"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 30 décembre 2023

L’état du monde en guerre mondiale : va-t-on sortir en 2024 de cette période religieuse réactionnaire ?

«  En 1849, une commission se réunit pour préparer un nouveau statut de l’Enseignement. Thiers se déchaîne contre les instituteurs, ces « anti-curés ». « Qu’on ferme les écoles normales, glapit Thiers, que le curé de la paroisse se charge de l’instruction primaire. Aussi bien il apprendra toujours au peuple qu’il a plus besoin de moralité que de savoir », et Thiers avoue ses préférences :« J’aime mieux l’instituteur sonneur de cloches que l’instituteur mathématicien ».

« Qu'importe que ce soit un sabre, un goupillon ou un parapluie qui vous gouverne! − C'est toujours un bâton ». (Clemenceau, 1899)

Aux Etats désunis on assiste à la compétition d’un président gâteux et d’un ancien président fou, constat à signification universelle de l’état de décrépitude du capitalisme dont wokisme et islamo-gauchisme ne sont que les couches imbibées et les chaises roulantes, j’allais dire croulantes. Quelle est la guerre locale la plus honteuse en cette triste fin d’année, celle en Ukraine ou celle à Gaza ? Les industries d’armement et leurs généraux VRP se lèchent les babines avec les autres perspectives de massacres potentiels forcément en mer de Chine, au Venezuela et partout ailleurs. Il n'y a plus de guerres locales !

La guerre mondiale est déjà là et on ne s'en était pas aperçu ! Au début, et même à la fin, les guerres mondiales n'ont pas lieu partout. En 1914 comme en 1939 une grande partie de la planète n'était pas touchée. Pendant les premières années de la Seconde le territoire américain n'était pas concerné, ni l'Amérique latine, ni une grande partie de l'Afrique. Si l'on voulait établir une comparaison, ,avec ses limites, on pourrait évoquer cette « drôle de guerre » en 1939 qui dura un an avant que Hitler ne choisisse d'envahir la France. La guerre actuelle, effective ou potentielle, sur tous les fronts, possède cependant une caractéristique essentielle qui la différencie des guerres du passé : elle est irrationnelle.

Il demeure des vérités humaines sordides qui ridiculisent toujours les utopistes marxistes qui imaginent que les guerres ne sont que la conséquence de l'esprit capitaliste. Au cours de toutes les guerres depuis l'antiquité, l'homme le plus vertueux abandonne toute réserve et se laisse mener par son agressivité et ses instincts sexuels sans aucune retenue. Le goût du meurtre s'allie à celui du viol, comme s'il existait un lien intime entre l'amour et la mort. Est-il admissible que des peuples entiers, sans distinction de classes, acceptent ou subissent des massacres barbares sans remettre en cause leurs oppresseurs ? Et la fameuse classe ouvrière internationaliste, où est-elle depuis deux ans ? Nulle part. On ne peut pas dire qu'on ne sait pas ou qu'on ne voit pas. On sait par l'avalanche d'infos et de mensonges de guerre. On sait que des milliers sont tués, torturés, violés ; ce n'est pourtant pas un faux de sauvagerie immémorial dans la dite âme humaine qui est le facteur explicatif. C'est le poids de l'idéologie, et à toute époque, hier comme aujourd'hui. C'est la capacité à imposer l'idée que c'est la faute à l'autre, décrit comme nazi, terroriste ou Satan, avec à l'époque moderne des moyens considérables pour rendre confuse toute réflexion rationnelle. Toutes les sociétés du passé en décadence produisaient un éclatement social des castes et des classes. Dans tous les domaines des activités humaines se développent une violence sans limites où l'homme civilisé retourne à son état primitif.

Je n'ai pas envie de me servir du freudisme1, mais, désolé, la guerre peut être un ersatz à la lutte de classe. Sur près de 130 millions de russes, 100 millions sont payés par l'Etat ! La terreur de Poutine n'explique pas tout. L'individu, plongé dans la guerre, peut y trouver un relâchement des entraves sociales et légales. Il peut libérer des passions, surtout mauvaises. Les spectacles sanguinaires peuvent convenir aux deux côtés comme on le voit dans le carnage à Gaza.

Toute la population mondiale sait, y inclus le prolétariat. Mais la seule défense ou protection psychologique, c'est le port des oeillères comme en 1915 comme en 1943...

LA PLONGEE DANS UN IRRATIONNEL CAPITALISTE

La première question à se poser est : le conflit en Palestine est-il régional, et la réponse est non, ce qui veut dire que nous sommes dans une escalade qui peut mener à un vrai conflit "mondial" engageant l'Europe et les Etats-Unis, non pas à partir de la guerre à Gaza mais depuis « la menace » inaugurée par l'invasion russe en Ukraine il y a deux ans, réveillant un peu partout les appétits impérialistes de chacun. Sous la gloriole de l'éradiquer à jamais, en attaquant Gaza avec une telle barbarie, la bourgeoisie israélienne ne pouvait pas ne pas avoir prévu la capacité de riposte du Hamas, qui ne fait qu'amplifier ses sanctions habituelles : évacuer les populations civiles, les massacrer et détruire leurs maisons, quand le massacre éhonté du 7 octobre sert de prétexte répétitif à faire durer une guerre aussi absurde que celle en Ukraine, dont les seules raisons (intérieures) pourraient bien être de sauver la peau à Netanyahou et à Poutine !  

 Les guerres, depuis surtout 1914, n’ont jamais été des conflits opposant des soldats sur un champ de bataille dans le style : « Messieurs les Anglais, tirez les premiers ! », mais dans le style de Cambronne : « MERDE ! ». Autant qu’on puisse le savoir, elles ont toujours fait à peu près autant de victimes parmi les civils que parmi les militaires, ce qui avait été le cas en 1914-1918, quoique les historiens ne parlent que de la mort des fantassins. Elles tendent désormais à frapper davantage les civils : au moins 40 millions de victimes civiles pendant la Seconde Guerre mondiale pour 22 à 25 millions de soldats. Dans ces conditions, il est permis de soutenir qu’aucune guerre du capitalisme moderne n’est justifiable.

Sans oublier les ignobles bombardements de Hiroshima et de Nagasaki, qui n'ont jamais ouvert un droit à la repentance éternelle comme pour le génocide des juifs, les bombardements anglo-américains pendant la Seconde Guerre mondiale ont fait entre 350.000 et 500.000 victimes civiles allemandes et près de 70.000 victimes civiles françaises, hommes, femmes et enfants. Il n’y avait pas à l’époque BFM ou CNEWS pour nous les montrer tous les soirs, mais elles n’en étaient pas moins violentes et terroristes. Ces bombardements furent massifs au printemps 1944 pour retarder la progression des blindés allemands vers l’ouest et faciliter le débarquement. Le 26 avril 1944, le service français de la BBC disait : « Cette nécessité est horrible. Sans doute jamais dans l’histoire aucun allié n’a-t-il dû infliger des blessures aussi sanglantes et aussi pénibles à un autre peuple allié et ami. ». C'est à peu près le même raisonnement cynique des nationalistes juifs, humour culinaire les mains pleine du sang des enfants palestiniens : « on ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs » ; tous des terroristes (qui méritent leur sort funeste comme n'importe quel tueur du Hamas) ainsi qu'a été chargé de le proclamer l'ex otage Mia Schem au service du criminel de guerre Netanyahou, récemment libérée, quand, au demeurant, ce fameux Hamas co-créé par Bibi le tueur a fait perdre toute légitimité morale et politique à l'aspiration nationaliste palestinienne.

Pour comprendre cette politique mondiale de l'autruche (on ne veut pas voir la guerre qui est là) il nous faut ici recourir à une notion marxiste, celle de période contre-révolutionnaire. Une contre-révolution que je qualifie d'islamique, comme hier on la nommait cléricale. Néanmoins, comment ne pas comprendre le retour au galop des religions, particulièrement l'islam, face à un capitalisme irrationnellement déchaîné, quand, comble pour la vraie conscience humaine, la croyance superstitieuse apparaît plus logique et raisonnable ?

QU'EST-CE QU'UNE CONTRE FREVOLUTION ?

Bêtement et vulgairement, un militant maximaliste vous expliquera : « c'est à la fin de la révolution, son échec ».  C'est plus complexe car la contre révolution n'efface pas complètement la révolution, elle se produit aussi pendant la révolution. Napoléon n'est pas simplement la « réaction thermidorienne » ni un vulgaire Hitler, Lénine n'a rien à voir avec Staline2. Pas la peine de préciser que Poutine le petit n'a rien à voir avec Alexandre le grand.

Je ne vais pas radoter comme le CCI sur la méchante contre révolution stalinienne que seules les « gauches communistes », qui tiennent dans une cabine téléphonique, auraient identifié et perpétuellement combattu (dans le désert) mieux qu'un Soljetnitsyne. Le moment contre révolutionnaire n'est pas séquentiel ni linéaire et peut être en décalage. La vague révolutionnaire qui déferle en 1917 suscite immédiatement une réaction contre-révolutionnaire, avec les popes en tête, pas encore les imams. Mais la contre-révolution d’après-guerre de 1918 (isolement de la révolution russe) n’implique aucunement un retour à la religion et à l’obéissance aux supérieurs, tel que le conçoivent les conservateurs traditionnels du dix-neuvième siècle aux moments d'une menace révolutionnaire. Il faut un intermède paradoxalement dictatorial pour rétablir à nouveau l'autorité bourgeoise. Ce sera Staline qui fera brûler les Eglises pour mieux promouvoir une religion politique staliniste – une sorte de communisme oecuménique et aussi creux que le bon dieu - qui ne détruira jamais la religion orthodoxe et dont ses successeurs et le nain Poutine feront un usage réactionnaire conséquent.

