"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 26 novembre 2023

UN RADICALISME OUVRIER ENDORMI ?



Arbeiterradikalismus

Compte rendu de lecture : Erhard Lucas - Arbeiterradikalismus,

publié par Verlag Roter Stern, 1976

(traduction : Jean-Pierre Laffitte)

On ne peut être que séduit par la conclusion de cette note de lecture : « La classe ouvrière est objectivement fracturée et c‘est le résultat du développement capitaliste : au lieu d’identifier « le segment le plus révolutionnaire » de la classe ouvrière (qu’il soit composé des ouvriers les plus pauvres ou bien de ceux qui ont le plus d’expérience politique), un mouvement révolutionnaire a besoin de surmonter ces différences et de créer l’unité, qui n’existe pas encore, de la classe ».

Or l'intérêt de l'ouvrage de Lucas, qu'on ne pourra pas lire en français, est d'analyser la composition historique de la classe ouvrière et d'insister sur d'évidentes différences entre régions et la classe d'hier et d'aujourd'hui, ce que sont incapables de faire nos minorités maximalistes qui se contentent œcuméniquement de glorifier « la classe » comme entité universelle homogène..

Pendant la révolution allemande de 1918, qui a échoué, des parties du prolétariat en sont restées au niveau de la lutte économique quand d'autres se battaient au plan politique révolutionnaire ; et cette dernière partie du prolétariat était la moins organisée par les syndicats traditionnels et les partis socialistes. La partie la plus conservatrice de la classe était l'héritière de la classe « artisanale » d'avant 1914, sachant que l'artisan a toujours été plus proche de l'anarchisme que du marxisme, et un anarchisme autrement plus conservateur que la réputation exagérée qu'on lui a faite de rebelle contre tous les pouvoirs ; en réalité il n'y a pas plus casanier et hétérogène que l'anarchisme. Ces hiatus n'expliquent pas fondamentalement les causes de l'échec des révolutions du début du XX ème, mais on ne peut exclure qu'ils y aient contribué ; ce n'est pas honteux de poser la question comme de dire que la Commune de Paris en 1871 fût prématurée. Ni surtout d'évaluer comment la bourgeoisie a joué de ces divisions.

L'analyse de la composition sociale de la classe ouvrière présente un intérêt certain pour comprendre motivations et lignes de force. Plus qu'au XIX ème siècle, la classe ouvrière après 1914 semble plus dynamisée par sa composition d'immigrés, plus capable d'indépendance et de réflexion émancipatrice que celle classique encadrée par les syndicats : et surtout « plus massive ». Mais cette capacité est aussi une faiblesse si ne se réalise pas une unification des diverses composantes du prolétariat, ce que montre au fond cette note de lecture. Mais que signifie la formule « le segment le plus révolutionnaire de la classe ouvrière » ? Les ouvriers illettrés qui se passent des syndicats ? Des ouvriers syndiqués plus spontanés ? La conscience est-elle une question culturelle ? Apparemment non, en 1917 en Russie l'immense masse en révolution ne sait ni lire ni écrire, ce qui n'est pas une qualité quand finalement c'est la petite bourgeoisie cultivée qui accapare le pouvoir : Lénine a une formation d'avocat et Staline de séminariste... Une classe ouvrière illettrée...politiquement n'est-elle pas finalement très manipulable par les divers populismes de droite comme de gauche ?

Comment ne pas établir des comparaisons avec le capharnäum social de nos jours ? N'y a-t-il pas la classe ouvrière classique des sixties, d'une fin du XX ème siècle où elle n'a accompli aucune révolution mais qui avait gardé sa potentialité (plus réputation) classique comme force internationale apte à renverser un jour le capitalisme, et celle étriquée et dispersée du XXI ème siècle ? Où en est cette classe ouvrière devenue « de masse » depuis un siècle ?

Où est cette classe ouvrière en Russie, en Ukraine, en Iran, en Palestine, en Israël, en France, etc . ?

Dissoute dans la mondialisation et le « sud global » ? Incapable de s'opposer aux guerres et aux massacres, absente des enjeux planétaires où, seules et arrogantes, toutes les factions politiques bourgeoises sont en compétition...dans le mensonge et la forfanterie.

La mondialisation est devenu un défi à l'internationalisation. Cet aspect reste ignoré ou considéré comme sans importance. En réalité, les bourgeoisies des différents pays, tout en restant nationalistes pour l'encadrement de leurs peuples, sont tout à fait « internationalistes » pour leurs intérêts. De concert elle agissent en vue d'une modification et même d'une déstructuration du prolétariat mondial.

Dès le XIX ème siècle la bourgeoisie a favorisé une hiérarchisation des corporations allant jusqu'à créer une « aristocratie ouvrière ». Elle joua aussi avec l'immigration. Elle se servit du lumpenprolétariat. Toutes choses qu'elles a maintenues et « diversifiées » aujourd'hui. Au début des années 1980 des thinks tank de bourgeois « socialistes » avaient conclu à une disparition de la classe ouvrière, nous faisant beaucoup rire. N'est-ce pas nous qui devons rire jaune actuellement ?

On ne parlait plus depuis lors que de « couches moyennes » opposées à une minorité d'ultra-riches. Mais soudain on nous dévoile qu'il ne faut pas tout mélanger car...le nombre d'ouvriers est en diminution. La preuve parles chiffres montrant qu'il y a désormais plus de ronds de cuir diplômés que de bleus de chauffe. La preuve par EDF où la mafia CGT a perdu la première place vu la prégnance des cadres ; pourtant pour d'autres raisons plus triviales1. Le délitement du syndicalisme dit radical s’expliquerait par de multiples raisons, notamment le changement de profil sociologique des salariés d’EDF. .. Les cadres, espèce diplômée et arriviste, n'ont aucune propension à se considérer prolétaires même avec une baisse (relative) de leur "niveau de vie" confortable et contestataires du "travail aliéné",pas comparable avec celui des boueux noirs et des turcs sur les chantiers en ciment.

Le plus édifiant dans cette propagande est cette vertu révolutionnaire prêtée à la classe dominante : elle est antiraciste et totalement internationaliste concernant l'immigration ; preuve de plus qu'elle a intégré l'idéologie gauchiste néo-stalinienne. Or la bourgeoisie moderne n'a jamais été et ne sera jamais révolutionnaire2. Pour faire court je rappelle que le comité des forges (grand patronat de l'époque) en 39-45 fût pétainiste et collabora totalement avec les nazis, sans être inquiété à la « libération »3. Leur soudaine et généreuse politique en faveur de l'immigration incontrôlable n'est en rien un soutien à la classe ouvrière mis une action en faveur de sa destruction., de sa division d'abord, de la relégation de la classe autochtone au rang de couche arriérée en Irlande comme en France et dans la plupart des pays dits développés, en tout cas pas aliénés par l'islam. Quand elle n'est pas réduite à l'alliance réactionnaire entre « la boutique et les couches populaires », où ses jeunes (« apolitiques ») votent majoritairement RN.

Le soutien « multiculturaliste » à la progression incontestable de l'islamisation d'une partie de la classe ouvrière va de pair avec la confusion avec ce lumpenprolétariat composé surtout par les enfants des immigrés antifrançais, présenté par la gauche bourgeoise des clans de la NUPES comme un succédané révolutionnaire plus antiraciste apolitique et nihiliste que anticapitaliste4. Un état de fait plus grave, plus clivant et plus dissolvant que l'ancien clivage ouvrier-artisan et ouvrier-masse. A surveiller et à suivre.

Arbeiterradikalismus

Ce livre est aussi connu sous le titre : Zwei Formen des Radikalismus in der deutschen Arbeiterbewegung (Deux formes de radicalisme dans le mouvement ouvrier allemand). Long d’à peu près 110 000 mots, ce livre comprend plusieurs pages de photos qui ne sont pas essentielles pour le texte. Il y a environ 30 pages de notes de bas de page ainsi qu’une biographie. Il n’y a pas d’index.

