« Feuerbach
ne voit pas que l'esprit religieux est lui-même un produit social et
que l'individu abstrait qu'il analyse appartient lui-même à une
forme sociale déterminée ». Marx (thèse X sur Feuerbach)
Il
n'y a pas grand monde sur le terrain politique hors système pour
dénoncer l'imprégnation islamique, et surtout la façon sournoise
avec laquelle il pénètre le monde du travail. Il y a une
quarantaine d'années c'était la revendication de salles de prière,
puis de plus en plus de demandes concernant les cantines séparées,
le besoin d'interrompre le travail à certaines heures pour aller
prier, venir voilées à l'usine ou au bureau, etc . Marx a donc
eu tort, la critique de la religion reste encore nécessaire !
Les banderoles « travailleurs français et immigrés même
combat » ont pris un coup de vieux et paraissent utopiques dans
la désintégration sociale qui règne en cette période qu'il faut
bien qualifier de réactionnaire du point de vue du prolétariat. Oui
une division s'est instaurée !
Au
point que cette prégnance islamique devient insupportable et suscite
des réactions de rejet, comme dans cette usine en province où les
travailleurs s'oppose à la réintégration d'un chefaillon musulman
pro-hamas, alors que l'inspection du travail l'ordonne... il faut
cesser de l'ignorer malgré les incantations simplistes et moralistes
de l'islamo-gauchisme.
Depuis
des années, dans ma cave, au milieu d'autres brochures se trouvait
celle d'un cercle « lieux communs ». Je ne me souvenais
pas de l'avoir lue. Quelle surprise devant tant de lucidités. C 'est
fort bien écrit, frôlant parfois l'impact de la plume
situationniste.. La démonstration est fulgurante.
Ce
collectif ne se définit pas comme marxiste. Un certain Guy Fargette,
dans un article titré : « Le théâtre marxiste et ses
failles » nous explique pourquoi selon lui :
« Dans
le théâtre mécanique du marxisme, seuls deux pôles agissent, la
bourgeoisie et le prolétariat, ce qui justifie l’exacerbation
d’une férocité exponentielle contre l’adversaire, le
volontarisme devenant l’expédient ultime, comme dans tout rapport
guerrier. De fait, s’il a toujours existé des classes sociales en
rapport avec les rôles productifs, la lutte de classes a été assez
rare dans l’histoire humaine et le plus souvent de façon
transitoire ».
Voilà un constat
assez pitoyable, méprisant l'histoire des luttes des luttes des
classes dominées jadis et naguère. Doublé d'une ignorance totale
d'un marxisme qui a subsisté, combattu mais victime du stalinisme,
du maoïsme, etc . Fargette nous ressort la citation de Malraux
qui mettait sur le même plan le marxisme et l'islamisme. Ce qui peut
sembler vrai à un niveau superficiel Car tous deux sont
« internationalistes ». Avec cette différence de taille
que le second est bien plus comparable au fascisme, et le premier
vecteur, au-delà de ses déformations staliniennes et maoistes, d'un
long combat vers une réelle émancipation humaine, qui, vu la
décadence capitaliste actuelle, a surtout des chances de ne jamais
aboutir.
Et je m'en fous de
Fargette, ce qui me plaît sur leur site c'est qu'il y a un espace
ouvert à la discussion, chose invisible chez les sectes maximalistes
comme le CCI et Cie. Il n'y a pas besoin d'être marxiste ni
homologué tel pour garder les yeux ouverts sur le monde honteux
qu'on nous fait subir. Ce collectif publie ses brochures mais on peut
toutes les lire sur le web ; c'est théoriquement très riche,
et la question de l'immigration n'est pas la seule question traitée.
Les argumentations sont si étayées qu'on a l'impression que tout
est dit, et même l'essentiel. Contre l'énormité de l'indifférence
de la gauche bourgeoise et l'islamo-complicité du pouvoir (cf. mon
communiqué sur l'assassinat du jeune Thomas à Crépol), ces écrits
étaient prémonitoires.