LA CONTRE REVOLUTION EST UN INTERMEDE

La longévité des Hitler et Mussolini au pouvoir, inférieure à celle de Staline, n'équivaut pas à 50 ans de pouvoir réactionnaire. Staline meurt dix ans après WW2. On pourrait plutôt parler d'intermède restant de la contre révolution mais pas partout... L'hitlérisme, de gauche au début, est aussi cet intermède « athée » au niveau mondial3 quand le stalinisme n'aurait pas suffi à incarner à lui seul une contre révolution à vocation mondiale . Le stalinisme s'arroge donc de le qualifier de contre révolution afin de liquider la conscience qu'il en est la principale maille.

La contre révolution fasciste des années 1930, à ses débuts,  découvre de plus comment exploiter les sentiments nationaliste, expansionniste et xénophobe pour liquider l'internationalisme de classe sur l'autel de solutions nationales et la nécessité de la guerre « de défense ». Mais pour mieux détruire le vrai internationalisme de classe, le nazisme est une religion qui se déclare elle aussi internationaliste, simagrée que jouera aussi à son tour la mondialisation libérale, ridiculisant l'internationalisme stalinien à la fin du siècle, sans vraiment pouvoir rivaliser avec « l'internationalisme islamique ».

La chronologie est impossible avec cette notion de contre révolution vague. Peut-on dire que les masses partent à la guerre en 1914 parce qu'elles sont victimes d'une contre révolution qui daterait de 1871, date de l'écrasement de la révolution parisienne ? Pourtant en quelques mois, à la veille d'août 1914, les masses, certes moins massives en termes industriels que dans les années 1930, s'en vont au front sans se révolter ni avoir été réprimées ; le fait que les femmes ouvrières en 1917 fasse péter le pouvoir tsariste met-il fin à une contre révolution mondiale qui n'avait pas existé récemment en tout cas ?4 (on peut néanmoins parler de phase contre-révolutionnaire en Russie après la longue période de répression qui suivit l'échec de la révolution de 1905 jusqu'à la « sortie » de 1917).

L'insurrection contre la guerre est considérée comme sortie de la contre révolution, mais pourquoi cette dernière sortie n'a-t-elle pas eu lieu par après 1917 en 1945 ? Nos maximalistes répondent dans la durée : parce que la contre révolution durait depuis au moins 1927 avec la prégnance au pouvoir de Staline, puis parce qu'elle durerait jusqu'en 1968 où des milliers d'étudiants se prenant pour des révolutionnaires prolétariens décréteraient la fin de cette contre révolution. En gros on aurait subi sans interruption 50 ans ou presque de contre révolution (de 1924 à 1968 approximativement) ce qui est farfelu, en quoi les années 1950 pourraient-elles être qualifiées de contre-révolutionnaires?  Avec zéro guerre en Occident, luxe qui ne concerna guère le tiers monde, et pendant laquelle le prolétariat des « pays développés » ne connut ni la misère ni la terreur des époques de guerres civiles des années 1920. Le prolétariat avait donc eu l'occasion de s'endormir en consommant en libre service pendant cette seconde moitié (dite trente glorieuses) de la contre révolution semi centenaire.

LA CONTRE REVOLUTION EST LA RESTAURATION RELIGIEUSE


Dans l’histoire européenne du vingtième siècle, c’est généralement par les fractions de gauche de la bourgeoisie que les masses de prolétaires ont été leurrées et dévoyées d'une véritable lutte de classe. Il a toujours existé des catholiques de gauche, quoique considérés comme fascistes ou de droite, comme maintenant nous supportons des islamistes de gauche !

L’idée de la « contre-révolution » peut sembler floue, et peu centrale. En quoi consiste-t-elle ? Un retour de la noblesse, des curés du pouvoir bourgeois, de la droite ? A l'origine c'est la réaction contre les idées des Lumières (comparable aux attaques actuelles wokistes et islamo-gauchistes) et de tout esprit progressiste ; une réaction contre les principes de 1789, en France et ailleurs, puis contre l'immense lueur d'Octobre 1917.  La contre-révolution est moins un mouvement politique qu’une attitude idéologique, une mentalité qui veut maintenir la hiérarchie des classes sociales et surtout les religions. In fine surtout une perpétuation de la religion. La révolution française n'avait pu faire les choses qu'à moitié avec l'ambigu Robespierre.

La vague révolutionnaire bourgeoise de 1789 ne pouvait être que l’amorce de « La séparation des Églises et de l’État ». La réaction thermidorienne avait disloqué le « gouvernement révolutionnaire ». La République se fissura et retomba aux mains des « contre-révolutionnaires ». Le haut clergé catholique en profita pour se réorganiser. Le 30 mai 1795, les églises sont rendues aux cultes. Napoléon Bonaparte, sait que l'Etat contre révolutionnaire a besoin de la religion pour gouverner, il dit au clergé de Milan, quelques jours avant Marengo : « Nulle société ne peut exister sans morale, et il n’y a pas de bonne morale sans religion. Il n’y a donc que la religion qui donne à l’État un appui ferme et durable ».Napoléon, en signant avec le Pape le Concordat du 15 juillet 1801, va catholiciser la France et achever de détruire l’œuvre de la Révolution. Pendant un siècle, l’Église va pouvoir inculquer au peuple et à la classe ouvrière la soumission à la classe dirigeante et le respect de l’ordre établi. L'élimination du pouvoir étatique de la calotte aliéné n'avait pu être envisagé que provisoirement pendant la Commune de 18715.

Il faudra attendre décembre 1905 pour que la religion soit virée de l'Etat grâce à Clémenceau, qui fût ensuite un triste va-t-en guerre. Peut-on dire que cette mesure géniale annonçait la fin d'une contre révolution, et à l'époque de la révolution de 1905 en Russie ? Cette mesure prise pour la première fois en France éclaira cependant le monde entier – sans apparaître hélas comme une mesure « de classe » - à l'image de l'impact de 1789, quoique de nos jours, avec la prégnance islamique et le pouvoir religieux dans tous les pays arabes et en Israël, on semble être revenu des siècles en arrière !

QUI PATRONNE LA DOMINATION REACTIONNAIRE DE L'ISLAM ?

LES BOURGEOISIES AMERICAINE ET ANGLAISE

 Ce que ne veulent pas voir les derniers mohicans ouvriéristes d'une classe ouvrière autruche, c'est que cette même classe ouvrière, qui reste en permanence un souci pour la classe dominante (même en feignant de s'en foutre) est constamment réduite à néant, niée et dissoute par trois angles d'attaque : la supercherie démocratique, l'antiracisme et la tolérance à l'islam. Les bobos, sous-fifres des grands bobos dominants, rament pour faire croire que la lutte des races a remplacé la lutte des classes. Avec leur théorie basique, le wokisme, ils pensent pouvoir continuer encore longtemps à mépriser les prolétaires, même en s'appauvrissant à leur tour. L'inintelligence artificielle prospère, il n'y a plus que deux classes en opposition : la raciste et l'antiraciste ! autrement dit, le croyant et le mécréant !

L'inspiration anti-ouvrière et wokiste vient tout droit des USA où les pires réacs islamistes, Boutelja et cie ont été prendre leurs leçons, elle à Berkeley et Rokhaya Diallo à Washington.. Avec nombre de projets comiques dans leurs valises comme celui de se servir du truisme islamophobique pour réintroduire le délit de blasphème sous couvert d'antiracisme. Le révisionnisme musulmaniaque crée une philosophie hachis Parmentier hallal : les agités du bonnet décoloniaux parlent aujourd'hui de « rationalité blanche » pour disqualifier Descartes et Marx6

Des tribunaux de charia ont été institués en Angleterre. C'est dans ce même pays que le leader trotskien Chris Harman avait publié un texte dans les années 1990 qui expliquait que la classe ouvrière devait faire une alliance objective avec les islamistes pour l'emporter. L'histoire de la plus vieille nation capitaliste – cf. l'article de Victor Hugo que j'ai reproduit dans mon message blog de juillet 2014 - l'Angleterre, montre comment la classe dominante peut alterner période de pruderie extrême (réaction) et période de relâchement des mœurs. Autant aujourd'hui, la bourgeoisie britannique nous joue la farce du multiculturalisme qui est surtout merchandising7 – à Londres des policières portent le voile islamique et des quartiers entiers ressemblent à Islamabad – autant à l'époque victorienne l'irlandais était considéré comme un sous-genre humain (préjugé qui n'a pas non plus vraiment disparu pour les ex-colonisés en France), autant la femme n'était qu'un objet. Les femmes anglaises obtiennent le droit de vote en 1869, les françaises presque un siècle plus tard, mais dans les deux cas, cela ne changera rien à leur condition d'oppression.

La condition féminine dans la société victorienne présente bien des aspects d'oppression comparable à la charia, mais le dépassement de cette condition de femme « désincarnée » (corps perçu comme abritant une âme pure et innocente comme un enfant) va nous permettre de comprendre que la femme musulmane peut aussi s'échapper de la prison religieuse comme la femme victorienne a pu s'échapper d'une société étouffante soutenue par une religion arriérée ; avec cette différence que, n'en déplaise aux bourgeoises féministes, c'est sous la pression et avec l'éclosion de la force ouvrière, et surtout des révolutions du début du 20e siècle que la question de l'émancipation politique des femmes, pas seulement des nanties pour leurs hobbies, sera véritablement posée, comme elle ne pouvait pas l'être avant8.

