"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

lundi 29 juin 2020

LE GRAND BLUFF DE L’HARMONIE ECOLOGIQUE




« Les partis petits‑bourgeois, ou les flancs petits­-bourgeois des grands partis capitalistes sont voués à disparaître avec le parlementarisme qui constitue pour eux l'étape nécessaire. Toute la question est de savoir qui conduira les masses petites‑bourgeoises opprimées et déçues, le prolétariat sous une direction révolutionnaire ou l'agence fasciste du capital financier ». Trotsky (1934)

« Les conceptions des hommes sont inspirées par leurs préjugés, mais elles demeurent subordonnées à leurs relations ». Robert de Jouvenel (« La République des camarades », 1914)



     Pour une échéance électorale municipale sans bla-bla public ni serrage de mains à profusion -mais force distribution de masques dans les boites à lettres - c’est tout de même pas mal qu’une minorité d’électeurs se soit déplacée. Loin d’être cette « insurrection froide » et « inquiétante » selon le contestataire professionnel Mélenchon, l’étape était nécessaire pour stabiliser un système politique de base, relais de l’Etat indispensable en période de crise et face à celle qui vient surtout. Que plus de 60% des électeurs se soient abstenus en raison du covid ou du dégoût de l’ensemble des partis politiques n’affaiblit pas Macron pour autant. Abstention + présentation « personnalisée » des candidats confortent le « ni droite ni gauche » qui a intronisé son ère gouvernementale convulsive.

Le principal quotidien à bobos, Libé a beau désigner comme truqueur principal Louis Aliot vainqueur à la ville frontière Perpignan, sous prétexte qu’il se serait présenté comme « sans parti » donc avec un faux-nez, c’est un : prendre encore les électeurs pour des cons (mal informés ; qui ne sait qu’il est l’ex de la mère Le Pen ?) et deux : faire avaler que les partis du conglomérat vert-rose-rouge n’auraient pas arboré eux par contre aussi le même genre de faux-nez. Or les cliques vertes se sont toutes avancées derrière un individu présenté comme in-dé-pen-dant, tenant de cet universalisme vert qui veut sauver la planète mais pas le prolétariat, et aucune faction de ces petits bourgeois, élevés et nourris au biberon gauchiste, n’était intégralement verte, sauf à considérer qu’une salade avec des roses et des lardons offre une couleur principalement verte ; dans plusieurs situations, c’est l’ossature du vieux PS qui est resté derrière et nombre des élus « vierges » sont eux-mêmes anciens caciques de ce parti bourgeois. La vague verte n’est en réalité qu’une vaguelette, opportunément liée à l’abstention de l’électorat majoritaire, les vieux (morts ou craintifs) et du coup à la prégnance de l’électorat bobo des grandes villes en faveur d’un résultat final peu glorieux, étriqué et révélateur de la supercherie démocratique[1]. Ce n’est pas non plus un mouvement de fond motivé par une profonde mise en cause du macronisme, puisqu’une partie de ces électeurs avait initialement voté Macron sans jamais songer à renverser la baraque.

La clownerie de la grande bourgeoisie ne nous a pas échappé non plus avec cet argument, exsudé des rangs du parti gouvernemental filasse et de la droite ringardisée : les extrêmes ne sont pas compétents pour gouverner. Ce qui est profondément vrai et classique du point de vue de la haute bourgeoisie. Franchement depuis au moins 40 ans personne n’a pu sponsoriser plus haut que ministre tel édile écolo, et surtout pas ces « fachos » qui n’ont pas été assez longtemps à l’école. Mais c’est très vrai, personne n’a jamais imaginé gouverner les Krivine, Laguiller, Mélenchon, Besancenot le mioche ni le gentil Poutou qui devient petit conseiller municipal à Bordeaux[2].

Ce constat de l’incapacité à gouverner des verts et du RN, tant ressassé, n’est pas fait pour nous étonner. Ces particules, y inclus le résidu du PCF, sont destinés à demeurer des partis de « contestation » de la petite bourgeoisie, une petite bourgeoisie qui n’est plus constituée pour l’essentiel de paysans et de petits commerçants, et qu’ignore le CCI en noir et blanc[3]. Après avoir lu la « Philosophie de la misère »[4]de Proudhon, Marx peut décrire la nature et les contradictions de cette sous-classe, caméléon et réactionnaire à la fois, dans sa diversité ; son attitude pendant la révolution de 1848 aura montré son instabilité et son action en yo yo :

« Dans une société avancée et forcée par sa situation, le petit-bourgeois devient, d'une part, socialiste, de l'autre, économiste, c'est-à-dire qu'il est ébloui par la splendeur de la grande bourgeoisie et qu'il a de la commisération pour les souffrances du peuple. Il est bourgeois et peuple à la fois. [...] Un tel petit-bourgeois déifie la contradiction parce que la contradiction est le noyau de son essence. Il n'est rien d'autre que la contradiction sociale en action. Il doit justifier en théorie ce qu'il représente en pratique et M. Proudhon a le mérite d'être l'interprète scientifique de la petite bourgeoisie française, ce qui est un mérite réel, étant donné que la petite bourgeoisie sera partie intégrante de toutes les révolutions sociales qui se préparent ! »

La contradiction petite bourgeoise aboutit à l'idée abstraite d'harmonie sociale, de paix sociale avec un juste partage et une morale écologique, qui permettrait l'intégration des intérêts de la bourgeoisie et du prolétariat. Au 19 ème siècle, à la charnière de la victoire bourgeoise sur l’aristocratie, Marx aperçoit déjà la nullité de la classe petite bourgeoise et qu’elle n’est pas la classe « montante » :

« Ce n'est plus la lutte bourgeoisie-aristocratie ; ce n'est pas encore la lutte bourgeoisie-prolétariat. C'est une espèce de lutte des classes triangulaires avec deux bourgeoisies (la grande et la petite) et le peuple. Mais la classe montante n'est pas la bourgeoisie. C'est déjà le prolétariat».

Marx expliqua à plusieurs reprises comment la conscience de la petite bourgeoisie reste étroite, rêve d’une fusion des classes, du fait de sa situation sociale intermédiaire, plus ou moins privilégiée selon ses couches, avec ses caractéristiques modernes où les fonctionnaires en particulier, depuis la « République des professeurs », ont pris le devant de la scène pour discourir ou faire la morale politique, quoique la majorité du personnel politique petit bourgeois professoral soit recrutée par les sectes d’extrême gauche et les partis néo-staliniens.

Toute l’histoire du XX ème siècle le démontre jamais la petite bourgeoisie ni une fraction n’accède à l’essentiel du pouvoir d’Etat. La grande bourgeoisie tient le manche politiquement et financièrement, c’est valable sous Hitler comme sous De Gaulle ou Franco. L’exception stalinienne et chinoise n’infirme pas la domination mondiale bourgeoise, même si des factions petites bourgeoises ont conquis le pouvoir dans des zones secondaires et si le Moloch stalinien a prétendu ne pas être de nature bourgeoise (le capitalisme d’Etat n’a pas été une victoire de la petite bourgeoisie).

Même choyées les couches diverses de la petite bourgeoisie restent vouées à péricliter. Qu’on leur donne un susucre (le bonus pour acheter des bagnoles à trente mille euros), qu’on les flatte pour leur écologisme, elles restent méprisées et inaptes à constituer une force homogène et à proposer une réelle sortie du capitalisme. C’est ce que nous ont démontré ses révoltes hétéroclites successives – vestes jaunes, aristocratie syndicale et sa retraite, racialistes et antifas, etc.

