"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 26 juin 2011

CRISE DE LA PETITE BOURGEOISIE ET OSTRACISME DE CLASSE

ci-contre, photo d'un mineur d'Harlan County en grève (Kentucky, USA 1973) dont on se souvient de la célèbre apostrophe: "au fond de la mine on est tous noirs".


Une idée essentielle doit marquer les esprits en notre époque trouble et troublée marquée par cet étonnant soulèvement des « masses arabes » aussi enthousiasmant que problématique pour l’observateur superficiel. Dans le même sens les manifestations pacifiques dans plusieurs villes d’Europe d’une jeunesse de classes moyennes – nommée « mouvement des indignés » - qui se prétend la copie des courageux soulèvements du croissant arabe, et qui demande simplement une meilleure justice sociale, renvoient à ce questionnement : frappées par la crise les couches petites bourgeoises de l’intelligentsia sont en colère. La colère n’est pas toujours bonne conseillère. Et peut être jugulée par les dominants. Ces mouvements qualifiés de démocratiques et « bon enfant » par toute la presse bourgeoise laissent de côté généralement la place et le rôle du prolétariat. Ce qui n’est pas nouveau, ni fait pour étonner tout maximaliste révolutionnaire. L’actualité monotone, sanglante et pleine de chausse-trappes peut bien égarer les esprits, aussi faut-il prendre le temps de lire et de reparcourir l’histoire des révoltes raciales ou paysannes. Je n’ai pas l’intention de polémiquer ici avec les auteurs des éditions bourgeoises cadenassées, excluant toute pensée marxiste ou simplement objective. Je ne veux m’adresser ici qu’à des camarades de combat du PCI (parti communiste international très réduit numériquement) dont je publie avec fraternité les communiqués réguliers et pertinents, qu’ils m’honorent de m’envoyer. Je réagis à leur dernier communiqué sur la Grèce où ils soulignent que « La lutte des prolétaires grecs contre une austérité de plus en plus dure anticipe la future lutte des autres pays européens ». Il est évident que le système capitaliste court à la catastrophe et masque celle-ci sous les particularismes attribués à certaines nations, les « grecs fraudeurs », les « espagnols dépensiers », les « portugais dispendieux », etc. et bientôt les « français inconscients » de l’ampleur de « leur » dette.

Contrairement à l’aristocratie imprévoyante, la bourgeoisie est par contre mieux armée idéologiquement et capable d’anticipation. Sous mille discours elle masque ou tente de masquer le danger que représente pour son règne la réaffirmation historique de la classe ouvrière. Cela les « bordiguistes » minoritaires l’ont parfaitement compris et le démontrent à chacun de leurs communiqués. Je critique ici une de leurs contradictions. D’une part ils s’évertuent à démontrer que les « ravages de la crise capitaliste » révèlent l’incapacité du capitalisme mais en fin de communiqué ils estiment paradoxalement que « Arrivant après des décennies de collaboration entre les classes, la crise capitaliste a affaibli le prolétariat dans tous les pays ». Je ne sais pas ce que signifie cette « collaboration des classes » dans la mesure où la « classe ouvrière » n’a pas son mot à dire, sauf à considérer que les aristocrates syndicaux en seraient les porte-voix et à les exonérer de leurs sabotages incessants de toute généralisation de la lutte avec les hâbleurs de la gauche bourgeoise. Au contraire, c’est quand même depuis au moins 40 années que la crise capitaliste provoque grèves et manifestations, certes de façon encore trop épisodiques et dispersées. Et par conséquent la crise en elle-même ne peut pas déboucher automatiquement sur une révolution ; la crise des années 1930, elle, a conduit à la guerre mondiale. Le souci légitime des bordiguistes est que le prolétariat « reconstitue sa force de classe s’il renoue avec les traditions des luttes de classe qu’il a menés autrefois ». Juste souci mais beaucoup de traditions sont mortes du point de vue de la classe ouvrière, traditions syndicales et parlementaires en particulier.

1. Le prolétariat ne mène pas un combat strictement économique :

Lénine s’était insurgé contre les «économistes » de son temps dans l’inoubliable Que Faire ? Et il aurait encore raison aujourd’hui, pas l’homme d’Etat « prolétarien » mais le fin analyste de la société capitaliste. Aujourd’hui toute une noria d’auteurs appointés par l’université et l’édition bourgeoise reprennent la même antienne : la crise a déstructuré la classe ouvrière perclus de toute solidarité minimum, pour les uns la classe ouvrière est orpheline de ses « idéaux » émancipateurs (Wieviorka) et pour les autres elle est en retard sur le multiculturalisme bcbg néo-US (les frères Fassin et Cie). Nous allons décrypter les arguments de ces divers intellectuels de gouvernement pour démontrer qu’ils entérinent cette croyance non tant à la disparition de la classe ouvrière, si nécessaire au capitalisme, mais à son… arriération. Nous ne pouvons combattre ces individus officiels dans le cadre des étalages marchands des supermarchés et des librairies cornaquées par la diffusion de trois ou quatre grands trusts. Nous n’allons pas nous gêner pour autant dans le cadre de ce modeste blog.