Enfin la cause du fanatisme religieux ne serait pas une religion arriérée mais l'impérialisme occidental...une des formes de résistance à son encontre. Pour en finir avec cette sous gauche de chiottes, qu'il me suffise de rappeler que ces braves antiracistes wokiens et urbains soutiennent les nations « du sud », y inclus une Palestine en morceaux, où les best-sellers sont « les protocoles des sages de Sion » et Mein Kampf. Des références à la révolution et au prolétariat ! 

La religion n'est plus simplement un opium du peuple, elle est comme l'opium, elle peut rapporter gros, elle est utile à la marche du système. Tout comme elle sert de carburant aux « minorités » « lésées », petits dealers de banlieue qui ne vont pas s'abaisser à travailler pour des salaires minables, grands dealers criminels des cartels de la drogue ; de plus vendre aux mécréants n'est pas un péché. La drogue et son commerce servent autant les armées démocratiques que celles qu'on nomment terroristes


djihadistes. L'armée américaine a vu l'utilité de la circulation de la drogue au temps des massacres au Vietnam pour doper ses soldats, les achats d'armes par les gangs rivaux sont accessibles grâce à la vente de la drogue à l'échelle élargie et pour l'élite du spectacle perverse et la députation si bien nommée..

Enfin décomposition idéologique, religion et monde sans espoir créent un nouveau lumpenprolétariat, complètement éloigné de la classe ouvrière contrairement au dix neuvième siècle, une voyoucratie qui sert diablement aux campagnes idéologiques pour « protéger les citoyens », avec l'accord des chefs religieux...

 C'est pourquoi sortir de cette période réactionnaire restera impossible sans une critique impitoyable de l'islamisation impérialiste !




1Que le Zarathoustra français proudhonien Michel Onfray a entrepris de liquider, cf. Le crépuscule d'une idole.

2Contrairement à ce que s'obstine à affirmer le sinistre Courtois dans la biographie collective sur Poutine qui vient de sortir.

3Mais qui fonctionne comme une religion avec ses rites sacrés, la liturgie nazie éructée, le port des flambeaux de nuit, les croix ...gammées !

4La Tentative de putsch  du général Kornilov, chef de l’état-major, qui avait remis au pas l’armée, tentant de s’emparer du pouvoir, fut un moment contre-révolutionnaire. La mobilisation à Petrograd pour la «lutte contre la contre-révolution» redonna un nouveau souffle à la révolution, et surtout aux bolcheviks.

5Dans leur séance de nuit du 23 mars 1871, les délégués de l’Association internationale des Travailleurs et de la Chambre fédérale des Sociétés ouvrières lancent un appel aux travailleurs pour les élections à la Commune et ils rappellent leurs revendications dont « l’instruction gratuite, laïque et intégrale ». On ne doit donc pas s’étonner si un des premiers décrets promulgués par la Commune est ce­lui de la séparation de l’Église et de l’État. À la séance du 2 avril 1871 de la Commune, le projet est présenté par le citoyen Pyat au nom de la Commission exécutive. Le décret est adopté à l’unanimité (J.O. du 3 avril 1871) :

6« Quand la peur gouverne » de Carine Azzopardi, p.143.

7L'apparition généralisée du voile en Europe occidentale n'est qu'un produit de marque. Depuis la fin des années 1970 les ados ne veulent porter que « de la marque » vestimentaire. C'est l'habit qui fait le moine, c'est le voile qui fait le jean. Le marquage commercial fonctionne avec l'impératif de l'imitation, pourquoi n'en serait-il pas de même avec le voile spectaculaire et tentaculaire ? Même si personne n'a osé encore le voile nike, il est divers, coloré, souvent érotiquement disposé laissant apparaître de beaux cheveux et des boucles de jais, sauf pour les moches et les pots à tabac. Le voile obéit donc plus à la dictature des marques qu'à la dictature du Coran. Il choque comme choquaient dans les sixties les jeans passés à la javel ou les premiers baggys des années 80. Il n'est pas uniquement le symbole de la servitude féminine, comme le rappelle Ibn Warraq (p.376), il est surtout symbole de possessivité d'une « marchandise » ; la femme au 21ème siècle ne reste-t-elle pas la plus essentielle marchandise de l'homme, qu'il la vête chez Dior ou à l'étal folklorique de la porte de Montreuil ? Leur voilage tient plus du comportement anarchiste de défi que d'une sereine et profonde croyance qui, comme la sagesse, n'a ni besoin de provoquer ni de se faire valoir. C'est une mode et qui disparaîtra comme la mode islamique, comme la mode des casquettes ouvrières et des chapeaux haut de forme des bourgeois d'avant-guerre.

8C'est au cours de la vague de printemps des peuples de 1848 que les femmes commencent d'ailleurs à prendre la parole dans la rue, les associations et les journaux. Le chemin sera encore long. Contrairement au réac Sylvain Maréchal, Saint-Simon prêchait l'émancipation jumelle des prolétaires et des femmes depuis le début des années 1800. Contrairement aux interprétations ou aux lacunes des féministes bourgeoises, la question du vote des femmes est liée au mouvement ouvrier, lequel ne néglige jamais vraiment cette question. Même si l'Angleterre a précédé la France d'un siècle pour accorder le droit de vote aux femmes – ce qui n'avait nullement révolutionné le cas de la femme anglaise – la problématique redoutée par la plupart des ouvriers engagés dans le syndicalisme et le socialisme (la femme vote pour les curés) était une réalité, comme est une réalité l'autorité de l'imam chez les musulmanes, même pour les questions les plus intimes. Cette opinion dominante chez les ouvriers électeurs depuis peu n'était pas réactionnaire parce que la plupart des femmes ne travaillaient pas encore et n'étaient pas au fait de la nécessité de se débarrasser de l'obscurantisme pour s'émanciper.



samedi 23 décembre 2023

A QUI PROFITENT LES LAMENTATIONS SUR L'IMMIGRATION ?

la nouvelle coupe islamiste nazie sans barbe

« C'est une histoire pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien ». William Faulkner

« La France n'est plus un pays d'immigration' ». Michel Rocard

« Il semble clair que l'afflux d'immigrés, accru depuis la fin des décolonisations, recoupait pleinement l'utilisation simplement capitaliste de cette « armée de réserve », traditionnellement utilisée pour briser les mouvements autochtones et organiser une concurrence mondiale des travailleurs. C'est d'ailleurs très conscients de ces objectifs, notamment, que les organisations syndicales et politiques du mouvement ouvrier visaient explicitement l'internationalisme (cf. JC Michéa). De même, la manière dont l'oligarchie, d'abord surprise, a finalement accompagné le surgissement des revendications communautaires ne pouvait qu'avoir un seul objectif : détruire ce qu'il restait des cultures ouvrières, morceler les institutions qui ont sont héritées, et, au-delà, en finir définitivement avec l'héritage émancipateur de l'Occident. Inutile de montrer ici en quoi tout le fatras du relativisme post-moderne et du gauchisme culturel, sans parler de l'islamo-gauchisme, à la fois symptômes et causes de ces délitements, n'en sont qu'une rationalisation plus ou moins verbeuse » . (Collectif Lieux Communs 2015)

LA NOUVELLE LOI SUR L'IMMIGRATION : une honte absolue ?

Infantiliser, détruire par l'amalgame et l'insulte toute analyse ou réflexion opposée à la doxa immigrationniste même si l'immigration n'est plus ce qu'elle était et que nous vivons un contexte mondial de décomposition des sociétés et des frontières, de guerres ignobles contre les civils, telle est la domination absolutiste de l'idéologie capitaliste dont les anticapitalistes sont les principaux promoteurs.

La gauche dégarnie, à nouveau comme réunie par une idéologie de gauche bourgeoise enfin retrouvée - l'ensemble des factions de la bobologie urbaine et les vieilles raclures du PS - fait front contre cette «Loi abjecte, contraire à nos valeurs », « contraire au principe d'égalité »1«une indignité» voire «un déshonneur», «contaminée par le Rassemblement national». On tremble déjà dans les chaumières face à l'annonce d'une « fronde des départements de gauche » ; des élus provinciaux à la suite de la starlette des bobars parisiens (bobos barbus avec coupe nazie)2, Hidalgo, ont juré de ne pas l'appliquer et de payer quand même les immigrés en situation illégale, certainement avec nos impôts locaux . La cadre en chef de la CGT a, elle, annoncé des actions spectaculaires de la part des travailleurs...qui vont évidemment faire plouf, les travailleurs ne se sentant nullement représentés dans leur ensemble par la nouvelle idéologie wokiste immigrationniste version CGT cadres.

C'est clair, aujourd'hui être de gauche c'est être immigrationniste à plein tube (version moderniste d'internationaliste ++). C'est être le porte-parole d'une couche migrante et aléatoire, à côté d'autres : femmes, minorités sexuelles, paysans, etc. La classe ouvrière n'existant plus dans la tête de ces gens-là, seule subsiste la victimologie du migrant qui permet de se nommer internationaliste à bon compte. C'est l'aboutissement de la décomposition du gauchisme marxiste-léniniste qui du culte de Mao ou de Trotsky est passé de la farce des libérations nationales (décrédibilisées) à Médecins du monde (catho-rétro), activité par ailleurs très lucrative pour les bobos qui s'en vantent dans leurs divers assocs caritatives. Comme l'antiracisme, l'immigrationnisme aboutit à ridiculiser toute lutte de classe et à diviser les travailleurs ? dont les véritables travailleurs étrangers eux-mêmes qui ne sont pas à confondre avec cette masse croissante du lumpenprolétariat des pays « maintenus dans le sous-développement économique et culturel ». Plus dérisoire est l'ajout « démocratique » à cette lutte prioritaire : ce serait un combat pour « nos valeurs républicaines », toutes classes confondues ? Madame Hidalgo n'est que l'héritière des valeurs « républicaines » du massacreur de la Commune de 1871, le nain Thiers.

