"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

mercredi 13 février 2019

Où est passée la question d'insurrection ?



« Si on arrive devant l'Elysée, on rentre dedans» .
Drouet le 5 dec 18.

« Lénine était certainement le politicien le plus souple de l’Histoire. Il pouvait être à la fois un super-révolutionnaire, un homme de compromis et un conservateur. (…) Toute l’histoire de la Révolution qui s’ensuivit offre un kaléidoscope des compromis de Lénine et de la trahison de ses propres slogans ».
Emma Goldman (Ma désillusion en Russie, Chapitre : « Pour le peuple la révolution était une réalité pas une simple théorie »).

« Le milieu radical n’est pas très en pointe pour formuler des analyses pertinentes, incisives, complètes et non déformantes de ce mouvement revendicatif inédit. Mais, on le saura APRÈS, par delà leurs silences ou leurs simplifications PENDANT, ils avaient tout compris AVANT. Ce qui saute aux yeux dans les rares textes publiés, c’est leur normativisme complètement décalé ». Anonyme (ânenonime)

Ne me démentez pas, lors de l'acte III vous avez tous fantasmé sur l'insurrection, la prise de l'Elysée... quand certains se demandaient quelle grille du palais d'été notre routier inculte allait escalader. Lors des premiers actes les appels aux armes furent nombreux, dénués de tout réalisme et complètement impulsifs. Les appels pour que la police tire à balles réelles furent par la suite le fait des bourgeois députés et de petits personnages comme Luc Ferry.
La dernière véritable insurrection victorieuse impliquant directement le peuple et le prolétariat date de plus d'un siècle. Elle reste la référence malgré tant de putschs militaires, stalinistes et maoïstes de par le monde. Elle incarne encore, malgré la césure de l'échec du bolchevisme, le principal exemple, certes discuté et contesté, de renversement réussi d'un Etat bourgeois. Pour les anarchistes l'insurrection est par contre imagée par toute manifestation de rue qui tourne à l'émeute, et met en scène de chatoyantes et brutales confrontations avec les « forces de l'ordre ». C'est ainsi que l'on avait vu fleurir ces dernières années toutes sortes d'appels à l'insurrection dans la noria des réseaux contestaires, black ou red blocs. On se rappelle du « comité invisible » de l'équipée marginale de Tarnac et de la mise en scène du petit Julien Coupat, qui s'est fait pincer comme un vulgaire gilet jaune avec une bombe ni destructive ni à retardement, mais une banale bombe à peinture suffisante pour effrayer des milliers de policiers. On le plaça donc en GAV1.

Je n'ai rien retrouvé de « l'insurrection qui venait » dans le mouvement des gilets jaunes ni une résurgence d'analyses ampoulées de la revue Tiqqun des amis de Coupat2. Ce pamphlet, publié en 2007, surfait sur l'ambiance illusoire d'une révolte mondiale avec le printemps arabe, la ZAD hippie de ND des Landes et les bonnets rouges bretonnant. Un ouvrage du même acabit - « Maintenant » - suivit pour dénoncer le misérable assembléisme de « Nuit debout ». Ces pamphlets fort bien écrits mais plein de nunucheries anarchistes inquiétèrent plus les limiers paranoïaques de la police de l'ombre qu'ils n'émurent le prolétariat. Le livre fût immédiatement intronisé comme nouveau Manifeste communiste subversif du XXI ème siècle, voire comme produit souffreteux d'une nouvelle bande à Baader, alors qu'il n'est qu'une farce de potaches hippies à théorie en carton pâte, qui servent plus à enrichir l'éditeur Hazan qu'à fournir une lecture édifiante pour renverser le capitalisme. Ces marginaux tant célébrés il y a dix ans auront quelques difficultés à se présenter comme les pères du mouvement des gilets jaunes, certainement trop poujadiste et facho pour leur mode de pensée gauchiste. Je n'exclus point que Fly rider et Drouet n'aient eu le brouet tarnacien comme livre de chevet (à côté de leurs albums de motos et de voitures de collection), plutôt que le « En route pour l'insurrection » de Lénine ou son « Nos tâches et le Soviet des députés ouvriers », rédigé en 19053.

CE QUE SONT LES AMIS DU PEUPLE GILET JAUNE

Sur le site « des nouvelles du front » (humour communisateur), les groupies de Roland Simon – du référent pour rire « Théorie communiste » - ont fini par s'extasier : « Les débuts du mouvement des « Gilets Jaunes » furent laborieux. Le poujadisme qui y régnait en maître avait quelque chose d’écœurant. Les exactions racistes et homophobes de certains, avaient fini de nous convaincre de la nature fasciste de ce mouvement. Pourtant, chose imprévisible il y a 15 jours encore, des individus éparses, épuisés par la lutte pour la survie quotidienne, se sont agrégés sur les barrages. Non pas pour défendre un programme, un drapeau ou une banderole, mais simplement parce qu’ils n’y arrivent plus. Sur ces barrages se sont développées des solidarités. Ces solidarités ont permis à beaucoup de reprendre goût aux autres ; d’avoir de nouveau une vie sociale et affective à laquelle ils n’avaient plus accès »4.  « Aujourd’hui, les « Gilets Jaunes » discourent sur la « justice sociale » en lieu et place d’une limitation des taxes du début. A cette heure, les « Gilets Jaunes » sont contraints de s’intéresser à cette politique qui les fait tant chier – partout, il n’est question que de dissolution de l’assemblé nationale, de création d’un parti « Jaune » ou d’un nouveau régime où les assemblées de base licencieraient les députés en assurant la charge législative (voter les lois, les proposer). Au final, la défiance institutionnelle envers la classe politique s’est peu à peu muée en un rejet absolu du système parlementaire. N’en déplaise aux partisans d’une liste « Gilets Jaunes » à X élections : leur démarche reste entièrement un rejet, même si ils prétendent tout changer en suivant les règles. Ce qui n’en est encore aujourd’hui qu’à un stade embryonnaire, c’est un soulèvement. J’insiste : nous parlons de soulèvement, et non d’une prise de pouvoir par un parti « Gilets Jaunes »5.

« Temps critiques », hésita : « Il semble que l’actuel mouvement dit des « Gilets jaunes » corresponde à un type de mouvement qu’on pourrait définir comme un soulèvement du peuple fédéré. On pourrait raisonnablement y voir des analogies avec le soulèvement des Fédérés pendant la Révolution française »6. Il fallait encore se délimiter des « sectes marxistes » : Les sectes marxistes n’ont pas manqué de hurler à « l’interclassisme », ce mal absolu à leurs yeux d’antiquaires. Nous avons déjà analysé en quoi cette notion n’a aucune portée politique pour comprendre le mouvement des Gilets jaunes. (Cf. Temps criitiues, supplément au numéro 19, déc. 2018).

La révolution triomphe mieux sans pureté de classe : « Comme dans les mouvements révolu­tion­nai­res his­to­ri­ques (la Révolu­tion française, 1848, la Commune, les révolu­tions russes et chi­noi­ses, l’Espagne, la Hongrie 1956, etc.) ou dans les sou­bre­sauts révolu­tion­nai­res (mai 1968 ; Italie 1968-78), nous n’avons pas à faire à des mou­ve­ments pure­ment clas­sis­tes qu’il ne s’agit donc pas de définir de façon clas­siste comme si la révolu­tion allait forcément être faci­litée par une pureté de classe et donc qu’il n’y aurait rien à attendre d’un mouvement comme celui des Gilets jaunes du fait de son « interclassisme ». Les luttes de classes ont justement été les plus virulentes quand cette pureté de classe était la moins évidente ».

Je me suis demandé ensuite si d' autres pans de cette ultra-gauche intellectuelle, affective et révisionniste du « marxisme-léninisme » pouvait se vanter d'avoir prévu le mouvement des gilets jaunes ou s'en servir de référence à leur négation d'un rôle toujours révolutionaire de la classe ouvrière moderne. J'ai commencé par observer ce contre quoi ils s'étaient à peu près tous déterminés nos divers communisateurs depuis une vingtaine d'années, c'est à dire face au camp maximalisme révolutionnaire classique, dont le CCI a longtemps été la figure de proue, les premiers de cordée pour reprendre une expression macronienne qui fait fureur. Cette secte marxiste, le CCI, conclave d'intellectuels isolés, a trouvé, après moi, une cause indirecte probbale de l'éruption en gilets jaunes ces gâleux porteurs d'un « interclassisme »7 nihiliste :
« Ces mouvements syndicaux qui se répètent année après année, ont pour seule fonction de répandre le poison de la division, du désespoir, de l’impuissance. Alors, oui, le sabotage systématique de l’unité ouvrière par les syndicats est l’un des ingrédients majeurs de la faiblesse actuelle du prolétariat, faiblesse qui crée un terrain favorable à l’explosion de colères interclassistes et, donc, sans perspective ».
Autrement dit, tel que je l'avais formulé au début, l'échappée belle (à mon sens contenant majoritairement des prolétaires même entraînés derrière des revendications poujadistes) en gilets jaunes s'était faufilée entre des classes ossifiées, et, en particulier par après à la suite d'une série de défaites de grèves ridiculisées par leur encadrement corporatif. La dernière journée d'action CGT en France que les gauchistes ont voulu faire passer pour une grève générale a été un fiasco. Idem ce jour où la presse belge proclame que la grève générale a été un succès, alors qu'elle n'a été ni générale ni massive, le secteur privé n'y était pas, et ce qui dominait était de nombreux piquets de grève, plutôt mauvais signe de l'obligation à ne pas aller travailler par les minorités activistes syndicalistes. La méthode de lutte classique du prolétariat a pris un sacré coup de vieux, et la pseudo grève générale d'une journée en Belgique n'entraînera certainement pas une hausse générale des salaires, sauf l'amertume syndicale du lendemain : le gouvernement ne veut braiment pas négocier, hein !