J'ai choisi de vous
en fournir un avant-goût, vous conseillant de lire l'intégralité
de leurs articles car les bonnes feuilles, incomplètes, peuvent
induire de mauvaises interprétations.
« En
Europe, ce qui était une subversion terroriste que les États
pouvaient prétendre contrôler en est venue, il y a peu, à
impliquer directement les
populations, horrifiées. Il s’agit d’une part d’un
islamisme en cours de fusion avec le banditisme, de la petite
voyoucratie de banlieue aux barons trafiquant armes, drogues, femmes
ou clandestins, et susceptible d’utiliser toute la réserve de
violence et de brutalité qui versait jusqu’ici dans l’anomie,
notamment via les « territoire perdus » et, bien entendu,
les prisons. Et d’autre part du fait, chaque jour plus évident,
que les immigrés arabo-musulmans en terres occidentales semblent
prêts, pour une part effrayante et croissante, à se
considérer comme infiltrés patients de
la domination musulmane, sans violence mais indiscutablement. Deux
choses inconcevables pour l’Européen moyen, mais difficilement
réfutables, les sinistres Kouachi passant
à l’acte pendant
que les millions de musulmans ne daignent pas exprimer publiquement
une éventuelle désapprobation...
(…)
Jamais
n’avait été aussi manifeste la convergence entre l’intérêt
économique et le chantage affectif, entre l’idéologie capitaliste
libérale et le gauchisme culturel »
L'infiltration
islamiste...
En
Europe, ce qui était une subversion terroriste que les États
pouvaient prétendre contrôler en est venue, il y a peu, à
impliquer directement les populations,
horrifiées. Il s’agit d’une part d’un islamisme en cours de
fusion avec le banditisme, de la petite voyoucratie de banlieue aux
barons trafiquant armes, drogues, femmes ou clandestins, et
susceptible d’utiliser toute la réserve de violence et de
brutalité qui versait jusqu’ici dans l’anomie, notamment via les
« territoire perdus » et, bien entendu, les prisons. Et
d’autre part du fait, chaque jour plus évident, que les immigrés
arabo-musulmans en terres occidentales semblent prêts, pour une part
effrayante et croissante, à se
considérer comme infiltrés patients de
la domination musulmane, sans violence mais indiscutablement. Deux
choses inconcevables pour l’Européen moyen, mais difficilement
réfutables, les sinistres Kouachi passant à l’acte pendant
que les millions de musulmans ne daignent pas exprimer publiquement
une éventuelle désapprobation...
Ce
schéma ne peut que se répéter, amnésie fonctionnelle aidant
(qui réalise
que le processus algérien a largement commencé µ ?).
Mais déjà, l’étape suivante surgit, spectaculaire. Elle
concentre à elle seule quarante ans de « politique de
l’immigration » ou vingt de « lutte contre
l’insécurité » (qui n’ont été que d’impuissantes
tentatives de rationaliser l’état de faits) ; elle condense
tous les phénomènes connus de désagrégation de l’univers
arabo-musulman depuis les indépendances : c’est bien entendu
l’arrivée massive et continue de millions de « migrants »
sur le territoire européen depuis le mois d’avril 2015.
(...)
De
même, la manière dont l’oligarchie, d’abord surprise, a
finalement accompagné le surgissement des revendications
communautaires ne pouvait qu’avoir un seul objectif : détruire
ce qui restait des cultures ouvrières, morceler les institutions
qui en sont héritées, et, au-delà, en finir définitivement avec
l’héritage émancipateur de l’Occident. Inutile de montrer ici
en quoi tout le fatras du relativisme post-moderne et du gauchisme
culturel, sans parler de l’islamo-gauchisme, à la fois symptômes
et causes de ces délitements, n’en sont qu’une rationalisation
plus ou moins verbeuse.