La gauche dégarnie dénonce également le durcissement des règles de regroupement familial, y voyant une « atteinte à la vie privée et au droit à mener une vie familiale normale ». Or, cette caste bourgeoise fait l'impasse sur la question sexuelle ; le capital a besoin de faire venir des masses d'hommes jeunes en général sans femmes, c'est à dire non mariés – sans trimballer toute leur smala et leurs vieux malades non soignés au pays – et qui se retrouvent à travailler des mois ou des années sans femmes ; les conséquences de ces privations sont connues même si les gogols gauchistes crient au racisme ou à « pas de vagues qui favorisent les fachos »3! En outre la vie familiale normale des arrivants c'est la continuité de l'infériorisation de la femme et la pérennisation de l'idéologie islamiste. Plus des mômes qui ne parlent pas français et conchient l'école française et son enseignement, quand certains ne se félicitent pas de l'égorgement de nos profs de quartiers dits « défavorisés », malgré des aides financières non négligeables et grâce à l'agitation confuse et perverse des orgas islamo-gauchistes.

Même courroux gauchiste concernant l’instauration de « quotas » fixés par le Parlement pour plafonner « pour les trois années à venir » le nombre d’étrangers admis sur le territoire, y voyant une « méconnaissance des compétences du Parlement » (les gauchos restent les meilleurs défenseurs des élections bourgeoises truquées). Est contestée aussi l’exclusion d’étrangers en situation irrégulière de la tarification sociale dans les transports, l’estimant « contraire au principe d’égalité ». Le projet de loi  gouvernemental est accusé de « méconnaissance du droit à la protection de la santé » en « restreignant les conditions d’obtention » du titre de séjour pour les étrangers malades. Enfin est dénoncée une « inégalité de traitement » des étudiants étrangers avec l’article qui leur demande de justifier du caractère « réel et sérieux » de leurs études, ce qui constitue « une remise en cause du principe d’inconditionnalité de l’hébergement d’urgence ».

Moi aussi je deviendrais délinquant si j'étais sans ressources mais, contrairement à mes amis gogols mélenchoniens je ne crois pas au bon dieu sans confession, donc je resquillerais partout, et même je ne serais pas été qu'on parle de me renvoyer au pays. Quant aux étudiants étrangers qui auraient des droits, voire apporteraient une richesse culturelle ici, je me marre ; ils sont étudiants comme je suis plombier-chauffagiste et une minorité ne sont que des merdes futurs exploiteurs de leur propre peuple en raison de leurs diplômes « occidentaux » (j'en ai croisé en manif avec diplôme « touristique » et incapables d'écrire correctement en français).

Clou du spectacle d'une bataille de chiffonniers, hors de la réalité sociale de ceux d'en bas, après la comique tentative de se démarquer de la faction Le Pen (qui dit des vérités incontestables mais n'a que le tort de croire à des solutions nationales), la saisie du papa juridique pour arbitrer, le dit Conseil constitutionnel par Macron d'abord et aussi par les cancres bobos qui hurlent contre le maître de la classe...bourgeoise.

Tout le projet est basé sur une utilisation rationnelle et économique du prolétariat venant de l'étranger. Dans le texte adopté par le Parlement, l'accès aux prestations sociales pour les étrangers dépendra donc de s'ils occupent un emploi ou non, et de leur temps de présence sur le territoire français (bien). Certaines prestations sociales resteront accessibles aux étrangers à condition de respecter un délai de 30 mois s'ils travaillent, ou de 5 ans pour les inactifs (ce qui se fait ailleurs aussi, en particulier en Allemagne). Il s'agit des prestations suivantes : allocations familiales, allocation journalière de présence parentale, prestation d'accueil du jeune enfant, allocation personnalisée d'autonomie, allocation de soutien familial, allocation de rentrée scolaire, complément familial, droit au logement opposable. L'aide personnalisée au logement sera quant à elle conditionnée à 5 ans de présence sur le territoire pour les étrangers qui ne travaillent pas et à 3 mois seulement pour ceux qui travaillent. Ces dispositions ne s'appliqueront pas aux étudiants étrangers, ni aux réfugiés, ni même aux titulaires d'une carte de résident (logique!).


Dans le détail, sept des huit principales mesures testées suscitent l'adhésion d'une écrasante majorité de consultés, méthode qui n'est pas méprisable mais presque scientifique, Hitler y avait recours et Poutine non plus. Plus de huit sur dix sont ainsi favorables à la déchéance de nationalité pour les binationaux auteurs de crimes contre les forces de l’ordre. 76% se déclarent favorables au rétablissement du délit de séjour irrégulier et 75% adhèrent à la mise en place de quotas pour l’immigration. Seule une mesure est toutefois rejetée par une courte majorité (52%) : 
«l’interdiction de l’enfermement des mineurs dans les centres de rétention administrative (CRA)». Courte mais bien réelle dans les quartiers ouvriers où les jeunes racailles font régner leur bordel, sûrs d'être relâchés par une police impuissante, condamnée d'avance par la magistrature gauchiste-bourgeoise.

Les étrangers disposant d'un titre de séjour peuvent toujours bénéficier de l'hébergement d'urgence, comme les Français. Le temps de leur demande d’asile, les étrangers conservent la possibilité d’être accueillie dans des centres d'accueil (CADA) et au sein d'hébergements d'urgence. À noter qu’à l’aune de la loi «Immigration», les clandestins soumis à une obligation de quitter le territoire français (OQTF) n’auront plus accès à l’hébergement d’urgence...mais rien ne les empêchera d'en trouver d'autres.

Compte tenu de toutes ces aides dont bénéficient les étrangers (il faudrait aussi mentionner les aides versées de droit aux demandeurs d'asile...), avec l'explosion du nombre des demandeurs d'asile, qui va encore être augmentée par l'ahurissant accord européen, avec la croissance continue de l'immigration légale, il n'y a que trois solutions pour financer cette dérive de l'Etat Providence : augmenter les impôts, laisser filer la dette, diminuer le périmètre de l'Etat Providence. Par ailleurs, il ne faut pas oublier les prestations non financières dont bénéficient tous les étrangers, notamment l'accès à tous les services publics. Or, on sait très bien que l'effondrement du niveau de l'école est dû, entre autres, à la submersion migratoire, pas générale mais dans les grandes villes : comment en serait-il autrement quand, dans certaines classes, la moitié des élèves ne parlent pas français avec des prénoms imprononçables !? On sait très bien que les services des urgences dans les hôpitaux sont débordés par les étrangers qui s'y rendent en masse pour un rhume au lieu de recourir à la médecine libérale. Bref, un enfant de cinq ans comprendrait ce que la gauche ne veut pas comprendre : une quantité en gros stable d'actifs payant des impôts ne peut pas financer indéfiniment une masse croissante d'inactifs qui n'en payent pas ou trop peu. C'est de l'arithmétique d'école élémentaire... que semble comprendre, partiellement, la droite bourgeoise mais sans vraiment vouloir bousculer le système. L'immigration serait "une chance pour la France", selon le mantra de la gauche bourgeoise dégarnie, si elle était peu nombreuse et qualifiée au lieu d'être massive et non qualifiée. Signe des temps décomposés...

La France n’a jamais compté autant d’immigrés (personnes nées à l’étranger et vivant dans le pays) qu’aujourd’hui, je vous passe les chiffres officiels bien connus. À cette immigration légale, il faut ajouter encore un niveau record de demandes d'asile. Cette hausse sans précédent de tous les flux migratoires en même temps, produit en France ce qui est appelé désormais une «pression migratoire» et non plus l'immigration simple de jadis. Ce n'est pas encore une invasion mais cela en prend le chemin. Malgré les affabulations de nos maximalistes « gauche italienne » et « gauche allemande » on n'y a pas vu un renforcement du prolétariat, lui-même affaibli par la désindustrialisation.

UNE LOI XENOPHOBE OU UN BRICOLAGE POUR LE PATRONAT ?

La loi, votée mardi 19 décembre après avoir été largement amendée par les parlementaires sous l’impulsion de la droite, a pour but de «contrôler l’immigration» légale et «lutter contre l’immigration irrégulière». Pourtant et c’est tout le paradoxe, comme je le repique à un journaliste, si l’on retourne sur le terrain de l’efficacité politique et non de la morale, il est peu probable que cette loi permette aux autorités d’endiguer la hausse des flux migratoires. Aucune mesure de la loi immigration ne vient véritablement limiter ou réduire les flux d’immigration légale. Donc la gauche bourgeoise et bobo ne hurle que pour les élections à venir. Elle n'est d'aucun soutien dans la réalité pour le pauvre immigré qui se rend en préfecture, fait une queue interminable pour se voir bouler parce qu'il manque une pièce à son dossier par un des ces milliers de petits fonctionnaires de merde tatillons, qui votent d'ailleurs autant peut-être pour Mélenchon que pour Macron.

 Indépendamment de la querelle obscure, irréelle et lassante des chiffonniers des divers camps bourgeois je me suis posé une question : pourquoi ces chamailleries entre fractions bourgeoises qui ont le même intérêt national, du petit PCF au RN ? Le patronat est certes encore plus antiraciste que les gauchistes, il va au restaurant et veut être servi comme il faut même par un tchétchène ! La faction de gauche en clamant qu'il faut régulariser le monde entier sait bien que c'est ridicule et inapplicable, mais c'est sa fonction régalienne depuis toujours : promettre la lune puis expliquer qu'elle est trop loin4. Cette faction sait ainsi faire valoir son soutien au patronat en manque de main d'oeuvre corvéable à merci.