Le CCI a décrété, de la même manière que les gauchistes au début, que c'était un mouvement définitivement réac et gagrené par les « fachos »8 ; j'ai à plusieurs reprises moqué cete aveuglement sectaire. Tout prolétaire, hors de sa boite et du syndicat, participant aux blocages, était donc pris dans un « piège idéologique » ; c'est à dire qu'il pouvait attendre longtemps pour que le CCI s'occupe de faire baisser la revendication petite bourgeoise concernant le diesel ! Seul dernier représentant de « la classe ouvrière disparue »9, le CCI a mis en garde ce qu'il en restait, perdue et perclue dans la petite bourgeoisie : « dans laquelle se sont égarés beaucoup d’ouvriers qui, en raison du vide laissé par la classe ouvrière, sont réduits à rester de simples “citoyens” attachés à la “nation” ». Tous ces ouvriers gilets jaune,s fachos et racistes, ont pourtant eu affaire à une réponse de la jeunesse antiraciste et propre sur elle, que les médias complices ont dédaigné : « La colère des jeunes générations scolarisées (et futurs prolétaires) est une réponse cinglante tant aux mesures gouvernementales iniques qu’aux revendications anti-immigrés des “gilets jaunes”. La solidarité est en effet le ciment et la force de la classe ouvrière ». La généralité des « gilets jaunes racistes » versus la jeunesse en général pas très ouvrière dans les lycées et les facs... on eût trouvé ça épatant venant des bobos gauchistes, mais d'une secte ultra-gauche monastique et perclue de rhumatismes, on a pitié. Le CCI tout à son purisme ouvriériste (de classe!) ne sait pas que dans les révolutions on ne compte pas sur deux doigts de la main, il ne sait pas que dans les deux révolutions russes sans les soldats, sans la masse énorme de spaysans révoltés contre la guerre, la classe ouvrière n'aurait pu rien faire et qu'elle n'a même pas été devant au début de l'insubordination en Allemagne ; Emma Goldman a fort bien montré la chance des bolcheviques10.
Quand on ne peut plus lutter sérieusement dans le cadre corporatif11 (de la classe disparue) et qu'on se sent obligé de se boucher le nez face à toute conduite émeutière, il faut savoir attendre avec le révérend CCI12, avec la patience du spectateur impuissant ou Moïse dans le désert ; le plus drôle c'est que ce serait « la conviction » qui ferait avancer la lutte de classe, belle trouvaille idéaliste ! Surtout quand on sait que c'est le diesel qui a fait avancer prosaïquement le vulgaire camion des gilets jaunes.

Sans s'en rendre compte, la secte a ainsi rejoint les analyses des intellectuels paumés et gâteux de la « communisation » :
« L’interclassisme est une réalité de ce mouvement, et le populisme aussi. Les Gilets jaunes n’ont pas produit de discours anticapitalistes tendant à affirmer une position de classe : ils ont critiqué les élites, l’Etat coupé du peuple, et n’ont eu de cesse de se construire une légitimité « populaire » ; et le peuple, avant d’être une réalité sociale, c’est une réalité politique »13.
Plus avisé que le CCI le rédacteur de « Carbure » ne croit plus qu'il s'agit d'une simple trahison des syndicats accompagnant une classe ouvrière disparue :
« L’interclassisme dans sa variante populiste « par en bas » est un mode nécessaire d’existence de la lutte des classes après la fin du vieux mouvement ouvrier. Il ouvre un champ politique qui n’est plus balisé institutionnellement. En France, cela se manifeste entre autres par la fin des « mouvements sociaux » qui étaient la queue de comète du mouvement ouvrier dans sa dernière intégration possible à la dynamique du capital. La fin de l’idéologie et des pratiques embarquant ensemble partis et associations de gauche et d’extrême-gauche, syndicalisme et défense du service public est de plus en plus perceptible depuis la crise de 2008. Cela n’est pas dû à une supposée « trahison » des syndicats ou de la gauche, mais à une transformation radicale du rapport de force, qui a conduit le capital à ranger unilatéralement le bon vieux « dialogue social » au magasin des antiquités, avec le compromis fordiste et le keynésianisme social ». 

La réflexion ci-dessus me semble intéressante et justifiée, et plus encore celle qui suit :

« Ces mouvements sociaux se sont eux-mêmes longtemps pensés comme l’exemple même de ce que devait être la lutte des classes (on se souvient du slogan « Je lutte des classes » en 2010). Les appels incessants à la « convergence des luttes » ne résonnent que dans le vide de l’absence d’unité de la classe. Mais la lutte des classes ne s’arrête pas aux manifestations et revendications de la gauche syndicale, elle ne cesse jamais, et elle n’existe pas moins dans un mouvement populiste aussi réactionnaire puisse-t-il être que dans ces fameux « mouvements sociaux ».
On voit un négateur de la pérennité de la classe ouvrière qui reconnaît que « la lutte des classes ne cesse jamais », quand une secte qui se veut orthodoxe décrète que tout ce qui ne relève pas de la grève corporative est fâcheusement réactionnaire et un piège bourgeois !
Comment s'y retrouver ?
« Le prolétariat n’appartient ni à la gauche, ni à la gauche radicale : le prolétariat n’est pas un sujet politique, mais une classe du mode de production capitaliste. En tant que tel, il participe de toutes les contradictions du capital. Avec toutes les classes, il est embarqué dans le cycle actuel du capitalisme, qui ne porte plus aucune positivité révolutionnaire, qui ferait que la révolution découlerait simplement de ce que le prolétariat est déjà dans le capital. L’époque est révolue où le prolétariat pouvait penser n’avoir qu’un pas à faire pour s’emparer du pouvoir et devenir classe dominante : ce que porte ce cycle, c’est l’abolition des classes et de la société. Le prolétariat, dans son rapport contradictoire au capital, est la classe qui porte cette abolition comme la sienne propre. La révolution n’est ni son choix, ni inscrite dans sa nature, et elle n’est mue par aucune nécessité historique transcendant l’histoire. Pour autant, il ne manque rien au prolétariat pour faire la révolution : ce n’est que tel qu’il est qu’il est révolutionnaire, que cela nous plaise ou non »14
Encore une obsession communisatrice, bien que le prolétariat soit reconnu d'essence révolutionnaire (mais pas diesel?), comme il est envahi, pénétré (?), désormais par le capital, il doit s'autodétruire avent de s'affirmer comme mouvement révolutionnaire et insurrectionnel pour détruire l'Etat bourgeois ! C'est la technique bobo radical, j'affirme et j'efface immédiatement.
Ce rédacteur petit bourgeois a pourtant plus de finesse que les simplismes néo-gauchistes du CCI sur le populisme :
« Le populisme est le lieu de luttes de classe. Que le prolétariat y soit engagé, voire qu’il puisse y devenir dominant, ne garantit en rien le devenir révolutionnaire de ces luttes. Le populisme peut très bien exister avec l’intégration politique de larges fractions du prolétariat : c’est même sa fonction. Cependant, le prolétariat, qui est la classe qui porte la contradiction du mode de production, y introduit un élément d’instabilité permanente, en ce qu’il est le lieu du conflit permanent qui nous oppose au capital, l’exploitation : aucune partie stable ou intégrée du prolétariat n’a la garantie de le rester longtemps. Ce conflit ne se résout pas, comme le voudrait la gauche, en posant la « question sociale » comme centrale tout en laissant sa résolution aux « partenaires sociaux ». Le prolétariat, qu’on le veuille ou non, ne se laisse pas absorber paisiblement dans l’ensemble du corps social ».
Il faudrait parler plutôt des populismes, de celui de Macron sûrement et de celui de Mélenchon, et on peut être d'accord avec cet auteur et le CCI qu'un de ces populismes contient des variantes nauséabondes : «  Le populisme a des thèmes communs qui en font un continuum idéologique consistant, dont en premier lieu le nationalisme et le refus des étrangers qui fonde le peuple concerné au sein de son espace national, mais les échanges et la concurrence ne constituent pas un espace lisse, qui permettrait de définir une politique populiste et de l’appliquer partout de la même manière ». On ne peut pas faire équivaloir (comme le CCI et les gauchistes) le populisme au fascisme : « Les populistes doivent maintenant tenir compte de la possibilité d’avoir à gouverner dans le capital. Comme nous ne sommes plus en 1930, cela ne peut se limiter à une politique nationaliste et protectionniste à outrance (tous les Etats ne sont pas l’Amérique de Trump), il faut trouver des modes d’inscription dans le marché mondial en même temps qu’une gestion particulière de la main-d’œuvre (…) Le populisme n’annule pas les tensions de classe, il leur donne un sens particulier (…) La résolution de la « question sociale » se fait plus souvent par la répression que par le partage des richesses. Entre les deux on a toutes les nuances de la charité sociale et du clientélisme, véritable terreau pour tous les opportunismes et les pratiques de corruption. Le populisme comme concurrence entre bourgeoisies produit de nouvelles élites, qui tombent elles-mêmes sous le coup des critiques qui les ont portées au pouvoir (…) L’Etat populiste est forcément un compromis de classe, favorable à la classe capitaliste. Pour cela, le retour à l’ordre populiste dans les termes de la politique ne saurait constituer une véritable sortie de crise, mais plutôt une mise en forme politique de la crise».

LE PROLETARIAT RESTE FACTEUR DE DESORDRE MEME AU SEIN DE L'INTERCLASSISME

« Contrairement à la classe moyenne, dont la nécessité et les fonctions s’étendent avec le développement même du capital, le prolétariat se voit éjecté du procès productif à raison même de ce développement. La spécificité du travail productif pèse comme une malédiction sur toutes les tentatives d’intégration politique du prolétariat. Pour cela, dès lors qu’un mouvement réellement interclassiste (c’est-à-dire n’existant pas sous la seule impulsion de la classe moyenne qui embarque « par le haut » et marginalement une part du prolétariat) atteint une certaine ampleur, l’insertion du prolétariat en son sein est toujours problématique. Le prolétariat, en raison même de sa segmentation et de la présence en son sein de couches précarisées voire « exclues » socialement, menace sans cesse la cohésion de ces mouvements, il devient un facteur de désordre. Les modes d’intégration du prolétariat ne manquent certes pas, mais son existence même dans le capital en donne les conditions (segmentation, prolétariat national, concurrence, etc.), et cette existence est aussi ce qui porte la contradiction.
Cette impossibilité d’intégration du prolétariat conduit à la désignation de bons et de mauvais prolétaires, à la distinction entre ceux qui sont encore susceptibles d’appartenir à la société capitaliste et ceux qui en sont et doivent en être exclus : les segments encore stables de la classe ouvrière, ceux qui « jouent le jeu » s’opposent aux feignants, aux profiteurs, et naturellement aux « étrangers » de toute sorte, ce mouvement d’ « altérisation » étant lui-même l’objet d’une lutte interne dont sortent perdants ceux qui n’ont pas voix au chapitre. En dernier ressort, au plus fort de l’intégration nationale, il y a toujours les migrants, et la défense des frontières nationales. Mais la contradiction persiste, et nulle intégration politique ne saurait faire que le prolétariat reste stable : « jouer le jeu » ne garantit jamais qu’on en sorte gagnant, c’est d’ailleurs précisément ce que dénonce le mouvement des Gilets jaunes. Comme le dit un auto-entrepreneur participant au mouvement : « En France, on peut être chef d’entreprise et manger aux Restaus du cœur ».
« Un des facteurs de déstabilisation interne de ce mouvement, à savoir l’incapacité à se cristalliser autour de revendications univoques et donc de figer politiquement sa nature populiste, tient autant à sa composition de classe qu’à l’impossibilité de faire tenir ensemble revendications et volonté de destitution du gouvernement. Le « Macron démission » compris comme le préalable à toute discussion est bien ce qui rend la discussion impossible ».
« Dans cette période, ni la classe ouvrière ni les lieux de production n’apparaissent comme étant au centre de la dynamique, dans laquelle le champ de bataille est la société elle-même, comme lieu productif d’ensemble et lieu de la reproduction du capital. Si la contradiction a pour source le travail productif et l’extraction de plus-value, dès lors que cette contradiction se noue au niveau de la reproduction, c’est l’ensemble de la société qui devient le terrain des luttes ».