C’est
ainsi qu’il conviendrait de comprendre la
complaisance précoce des pouvoirs publics pour les manifestations
islamistes dans les années 1980 :
salles de prières, menus adaptés, voiles, etc., très largement
tolérés par une population profondément ouverte
et pressée d’évacuer
toute notion de conflictualité. L’irruption du terrorisme
islamiste dès la décennie suivante pouvait aussi permettre de
mettre l’ensemble de la population sous pression. Mais le
développement tous azimuts du néo-islam, et sa pénétration
diffuse dans tous les secteurs de la société et à tous les
échelons hiérarchiques, pose des problèmes fonctionnels pour
le capitalisme lui-même, et le terrorisme instille une ambiance
de guerre
civile mondialisée peu
compatible avec une consommation accrue. La rupture
anthropologique elle-même (posture vis-à-vis des femmes, notamment)
semble provoquer des prises de conscience diffuses et successives,
rythmées par l’intégration effective et l’ascension progressive
de ces néo-musulmans, jusqu’aux plus hauts niveaux de toutes les
institutions.
Padamalgam...
Pic et pic et colégram
Il
s’agit avant tout d’éviter l’amalgame entre l’islamisme et
les pratiques religieuses musulmanes. Mais la ritournelle « Pas
d’amalgame », entonnée à tort et à travers, n’a fait que
rendre la situation plus confuse.
D’abord,
l’accusation d’« islamophobie », popularisée par les
ayatollahs iraniens, est en elle-même un amalgame grossier et
culpabilisateur. Elle veut faire passer pour du racisme une défiance
vis à vis de l’islam qui peut avoir des causes diverses :
pour des réfugiés, la crainte de revivre une décennie noire
(Algériens), ou d’être persécutés (apostats, juifs, chrétiens
d’Orient ou d’Afrique) ; pour des libre-penseurs, comme
nous, la volonté d’en finir avec toutes les superstitions et
la tartufferie qui les accompagne.
Ensuite,
le mantra « Pas d’amalgame » a toujours été employé
par les idéologies meurtrières pour se donner une apparence
acceptable. Un communiste dira que le « vrai » communisme
n’a jamais été appliqué, qu’il n’a rien à voir avec les
régimes stalinien, maoïste ou castriste, ni même avec le PCF.
Certains chrétiens prétendront qu’ils n’ont pas à assumer
l’Inquisition ou les Croisades puisque rien de cela ne serait dans
la Bible. La situation actuelle des musulmans face à l’islamisme
est identique, et il faudra bien un jour qu’ils se débarrassent de
cette « Maladie de l’islam », d’une manière ou d’une
autre.
L’extrême
droite musulmane qui s’affirme... (témoignage d'une enseignante
en banlieue islamisée)
Je
vois régulièrement des mamans se voiler sous la pression d’autres,
en cours d’année. C’est très concret comme avancée... T’es
pas voilée, t’es une mauvaise musulmane, t’es une mauvaise
mère, pour ne pas dire une pute, etc. Alors les couardes finissent
par céder, on dirait qu’ils ont tous un flic de l’État
Islamique qui les suit partout, une sorte de Daech mental.
T’as des nanas algériennes qui ont la cinquantaine, très
courageuses, musulmanes comme ma grand-mère pouvait l’être,
c’est-à-dire détendues, ouvertes, franches, la foi du charbonnier
quoi, qu’ont monté un collectif « femmes sans voile »
pour qu’on cesse de les insulter et de les agresser parce qu’elles
ne portent pas le voile ou encore d’autres qui militent pour
ré-instituer la mixité dans les bars de ces villes... Ça en est
là, le combat féministe dans ces territoires, tu vois le niveau de
régression qu’on a atteint !
Et
les syndicats d’enseignants ? (témoignage idem)
Pffff...