La droite est plus maligne, et le RN aussi avec son côté social. De même que la gauche politique bourgeoise n'est plus là dans les queues à la préfecture pour soutenir l'immigré démoralisé pa la bureaucratie épaisse, de même le bourgeois gauchiste n'est pas dans les queues en mairie ou aux restos du cœur pour escorter des français nés en France qui se voient refuser toute priorité face aux familles nombreuses immigrées qui passent devant ou au moment de l'attribution d'un logement. C'était avec le même cynisme politique déclamatoire que j'avais vu agir les maoïstes Geismar, Foucaud et Finki agir à Issy les Moulineaux : grandes déclarations vertueuses face aux médias, puis une fois les lampions éteints les immigrés seuls, abandonnés et livrés à eux-mêmes !

La vérité relativisée de ce débat à la con est sortie de la bouche du petit député chauve et pas
charismatique pour un sou, Ciotti :« la France réclame moins d’immigration » . La droite bourgeoise ne pourrait pas non plus se mettre à dos le patronat, et les échéances électorales sont poches. Les élections européennes
se joueront sur des thèmes comme la sécurité et l’immigration, le redressement de l’école et des services publics, et encore et toujours le pouvoir d’achat. C’est parce qu’elle l’a compris que Le Pen, avec son grand dadet Bardella, a rendu le RN incontournable à droite depuis 2017. La seule droite éligible en France sera une droite sociale.pour remettre à sa place (contestataire) la gauche bonbon et son bâtard centriste Macron. La diabolisation du RN par les gogols gauchistes et un Macron sur la pente douce, lui rend diablement service.

L’article de loi initial qui prévoyait de régulariser automatiquement les clandestins travaillant dans des métiers considérés comme «en tension» a été supprimé (ce qui est dégeulasse) mais les employeurs pourraient demander la régularisation de leurs salariés clandestins travaillant dans l’un de ces métiers depuis un an minimum (il n'est pas préciser « s'ils menacent de faire grève! »), parce que les petits patrons de ces petites entreprises de merde méprisent autant les ouvriers français qu'immigrés). La décision reviendra aux préfets, ces gros bourgeois repus. Au cours des débats sur la loi immigration à l’Assemblée nationale, Gérald Darmanin a indiqué que ses services estiment à environ «10.000 régularisations de sans-papiers par an» la portée de cette mesure, tant mieux si ce chiffre est respecté. Donc, de fait, l’application de la loi immigration va doubler le nombre annuel de régularisations, preuve des besoins du patronat mais continuation des interrogations dans le bas peuple quand, en banlieue, il n'y a plus dans les écoles que des élèves noirs. Il paraît pourtant qu'on est entré pourtant dans l'ère du multiculturalisme et qu'il est raciste de s'interroger quand une équipe de foot n'est composée que de noirs et d'arabes ! Le tour de France, par contre, serait-il raciste ?

 PERSONNE NE DETIENT LA SOLUTION DANS UN CAPITALISME MALADE

Il est sûr par contre que les deux principaux ennemis du prolétariat sur la question migratoire sont la gauche bourgeoise (irresponsable et démagogique) et l'islam qui pourrit la tête de la majorité des immigrés, dont la tête est d'ailleurs coiffée à la mode hitlérienne. Je n'ai plus qu'à recopier les intelligents commentaires suivants :

Les mesures significatives sont purement symboliques, et seront sans effet sur les flux migratoires. Les étrangers condamnés auront moins de chances de rester en France : le droit du sol est ainsi suspendu pour les mineurs ayant commis des crimes, et l’expulsion des étrangers reconnus coupables de crimes ou délits passibles d’au moins 5 ans d’emprisonnement est facilitée. Mais comme on le sait, de manière laxiste et irresponsable sans oublier que les dictatures en face ne veulent pas de leurs propres tarés.

Ensuite, la loi conditionne l’octroi de certaines prestations sociales à une plus longue durée de séjour en France. Cette mesure pourrait être efficace, car elle réduit l’attractivité du modèle social français, laquelle est régulièrement citée dans les témoignages de migrants pour justifier leur choix de venir en France. Mais la mesure reste somme toute limitée : même si la fronde des départements de gauche a mis l’accent sur le conditionnement du versement de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), celle-ci n’est perçue que par des personnes âgées de plus de 60 ans, or l’âge moyen d’entrée sur le sol français des immigrés est inférieur à 30 ans. Le nombre d’étrangers de plus de 60 ans ayant passé moins de 5 ans en France est par conséquent très faible : cette restriction concernera très peu de personnes. Le conditionnement du versement des aides au logement, soumises elles aussi à 5 ans de présence sur le territoire (si le bénéficiaire ne travaille pas) concerne en revanche plus de monde.

Ces réformes ne remettront pas en cause, en réalité, la très grande générosité du système français de protection sociale à l’égard des immigrés et des étrangers. Cette largesse paraît d’autant plus flagrante, comparée aux autres systèmes européens. Dans un rapport détaillé, la Fondapol observait en mars dernier qu’en matière d’accès aux soins pour les immigrés, la France dispose du modèle le plus généreux au monde, notamment avec la Protection universelle maladie et l’Aide médicale d’État. Pour l’heure, aucune des deux n’est réformée par la loi immigration, 

Quant aux étrangers en situation irrégulière, la loi ne facilite pas leur expulsion. Le nombre d’étrangers vivant en France et visés par une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) a presque doublé depuis 2015 : ils étaient alors 79.950, contre désormais 125.450 en 2021. Mais de façon contre-intuitive, le nombre d’OQTF ayant conduit à une expulsion effective a, lui, chuté ! 12.195 expulsions ont été effectuées en 2015 contre 9665 en 2021. Soit un taux de réalisation de 8 %. Entre 23.000 et 30.000 Algériens obtiennent chaque année un titre de séjour en France. Mais alors qu’ils constituent le principal contingent d’immigrés légaux, les Algériens sont pourtant exonérés des dispositions prévues par la loi immigration

J'en termine avec cette réflexion d'un auteur sur les années 1930. Il y a confirmation du sort spécial du prolétaire, immigré comme français, comme disait Babeuf : « l'incertitude du lendemain », je reste un immigré dans mon propre pays, oui nous sommes tous considérés comme des étrangers à cette classe bourgeoise soutenue par une gauche hâbleuse et sournoise et cette droite lâche et miteuse.

Ce faisant ils révèlent un certain nombre de traits saillants de celle-ci ; s’il n’existe sans doute pas alors de politique de l’immigration, il existe un statut de l’immigré, constant et cohérent, défini au moins autant par les pratiques administratives que par la loi, que caractérise son extériorité au corps social, confondu avec la nation, conception que l’étude menée ici, après d’autres, conduit à croire largement partagée. Même si certains, au sein même de l’appareil d’Etat voient en l’immigré le père de futur Français, c’est sur un mode mineur que résonne cette note, il est d’abord, pas seulement, mais d’abord, un travailleur, prié de ne pas se mêler des affaires de la cité et dont la présence n’est tolérée qu’à la mesure de son utilité économique. L’immigration est une pure construction rhétorique et l’administration s’emploie à l’inculquer, non sans efficacité, aux principaux intéressés. Le fait que beaucoup parviennent à échapper, en partie du moins, aux effets de l’étranglement administratifs des années trente n’infirme pas cette conclusion, il renvoie simplement à un ordre de réalité différent : il est possible alors à celui qui dispose de ressources et d’appuis, qui est de fait intégré à la société française d’échapper en partie aux prescriptions du statut qui lui est fait, de la même façon que peut-être acculé au départ, sans même qu’il y ait besoin d’une décision administrative celui qui ne dispose pas des atouts nécessaires à la survie en temps de crise.


NOTES

1La maire de Paris avait annoncé en début de semaine qu’elle ferait de la capitale «une terre de résistance humaniste et démocratique» face à un texte jugé «populiste». «Si cette loi suscite autant de contestation, de peur (...) c’est parce qu’elle est grave. C’est une loi de la honte», a tonné la première édile, après avoir accusé à deux reprises Emmanuel Macron d’«ouvrir une piste d’atterrissage pour l’extrême droite».

2Qui va comme un gant aux agités du bonnet de l'extrême droite musulmane bien plus nombreuse et dangereuse que la version franchouillarde.

3Quand bien même les fachos ont raison sur ce point quand, chaque jour, les faits divers rapportent qu'une majorité de délits, voire de viols ou meurtres, sont commis par les derniers arrivés, même si l'Etat interdit les statistiques ethniques, et reste discret sur les proportions en prison.

4La gauche pourrait regarder dans le rétroviseur : la prime d'activité instaurée sous François Hollande ne peut être obtenue qu'après cinq années de résidence sur le territoire français. Et les pays comparables à la France appliquent des délais similaires : l'Allemagne requiert cinq ans de séjour légal sur le territoire pour qu'un étranger qui ne travaille pas (ressortissant de l'Union européenne compris) puisse bénéficier de prestations sociales



mercredi 13 décembre 2023

POUTINE N'AURAIT-IL FAIT QUE S'INSPIRER DES BOLCHEVIKS?

         Comment les bolcheviks ont créé l’Ukraine soviétique           (1917-1923)

 

Traduction en anglais

par Stephen Velychenko (Université de Toronto)

de : « Los bolcheviques en Ucrania »,

texte publié à l’origine en espagnol

Desperta Ferro n° 59 (septembre 2023)

traduction en français: Jean-Pierre Laffitte

 Prétexte ? Le texte qui suit est bizarre. Tout en se prétendant sur-informé, dans le détail sociologique, il constitue une charge bien peu rigoureuse sur la faillite de l'expérience de « l'Etat prolétarien » et ne cite que ce qui l'arrange et pas les véritables prises de position des vieux bolcheviques.