Macon n’a pas besoin des écolos pour continuer à gouverner deux ans encore, ils risqueraient de foutre le feu à la baraque plus vite encore avec leur programme punitif et le développement des pistes à bobos et des rues en impasse pour adeptes du restau tous les soirs[5]. Il pourra bien sûr emplir son discours de « réinvention » de moult trémolos écolos, mais, comme le lui a soufflé Hollande, c’est sur le plan social qu’il lui faut réinventer une solution crédible pour ralentir ou atténuer la faillite du système. Bon courage à lui. Je lui conseille de rouvrir des Ateliers nationaux, avec label "écolo" et nous commémorerons à notre tour de nouvelles journées de juin 1848 ![6]



POLEMIQUE ENTRE GRAND BOURGEOIS ET PETIT BOBO



Les accrochages, billevesées et cancans sur les réseaux sociaux sont probablement parmi les principales désertions du peuple des débats électoralistes, tout comme les prestations sur les médias pas BCBG comme la chaîne TV russe, CNews avec son émission sur mesure pour l’avocat des flics Zemmour. Prenons simplement la confrontation Bernard Henri Levy et Eric Zemmour à la veille de la triste élection municipale round 2. 400 000 spectateurs, plus que les dernières soirées électorales ou les conférences funèbres de l’idiot Salomon !

Comment le débat s’est-il passé ? Le mieux est de reprendre ici les arguments du jeune auteur dans le titre suivant est mis en avant par l’hebdo du milliardaire pro-US Pinault « Le Point » : « Quand Bernard-Henri Lévy met Éric Zemmour knock-out » :

« (…) Préparons-nous au combat ! Eh bien, je dois dire que je n'étais pas prêt, non, foutrement pas prêt, pour ce spectacle. Je ne m'attendais pas au franchissement zemmourien de nouvelles lignes jaunes. Je me disais : « C'est comme au tennis, un bon joueur ne joue bien que lorsqu'il a un bon partenaire ; Zemmour avec Lévy sera donc meilleur que d'habitude. » Mais hélas… Erreur et fourvoiement. Combien de coups bas de la part de l'adversaire ? Qu'on se le dise, Éric Zemmour n'est pas un partenaire, il est un ennemi déclaré ».

Le jeune auteur aurait voulu être aux côtés de BHL pour le couvrir des yeux de son amour et le protéger de la « fachosphère ». Il est d’emblée choqué que le plus grand philosophe de notre temps soit accusé d’être un « dandy hédoniste ». S’attendant encore au pire, l’auteur déclare avoir ri car : « je connais assez bien l'œuvre de Bernard-Henri Lévy. Et parce que toute personne l'ayant lue, vraiment lue, ne peut sérieusement affirmer une telle chose. Quel culot ! Parce que ses livres, ses grands reportages, disent l'inverse. L'empathie. La compassion. Le risque. Un dandy ! Et puis quoi encore ? Un dandy, avec une plume dans chaque main et les pieds dans la merde ».

Le jeune auteur oublie de mentionner comment d’emblée BHL est ridiculisé sur la teneur principale de son nouveau livre m’as-tu-vu – « Ce virus qui rend fou »[7] - qui décrit les français comme des moutons face au confinement « totalitaire » ; la décision a été préjudiciable pour l'économie française et pour la "liberté" des concitoyens ! Zemmour démonte sans fard cette imbécilité : « vous oubliez toutes celles et tous ceux qui étaient au front pour vous soigner et qui avaient des raisons d’avoir peur et de soutenir le confinement ! ».

BHL essaie de s’en sortir par la porte du déconfinement, et c’est à mourir de rire. En résumé : quelle joie d’avoir pu me précipiter pour prendre l’avion et me rendre à Lesbos pour témoigner pour ces 20.000 enfants bloqués aux portes de l’Europe… Zemmour monte le ton et lui reproche de rouler pour nos envahisseurs. Redonnons la parole au fan de BHL :

« Et quel mot ! « Nos envahisseurs ». Cette idée que les hommes, femmes et enfants de l'île de Lesbos, seraient aux portes de l'Europe, attendant dans la crasse des chiottes de l'Occident, de venir fouler notre sol. Et puis quoi ? Allez ! Disons-le ! Parce que c'est bel et bien ce que cela veut dire : manger le pain des Français ! C'est ignoble. Faire croire aux téléspectateurs que ces quelques milliers de malheureux, nos frères et sœur en humanité, sont une plaie sans nom, sans lieu, mais au visage de malveillant voleur de drapeau bleu-blanc-rouge, est une faute morale. Une honte ! Éric Zemmour : chantre du Tout-pour-ma-gueule. Bernard-Henri Lévy : incarnation du Tout-pour-autrui. Si on respecte (je ne parle même pas d'aimer) un tant soit peu son voisin d'ici ou de là-bas, on ne peut que reconnaître une chose : dans ce débat, le premier écrase le second, dignement ». 

Où est la dignité de BHL qui, après avoir méprisé le personnel soignant et la peur de la pandémie, si bien à l’abri dans son cinq pièces à Neuilly, s’en va faire coucou aux migrants de Lesbos ?

Le défenseur de l’idole BHL évite au passage l’étrange rôle du philosophe en Libye naguère. Il ne revient pas de sa responsabilité avec Sarkozy mais "charge" Erdogan, Poutine, le retrait américain et l'Europe invisible. Zemmour lui rendre dedans avec raison : c'est lui, BHL, et Sarkozy qui ont créé un vide en Libye; BHL et son "idéologie à la noix droit-de-l'hommiste" est le responsable du chaos libyen, lui qui avec Sarkozy a amené la liquidation de Kadhafi.



Les 20 000 personnes ont toutes été confinées également pendant la crise sanitaire du Covid-19.  BHL questionne Zemmour, mais celui-ci réplique : « Je m'en fous de votre camp » et il ajoute : « Ils n'ont qu'à rentrer chez eux ! ». Levant le menton, le bourgeois idéaliste exalté rétorque au froid et sec pilier de Cnews : « Ce sont mes frères humains ». Cette vieille fable de « humain trop humain » ne peut pas ébranler le côté marxiste provocateur de Zemmour, qui terminera quand même épuisé car il faut se le faire ce grand bourgeois arrogant, qui est tout de même le Alain Delon de la philo française[8].

« Le soldat allemand aussi était mon frère humain, et même le SS c'est mon frère humain ». BHL est accablé, les camps de la mort rodent sur son ample chevelure de rombière : « choking ! vous venez de raconter une énormité, comment pouvez-vous dire cela ? Les nazis et même les soldats de la Wehrmacht ont commis tant d’horreurs contre les juifs ! ». {Peut-on solutionner le problème en les traitant d’animaux ?] JLR).

