son principal taux directeur de 0,75%. Et la SG de renvoyer la balle en Extrême-Orient : «C'est absurde! Ce sont les bourses asiatiques qui ont donné le “la” ! On se marre.

Mais on peut continuer à rêver quand même à l’action « directe » ou « anarchiste » de plusieurs traders pour faire effondrer la chaîne des banques. Après tout le système capitaliste est très fragile… il suffira de le pousser un petit peu.

Nota bene : (La fraude a bon dos, elle pourrait masquer une audacieuse politique du risque", juge un banquier. "La Société générale a pu charger la barque sur le thème de la fraude pour faire passer plusieurs mauvaises opérations de marché", suggère de son côté Elie Cohen à l'AFP.)


jeudi 24 janvier 2008

EN AVANT LA ZIZIQUE :

MŒURS SEXUELS DE 68

OU POLITIQUE DES MOEURS ?

Formidable moment de remise en cause du pouvoir d’Etat et de toutes ses hiérarchies, période intense quotidienne de jubilation et d’inquiétude, d’attente de l’épisode suivant, du retournement de situation, mai 68 dérange encore. Comme avec le salut à notre dernier poilu (pourtant très dérangeant lui aussi) on s’efforce de saluer avec l’hypocrisie et la lâcheté de l’arrière. C’est parti. FR3 a lancé la commémo. L’épatante fille Drucker dirigea de main de maître l’inventaire télévisuel hier soir. Rien de bien nouveau pourtant au milieu des poncifs récurrents. Tout le monde a fini par connaître par cœur : répression des étudiants, trahison du PCGT, fuite de De Gaulle, retour au calme et élections « piège à cons », fermez le ban.

Avant une série de colloques, d’expos et radotages divers dans l’hexagone où on dissèquera grammaticalement Rimbaud, on s’aperçoit que « le pouvoir » actuel n’a rien de nouveau à nous en dire ni rien de plus à effacer. Il peut convoquer sur le plateau des vaches quelques clowns rassis, le Cohn-Bendit de service, le bêta Balladur, les navrants Fiterman et Juquin, le geignard Geismar, le nullissime Max Gallo ; c’est encore la jeune journaliste Marie Drucker, pas née à l’époque, qui pose les questions les moins idiotes et qui semble plus lucide que les épaves qui défilent devant son bureau. Cohn-Bendit fait le dur en affirmant que Marchais était une ordure (Marie en reste bouche-bée) mais le Bibi Fricotin a tellement sorti d’âneries dans sa vie politique officielle qu’il est remis à sa juste place par les images d’archives : un banal leader étudiant petit bourgeois. Oui Marchais était une ordure mais Cohn-Bendit lui a succédé en proclamant qu’il avait toujours fait semblant et que la question en 68 n’était pas celle du pouvoir mais de s’éclater… et il conclut : « heureusement qu’on a perdu politiquement » ; mais il ne parle qu’en son nom et pour une frange de la petite bourgeoisie plus très verte. (En 1985, sur Canal+, j’ai eu l’occasion de dire son fait au petit « Dany le rouge ».)

Principal poncif : les mains fragiles des étudiants n’ont pu serrer celles, calleuses, des ouvriers. Je trouve toujours un côté surréaliste à cette manif d’étudiants qui va à Billancourt pour tenter la jonction avec les ouvriers tenus en cage par la CGT et le PCF. Ni les étudiants, désordonnés et impulsifs, ni les plus gros bras CGT, n’eussent pu empêcher les ouvriers de tenir des AG et d’accueillir qui ils voulaient s’ils en avaient eu la volonté… Or ni les orateurs étudiants ampoulés ni les crétins des partis de gauche ne représentaient une alternative crédible dans cet éveil brumeux, opaque et incertain d’une révolution balbutiante et inachevable pour l’heure. Revenons à la prosaïque chaîne publique n°3, qui resta benoitement sur le seul quadrilatère franchouillard comme si 68 n'avait été qu'une simple affaire du cru, comme si l'éclat de 68 se délimitait à un mois, comme la France avait été isolée du monde, comme si les mouvements concomittants des années suivantes n'en avaient pas été partie intégrante: Italie (69), Pologne (71), Angleterre (72)... pauvres journaliers de l'écran incompétants en séismologie de la lutte des classes!

La seule innovation de l’émission est sa révélation que les CRS furent les héros de 68. Braves gars, fils de paysans ou d’ouvriers venus chercher la sécurité de l’emploi à Paris, voilà-t-il pas qu’ils se prirent des caillasses dans la gueule ! Pasolini, acoquiné aux partis staliniens, avait déclaré lui que les flics étaient fils d’ouvriers et les étudiants fils de bourgeois. En suivant la description misérabiliste de l’uniforme sans défense et des boucliers couvercles de poubelles de nos pauvres CRS, avec des séquences d’étudiants hargneux protestant avec dédain sous les coups e matraque, moi, téléspectateur averti, ne pouvais-je pas en déduire que (certes par procuration) le fils d’ouvrier en uniforme matraquait son futur cadre chef de service ou commissaire ?

Finalement tous ces CRS ne furent-ils pas les gentilles victimes d’un mai 68 petit-bourgeois arrogant ? Non, sous l’uniforme, ces lascars n’étaient plus fils d’ouvriers mais des brutes épaisses qui n’ont jamais cessé de frapper à terre les manifestants (n’en déplaise à l’onctueux et hypocrite Grimaud). Braves CRS de 68 qui, peu avant (en 1961) avaient massacré des centaines d’ouvriers algériens et qui eussent recommencé contre les foules étudiantes si leurs chefs ne leur avaient pas hurlé fréquemment : « gaffe, y a nos gosses là-dedans ! ».

Plus dérisoire que la défense sarkozienne du CRS victime de 68, l’interprétation conjointe de la fuite impulsive du Général par les râclures du PCF et de son embonpoint Balladur : une manœuvre habile ! Ouaf ! Surtout quand la parole est donnée au sinistre Pasqua qui fût un des organisateurs de l’ombre de la manif gaulliste des Champs Elysées, présentée comme éteignoir de la « majorité silencieuse ». Comme nombre de curieux restés sur les trottoirs, j’ai été moi-même vérifier le tonus de cette manif « organisée » : minable et inconsistante ! Toutes les possibilités de répression dure et même de massacre ont été soupesées par De Gaulle (comme il le suppute dans son discours glacial du 30) et les officines mafieuses comme le SAC et le milieu OAS étaient prêts mais ont été réduits à organiser la manif « pacifiste » plus payante après le poignardage de la CGT. Un des conseillers de Pompidou, Joël Lecat nous livre la vérité. Le jour de la manif d’adieu à De Gaulle, le gouvernement interdit de rue les CRS : « …il valait mieux laisser le service d’ordre de la CGT s’occuper des gauchistes que de leur renvoyer les CRS » (qui auraient été enclin au bain de sang).

Mai 68 n’est plus si bon enfant qu’on a bien voulu nous le radoter quand on examine ainsi le rapport des forces !

L’émission s’efforce ensuite de gonfler la possibilité de l’alternative de « l’opposition de gauche ». Mitterrand qui ramène sa fraise et propose un gouvernement avec Mendès. Mais qu’est-ce qu’on s’en foutait ! Mitterrand n’était pas du tout crédible, ni Mendès qui d’ailleurs s’était dégonflé à Charlety (ou bien avait-il été l’objet de menaces occultes de mort par SAC ?).