Pourquoi tu me parles de ceux-là ? Ils sont enfermés dans leur
démagogie et leurs petits calculs. Ils ne savent que te dire que le
problème est économique et blablabla, rien de culturel (on dirait
que, pour eux, le mot « culturel » équivaut à
« inférieur racial ») et puis après ils te servent leur
discours sur les conditions socio-économiques du ghetto, le manque
de moyens, le manque de postes, etc. Connards. Donc eux leur discours
se réduit à des moyens, des moyens, etc. Leurs réunions, leurs AG,
leurs actions sont pleines d’islamistes mais ils pensent que c’est
une mode ou qu’ils vont les doubler... Tu parles. Faudra pas
pleurer si le FN se radine...
C’est
pas nouveau que les syndicats ne s’intéressent pas à la base...
Bien
sûr. Quand tu lis les monographies des types qui faisaient de la
Pédagogie Institutionnelle dans les années 60-70 dans ces mêmes
banlieues, les Fonvieille, les Oury, les J. Pain... ils pouvaient
avoir des classes de plus de cinquante élèves avec des budgets et
des moyens pédagogiques dérisoires, mais ils rencontraient beaucoup
moins de problèmes que nous en classe car ils avaient à faire à
une culture commune : la culture prolétaire et les parents
immigrés à cette époque-là même s’ils étaient non
francophones visaient réellement l’intégration de leurs gamins et
avaient un profond respect pour les maîtres et les maîtresses...
Faut lire Cavanna...
Dans
certaines villes de banlieues où sur 25 000 habitants il n’y a
plus que tout au plus une petite centaine de Français qui sont là
depuis au moins 3 générations... C’est une réalité
géographique, dans ton train de banlieue tu croises un Blanc tous
les 36 du mois depuis des années maintenant et les lois de la
République deviennent optionnelles. Les chantres du capitalisme, les
Attali, etc. sont ravis des migrations historiques qu’on vit en ce
moment, ils sont ravis de voir se dissoudre le peuple en une
multitude de lobbies ethniques et de petits clans et autres gangs car
en face il n’y a plus grand monde qui veuille faire
société. La seule dimension culturelle française semble se
résumer à la culpabilité : être coupable et redevable des
crimes de ses ancêtres – genre, les Arabes sont des enfants de
chœur et ont construit un empire en appelant à l’amour
universel ! Bref, le Français n’est pas celui qui se réclame
des Lumières, des révolutions, de la lutte des femmes, etc. et qui
est habité par certaines valeurs héritées de ces combats, mais
c’est celui qui a intégré qu’il est coupable et qu’il doit
demander pardon constamment. Ça fait quarante ans que c’est là,
mais là on commence à en voir les résultats législatifs :
les lois mémorielles, la discrimination positive, la traque du
racisme onirique, la culture de l’excuse, et maintenant le retour
du blasphème. Je connais même des Français qui dans des
contextes où ils sont minoritaires ont honte de dire qu’ils le
sont depuis plusieurs générations.
On
a du mal à se sentir dans le pays de 1789...
(...)
Donner
raison aux Le Pen ?
Le
troisième point qui rend la situation impensable est qu’il est
extrêmement difficile de rendre compte de toutes ces réalités sans
avoir l’impression de donner raison aux Le Pen. Le Pen-fille,
d’abord, dont les positions sont aujourd’hui très
édulcorées : elle a repris la défense de la laïcité, elle
reprend plusieurs discours pro-intégration, etc. Mais même les
propos du père, qui avait un discours inacceptable sur l’Algérie
et l’immigration, prennent, aujourd’hui, un relief très
particulier... Or les thèses lepénistes, personne, au fond,
n’y souscrit vraiment, à part une petite minorité de Français.