Observons les dégâts chez le jeune fan de BHL :

« (…) Moi-même je ne tiens plus en place, chez moi, devant mon écran de télévision. Je me suis levé, ai dû faire au moins cent pas en quelques secondes, les yeux écarquillés, une main sur mon front qui perle d'énervement. Quoi ? Le soldat allemand de la Wehrmacht était mon frère ? Et celui de la Schutzstaffel ? Même idée noire. Même culture de la haine. Le point Godwin est atteint. Stop ! Pas ça ! Sur le fond, je ne sais que dire. Je suis atterré. Je n'ai plus les moyens de penser. Didactique, dialectique et argumentation s'effacent. C'est dans mon corps que ça se passe. Je ne négocie plus avec mon esprit. Et à cet instant précis, Bernard-Henri Lévy répond, s'insurge, et il a raison. Je voudrais qu'il continue, ne s'arrête jamais tant que son adversaire n'aura pas changé d'avis. Je voudrais qu'il le fasse plier. Mais le front de l'ignominie est dur, c'est un front de bœuf qui ne cède pas et s'enfonce dans une bêtise immense et inaudible, insupportable ». « Et je sais gré à Bernard-Henri Lévy de vous avoir rappelé fermement ce principe fondamental de l'antiracisme auquel je souscris des deux mains : la race ne compte pas ! Elle ne doit pas être un sujet. Je vais même plus loin : pour moi, la race, ça n'existe pas. Des hommes et des femmes. Point. J'ajoute à cela que l'usage, par Zemmour, ce vendredi soir, de l'adverbe pourtant était immonde. On me reprochera d'ajouter, à la parole du publiciste, des sous-titres ? Tant pis. Va pour les sous-titres. Trois hommes blancs, explique Zemmour, sont tués il y a quelques jours. Silence de l'opinion. « Pourtant, ils étaient homosexuels ! » Mais avant d'être homosexuels, ils étaient des hommes, eux aussi. Et l'on a bien senti, me semble-t-il, à ce moment-là, la jouissance zemmourienne de l'essentialisation. Je hais ce culte des identités fermées. Merci, donc, à Bernard-Henri Lévy de porter à bout de bras, cette idée d'universelle fraternité ».

Après cet « épisode dégueulasse de fascisme décomplexé » dont a su si bien triompher le grand philosophe BHL, l’auteur signe :

 Félix Le Roy, 22 ans, étudiant à la Sorbonne-Paris-4 et prépare un mémoire de master 1 en littérature française sur « Le rôle des intellectuels français pendant la guerre de Bosnie » (sic !)

(pour ceux qui n'auraient pas compris mon sic, BHL est le principal chroniqueur du Le Point et reste très influent en milieu universitaire)


Ce genre de débat illustre assez bien les rapports entre la grande et la petite bourgeoisie, et comment BHL est, implicitement, le directeur de conscience des bobos parisiens et du gauchisme version NPA.




PHILOSOPHIE DE LA CHARITE ET CHARITE DE LA PHILOSOPHIE

CET AUTRE BLUFF DE LA CHARITE INTERNATIONALISTE BOURGEOISE


« C’est que précisément je n’aime pas que les riches aient pitié des pauvres ».

Anatole France



Conformément aux besoins du patronat français, le commercial de haut niveau BHL a toujours nié une quelconque crise de l’immigration mondiale. Michel Onfray, que je n’apprécie pas, lui avait justement répondu : "Les cons ça ose tout". La charité de BHL n’est même pas simple charité mais, comme en Bosnie, participation à la guerre impérialiste sous couvert humanitaire, au profit de la bourgeoisie française.

La conception de la charité est en soi un héritage culpabilisateur de la religion, à l’origine un geste qui fait le lien entre l’homme et son prochain au travers de dieu. L’ensemble des croyances religieuses sur ce thème ne sont, dans l’analyse matérialiste, qu’une tentative d’échappatoire hors des questions sociales : « l’opium du peuple ». Le don permettrait d’effacer toutes les injustices. Foutaises. Les charités religieuses en général ne sont  donc, ni plus ni moins, qu’une forme de perpétuation éternelle de l’ordre social existant.

La fable de la porte grande ouverte à la misère du monde entier, de BHL aux trois couleurs verte-rose-rouge vaut bien les galas de charité qui sont une pratique sociale extrêmement répandue dans la grande bourgeoisie où l’on se vante de la « philanthropie » pour n’importe quel multimilliardaire faisant un don de quelques milliards. BHL lui fait don de son navet à je ne sais plus quelle assoc.


« Elle [ndlr : la bourgeoisie] a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste » (Le manifeste du Parti Communiste, 1847, K Marx et F. Engels).