Pour boucler le tout et refermer l’éteignoir, l’inventaire de la fille Drucker nous sort le dernier poncif : la libération des femmes. Et de nous raconter qu’elles n’avaient pas droit à la parole et qu’on était tous des machos… Le système idéologique sarkozien se dédouble pour faire oublier le conservatisme de ses pairs : la mixité n’existait pas encore dans les écoles, De Gaulle avait donné le droit de vote aux femmes en 1945 parce que le socialisme n’y avait pas pensé, deux fois sur trois chaque fois qu’une femme prenait las parole en public elle était l’objet d’une raillerie masculine, la CGT revendiquait des augmentations de salaires mais pas le droit pour les femmes de posséder un carnet de chèques, etc. Mais l’émission n’élève pas le niveau et détruit son propos féministe en montrant les ouvrières grévistes qui se battent en tant que membres d’une classe sociale, digne et dangereuse si elle prend en charge la question politique vue non comme une hausse des salaires mais pour « changer la vie ». Paradoxalement, cette émission nous a rappelé, par contre, notre sympathie pour toute une génération de journalistes virés brutalement qui nous enchantèrent (De Caunes, Desgraupes, Dumayet, Chapatte, Pottecher, etc.) qui eurent le courage de faire grève, mais trop tard. Les fayots comme le répugnant Bernard Volker ou le sire Mourousi (SM) et Cie connurent une bonne carrière mais la télé était morte pour les années 1970 et le mépris dont elle est l’objet chez la majorité des prolétaires date de cette époque. La défaite de 68 est avant tout politique. Les ouvriers n’ont touché que des clopinettes et on leur a institué la police syndicale d’entreprise. Les journalistes, derniers grévistes, voient leur mouvement cassé et divisé par des augmentations de salaires. Ils disent alors, tristes et dégoûtés, mais comme au nom de toute la classe ouvrière : « on ne s’était pas battus pour ça ! ».
JLR

PS : Mai 68 est surtout important au fond pour sa répercussion inouïe. Dans la période qui suit immédiatement, je suis encore abasourdi et envahi par le doute.

Dans les lycées mai 68 s’apparente déjà à un conte de Noël ou à un bon western. Début mai 1969, dans la cour du lycée Buffon, mon ami Denis Martignon, anarchiste échevelé avec la même coupe de cheveux que Georges Sand un long manteau noir et des rangers, s’avance porteur d’une bougie fixée sur un pavé, suivi par une centaine de lycéens. Il stoppe au milieu de la cour face au chef des maoïstes, Nicolas Peskine, flanqué du petit chef de la Ligue boufonne, l'aîné d'Albert-Paul Lentin, entourés par leur cohorte de porteurs du livre rouge. Tous les deux jouent du menton quelques instants avant de retourner en classe avec les autres. Nombre de bons marcheurs des manifs qui ont traversées Paris trouvent bien ridicules tous ces gauchistes et considèrent le gauchisme comme un versant secondaire et plutôt ridicule de mai. La répercussion sur les marcheurs-spectateurs ser surtout politique et dans le domaine essentiel, celui de la représentation. J’ai raconté mon itinéraire dans « Les montagnes ne se rencontrent pas », mais j’ai oblitéré que j’avais été délégué de classe en terminale, ce fût la seule fois de ma vie où j’ai accepté ce rôle dérisoire de « délégué syndical », que j’ai parfaitement ridiculisé. Nous n’étions que trois fils d’ouvriers en classe de philo, et me voilà élu pour défendre des « congénères ». Lors de ma candidature j’avais, à mon corps défendant, tenu un discours parfaitement démagogique et hypocrite (« je défendrai ici chacun et tous indépendamment de ses opinions politiques », et je pensais « même les enculés de fils à papa » ???). Mais surtout, je m’étais engagé à ne trahir personne et à rendre compte intégralement des débats avec les profs et le proviseur. Lors du conseil de classe pour le bac, je me présente avec mes cheveux longs, une longue cape noire, mes chaussures à grosse boucle Louis XIV et des mi-bas roses. Le proviseur fixa un moment ces curieux bas. Cet accoutrement visait à tromper l’adversaire car, dans ma sacoche posée au sol, il y avait mon magnétophone Philips qui enregistra à l’insu de tous. Je défendis les plus mal lotis intellectuellement de mon mieux, en particulier mon copain Dominique Borde (le futur critique de cinéma du Figaro) mais il était trop nul pour bénéficier d’encouragements et incapable de passer le bachot. Le lendemain, je convoquai toute la classe pour faire écouter l’enregistrement et faire valider mon honnêteté comme délégué, et je remis ma démission. Apprenant l'existence du scandaleux enregistrement secret, l'association des parents d'élèves (cette officine nuisible et superflue que nous dénoncions comme étrangère aux élèves) me fit savoir par une lettre sévère que je méritais d'être foudroyé! Je fis circuler la lettre bien évidemment dans toute la classe pour la joie de tous.

Mon idée révolutionnaire fût reprise par les ouvriers polonais en 1980, bien qu’ils aient eux finalement réclamé le « direct » (micro dans la salle de négociations gouvernement-syndicat et répercussion par les hauts parleurs de l‘usine). Les années sont courtes et passent si vite. Douze ans c’est rien. Le mouvement des ouvriers polonais fût aussi une répercussion sonore de 1968, plus puissante puisqu’on ignore encore que c’est cette lame de fond qui devait mener à l’écroulement d’un bloc impérialiste… et non pas la simple pression militaire des USA.

Je me tiens à l'écart des groupuscules gauchistes du lycée qui me navrent. Je délaisse ma passion pour la littérature américaine et russe pour m'intéresser de plus en plus aux essais politiques de Daniel Guérin, Marx, Trotsky, etc. Le GMPCT (groupe marxiste pour le pouvoir des conseils ouvriers) - avec son cercle GUMR (Groupe d'union marxiste révolutionnaire) dans les parages de "pouvoir ouvrier" et des bordiguisants (avides lecteurs d'Invariance) ne vont pas tarder à m'influencer, mais lentement car ce sont des potaches peu sérieux qui passent leur temps à picoler en rond et à se moquer des gauchistes - ce qui est certes un pas important pour se démarquer des imbéciles petits bourgeois - mais pas suffisant pour évoluer vers l'engagement marxiste du combat de toute une vie.

L’image ci-joint est restée ma préférée de 1968, l’émission Droit d’inventaire se lamenta qu’elle fût la seule représentant la femme. Et alors ? Même avec une seule image, la femme restait partout en 1968 dans l’âme des poètes et des révolutionnaires. Il y a longtemps que votre serviteur a choisi cette image comme sigle de ses éditions du pavé !



mardi 22 janvier 2008

Krach boursier et fin

de cycle capitaliste triomphant

Tous les marxistes ringards se pâment. Les ultra-spécialistes de l’économie capitaliste se cachent, rouges de honte car, comme à chaque fois – en serviles moutons du système confiant en un enrichissement perpétuel - ils ont été incapables de voir venir la tempête.