LA GUERRE CIVILE N'EST PAS SOUHAITABLE ?

« Sous certaines conditions, le populisme peut se constituer comme le lieu d’un conflit social généralisé, voire, si son dépassement en tant que tel tarde à se produire, d’une guerre civile. A terme, parce que le prolétariat trouve face à lui dans sa lutte toutes les classes et sa propre existence de classe, c’est peut-être le communisme, le dépassement de la lutte des classes par leur abolition qui peut se jouer. Mais on l’a dit souvent, ce qui se dessine est autant à craindre qu’à espérer, l’abolition des classes ouvre la perspective d’une guerre civile ouverte ou larvée qui n’a rien de réjouissant, pas plus que la prise en main de l’Etat par une forme nationale-populiste dure, la répression, la remise au pas, etc. La guerre civile n’est ni une situation favorable à saisir ni une phase de transition, elle n’est que l’action de toutes les classes sociales en train de se défaire et qui veulent se maintenir à tout prix. Là, le rapport de classes peut se manifester très concrètement sous la forme de l’Etat et de ses armes. La guerre civile est la lutte des classes à son paroxysme, et pas l’abolition des classes. En son sein, l’Etat peut persister voire semer le chaos pour mieux rétablir l’ordre, et un ordre pire encore, c’est une stratégie possible. Et même une fois l’Etat central abattu, de la militarisation du mouvement révolutionnaire peuvent surgir des formes proto-étatiques d’appropriation. Que l’Etat puisse un jour survivre au capitalisme est une des mauvaises nouvelles dont est porteur le moment actuel. Les situations à venir ne sont guère plaisantes. C’est pourtant tout cela qui constitue l’horizon des luttes actuelles. Parler de communisme au présent dans ces conditions, comme nous le faisons, c’est faire preuve d’un « optimisme » tout particulier.
Dans ce contexte, il n’est évidemment pas question de crier à la révolution dès qu’il y a une émeute ou un pillage ou dès que des gens commencent à s’organiser de manière horizontale en ne prenant en compte que les intérêts immédiats de leur lutte, mais de repérer et éventuellement promouvoir (comme le disait la défunte revue Meeting), ce qui pourrait se rapprocher de ce TC a appelé, dans un autre sens et un autre contexte, des « pratiques d’écart » dans les mouvements qui sont susceptibles d’y donner lieu ».
Bizarre grand écart de nos petits personnages en pleine « communisation » sémantique ! Il faut certes abandonner les vieilles images d'Epinal :
« Il faut cesser de penser dans les termes de 1936 ou de 1968, de grève générale, d’occupation des lieux productifs par les travailleurs, d’autogestion de la production ou d’auto-organisation ouvrière, même comme « premier acte ». Ce n’est que dans des pratiques de lutte répondant à la structuration effective de la force de travail actuelle, laquelle n’est plus centrée sur les lieux productifs particuliers et implique simultanément des segments de classe très divers, mais plus encore dans un rapport immédiat des sujets à leur propre lutte, et dans les luttes internes que cela occasionne, que ces divergences peuvent se produire. S’attendre à ce qu’elles se manifestent immédiatement comme des moments de rupture révolutionnaire serait non seulement illusoire mais aussi hors de propos ».
Donc il faut aussi abandonner l'image d'Epinal d'une insurrection, de la rupture avec l'ordre étatique ? Voici donc le fond pacifiste et pleurnichard des communisateurs qui se déshabille une nouvelle fois, pas pour nous qui les connaissons si bien15. Après tout un discours sociologique assez réaliste sur les forces en présence, on retombe dans les ornières de la pensée intellectuelle déclassée ! Il suffit alors de s'attribuer la paternité du kaléidoscope gilet jaune, rabaissé à une protestation d'automobilistes aveugles qui n'attendait que les communisateurs (néo-léninistes) pour leur ouvrir les yeux sur une société « vraiment capitaliste »
«  De même il est manifeste que ce mouvement d’automobilistes et de contribuables en colère est devenu en de nombreux endroits un mouvement de précaires et de travailleurs pauvres. Les explosions émeutières, les pillages, les attaques de bâtiments publics sont à plusieurs reprises venus apporter un contrepoint plutôt étrange au discours « citoyen » du mouvement. Ce mouvement a aussi montré comment un mouvement pouvait chercher et trouver sa propre cohérence et sa propre efficacité, en visant essentiellement et obstinément, voire aveuglément, à se poursuivre. Il n’a pas posé la question de la société, ni posé la « question sociale », mais a désigné la société comme le lieu de la question, et ce à partir de la société elle-même ».
L'auteur anonyme se réjouit de ce qu'il évite de nommer, la pénétration gauchiste et syndicaliste finale du mouvement,qui lui évite de devenir un parti à la Trump ou à la Salvini :
« C’est ce qui a fait que le mouvement des Gilets jaunes n’a été ni un Pegida à la française, ni un mouvement des Forconi, et qu’il a dans l’ensemble évité la plupart des tares les plus criantes du populisme, ce à quoi il avait pourtant de nettes prédispositions ».

C'est pourtant le grand néant qui nous est proposé :
« Bien sûr, pour continuer la lutte (si la lutte continue), les prolétaires devront s’emparer de ce dont ils ont besoin, et pour ce faire mettre consciemment fin à la production marchande, à l’échange, etc.  La révolution n’est pas une affaire de somnambules. Il faudra bien aussi que les prolétaires cessent le travail, mais cela n’équivaut pas à ce qu’on appelle « grève générale », qui porte des contenus propres au programmatisme (et toc pour le vieux léninisme!). En attendant, la nuit, sur des ronds-points, on a racketté des camions. On est bien loin de la légende dorée de la classe ouvrière, mais c’est un moyen comme un autre de faire avec ce qu’on a, dès lors qu’il n’y a plus de programme et plus de direction ouvrière, pour le meilleur et pour le pire. (…) la communisation devra être un mouvement pratique, qui ne sait pas où il va, mais veut trouver son chemin, non par goût de la liberté mais pour assurer sa survie. On ne peut guère en dire plus sur ce sujet ».
Avec le gourou Roland Simon, on va retrouver le même genre de patchwork sociologique, aussi verbeux et incohérent que les précédents, avec des annotations pas fausses mais une nullité politique méprisable finalement.
On veut bien comprendre que la moitié des ouvriers travaillent dans le cadre de petites entreprises, et que l'ouvrier parcellaire « fait souvent corps avec le point de vue du patron » soumis « à la pression directe de la clientèle », et aussi face aux délocalisations, à la mondialisation, aux revenus du capital financier. La comparaison avec le poujadisme des années 1950 est hors de propos. Tout le contexte social et économique est différent aujourd'hui. L'accusation de poujadisme sert à humilier. Nos intellectuels en chambre considèrent que ce ne sont pas les plus pauvres qui sont sur les ronds points... preuve qu'ils n'y sont jamais allés voir en particulier toutes ces femmes prolétaires élevant seules leurs enfants et vivant galère sur galère. Idem lorsqu'ils contestent les analyses de Guilluy en assurant que la France périphérique ne se confond pas avec la France pauvre, alors pourquoi la hausse des taxes de l'essence a-t-elle provoqué une telle révolte ?
Simon découvre l'importance de la gentrification et le problème de la rente, ce que les milliers expulsés à la périphérie ont subi longtemps avant qu'il ne découvre le problème derrière son bureau professoral. L'interclassisme dans la « territorialisation de la révolte » n'est pas une « tare » de la lutte des classes en soi, mais au lieu de l'expliquer par des généralités vagues il faut l'expliquer comme souvent une première réaction des classes inférieures face aux attaques de l'Etat.
Ces modernistes, tout en rejetant l'analyse marxiste de la lutte des classes, gardent une manière très marxologue de traiter des sujets sociaux et jonglent abstraitement entre production et distribution en quittant le champ politique. On reconnaît la présence « imposante » d'ouvriers retraités et d'employés d'âge respectable dont les enfants sont au chômage, que tout un chacun qualifie de « nauséabonds » du fait que les propos de la protestation ne sont pas toujours clean ; au moins c'est un point positif face aux sectes ultra-gauches qui font la leçon de morale au nom d'un prolétariat disparu mais pur dans sa disparition. Mais le langage tarabiscoté s'avère un moyen de cacher la véritable pensée de l'intello marginal et son appétence pour le truisme à la mode : la disparition de l'identité ouvrière, qui est notoirement exagérée. Vous pouvez passer le passage suivant qui obscur à souhait.

« La repré­sen­ta­tion paci­fiée en « volonté géné­rale » d’une société recon­nue comme néces­sai­re­ment conflic­tuelle (c’est là toute la force de la démo­cra­tie) est un tra­vail et non un reflet. C’est-à-dire que dans le fonc­tion­ne­ment démo­cra­tique de l’Etat, la réi­fi­ca­tion et le féti­chisme sont des acti­vi­tés, c’est la poli­tique comme par­tis, débats, déli­bé­ra­tions, rap­ports de force dans la sphère spé­ci­fique de la société civile, déci­sions. La démo­cra­tie semble inexo­ra­ble­ment deve­nir popu­liste parce que c’est le tra­vail de repré­sen­ta­tion qui est en crise. Par­tout c’est la dis­pa­ri­tion de l’identité ouvrière et par là de sa repré­sen­ta­tion poli­tique social-démocrate et/ou com­mu­niste qui désta­bi­lise le fon­de­ment poli­tique de l’Etat démo­cra­tique. Celui-ci est la paci­fi­ca­tion d’un cli­vage social que la démo­cra­tie recon­naît comme réel au moment où elle en est la repré­sen­ta­tion comme affron­te­ment entre citoyens. Contrai­re­ment au popu­lisme, la démo­cra­tie est la recon­nais­sance du carac­tère irré­duc­ti­ble­ment conflic­tuel de la « com­mu­nauté natio­nale », de ce point de vue la recon­nais­sance de la classe ouvrière a été his­to­ri­que­ment au cœur de la construc­tion de la démo­cra­tie, elle en fut même le moteur et le cri­tère. Dans les formes poli­tiques actuelles du cours de la crise, on peut rele­ver une crise de l’hégémonie de la classe capi­ta­liste. Domi­na­tion et hégé­mo­nie ne sont pas iden­tiques, il peut y avoir domi­na­tion sans hégé­mo­nie (Gram­sci) ».