[1] A Paris, Hidalgo est réélue avec les voix de 17,5 % des inscrits de la capitale. Les écologistes Grégory Doucet à Lyon et Pierre Hurmic à Bordeaux ne gagnent qu’avec respectivement 19,1 % et 17,5 % des suffrages. A Nice, Christian Estrosi, l’ami du guru Raoult est réélu avec les voix de 15,8 % des inscrits ; à Lille, Martine Aubry n’aura rassemblé que 12,4 % des électeurs pour lancer son quatrième mandat.
 [2] Espérons que cela lui compensera un peu son chômage. On peut sourire en lisant la prise de position du parti juvénile NPA : « on assiste à une poussée de l’écologie libérale qui polarise aujourd’hui la gauche institutionnelle », et de reprocher à EELV  de : « se contenter d’un saupoudrage vert capitalo-compatible ». Quand, en particulier à Poitiers le NPA à appelé à voter pour le cartel vert-rose-rouge. Le fameux caméléonisme trotskien que je dénonce depuis 50 ans !
[3] Trotsky dès 1934 a bien vu le changement de composition de la petite bourgeoisie moderne : « Mais, comme dit Molière, il y a fagots et fagots. Un marchand ambulant ou un petit paysan sont des petits-bourgeois, mais un professeur, un fonctionnaire officiel portant un insigne distinctif, un mécanicien moyen, sont aussi des petits-bourgeois. Il nous faut choisir entre eux. Le parlementarisme capitaliste ‑ et il n'en existe pas d'autre ‑ conduit à MM. les Juristes, les Fonctionnaires, les Journalistes, apparaissant comme les représentants patentés des artisans, des marchands ambulants, des petits employés et des paysans semi‑prolétarisés qui souffrent tous de la faim. Et le capital financier mène par le bout du nez ou se contente de corrompre les parlementaires de ce milieu des juristes, des fonctionnaires et des journalistes petits‑bourgeois ». Ne me demandez pas non plus la profession et la place sociale de tous ces élus petits-bourgeois…
 [4] Je vous parle plus loin de la « philosophie de la charité » de BHL face à Zemmour.
[5] La bourgeoisie a chassé globalement les prolétaires des grandes villes (où ont triomphé les élus verts et roses), ce qui fait, par exemple, que dans les cuisines de la plupart des restaurants parisiens il n’y a plus que des noirs pakistanais ou autres. Non pas que les cuisiniers blancs ne veuillent plus de ce travail, mais exilés en banlieue éloignée il devenait de plus en plus compliqué de rejoindre le lieu de travail parisien. En conséquence on comprend mieux l’antiracisme fougueux de la grande bourgeoisie et de leurs amis bobos : les immigrés ou sans papiers se démerdent eux pour dormir sous les ponts, dans les plus minables soupentes ou pour s’entasser dans des hôtels crasseux.
[6] Le 27 février 1848, quelques jours après la fuite du roi Louis-Philipe, le gouvernement provisoire de la IIe République décide d'ouvrir des Ateliers nationaux pour donner du travail aux chômeurs, à Paris et en province. Très controversé, le projet est avant tout destiné à contenir les revendications du socialiste Louis Blanc, qui a le soutien des ouvriers. Il est confié au ministre des Travaux Publics, Alexandre Marie de Saint-Georges.
 [7] Que le sage grand bourgeois présente ainsi sur ses multiples plateformes publicitaires : « J’ai voulu ce petit livre comme un barrage modeste et fragile face à une terreur qui rôde et dont je crois qu’elle peut, armée de ses bréviaires et évangéliaires hygiénistes, dévaster le monde davantage que le Covid. Je l’ai écrit pour essayer, non de répondre, mais de comprendre. Mystère d’un Occident qui, la seconde d’avant, était encore ivre de lui-même et de l’hypersanté jaillissant, comme les grandes eaux versaillaises, de ses bassins d’intelligence artificielle : le voilà qui se recroquevillait dans ses terreurs, ses hontes et ses chaussons. Mais mystère, plus grand encore, de mes amis darfouris, de mes compagnons kurdes bunkerisés dans leurs tranchées, mystère de ces damnés que j’avais quittés à Lagos, Mogadiscio ou Lesbos : ils souffraient de toutes les calamités possibles ; ils mouraient de maladies très anciennes, à commencer par la plus atroce des malnutritions et des famines ; mais voilà qu’ils se drapaient dans la même prophylaxie ! voilà qu’ils se rangeaient dans la batterie du confinement ! Pourquoi ? ».
 [8] J’aurais pu traiter d’un autre moment de la discussion – l’antiracisme moraliste de BHL - où Zemmour dit des choses vraies mais à sa manière, plus en référence au nationalisme cocardier et comme accusation simpliste que basé sur une analyse marxiste : «Ce mouvement, vous en êtes le père car vous avez été le fondateur de SOS Racisme. Vous avez mis la race dans la bataille politique. On ne s’en remettra jamais. Vous avez réveillé les racistes. Vous avez tué la France et même la République. Vous avez accouché d’un mouvement multiculturaliste, et pourtant les militants noirs vous détestent aujourd’hui». BHL, les chefaillons gauchistes et Mitterrand se sont bien entendu servit à dessein de l’idéologie antiraciste dissolvante des classes. Lire mon article sur ce blog « LE REFORMISME RADICAL ET SON CHEVAL DE BATAILLE L’IMMIGRATION DE GUERRE :  «... grâce au succès du racisme révélé par la percée durable du Front National confirmée par les élections européennes de 1984 et par des faits divers racistes spectaculaires, une nouvelle approche de l’antiracisme est apparue. Il fallait prendre part au débat de plus en plus passionné sur l’identité française menacée par l’immigration. L’émergence brutale de SOS racisme en était la matérialisation la plus spectaculaire». «Selon Julien Dray, il fallait «jouer à fond la carte cathodique» avec les parrains Bernard-Henri Lévy et Marek Halter. Fin de toute lutte de classes, place à «la solidarité interculturelle et à la fraternité sans rivages» avec concerts musicaux. Exit l’extrême gauche et la gauche: «l’une, nettement affaiblie, ne jouissait plus d’une audience suffisante et l’autre, investie dans les sphères du pouvoir, avait une marge d’action limitée». Au moment de l’effondrement du bloc de l’Est - que ne prend pas en compte Y.Gastaut - la comédie de SOS racisme s’émousse, pas seulement à cause des révélations sur la tambouille peu odorante des Harlem Désir et Julien Dray (cf. les révélations du livre de Serge Malik, Histoire secrète de SOS racisme) mais par le repli communautaro-religieux qui naît des nouveaux clivages impérialistes: «L’hostilité des associations de jeunes issus de l’immigration s’estimant délaissées (sic comme lors de la première vague antiraciste...), les contradictions fâcheuses dans les prises de position à l’occasion de l’affaire du foulard en 1989 ou la guerre du Golfe en 1991 (...) l’incapacité à définir les contours du projet de société étaient autant de causes de fléchissement».«Le projet de diaboliser le Front national et de faire reculer l’intolérance n’avait réussi qu’imparfaitement (...) L’antiracisme, faute d’idées neuves, se contenta de développer un combat contre le Front national avec des associations telles que le Manifeste contre le Front national, Celsius ou Ras-le-Front».
L’auteur s’appuie en conclusion sur la dénonciation de René Gallissot dès 1985 (il ne lisait pas la presse maximaliste de l’époque qui se moquait mieux encore de l’antiracisme du point de vue de classe), cf. son essai: «Misère de l’antiracisme», en 1992 Le Nouvel Obs: «L’antiracisme a-t-il échoué?» 5 mai 2015. Sur le rôle impérialiste de BHL en Bosnie il doit  avoir des articles et aussi sur le site du CCI.

UNE IDEOLOGIE TYPIQUE DE LA PETITE BOURGEOSIE qui a mué du rose bobo-socialo au vert anar-libéral mais gris pour l'avenir
(ajout du 30 juin)


Les Verts sont régulièrement moqués par Zemmour, et en général il le fait bien. Nous avons bien affaire à une nouvelle bande d'apparatchiks mais qui ont conservé le sectarisme de leur formation de jeunesse trotskiste ou staliniste. Si on laisse de côté ses obsessions identitaires et ses non solutions franchouillardes, le constat est criant de vérité. La longue notice de Wikipédia décrit assez bien l'historique et les mutations de l'idéologie écologique qui, sur le fond, est typiquement une idéologie petite bourgeoise qui oscille entre retour à la terre et mise au rebut de toutes les avancées industrielles du capitalisme. Je reprends ici une des phrases les plus significatives de cette description de l'idéologie bobo, qui confirme leur mépris de la classe ouvrière :
« Ils dénoncent régulièrement le fait que les plus pauvres sont les toutes premières victimes de la dégradation de l'environnement alors même qu'ils en sont souvent les derniers responsables ».
Zemmour nous rappelle justement la forfanterie de Terra Nova. Quant au représentant de la haute, Macron, il a compris qu'il ne peut pas intégrer la plus scandaleuse proposition des 150 bobos réunis, celle qui contraindrait les bobos à se limiter à 110 km/H, leurs 4X4 crossover des Yvelines et du 93 ne le supporteraient pas.

« Ce sont les électeurs des métropoles. Quel est l’électorat de la gauche dans les métropoles ? C’est ce qu’on appelle les bobos » dit Éric Zemmour qui est lui-même un bobo de droite: « C’est-à-dire les gens qui sont plus jeunes, diplômés, qui ont un salaire correct, qui ont un certain mode de vie, qui pensent que l’existence c’est manger bio et rouler à vélo, qui pensent que l’immigration c’est les livreurs Deliveroo et […] qui ne savent pas vraiment ce qu’est l’histoire ».
Conséquences de ce vote minoritaire: « Quand on regarde ce qui se passe à Grenoble, à Paris, les Verts au pouvoir ça veut dire : beaucoup de logements sociaux, pour les familles immigrées, beaucoup de subventions aux associations féministes, LGBT et pro-immigration et un laxisme pour les trafics notamment de drogue qui fait ressembler, par exemple, la ville de Grenoble à Chicago »

Cette nouvelle bureaucratie écologiste est une resucée du conclave bourgeois Terra nova, une nouvelle incarnation de la gauche bourgeoise mais Zemmour oublie de mentionner la disparition de son ancienne définition rose bonbon et stalino-étatique. « Il y a quelques années, Terra Nova, qui était le cercle de réflexion proche du PS, avait recommandé au PS d’abandonner l’électorat ouvrier et populaire blanc pour le remplacer par une alliance composite de féministes, de jeunes femmes diplômées des grandes métropoles, d’enfants de l’immigration et de bobos» ; « C’est exactement l’électorat des Verts. Les Verts sont des multiculturalistes assumés, des immigrationnistes assumés, des sans-frontièristes assumés, ils ont souci de la nation française comme de leur dernière éolienne. Il y a une alliance composite entre tous ces gens qui est derrière le vote vert»

Derrière le derrière vert, il y a surtout la bourgeoisie qui ne veut pas entendre parler de fin du capitalisme ni de révolution prolétarienne, et qui fait son marché parmi tous ces carriéristes. Il faudrait étudié aussi précisément l'écologie nazie pour voir ses étranges ressemblance avec l'écologie démocratique, comme nou y invite Herbert Marcuse.

vendredi 26 juin 2020

PARENTHESE ARCHIVISTE : du mérite de l’ancien sur le nouveau






AVERTISSEMENT



C’est sur la base de ce texte qu’un groupe de camarades de la Gauche Communiste (FFGCI) s’est unifié avec le groupe « Socialisme ou Barbarie ». Précédemment, il avait été discuté au sein de la Gauche et repoussé par une partie des membres de l’organisation, hostiles par ailleurs à une unification avec « S. ou B. ».