Le nouvel électorat FN est réellement en rupture avec l’ancien
pro-Algérie française ou pro-catholique des années 1980. La
population ici est fondamentalement antiraciste, il suffit de
regarder autour de soi : jusqu’au fin fond des campagnes, tout
le monde a un copain, une connaissance, sinon un voisin, un
commerçant, un collègue maghrébin ou immigré, qui est
largement accepté ; l’ascension sociale et hiérarchique des
Maghrébins est effective, et les propos xénophobes
qu’on peut entendre sont sans conséquences pratiques. Ce n’est
donc qu’avec une énorme réticence qu’une
partie des Français donne raison, rétrospectivement, au discours
frontiste, à rebours et à reculons. Autrement dit, beaucoup de gens
refusent d’affronter ces réalités parce qu’elles entérineraient
immédiatement les thèses frontistes, et ceux qui ne veulent ou ne
peuvent pas y échapper s’y rallient finalement. C’est ce que
tout le monde observe, je crois, avec plus ou moins d’effarement
autour de soi.
(cette
partie du témoignage vous idyllique en ce moment où on peut dire
que la réalité a dépassé la fiction, quand finalement on s'est
aperçu que l'extension de la vraie extrême droite, l'islamisme, est
favorisée par les nouveaux fachos, les gauchistes ! Mais
l'histoire nous a habitué à ces renversements décoiffants! JLR)
« Parce
que, effectivement, il n’y a aucune autre grille de lecture qui
permette de rendre compte de ce qui est en train de se passer –
même si nous prétendons en avoir une, mais qui remet en cause pas
mal de dogmes idéologiques . Là, la responsabilité de la
« Gauche » et de l’extrême gauche est énorme, qui ont
minimisé, ridiculisé, vilipendé ce que les milieux populaires
exprimaient depuis des années parce que ça ne rentrait pas
dans les cases marxisantes et tiers-mondistes : toutes les
« explications » (en fait des excuses
déresponsabilisantes) pseudo-sociologiques qui invoquent
le colonialisme, la ségrégation, le racisme, la pauvreté ou je ne
sais quoi ne tiennent pas, il suffit de se décentrer un peu, en
d’autres temps, en d’autres lieux – ou simplement de sortir de
chez soi . Pour
le dire très vite : si l’oppression entraînait mécaniquement
le fascisme, nous ne serions pas là à nous réclamer du
mouvement ouvrier antimilitariste, anticlérical, coopératif,
autogestionnaire...
Alors pour ceux qui prétendent vaguement s’en réclamer, la
gauche et ses gauchistes, prendre en considération ce qui se passe
réellement dans les quartiers et les institutions, et le connecter
avec ce qui se déroule sous d’autres climats, ce serait se dédire,
se contredire, d’où la tentation de la surenchère qu’exprime
l’islamo-gauchisme. Symétriquement, côté musulman, c’est
un peu la même chose : Le Pen ne peut pas avoir raison contre
nous depuis 40 ans, donc nous ne sommes responsables de rien et même
pas de notre présence sur le sol français, et Allah
ouakbar (soit
dit en passant : ça ne semble pas intéresser grand monde,
mais l’électorat immigré de Le Pen existe et s’étoffe, pas
seulement chez les Asiatiques ou les Subsahariens chrétiens, et
le FN y recrute même nombre de candidats).
Bref,
les populations se retrouvent face à un vide intellectuel,
idéologique, alors qu’elles cherchent simplement à donner sens à
ce qui est en train de se dérouler sous leurs yeux et à tenter
de se positionner pour sauvegarder ce qui peut encore l’être .
(…)
troisième lieu commun, tout
cela serait des conséquences normales de situations très difficiles
que vivraient les pays arabes ou les musulmans en général. C’est
un discours victimaire qui fait florès mais qui est aussi une
absurdité, et d’abord parce que l’islamisme est un phénomène
postcolonial ; il se
déploie après les décolonisations et non pas durant le
colonialisme. Les luttes
d’indépendance ne sont pas du tout le fait d’islamistes ou en
tout cas leur rôle était complètement secondaire : ce
n’est pas au nom de l’islam que le peuple algérien réclamait et
a gagné son indépendance, pas plus que la Tunisie, etc.