Arbeiterradikalismus est une étude comparative des formes dominantes du radicalisme ouvrier dans deux villes allemandes, Hamborn et Remscheid5 , durant la Révolution allemande. Ces deux villes se sont fait connaître parce qu’elles ont été des centres du radicalisme au cours de la révolution, mais, dans chacune de ces villes, ce radicalisme s’est exprimé dans une forme très différente. En gros, la forme dominante à Hamborn était caractérisée par une action militante directe, visant à des gains sociaux-économiques immédiats, et structurée en dehors des (et contre les) organisations traditionnelles du mouvement ouvrier telles que le SPD et les syndicats. À Remscheid, le radicalisme prenait forme comme un mouvement visant des changements politiques à l’échelle de la nation, tels que le transfert du pouvoir au système des conseils. À Remscheid, les radicaux provenaient du mouvement ouvrier d’avant-guerre, et leurs organisations, telles que l’USPD, avaient leurs racines dans ce mouvement. Lucas tente d’expliquer ces différences par une étude historique-sociologique de la classe ouvrière dans ces deux villes. Il prend en considération leurs conditions de travail, leurs niveaux de vie et leurs conditions de logement. Il prend en outre en considération des questions qui sont souvent négligées parce qu’elles seraient “non-politiques” comme les traditions différentes des associations culturelles dans les deux villes. Ceci est combiné avec une analyse de la composition de la classe ouvrière dans les deux villes ; quelle était sa composition en ce qui concerne les différents groupes d’âge, la proportion des ouvriers immigrés et le rôle économique des femmes. Le véritable objectif du livre est d’établir des connexions entre la structure sociale et les conditions de vie et de cette manière de fournir du matériel en vue de conclusions politiques. Lucas discute des différences entre les deux villes dans la première partie de son livre (intitulée : “Analyse des conditions”). Dans un chapitre relativement court (“Transition”), Lucas passe à une discussion sur la résistance de la classe ouvrière avant et durant la Première Guerre mondiale. La deuxième partie principale traite de l’activité de la classe ouvrière dans les deux villes et dans leurs environs au cours de la Révolution allemande. La partie finale du livre résume ses conclusions, examine les observations contemporaines portant sur la Révolution allemande et se termine par la considération des débats dans le gauchisme allemand au cours des années soixante-dix.

Débat sur la révolution

Il est utile d’examiner pourquoi Lucas a écrit ce livre avant de discuter de son contenu et de ses conclusions. Arbeiterradikalismus est simultanément un ouvrage érudit et profondément politique. Lucas était un historien de gauche radical et un activiste du SDS. Il a écrit ce livre comme pour intervenir dans les discussions sur la stratégie révolutionnaire. Et de manière spécifique, ce livre est une réponse à la thèse développée par Karl Heinz Roth. Roth a formulé une analyse de la Révolution allemande et de son échec en déclarant que la colonne vertébrale du mouvement ouvrier “classique” de la période antérieure à la Première Guerre mondiale était constituée d’ouvriers qualifiés qui étaient les héritiers de la culture et des conditions de vie des artisans précapitalistes. Ces ouvriers, argumentait Roth, s’identifiaient à leur travail et ils cherchaient à défendre leur autonomie relative dans le procès de production contre la “rationalisation” capitaliste et la déqualification. Les révolutionnaires allemands qui constitueraient ultérieurement le KPD étaient l’aile la plus radicale de ce mouvement. Ce mouvement, soutenait Roth, essayait de changer le régime politique en Allemagne en amenant ses dirigeants au pouvoir et, de cette façon-là, de renverser les résultats négatifs de l’empiètement capitaliste sur leurs conditions de vie.

Par opposition à ces ouvriers-là, Roth affirmait que le capitalisme moderne avait produit un nouveau type d’ouvrier qu’il désignait sous le terme d’“ouvrier de masse”. C’étaient des gens qui avaient été arrachés à des modes de vie pré- ou non-capitalistes, et qui travaillaient comme ouvriers non qualifiés dans des compagnies et des usines de grande dimension. Contrairement à ceux qui composaient le mouvement ouvrier classique, les ouvriers de masse ne s’enorgueillissaient pas de leur travail. Ils ne se sentaient pas non plus chez eux dans des organisations qui faisaient appel à leur identité d’“ouvriers” et dans leurs structures hiérarchiques qui étaient le reflet de l’organisation des usines. Au lieu d’améliorer leur position dans le procès de production, ces ouvriers de masse tentaient de lui échapper complètement et, si c’était impossible, de l’éviter autant que possible.

À la différence du mouvement ouvrier organisé dans les partis et les syndicats, les ouvriers de masse constituaient ce que Roth appelait le « mouvement des autres ouvriers » qui était, lui, souvent organisé de façon non formelle, et qui s’exprimait dans de grèves “spontanées”, des émeutes et des actes quotidiens de rébellion tels que le sabotage, le refus de travailler, des tentatives pour gagner sa vie autrement, par des moyens “criminels”, et cetera. Dans cette lecture, la Révolution allemande a échoué parce que le mouvement ouvrier classique représentait une couche de la classe ouvrière qui disparaissait lentement, qui était motivée par une nostalgie pour les conditions pré-capitalistes et qui se limitait à vouloir changer le régime politique. C’était insuffisant pour attirer les nouveaux “ouvriers de masse” qui désiraient révolutionner le procès de production lui-même. Au fur et à mesure que le capitalisme se développait, l’“autre” mouvement, celui des ouvriers de masse, était seulement devenu plus important, alors que les organisations ouvrières classiques s’atrophiaient. Voilà pour les thèses de Roth.

Le livre lui-même :

Dans la gauche radicale allemande des années soixante-dix, ces idées étaient devenues tout à fait influentes. Mais Lucas n’était pas d’accord avec cette vision des choses. Selon lui, elle était devenue un dogme trop généralisateur. Arbeiterradikalismus visait à tester de manière critique ce point de vue au moyen d’une recherche historique empirique. Hamborn était une ville qui paraissait être l’illustration de l’“ouvrier de masse”. Elle était une ville minière qui a grossi rapidement, et elle était dominée par les compagnies des mines. Beaucoup de mineurs étaient de jeunes migrants provenant des différentes parties de l’Allemagne ou de l’étranger, par exemple de la Pologne. Pauvres et surexploités, ces travailleurs étaient considérés comme « inorganisables » en raison des barrières de langue et parce que beaucoup d’entre eux passaient d’un emploi à un autre s’ils en avaient l’occasion. En 1910, plus d’un tiers des ouvriers étaient des migrants et la population avait triplé en moins de dix ans. Le crime violent s’était répandu. Lucas suggère que cela était le résultat en partie des conditions de stress élevé et de la pauvreté des ouvriers, et en partie l’expression d’une révolte sociale. Lorsque la Révolution allemande a éclaté, ces ouvriers ont manifesté une capacité impressionnante d’action militante sous la forme de grèves, de piquets de grève  volants et de confrontation avec les forces de répression. Ces actions étaient organisées indépendamment des faibles organisations ouvrières traditionnelles dans la région telles que les syndicats et le SPD. À Hamborn, ces organisations étaient de plus plutôt d’aile droite, souvent alliées avec des forces bourgeoises “progressistes” et les patrons.