Au cours des discussions entre ses signataires et les camarades de « S. ou B. », il a été décidé d’y apporter certaines modifications. Très limitées, elles ne changent en rien le contenu politique du texte. La dernière partie concernant la tactique de lutte (Front unique, question coloniale, question paysanne) a été considérablement abrégée – un accord complet existe entre les camarades sur ces trois questions, mais ils ont estimé qu’elles étaient traitées de façon trop hâtive dans le texte et qu’il était préférable de les aborder ultérieurement de façon plus complète.

Le texte définitif sera publié dans le prochain numéro de la revue « Socialisme ou Barbarie ».



LETTRE DE VEGA : Perspectives et tâches

Paris le 3 mars 1950


La Fraction Française au P.C. Inter. D’Italie


Chers camarades,


La crise politique et organisationnelle de la Fraction française est arrivée à son point d’éclatement. Après le cycle de discussions avec le groupe « Socialisme ou Barbarie », les positions politiques au sein de la Fraction se sont précisées.

Un groupe de camarades estime qu’il n’y a pas de divergence fondamentale entre les positions de « S. ou B. », précisées au cours des discussions, et leurs propres conceptions. En ce qui concerne les perspectives et les tâches de l’avant-garde, ces dernières ont été exprimées pour l’essentiel dans le texte « Perspectives et tâches » (ci-joint) et avec lequel le groupe « Socialisme ou Barbarie » s’est déclaré d’accord.

Quant au rôle du parti révolutionnaire dans la lutte des classes, ses rapports avec la classe ouvrière, sa fonction dans la dictature du prolétariat ainsi que l’organisation même de celle-ci, cette tendance manifeste son désaccord avec une certaine conception existant, sur ce sujet, dans la Gauche ; bien que cette conception ne se soit clairement exprimée par une analyse critique de la III ème Internationale et de la révolution russe (qui seule aurait pu la justifier), elle n’en existe pas moins  et domine aujourd’hui la vie politique de la Gauche elle-même. Elle se concrétise dans les formules « Gouvernement du parti », « dictature du parti » et n’est en réalité que le reprise pure et simple des positions prises par les bolcheviques en Russie sous la pression d’une situation défavorable, positions qui ont été érigées en dogmes par l’Internationale dans la période de la bolchévisation.

Ces camarades estiment qu’une telle position n’est qu’un aspecte de l’attitude générale de la Gauche – et en particulier du part italien – qui, au lieu de représenter un effort d’analyse de la situation actuelle et, sur cette base, de dépassement des formulations et analyses périmées, traduit, au contraire, une cristallisation sur ces dernières qui se reflète dans toute son orientation. Ils affirment en conséquence qu’il est impossible de poser la question de l’adhésion du groupe « S. ou B. » à la GCI dans la mesure où celle-ci non seulement n’a pas pris position sur les problèmes fondamentaux de l’époque actuelle, mais semble, au contraire, vouloir nier leur existence même.

Ce groupe de camarades pense que l’effort de discussion et de clarification et d’analyse ne doit pas être subordonné à des questions, aujourd’hui formelles, d’organisation, et que, sur le plan français comme sur le plan international, un travail commun avec le groupe « s. ou b. » ne peut que faciliter ces tâches. Ils proposent donc à la Fraction française de se joindre à « S. ou B. » sur la base d’une déclaration politique commune et sous condition de l’ouverture d’une large discussion internationale avec le parti italien sur tous ces problèmes. Ces camarades se proposent donc de faire dans un document ultérieur une critique des positions existant dans la Gauche et plus haut mentionnées.

Ces camarades tiennent à se délimiter des conceptions exprimées par le camarade Lastérade et qui traduisent un retour à une interprétations non marxiste des rapports des classes, tout come celles que le camarade Chazé défend dans la mesure où il proclame son accord avec le courant (…) (suite du texte disparue).



Paris le 22 mars 1950



La Fraction française au CC du P.C. int. d’Italie



Chers camarades,

La dernière réunion de groupe a confirmé que huit camarades parmi lesquels les cam. Chazé, Vega, Camille, Gaspard, que vous connaissez et quatre autres éléments jeunes recrutés par l’intermédiaire des cercles d’études entendaient adhérer rapidement au groupe Chaulieu, ensuite des propositions de travail commun fait par ce groupe. Une proposition de la cam. Frédérique d’élaborer une plateforme de la FF qui serait présentée au groupe Chaulieu comme bas d’adhésion a été repoussée par ces camarades. Le résultat est que la Fraction se trouve divisée en deux, seuls les camarades italiens et trois camarades français se refusant à quitter la Gauche. Les huit entristes ont toutefois déclaré, dans la discussion de votre réponse à notre proposition d’envoi d’un délégué, qu’ils « ne nous donneraient pas satisfaction de brusquer la scission et attendraient la venue du délégué italien ». Ils ont décidé en réunion « fractionnelle » au terme d’une lettre insistant sur la nécessité d’envoyer un délégué.

A la réunion de groupe, ils ont relevé dans la condition organisationnelle que vous mettiez à la venue de celui-ci une conception « stalinienne » des rapports politiques.
Réunis également en « fraction », les camarades italiens et les trois camarades français qui se refusent à dissoudre la Fraction, adressent au Parti les conclusions et les propositions suivantes :

1°) Ils tiennent à protester pour la légèreté avec laquelle la lettre du Parti liquide la question de la nature politique du groupe Socialisme ou Barbarie avec les termes de « résidus du trotskysme ». Ni les documents, ni les thèses présentées par ce groupe dans la discussion commune ne justifient une telle appréciation. Celle-ci ne s’applique pas davantage aux positions exprimées dans la lettre du camarade Lastérade, à laquelle, semble-t-il, il est fait également allusion dans la lettre. Les camarades de la FF tiennent à insister auprès du CC sur les difficultés que lui suscitent une attitude aussi peu scrupuleuse de sa part.

2°) Ils relèvent une contradiction dans le fait d’affirmer d’une part « qu’il faut reconnaître qu’il n’existe pas d’unité de vue au sein du Parti sur une série de questions programmatiques ou d’appréciation de l’actuelle période historique  (rôle du parti dans la dictature-société bureaucratique)  et qu’il n’existe pas à ce sujet une littérature politique suffisante et de conclure, d’autre part, que le parti répondra aux camarades qui quitteraient la FF par « les idées et les programmes qu’ils présentent à tous (les autres regroupements) ».