Le « chaos algérien » est arrivé près d’une
génération après... D’autre part, les immigrés de ces pays qui
sont arrivés en France dans les années 50 et 60 ont vécu dans des
bidonvilles dans des conditions totalement honteuses, et il n’y
avait nulle trace d’islamisme chez eux. Ce qui n’est pas le cas
aujourd’hui puisqu’on parle même des « bobars », les
« bobos » barbus. C’est
même le phénomène inverse, puisqu’on voit aujourd’hui en
France des Arabes ou des musulmans membres du gouvernement,
journalistes, artistes, chercheurs, humoristes, PDG, profs, cadres,
écrivains... et que les États islamistes sont parmi les plus riches
du monde. L’extrême
droite musulmane est un fait qui
concerne aujourd’hui toutes les catégories sociales et n’est pas
du tout le fait des plus pauvres ou des plus discriminés :
c’est ce que montre concrètement l’impossibilité du
« profilage » des terroristes. Au
niveau géopolitique, cela se vérifie aussi : l’islamisme est
bien installé en Turquie, qui n’a pas été colonisée, et on ne
voit aucun extrémisme religieux dans l’ex-Indochine française, ou
dans l’ex-Congo Belge, où le colonialisme a été particulièrement
ravageur. Enfin, si la souffrance
sociale débouchait nécessairement sur l’intégrisme, nous ne
serions pas là à nous réclamer d’un mouvement ouvrier, qui
était, lui, vraiment en haillons et qui a institué pour la première
fois la séparation de l’Église et de l’État pendant la Commune
de Paris. Bref, c’est un argument purement victimaire,
particulièrement étrange venant de gens très souvent
anti-sionistes puisque cette posture victime / bourreau est
caractéristique de la défense d’Israël...
(...)…
L’offensive lancée par Ben Laden est elle-même une énorme
manipulation qui vise à séparer en Occident les populations arabes
immigrées des autochtones — et c’est en train de marcher... Donc
sans aucun angélisme, il est impossible de réduire l’islamisme au
rôle de la CIA à moins de tomber dans la paranoïa. Quant au jeu
des médias français, je n’ai rien lu de convaincant sur le sujet.
Le jeu de l’oligarchie locale
serait plutôt de laisser s’installer un chaos social stérile, un
éclatement du corps social qu’elle pourra facilement surplomber.
(…)
Cinquième et dernier argument que je prends en compte : l’islamisme
n’aurait rien à voir avec l’islam, il y aurait une distance
incommensurable, un fossé infranchissable entre la religion
mahométane et l’extrême droite islamique. Alors
là, vous comprenez immédiatement que c’est en contradiction
flagrante avec le premier lieu commun, même si on passe très
facilement de l’un à l’autre... C’est évidemment faux :
l’islamisme se nourrit du terreau
de l’islam exactement comme l’intégrisme catholique naît du
catholicisme. Lorsqu’il y a viol,
n’importe où, je me sens concerné en tant qu’homme. Le viol
interroge la culture masculine, c’est une évidence : il y a
un continuum entre cette monstruosité et la banalité du quotidien.
Dans le même ordre d’idée, le colonialisme est un fait qui pèse
dans l’histoire de la France, c’est un fait qui constitue un pan
important de sa culture, et que tout Français, y compris naturalisé,
porte en lui, qu’il le veuille ou non. Il y a ici encore un
continuum entre le colonialisme et l’universalisme des Lumières,
qui demande à être interrogé, qui l’est largement, même si ce
n’est pas la même chose, bien entendu. On pourrait continuer :
depuis l’après-guerre, le nationalisme ne peut plus être pensé
comme au XIXe siècle et interroge tout patriotisme, et le communisme
est désormais un mot dégoulinant de sang qui doit faire douter tous
les marxistes. Alors oui, évidemment, tout musulman a à se
positionner vis-à-vis des monstruosités qui se font au nom de la
croyance qu’il a choisie, et l’islamisme interroge profondément
l’islam et devrait profondément interroger ses adeptes. Ce n’est
pas le cas, c’est même le contraire qui se passe, il y a
surenchère et c’est absolument dramatique. J’en reparlerai à la
fin.