À Remscheid, Lucas le montre, les conditions de vie des travailleurs étaient complètement différentes. Il y avait existé une forte tradition artisanale. Contrairement à Hamborn, l’industrialisation a été lente et à une petite échelle à Remscheid. Les traditions artisanales y sont demeurées influentes pendant longtemps. Les ouvriers étaient fiers de leur savoir-faire et de leurs traditions. Et de nouveau, contrairement à Hamborn, le SPD et les syndicats étaient forts et influents à Remscheid ; ils avaient réussi à obtenir des améliorations dans les conditions quotidiennes de vie et ils avaient en contrepartie gagné en légitimité aux yeux des travailleurs. Lorsque la guerre éclate, Remscheid devient un centre de la gauche dans le SPD et plus tard un centre de l’USPD. Au cours des années de révolution, ce mouvement, étroitement contrôlé par des dirigeants bénéficiant d’un large soutien, formule des propositions en faveur de changements politiques radicaux à l’échelle nationale. Il est cependant incapable de comprendre les actions radicales “inorganisées” telles que les grèves sauvages. Il met plutôt ses espoirs sur un changement « venant d’en haut ». Lucas discute tout particulièrement de son approche du système des conseils. Les radicaux de Remscheid soutenaient un transfert du pouvoir aux conseils, mais ils essayaient de le réaliser par les voies officielles des réunions et des résolutions des mouvements ouvriers. Là, les opposants au transfert du pouvoir aux conseils, c';est- à-dire le SPD, se sont montrés meilleurs tacticiens qu’eux. Les voies officielles du mouvement ouvrier étant fermées, les radicaux de Remscheid étaient incapables de développer une stratégie alternative. Les constatations de Lucas confirment en partie les thèses de Roth, mais elles divergent sur certains aspects essentiels. Bien que les ouvriers de Hamborn puissent être considérés comme des exemples de “l’ouvrier de masse” de Roth et leur activité comme un exemple de « l’autre mouvement ouvrier”, cela demeurait en un sens une sorte de réformisme militant. Leurs objectifs étaient essentiellement limités à des améliorations économiques dans le cadre du procès de production existant, et ils étaient de nature locale. Plutôt que de demander le transfert du pouvoir aux conseils à l’échelle nationale, les ouvriers d’Hamborn luttaient pour de meilleurs salaires et des horaires de travail plus courts. Lucas explique ceci en se référant aussi bien à leurs conditions de vie extrêmement pauvres et précaires qu’à leur manque de confiance dans les dirigeants du mouvement socialiste national. Les ouvriers de Hamborn avaient besoin d’améliorations immédiates, et ils n’avaient pas confiance dans les projets à long terme des partis tel que l’USPD et les radicaux syndicalistes. Lorsque la répression s’est intensifiée, les ouvriers d’Hamborn ont été isolés du reste du pays et leur mouvement a été finalement écrasé.

Les ouvriers de Remscheid pourraient au premier coup d’œil faire figure d’exemples des ouvriers classiques décrits par Roth. Les conditions de vie de la classe ouvrière y étaient meilleures (relativement parlant bien sûr). Les ouvriers de Remscheid avaient une grande confiance dans leur organisation et dans ses dirigeants qui avaient réussi à leur obtenir des améliorations importantes. La stabilité des conditions de vie des ouvriers de Remscheid se reflétait dans leur engagement à construire des organisations ayant des objectifs à long terme. Après le déclenchement de la révolution, beaucoup d’ouvriers de Remscheid ont soutenu les initiatives prises par leurs dirigeants en vue d’un changement politique radical. Quand ces dirigeants ont cependant échoué dans leurs tentatives d’obtenir des majorités pour leurs propositions dans le congrès nationaux des conseils, les radicaux de Remscheid n’ont plus su quoi faire ensuite. À la différence de Hamborn, il y avait peu d’auto-organisation en dehors des structures des syndicats et des partis. Mais contrairement à ce que Roth soutenait, c’est l’aile radicale du mouvement ouvrier classique, comme l’activité révolutionnaire à Remscheid en a été l’illustration, qui visait réellement à révolutionner le procès de production et à socialiser les moyens de production. Le mouvement de Remscheid était essentiellement politique, tandis que celui de Hamborn était largement économique.

Dans sa conclusion, Lucas élargit son champ de vision pour discuter non seulement de Hamborn et de Remscheid, mais de la Révolution allemande dans son ensemble. Lucas critique particulièrement la tendance des différentes organisations politiques à opposer une partie de la classe ouvrière à une autre. La classe ouvrière est objectivement fracturée et c‘est le résultat du développement capitaliste : au lieu d’identifier « le segment le plus révolutionnaire » de la classe ouvrière (qu’il soit composé des ouvriers les plus pauvres ou bien de ceux qui ont la plus d’expérience politique), un mouvement révolutionnaire a besoin de surmonter ces différences et de créer l’unité, qui n’existe pas encore, de la classe. Lucas conclut que l’échec de la Révolution allemande peut être expliqué par l’occasion manquée d’une fusion de l’action militante auto-émancipatrice, telle qu’elle est illustrée par Hamborn, et du changement radical généralisé, tel qu’il est illustré par le programme des radicaux de Remscheid.

Remarques générales

Erhard Lucas (1937-1993) a obtenu son doctorat en 1972 et son Habilitation en 1976. Il a enseigné l’histoire sociale moderne à l’université Carl von Ossietzky d’Oldenbourg. En dehors d’Arbeiterradikalismus, il est le plus connu pour son ouvrage en trois volumes : Märzrevolution 1920 qui porte sur le mouvement révolutionaire dans la région de la Ruhr. En outre, il a publié un ouvrage plus petit qui contient des essais sur « l’échec du mouvement ouvrier allemand ». Son travail est caractérisé par un engagement à gauche, une recherche empirique approfondie et une attention prêtée à la vie quotidienne des travailleurs, ainsi que sur la façon dont elle affecte leur politique et leur organisation. De cette manière-là, Lucas fournit un explication matérialiste des différences en matière d’idéologie politique et de formes d’organisation au sein de la classe ouvrière qui ne dépend pas des notions de “ manipulation” ou d’“infiltration” par des forces (petites-)bourgeoises. Ses livres sur la Révolution allemande sont considérés comme des classiques. Leur politique claire et le fait qu’ils aient été publiés par une maison d’édition de gauche a naturellement signifié que, dans les débats académiques, ils n’avaient pas reçu l’attention qu’ils méritent. Ce livre est un plaisir de lecture car Lucas a su allier clarté et rigueur. Lors d’une critique dans le History Workshop Journal, John Evans décrivait l’ouvrage comme étant écrit dans un « style intéressant, sans jargon » ; « il s’adresse à un large public et il est documenté avec une érudition qui est minutieuse sans être en aucune de manière envahissante, et qui parvient en même temps à se libérer des perspectives institutionnelles étroites dans lesquelles l'histoire ouvrière allemande a été si longtemps confinée » Pour un public anglophone, ce livre serait particulièrement intéressant en raison aussi bien de son attention prêtée à des aspects souvent négligés de la vie quotidienne que de la manière créative avec laquelle Lucas associe ces expériences au comportement politique.

Arbeiterradikalismus remet en question les explications simplistes encore largement répandues de l'échec de la révolution allemande comme étant le résultat de « l'absence de parti d'une avant-garde léniniste » en montrant les fondements matériels des divisions au sein de la classe ouvrière. En même temps, le livre montre que les révolutionnaires jouissaient d’un large soutien parmi les travailleurs. Certaines des composantes les plus radicales du mouvement étaient les héritières de longues traditions d’organisation et de politique ouvrière, plutôt que les aventurières marginales telles que le SPD les présentait. Le livre est toujours aussi pertinent dans la mesure où le concept d’ouvrier de masse de Roth ainsi que les idées similaires sont devenus influents dans et à travers la pensée marxiste autonomiste. Et bien sûr, en tant qu’histoire d’une partie importante de la révolution allemande, ce livre constitue un complément précieux à la littérature. Un public international contemporain a probablement besoin d’un certain contexte additionnel pour qu’il apprécie pleinement ce livre. Lucas suppose plus ou moins que ses lecteurs seront d’accord avec le fait que la Révolution allemande ne soit pas parvenue à renverser le capitalisme a été une importante étape sur la voie du fascisme.

De plus, bien que le débat avec Roth soit central dans le livre, Lucas ne le traite explicitement que brièvement, en supposant à nouveau que ses lecteurs aient été largement familiers avec lui. Une courte introduction portant sur ce débat et sur le travail de Lucas en général serait utile. Pour conclure. Je recommanderais une traduction de cet « ouvrage fascinant et important » (Richard Evans).


NOTES

1On nous explique que c'est grâce à la découverte du CE pourri, sous-entendu donc les ouvriers en général...j’ai travaillé 35 ans dans la boite où je n’étais pas le seul à dénoncer ces apparatchiks. Les articles de la presse bourgeoise ne dénoncent pas l’essentiel : la complicité de l’Etat gaulliste et post-gaulliste, achat de la paix sociale avec la protection de cette aristocratie syndicale déterminante en cas de lutte massive en France : en 68 la CGT a freiné des quatre fers ; une explosion à EDF aurait autrement paralysé le pays que n’importe quelle grève à Billancourt. Le fait le plus important n’est pas que le nombre de cadres excède celui des ouvriers (tendance générale) mais que cette forteresse électrique ait été dénationalisée et que la bourgeoisie écolo pro-US ait saboté le nucléaire !