Le révolté de boudoir s'étonne de voir des ouvriers en grève revêtus de gilets jaunes tellement les deux actions paraissent incompatibles : « Sans tomber dans une survalorisation des « luttes d'usine », actuellement, la domination des rapports de distribution est non seulement, comme toujours, le fait que c'est « l'illusion nécessaire dans laquelle nous vivons », mais encore tient aux conditions de la crise et au déroulement, du moins en Occident, des « grands mouvements sociaux » que nous avons eu ces dernières années et au « plancher de verre » qui leur est lié (leur incapacité à pénétrer les lieux de production). De même que le mouvement des gilets jaunes ne pouvait par nature pénétrer le slieux de production, de même le ralliement ouvrier au mouvement ne pouvait être que symbolique (c'est en passant au niveau de la reproduction qu'une lutte revendicative peut se remettre en cause en tant que telle ». Comprenne qui pourra !

Leçon : « Seuls les révolutionnaires professionnels se précipitent tête baissée sur n'importe quel blocage, voyant la dynamique révolutionnaire à l'oeuvre dans tout ce qui bouge ou, inversement, sachant ce qu'est la révolution communiste de ses débuts à sa fin (?) se bouchent le nez quand les cases de leur tableau à double entrée ne sont pas toutes cochées ». Notre zèbre veut sans doute moquer le NPA et diverses sectes gauchistes qui ne sont que girouettes professionnelles dont je doute fort qu'elles soient, comme Simon soi-même, détentrices du savoir de ce que serait ou sera une révolution communiste « du début à la fin ».
Les linéaments (sic) d'une possible restructuration (de quoi?) - « qui s'effectuera réellement comme d'habitude dans l'affrontement entre la classe capitaliste et le prolétariat » sur les modalités de l'exploitation, de l'extraction de surtravail « passent pour l'instant par le conflit avec les mouvements populaires plus ou moins nationalistes sur les thèmes de la répartition des revenus, de la famille, des valeurs, de la citoyenneté » ! Si c'était pour nous dire qu'une lutte bâtarde était intemrédiaire avant de passer à autre chose de plus « classiste », cela pouvait être dit plus simplement, mais le communisateur moderniste tient à cacher sa confusion, et la sentence est aussi dériosire que ridicule pour jouer au maître des événements : « La double déconnexion est au cœur du moment présetnt de la mondialisation » . La conclusion est gogole et insignifiante : « le capital est présent des deux côtés et reste l'avenir du monde ».

Simon, comme ses collègues de Temps critiques et des Critiques du Temps, rêvait que les gilets jaunes servent de tremplin à leur révolution communiste imaginaire, ou comme le formule de façon tordue le CCI : « Le mouvement des “gilets jaunes”, même parti sur de mauvaises bases, pouvait-il se transformer, devenir autre chose, une authentique lutte de la classe ouvrière ? ». (j'aime trop le « parti sur de mauvaises bases », les derniers résidus retraités du CCI n'ont plus besoin du métro ni de leur bagnole pour aller au turbin, par sontre 7 salariés actifs sur 10 ont besoin de leur voiture...).

Et pour expliquer en somme que le mouvement GJ est cuit, ou qu'il a perdu tout sens pour les luttes sociales à venir, ils nous exhibent 1871, 1905 et 1968 pour assurer que le prolétariat a su reprendre la tête des expériences. Mensonge ! En 1871 c'ets la petite bourgeoisie qui a mené la danse comme Marx l'a reconnu par après, en 1905 le mouvement a été salement écrasé dans le sang et en 68 la petite bourgeoisie a tenu le haut du pavé quand la grève généralisée n'a accouché que d'une victoire électorale de la droite et d'un romantisme révolutionnaire16 qui n'a pas cassé des briques depuis 50 ans. La guerre a plus suscité des révolutions que les rares grèves générales connues.

Vouloir enterrer l'expérience du mouvement des gilets jaunes n'est pas grave, cela la bourgeoisie n'y arrive même pas avec sa terrible répression sadique, sa fixette sur les grafittis antisémites et sa promesse de ne plus hausser les impôts. C'est vouloir faire comme si ce mouvement n'avait pas existé et ne laissait aucune leçon qui est irresponsable.
On peut esquisser quelques grandes leçons :
  • la classe ouvrière n'est pas la seule victime des attaques de l'Etat ; elle dénonce aussi la répression dont sont victimes les classes secondaires à ses côtés17 ;
  • un mouvement social est toujours hétéroclite et ne comporte pas que des bonnes sœurs et des curés ;
  • la remise en cause des institutions syndicales et politiques de la part des basses couches moyennes n'est pas synonyme de poujadisme et de fascisme, il peut y avoir compréhension mutuelle de la nécessité de ce rejet entre le prolétariat et la population en général ;
  • la protestation contre les impôts et la répression peut se dérouler sous la forme de manifestations décidées par les manifestants eux-mêmes ;
  • l'assembléisme n'a pas pu réellement fonctionner démocratiquement à partir des ronds-points, par le passé du mouvement ouvrier international, les assemblées se basaient sur les usines et les quartiers ; l'éclatement territorial des lieux d'habitation et l'émiettement des lieux de travail ne peuvent empêcher l'établissement de lieux de rassemblement.

L'EXTINCTION INEVITABLE DU MOUVEMENT DES GILETS JAUNES

Même s'il a connu une durée peu commune, ce mouvement n'est pas inoxydable. D'autres mouvements plus importants, mais pas moins dramatiques – la répression a été d'un niveau inégalé même s'il n'y a eu qu'une dizaine de morts indirects – d'une autre intensité politique n'ont pas été éternels. La bourgeoisie, même si la réputation de Macron est définitivement grillée, va désormais doser ses réactions même en continuant à nous asséner ses mensonges les plus odieux, avec charité pour les « oubliés de la République » et campagnes de consultations du peuple. Le verdict clément concernant notre cher boxeur Dettinger milite pour l'apaisement, il était devenu un symbole du droit de se défendre face aux tabassages policiers. J'en suis heureux pour lui et sa famille.
Une vraie lassitude est apparue dans l'opinion mais aussi dans le prolétariat face à l'absence de programme de cette couche très moyenne qui a navigué avec ce gadget ridicule de référendum dont le principal théoricien s'est fait la malle. Enfin, lorsqu'on voit tous le efforts nunuches de cette brave Priscilla qui nous
Priscilla dans ses œuvres...
relance sur les réseaux avec ses suggestions à l'eau de rose, on se dit : tout ça pour ça !?
On nous a enfin trop bassiné avec cette notion de peuple, dont il faut rétablir la fausseté avec Lukacs. La notion de peuple est un « assemblage chaotique ». Cette notion confuse n'est pas capable, au contraire du prolétariat, d'une véritable autonomie politique ni de déployer une stratégie propre en se constituant comme pôle antagoniste vis à vis de la société bourgeoise. Mais cette caractérisation négative ne vaut que pour un « peuple » qui n'est que le revers de la médaille de la proéminence de la politique bourgeoise ; il s'agit au contraire de forger l'unité d'un nouveau peuple, costitué à partir de l'apparition d'un prolétariat autonome et puissant. On voit alors revenir transformée dialectiquement, la vieille idée des Narodniki, dans la conception léniniste du caractère de la révolution russe. La notion confuse et abstraite de « peuple » dut être écartée mais seulement pour faire apparaître la notion de peuple dans son acception révolutionnaire à savoir l'alliance révolutionnaire de tous les exploités ».

C'est sûr l'insurrection viendra un jour.
Les Dalton de la crapulerie bourgeoise.