Pourquoi
une telle complaisance vis-à-vis d’une extrême droite
caractérisée D’abord la
peur. Il est extrêmement inquiétant de voir naître, sous nos yeux,
un véritable fascisme, d’assister à son développement, mois
après mois. Ça fout la trouille de voir
une nouvelle idéologie réactionnaire — nouvelle et exogène du
point de vue européen — qui s’installe et se répand réellement
puisqu’elle rencontre dans une certaine partie de la population un
écho : car ce ne sont pas
seulement quelques élucubrations d’idéologues illuminés, mais
bien un courant populaire, un mouvement qui a prise, qui fait écho
sur une partie d’une population. Chacun ici a sûrement des
anecdotes à raconter dans sa famille, au travail, dans son entourage
ou dans la rue qui témoignent de cette progression plus ou moins
marquée et qu’on préfère ne pas trop comprendre. Cela faisait
longtemps qu’une telle chose n’était pas arrivée en France, et
je pense que la posture islamo-gauchiste est en grande partie un déni
intellectualisé de cette réalité face à laquelle on se sent
particulièrement impuissant, voire une identification à
l’agresseur, comme on dit. Cette motivation secrète, on peut la
comprendre, mais il faut surtout admettre qu’elle est suicidaire.
Ce fondement émotionnel explique pas mal de confusion et de
retournements idéologiques.
Premier
axe, c’est l’anticapitalisme,
bien entendu, sous toutes ses formes, qui à l’époque était
fondateur des engagements politiques, quelle que soit leur famille
idéologique. Progressivement, dans
le contexte décolonial et parallèlement au déclin des grandes
luttes ouvrières, cet anticapitalisme est interprété sous l’angle
de l’anti-impérialisme : on ne va alors plus mettre l’accent
sur l’exploitation économique du prolétariat par la bourgeoisie
et le patronat, mais plutôt sur les politiques des puissances
impériales qui oppressent et pillent les pays du tiers-monde.
Puis, petit à petit, de simplification en simplification, tout cela
va dégénérer en anti-occidentalisme, c’est-à-dire que le mal
n’est plus le capitalisme dans toutes ses variantes, de tous les
pays, de toutes les races, de toutes les couleurs, ce n’est plus
non plus l’impérialisme en tant que tel, ou l’expansionnisme tel
qu’il pouvait être appliqué aux menées de l’URSS en Europe de
l’Est, de la Chine au Tibet, etc., mais bien l’Occident lui-même,
dans sa pensée, ses pratiques, sa culture, bref dans toutes ses
dimensions. Voilà ce qu’il faut combattre, et tout le reste est
secondaire, on verra après, d’abord il faut en finir avec la
domination occidentale. On passe donc dans ces années-là du combat
contre le capitalisme au discrédit de l’Occident.
Deuxième
élément, le sujet révolutionnaire. Avant
et durant les années 50, l’espoir résidait au sein de la gauche
marxiste dans la classe révolutionnaire. Les ouvriers étaient
censés transformer le monde, l’édification du socialisme était
leur rôle historique. À partir des années 60, et de manière
exemplaire en 68 évidemment, le prolétariat déçoit, il n’est
pas à la hauteur des espérances dont on l’avait chargé, merde,
ça ébranle toute la belle mécanique marxiste. Plutôt
que de revoir ces schémas, on déplace alors l’espoir vers les
peuples colonisés qui se battent, là, un peu loin mais sous nos
yeux, pour leur liberté. C’est-à-dire que ce n’est plus
l’ouvrier à la chaîne qui va construire le communisme sur Terre,
ce seront le fellaga algérien, le vietcong ou le paysan chinois,
bref les damnés de la terre, comme on le dira.