2De plus, sa « lutte » contre l'antisémitisme ne fait que l'encourager par son soutien aux fachos juifs et l'exposition des souteneurs intellectuels majoritaires dans les médias. Idem pour la violence faite aux femmes, ce ne sont pas les bourgeoises qui sont violées en général mais la petite ouvrière ou lycéenne qui continueront à être victimes dans leurs quartiers glauques.

3Lire l'ouvrage de l'historienne Annie Lacroix-Riz : La non-épuration en France (1943-1950). Comme nous en avait témoigné Marc Chirik ; « ils n'ont exécuté qu'une poignée de salauds, la plupart des politiques pétainistes de Bousquet aux grands patrons ont gardé leur place dans l'appareil d'Etat, au nom de leur récent engagement dans la résistance ».

4La clique à Mélenchon réussit malheureusement à entraîner une partie de la classe, français et immigrés non pour une véritable lutte contre la guerre mais derrière le suranné nationalisme palestinien.

5 Hamborn est un quartier de la ville de Duisbourg, qui se situe en Rhénanie du Nord-Westphalie comme Remscheid. (NdT).

samedi 18 novembre 2023

QUAND L'HORREUR TENTE DE CACHER LA REALITE IMPERIALISTE EN PALESTINE

 


« Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possédera les grands moyens de production et d’échange, tant qu’elle possédera ainsi et gouvernera les autres hommes, tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, dans ce siècle de concurrence sans limite et de surproduction, il y a aussi concurrence entre les armées et surproduction militaire : l’industrie elle-même étant un combat, la guerre devient la première, la plus excitée, la plus fiévreuse des industries. (…)  il n’y a pas dans la conscience sociale du prolétariat universel une seule protestation contre le régime capitaliste qui ne condamne en même temps par une logique invincible les annexions violentes pratiquées sur des peuples qui n’acceptent pas l’autocratie militaire de l’étranger.

(…) Mais ce n’est pas dans la guerre de revanche qu’est la solution. La guerre de revanche ne peut avoir d’autre effet que de transformer de nouveau en champ de massacres, de sang et de ruines, les provinces disputées ; elle ne peut avoir d’autre effet, par le renouvellement incessant des luttes, que d’exaspérer ces passions qui aboutissent de part et d’autre à des convulsions sans fin ; elle ne peut avoir d’autre effet que d’imposer à deux peuples, à perpétuité, par l’urgence perpétuelle du péril, la dictature militaire... ».

JEAN JAURES (1895)


Oui le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l'orage. La guerre moderne, depuis 1914 ne contient plus un simple orage mais la possible destruction totale de l'humanité. Ce n'est pas une volonté consciente des individus du pouvoir capitaliste car les deux boucheries mondiales précédentes ont montré que la marche inévitable à la guerre est une mécanique capitaliste qui devient incontrôlable à un moment donné, échappant même au contrôle des militaires et des politiciens les plus bornés. Plus conséquent que Jaurès, qui n'a pas eu le temps de montrer s'il aurait été pour la défense nationale ou l'insurrection contre la guerre, un des socialistes le plus injustement décrié aujourd'hui, Lénine, ne se contentait pas de souligner la nature conflictuelle du capitalisme lui-même. Ce mode de production était sujet à un développement inégal qui multipliait les déséquilibres et intensifiait les contradictions. Il estimait que les tensions s’accumulaient avec l’expansion du système et les rivalités commerciales incessante. Il pensait que les accords « ultra-impérialistes » étaient aussi peu durables que la diminution de la compétition militaire. En ce début de 20 ème siècle on ne peut s'empêcher de penser que les guerres ont pris un tour irrationnel, défiant l'entendement et faisant surgir des instincts primaires.

UNE GUERRE CONTRE DES « BOUCLIERS HUMAINS » ?

Partout la manipulation idéologique à l'heure actuelle nous transforme, nous maintient, nous ficelle au rôle de simples spectateurs. Ce spectacle évidemment nous indigne tous dans notre impuissance à en voir la fin ou à le faire cesser. Cette indignation impuissante est calibrée pour qu'on n'y échappe pas ni que nous puissions dénoncer ses principaux protagonistes ; pour le dire vulgairement : il n'y a pas un camp pour relever l'autre !

La Voix du Nord, titrant : « Tous les hommes de 16 ans ou plus, levez les mains en l'air » - injonction de l'armée sale dans un hôpital de GAZA, qui a ordonné à des centaines de personnes de se mettre en sous-vêtement – contribue à nous terroriser comme si nous étions nous aussi arrêtés les mains en l'air et en slip.

La plupart des médias de l'Etat, y compris la presse gauchiste et ultra-gauche ou dite maximaliste1, compatissent ou se lamentent, pour un camp contre l'autre, ou l'inverse, ajoutant à notre confusion. La seule vraie raison de la boucherie parmi les civils est focalisée sur la vengeance de l'Etat « hébreu » face au massacres odieux du 7 octobre. Qu'on soit indigné ou pas des lâches exactions des bandes de tueurs du Hamas, il se vérifie que la vengeance est un plat qui se mange froid. Froid comme la mort de milliers de civils, femmes et enfants des deux côtés.

Versant Etat « hébreu » c'est sur la base idéologique militariste aussi bien des nazis que de leurs rivaux impérialistes américains qu'on prétend « ne pas faire d'omelette sans casser d'oeufs ». Plus sordide, et à la Poutine, le communautarisme juif affiche un racisme et un mépris sans honte, comme ce réalisateur français-juif ou juif-français, qui se permit sur Cnews, de donner SA définition de l'antisémitisme, cet aspect arriéré imposé tout azimut en France pour dévier les causes réelles de la guerre en Palestine : « l'antisémitisme c'est la cupidité et la jalousie.. .quand les habitants de Gaza, depuis leurs bidonvilles, aperçoivent ces beaux immeubles illuminés d'Israel, qu'ils n'ont pas été capables de construire chez eux... ». Personne sur le plateau pour s'indigner d'une telle ordure ! La sauvegarde de la « civilisation présumée », après l'Ukraine dépendrait donc du messianisme juif !2

Comment ne pas souscrire à ce constat, même au risque de devenir antisémite, en particulier avec cette cohorte d'intellectuels ou d'artistes juifs qui défilent sur les plateaux en bramant leur soutien à Israel « perpétuellement assiégé »...pourtant moins que les habitants de Gaza 3:

« Il est vrai que les juifs, en général, font de brillantes carrières, sont bien éduqués et jouissent de places de choix dans les médias, l’éducation supérieure, la culture et la fonction publique. Le lobby pro-israélien aux Etats-Unis est puissant et bien organisé. Cependant les juifs ne constituent que 2,2 % de la population et la majorité d’entre eux (bien qu’elle soit en diminution) vote pour les candidats démocrates. Si le lobby pro-israélien ne défendait pas des politiques approuvées par la majorité des Américains, il n’irait pas très loin. De plus, la défense chrétienne d’Israël n’est pas confinée à la droite fondamentaliste »4.

Pire encore est la prétention de ces complices du nationalisme juif à représenter la « civilisation », comme au seuil de la guerre mensongère en Irak, en compagnie de Charlie Hebdo, devenu soudain encore plus « islamophobe ». Cela nous rappelle les objectifs d'un même type de colonisation naguère. L'objectif des massacres était le partage du butin colonial disputé par les puissances métropolitaines. L’expansion impérialiste avait été « naturalisée » par plusieurs justifications colonialistes reposant sur le mythe de la supériorité européenne. Les appels moraux à répandre la civilisation, ou les justifications religieuses prônant l'évangélisation des peuples « primitifs », les exhortations « culturelles » visant à éradiquer « l’ignorance », se multiplièrent. C'est ce genre de déclarations de Béni- oui-oui qui aboutissent à ce que l'arroseur soit arrosé5.