Je pourrais reproduire ici tout mon article d’août 2007. On se contentera de relire ceci : « Le krach bousier (que j’attendais pour septembre) est causé en apparence par des changements du marché monétaire et du crédit, mais en vérité le bouleversement provient surtout des conditions de la production et des heurts dans la compétition marchande. La recherche difficile de débouchés pour les marchandises aboutit à une tension grandissante du crédit et à une hausse des taux d’intérêt. Marx a démontré que le développement du crédit ne constitue pas la cause des crises, il favorise leur répétition et extension, tandis que la spéculation renforce les tendances contradictoires à la hausse et à la baisse des prix. L’extension du crédit a toujours représenté un danger, pour les Etats comme pour les particuliers… Le système bancaire n’est plus un intermédiaire impartial qui redistribue mais un pourvoyeur de crise dans la mesure où il y a des limites aux engagements « liquides » des banquiers. L’arrêt du crédit provoque la chute des prix. Et les fonds d’épargne ne peuvent servir éternellement de réserve de sauvetage du système financier international. »

Il s’est écoulé six ans depuis le 11 septembre 2001 qui avait déclenché le dernier krach, et une guerre pour assurer la relance économique américaine, tous les observateurs affolés oublient de le dire en ce moment. Oserai-je dire que la guerre exutoire contre l’Iran n’a que trop tardé ? Oui, j’ose le dire. Ficelée par ses rivaux impérialistes, la superpuissance US est restée coincée et va le payer cher, mais en entraînant les autres dans sa chute…

Nos spécialistes érudits vous racontent que c’est la faute à ces moutons d’opérateurs financiers qui font hausser irrationnellement les cours boursier qui s’effondrent comme un vieux loup épuisé ! L’autre explication nous est servie concernant « l'impressionnant dynamisme de l'économie américaine » dont la nature ne pouvait être durable. L'envolée des cours boursiers avait apporté aux ménages américains un `effet de richesse´ qui les a poussés à s'endetter pour consommer massivement, ce qui a permis le développement des importations américaines et, par extension, des exportations européennes, asiatiques et latino-américaines. Mais les cours boursiers surévalués, la consommation à découvert et le déficit commercial américain (passé en quelques années de 100 à 450 milliards de dollars) ne pouvaient éternellement croître et l'édifice mondial craque de toutes parts. On a tenté ensuite de nous faire croire que la crise demeurerait américaine comme si les marchés financiers n’étaient pas interconnectés. Hélas ce coup-ci les trois locomotives de l'économie mondiale (Etats-Unis, Allemagne et Japon) et adieu l’horizon d'une éventuelle reprise avec les trois machines en panne.

La jambe de bois d’un capitalisme `actionnarial´ a ridiculisé la prétention des syndicats à défendre les ouvriers et a appauvri les prolétaires en général (plus de 10% des couches moyennes en sus) ; la part des profits a décuplé par rapport à la baisse équivalente des salaires, et le retour de bâton ne s’est pas fait attendre avec la chute de la consommation des masses.

Abandonnant toute stratégie industrielle cohérente, les entreprises se sont focalisées sur la création de valeur boursière à court terme par toute une série de techniques financières: fusions-acquisitions, licenciements boursiers, transfert de dettes vers des filiales, rachat de leurs propres actions, manipulations comptables. L'édifice boursier s'effondre en même temps que des entreprises considérées jusque-là comme des modèles (Enron, Worldcom, Vivendi-Universal, etc.). La reprise risque bien d’être repoussée aux calendes grecques. La gravité de la crise actuelle va poser des problèmes politiques énormes aux dominants. Le système capitaliste est basé sur le moteur de la croissance financière. Sans croissance, il lui faut au moins une bonne guerre. Justement, nous en sommes là. Le système a trop créé de besoins artificiels et il apparaît que rien ne justifie plus une consommation artificielle ou inabordable.

Le capitaliste du XIXe siècle disait il vaut mieux vendre pas cher et au grand nombre que cher à un petit nombre. L’élite bourgeoise, ultra repue ne peut tout de même pas relancer la consommation nécessaire à la machine capitaliste. En privant de ressources suffisantes ceux-là mêmes qui pourraient consommer, le Capital se prive du carburant essentiel. Là est le ridicule des mesures d'urgences lancées en catastrophe par l'administration Bush vendredi 18 janvier 2008. À quoi bon offrir un programme de réductions fiscales quand les masses appauvries qui pourraient relancer la consommation, ne sont plus imposables depuis des lustres.

Les richesses ne sont plus réinjectées dans l’économie ou sont investies dans les pays émergents non fiables au moyen terme comme la Chine et l’Inde. Ces pays ont un faim immense de consommation et leurs dizaines de millions de prolétaires ont encore moins de moyens de consommer que dans l’Occident faussement repus. Il leur est impératif d'exporter… vers l’Occident qui sature ! C’est donc sur les places asiatiques que le krach boursier est aujourd'hui le plus sévère.

La crise des subprimes n’aura été que la cerise sur le gâteau. L’heure est grave. Ce ne sont pas que les « couches moyennes » ou les petits accédants à la propriété privée d’une baraque qui vont être jetés à la rue. Le krach va frapper cruellement des millions de prolétaires – déjà souterraine la crise en avait déjà terriblement appauvri un grand nombre – et reposer les questions majeures d’alternative de société dont tous les dominants et leurs laquais intellectuels se moquaient depuis un bon bout de temps. Il ne s’agira plus de lutter simplement pour maintenir des acquis salariaux ou défendre les retraites…

PS: Au niveau des entrefilets des chiens écrasés, la presse nous apprend ce jour que quelques milliers d'ouvriers des transports ont défilé dans Paris pour "continuer à peser sur les négociations portant sur la réforme des régimes spéciaux". Avec le servile Thibault en tête il ne s'agissait que des quelques affidés de la CGT et d'employés municipaux provinciaux. Autant dire qu'il ne s'est rien passé. "Le Monde" nous a fait beaucoup rire en titrant l'entrefilet: "les syndicats parviennent encore à mobiliser sur la question des régimes spéciaux".

dimanche 13 janvier 2008

LES IDEES REVOLUTIONNAIRES NE SONT LA PROPRIETE DE PERSONNE

(suite de l’article : La revendication et la grève politique)


Plus que tout autre, Marc Chirik a dénoncé de façon permanente les travers de la petite bourgeoisie qui ont accompagnés jusqu’ici tout le mouvement révolutionnaire, voire l’ont gangrené ou lui ont fait perdre sa spécificité (mille exemples éclairants dans ses ultimes textes in Marc Laverne, tome II, toujours très demandé dans plusieurs pays alors qu’il est épuisé et qu’on est obligé de faire circuler en format numérique, même Google est intéressé ! Ohé éditeur moins ignare que les autres !). La petite bourgeoisie retombe toujours dans l’idéalisme et a du mal à se rendre compte comment fonctionne la classe ouvrière. Elle encule souvent des mouches abstraitement et avec son impatience coutumière sans réaliser ce que le mouvement lui-même déroule sous ses yeux. Sur le lien, ténu et non automatique des revendications immédiates et du passage à la lutte politique décisive, on relira avec profit le compte-rendu génial de la grève générale à Marseille en 1944 par Marc (in Bulletin interne de la Gauche communiste internationale n°6, juin 44, dans le tome I pour ceux qui ont encore la chance d’en posséder un exemplaire). Sur cette question du lien entre quête immédiate et but politique, je vous livre ci-dessous la méthode employée par Marc pour résoudre la quadrature du cercle concernant les revendications immédiates des chômeurs ; cela se trouve dans le tome II pour une discussion de l’année 1980 :