Diffusé massivement « La violence », ouvrage de Michel à prétention explicative de « l’échec du mouvement ouvrier » (poche Hachette 2005), explique cette fin très superficiellement en survolant deux siècles de luttes des classes présentés comme une fabulation pour des lendemains qui chantent surtout « imaginés par les ouvriers qualifiés » ; imaginant une fin de l’ère industrielle au début années 1970 laquelle aurait impliqué la « perte de centralité du mouvement ouvrier ». Cette fin de l’ère industrielle, pour maquiller consciemment une vraie crise du capitalisme, aurait entrainé une déstructuration du monde ouvrier, laquelle aurait favorisé une hyper bureaucratisation du monde syndical. On nage en plein délire d’un suppôt des think tanks de la gauche caviar. Ce sont la perte d’emploi, l’exclusion et le chômage, qui auraient poussés les ouvriers au repli. En gros, les prolétaires se seraient avérés n’être que de pauvres pacifistes et de vrais masochistes. Ce monsieur Wieviorka nous assure que : « Jadis la violence meurtrière n’était pas une ressource utilisée par les acteurs » (ouvriers). Toute l’histoire du mouvement ouvrier démontre le contraire quand à maintes reprises les prolétaires sont amenés à se battre poing nus et tendus et non pas en secouant de petites menottes comme les « indignés » petits bourgeois aux discours ampoulés d’étudiants en mal de verve. La violence vengeresse n’aurait été que le fait de la petite bourgeoisie déçue de l’incapacité de la classe ouvrière à faire vraiment la révolution dès 1968. Les terroristes gauchistes, déçus par les « masses », sont même intronisés fossoyeurs de ce mouvement ouvrier amorphe: « le terrorisme d’extrême gauche… est venu exprimer la fin du mouvement ouvrier et des idéologues marxistes-léninistes qui en faisaient le sel de la terre ». Grand événement du siècle ensuite, les violences urbaines ont conjugué délinquance et injustice sociale. A n’y plus rien comprendre… Wieviorka en pince pour l’idéologue tiers-mondiste et anticolonialiste du psychiatre Fanon quoique celui-ci pensa que le lumpenprolétariat était l’avant-garde révolutionnaire. Certitude de Wieviorka : « Nous sommes orphelins de deux grands conflits, l’un social – la lutte des classes et l’autre géopolitique et internationale la Guerre froide. » Exit Wieviorka qui ne fait que radoter les divers Aron, BHL, et autres maoïstes recyclés intellectuels de gouvernement.

Avec le groupuscule d’intellectuels appointés suivant le discours est plus vicelard, et démontre par devers eux que la question du « racialisme » est un excellent antidote généralisé contre toute prétention universaliste du prolétariat.

DE LA QUESTIONSOCIALE A LA QUESTION RACIALE est un ouvrage collectif sous la direction des frères Fassin qu’il faut néanmoins lire absolument (poche La découverte 2009).

Cette poignée d’intellectuels coalisés prétend s’ingénier à démontrer que la question sociale est aussi une question raciale. Certes. L’analyse est complexe et fouillée mais se situe entièrement hors du marxisme, comme dans le cas de ce pauvre Wieviorka, et de la conception de la classe ouvrière comme révolutionnaire. Ils adoubent l’article de 1995 de la philosophe nord-américaine Nancy Fraser : « On serait passé d’un combat contre l’inégalité économique à une lutte pour la reconnaissance de la différence » (p.257). Ce nouveau paradigme de la reconnaissance aurait eu lieu grâce à une relecture de Hegel… Révélons d’emblée que dans sa conclusion le maître d’œuvre frère Fassin donne une explication partielle qui n’est pas accompagnée par une remise en cause argumentée de l’idéologie multiculturaliste nord-américaine conjuguée à la sauce antiraciste par la gauche oligarchique et ses petits gauchistes et anarchistes humanitaires:

« Il est donc essentiel de saisir cette articulation de la question sociale et de la question raciale dans sa double dimension : d’un côté, en ce qu’elle est objectivement produite par des conditions historiques ; de l’autre en ce qu’elle est subjectivement construite par des agents sociaux ». C’est tout ce que le langage sociologique à prétention scientifique peut produire : on pose des questions en apparence compliquées, on étale des faits sociaux disparates et ou contradictoires pour retomber dans la même morale œcuménique du tous ensemble utopique dans un monde fondé sur l’injustice sociale, le mépris des foules spoliées et la terreur d’Etat. En prétendant renvoyer dos à dos les « deux grilles de lecture », républicanisme bourgeois et marxisme, ces sociologues restent dans le giron idéologique bourgeois de la bonne conscience antiraciste, pensant le racisme (qui n’est le plus souvent qu’ignorance ou peur de l’autre dans sa différence) comme le mal absolu à combattre de façon idéaliste :