UNE INTENSE MANIPULATION PLANETAIRE POUR CACHER LA RAISON DE CETTE GUERRE « CIVILE »D'UN NOUVEAU GENRE EN PALESTINE

Les manipulations de l’information prolifèrent d’autant plus en temps de guerre – donc bénéficient d’autant plus de la « dépolitisation» de la guerre, de l’ambiguïté croissante entre temps de guerre et temps de paix dans la « civilisation capitaliste ». Le célèbre historien Marc Bloch avait écrit en 1921, dans un article analysant la prolifération des fausses nouvelles durant la Première Guerre mondiale, « l’émotion et la fatigue détruisent le sens critique1 » . L'émotion pour le 7 octobre continue à être complètement instrumentalisée. Il n'y avait rien en tâchant la mémoire de l'armée sale avant ce terrible 7 octobre ? Pas même les assassinats réguliers n'importe où dans le monde des leaders nationalistes se revendiquant (hypocritement) en faveur d'une « free Palestine » ? Pas de crimes de la part des colons nazis ?

Selon cette propagande pachydermique simpliste, le Hamas c'est les méchants, assassins et violeurs ! En face l'Etat colon, inventé en 1948 (comme mirador pétrolier au service de l'impérialisme américain toutefois) ne serait que le « joyau démocratique » du Moyen Orient !

Un événement obscène a été l'exhibition à deux reprises par l'armée sale d'Israël des films sur la population massacrée le 7 octobre, une première fois dans l'affolement général, et une deuxième fois en direction du personnel politique parlementaire pour l'attacher plus encore au soutien du nationalisme juif encore sponsorisé victime universelle …

Or il n 'a échappé à personne surtout en milieu ouvrier (cf.plusieurs discussions que j'ai eues) que cette intrusion des méchants terroristes ait été aussi facile sachant que l'Etat hébreu est le mieux protégé du monde et le plus parano. On pense au laissez-faire lors du 11 septembre 2001 à New York.

La question n'est pas de savoir si tous les Etats en guerre sont terroristes, ils le sont tous, mais à quoi rime ce laissez-faire qui a abouti à tant de victimes innocentes ? Ou pourquoi Israel aurait été « poussé à la faute » ?

Qui saura saura ! Dans cette partie d'échecs irrationnelle on ne peut plus raisonner de façon binaire comme au temps de la guerre froide. Qui est dessous ? Qui agit avec qui ? Les étoiles de David taguées sur les murs parisiens venaient conforter l'immense alarme de Darmanin sur une effroyable montée de l'antisémitisme, combattue vaillamment par le défilé sans lendemain de milliers de bourgeois parisiens. Puis on apprenait que ces tags avaient été commandités de l'étranger par des russes...connaissant la duplicité des SS russes et israéliens, cela foutait en l'air une montée d'antisémitisme de type classique, alors qu'on est confronté à une sorte d'antisémitisme arabe inculte et plus fondé sur une haine nationaliste sans objet sérieux.

On nous détaille à profusion le massacre, son déroulement avec ces mercenaires sadiques du Hamas qui se filment en commettant les pires atrocités. Même en Ukraine on ne nous a pas abreuvé avec de telles horreurs Partout on entend « c'est la première fois depuis la Shoah » !? Outre que les israéliens ne sont tout de même pas le centre martyre du monde, non ce n'est pas la première fois...Daech a exhibé largement ses décapitations ; les cartels mexicains exhibent les leurs décapitations directement sur le web, consultables plus facilement que le porno pour les ados.

Une autre « tentative »d'explication, type journaliste de gauche, pense que la chose est simple : tout à leurs traités de requins, Arabie Saoudite, Israel et les autres auraient négligé la question palestinienne et se retrouvent cocus face à la « rue arabe ». Le coup monté du Hamas, si minutieusement préparé, aux dires étonnants des responsables israéliens (si laxistes bizarrement) ; serait en quelque sorte une réaction du peuple palestinien. Or cette tentative d'explication est un subterfuge pour légitimer, en quelque sorte, ce terrorisme et mettre dans le même paquet la population palestinienne qualifiée cyniquement de « boucliers humains ». Franchement si les brutes surarmées du Hamas espéraient faire triompher aux yeux du monde entier cette histoire fallacieuse de « free Palestine » après une telle tuerie, c'est totalement raté ! Quoique l'armée sale tende par ses propres massacres, autrement plus massifs, à éloigner le souvenir du 7 octobre. On apprenait par après que les tueurs du Hamas sont bien des mercenaires auxquels ont été promis de fortes récompenses...ce qui n'a plus rien à voir avec les libérations nationales de jadis où il y avait des principes humains, voire naïvement patriotiques, malgré aussi nombre d'attentats terroristes contre des civils.

Qui aurait donc eu intérêt à blackbouler les accords Arabie Saoudite + Israel ?

Tout le monde a soupçonné l'IRAN, qui nie toute participation tout en menaçant. Or avec l'Iran rien n'est simple, même si tout est ramené au danger qu'ils se fabriquent leur bombe atomique, même s'il y a des certitudes6.

Une possible implication pas prouvée...

« La hausse constatée sur le prix du baril s’explique plutôt par des inquiétudes et des scénarios pessimistes autour de l’Iran ». La République islamique est toujours un acteur important (environ 4 % de l’offre mondiale en 2022), malgré les sanctions américaines visant, depuis 2018, à empêcher ses exportations. Sa production de brut est aujourd’hui estimée à 3 millions de barils par jour, dont une partie destinée à la Chine.

Selon l'économiste Tamas Varga, «toute mesure de représailles sur les infrastructures» iraniennes, ou «la menace de fermer le détroit d'Ormuz, par lequel transitent quotidiennement 17 millions de barils de pétrole par jour», pourraient faire «flamber les prix». Des tensions au Moyen-Orient et l'affermissement des sanctions économiques contre l'Iran ont déjà fait bondir les prix par le passé. De 2011 jusqu'à 2014, les cours du Brent avaient fluctué autour de 100 dollars le baril, soutenus à la fois par le durcissement des sanctions internationales contre Téhéran et le conflit syrien.

GEOPOLITIQUE PETROLIERE OU LA DIPLOMATIE DU JERRYCAN

(où le risque d'ébranlement de la paix sociale en Europe pourrait être une clé de l'équation à risque)

Certes, la tension qui règne au Moyen-Orient a d'autres causes que les convoitises liées au pétrole. Le conflit israélo-arabe ne peut, cependant, être dissocié de son environnement pétrolier. L'utilisation du pétrole en tant qu'arme politique, avec promesse d'arrêt des fournitures d'hydrocarbures aux pays qui soutiennent Israël, est une menace régulièrement formulée par de nombreux Etats arabes. Plus que l'approvisionnement pétrolier, il s'agit d'une question géopolitique, et de la remise en question du gendarme du monde, les USA. Même s'il n'est plus aussi important qu'en 1973, le pétrole reste une arme de guerre, et surtout économique7.

Les liens entre la vie politique et le pétrole ne sont sont pas surprenants : des Etats de la Péninsule Arabique à structure féodale apportent ou ont apporté, grâce à leur richesse en hydrocarbures, une aide financière précieuse aux organisations palestiniennes successives, espérant ainsi obtenir la caution révolutionnaire destinée à faciliter le maintien de leur dictature monarchique.

Il est universellement admis que la donne avait changé en 1973 avec le premier choc pétrolier ; les pays arabes de l’OPEP avaient quadruplé en quelques semaines le prix du baril pendant et après la guerre du Kippour d’octobre (officiellement pour punir l’Occident de son soutien présumé à lsrael alors confronté à la coalition syro-égyptienne), plongeant celui-ci — énergétiquement gourmand mais largement dépourvu — dans une crise économique dont il ne sortira jamais tout à fait.

Cependant ,1a tension aujourd'hui encore demeure très vive entre les Etats producteurs et les grandes compagnies, en raison des exigences des Etats producteurs et des besoins croissants de l'Europe Occidentale, qui absorbe une grande partie de la production pétrolière du Moyen Orient. La dépendance énergétique de l'Europe occidentale vis à vis du pétrole du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord s'accentue d'année en année. C'est pourquoi elle reste dépendante du gendarme US.