« Le seul débat concevable aujourd'hui est de savoir comment intégrer les spécificités de cette catégorie (les chômeurs) de la classe dans la lutte générale de la classe, de savoir quelle peut être la forme d'organisation et de luttes de ces ouvriers en dehors des usines, et le contenu concret de leurs revendications immédiates les reliant à la lutte générale de la classe, immédiate et finale.
C'est à ces préoccupations que répond le Manifeste contre le chômage de la section en Espagne, et à ce titre il reste un modèle pour tout le C.C.I..
2) Il ne nous appartient pas d'établir une "plate-forme" de revendications, pas plus pour ce qui est des chômeurs que pour ce qui est des ouvriers au travail. Nous ne sommes ni des gauchistes-autonomes, ni des bordiguistes, ni des trotskystes qui se plaisent à fabriquer des "Programmes de transition".
Ce qui nous incombe, c'est:
- premièrement soutenir inconditionnellement toute lutte des ouvriers au travail ou hors du travail pour la défense de leurs intérêts immédiats sur un terrain de classe, se gardant de toute démagogie et de toute surenchère du type du FOR,
- deuxièmement veiller à ce que les luttes ne s'enferment pas dans le catégoriel (professionnel) ni localiste,
- troisièmement à oeuvrer pour leur extension et généralisation maxima et leur auto-organisation,
- quatrièmement à lier ces luttes (et dans ces luttes) aux problèmes généraux historiques de la classe, à sa finalité et à ses butes (lutte contre les menaces de guerre et pour la transformation révolutionnaire de la société: la révolution socialiste).
Nous n'avons ni recettes, ni panacées à offrir mais nous devons nous efforcer, au sein de la lutte et en la soutenant, de donner le cadre général de son développement.
3) C'est avec force et raison que le Manifeste insiste que la lutte et les revendications des chômeurs ne doivent jamais apparaître comme une requête de charité, mais comme une lutte contre les conditions de misère que leur impose l'Etat capitaliste. Les chômeurs ne quémandent pas mais exigent de l'Etat la satisfaction de leurs revendications immédiates. Ils ne demandent pas "du travail", mot d'ordre réactionnaire et par-dessus le marché utopique car irréalisable par le capital en crise. Ce qu'ils exigent, c'est que le Capital (et son Etat) porte toutes les conséquences de cette crise dont il est le seul responsable; les prolétaires au chômage (comme ceux encore au travail) refusent de subir ces conséquences. Et c'est encore avec raison que le Manifeste affirme que la satisfaction de ces exigences ne peut être obtenue que par "la lutte sans merci, l'unité de tous les prolétaires".
4) Cependant, quand le Manifeste propose comme "unique moyen" dans la lutte contre le chômage "la grève générale" ou lance pour conclusion le slogan "Contre le chômage : grève générale!", il nous semble qu'il quitte la terre ferme de la réalité concrète de la lutte pour de la "phraséologie révolutionnaire".
Ce n'est pas pour rien que la "grève générale" faisait partie de l'arsenal de la phraséologie pseudo-radicale des anarchistes et anarcho-syndicalistes qui en ont fait une panacée. Très rares sont les grèves générales, dans la longue histoire de la lutte du prolétariat, et plus rarement encore ont-elles été le point de départ d'un développement révolutionnaire (voir l'expérience de la révolution russe et allemande). Le mot d'ordre de "Grève Générale" a quelque chose d'abstrait, de statique, de "préparé d'avance" et décrété un beau jour (par qui?). Dans ce sens, ce mot d'ordre sonne creux, utopique, et peut parfaitement être récupéré et utilisé par tous les tenants du syndicalisme. Nous préférons de loin les appels à la "Grève de masses" de Rosa qui exprime mieux la tendance réelle, dynamique de la lutte. »

On est hélas loin d’une telle méthode avec le suivisme invraisemblable et l’interclassisme (confusion du rôle des militants et des étudiants) qui ont prévalu au long de la brève grève des transports. Pauvre Marc, comme il doit trépigner dans ses cendres, lui qui, en phase terminale du cancer, avec toute sa lucidité, nous écrivait :
« Nous avons toujours défendu l'idée que nos analyses ne sont pas des "vérités" éternelles, qu'elles peuvent être partiellement, et même complètement erronées. C'est ainsi que nous nous donnons la possibilité de vérifier la validité de nos positions, et au besoin de les corriger. Mais pour cela, il ne suffit pas que tout d'un coup, on énonce des idées qui viennent de vous passer par la tête. Nos positions reposent sur des analyses mûrement élaborées et qui ont nécessairement des implications politiques sur nos activités et sur notre intervention. Pour mettre en question une position importante, il faut opposer une autre analyse et non des fantaisies improvisées ». MC (4/09/1990)

CONTINUITE OU DISCONTINUITE ?

Dans l’immédiat après-guerre, Marc démontre que la continuité organisationnelle est du bluff, en étudiant successivement les dissolutions de la première Internationale mais aussi de la Ligue des communistes, comme la disparition du mouvement Chartiste (p.263 du Tome II, ‘La tâche de l’heure…’, Internationalisme n°12). Par contre il théorise faussement le repli initié par Marx et lui fait dire qu’il se consacre à « des tâches plus fécondes… la formation des cadres », ce qui est encore une concession à la continuité comme si elle était formelle alors qu’en vérité tous les meilleurs militants sont dispersés et n’entretiennent qu’une correspondance ponctuelle avec Marx ou entre eux. Cette carence signe aussi l’échec du projet de Marc Chirik, non seulement de fonder la nouvelle Internationale de son vivant, mais même d’armer théoriquement ses héritiers présumés. Marc et le CCI, c’est en plus petit comme Lénine et la révolution russe, on ne sait pas bien (s’ils avaient survécu) s’ils auraient empêché la décadence du mouvement. Dans les années 1960, il est pourtant résolument contre la théorie de la continuité organique, dans le cadre d’Internacionalismo où il dit « nous avons toujours combattu cette stupidité bordiguiste » (cf. p. 439 du tome I).

A la veille de sa mort, s’il évoque la continuité, celle-ci est organisationnelle ; il consacre ses toutes dernières forces à passer le témoin à cette organisation dont il a été le Saturne et qui a été le couronnement de toute une vie. Mais il est terriblement lucide et il met en garde : « …le dilemme qui nous est posé est: ou nous serons dignes d'être cette continuité, ou nous allons devenir des parasites de ce mouvement, devenir une entrave supplémentaire pour le prolétariat dans son effort pour se donner les organismes dont il a besoin pour faire triompher son destin historiquement déterminé. » MC (4/09/1990, hôpital Tenon)

« …Une telle défaillance, une telle faiblesse de l'ensemble du C.C.I. restant figé sur d'anciennes questions et de vieux débats, se transforme en une véritable entrave pour suivre et comprendre l'évolution de la situation. Poursuivre ce chemin voudrait dire que le C.C.I., d'avant-garde qu'il est toujours, devient l'arrière-garde du prolétariat.
Nous avons toujours insisté sur le fait que l'organisation révolutionnaire secrétée péniblement par la classe ne porte aucune garantie assurant et justifiant son existence et cela, non seulement par un processus de dégénérescence politique, mais sa perte peut aussi se produire par des incompréhensions et le fait de ne pas être à la hauteur de l'évolution des évènements et des situations. Dans ce cas, la classe se trouvera obligée de secréter et de constituer une nouvelle organisation, ce qui demande beaucoup de temps et d'efforts.
L'objectif de mon article est de pousser le C.C.I. tant qu'il est encore temps à prendre conscience de ce risque et à réagir fermement. » (Paris, le 9/11/1990. MC.)