3°) Ils considèrent que la seule base délimitative d’une organisation réside dans ses positions politiques et que l’exigence d’unité concerne ces positions politiques seules, sans qu’on puisse l’appliquer aux interprétations théoriques ni aux perspectives programmatiques qui correspondent à chaque nouvelle phase de la société capitaliste et de la lutte de classe et dont la discussion constitue le contenu de l’activité de la Fraction.

4°) En conséquence, ils entendent tenter un dernier effort pour éviter une scission, qui, réalisée dans la confusion, ne peut que retarder la clarification des positions doctrinales du groupe « Socialisme ou Barbarie » à laquelle le mouvement ne peut avoir qu’intérêt et que ruiner toute possibilité de vie politique et d’expression de la Fraction en la privant de ses éléments les plus actifs.

Sur la base des considérations du point 3, la FF a donc décidé d’envoyer au groupe Chaulieu la lettre que vous trouverez ici jointe et sur laquelle nous vous demandons une réponse immédiate.

La Fraction insiste sur la nécessité qu’un délégué du Parti vienne à Paris soutenir, en cas d’accord, cette lettre au nom du BI de la GCI, auprès des camarades qui veulent entrer dans le groupe Chaulieu, afin que puisse être prise une décision unanime des camarades de la FF, sans laquelle la scission la scission a toutes les chances de se produire. Nous rappelons à ce sujet qu’une normale réunion de groupe – c’est-à-dire avec les huit camarades « entristes » a été prévue pour le vendredi  31 mars. La FF demande au Parti d’envoyer son délégué à Paris pour cette date, ou à défaut, de nous prévenir à temps pour que nous puissions en convoquer une pour le dimanche 1 er avril.

5°) En ce qui concerne la lettre même, la Fraction rappelle au Parti qu’elle se justifie par l’inexistence des conditions d’une délimitation politique d’avec le groupe « Socialisme ou Barbarie ». Par ailleurs, la crise de la Fraction et le manque de littérature de la Gauche en général sur les problèmes d’interprétation de la phase capitaliste d’Etat de l’économie, sur la contre révolution russe et même sur le programme de la dictature du prolétariat en face à cette phase totalitaire (y compris le rôle du partilui-même) ne nous permet nullement de poursuivre isolément la clarification des thèses du groupe Chaulieu sur ces points.

La Fraction attire toute l’attention du Parti sur le caractère nouveau du problème politique et d’organisation posé par la proposition de travail commun du groupe « Socialisme ou Barbarie » en raison du caractère politique de ce groupe et des thèses qu’il présente sur les problèmes que nous sentons un malaise à avoir insuffisamment abordés, thèses que la Gauche n’a pas encor eu à affronter de la part d’aucun groupement  (ci-joint un document de la discussion entre les deux groupes, qui avec ceux qui vous ont déjà été envoyés, constitue tout ce que nous pouvons vous faire savoir de ce groupe.

Les camarades de la FF se réunissent à nouveau en réunion extraordinaire le dimanche 26 mars. Ils vous prient de répondre par retour et par exprès pour leur communiquer votre position sur le projet de lettre ci-joint et leur faire savoir s’ils peuvent compter sur un délégué.



Salutations fraternelles, pour la FF.



Dimanche 26 mars 1950



Chers amis,



Submergés que nous sommes par les textes, les polémiques et surtout par la rapidité des prises de position face à la crise de la FF, je n’ai guère eu le temps de répondre à la lettre du 23 février ; D’autre part, je crois que tu as reçu l’essentiel, sinon la totalité des textes, résolutions, lettres, etc. en présence puisque ta dernière lettre au groupe nous a été lue ce matin par Mothé qui fait état de ces documents. Dans ces conditions, tu es tenu au courant des mouvements d’opinion ! Je vais cependant essayer de te mettre sur ce papier quelques conclusions.

Tu auras vu qu’un groupe de camarades parmi lesquels Alberto (Vega), Camille, Gaspard, partisans de l’entrée dans le groupe Chaulieu, ceci sans demander auparavant à ce groupe un accord sur les positions historiques de la Gauche, avaient parallèlement conclu à la mort politique de la FF. En dehors de critiques parfaitement justifiées à l’adresse du Parti italien (conservatisme des positions face à l’IC, trop souvent même refus d’accorder une importance aux problèmes actuels du capitalisme d’Etat), ces camarades, obnubilés par l’adresse de Chaulieu, son audace théorique, sa facilité d’expression, sa nouveauté même, en sont venus à considérer comme nuls les principes d’action de la GCI comme sa filiation historique de luttes de l’expériences. En résumé, ces camarades en sont arrivés à confondre les positions politiques issues de l’expérience de la lutte des classes et de la tradition de lutte de la Gauche italienne, même si celles-ci présentent aujourd’hui des insuffisances, des lacunes et même des erreurs d’appréciation, avec des études théoriques, sorte de contribution purement intellectuelle à l’étude des phénomènes d’évolution de la société capitaliste, laquelle loin de pouvoir constituer une plateforme politique pour un groupe peut parfaitement se concevoir à l’intérieur des cadres d’une organisation existante, pourvu que celle-ci soit politiquement révolutionnaire et dispose d’une plateforme politique précise. Les dits camarades, out en se retranchant derrière les traits négatifs de la Gauche italienne, s’avèrent incapables de dresser eux-mêmes une critique de ces positions, aussi bien d’ailleurs que le groupe Chaulieu.

Alors quoi ? Où cela mène—il de scissionner, si le minimum pour une scission n’est pas donné, c’est-à-dire le désaccord politique sur une série de question principielles. Ce n’est pas le cas. Pour notre part (Mothé, Suzanne et les Italiens) nous reconnaissons l’impossibilité pratique de mener un quelconque travail d’avant-garde à Paris avec nos seules forces. D’autre part, nous ne voyons, dans la confusion actuelle des idéologies successives de Chaulieu, qu’une solution : admettre le groupe Chaulieu dans la GCI, sous réserve de l’accord de celui-ci sur les bases de la Plateforme politique du Parti italien, publiée en 19.

A l’intérieur d’une même organisation, il sera possible de déterminer si le groupe « S. ou B. » est constitué par des fumistes, des « académistes » ou des camarades de bonne volonté, égarés sur des routes de la recherche scientifique (hypothèse la moins redoutable). Il est bien entendu que notre position nous est dictée par deux données de fait.

La situation extrêmement confuse dans laquelle nous nous trouvons par la faute des « entristes » dans le groupe Chaulieu et aussi par le fait que nous avons été incapables, les uns et les autres, de clarifier les positions principales de la Gauche et de les développer (…).



DOCUMENTS POUR LA DISCUSSION (de S ou B)


Extraits de deux « textes d’orientation » suivants, du ponte Chaulieu/Castoriadis qui sont reproduits intégralement dans mon bouquin « La critique de « socialisme ou barbarie » par Lucien Laugier (2002, édition du pavé, à 50 exemplaires). J’ai été en remettre un exemplaire à Jacques Signorelli, ancien de S ou B, qui était un de mes voisins à Fontenay aux Roses (il vivait sans se connaître dans la même cité que notre regretté Jacquy Mamane) ; il avait apprécié les analyses critiques de Laugier, mais pas les miennes trop cciennes.*


LA NOTION DE CLASSE ET DU PARTI


1.La discussion  sur la notion de la classe et du parti, et sur les rapports respectifs de ces deux facteurs n’a pratiquement jamais été menée dans le mouvement marxiste d’une manière approfondie et correspondant au niveau scientifique général du marxisme (hi hi). Il est décevant de voir que les principales « positions » classiques présentées sur ce problème ont été défendues uniquement par des affirmations gratuites – « la classe d’elle-même ne peut arriver qu’au trade-unionisme, la conscience socialiste est inculquée de l’extérieur au prolétariat par l’intelligentsia petite bourgeoise » - ou bien la spontanéité de la classe la conduit à la révolution -, sans aucune tentative d’analyse sérieuse de la formation de la conscience de classe ; il est étonnant de constater que les « positions » qui ont été défendues par les groupes de gauche depuis 1923 ne sont qu’une resucée appauvrie de ces affirmations gratuites.