APRES L'UKRAINE DES PUISSANCES REGIONALES DE PLUS EN PLUS REBELLES

Dans l’équation complexe qui entoure la guerre sur le territoire palestinien, il est un facteur radicalement différent des crises précédentes : le rôle et le poids des pays voisins. On le constate depuis l’invasion de l’Ukraine, les puissances régionales ont pris une place plus grande dans le désordre mondial. C’est le cas en particulier au Moyen-Orient, avec des pays comme l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, la Turquie ou, bien sûr, l’Iran.

Ce n'est pas nouveau, et cela nous oblige à faire encore un pas en arrière.

Le 17 octobre 1973, l'Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP) annonce qu'elle réduira de 5% par mois son débit de pétrole, tant que les États-Unis ne changeront pas leur politique au Moyen-Orient. La veille, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) annonçait une hausse de 17% du prix du brut et une augmentation de 70% des taxes aux compagnies pétrolières.

Cette stratégie résultait d'un tournant dans la guerre du Kippour entre Israël et les pays arabes. Après avoir été surpris par une attaque sur deux fronts, l'État hébreu reprend rapidement le contrôle et menace à son tour les pays arabes. C'est à ce moment que la crise pétrolière éclate. En réaction à l'évolution du conflit, les pays membres de l'OPEP, réunis au Koweit, annoncent un embargo sur les livraisons de pétrole destinées aux pays qui soutiennent Israël. Ils exigent également le retrait complet des territoires occupés par Israël. À la conférence de Téhéran, le 23 décembre 1973, l'OPEP annonce une deuxième augmentation des prix. L'embargo, qui dure 5 mois, est levé en grande partie le 18 mars 1974. L'OPEP justifie la crise en revendiquant une part croissante dans les opérations de production qui sont fortement contrôlées par des compagnies pétrolières. Bref, elle veut prendre le contrôle de la production du pétrole pour pouvoir maintenir un prix artificiellement élevé du brut. Le résultat est une sévère commotion pour tous les pays consommateurs de pétrole. Le prix de l'Arabian Light, un pétrole qui sert d'indicateur, passe pendant la crise de 2,32 USD à 9,00. Durant cette même période, les revenus de l'OPEP sont multipliés par quatre, dépassant 86 milliards dollars en 1974.

La guerre contre l'Irak, elle longtemps après, avait été officiellement lancée parce que Saddam (manipulé par la mère Albright) était sensé détenir des armes de destruction massive. Un autre objectif pointait à l'horizon : le contrôle de plus de 11 % des réserves mondiales de pétrole et, à long terme, le contrôle des routes des pipelines entre la Méditerranée, la mer Caspienne et l'océan Indien. Qu'on m'entende bien, pas la consommation du pétrole, mais son acheminement.

Le dégonflement de la fable des armes de destruction massive de Saddam avait mis en lumière les buts de l'impérialisme US : contrôler le pétrole irakien, pas le boire. L'équipe de Cheney et Rumsfeld fût très arrogante en exhibant sa prise de contrôle du pétrole du Moyen-Orient sans se justifier de son incroyable mensonge de propagande.. En Afghanistan un an auparavant, l'impérialisme US avait installé Hamid Karzaï, ancien consultant pour la compagnie pétrolière géante Unocal, en qualité de dirigeant intérimaire. Ils avaient également introduit Kalmay Khalilzad, un autre ancien consultant d'Unocal - en fait, le patron de Karzaï - en qualité d'émissaire américain spécial !

Mme Condeleezza Rice, la dirigeante de la NSA, dirigeait Chevron-Texaco avant de s'installer au conseil de la NSA. Son nom fut même utilisé pour baptiser un pétrolier. Don Evans, le secrétaire au Commerce, est également à la tête d'une entreprise pétrolière.

Le vice-président Richard Cheney était en fait le leader de ce groupe quand il présidait Halliburton, la plus grosse entreprise mondiale de services pétroliers. Halliburton est aujourd'hui à la tête des projets de reconstruction irakienne pour laquelle les contrats sont distribués sans aucune transparence ni concurrence quelles qu'elles soient. Mais ce qui se produit ici est pire qu'une culpabilité d'association avec l'industrie pétrolière.

Avant de rejoindre le Pentagone, Donald Rumsfeld était aussi un personnage important. Proche de longue date de Cheney, Rumsfeld se rendit à Bagdad en 1983 et en 1984 sur l'ordre de l'ancien président de la Bechtel Corporation, George Shultz, qui était à ce moment-là un peu sorti du monde des affaires pour occuper le poste de ministre des Affaires étrangères américain. La mission secrète de Rumsfeld était de gagner le soutien de Saddam pour la construction d'un pipeline de Bechtel devant partir d'Irak pour arriver au golfe d'Aqaba via la Jordanie. La même compagnie, Bechtel, qui équipa l'industrie chimique « à double usage » de Saddam et qui se voit aujourd'hui attribuer un gros contrat de 600 millions de dollars libre de toute concurrence pour la reconstruction des infrastructures irakiennes. Ces affaires pétrolières entre gangsters d'Etat ne sont plus primordiaux dans les guerres actuelles.

MAIS L'ATTAQUE DES TUEURS DU HAMAS N'A PAS VRAIMENT D'IMPACT sur les cours du pétrole, par contre est posé à terme le risque d'un embrasement social en Europe et pas militaire au Moyen Orient, après Jacques Mornand je suis probablement le seul à l'évoquer et on va me prendre pour un charlot)

Cinquante ans après la guerre du Kippour et le premier choc pétrolier, l’attaque des commandos du Hamas contre Israël, samedi 7 octobre, maintient les marchés de l’énergie sous tension. Les cours du pétrole brut ont connu un léger repli le mardi 10, après avoir grimpé de 4 % lundi 9. Le brent de mer du Nord (− 0,56 %), référence européenne, se stabilise au-delà de 87 dollars (environ 82 euros). Même tendance pour son équivalent américain, le West Texas Intermediate (− 0,47 %), proche de 86 dollars.

« L’attaque du Hamas n’a pas eu d’impact concret sur la production pétrolière », rappelle, en préambule, Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques. Et pour cause, les Israéliens n’extraient quasi pas de pétrole : soit 0,001 % de l’offre mondiale en 2022, selon les données compilées par une structure française, le Comité professionnel du pétrole.

C'est au plan géopolitique que se jouent les confrontations obscures. Dans un article du Nouvel OBS en 1973, feu l'économiste Jacques Mornand, détaillait« La diplomatie du jerrycan »

«...En fait, l'espoir des responsables européens est que les dirigeants arabes finiront par se convaincre que l'utilisation de l'arme du pétrole est pleinement efficace - les derniers événements viennent de le prouver - jusqu'à une certaine limite qu'il convient de ne pas dépasser. Il est évident que si le boycottage pétrolier arabe aboutissait à immobiliser toute la circulation automobile, à interrompre le chauffage des écoles et des hôpitaux et ralentissait l'activité industrielle en Europe au point de provoquer du chômage, cela entraînerait un mouvement de mécontentement des 250 millions d'habitants du Marché commun, politiquement préjudiciable à la cause arabe (à mon avis plutôt préjudiciable à la paix sociale, mais mobilisant plus le prolétariat que de nouveaux gilets jaunes).

NOTES POUR UNE AMORCE DE REPONSES

L'intervention des Grandes Puissances, imposant à de nombreux Etats un abandon plus ou moins prononcé de souveraineté, apparaît aujourd'hui, plus que jamais, étroitement liée aux problèmes politiques qui agitent le Moyen-Orient. Les coups d'Etat et changements de régime s'accompagnent aussitôt de revendications nouvelles sur le pétrole tiré du territoire national.