NOTES


1Julien Coupat, qui était accompagné d’un proche, a été arrêté près du parc des Buttes-Chaumont en fin de matinée, précise une source proche du dossier à l’AFP. Dans sa voiture, les policiers ont découvert un gilet jaune, un masque de chantier et des bombes de peinture. Il a été placé en garde à vue pour "participation à un groupement formé en vue de commettre des violences ou des dégradations", selon une source judiciaire à LCI.
2Voici un aperçu de l'hermétisme et de la connerie des petits « quns » : « Tiqqun propose de subvertir ce principe, d’être infidèle à son identité, de «faire la grève humaine», de «refuser de jouer le rôle de la victime», de «se réapproprier la violence». De «laisser être une béance entre le sujet et ses prédicats».
3On peut considérer que le « souple » théoricien aurait été gilet jaune sans barguiner et nullement gêné d'en référer au « peuple » : « Il me semble que le Soviet aurait tort de se joindre sans réserve à un parti quelconque. Cette opinion ne manquera pas probablement d'étonner le lecteur, et (en rappelant encore une fois très instamment que c'est là l'opinion d'un absent) j'en arrive directement à expliquer ma pensée. Le Soviet des députés ouvriers est né de la grève générale, à l'occasion de la grève, au nom des objectifs de la grève. Qui a conduit et fait aboutir la grève ? Tout le prolétariat au sein duquel il existe aussi, heureusement en minorité, des non-social-démocrates. Quels buts poursuivait la grève ? Economiques et politiques, tout ensemble. Les buts économiques concernaient tout le prolétariat, tous les ouvriers et en partie même tous les travailleurs, et pas seulement les ouvriers salariés. Les buts politiques concernaient tout le peuple, plutôt tous les peuples de la Russie. Les buts politiques consistaient à libérer tous les peuples de Russie du joug de l'autocratie, du servage, de l'arbitraire et des abus de la police ». Faut-il rappeler que tout commença par une pétition au tsar, lequel « ne sut pas se concilier les couches moyennes » (sic). Le dimanche sanglant de janvier a été évité par le tsar Macron... La grève générale de la deuxième semaine d'octobre 1905 est partie de la grève dans les universités. C'est une des rares et vraies grève générale, mais qui se termine par le massacre de 1906. Mais rien ne sera plus comme avant, le tsar est désormais désacralisé comme le tzarévitch Macron d'ailleurs pour le restant de son improbable occupation dans la durée au pouvoir.
4 http://blogtc.communisation.net/ Avec ou sans gilet jaune, il faut s'y mettre.
5Ibid, la bande à Simon s'emballe y voyant mordicus une confirmation de leur révisionnisme ; ils nous fournissent aussi une chronologie illustrée de ce qui s'est passé depuis deux mois entre autres à Lyon et Montpellier, chronololgie fort intéressante (on a tendance à ne voir que le déroulé parisien), instructif sur le bordel assembléiste phagocyté par gauchistes et ex-nuit debout, mais aussi bagarres ridicules entre extrêmes que les groupies de Simon désignent comme nazis ».
7L'interclassisme, pour notre lecteur lambda, c'est le mélange des classes, ou tout simplement la masse indistincte des citoyens ; terme péjoratif s'il en est selon la plupart des groupes marxistes orthodoxes, qui signifie de plus noyade de la classe ouvrière dans des objectifs politiques bourgeois ou petits bourgeois.
8 Voici comment est décrit ce « piège » à ouvriers : « Il ne s’agit donc pas d’un piège tendu par la bourgeoisie, son État, ses partis, ses syndicats ou ses médias, mais d’un mouvement qui, de par sa nature interclassiste, est en lui-même un piège pour les ouvriers. Car dans un mouvement interclassiste où les prolétaires (employés, étudiants, retraités, chômeurs…) sont dilués comme individus-citoyens au milieu de toutes les autres couches de la société (petite-bourgeoisie, paysannerie, artisanat…), dominent les aspirations sociales et les méthodes de lutte de toutes ces couches intermédiaires.Par ailleurs, les méthodes de lutte de la classe ouvrière ne s’y sont jamais exprimées. L’absence de grèves dans différents secteurs de la classe ou bien d’assemblées générales, au sein desquelles les exploités débattent et réfléchissent sur leur lutte et les objectifs à lui donner, le confirme aisément. Pire encore, le terrain pourri du populisme et de la xénophobie gangrène une large partie du mouvement. Ce (se?) sont ainsi exprimés certains aspects les plus nauséabonds de la période historique actuelle, comme les appels officiels à renforcer les lois anti-immigrés ou des exactions xénophobes. (2) Plus de 90 % des sympathisants du Rassemblement national de Marine Le Pen soutiennent les “gilets jaunes” et plus de 40 % affirment participer eux-mêmes au mouvement.Voilà dans quelle nasse ont été pris tous ces prolétaires en gilet jaune. Oui, ce mouvement a été pour eux un véritable piège idéologique ».
9 « La classe ouvrière est empêtrée dans de grandes difficultés. Elle n’est même pas consciente de son existence en tant que classe antagonique à la classe bourgeoise et distincte des couches sociales intermédiaires (notamment la petite bourgeoisie). Elle a perdu la mémoire de son propre passé, et ne peut se référer à son immense expérience historique, dont elle a même honte puisque sans cesse la bourgeoisie assimile le mot “ouvrier” à une espèce “disparue” et le mot “communisme” à la barbarie du stalinisme ». C'est ce qui s'appelle prêter à Paul ce que dit Jacques.
10 « Mais les événements de Russie, en 1917, ont montré que la révolution n’attend pas ce processus d’industrialisation et
plus important encore qu’on ne peut faire attendre la révolution. Les paysans russes ont commencé à exproprier les propriétaires terriens et les ouvriers se sont emparés des usines sans prendre connaissance des théorèmes marxistes. Cette action du peuple, par la vertu de sa propre logique, a introduit la révolution sociale en Russie, bouleversant tous les calculs marxiens ». Emma Goldman (Ma désillusion en Russie).
11On apprend ainsi que les méthodes de lutte de la classe ouvrière (absentes chez les GJ) sont la grève et les AG ! De quoi faire retourner dans leur tombe les Marx, Lénine, Chirik et tutti quanti ! Et les manifs, l'occupation des lieux publics, les pétitions, les protestations diverses face aux tribunaux, les assemblées politiques de rue, etc. ne sont pas des méthodes de lutte de classe ? Mais on a affaire alors à une nouvelle secte syndicaliste révolutionnaire, plus b^te que le syndicalisme révolutionnaire d'antan !
12« Face à la paralysie momentanée de la lutte de classe, les révolutionnaires doivent s’armer de patience, ne pas craindre l’isolement, les pluies de critiques et d’incompréhensions ; ils doivent démasquer tous les ennemis du prolétariat, tous les pièges idéologiques, toutes les impasses, afin de participer, à la hauteur de leurs faibles forces, au développement de la conscience au sein de la classe ouvrière. Ceci avec la conviction que seule la lutte de classe est capable d’ouvrir une perspective d’avenir pour l’humanité »
13Texte du site « Carbure » (!?) dont je traite par après mais fort intéressant sur d'autres aspects. https://carbureblog.com/2019/01/22/gilets-jaunes-et-theorie-1-theses-provisoires-sur-linterclassisme-dans-le-moment-populiste

14https://carbureblog.com/
15Mon « précis de communisation », publié en 2008, en ce sens, n'a pas pris une ride. J'y fustigeais les Dauvé et Nézic, (Trop loin) ; Roland Simon et sa ridicule « Théorie communiste » (il semble avoir rejoint les décoloniaux), les plumitifs des ed Senonnevero, et des machins disparus : Meeting (2004-2008).
16Les gauchistes chantent toujours que la grève générale rêvée déclenchera la révolution, or, en mai 68 c'est d'abord la violence de la répression qui déclenche le mouvement et c'est la grève généralisée qui mène à la fin du mouvement !
17C'est d'ailleurs tout à l'honneur du CCI, malgré les critiques que je porte à ses analyses faiblardes, d'avoir bien dénoncé la répression d'Etat : https://fr.internationalism.org/content/9806/repression-policiere-contre-gilets-jaunes-lordre-va-t-il-regner-a-paris

lundi 11 février 2019

IMPASSE DES GILETS JAUNES ET CRISE DE LA BOURGEOISIE FRANCAISE

« A partir des années 1960, on observe donc l'expansion extraodinaire d'un nouveau marché : le perfectionnement du moi ». Eva Illouz (Nos sociétés sont devenues des machines à émotion)

Macron se sait perdu. On lui augmente légèrement les points dans les sondages pour pouvoir tenir jusqu'à la fin du quinquennat et surtout, perdu pour perdu, pouvoir continuer ses réformes « révolutionnaires ». Car la bourgeoisie s'impatiente, il y a encore de la casse sociale à faire ! Ce ne sont pas les gilets jaunes hyper individualistes qui se mettent vraiment en travers des attaques contre les chômeurs et les retraités, trop préoccupés par leur chiméRIC qui est pourtant devenu totalement incrédible au niveau institutionnel et avec le lâchage de leur pitre Chouard. Si j'ai parlé au début d'échappée belle de la classe ouvrière, cela concernait la frange majoritaire des prolétaires de la périphérie obligés de se rendre au boulot en voiture ; la révolte n'était pas méprisable comme NPA et CCI le prétendirent n'y voyant qu'une « revendication du patronat routier, anti-écologique et noyautée par l'extrême droite »1. Il n'y a pas eu de grève générale « à construire », comme le chante encore le NPA car il n'y a eu aucune fusion ni récupération possible par l'appareil CGT ; le lendemain de la "grève générale", subsumée lors de cette pauvre journée d'inaction syndicale, fût morose pour les jeunes recrues trotskistes et gilets jaunes anarchistes, quoique la CGT ait bien promis d'en organiser une autre en mars. Cette JA syndicale avait pour but d'atténuer ou d'éviter une véritable jonction avec l'ensemble de la classe ouvrière, qui rejette les appareils d'encadrement social de l'Etat. Ce rôle repoussoir de l'appareil CGT ne fait pourtant que retarder une lutte généralisée contre le populisme macronien. Les assemblées gilets jaunes de Commercy et de Poitiers, malgré un démocratisme mécanique, ne représentent pas l'avenir d'un mouvement en impasse de par sa nature confuse et sans référence de classe. Ce n'est pas à partir du marais gilet jaune qu'une authentique lutte de classe pourra démarrer mais face aux attaques incessantes du pouvoir, et quelques gaffes, par l'action gréviste du prolétariat à condition qu'elle fasse la jonction et la généralisation avec la rue, terrain où le syndicalisme ne sera plus le maître.
Le mouvement des gilets jaunes n'en a donc pas pour autant pris une orientation « de classe prolétarienne ». Il persiste à exister, et même à empoisonner le système politique français sans que, depuis l'opposition une personnalité ou un groupuscule puisse émerger pour au moins relayer cette colère et pallier à l'incurie du pouvoir. Il confirme par ses divisions et dérives qu'il n'a pas d'avenir comme tel. Il s'affaiblit lentement non sous les coups de la répression policière - à un niveau inégalé (violences perverses des flics visant les organes moteurs des humains, écoutes téléphoniques, dépouillement des manifestants avant manifestation, soutien total d'une justice cynique) - mais comme conséquence de sa propre incurie. Le chiffrage des manifestations indique tout au plus des tendances mais pas un renforcement du mouvement ; je n'ai pris en compte que les statistiques policières.
acte II : 106.000
acte III : 136.000
Acte IV : 136.000
Acte V : 66.000 (fin dec)
Acte VI : 38.600
Acte VII : 12.000
Acte VIII : 50.000 (8 janv 2019)
Acte IX : 84.000
Acte XI : 69.000
Acte X : 84.000
Acte XII : 58.600 (manif des blessés)
Acte XIII : 51.400 (les GJ prétendent 110.000)