Ile serait aujourd’hui complètement inutile et insipide de reprendre cette discussion sur les bases traditionnelles, pour affirmer ou pour nier, sans preuves et en se servant uniquement « d’exemples » historiques convenablement choisis et préparés pour les besoins de la cause, la « limitation » ou la « spontanéité » de la classe. Ce qui est actuellement nécessaire, c’est d’appliquer pour la première fois la méthode marxiste – l’histoire du mouvement ouvrier lui-même et à la question de la formation de la conscience de classe du prolétariat. Cet exemple est aujourd’hui rendu possible par l’existence d’une expérience historique du mouvement ouvrier couvrant un siècle et demi, il est d’autre part indispensable, parce qu’il donne seul les moyens de répondre aux idéologues réactionnaires (bourgeois et bureaucrates) qui contestent la capacité révolutionnaire du prolétariat, de résoudre le problème posé par la dégénérescence successive de toutes les organisations se réclamant de la classe ouvrière et de poser sur une base correcte la question des rapports entre la classe et le parti.

L’importance de ces questions est telle, qu’il faut purement et simplement refuser le droit à l’existence politique aux courants et aux groupes qui, sur ces problèmes, restent muets, ou se bornent à perpétuer un empirisme depuis longtemps périmé…

2. Depuis la fondation de la III ème Internationale, la stratégie révolutionnaire d’ensemble a été posée sur une base fausse, qui continue à prévaloir parmi tous les courants issus du léninisme jusqu’aujourd’hui et fût (et reste) une des raisons de la carence de ces courants (qu’il s’agisse du bordighisme ou du trotskysme). Le développement du capitalisme et de la classe ouvrière et partant des conditions subjectives et objectives de la révolution) était considéré comme étant parvenu à son terme, au-delà duquel la décadence et le pourrissement tendent à s’emparer de toute la société (y compris le prolétariat) : la tâche considérable qui se posait était de construire les partis dans ces conditions qui ne pourraient jamais plus devenir favorables.

Cette conception déjà discutable en 1919 est aujourd’hui insoutenable théoriquement et défaitiste politiquement. Insoutenable car aucune base objective n’est offerte pour garantir cette construction indispensable du parti. Défaitiste, parce que si toutes les conditions de la révolution sont données, à l’exception du parti, et puisque ce parti n’a pas pu se construire pendant 30 années, on ne voit pas pourquoi il pourra le faire à l’avenir.

A cette conception en fin de compte superficielle il faut opposer une stratégie basée sur l’idée du développement des conditions objectives et subjectives de la révolution. Nous partons quant à nous de l’idée que les forces productives de l’humanité continuent à se développer, c’est-à-dire qu’à la fois la production des biens continue à croître et que les potentialités productives (technique) croissent encore plus ; (voir l’article sur « la consolidation temporaire du capitalisme mondial », n°3 de S ou B; où cette affirmation est prouvée statistiquement). Nous partons ensuite de l’idée que le prolétariat continue à croître en nombre et en importance (son nombre absolu, son poids relatif et son poids spécifique continuent à augmenter). Nous partons enfin et surtout de l’idée que les capacités subjectives se développent toujours. C’est de cette dernière idée, qui est le fond de la discussion actuelle et qui touche le plus directement l’élaboration d’une nouvelle stratégie prolétarienne. Lorsqu’on parle du développement de la capacité historique du prolétariat, il ne faut pas entendre ce développement comme une progression constante, uniforme et sans opposition, mais comme comportant des ruptures, des reculs apparents et surtout des contradictions très profondes. Ces contradictions se résument en celle-ci, qu’en même temps qu’il développe la conscience du prolétariat, le capitalisme développe à un degré inouï l’exploitation et partant l’aliénation de cette classe au sens le plus large du terme. Mais nous laisserons de côté dans ce texte les aspects négatifs du processus sur lequel il ne pourrait pas y avoir en gros de divergences.

3. Le développement de la capacité historique du prolétariat se traduit par le développement de sa culture, de son expérience, et de sa conscience.

Malgré et contre l’approfondissement de l’exploitation et de l’aliénation, le prolétariat participe au développement général de la culture au moins dans une proportion plus considérable que les autres classes de la société. L’abîme qui existait dans les formes précédentes de la société entre la culture de la classe exploiteuse et la non-culture des exploités a été supprimé ; d’autre part, et surtout, le développement de la technique et de l’économie du capitalisme moderne a comme condition indispensable le développement de la culture industrielle des producteurs. A la base du développement de la culture du prolétariat, aussi bien de la culture générale que de la culture industrielle, se trouve la nécessité pour la classe dominante de développer la production, qui implique fatalement le développement des aptitudes productives du prolétariat.

Tout aussi important que la culture industrielle est la culture sociale générale que s’approprie avidement le prolétariat. Il ne s’agit pas ici non plus d’une progression culturelle graduée et insensible, mais du fait que les grandes masses sont jetées brutalement dans la vie moderne, qui leur impose des conditions impliquant l’appropriation latente de toutes les formes de culture héritées ou en train de se créer et le rejet des autres qui sont en train d’être dépassées.

Si nous parlons de cultures du prolétariat, entendant par là la participation du prolétariat au développement de la conscience humaine en général, nous devons entendre par expérience du prolétariat la formation qui lui est propre en tant que classe exploitée de la société moderne, c’est-à-dire les éléments concernant sa situation de classe, sa lutte, ses buts et les moyens de celle-ci.

Cette expérience a comme origine précisément l’action propre du prolétariat dans deux sens : d’abord ce n’est que dans la mesure où le prolétariat envisage la société et sa propre situation comme une réalité à transformer qu’une expérience de classe peut être formée. Ensuite l’expérience du prolétariat se forme en tant qu’expérience non pas d’un individu ou d’un groupe, mais surtout (quoique non exclusivement), en tant qu’expérience objective ; c’est-à-dire à chaque étape importante la classe réalise, incarne le but et les moyens de sa lutte dans une forme donnée, qui prend par la même une réalité sociale… ».



o O o



Il y a ainsi des pages et des pages de ce jargon sociologique que Monsieur Castoriadis a jugé bon de reproduire dans ses œuvres complètes de fumiste psychanalyste, oui vrai fumiste comme l’ont compris à l’époque Mothé et les autres. On se demande comment la poignée de militants bordiguistes français a pu se laisser séduire par un langage aussi ampoulé et étranger au langage marxiste. L'arrogance de Castoriadis/Chaulieu justifie l'appel au secours au PC Int. du 22 mars (envoyez-nous un délégué!). Le radicalisme verbal de Chaulieu, qui étale son arrogance de « découvreur » (je vous ai souligné en gras sa prétention au début du texte) est pourtant puéril alors qu’il ne fait que recopier en seconde main le meilleur de Lénine et de Rosa, et qu’il a piqué le « conseillisme » à un Pannekoek encore vivant, sans respect pour lui.