Ce dernier écrit a valeur de testament politique, et il ne visait pas que le CCI mais toutes les organisations à prétention révolutionnaire qui peuvent servir, comme je l’ai dit dans la première partie de cet article à aider théoriquement le prolétariat et lui éviter de gâcher son énergie. Ne nous avait-il pas souvent soufflé : « si nous ne sommes pas capables d’assurer, d’autres nous remplaceront ». Ceci est une leçon d’histoire : si l’un de nous tombe, un autre se lève et reprend le flambeau, telle est restée dans l’esprit de Marc la vision du prolétariat sans cesse renaissant, même après les pires contre-révolutions, même après les plus longues faillites d’organisations.

Théoriquement nous ne sommes plus tout nus comme les canuts. Les écrits marxistes de notre tradition de ce que Marc Chirik nommait justement la « Gauche communiste internationale » restent nos guides et disponibles sur le web ! La continuité aura alors des airs de retrouvailles !

S’il faut réécrire le manifeste communiste, nous le ferons.

mercredi 9 janvier 2008

LA REVENDICATION ET LA GREVE POLITIQUE

(réponse à une critique à mon bilan des grèves de novembre 2007)

Le camarade qui rédige la Lettre internationaliste a fourni un effort d’analyse remarquable pour ce numéro 8. On peut y lire un éditorial très compact et percutant sur les exigences pour la lutte des classes, une analyse approfondie du krach qui vient qui s’appuie judicieusement sur la conscience partielle des observateurs bourgeois eux-mêmes, une autre réponse assez imparable aux facéties théoriques des anarchistes humanistes qui se nomment « communisateurs » et des documents historiques.

Je m’attacherai à répondre ici à deux critiques qu’il a portées dans son deuxième article « Où en est la classe ouvrière en 2008 ? » à mon texte bilan de la grève des transports en France de novembre 2007.

Michel Olivier a été enthousiasmé par ma critique de l’intervention des divers groupes politiques, disons surtout ceux qui peuvent avoir une prétention révolutionnaire. En me citant abondamment, il passe cependant à côté du fond de mon argumentation par deux critiques pour l’essentiel :

1) un dérapage où je sauterais des luttes défensives du prolétariat à la lutte politique, faisant de moi un pré ou pro-communisateur (espèce qui nie tout rôle révolutionnaire au prolétariat) ;

2) une velléité de rompre avec la « continuité organique », c'est-à-dire (mais c’est exprimé confusément) de se passer des « liens d’avec les organisations du passé (qui) sont très ténus mais c’est une raison supplémentaire pour ne pas les nier et même les combattre » ( !?). Il avait précisé en tête de paragraphe « nous ne pouvons pas nous passer des organisations révolutionnaires existantes actuellement.

Il ne s’agit pas d’un simple débat entre Michel et moi après-coup, et à froid une fois le tumulte gréviste passé, mais une injonction à s’en mêler pour tous ceux qui veulent aller plus loin en évitant au mouvement des chausse-trapes répétées.

Avant de répondre à ces deux critiques je tiens à préciser que je me situe fondamentalement du point de vue des besoins de la classe ouvrière au niveau de ses revendications immédiates aussi confuses et multiples soient-elles et surtout, inséparablement au niveau de ses besoins « politiques ». L’avis subjectif peut bien paraître dérisoire, ou si à la mode de nos jours, mais pour la plupart des sujets pensants normalement il n’existe plus de parti pour penser à la place de chaque individu d’une classe donnée. Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, c’est un fait. Le parti-père comme la SD allemande ou parti-mère comme l’IC n’existent plus et ne sont pas prêts de renaître comme ils furent. Comme tout ancien militant, j’ai plutôt tendance à regretter toute disparition d’organisation de référence, même minoritaire. 40 années se sont écoulées depuis l’heureuse année 1968, et des dizaines de minuscules brûlots successifs qui ont joué au parti du prolétariat ont pour la plupart disparus, quand ceux qui ont subsistés n’en finissent jamais de s’étriper (par papiers interposés) et de s’exclure les uns les autres.

Comme tous les gens un peu plus informés, je jette évidemment un œil sur les prises de position des groupes existants et même sur celles des rigolos gauchistes et de l’élite rose. Les partis bourgeois eux-mêmes décadents n’ont plus un grand pouvoir de leurs mandants ; des groupes de pression minoritaires tirent les ficelles. La politique bourgeoise a même corrompu complètement le fonctionnement des néo-léninistes comme LO et LCR ; la personnalisation-pipolisation autour de figures de proue comme A.Laguillier et Besancenot rigidifie plus encore la hiérarchie de ces organismes. Dans l’ensemble, la politique est redevenue, par devers l’inquiétant mai 68, affaire d’experts, d’économistes patentés et de guignols de l’info. Est-ce à dire qu’il ne faudrait plus de parti et attendre un nouveau mai 68 spontanément révolutionnaire ?

Certainement pas. Il existe des tas de cercles actuels ou à venir, des minorités et des individus qui ne demandent qu’à retrouver ou à fonder un creuset commun de réflexion et d’orientation.

Je répète ce que je disais dans mon article : si un groupe politique existe pour le prolétariat, pour son émancipation, c’est avant tout, on en conviendra, pour l’aider de sa lucidité dans l’analyse du rapport des forces et pour lui éviter de gâcher son énergie. Alors un groupe politique pour l’ambitieuse transformation du monde moderne est-il possible et viable de nos jours ?

Si les groupes dont j’ai critiqué la prestation syndicaliste suiviste – hors des gauchistes qui ne s’adressent plus qu’à la « population » électorale – pensent représenter ledit prolétariat, ils le représentent bien mal et surtout ne lui donne aucune orientation crédible. Sur ces groupes (et j’y reviendrai) contrairement à Michel qui les enveloppe sous l’étiquette « gauche communiste », je ne pense pas qu’on puisse dire qu’ils sont en crise. Leur autisme « léniniste » les préserve de toute remise en cause et ils ne discutent pas chez eux non plus ; le CCI a exclu successivement tous ceux qui pensaient qu’on pouvait encore y débattre et le BIPR, dont Michel se fait le chantre, n’a jamais laisser briller le reflet de véritables discussions internes.

Chacun est le parti mondial unique de demain dans son village et on ne trouve aucune réflexion originale permettant de s’orienter dans le marasme théorique actuel ; or le centre de mon souci dans l’article était et reste la théorie, ce que Michel n’a que partiellement saisi et veut rattacher à la survivance de groupes stériles.

1) LES LUTTES IMMEDIATES CONDUISENT-ELLES AU RENFORCEMENT DU PROLETARIAT COMME CLASSE ?

Je préfère formater ainsi la question car je ne veux pas qu’on en revienne au vieux débat de l’après-68 entre petits bourgeois « modernistes » pour le saut révolutionnaire impatient contre la tradition marxiste du primat de l’économique dans la lutte.

On n’est plus au XIXe siècle bon sang ! Les revendications immédiates des grèves ne sont pas en soi et depuis belle lurette un gage de développement de la conscience de classe puis viaduc pour l’insurrection, ce que s’échinent à imaginer le moindre syndicaliste trotskien ou anarcoïde qui solutionne le rébus en déclarant qu’il faut toujours « accompagner les ouvriers même dans leurs illusions » (et dans le but de « se mettre à leur tête ») et de « nous prendre la tête ».