Comme on peut le voir, donc toujours a minima avec les chiffres policiers, même si on ne retrouve pas les nombres deux ou trois fois plus élevés du mois de décembre, les derniers actes restent supérieurs à ceux de début janvier, et même quatre fois supérieurs à l'acte VII qui semblait annoncer un tassement définitif. Mais les manifs renouvellées ne sont pas le seul thermomètre qui nous intéresse. Il faut prendre en compte les discussions publiques, le grand nombre de voitures qui circulent encore avec le gilet jaune sur le tableau de bord, la moquerie généralisée des débats ad hoc du dictateur en cravate, une prégnance du sujet gilet jaune dans les médias, dont ces derniers se passeraient volontiers, au total la pression « sociale » demeure. Sur le web, la bagarre continue, plus pour dénoncer l'incroyable répression et les menaces successives de l'Etat... policier, que pour proposer une alternative crédible ou réfléchir aux problèmes, de toute façon politiques, de la société autrement qu'en termes de « pouvoir d'achat », thème repris benoitement aussi par le gouvernement qui n'en est pas à une contradiction près bien qu'on se fiche de son débat national rempli de petits vieux et de jeunes étudiants triés sur le volet pour faire des selfies niais avec Macron.
Avant d'analyser l'incurie du mouvement, il faut noter la persistance du gouvernement et de ses séides à chercher sans cesse le « facho » sous le gilet jaune. Incapable de comprendre, ou plutôt toujours sourd à la protestation contre la misère et le mépris qui reste le soubassement de ce mouvement, l'Etat bourgeois tente de le culpabiliser. Un peu partout, aidé par de micros sectes ultra-gauches dont je n'ai pas besoin de citer le sigle, il le classe délibérément dans la vague populiste qui « sévit » en Europe en particulier. C'est donc un mouvement forcément réactionnaire car foncièrement hostile au libéralisme « révolutionnaire » d'un Macron. Dans cette dénonciation du populisme Macron peut compter sur la gauche bourgeoise et en particulier les résidus du PS et leur organe théorique l'OBS. On compare et on confond populisme et fascisme. On leur trouve peu de différences mais bien des ressemblances : culte de l'Etat, du parti et des camarades (sic!), critiques des élites traditionnelles, de la « ploutocratie », des banques « juives », et des « antinationaux ».
Tout cela c'est de la blague. Les fascismes ont correspondu à une montée, et même une remontée vers la guerre mondiale après que les démocraties aient écrasé le prolétariat révolutionnaire. La notion de populisme est un fourre-tout où chacun peut mettre ce qu'il veut. Les plus ardents macroniens de l'OBS hurlent même qu'un populisme de gauche est impossible ; au point d'en ignorer l'existence de Mélenchon, de Lutte ouvrière et du PCF. Le populisme est donc lui aussi un OVNI mais avec des explications psychologiques très peu politiques. Prenons ce pauvre Pascal Ory qui, en une formulation saisissante résume l'hypocrisie et l'arrogance ridicule de l'intelligentsia de gauche : « Le choix populaire mêle l'émotionnel de souffrances coalisées (exploitation, domination, humiliation grand ressort du populisme) et le rationnel du triple échec Lénine-Mao, Châvez ».
Les prolétaires apprécieront en quoi leur conscience de classe est résumée à un « émotionnel de souffrances » ; et même tous ces petits artisans et entrepreneurs que le CCI rêve de faire interner dans de futurs goulags parce qu'il n'y a qu'une seule classe purement révolutionnaire et que les petits bourgeois sont à jeter à fond de calle comme tous les grands bourgeois.
En soi, le gouvernement ni droite ni gauche de Macron est un populisme, comme celui de Viktor Orban, avec une caractéristique commune aux deux dictateurs français et hongrois : UNE MEME
La force par la joie
ATTAQUE CONTRE LE DROIT DU TRAVAIL ! Voilà ce qu'est le populisme de gouvernement !

L'idiot de l'OBS en rajoute dans la fabrique de son univers mental étroit : « ...les années trente s'étaient fabriquées une menace le bolchevisme, aujourd'hui l'islamisme – une « réaction », le fascisme, aujourd'hui le populisme ». Je ne connais pas « les années trente » comme personnage, par contre le bolchevisme était une menace réelle pour la classe bourgeoise et le fascisme un coup de gourdin pour le prolétariat. Mais peut-on faire équivaloir le populisme aujourd'hui au fascisme d'hier. Mais bien sûr répond l'imbécile qui assure que le vrai danger pour le capitalisme n'est pas la crise (sa) crise économique mais la crise écologique. Les porte-paroles des bobos mettent toujours les problèmes à l'envers2. Sur France info une autre huile à bobos déclare tout net et sans accepter d'être contredit : « Salvini c'est Mussolini ». L'inscription par un provocateur policier ou un PN facho du terme allemand « juden » sur la vitrine d'un magasin appartenant à un commerçant juif, ne méritait que d'être effacée immédiatement (Libé a l'honnêteté de dire qu'il est douteux que ce soit l'œuvre d'un GJ), surtout quand on voit l'utilisation massive qu'en fît Castaner rejoint par toutes les pleureuses de la gauche caviar. Encore une preuve du fascisme contenu dans le mouvement des gilets jaunes, mouvement plutôt « populiste » ! Alors que c'est le populisme qui est au pouvoir!


LA TRISTE TAMBOUILLE EN ARRIERE CUISINE DES « FIGURES »


Le mouvement des gilets jaunes à l'heure actuelle est plus bordélique que populiste ou ce qu'on voudra. Il est dans l'incapacité de sortir de l'ornière en impasse de manifestations répétitives chaque samedi sans objectif politique sérieux autre que « Macron démission », ce qui est sympa mais pas très mobilisateur...comme programme.
La grande « famille » des gilets est désormais complètement éclatée et son vide théorique et politique éclate au grand jour, lassant de plus en plus de monde même si tous disent « on comprend » mais pensent : « ça va dans le mur ». Les « figures » font en réalité de plus en plus « mauvaise figure », et cela même signe le déclin irrémédiable du mouvement.

Ils se sont tous plus ou moins tenus au refus de la délégation permanente vis à vis des autorités de l'Etat, refusant pour les plus en vie les mains tendues de plusieurs politiciens, mais ils sont tombés dans pire : l'auto-désignation et un fonctionnement qui ne dois des comptes qu'à telle famille de suiveurs sur facebook ou même de familles tout court avec maman et tata.

ERIC DROUET :
Il a appris à s'entourer. "Il a une garde rapprochée maintenant", raconte Farouk Largo, qui fait justement partie de ce "premier cercle". Ce "gilet jaune" du Val-d'Oise a rencontré Eric Drouet le 17 novembre pour lui parler de la révolution des casseroles en Islande, un "exemple à suivre", selon cet "autodidacte". "Depuis, on est inséparables."
"Aujourd'hui, c'est moi qui conseille Eric sur tout ce qui est économie, finances, dette souveraine", continue-t-il, expliquant que "chacun a un rôle" défini au sein de l'équipe d'une quinzaine de personnes qui entoure désormais le camionneur. "Jérôme [Rodrigues] sait très bien comment fonctionnent les manifestations, d'autres sont chargés d'aller faire les télés". Il cite notamment Laëtitia Dewalle ou l'avocat rouennais François Boulo. Tous les mercredis soirs, la petite bande se réunit dans un fast-food des Champs-Elysées. L'Obs a pu assister à l'un de ces dîners où, entre deux burgers, on discute stratégie de communication, déclaration de manifestations en préfecture ou moyens à mettre en place pour venir en aide aux blessés. Dans ce but, Eric Drouet a lancé une cagnotte, début janvier, qui a passé la barre des 140 000 euros.
Mais cette initiative ne fait pas consensus chez tous les "gilets jaunes". "C'est un peu se prendre pour Dieu, de créer une cagnotte pour tous les blessés. Quand on donne de l'argent, c'est pour une personne, une histoire, pas pour Eric Drouet. Comment va être réparti cet argent ? Qui va arbitrer ?", fustige un habitué des manifestations, qui préfère rester anonyme, craignant "d'en prendre plein la gueule par ses sbires".
De l'"image", Eric Drouet en a fait le 2 janvier. A la place d'un de ces "dîners du mercredi", le Seine-et-Marnais donne un rendez-vous à sa communauté devant le McDo des Champs-Elysées. "Ce soir, on va pas faire une grosse action, on veut choquer l'opinion publique", explique-t-il sur Facebook, invitant chacun à se rendre sur place "sans gilet jaune". Une centaine de personnes répondent à l'appel, mais Eric Drouet n'est pas au point de rendez-vous. Il est en fait un peu plus loin, sur la place de la Concorde, pour allumer des bougies en hommage aux morts lors des manifestations. La bande du McDo le rejoint. Les CRS aussi. Ils tentent d'arrêter Eric Drouet, mais la foule fait barrage et commence à chanter La Marseillaise. Matraques à la main, les policiers finissent par charger et interpellent le routier manu militari. La scène est forte. La vidéo, elle, fait une nouvelle fois le tour des médias. Accusé d'avoir organisé une manifestation non déclarée, Eric Drouet comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Paris le 15 février. Sa famille est en émoi, il peut écoper de 3 à sept ans de taule ; mais le montage juridico-policier est aussi ridicule que celui réservé à Julien Coupat (arrêté d'ailleurs arbitrairement parce qu'il avait un gilet jaune dans sa voiture et une bombe à peinture) ; malgré son comportement individualiste et ses chevilles enflées par sa notoriété, le cas Drouet ne devrait pas être traité à la légère par le gouvernement sauf à provoquer de vraies violences. La juridiction aura tout de même du mal à prouver que Drouet a voulu renverser l'Etat quand il a gueulé que cela allait barder parce que son ami Jérôme a été éborgné par un flic.

MAXIME NICOLLE dit Fly Rider :

Avec sa casquette à l'envers, sa bonne bouille et le fait qu'il cause facilement en public, Maxime a quand même tout de Till l'espiègle. Il court la province tout ne tenant conférence quotidiennement via son téléphone portable avec caméra intégrée (comme Drouet) sur ce qui lui passe par la tête. La presse bourgeoise a accordé beaucoup trop d'importance à ses commentaires de comptoir sur les complots, comme si parler de complot était un péché. Bien sûr que Nicolle n'a aucune grille d'analyse politique cohérente, mais qu'on nous démontre que l'attentat de Strasbourg n'était pas un complot du terrorisme islamique, ou, par exemple que faisait la policier en civil, pétard en poche, qui cassait les vitrines place de l'Opéra en 1979? Derrière l'idée simpliste du complot organisé par un gouvernement machiavélique, qui est aussi une prise de conscience du machiavélisme populiste au pouvoir, il y a aussi la compréhension de l'utilisation idéologique par le gouvernement des attentats pour jouer à la  blanche colombe et défendre les exactions de ses flics et de super Benalla; mais tout cela dépasse l'intelligence politique faible de Nicolle. Fly motard sait  faire parler encore de lui, alors qu'il ne représente que le vide politique sidéral de ses potes motards, en se pointant à la frontière italienne pour y rejoindre des gilets jaunes italiens. Internationalisme ? Pas du tout, l'olibrius se veut apolitique tout en s'accrochant encore au stupide RIC. Il joue du vedettariat pour son ego mais est incapable de voir plus loin que le bout de son nez. Il a protesté contre les gilets qui ont été serrer la louche au ministre italien 5 étoiles. Il fonctionne lui aussi avec sa famille d'internautes, et avec la gentille Priscilla toujours aussi discrète qu'elle est conformiste vis à vis des institutions.