Les bolcheviks ne sont pas blancs certes avec leur internationalisme « forcé » basé sur la théorie réac de la « guerre révolutionnaire ».  La guerre avec l'Ukraine éclata peu après la révolution d'Octobre lorsque Lénine envoya le groupe expéditionnaire d'Antonov-Ovseïenko en Ukraine et dans le sud de la Russie. La victoire militaire bolchevique aurait signifié la libération de l'Ukraine ; l'article a au moins l'intérêt de démonter la fable et de révéler l'occupation militariste « bolchevique », complètement étrangère aux principes de l'extension « permanente » d'une révolution qui doit être assumée par les prolétaires de chaque pays et pas importée même par une « armée bolchevique ». Les historiens bourgeois considèrent les réactions de Petioura à Mackno comme les expressions d'une  guerre d'indépendanc ratée contreecontre les bolcheviks.

Sans nuance l'auteur met en scène par après un Staline « poutinien » en effet. Mais c'est plus complexe, il faut donc lire l'article suivant plus honnête sur ces ploucs d'ukrainiens : Révolution ukrainienne (1917-1921) — Wikirouge , même si ce dernier article est de veine trotskienne, de conservateurs marxisants incapables de tirer les leçons de l'impossibilité d'un Etat prolétarien à l'avenir (cf les textes désormais classiques de RI/CCI). La filière canado-espagnole semble plutôt animée par l'absence de principes anarchistes qui permet à de nombreux thésards d'être promus profs d'université et de sophistiquer les mêmes mensonges historiographiques que l'histoire officielle toujours haineuse au souvenir de la dernière révolution universelle.

 

Contexte

Au moins 5,7 millions d’habitants de l’Ukraine tsariste étaient classées en 1917 comme étant des personnes résidant en ville. Les Russes déclarés formaient approximativement 10% de la population totale, 33% de la population urbaine, 43% de la population des huit villes les plus grandes, et 52% des quatre villes les plus importantes. Sur l’ensemble des ouvriers, 17% venaient de provinces non-ukrainiennes et, sur ceux-là, 70% étaient des Russes en 1897. Les locuteurs ukrainiens constituaient en moyenne entre 30 et 50% de tous les travailleurs industriels urbains. Sur l’ensemble des travailleurs parlant ukrainien, 20% étaient des travailleurs industriels urbains, et 70% des ouvriers dans des localités qui n’étaient pas considérées comme des villes. Les statistiques d’avant 1917 n’enregistraient pas les individus bilingues.

Les Ukrainiens constituaient la majorité autochtone dominée dont la mobilité sociale dépendait de l'apprentissage d'une langue étrangère et de l’adoption de normes culturelles étrangères. Nombreux étaient ceux qui s’assimilaient et se considéraient comme russes – ainsi que plus tard le maréchal Kliment Vorochilov. Conformément à « l’image que les colonisateurs se faisaient des colonisés », beaucoup se considéraient comme des “Petits Russes”. Les Ukrainiens ethniques socialement mobiles, qui associaient leur identité à l’arriération rurale et à la pauvreté à laquelle ils cherchaient à échapper, assimilaient l’identité nationale russe à la modernité européenne à laquelle ils aspiraient. Il n’y avait pas de relation directe entre l’usage public de la langue et l’affiliation nationale. Les familles pouvaient comprendre des “Petits Russes” qui pouvaient être des nationalistes ukrainiens et des impérialistes russes. En Ukraine, les loyautés des activistes éduqués, qu’ils soient ukrainiens ou russes déclarés, n’étaient pas nécessairement celles des populations qu’ils représentaient. Dans l’Empire, la plupart du temps, l’usage de la langue des gens et leurs loyautés dépendaient des circonstances.    

  Un siècle de domination de la part de St Petersbourg, l’absence de frontière entre les provinces russes et ukrainiennes, ainsi que l’éducation, l’administration, l’édition et la culture de haut niveau, qui se déroulaient en langue russe, signifiaient que les colons russes de l’Ukraine n’étaient pas devenus une minorité immigrante dont la mobilité sociale dépendait de l’apprentissage d’une langue étrangère et de son assimilation dans la communauté d’accueil. Bien qu’ils ne se soient pas vus ainsi, ils peuvent être qualifiés de minorité colonisatrice dominante. Certains activistes ukrainiens de l’époque les voyaient ainsi  et, en conséquence, ils  catégorisaient les paysans ukrainiens comme étant des « nègres blancs ».

En décembre 1919, les socialistes ukrainiens n’étaient pas parvenus à établir un État indépendant – la République Nationale Ukrainienne (RNU). Le Parti Ukrainien des Révolutionnaires Socialistes (PURS) et le Parti Ouvrier Social-démocrate Ukrainien (POSDU) avaient été les partis dirigeants. Leurs ailes gauches étaient pro-bolchéviques et, au début de 1919, elles ont formé des partis séparés qui se sont mobilisés pour soutenir les bolcheviks, comme l’on fait également les juifs de gauche dans le Parti Ouvrier Juif Général (Bund). Les bolcheviks avait obligé tous ces partis à se dissoudre en 1925.

L’aile gauche du Parti Ouvrier Social-démocrate Russe (POSDR) était appelée les bolcheviks – renommée entre 1918 et 1925 Parti Communiste Russe (PCR). Ses dirigeants se considéraient comme étant les seuls représentants légitimes des travailleurs dans l’ensemble de l’Empire tsariste et non pas seulement des provinces ethniquement russes. L’écrasante majorité des bolcheviks ukrainiens étaient des Russes et des non-Russes russifiés. Presque   65 pour cent des membres se trouvaient dans les provinces de Kharkov et d’Ekaterinoslav dans lesquelles vivaient environ 45% des Russes d’Ukraine. Les bolcheviks ne contrôlaient pas plus d’un tiers des trois cents soviets existant approximativement en Ukraine. En 1917, ils n’avaient la majorité que dans deux soviets urbains – 88 pour cent à Louhansk, et 60 pour cent à Kiev. Sur les 68 soviets provenant de l’Ukraine, parmi les presque 300 soviets qui étaient réunis à Petrograd lors du II° Congrès Panrusse des Soviets, 43 ont soutenu la prise du pouvoir par les bolcheviks.

Le congrès des soviets d’Ukraine qui s’est réuni afin de ratifier le coup d’État à Kharkov effectué par les bolcheviks en décembre 1917, ne représentait pas plus de 49 soviets sur les 140 de la région du Donbass et 95 sur l’ensemble des soviets d’Ukraine. La “République Populaire Ukrainienne des Soviets” a mis sur pied son gouvernement avec l’aide d’approximativement 4 500 soldats et gardes rouges, lesquels en comprenaient environ 2 100 qui provenaient de Moscou, et elle revendiquait d’avoir autorité sur cinq provinces ukrainiennes. Dans les quatre autres provinces d’Ukraine, les bolcheviks demeuraient sous le contrôle du Conseil des commissaires du Peuple du Soviet de Petrograd (SNK). Le premier gouvernement bolchevik a cherché à obtenir davantage de pouvoirs que ses supérieurs de Petrograd étaient prêts à lui allouer. Certains ouvriers pro-bolcheviks de l’Ukraine le soutenaient en tant que gouvernement soviétique ukrainien, et non pas russe.

Le “Secrétariat du Peuple” de Kharkov est arrivé à Kiev le 30 janvier (12 février) 1918, et les Allemands l’en ont délogé en mars. Ce même mois, le traité de Brest-Litovsk obligeait les bolcheviks à reconnaître la RNU en tant qu’un État indépendant qui comprenait les                 9 anciennes provinces ukrainiennes tsaristes. Les dirigeants centraux ont placé ensuite tous les soviets de l’Ukraine sous l’autorité de son associé de Kharkov. Cette décision évitait explicitement de légitimer la “République” bolchevique ukrainienne en termes nationaux – elle la définissait  en tant qu’une « république soviétique en territoire ukrainien ». En juillet, les bolcheviks de Russie ont autorisé leurs camarades d’Ukraine, en exil à Moscou, à constituer une sous-unité provinciale dénommée Parti Communiste (bolchevik) d’Ukraine (PCU). Auparavant, les unités du parti provincial d’Ukraine n’avaient pas de relations l’une avec l’autre. Les résolutions de constitution du PCU, qui spécifiaient qu’il était une sous-section du PCR et que l’Ukraine et la Russie étaient « liées de manière indivisible » sur le plan économique, sont restées secrètes jusqu’en mars 1919. Peu de gens en dehors de l’équipe dirigeante du parti étaient au courant de cette subordination parce que, comme pour cette résolution, d’autres instructions du parti qui subordonnaient la RSS d’Ukraine et son PCU aux ministres russes et au PCR étaient également secrètes durant la période en cours d’examen. La plupart sont restées inédites jusqu’après 1956 – et certaines jusqu’après 1989.