LES PERSPECTIVES ET LES TACHES

(second texte de SB soumis à la discussion)


« Avoir une perspective pour un marxiste c’est avoir une orientation d’action (fortiche !). Dans cette mesure on peut dire qu’il existe un rapport étroit entre le programme révolutionnaire et la perspective révolutionnaire (quel oxymore !). Or ce qui caractérise essentiellement la situation de l’avant-garde à notre époque c’est qu’est remise en cause pour elle à la fois le programme et la perspective.

En effet le véritable point de départ d’une nouvelle prise de conscience par l’avant-garde de ses tâches réside dans la reconnaissance du caractère historiquement dépassé du programme socialiste défini comme suppression des rapports de propriété prévalant dans la société capitaliste classique et comme la nationalisation des moyens de production… ».



                                                                        


Tout est ainsi survolé superficiellement. Le capital s’est élevé au-dessus du simple monopole. Les bolcheviques avaient sous-estimé la tendance à la concentration du capital. Le capitalisme d’Etat russe n’aura été qu’une manifestation de cette tendance à la concentration accrue. Une troisième guerre mondiale vers l’extension de la domination « bureaucratique » russe. Il espère enfin qu’une avant-garde, de type léniniste pourtant, pourra apparaître avant cette troisième guerre mondiale.



On sait comment a fini Castoriadis, en particulier comme fervent défenseur du bloc US. L’intérêt de ce survol rapide, et de cette découverte de nouvelles correspondances entre minorités révolutionnaires tourne sur la fascination pour l’ancien et l’attirance pour le nouveau. La tradition de la Gauche italienne reste une référence indomptable dans la durée. Il existe encore dans le monde des militants qui défendent mordicus la théorie bordiguiste de prise du pouvoir par le parti, et qui font partie des générations renouvelées qui font toujours confiance à la capacité historique de la classe ouvrière. Du courant S ou B, il ne reste plus rien, sinon une référence pour la sociologie distinguée, quand Casto a compilé ses textes pour les accoler à son œuvre philosophique. Pourtant issu du trotskisme ce courant a produit des hommes de valeur, les Lyotard, Souyri, et même Henri Simon, mais, exceptée la courte existence de Pouvoir ouvrier et la Gauche Marxiste, rien de rien depuis le début des années 1970. Ce bâtard de l’opportunisme d’avant-guerre, devenu frère du stalinisme rangé des goulags, le trotskisme lui a survécu avec les mêmes tares politiques que S ou B avait bien su dénoncer, tantôt sous forme populiste syndicaliste, tantôt sous l’anarchisme de toutes les couleurs du NPA.

Il faut reconnaître que S ou B avait constitué un effort politique louable dans l’immédiat après-guerre et le profond désarroi que la guerre n’ait pas facilité une nouvelle révolution. La « nouveauté », ou la prétention à tout revoir en plus fort que la génération précédente, s’accompagne souvent d’un « élu de la providence », d’un chefaillon qui se gonfle les chevilles, dans à peu près tous les groupes. Castoriadis n’aura été que le Dr Raoult de l’époque de pandémie stalinienne, avec discours scientiste et mépris pour l’ancien « mouvement ».



Je souscris au propos de Mothé lorsqu’il dit que c’est S ou B qui aurait dû, dans l’absolu (et en se débarrassant de son guru) se fondre dans le PC Int. Les huit « déserteurs » du bordiguisme n’avaient accompli qu’une moitié du chemin (dépasser la conception du parti-Etat) et se sont fourvoyés dans l’impasse d’un groupe bâtard d’un courant de l’extrême gauche néo-stalinienne sans principes.

L’ancien mouvement partidaire portait pourtant l’avenir. Même le PC int. avec ses conceptions voisines du stalinisme sur le parti, gardait des principes marxistes qui lui ont permis de durer jusqu’à nos jours. Et puis, on n’avait pas attendu un nouveau guru issu du trotskisme dégénéré, il suffisait de connaître Pannekoek et de lire Rosa Luxemburg… On ne prêtait aucune importance à la GCF (Gauche Communiste de France avec son journal à prétention éphémère "L'étincelle" pâle copie franchouillarde de… L'iskra) qui avait été plus loin, bien avant les approches de Chaulieu/Castoriadis. Les huit « entristes » qui se sont égarés dans S ou B, se sont perdus ensuite dans la nature (sauf Chazé), et surtout n’ont rien apporté théoriquement ni de nouveau ni d’ancien.

Par contre, ceux qui sont restés fidèles à la continuité organisationnelle, les Marc Chirik et Lucien Laugier, ils nous ont transmis les principes et les leçons de cette époque. Chirik par un travail théorique au long terme via Ri et le CCI. Laugier, dans la solitude du mémorialiste, est arrivé aux mêmes conclusions, plus brillamment sur le plan littéraire mais avec moins d’impact que Chirik. Ces deux hommes ont montré que l’ancien peut ne pas être un frein au moderne s’il sait voir dans le moderne ce qui vérifie l’ancien et dans le moderne ce qui ne peut se séparer de l'ancien.


Le clinquant de l’historicisme universitaire qui fait croire à la brillance de S ou B face au « vieux monde bordiguiste » vous cachera pour l’éternité l’influence inévitable d’une petite fraction. La terreur de la fraction bordiguiste, Suzanne (Bordiga lui dit un jour d’aller se faire soigner et préférait correspondre avec Laugier) mais robuste combattante du prolétariat, inverse les clichés dans un courrier :

« …il n’était pas dit du tout que nous n’ayons été pour rien dans l’évolution du groupe Chaulieu ; je trouve au contraire des choses qui me semblent venir directement de nous et qui en tout cas diffèrent sensiblement des déclarations révisionnistes orales, dans l’affirmation : « qu’il faut reposer les problèmes à partir du point où Marx et ses successeurs l’ont fait et se placer dans une tradition, ne pas toucher aux positions marxistes avant que les événements sociaux ne les aient rendus clairement caduques » (*)


(*) p. 86 de mon livre, grâce soit rendu à François Langlais d’avoir sauvegardé et compilé ces textes, parce que les sectes n’ont pas d’archives ou les détruisent ; je ne comprends toujours pas qui a donné l’ordre de détruire les archives de RI il y a trente ans à Montrouge, et pourquoi ? même si j’ai réussi à en sauvegarder une grande partie ! On disposait d'archives rares sur tout le mouvement révolutionnaire prolétarien de l'avant-guerre, classées et annotées par Max.

Ces lettres retrouvées auraient pu être insérées dans mon édition de 2002 dédiée à Laugier, publié faute de moyens à 50 exemplaires, et il mériterait de trouver un éditeur vu la qualité des textes de Laugier et son décryptage du révisionnisme de S ou B.
Sur Laugier et les grands noms du mouvement révolutionnaire moderne occultés par la bien-pensance historique dominée par l'extrême gauche bourgeoise et leurs pères staliniens, lire "Notices biographiques 1915-2015", l'extraordinaire travail d'exhumation et de transmission de la mémoire de ces flambeaux marxistes de la perspective révolutionnaire plus loin que nos vies, par Philippe Bourrinet (je peux faire suivre sur demande le fichier, qui demande sans cesse à être renouvelé ou corrigé, un travail de Titan.