Les grandes compagnies pétrolières encore puissantes, mais moins nettement qu'auparavant, en Arabie Saoudite ou dans les émirats du Golfe, voient ailleurs leurs privilèges remis en question. Les demandes formulées par les régimes « révolutionnaires » sont d'ailleurs appuyées plus ou moins discrètement, par les Etats à structure féodale, puisque les accords signés entre tel ou tel pays et les grandes compagnies pétrolières, au terme de négociations laborieuses, sont ensuite rapidement étendus à d'autres pays. Les divergences politiques qui peuvent opposer les principaux Etats pétroliers du Moyen-Orient sont de plus en plus oubliées, devant le désir d'adopter une politique commune face aux grandes compagnies occidentales (françaises en particulier). L'année 1971 avait été une date importante dans l'histoire mouvementée du pétrole au Moyen-Orient. Successivement, ont été signés les très importants accords de Téhéran (14 février 1971) et de Tripoli (2 avril 1971 ) tandis que le gouvernement irakien et le groupe Irak Petroleum parvenaient à s'entendre le 7 juin 1971 sur les conditions d'exportation du pétrole irakien par la Méditerranée, et que l'Arabie Saoudite et l'ARAMCO arrivaient, le 23 juin 1971, à un compromis sur des conditions pratiquement identiques pour les exportations méditerranéennes

Il faut aussi rappeler que, en 1956, le « pétrole arabe » avait été, pour la première fois, directement engagé dans le conflit arabo-israélien, avec la mise hors d'usage des pipe-lines de 11 sites en Syrie. Cette mesure, qui avait gravement perturbé pendant quelques semaines le ravitaillement de l'Europe, victime en même temps de la fermeture du Canal de Suez, était destinée à faire pression sur les pays occidentaux alliés d'Israël.

A la suite de la guerre arabo-israélienne de juin 1967, avait été décidé un embargo sur les exportations pétrolières vers les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Allemagne occidentale, mais il fut de courte durée. De même, la menace d'une paralysie des intérêts des pays qualifiés de « complices de l'agression » (c'est-à-dire les Etats-Unis et la Grande-Bretagne) ne fut suivie d'aucun effet.

On prétend même que les grandes compagnies pétrolières furent officieusement rassurées. D'ailleurs, pour réagir contre cette utilisation du pétrole comme arme politique, l'Arabie Saoudite, le Koweit et la Libye ont créé, au lendemain de la guerre de juin 1967, l'Organisation des Pays Arabes Exportateurs de Pétrole, (OAPEC). L'appartenance à cette association était limitée spécifiquement aux Etats arabes dont l'économie reposait principalement sur l'exportation du pétrole, et qui voulaient ainsi sauvegarder leurs intérêts. Depuis, cette association s'est élargie. La Libye post-révolutionnaire confirma son adhésion. L'Algérie, Bahrein, Qatar, Abou Dhabi et Dubaï demandèrent tous à rejoindre ce « club » des pays arabes exportateurs de pétrole Le Royaume-Uni ne pratique pas le copinage comme les Etats-Unis, mais le soutien britannique à l'Amérique en guerre obéit également à une logique commerciale. Tandis que Saddam accordait ses contrats pétroliers aux Français, aux Russes et aux Chinois, les entreprises britanniques telles que BP étaient écartées. Celles-ci comptaient assurément revenir sur le terrain irakien en s'accrochant aux basques des Américains.

L‘idée d’une Amérique en marge du Moyen-Orient crée beaucoup de malaise à Washington, où la gestion de la région par la force armée est depuis longtemps une évidence pour des générations de responsables de la sécurité nationale. Et il est certain que le retrait de la présence militaire américaine ne garantirait pas un avenir pacifique pour le Moyen-Orient. Les rivalités comme celle qui oppose l’Iran à l’Arabie saoudite vont probablement s’intensifier, mais l’incitation à trouver des solutions « pacifiquement commerciales » est tout aussi forte. La vérité est que le Moyen-Orient restera une région instable, avec ou sans présence militaire américaine massive.

Les États-Unis ne sont donc qu’une des nombreuses parties prenantes dans la gestion du détroit. Les autres nations qui dépendent du transport maritime par le détroit, en particulier les pays du Moyen-Orient et de l’Asie de l’Est, rêvent toutes de participer à une mission maritime multinationale visant à assurer la fluidité des échanges commerciaux à l’intérieur et à l’extérieur du golfe Persique. La guerre en Palestine vient pour l'instant de foutre en l'air toutes ces amabilités, et posent déjà les besoins de la Chine...

Toute la présence militaire américaine historique dans la région s’était articulée autour de de l’idée de contrôler l’ensemble du pétrole dans la région, une stratégie qui est remise en cause comme le cache le meurtre des « boucliers humains ». Il se confirme que les USA ne pourront plus dominer sans partage.

Le pétrole est la clef de voûte du système économique mondial et commande sur le long terme les rapports de force entre les puissances. Qui peut peser sur la production, la circulation et les prix du pétrole, peut orienter le système mondial. Ce n'est donc pas un hasard si les Etats-Unis sont au centre de tous les réseaux de domination qui enserrent l'or noir depuis la Seconde Guerre mondiale, couronnant ainsi leur implication dans les luttes d'influence entre les pays producteurs depuis le début du XXe siècle. Le Moyen-Orient, le Maghreb, l'Iran et plusieurs pays de l'Asie musulmane concentrent à eux seuls la majeure partie des réserves pétrolières et gazières, de quoi faire de ces pays des cibles inévitables pour les plus grandes puissances.

Les réserves connues sont principalement concentrées au Moyen-Orient (65 % des réserves mondiales). Or, le pétrole représente aujourd'hui 40 % de la consommation d'énergie totale dans le monde. Quelles que soient les innovations apportées au système de production, le pétrole restera dans les trente prochaines années la première énergie primaire. Il devrait ensuite, après épuisement des réserves, être remplacé par le gaz, dont les gisements devraient continuer à donner au monde arabe (surtout le Maghreb cette fois) et à l'Asie centrale une importance stratégique. Les experts sont d'accord pour affirmer que la demande mondiale de pétrole devrait croître de 50 % au cours des vingt prochaines années. La croissance de la demande asiatique devrait être particulièrement importante : la consommation asiatique représente aujourd'hui un tiers de la consommation totale, elle devrait s'élever à 60 % de la consommation mondiale d'ici à trente ans. L'arrivée de la Chine dans le concert de la concurrence et de la consommation bouleversera et accentuera l'exploitation intensive de l'or noir ; les conséquences environnementales et financières de l'inéluctable intégration de la Chine dans le système mondial sont déjà au coeur des visées des multinationales et des stratégies des grandes puissances économiques.

A première vue, le pétrole semble être une arme redoutable entre les mains des pays producteurs. En fait, il n'en est rien. Les avoirs des pétromonarchies ont été investis massivement en Occident (environ 800 milliards de dollars contre 160 milliards investis dans les économies nationales de ces pays). Les revenus tirés de ces investissements sont souvent plus importants que la rente pétrolière elle-même. En revanche, leurs évolutions sont totalement tributaires de la croissance et de l'état de l'économie des pays occidentaux. D'où une interdépendance perverse qui limite drastiquement la liberté politique des Etats producteurs de pétrole, du moins de ceux qui auraient des velléités d'indépendance...

On sait aussi que pour les Etats-Unis, la maîtrise de la circulation du pétrole doit être l'instrument d'un contrôle toujours plus étroit de la croissance des régions concurrentes, notamment l'Asie, face à la Chine.

La volonté américaine d'agir rapidement était aussi déterminée par le souci de diversifier les approvisionnements en pétrole dans une perspective d'avenir, mais je le répète, ce souci est secondaire dans la cadre de la lente configuration de nouveaux blocs,. Certes les sociétés du Moyen-Orient se verront confrontées à des transformations économiques et sociales qui pourraient modifier leurs stratégies ou leur futur bloc d'appartenance. Les besoins sociaux liés à la croissance démographique pourraient conduire certains de ces Etats à souhaiter une hausse relative des prix du pétrole. Déjà la situation sociale tend à se détériorer dans tous les Etats du Golfe ; la montée du chômage les poussera inévitablement à modifier leur entente avec les pays consommateurs. Enfin, la stratégie guerrière actuelle de l'Amérique s'inscrit aussi dans le grand marchandage entrepris avec la Russie pour le partage de l'influence régionale et une coopération qui inclut le pétrole russe, sans oublier le client chinois. Et si le prolétariat international s'en mêlait ?