JEROME RODRIGUES :

Cet ancien cadre commercial à la parole radicale mais totalement mou politiquement a connu un regain de popularité suite à son œil crevé par un tir de flic. Il a été visé » sciemment une première fois physiquement – le flic de base ne tire que sur ordre d'un supérieur – et une deuxième fois personnellement par les services de l'Etat pour nuire à sa réputation (Acte XI samedi 26 janvier). Le flingage du passé de Rodrigues correspondait à la peur du pouvoir que la blessure handicapante à vie d'une « figure » connue relance le mouvement ; nul n'en était besoin, l'incurie du mouvement suffit à en rabougrir la portée.
"Désolé de décevoir autant de gens." Jérôme Rodrigues, un des visages les plus connus des gilets jaunes, devenu martyr de la contestation après une blessure à l'œil lors de l'Acte XI a annoncé, sur sa page Facebook ce mercredi 6 février, qu'il prenait du recul sur le mouvement, avant de finalement revenir sur ses propos. Dans un premier temps, le Franco-Portugais regrettait un flot de reproches trop lourds à encaisser pour quelqu'un qui, avec Éric Drouet et quelques autres, tente tant bien que mal d'organiser une fronde aussi spontanée qu'hétéroclite, en déniant être un parti tout en en étant un "familial".
"Je stop tout projet et autres relais d'actions pour éviter les mécontents! (sic)", annonçait-il, ajoutant à son message une capture d'écran de son smartphone sur laquelle figure une multitude de notifications d'applications différentes. A la suite de cette publication de l'OBS, Rodrigues démentit tout retrait, dénonçant une « fake news » (mais il avait effacé son message explicite). Rodrigues est très opportuniste, il a soif de reconnaissance – il est même devenu une vedette au Portugal – et a été
La démagogie familiale des clans GJ
approché par la CGT, comme il ne s'en vante pas. Comme Éric Drouet, il était partisan d'un rapprochement avec les syndicats. Cette proposition de convergence ne passe pas auprès d'une partie des gilets jaunes. "Si le mouvement des GJ ne continue pas avec son idée de départ: pas de partis, pas de syndicat..... Alors il est mort! Je ne mélangerai pas mon GJ avec le drapeau maoïste, ou celui de la CGT!", s'indigne un internaute sur la page "La France En Colère", avant que son message ne disparaisse rapidement.
Un article du Parisien (fourni par qui à votre avis?) sur le passé du Franco-Portugais publié le 31 janvier a par exemple pu semer le trouble chez une partie des gilets jaunes.
Selon les informateurs (sic) du quotidien, Jérôme Rodrigues "a deux infractions inscrites au Traitement d'antécédents judiciaires: un transport de stupéfiants en 2013 à Livry Gargan et un vol simple en 2016 à Pierrelaye." Et même s'il précise que ça "ne veut pas dire qu'il a été forcément condamné", Le Parisien explique que le militant a été licencié de son dernier emploi, le 18 juin 2016, pour une faute grave.L'article a un peu infusé sur les pages Facebook du mouvement et suscité les interrogations d'une partie des citoyens en colère3. Visiblement lassé de cette mise en avant, Jérôme Rodrigues a donc décidé de prendre du recul, à l'image de Yannick Krommenacker un autre visage connu de la mobilisation favorable à une petite ouverture du mouvement vers l'extérieur. Deux défections de trop pour les admirateurs du collectif de Drouet "la France en colère!!!" qui clament leur colère à l'encontre de leurs compagnons qui critiquent "derrière leur écran."

LES AUTRES ECLOPES tentés par le politiquement correct :

Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont dû se mettre en retrait face à la colère et à l'indignation d'une frange du mouvement. Jacline Mouraud ou Ingrid Levavasseur subissent par exemple les foudres de la majorité des gilets jaunes qui s'opposent à leur volonté d'entrer dans le jeu politique, quand Benjamin Cauchy a rapidement été rattrapé par son appartenance au parti "Debout La France" de Nicolas Dupont-Aignan.
Des "gilets jaunes citoyens", dont la liste aux élections européennes est emmenée par Thierry Paul Valette, ont demandé vendredi 8 février une rencontre avec l'ancien président des Etats-Unis Barack Obama, selon un communiqué.
"Votre regard éclairé d'ancien président des États-Unis sur la situation du monde actuel et sur les questions européennes est essentiel", écrivent ces "gilets jaunes" dans un courrier adressé à Barack Obama, par l'intermédiaire de sa fondation. Ils estiment que leur demande est certes "ambitieuse" mais qu'elle "répond à des enjeux importants et comme vous le disiez vous-même 'Yes we can...'".
Leur liste, baptisée "Rassemblement des Gilets jaunes citoyens", compte pour l'instant dix noms, sur les 79 requis pour participer au scrutin, avec à sa tête Thierry Paul Valette, 42 ans, qui se présente comme un "acteur social" du Calvados. Le chanteur Francis Lalanne soutient l'iniative.
Cette demande survient deux jours après une rencontre à l'origine d'une crise entre la France et l'Italie entre Luigi Di Maio, responsable italien et chef de file du Mouvement 5 étoiles et un délégué des "gilets jaunes" ainsi que des candidats aux européennes à Montargis (Loiret)4
Elle est inconsciente du défi dans lequel elle s’engage », déplore l’une des figures du mouvement, Hayk Shahinyan, qui, après avoir contribué à l’émergence de la liste « RIC », a pris ses distances. « Ses dernières interventions dans les médias ont montré qu’elle n’était pas prête », ajoute cet entrepreneur passé au Mouvement des jeunes socialistes, qui met en garde contre la « naïveté » de l’aide-soignante.
Un des auto-désignés GJ, proche de l'extrême droite, Christophe Chalençon a été serrer la louche au ministre italien « envahisseur » qui a tant choqué le président français pour son ingérence. "Cette rencontre a apporté du crédit et nous a permis de prendre une dimension internationale. Di Maio a fait l’effort de venir nous voir, contrairement à nos ministres et à notre Premier ministre. Je pense qu’ils vont mal dormir ce soir, Macron aussi", a-t-il expliqué au Parisien.
On voit mal poindre une vraie liste gilets jaunes, ou alors elle sera vite démystifiée par les origines de la cagnotte ….électorale.
Le boxeur Dettinger, qui n'a tué personne et certainement moins blessé un policier que tant de black blocs cagoulés, tente lui aussi (sur conseil d'avocat pipole…) de se défendre en portant plainte contre Macron soi-même pour racisme  (?) parce que Jupiter a dénié ses qualités de gitan… Comme pour Drouet, l'Etat devrait se méfier d'avaliser une lourde condamnation, sauf à vouloir encourager plusieurs formes de terrorisme qui globaliseront yeux crevés, membres estropiés et souvenir des morts indirects, pour perpétrer des attentats contre des personnes officielles; si la crise dure en s'aggravant, il est sûr que l'Etat cherchera à durcir sa répression pour favoriser l'apparition d'un terrorisme qui lui sera plus utile qu'une apparition du prolétariat avec toutes ses composantes unies dans une lutte frontale contre l'Etat oppresseur et producteur de misère.

LE THEORICIEN DU RIC coulé

Etienne Chouard : «  La dernière fois, j'ai voté Mélenchon [à la présidentielle, NDLR]. Ce coup-ci, je voterai Asselineau. Ce sont mes deux préférés », a déclaré cet enseignant en économie à Marseille, qui a fait polémique pour son intérêt pour l'essayiste d'extrême droite Alain Soral. Étienne Chouard s'exprimait lors d'un débat avec l'ancien candidat à la présidentielle François Asselineau, sur la chaîne du parti, diffusé vendredi soir. Personnage controversé, il est devenu en quelque temps une des figures des Gilets jaunes. Ses conférences ont été suivies par de nombreux participants depuis que son nom est régulièrement cité dans les manifestations.
Défenseur, comme l'UPR, d'un référendum d'initiative citoyenne, et soutien des Gilets jaunes, il a expliqué qu'il déplorait qu'à LFI il ne soit « plus question de sortir de l'Union européenne », ce que prône l'UPR (Frexit). Le député LFI François Ruffin avait rendu en décembre hommage à Étienne Chouard, suscitant la controverse dans son camp. « Je ne pense pas qu'il faille s'abstenir », a ajouté Étienne Chouard, même si « on ne s'émancipera pas par l'élection ».
Un saltimbanque en moins. Et qui confirme que les élections bourgeoises, c'est...chacun pour soi !

L'OBSESSION FASCISTE DES TENORS DE LA GAUCHE BOURGEOISE

Depuis deux actes on attache une importance considérables à des bagarres entre extrêmes pour récupérer quoi? Un mouvement toujours sans tête et sans objectif clairement anticapitaliste. Cela sert à alimenter la menace fasciste fictive qui ne vient surtout plus du RN, la mère Le Pen a fait systématiquement cause commune avec les autres partis pour soutenir la confrérie policière où elle compte une majorité d'électeurs. Macron peut compter sur l'OBS et Libé pour relayer sa crainte de la venue du « fascisme » dont il est le plus sublime rempart. Cet acte 13 portera-t-il malheur ? La gauche bcbg fût choquée de l'attaque au parlement, que même les soixantehuitards n'avaient pas osé (car ce n'étaient point des fascistes eux!), stupeur de l'OBS :

« Puis, ce samedi, les gilets jaunes ont décidé d’aller manifester -sans autorisation- devant les palissades du Palais Bourbon, certains cherchant à les abattre. Un choix contraire à la tradition républicaine ancrée depuis  le 6 février 1934, lorsque les ligues d’extrême droite avaient tenté de forcer les barrages du pont de la Concorde  pour entrer dans le temple de "la Gueuse ».
L'anti-parlementarisme est forcément issu de la cuisse fasciste puisqu'on vou le dit :
« Nourri par la droite contre-révolutionnaire, l’antiparlementarisme est une maladie héritée de la IIIe république. On pensait s’en être à peu près débarrassé, mais visiblement, elle est restée latente, attendant son heure pour resurgir. Elle le fait aujourd’hui sous une forme qui n’a rien de rassurant. Même si les parallèles historiques sont toujours hasardeux, le choix de manifester devant le Palais Bourbon, puis de chercher à rejoindre le palais du Luxembourg (Sénat) n’est pas innocent. Il s’agit de marquer une défiance frontale envers les institutions de la démocratie représentative. Dans le même esprit, le référendum d’initiative populaire n’est pas conçu comme un complément utile à celle-ci mais comme un outil de défiance vis-à-vis des élus : il doit servir soit à les révoquer, soit à les court-circuiter. Comme c’était le cas sous la IIIe république, cet antiparlementarisme  ne vise pas à critiquer les éventuelles erreurs ou dérives des parlementaires et leur coupure avec la France invisible (la "France réelle", disait Maurras). Il se donne pour but d'abattre toute intermédiation entre les citoyens et le pouvoir. (…) Les militants d’extrême droite, qui se sont greffés dans les manifestations parisiennes, sont dans leur élément : ils poursuivent, eux, la lignée du boulangisme ("Tous vont décamper"), des ligues factieuses ("A bas les voleurs !") et du poujadisme ("Sortez les sortants") ; et le fait que leurs idées soient sous-représentées au Parlement ne peut qu’accroître leur colère contre ce dernier. Mais ils sont minoritaires dans les cortèges jaunes :  ce qui est plus troublant, c’est que leur antiparlementarisme soit désormais partagé par tous les autres manifestants, moins politisés jusque là ».
Ce qui est plus troublant encore c'est que ces plumitifs de la gauche bourgeoise oublient que bien avant les maurrassiens le courant anarchiste avait combattu le parelementarisme, puis plus tard les principales fractions marxistes révolutionnaires qui allaient constituer la III ème Internationale ! (et voir ci-dessous l'extrait des mémoires du préfet Andrieux).