Le Capital a intégré à son fonctionnement la plupart des luttes corporatives en les chapeautant avec l’institution syndicale. Les grèves corporatives ne dérangent personne en général et ne sont aucunement vouées à se généraliser. Il y a toujours eu plusieurs types de grèves sans intérêt pour la majorité des exploités; grèves pour le salaire de telle usine, le temps de travail de telle entreprise, contre des licenciements dans une branche en déclin (que l’Etat restructure comme il l’a fait pour les mines, j’ai vu arriver à EDF d’anciens mineurs assez arriérés et peu solidaires), mais aussi pour la défense de statuts particuliers, etc.

La grève des transports a été engagée d’emblée dans l’impasse d’une grève de type corporatif (préservation de garanties de retraite précoce pour une catégorie de travailleurs) après que la majeure partie de la population ouvrière ait été « alignée » en une dizaine d’années sous le même régime. Au lieu de se poser la question de quel type d’action mener face à une telle grève ni de s’inquiéter du coup fourré du gouvernement, la plupart des groupes gauchistes et de la dite « gauche communiste », et Michel lui-même, ont embrayé à la suite des syndicats pour crier « retour aux 37,5 annuités pour tous ! ».

Parce que je me suis moqué depuis le début de cette galéjade je serais désormais à compter parmi ces horribles « communisateurs » qui nient « la valeur des luttes défensives de la classe » ! Toute lutte défensive n’a pourtant pas une valeur en soi ! Et, dans le piège tendu par gouvernement et syndicats complices, l’hameçon des 37,5 annuités est resté suspendu en l’air ! La dite revendication « unitaire » avait des allures d’archaïsme, dont la presse servile s’est bien gaussée auprès des autres ouvriers et employés !

On m’objectera que les grévistes ne pouvaient pas se laisser faire sans réagir et qu’ils n’avaient pour espoir que la surenchère : puisque le gouvernement croit nous ficeler, on va appeler les autres, tous les autres travailleurs à réclamer la même chose que nous ! En réalité, la grève est restée probablement minoritaire tout le long même parmi les premiers concernés et les pauvres grévistes sont restés, eux-mêmes, dubitatifs sur une lutte de derniers des Mohicans. C’est pour cela que, même piégée et provoquée par le gouvernement, on peut dire qu’elle fût une grève politique, au sens où les ouvriers anticipaient sur leur défaite mais voulaient montrer leur force. Elle fût politique par sa résonance, par la détermination des grévistes, par leur capacité à se replier face au piège en ne se laissant pas enfermer dans une durée préjudiciable. Elle fût politique parce qu’elle révéla toute la haine de classe de la bourgeoisie contre les prolétaires en lutte. D’ordinaire le mépris total des ouvriers est de mise, mais en novembre la presse veule s’est déchaînées, l’artificialité et la manipulation des sondages n’ont jamais été aussi patents.

La grève n’a pas pu prendre l’ampleur de 1995. Et pourquoi ?

En 1993, Balladur avait fait passer le privé à 37,5 annuités, grâce à Mitterrand et à ses amis syndicalistes des nationalisations (flattés dans leurs forteresses). Fort de ce premier succès obtenu sans peine (le privé ne fait que peu grève car il n’en a pas les moyens, excepté au moment de la fermeture !), l’aile droite de la bourgeoisie, débarrassée de la pénible cohabitation, croit pouvoir aligner tout le monde avec Juppé-Chirac, mais ne mesure pas assez combien l’affaiblissement de la gauche au pouvoir a libéré l’énergie des masses. Le mouvement prend une ampleur plus politique que syndicale, réouvrant les vannes en partie comme en 68 du gouffre entre ceux qui « savent » et le peuple « incapable » - on se rappelle des discours assommants sur l’intérêt général, le franc fort, les impératifs économiques pour « sauver les retraites », etc. Le fusible Juppé saute mais pas le fond de la réforme qui est dès lors découpée en tranches. En 2003 Raffarin aligne les fonctionnaires à 40 annuités sans riposte. Son successeur Fillon, déjà maître d’œuvre sur le même sujet, parfait la continuité en 2007 pour le dernier carré sur les rails de la défaite annoncée.

Bien sûr, rien n’est resté très clair des « négociations », qui ont repris leur habituel ronron secret, on se doute des multiples arrangements et dérogations par corporations pour calmer les ouvriers (dont nombre ont eu l’envie légitime de faire péter les rails et pas seulement de menacer à plusieurs reprises les chefs syndicaux comme Thibault, qui sort toujours accompagné de gardes du corps).

Mieux, on se souvient avoir été « informé » que le gouvernement comptait peaufiner son avantage en poussant le bouchon jusqu’à 41 années en 2008 pour tous. C’est gentil une année supplémentaire (qui protesterait serait taxé de goujaterie n’est-ce pas ?) alors qu’il faudra ajouter deux, trois, voire cinq années supplémentaires ; la question du paiement des retraites est un puits sans fond…

Ce n’est pas une simple provocation verbale, c’est la volonté de la bourgeoisie. Quand une première attaque a connu le succès, une deuxième a toutes les chances de passer, surtout si le fer de lance des principaux secteurs paralyseurs de l’économie a été émoussé. Mais, dirions-nous bien haut, si nous étions un parti du prolétariat avec pignon sur rue : qu’il essaye maintenant que tout le monde est aligné sur le même régime, et alors on ripostera sans hésitation « tous ensemble » !

Facile à dire, mais « tous ensemble » pour quoi ?

Est-ce qu’il n’y a pas risque à nouveau d’immobilisme :

- parce que tous les travailleurs auront été convaincus que la « sauvegarde de la retraite pour tous » serait l’objectif de l’Etat bourgeois en vue de « combler les déficits »?

- parce qu’il n’y a aucun syndicat ni parti politique pour proposer une alternative à la crise ou à « la situation en France » ? (la faiblesse de la gauche en opposition ne joue plus en faveur d’une lutte décidée comme en 1995, elle peut même illusionner en donnant espoir en sa réanimation ou cure de vitamines de jeunesse évanouie…).

A mon sens, le gouvernement reste prudent des risques que peut quand même faire peser l’alignement de tous sur 41 annuités, et il ne peut plus recommencer à découper en tranches l’attaque-réforme. Il prend le risque de confronter des grèves « politiques », non pas sans revendication économique, ni potentiellement insurrectionnelle, mais comme en 68 comme un ras le bol du mépris institutionnel et de la faconde des corps de répression sociale. ICO est le seul groupe en 1968, à voir clairement que la révolution est une question de besoins, non du simple besoin de pain que le Capital satisfait mais en vue d’une production « qui donne satisfaction totale aux besoins de l’homme et d’une société où l’individu ne soit pas constamment frustré dans son activité » (p.88, reprint ed. Spartacus 2007). La classe ouvrière en mai 68 ne réclamait pas en soi des augmentations de salaires – augmentations dérisoires accordées et présentées comme immense victoire par la CGT – mais un changement du mode de production (cf. les larmes de l’ouvrière de Wonder).

On ne peut pas séparer le souci du pain du souci de la vie mensuelle, comme on ne peut pas séparer dans la protestation contre l’Etat bourgeois les grèves des émeutes de 2006 et 2007 dans une « société qui n’a plus de rêves » comme l’a dit une jeune étudiante. Chaque événement va poser, on l’espère , de plus en plus le problème au niveau de la société en général ; c’est pour cela que la bourgeoisie a pour cheval de bataille dérisoire et accessoire l’écologie et les selles de vélos.