Lorsque l’Allemagne s’est effondrée en novembre 1918, les bolcheviks russes ont retiré leur reconnaissance de la RNU, et ils ont créé un second gouvernement pour l’Ukraine dans la ville russe de Koursk. Le 19 novembre, Staline est arrivé à Koursk et il a dit aux dirigeants locaux : « Le Comité Central du PCR a décidé de créer un gouvernement soviétique – avec Piatakov à sa tête ». Le 29 novembre, Lénine expliquait au commandant en chef de l’Armée Rouge qu’il avait doté l’Ukraine d’un gouvernement fictif de telle sorte qu’une attaque future ne ressemblerait pas à une occupation. En janvier 1919, ce gouvernement proclamait la République Soviétique Socialiste Ukrainienne. Officiellement, en 1920, les bolcheviks gouvernaient l’ensemble de l’ancienne Ukraine tsariste. En réalité, leur contrôle ne dépassait guère les limites des villes. Le peuple, que les bolcheviks s’étaient aliénés en raison de leur brutalité, combattait les troupes de l’Armée Rouge sous la direction de seigneurs de la guerre anti-bolcheviks (les atamans) – la plupart d’entre eux soutenaient soit le gouvernement en exil de la RNU, soit Nestor Makhno. Certains luttaient seulement pour défendre leur comté rural. La supériorité militaire russe écrasante, la terreur, l’épuisement physique et les concessions politiques, ont mis un terme à la résistance armée en 1923.

 

Politique et structure du parti

Le POSDR en Ukraine était une organisation russe, et non pas le parti d’une nation opprimée. Pas plus de 7% des membres du PCU se déclaraient ukrainiens en 1918. Ce chiffre a grimpé à 19% en 1920 du fait de l’afflux des anciens SR ukrainiens de gauche (les borotbists). Iouri Lapchinski, un bolchevik russe depuis 1905 et membre du PCU, a quitté le parti en 1920. Dans une lettre ouverte, il condamnait les bolcheviks parce qu’ils constituaient « une organisation d’ouvriers russes et russifiés » qui, même après 1917, « considérait la tentative de créer un État national territorial ukrainien [bolchevik] comme une farce destinée à mener en bateau les chauvinistes ukrainiens et les étrangers…. ». Nikolaï Boukharine a qualifié en 1925 le PCU de « juif-russe ». Les juifs laïques russes et russifiés formaient en moyenne dans l’ensemble 80% des délégués aux six congrès du PCR entre 1917et 1924. En 1922, 72% des membres du PCR étaient des Russes. Les juifs et les Ukrainiens en constituaient chacun 6% en moyenne. Cette année-là, sur les 56 000 membres du PCU, 14% étaient ukrainiens, 50% étaient des soldats de l’Armée rouge russe, 80% étaient des urbains, et 13% étaient des ouvriers. 92 pour cent étaient des employés de bureau(*).

Les bolcheviks d’Ukraine étaient divisés en une minorité “fédéraliste” et une majorité “centraliste”, des factions qui différaient à propos des questions relatives aux prérogatives administratives. Les premiers cherchaient le maximum d’autonomie. Les seconds considé-raient l’Ukraine comme étant une province de la République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie (RSFSR). La division interne était changeante. C'est le soutien du Kremlin qui déterminait quel groupe l’emportait dans n’importe quelle question politique donnée. Les dirigeants russes considéraient le statut de la “République” d’Ukraine comme un stratagème de propagande. En avril 1918, quand ils ont décidé que ce stratagème n’était plus nécessaire, Staline a dit à ses subordonnés locaux : « Vous avez assez joué à être un gouvernement et une république, ça y est, il est temps de terminer le jeu ». Le bond suivant, à savoir le troisième gouvernement bolchevik d’Ukraine, comme le deuxième, était dominé par les “centralistes” nommés par Moscou. Le bolchevik ukrainien “centraliste” Dimitri Manouïlski déclarait franchement aux Ukrainiens qu’il s’agissait d’une simple décoration – comme les indigènes que les pouvoirs coloniaux invitaient à devenir membres de l’administration locale.

En 1918, bien que l’État ukrainien indépendant, soutenu par l’Allemagne, soit  reconnu officiellement, les officiels du parti écrivaient dans leurs publications qu’il n’existait d’Ukraine indépendante d’aucune sorte, mais seulement une occupation allemande qui avait divisé la Russie. Ils évitaient d’utiliser le mot Ukraine. Ils écrivaient à propos de « la partie méridionale des provinces occupées par les Allemands à l’est » que, lorsque l’occupation prendrait fin, elle redeviendrait la “Russie du Sud”. La première conférence du PCU ainsi que la deuxième, qui étaient dominées par les centralistes, ont annoncé qu’il n’existait pas de lutte de libération nationale ukrainienne, mais tout simplement une “lutte de classe” en faveur de l’unité de la Russie.

C’est le “fédéraliste” Gueorgui Piatakov qui était à la tête du gouvernement bolchevik en novembre 1918. Le Conseil Militaire Révolutionnaire de Russie a décrété le 12 novembre que le Revkom (Comité Révolutionaire – unité administrative temporaire dominée par les bolcheviks) de l’Ukraine lui était subordonné. Se rendant compte qu’il était totalement assujetti à Moscou, Piatakov s’en est plaint et il a demandé à Staline le 7 décembre si son gouvernement « provisoire n’était nécessaire que pour des objectifs fictifs ou comme un véritable centre de direction… ? ». L’on ne connaît pas la réponse. En janvier 1919, Lénine le remplaçait par le “centraliste” Christian Rakovski. Dans une circulaire adressée aux officiels locaux du parti le même mois, il expliquait que le Gouvernement ouvrier et paysan d’Ukraine avait été créé par le Comité Central du PCR et qu’il était en aucune façon indépendant. Son armée était dénommée « armée soviétique ukrainienne » de sorte qu’il ne pouvait pas être question « d’une offensive par les armées russes ». Les publications bolcheviques de cette année-là expliquaient que la structure de république était un expédient temporaire d’organisation  qui ne devait durer que jusqu’à la fin de la guerre. Elles rejetaient le besoin d’un parti ukrainien séparé et d’une Ukraine indépendante en raison du fait que l’économie tsariste avait fusionné l’Empire en une seule unité. En avril et en novembre 1919, des résolutions secrètes du PCR spécifiaient que l’Ukraine et la Russie devaient être « fusionnées ». Une instruction de décembre 1919 du Politburo précisait que la RSS d’Ukraine ne pouvait pas avoir des ministères séparés parce que cela compliquerait « la fusion future des deux républiques ». Le Traité d’union de 1920 conservait la structure de la “république”, mais les “républiques” étaient en réalité des provinces de la RSFSR. Le Conseil des Commissaires du Peuple (SNK) de la Russie contrôlait toutes les fonctions administratives  gouvernementales dans le territoire dirigé par les bolcheviks.  

L’Armée Rouge de l’Ukraine était issue de Russie. Ses dirigeants se méfiaient du recrutement d’Ukrainiens en Ukraine. Les commandants russes ne faisaient pas confiance aux unités militaires de partisans ukrainiens qui étaient moins payées que les unités russes en Russie, qui recevaient moins de provisions et moins d’armes que les formations russes envoyées de Russie. Jusqu’en 1921, la plus grande partie de l’Ukraine était administrée par des Revkoms contrôlés par les bolcheviks. En 1920, sur les comités exécutifs de province, de district et de comté, en Ukraine, 56% étaient des Revkoms strictement assujettis à Moscou. Lénine rejetait les plaintes “fédéralistes” sur l’afflux massif des membres du parti russes. Le ministre communiste ukrainien du logement décrivait en août 1920 la subordination de l’Ukraine dans une lettre de démission. Son ministère, comme les autres, était simplement une section du PCR et les officiels de celui-ci les ignoraient totalement : « La division administrative de l’Ukraine existe seulement pour les yeux du “citoyen” idiot [hlupaka] ».

 

La victoire bolchevique

Les bolcheviks d’Ukraine avaient une base sociale et politique parmi la population urbaine russe et russifiée des grandes villes du Sud-est du pays, dans le lumpenprolétariat rural et urbain, et chez les partisans de la gauche du Bund et chez les borotbists. Le soutien populaire plus large que leur propagande avait suscité au début s’est dissipé une fois que le peuple a eu fait l’expérience de la réalité chaotique brutale du gouvernement des commissaires du peuple. En dernière analyse, c’est essentiellement grâce à l’Armée Rouge russe que les bolcheviks ukrainiens ont pris et gardé le pouvoir.

Les dirigeants bolcheviks de l’époque savaient qu’ils avaient conquis l’Ukraine militairement. Le chef de l’Armée Rouge, Mikhaïl Muraviov, qui s’est emparé de Kiev en janvier 1918, a proclamé qu’il avait apporté le Pouvoir rouge à l’Ukraine à la pointe des baïonnettes en venant du nord. Le 17 janvier 1919, la Pravda écrivait : « L’Armée Rouge a ouvert la voie aux céréales lors de sa conquête de l’Ukraine ». Vladimir Antonov-Ovseïenko, qui commandait les troupes bolcheviques à l’offensive en janvier 1919, expliquait sa mission comme suit : « Nous devons occuper l’Ukraine avec nos armées. Et vite. En avril 1919, Lénine a désigné notre prise de contrôle de l’Ukraine comme étant une conquête ». En mai 1920, Félix Dzerjinski, le chef de la Police Secrète (la Tchéka) écrivait à son adjoint :             « L’Ukraine doit et peut être conquise uniquement par le travail quotidien persévérant des ouvriers qui sont issus du centre et qui viennent ici pour longtemps ». Léon Trotski écrivait en septembre 1920 : « Le pouvoir soviétique en Ukraine avait tenu bon jusqu’à maintenant (et pas bien) principalement grâce à l’autorité de Moscou, du communisme grand russe [russkii] et de l’Armée Rouge russe [russkaia] ». En décembre 1919, le bolchevik “centraliste” Dimitri Manouïlski a dit aux délégués du VIII° Congrès du PCR : « Ils [les Ukrainiens] nous [les bolcheviks] battent depuis longtemps et, en fin de compte, nous nous rendons naturellement compte de cette banale vérité, à savoir  que, premièrement, sans les communistes russes, sans les ouvriers de Petrograd et de Moscou, le pouvoir soviétique ne peut pas être établi en Ukraine ». Des rapports d’un agent secret de la RNU datant de l’automne 1920 racontaient que des Russes qui arrivaient auraient dit à des gens du coin : « Nous vous avons vaincus, espèces de blancs [khakhly, terme péjoratif pour les Ukrainiens], et donc fermez-la et donnez-nous ce que nous voulons ».