Évidemment, ici encore, grandes
déconvenues des jeunes indépendances,
aucun pays ne tient ses promesses et certains sombrent dans la
barbarie, bref, pas de voies praticables entre les USA et l’URSS,
on ne sait plus quoi faire... C’est la fin des années 70, et c’est
là que surgit la posture
humanitaire, Médecins Sans
Frontières, l’épisode des boat-people, etc. On voit que le
discours se dépolitise de plus en plus :
là on se contente de sauver des gens, de les nourrir. À défaut
d’en faire des révolutionnaires, de les aider à construire un
monde meilleur, on peut au moins leur donner le statut de victime
puis les aider, tout cela nous décharge un peu de notre culpabilité
de nantis. Je suis dur, mais on
assiste vraiment à la résurgence d’un néo-christianisme béat
dont on n’est pas sorti. Enfin, on
arrive, logiquement, progressivement, dans les
années 80, à la figure de l’immigré victime.
Autrement dit, en trente ans, on est
passé de la classe ouvrière européenne avant-garde de la
révolution mondiale aux peuples luttant pour leurs indépendances,
jusqu’à aujourd’hui la figure de l’étranger victime, comme
levier de changement des mentalités, voire de basculement de l’ordre
du monde, on l’a vu avec les discours hallucinés et démagogiques
sur les sans-papiers, les immigrés ou les banlieues, sans parler des
délires des gauchistes parisiens autour des Tunisiens de Lampedusa
qui fuyaient la libération de leur peuple juste après le
soulèvement, et qu’ils voyaient comme des libérateurs... Cette
figure est donc plaquée sur la réalité des immigrés, qui sont
bien entendu autre chose que des victimes, en symétrique exact de
leur diabolisation par le FN.
Troisième
élément, l’antifascisme, précisément. Au
sortir de la deuxième guerre mondiale, il y avait évidemment un
consensus antifasciste à gauche, qui était un élément identitaire
fort. Durant la période des décolonisations, on ne vise plus les
fascistes ou les nazis proprement dits, qui n’existent plus en tant
que force agissante, mais les colons et tous les réseaux et
formations qui refusent les décolonisations. C’est en France, par
exemple, le courant Algérie Française et tous ses appuis, le SAC,
etc. Dans les années 80, face à la figure du FN, tout cela se mue
en discours antiraciste. Le principe
n’est donc plus de combattre le fascisme en tant que force
politique agissante, mais le racisme banal, quotidien et quelquefois
meurtrier, ce qui est une chose très différente.
Il ne s’agit plus tellement de combattre des organisations, des
groupuscules ou des partis, mais bien de rééduquer toute une
population, la population française, dont la prétendue
inhospitalité serait mère de tous les maux... L’antiracisme
devient donc la grande cause, qui surpasse toutes les autres, et il
n’est plus tellement question de faire la révolution, on s’en
doute : il suffirait que tout le monde vive bien, comme les
Français, et tout irait bien.
Au
final, nous avons donc vu émerger la figure de l’étranger victime
du racisme occidental, qui devient le B-A-BA de l’engagement « de
gauche » : l’idéalisation autour de l’ouvrier des
années 50 ou 60 se reporte aujourd’hui sur l’étranger, mais
attention, sur
l’étranger en tant que victime et pas du
tout en tant que personne pouvant s’émanciper elle-même,
donc bien en demande d’aide, aide qui est la nouvelle mission de
« la gauche », sur le modèle de la charité, avec une
forte dimension internationaliste. Voilà la doxa de base
qu’hypostasie l’islamo-gauchisme ambiant et dans laquelle les
membres de ma génération sont nombreux à avoir grandi. Dans ce
contexte, vous imaginez bien que la moindre critique de l’islam est
tout simplement impensable et fait basculer dans le camp de l’ennemi.
On voit très tôt des traces de cette complaisance par exemple chez
M. Foucault défendant la révolution iranienne, ou chez des
gens comme Christian Jambet, passé de la Gauche Prolétarienne à
l’adoration du chiisme, ou encore R. Garaudy, etc.
NOTES