Avec la guerre en Ukraine et maintenant la guerre de Palestine, bien que des puissances régionales ruent dans les brancards, les Etats-Unis s'assurent ainsi le contrôle pour les années à venir de ce que les experts américains appellent «l'ellipse stratégique de l'énergie», zone qui court de la péninsule Arabique à l'Asie centrale. Et comme il n'y a pour l'instant aucun contrepoids à la puissance désormais déchaînée des Etats-Unis dans le monde, l'opération de contrôle géopolitique des ressources énergétiques des dictatures arabes peut se dérouler librement, dussent les populations civiles occidentales souffrir le terrorisme de la vengeance qui en résulte en ce moment. Où la classe ouvrière reste désespérément passive, ou en partie, embarquée non dans une lutte globale contre les guerres mais derrière le soutien à un Etat national fictif et improbable en Palestine, basé sur la haine (derrière les pitres populistes de LFI, de la CGT et du NPA). Jaurès l'a dit il y a un siècle pourtant : 'Mais ce n’est pas dans la guerre de revanche qu’est la solution. La guerre de revanche ne peut avoir d’autre effet que de transformer de nouveau en champ de massacres, de sang et de ruines. »



NOTES

1Comme cet article larmoyant et creux du CCI qui reste en surface et nous radote ce vœu pieux ouvriériste qui indique que c'est à partir de des lutttes économiques que le prolétariat (européen, vu que ailleurs il n'existe pas vraiment) finira un jour par s'opposer à la guerre et renverser le capitalisme : Massacres et guerres en Israël, à Gaza, en Ukraine, en Azerbaïdjan… Le capitalisme sème la mort! Comment l’en empêcher? (Tract international) | Courant Communiste International (internationalism.org)

2Dont se moquait une partie de la bourgeoisie française avec Chirac : « Chirac n'entend pas céder au messianisme des néo-conservateurs de Washington qui réduisent le terrorisme à un « choc des civilisations » (…) il met en garde , le 15 octobre 2001, contre un « unilatéralisme » qui conduirait à imposer les valeurs occidentales comme norme absolue et en appelle à la lucidité : « chaque civilisation peut et doit être fière de ce qu'elle a accompli et donné au monde ». (cf. L'ami américain, page 440.)

3Il est toujours louable dénoncer l'antisémitisme, mais est-il le même à toutes les époques ? Celui d'aujourd'hui n'a pas forcément une connotation principale avec le nazisme mais est le plus souvent un justificatif, merdeux, du nationalisme arabe, mâtiné d'un islamisme désuet et ridicule.

4https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/AFRI%2025.pdf :COMPRENDRE LE SOUTIEN DES ETATS-UNIS ENVERS ISRAËL par Dana ALLIN et Steven SIMON ; Les Etats-Unis sont devenus une force d’occupation.

5Dans les facs, on trouve ce genre de témoignage :«Une étudiante marquée très à gauche m'a déjà expliqué que les juifs n'étaient pas une minorité discriminée mais une minorité dominante qui détient les médias, la finance, le pouvoir. Je m'en souviendrai toute ma vie». On croyait pourtant les vieilles lunes disparues. Ete cela dépasse l'inquiétude des juifs. Des voisins français qui s'appellent Levy ou Jacob, sans être juifs, ont peur aussi. Sur cette omniprésence sans complexe des intellectuels juifs dans les milieux du spectacle, un seul auteur fait l'effort d'en évoquer la raison. Concernant ce grand nombre de juifs dans les milieux artistiques et politiques en France le réalisateur Claude Berri l'explique par les importantes migrations dans l'entre deux guerres de gens fuyant Allemagne et Russie (cf. Autoportrait », ed Léo Scheer 2003). Ou plus précisément comme m'en avait témoigné mon ami Marc Chirik : « On arrivait pour la plupart sans qualification et les seuls métiers auxquels on pouvait prétendre étaient ouvriers d'usine, colporteurs ou figurants au cinéma » (ce qui avait été son cas).

6« En visite dans le Golfe la semaine dernière, Brian Nelson, le sous-secrétaire au Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier, est venu convaincre ses alliés du Qatar, du Koweït, des Émirats arabes unis de cesser de fournir des fonds au Hamas. Mais cette démarche pour assécher les finances de l'organisation islamiste a ses limites. C'est en effet l'Iran qui aide financièrement le Hamas et le Djihad islamiste palestinien sur le plan militaire, à hauteur de 100 millions de dollars par an ».

7Dans la guerre contre l'Afghanistan, le pétrole a joué aussi un rôle fondamental ­ par-delà la volonté de châtier un pays abritant les terroristes de Ben Laden. Les objectifs étaient clairs : prendre pied dans une région dont les ressources pétrolières sont encore partiellement inconnues et dont les ressources en gaz sont vraisemblablement très importantes ; contrer la volonté d'expansion de la Chine en Asie ; assurer la sécurité des réseaux de transit du pétrole en obtenant que le projet américain d'oléoduc (via la Géorgie jusqu'à la Turquie) plutôt que le projet chinois, soit finalement accepté, ce que, jusqu'au 30 août 2001, les talibans avaient refusé de concéder aux Américains qui négociaient secrètement avec eux. C'est chose faite aujourd'hui !

mardi 14 novembre 2023

INTERVENTION DE MARC CHIRIK AU 5ème congrès du CCI (1985)



Marc Chirik (1907-1990) (pseudonyme: Marc Laverne) naturalisé français, fut sa vie durant militant et théoricien communiste révolutionnaire. Né en Russie, il est très jeune l'un des fondateurs du Parti communiste de Palestine en 1919. Il arrive en France en 1924, où il participe à L'Unité léniniste, le groupe oppositionnel d'Albert Treint, en 1927. Brièvement membre de la Ligue communiste qui regroupe les partisans de Léon Trotski, il évolue de plus en plus vers les positions de la gauche communiste (ou « maximaliste » dans le même sens que Rosa Luxemburg : « il n'y a plus qu'un programme maximum »).

Rangeant mes archives je suis tombé sur une vieille K7 contenant, entre autres, l'intervention de Marc, "le vieux" comme je n'aimais pas que les autres militants en parlent dans les couloirs, en somme en tout cas le maître fondateur. En cette année il a 78 ans mais il a une santé, une tête, un humour de béton. Une fois en réunion de section, lors d'une polémique je lui ai dit qu'il se comportait comme un donneur de leçon, un vieux con. Il avait répondu: "con peut-être mais vieux jamais:" En vérité il m'aimait bien et nous avons passé des heures au téléphone dont je détiens encore des enregistrements. Il savait pouvoir compter sur moi et appréciait mon souci de l'intervention dans la lutte de classe sans craindre qui que ce soit (je n'ai pas changé). C'était donc il y a 38 ans ! Un siècle quoi! 

En l'écoutant on s'interroge: putain ça fait 38 ans qu'on dit la même chose et le monde capitaliste accumule encore ses horreurs et non seulement on l'a pas ébranlé mais il efface systématiquement et


"wokise" notre histoire. Il apparaît hélas cette tendance de tous les révolutionnaires, jeunes ou vieux, à imaginer comme imminent tel MC  "l'effondrement de tout le système international"...en 1985 !Argument massue dans les débats pour "responsabiliser" ou amoindrir l'argument du contradicteur.
La bio de "MC" sur wikipédia a une singulière résonance en présence de l'horreur nationaliste des deux côtés. Hé oui, il était né en Palestine, et bien que juif partisan de l'abolition de tous les Etats... et un des fondateurs du mouvement communiste international! , un  judéo-bolchevique en quelque sorte! Honneur à sa mémoire . Son intervention pourra paraître obscure pour le lecteur lambda, mais il pourra la resituer en lisant l'article suivant dans le combat contre "les réservistes": C'est avec émotion que j'écoute encore sa voix nasillarde.

 Débat interne : les glissements centristes vers le conseillisme | Courant Communiste International (internationalism.org)

vous voyez défiler sur cette courte vidéo Marc et Clara à la fin des années 1070 où je les avais filmé en train de faire leur marché à la porte Dorée, ainsi que pour une longue interview en 1979 que je n'ai pas la place de publier ici. Il s'avère aussi que je n'ai pas la place de publier non plus ici l'intégralité de l'intervention, mais je peux la faire parvenir en son entier à tous ceux qui en ferons la demande. (on peut toute la voir sur facebook)