L’agitation personnalisée sur Sarkozy reflète surtout l’énervement de toute la bourgeoisie. Elle est poussée au cul par les craquements de son système. Son gouvernement lance en piste début janvier de cette nouvelle année, Chérèque, le principal toutou. Chérèque teste : « tant que le niveau d’emploi des seniors reste si faible, le passage à 41 ans ne sert à rien » (le 8/01). Pourquoi n’a-t-il pas dit la même chose pour les 40 annuités ? Il se prépare à nouveau à jouer le croque-mort de la grève suivante ?

Après l’échec du dernier carré des services publics, avec le lourd matraquage des « experts » sur la conduite des finances de la nation, des efforts requis pour toutes les catégories (excepté pour le monarque président et ses ouailles politiques et industrielles), la question qui se pose n’est pas simplement de dire qu’on ne va pas encore laisser passer cela (et de se préparer à une nouvelle comédie syndicale) mais de poser les questions politiques : que signifient ces attaques renouvelées et de plus en plus rapprochées, quelle riposte, dans quel état est la société, va-t-on se laisser enfermer petit à petit dans la misère face à l’arrogance des « spécialistes », va-t-on être encore les moutons de Panurge de la compétition pour le poste de PDG des PME municipales ? Cirque qui bafoue les stupides citoyens électeurs à sa guise et au même titre que le traité de Lisbonne où la bourgeoisie européenne s’assoit peinarde sur le référendum noniste français.

LA QUESTION DES RETRAITES est au cœur de la crise du système capitaliste. Elle véhicule sa vérité dérangeante mais autant de contre-vérités. Entité multiforme et spongiforme, la retraite est le serpent de mer de tous les égoïsmes de castes, promesse de havre de paix dans le turbulent capitalisme tout autant que terre d’ennui et remise avant le cimetière. Les capitalistes au sommet des hiérarchies managériales sont sur le sujet plus émancipés que nos révolutionnaires amateurs modernes : ils la méprisent. Un Lagardère est mort à 75 ans en pleine fonction managériale. Journalistes, personnel politique bourgeois et syndicalistes permanents ne cessent jamais leurs activités. En face, la retraite est légitime au plus tôt pour en finir avec des boulots de merde, pour en finir avec le mépris hiérarchique et la théorie fasciste de la jeunesse ou de la génération montante. Mais qu’on ne me dise pas qu’elle est le but de l’existence ! Ou le but de la société ! Dans l’Antiquité les vieux n’étaient pas jetés hors de la société, mais, s’ils n’étaient pas tout à fait considérés comme des dieux, ils devenaient les sages de la cité. Aujourd’hui encore il existe des contrées où les vieux sont respectés : en Asie et dans les pays musulmans on ne les parque pas dans des maisons de retraite, on ne les laisse pas crever dans la solitude.

En soi, depuis les géniaux écrits de Marx, la bourgeoisie n'a pas inventé d'autres moyens pour extorquer la plus-value que l'augmentation de la durée du travail et la baisse des salaires, comme le rappelle Rosa Luxemburg dans "Introduction à l'économie politique". La plupart des prolétaires ont compris cela de Thiers à Sarkozy. Mais cela ne les renforce pas pour autant dans le sens de renverser le capitalisme. On attend la retraite comme on attend la paye, comme un dû et tant que cela vient, bon an mal an comme une sorte de tranquille acquis, bon vent. Hélas nous ne sommes plus dans l'épopée du XIXe siècle, plus aucun progrès ni aucune sécurité ne sont visibles à l'horizon.

En ce début de XXIe siècle, comme le chômage, la retraite est devenue endémique, ambiguë et incertaine. Généralement, et au cours des discussions avec les jeunes prolétaires grévistes, on a tous entendu : « la retraite nous on l’aura pas » ! Grave non ? Mais aucun de ces jeunes prolétaires ne va jusqu’à en tirer les conclusions qui sont claires : si le capitalisme nous jette massivement, jeunes ou vieux, dans une situation de SDF, de sans-ressources, on va le faire exploser ! Pas si simple pourtant, ce n’est pas au niveau N du seuil de misère généralisée que peut surgir une révolution. Le capitalisme expulse de plus en plus de la production dans les pays riches et s’avère incapable d’assurer le lendemain aux prolétaires démunis. Insensiblement le capitalisme reproduit ses propres fossoyeurs en générant la conscience de l’identité de classe, disons l’être de classe (non une conscience désincarnée), c'est-à-dire « la peur du lendemain » comme l’a dit un jour lointain Babeuf. Dans le même ordre d’idée, les prolétaires se battent par conséquent pour des lendemains qui ne fassent plus peur. Sur ce chemin ils retrouveront inévitablement la théorie communiste flambant neuve.

REEDITION DES MEMES ECHECS OU SORTIE DE SECOURS ?

Il faut se résoudre à se démarquer enfin de ce trade-unionisme bien-pensant, complaisant pour l’ouvrier borné, et oser dire enfin que jamais les révolutions ne sont sorties de la lutte syndicale ni des revendications en soi. La grève en soi fait l’objet d’un sacro saint respect pour la plupart des minorités qui se prétendent révolutionnaires. Naguère, Proudhon et Weston, révolutionnaires petits bourgeois cosidéraient les grèves inutiles, considérant que toute augmentation des salaires entraînait une hausse correspondante des prix. Marx avait raison contre Proudhon, la lutte gréviste permit jusqu'en 1914 une importante amélioration des salaires réels. Avec la fumisterie de l'action syndicale moderne et sa cogestion de la misère sociale, Proudhon aurait à présent plutôt raison. En tout cas, Pour Marx (en faveur des grèves renforçant l’expérience prolétarienne), à toute époque, il ne faut pas se mettre à genoux derrière les ouvriers ; en septembre 1850, au sein de la Ligue des Communistes, il vitupère contre la conception idéaliste (« la simple volonté comme moteur de la révolution ») , il enjoint aux ouvriers « de se transformer eux-mêmes » et « pour se rendre aptes au pouvoir politique ». Marx s’indigne qu’on flatte le « caractère primitif » du prolétariat allemand, qu’on flatte « outrageusement le sentiment national et les préjugés corporatifs », ce qui rend « populaire ». Hélas : « De même que les démocrates font du mot « peuple » une entité sacro-sainte, vous sanctifiez le mot « prolétariat ». Si on est révolutionnaire, on n’est pas là pour flatter le prolétariat (ou une de ses parties) quoiqu’il fasse.

Les révolutions mêlent toujours le politique et l’économique, mais c’est bien les questions politiques (guerre, répression, catastrophes, chômage de masse) qui sont décisives et favorisent l’unité de la classe ouvrière. La révolution est le point de rencontre entre la crise du capitalisme à son sommet (krach ou guerre) et la théorie révolutionnaire dont les masses s’emparent. Michel Olivier découpe en deux tranches la conscience de classe :

- pour la partie basse des « travailleurs ont énormément régressé » (ils votent à nouveau et suivent les syndicats) qui peut aller jusqu’à la création d’organes autonomes,

- -pour la partie haute des « organisations doivent donner du contenu à la conscience de classe » et éventuellement créer le parti politique révolutionnaire.

Ce clivage me gêne vraiment car il recoupe en gros, et confusément, la séparation bourgeoise économie/politique, qui, à toute époque, vise à confisquer le contrôle de la politique par les masses ouvrières. Les révolutionnaires ont de tout temps tendance à se substituer et à confisquer des idées qu’ils n’avaient pas imaginées (cf. Les Conseils ouvriers en Russie) ; il faut aussi se méfier maintenant des prétendus révolutionnaires, les puristes, les moralistes, les qui se trompent jamais, les qui on va voir ce qu’on va voir, etc.