ELEMENTS POUR COMPRENDRE LA CRISE DE LA BOURGEOISIE FRANCAISE

Le Premier ministre recevra mercredi les partenaires sociaux pour faire le point sur le grand débat. Outre les revendications sociales, certains entendaient défendre "la liberté de manifester". Hasard du
calendrier, mardi a été votée la loi "anticasseurs", donnant la possibilité aux préfets de prononcer des interdictions de manifester, un dispositif vivement critiqué par les syndicats. Le paradoxe, c’est que le Parlement n’a jamais eu aussi peu de pouvoir qu’aujourd’hui. L’élection de l’Assemblée, organisée dans la foulée du scrutin présidentielle, n’est que la confirmation de ce dernier. Et la majorité est aujourd’hui composée de serviteurs loyaux et disciplinés du Président. Les manifestants de "l’acte XIII" s’en prennent donc à un lieu vide. Mais c’est peut-être cela aussi qui attise la colère antiparlementaire contemporaine : le pouvoir déçoit, parce qu’il n’est pas là ou il est censé être.
Or que fait le pouvoir pour corriger ce sentiment ? Pour sortir de l’ornière, Emmanuel Macron songe à diverses réformes institutionnelles, parmi lesquelles la diminution du nombre de parlementaires. Et il s’est récemment targué, devant quelques journalistes, d’être en phase avec les Gilets jaunes sur ce point. En réalité, c’est l’inverse qu’il faudrait faire : maintenir le nombre de députés et sénateurs (qui sont, avec les maires, les représentants les plus proches du terrain et des citoyens), mais restaurer leurs pouvoirs, que peu à peu l’Elysée a siphonnés, au détriment de la délibération collective et donc de la démocratie.


Européennes : la bande à Juppé pose deux conditions pour se rallier à Macron (cf. Marianne)


Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et leurs amis s’apprêtent à soutenir Emmanuel Macron aux élections européennes du 26 mai. Mais ils négocient sec pour caser leurs proches sur la liste LREM et réclament que le président s'allie avec le Parti populaire européen, celui de Laurent Wauquiez... et de Viktor Orban. Il a beau abhorrer l’ancien monde, Emmanuel Macron raffole des petites combines à l’ancienne. Le président de la République cherche à constituer autour de lui un bloc suffisamment solide pour les élections européennes du 26 mai. Il pêche donc au centre-gauche, en discutant avec le commissaire européen Pierre Moscovici, ex-ministre socialiste. Mais sa préoccupation est surtout de s’arrimer le centre-droit, en négociant avec Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin. Pas vraiment des figures du renouveau politique, ce qui n’empêche pas Macron de leur faire une cour assidue : au moins deux rencontres ont déjà eu lieu à l’Elysée avec des ténors de la majorité pour faire avancer les discussions, un dîner le 20 novembre. Où en sont ces savants marchandages ? « Le chemin est fait à 75%. On est d’accord avec le projet européen de Macron, confie l’un des comploteurs. Maintenant, il faut que la liste et la stratégie soient compatibles. » En clair, Juppé et ses amis posent deux conditions à leur ralliement. Ils veulent que la liste macroniste comprenne suffisamment de protégés juppéistes : l’ancien bras droit du maire de Bordeaux, Gilles Boyer, aujourd’hui conseiller d’Edouard Philippe à Matignon, fait partie des prétendants. Mais ces grognards réclament fromage et dessert, puisqu'ils exigent aussi que Macron s’allie après le scrutin avec le Parti populaire européen (PPE), aujourd’hui majoritaire au Parlement européen. Or, le PPE rassemble aujourd’hui les partis de droite européens, dont Les Républicains de Laurent Wauquiez, la CDU d’Angela Merkel... et le Fidesz du Premier ministre hongrois Viktor Orban. De quoi faire s’étrangler dans les rangs de La République en marche, où tout le monde ne voit pas d’un bon œil cette drague appuyée sur la droite. D’autant que ces négociations compliquent un peu plus le choix de la tête de liste, qui devra donc « en même temps » plaire à la base macronolâtre tout en ratissant sur les bords. Pour l’instant, les noms qui circulent chez LREM sont tous marqués à gauche... à l’exception de la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau. Détail non anodin : diplomate de carrière, Loiseau a été conseillère au cabinet de Juppé, ministre des Affaires étrangères, entre 1993 et 1995. Ce qui ne veut pas dire que son profil enthousiasme les amis du maire de Bordeaux. « Mettre quelqu’un d’inconnu en tête de liste, ce n’est pas forcément la meilleure stratégie », grimace un élu temporaire

mémoires de Louis Andrieux (extrait)

« On sait que les auteurs des crimes politiques, quand ils restent inconnus, sont toujours des agents provicateurs, et que c'est toujours la police qui a commencé. Les publicistes « d'avant-garde » ont cru trouver la justification de leur thèse favorite dans le récit suivant que je n'hésite pas à reproduire pour que le lecteur de bonne foi ne confonde pas, avec un nid de frelons, une souricière établie dans l'intérêt de la sécurité publique.
Les socialistes révolutionnaires et les anarchistes ne se bornaient plus à des déclarations dans les réunions publiques. La dynamite des nihilistes les empêchait de dormir ; ils se proposaiet de faire entendre la grande voix des explosions.
IL était question de faire sauter le Palais-Bourbon ; Gambetta en avait été avisé, et quelques précautions avaient été prises. Les attentats commis en Russie ne nous permettaient pas de dédaigner comme invraisemblables les renseignements de police qui nous dénonçaient ce complot.
Mais en même temps qu'ils se proposaient d'étonner le monde par la destruction de mes honorables collègues, les anarchistes voulaient avoir un journal pour propager la bonne parole.
Si j'ai combattu leurs projets de « propagande par le fait », j'ai du moins favorisé la divulgation de leurs doctrines par la voie de la presse, et je n'ai pas de raisons pour me soustraire à leur reconnaissance.
Les compagnons cherchaient un bailleur de fonds ; mais l'infâme capital ne mettait aucun empressement à répondre à leur appel. Je poussai par les épaules l'infâme capital, et je parvins à lui persuader qu'il était de son intérêt de favoriser la publication d'un journal anarchiste. On ne supprime pas les docrines en les empêchant de se produire, et celles dont il s'agit ne gagnent pas à être connues. Donner un journal aux anarchistes, c'était placer un téléphone entre la salle des conspirations et le cabinet du préfet de police. On n'a pas de secrets pour un bailleur de fonds, et j'allais connaître, jour par jour, les plus mystérieux desseins. Le Palais-Bourbon serait sauvé ; les représentants du peuple pouvaient délibérer en paix. Ne croyez pas, d'ailleurs, que j'offris brutalemet les encouragements du préfet de police. J'envoyai un bourgeois, bien vêtu, trouver un des plus actifs et des plus intelligenst d'entre eux. Mon agent expliqua qu'ayant acquis quelque fortune dans le commerce de la droguerie, il désirait consacrer une partie de ses revenus à favoriser la propagande anarchiste.
Ce bourgeois qui voulait être mangé n'inspira aucune suspicion aux compagnons. Par ses mains, je déposai un cautionnement dans les caisses de l'Etat, et le journal La Révolition sociale fît son apparition. C'était un journal hebdomadaire, ma générosité n'allant pas jusqu'à faire les frais d'un journal quotidien. Mlle Louise Michel était l'étoile de ma rédaction. Je n'ai pas besoin de dire que « la grande citoyenne » était inconsciente du rôle que je lui faisais jouer, et je n'avoue pas sans quelque confusion le piège que j'avais tendu à l'innocence de quelques compagnons des deux sexes.
Tous les jours, autour d'une table de rédaction, se réunissaient les représentants les plus autorisés du parti de l'action ; on dépouillait en commun la correspondance internationale ; on délibérait sur les mesures à prendre pour en finir avec « l'exploitation de l'homme par l'homme » : on se communiquait les recttes que la science met au service de la révolution. J'étais toujours représenté dans les conseils, et je donnais au besoin mon avis, qui plus d'une fois remplit l'office de paratonnerre. »5



notes
1cf. L'article : Les tentatives de récupération ratées du NPA et de FO.
2Le titre de l'article dans l'OBS consacré à ce zigoto s'intitule : « Le populisme de gauche n'existe pas », ce qui n'est nullement démontré, mais confirme qu'il faut même au forceps faire entrer le fascisme dans le populisme. Le CCI a d'ailleurs la même analyse approximative de ce phénomène, qui est pourtant spécifique à notre époque, et manifeste plus un repli frileux qu'une politique dictatoriale.
3Jérôme Rodrigues a 2 infractions inscrites au Traitement d'antécédents judiciaires (TAJ) :
un transport de stupéfiants en 2013 à Livry Gargan un vol simple en 2016 à Pierrelaye.
Il a enfin été licencié en 2016 pour faute grave (vol et escroquerie en flagrant délit)
pas tres clean le grand moralisateur jaune. Mais il n'a pas tué père et mère, et on peut s'interroger sur de la diligence policière à revisiter son passé après lui avoir crevé un œil.

4 Début janvier, Luigi di Maio avait tenté de rencontrer Eric Drouet qui avait finalement décliné l'invitation. "Nous refuserons toute aide politique, peu importe d’où elle vient! Nous refusons donc votre aide. Nous avons commencé seuls nous finirons seuls", avait-il précisé.

5A travers la République : mémoires / Louis Andrieux Andrieux, Louis (1840-1931).
- http://www.francesoir.fr/societe-faits-divers/des-dizaines-de-gilets-jaunes-mis-sur-ecoute-telephonique-par-les-renseignements
- Personnels et services de surveillance de la préfecture de police : de la constitution des dossiers de surveillance à la mise en forme du politique (1870-1900)
- le père D'Aragon le préfet Louis Andrieux
https://www.lhistoire.fr/les-provocations-du-préfet-andrieux