En 1922, Rakovski, président du SNK d’Ukraine a dit : « Notre expérience [celle du PCU] nous a montré que, si nous n’avions pas eu derrière nous un pouvoir comme la Russie soviétique, la révolution en Ukraine serait morte et qu’aujourd'hui nous aurions ici un autre gouvernement … L’établissement de la dictature du prolétariat en Ukraine... n’est possible qu’avec l’aide de la Russie soviétique et du Parti Communiste Russe ». En 1923, un autre bolchevik important déclarait : « Le pouvoir soviétique n’a pas triomphé en Ukraine en vertu de sa force, mais seulement avec l’aide de la Russie soviétique qui s’était renforcée et alors que l’armée allemande s’effondrait ». Le vieux bolchevik de Kiev, I. M. Lapidus a écrit :

 

« Toute la trajectoire de notre révolution a montré clairement que, dans les régions limitrophes, elle ne l’a pas emporté [zavoevaniia] grâce au prolétariat local, mais elle a conquis [sic] presque toujours grâce au prolétariat du centre, et que le pouvoir soviétique dans les régions limitrophes koulaks-cosaques n’est rien d’autre qu’une occupation militaire, en particulier en Ukraine… Le khalkol a davantage de confiance en son juif [natif du pays] qu’en l’étranger moscovite parce que la plupart des Russes se comportent vraiment comme des conquérants… ».

 

Il n’existe pas de déclaration de politique bolchevique connue qui aurait appelé à l’extermination des Ukrainiens, comme cela a été le cas pour les Cosaques du Don russes, mais des attitudes analogues étaient probables chez certains en Ukraine. Lénine dans Comment organiser l’émulation ? (1917), déshumanisait ses opposants et appelait à leur extermination. Après 1918, il les qualifiait d’insectes, de vermine, de parasites et de microbes.

L’Armée Rouge ciblait les civils. En 1920, 20% de l’Armée Rouge, c'est-à-dire des groupes qui comprenaient un million d’individus, sur lesquels pas plus de 10% étaient des Ukrainiens, et qui étaient complétés par plus de 200 000 hommes agissant dans les bataillons punitifs spéciaux, combattaient en Ukraine. En mai de cette année-là, Dzerjinski informait Lénine ainsi : « Nos tchékistes travaillent ici [en Ukraine] comme dans un pays étranger ». En juillet, il écrivait : « L’absence de tchékistes ukrainiens [dans notre organisation en Ukraine] constitue un grand obstacle dans la lutte ». En 1921, la Tchéka en Ukraine comptait 22 000 membres, à côté d’un nombre égal d’informateurs secrets. En 1917, dans tout l’Empire, la police secrète tsariste n’était pas forte de plus de 15 000 membres.

En avril 1919, les troupes bolcheviques ont commencé à détruire des villages entiers qui s’étaient insurgés en utilisant l’artillerie lourde. Leurs chefs, qui se sont rendus compte que la destruction indiscriminée était peu judicieuse, étant donné qu’elle pouvait aussi bien tuer des partisans des bolcheviks que n’importe qui d’autre, ont interdit cette tactique le même mois. La résistance ukrainienne s’obstinait. En avril 1920, des instructions estampillées top secret ont de nouveau autorisé les commandants à détruire et à éradiquer des villages entiers qui offraient une forte résistance. En juillet, Lénine a ordonné à la Première Armée de Cavalerie (de 15 000 à 20 000 hommes et même davantage de chevaux) de se répandre à travers chaque comté ukrainien à deux reprises afin de les dépouiller de tout ce qu’elle pouvait, et en tuant tous ceux qui résistaient. En décembre de la même année, les dirigeants bolcheviks ont émis une autre instruction qui spécifiait que seules les maisons et les propriétés des partisans devaient être détruites et non pas des villages entiers. L’on ne sait pas si les troupes ont cessé de raser des villages entiers, et combien de villages elles ont totalement détruit entre avril 1919 et 1923.

Sergueï Zorin, le premier secrétaire de Leningrad, était un bolchevik russe qui pensait que la Russie devait contrôler l’Ukraine et extraire ses ressources par tous les moyens. Lors d’une réunion du Comité Central du PCU en avril 1919, il a déclaré que les gens mouraient de faim à Petrograd et il réclamait des céréales ukrainiennes : « Nous ne reconnaissons aucune sorte de nation ». Si quiconque s’opposait au ramassage des céréales en Ukraine : « alors envoyez dans l’autre monde, des milliers, des dizaines de milliers, et, si c’est nécessaire, 100 000 de ces idiots, de ces imbéciles et de ces scélérats [negodaev], mais ne perdez pas de temps ». Il a obtenu une salve d’applaudissements. L’opinion lors de cette réunion était que les bolcheviks n’avaient pas besoin de la population de l’Ukraine – uniquement de ses ressources pour les utiliser ailleurs.

Vers la fin de 1920, un camarade, Turkin, qui commandait une unité de réquisition de nourriture, a dit à un communiste ukrainien dans la ville de Pavoloch : « Nous allons incendier ces maudites provinces de Kiev, de la Podolie et de la Volynie, en ne laissant qu’un champ de ruines afin que tout le monde sache exactement ce qu’est le Parti communiste » – un rapport de seconde main qui suggère que les opinions de Zorin circulaient au sein du parti.  Dans un autre rapport envoyé au gouvernement en exil de la RNU, un prisonnier de guerre ukrainien, qui avait traversé la province de Kiev contrôlée par les bolcheviks durant son évasion au début de 1920, prétendait que le chef de l’Inspectorat Ouvrier et Paysan de la Première Armée de Cavalerie, un homme dénommé Latipov, lui avait dit qu’il s’en fichait si 75 pour cent de la population de l’Ukraine mourrait de faim. Et s’ils ne le faisaient pas, ils seraient de toute façon tués. Cela rendrait les 25 pour cent restants obéissants : « Nous avons besoin de l’Ukraine, pas de son peuple ».

 

Consolidation

Avec la fin du conflit armé en 1922, Staline concluait qu’une « large autonomie » avait été une concession inutile qui était destinée à démontrer « le libéralisme de Moscou », mais qui avait suscité de manière inattendue l’apparition de gens « qui réclamaient une indépendance réelle dans tous ses aspects ». Il a conseillé à Lénine en septembre de renoncer à la propagande sur les “républiques” indépendantes qui s’était avérée nécessaire pour conquérir l'Ukraine. Il a rappelé à Lénine les résolutions secrètes d’avril et de novembre 1919 qui donnaient des instructions aux officiels du parti « pour préparer soigneusement des plans afin de fusionner l’Ukraine et la Russie ». Dzerjinski recommandait lui aussi d’abolir les républiques. Il pensait que ce serait un grand malheur si tous « les gouvernements des régions limitrophes » se prenaient au sérieux et faisaient « comme s’ils pouvaient être des gouvernements indépendants ».

Dans les discussions sur le statut et les prérogatives des républiques en 1920-1922, les “fédéralistes” d’Ukraine se plaignaient de la centralisation effectuée par Moscou, alors que la Commission Frounzé recommandait que le pays soit organisé comme une confédération. Lénine, qui était alors frappé d’incapacité, pensait que seulement la guerre et les affaires étrangères devraient être de la compétence de Moscou. Staline, qui était alors commissaire aux Nationalités, a ignoré Lénine, les plaintes ainsi que les recommandations de Frounzé de déléguer aux républiques le pouvoir administratif de Moscou. L’URSS qui en a résulté, proclamée en 1922, était un simulacre de fédération ; une façade derrière laquelle le PCR gardait le pouvoir et contrôlait les territoires sur lesquels il régnait. Les “centralistes” et les officiels du ministère central ont ignoré les concessions que Staline accordait en matière de langue et de culture, en refusant à employer l’ukrainien pour les affaires du gouvernement en Ukraine.

Après 1922, le PCR est resté, sur le plan organisationnel, la structure russe centralisée qu’il avait été avant 1917. Ce sujet ne figurait pas dans les délibérations qui ont précédé la formation de l’URSS. Les dirigeants du parti n’ont pas abrogé les règles dictées par Lénine en ce qui concerne l’organisation du parti, règles qui interdisaient aux non-Russes de constituer des sections autonomes en son sein. Ainsi qu’Iakov Sverdlov l’a rappelé aux camarades en novembre 1917 : « Nous [Lénine, Staline et Trotski] considérons la création d’un parti ukrainien séparé comme indésirable, peu importe comment il s’appelle et le programme qu’il adopte ». Une résolution du VIII° Congrès du PCR en mars 1919 réaffirmait cette décision. Elle spécifiait que le PCR ne se réorganiserait pas comme une fédération de partis communistes indépendants. Les différents Comités Centraux des “républiques” non-russes : … ont les droits de comités régionaux du parti et ils sont entièrement subordonnés au CC [Comité Central] du PCR ».

Sous le gouvernement tsariste, ce qui se passait dans les provinces ukrainiennes était décidé au-delà de leurs frontières – à St Pétersbourg. Sous le gouvernement bolchevik, ce qui se passait en Ukraine était de nouveau décidé au-delà de ses frontières – à Moscou.

 

  

       

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