Les ouvriers ont toujours une tête politique et pas seulement les mains dans leurs poches. Nous, ex-militants ou militants, ne sommes pas différents d’eux sur le plan de notre impuissance politique actuelle. Nous sommes différents parce que nous croyons une autre société possible et savons comment les meilleurs révolutionnaires des années 1920 ont été éliminés (après avoir trempés eux aussi les mains dans le cambouis), et surtout parce que nous avons la passion de l’histoire car nous avons appris qu’aucune société n’est éternelle.

Sur le fond, ce n’est pas vrai que la classe ouvrière régresse à notre époque - les conditions qui lui sont faites, dignes du XIXe siècle, vont la pousser à de grandes choses - et il faut toujours se méfier de l’eau qui dort. La classe ouvrière continue à s’abstenir massivement et les syndicats ont toujours des effectifs ridicules. La bourgeoisie sait fort bien qu’en cas de brusque montée des eaux, les barrages machiavéliques sont très fragiles.

En mai 68 (événement spontané) les clivages sociaux sautent dans la rue, on n’est plus ouvrier ou étudiant mais un des millions « d’enragés » ou des millions de la « pègre » et culpabilité de l’ignorance (événement non spontané) on recherche partout dans Paris des livres sur la Commune de Paris et la révolution russe, et on n’en trouve pas ou peu. On chercha à adhérer à un parti représentatif du mouvement, mais il n’y en avait pas parce que les partis ne peuvent représenter vraiment un mouvement de masse. Ce qui était frappant était le déclin du PCF, signifiant la fin du parti unique, même version léniniste pure et certifiée. Le comblement du vide par une myriade de groupuscules gauchistes confirmait aussi l’inanité de la multiplicité. Ni parti unique ni partis multiples ne peuvent suppléer à la création d’organismes de masse. Les comités d’action, produit de ce mai bigarré et mal débarbouillé, n’arrivèrent pas à la cheville des Conseils ouvriers des années 1920, et c’était bien naturel : ce n’était qu’un début… Les tracts des groupes étaient lus avec avidité. L’intérêt était goguenard pour les discours des groupuscules. Les situationnistes n’ont eu qu’une réputation d’esthètes et sont restés invisibles pour la plupart. Les groupes historiques de la « gauche communiste » ont brillé par leur absence ou leur modestie. RI n’existait pas encore ni les Cahiers du communisme de Conseils, etc. Des individus qui commençaient leur apprentissage politique ont ensuite romancé leur activité réelle. Les plus actifs des cercles révolutionnaires à Censier et dans quelques villes provenaient du tronc Socialisme ou Barbarie, comme Pouvoir Ouvrier (déclinant), ICO (lieu de rencontre intéressant qui a permis la fécondation des nouveaux groupes) ; et rien n’était cloisonné, on pouvait aller participer aux réunions des Cahiers de mai avec Daniel Anselme, aux AG des facs, dans la rue. Rien à voir avec notre époque où chacun est frileusement replié sur soi, où les groupes cherchent à confisquer politiquement le moindre pet du prolétariat ou un rot d’étudiant.

Quelques groupes, issus de mai, ont réussi à se développer et même à reconstituer un travail théorique appréciable sur une vingtaine d’années (RI-CCI quasiment seul) quand les vieux groupes de la « gauche italienne » se rabougrirent en gardant quelques beaux restes. Aucun de ces groupes n’a été capable de percer ou de peser dans les luttes ouvrières depuis 40 années.

L’initiative de rencontre de regroupement (Milan 1977) lancée par Battaglia Comunista et surtout prise en main par le CCI a été une vanité de plus ; depuis 30 ans il n’y a plus eu de conférences entre fotuti et fotenti (enculés et enculeurs). Comme les ancêtres de l’immédiat après-guerre, l’histoire de ces groupes n’est qu’une suite ininterrompue de procès mutuels, de divisions, d’anathèmes, d’exclusions, de scissions… Dans leurs querelles, CCI et BIPR se sont ridiculisés mutuellement pour leur prétention à construire le « squelette » du parti futur : le BIPR se riait du CCI « créant des sections nationales par le bourgeonnement d’une organisation préexistante (…) avec un centre de publication rédigées ailleurs » ; mais ce même BIPR se ridiculisait aussitôt en faisant dépendre l’apparition de sections internationalistes « des réelles batailles politiques et sociales dans le pays lui-même ». En gros, pour la caricature, le CCI planait comme archange d’une IC bis (suiviste et bureaucratisée depuis Paris) et le BIPR pour un remake de la SD allemande (sur bases nationales et aussi bureaucratisée depuis Milan).

Le CCI, dans les années 1980, a couru derrière le syndicalisme radical sans parvenir à le dépasser. Michel nous confie « Seul le BIPR fait un grand effort pour réévaluer et suivre la situation mouvante au niveau international », et on s’en fiche ! L’idée de continuité organisationnelle que défend Michel (en roulant pour le BIPR, vieux groupuscule italien qui s’est nommé « bureau » pour faire pièce à l’extension d’une poignée de correspondants multilingues du CCI pompeusement nommés « section du CCI » du pays où ils se trouvent) est fausse historiquement et ne correspond pas à la vision et à l’activité de Marx. Comme le CCI il croit dépasser les critères artificiels bordiguistes (parti historique et parti formel) en fusionnant les deux ; ainsi le ou les futurs partis de l’insurrection anticapitaliste ne pourraient apparaître que du corpus de ces deux sectes pithécanthropes ! Ces organismes gériatriques sont devenus un obstacle à l’émancipation des travailleurs par eux-mêmes par leur sectarisme, les mensonges répétés sur leur propre histoire et leur propre impuissance à renouveler la théorie marxiste.

Démissionnant du PCI en 1971, notre ami Goupil écrivait :

« Rappelons simplement que Marx a toujours souligné le danger de vouloir maintenir une continuité organisationnelle. Conscient de la nouvelle phase de prospérité qui allait s'étendre en 1850, il affirme "l'impossibilité d'une véritable révolution" et proclame la dissolution de la Ligue des Communistes. C'est la seule façon de détruire une ambiguïté dangereuse. Dans une lettre à Sorge en 1874 il précise : « lorsque les circonstances ne permettent plus à une association d'agir efficacement, lorsqu'il s'agit d'abord de maintenir le lien d'union pour qu'à l'occasion, il puisse être utilisé encore, il se trouve toujours des gens incapables de s'accommoder de cette situation, qui veulent absolument "qu'on fasse quelque chose", lequel quelque chose ne saurait être ensuite qu'une bêtise. Et quand ces gens réussissent à obtenir la majorité, ils obligent tous ceux qui ne veulent pas assurer la responsabilité de cette bêtise à s'en aller ».

Goupil, comme d’anciens valeureux membres du PCI, était conscient que la plupart des petits groupes depuis 1968 étaient trustés par les petits bourgeois radicaux, les petits profs mal récompensés et les intellectuels ratés. Les conditions de paupérisation, d’expulsion et de soumission aux hiérarchies diverses du capitalisme actuel, ne remplissent-elles pas les conditions où pourront se réaliser les fulgurantes lignes du Manifeste communiste de 1948,

« Tous les mouvements historiques ont été, jusqu’ici, accomplis par des minorités ou au profit de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l’immense majorité au profit de l’immense majorité. Le prolétariat, couche inférieure de la société actuelle, ne peut se soulever, se redresser, sans faire sauter toutes les couches superposées qui constituent la société officielle ». Fort et étonnant, non?

A suivre…