« Autrement dit, deux grilles de lecture qui dominent encore largement la construction des représentations de notre société ont jusqu’à présent fait obstacle à cette prise de conscience. L’une vient de la tradition républicaine, et de sa réactivation contemporaine, et l’autre de la gauche plus particulièrement de l’héritage marxiste. La première n’a voulu voir que la distinction entre français et étrangers, tandis que la seconde a privilégié les distinctions de classe – sans prêter suffisamment attention au fait que, d’une part, en raison de ce qu’on appelle pudiquement leurs origines, certains français sont traités comme des étrangers et que, d’autre part, la discrimination raciale peut redoubler pour eux l’inégalité de classe. Les deux logiques de représentation de la société se conjuguent parfois chez les mêmes auteurs et les mêmes acteurs politiques pour écarter la question raciale avec l’ensemble des questions minoritaires jugées, au mieux, mineures et, au pire, dangereuses ».

Sympa de confondre le marxisme avec toute la racaille oligarchique socialiste et sarkozienne !

2. Prolétariat et explosion démographique multicolore :

En 1979, la maître penseur de notre ridicule président, Margaret Thatcher en campagne électorale décrit l’Angleterre comme submergée par les immigrés et leur culture. Si vous prenez le métro à Paris à Six heures du mat, vous pouvez observer des personnes, plus souvent noires de peau, endormies et qui « submergent » des sièges inconfortables. Certes le samedi si vous prenez la ligne qui mène à Saint Ouen, vous êtes persuadés que vous allez atterrir à Bamako ou à Tizi Ouzou. C’est ainsi, le capitalisme est un ogre à main d’œuvre de toutes races, surtout des anciennes colonies. Les immigrés qui travaillent à la sueur de leur front les employeurs ne se soucient pourtant guère de leur « culture ». Ce ne sont pourtant pas ceux qui violent nos filles ni braquent nos banques. Nous sommes désormais des races mélangées, où est le problème ? Il est extrêmement « diversifié » : les français sont racistes entre eux, les bretons sont détestés par les auvergnats, les juifs ashkénazes conchient les sépharades, les marocains haïssent les algériens. Quel monde compliqué !

Un auteur de la compilation fassinesque nous dévoile la « diversité américaine » (p47) : « La corrélation entre la classe et la couleur de peau au sein du monde noir américain a été globalement confirmée depuis. Dans une étude publiée en 1991, les sociologues américains Keith et Herring ont distingué arbitrairement cinq groupes de couleur au sein de la population noire – « foncé », « brun sombre », « brun médian », « brun clair » et « clair », en montrant le statut social de chacun de ces groupes : les cadres représentent par exemple 30% de la population des « clairs », contre 10% pour les « foncés » ; les ouvriers 20% des « clairs » contre 50% des « foncés ». Un Noir foncé a des revenus inférieurs à ceux d’un Noir clair. Aux Etats Unis, les Noirs à la peau foncée sont surreprésentés dans les prisons, tandis que la bourgeoisie noire est une bourgeoisie métisse ». « Le colorisme est en quelque sorte un sous-produit grinçant du racisme ». On se marre, on pense à la blague en 1968 de Sammy Davis Junior : « je suis noir, juif et borgne, et alors ? » !

Certes, la fin de l’esclavage et de la colonisation n’a pas remis en cause une hiérarchie sociale favorable aux « blancs » (bourgeois) et aux « bruns clairs » (parvenus).

« Vers 1900 en France, être un ouvrier était une position de classe plus qu’une position raciale, tandis qu’aux Etats Unis l’identité ouvrière s’est construite sur la classe et sur la race » (p.54). A vérifier… Constat des frères Fassin : dans les années 1980, on constate un abandon par les élites PS et par la plupart des intellos de gauche de la « défense de la classe ouvrière » (mais ce qui n’est pas dit : en complicité avec les gouvernements atlantistes Mitterrand) au profit de l’humanoïde anti-racisme.

3. Une utilisation politique des critères raciaux par le racisme de classe bourgeois :

Vrai. Pour Beaud et Pialoux la déstructuration de la classe ouvrière ne dépend pas que de la sphère du travail mais se comprend au niveau politique, du logement, de l’école, mais aussi a dépendu de préoccupations liée à la présence des immigrés. : « A nos yeux la racialisation des rapports sociaux ne prenait sens que dans le contexte d’affaiblissement du groupe ouvrier dans son ensemble et des difficultés structurelles rencontrées par la seconde génération ouvrière, notamment celle d’origine immigrée ».

Déploration. Dans les années 1970, la « culture d’atelier » « offrait un espace de socialisation conviviale aux nouveaux venus d’origine rurale ou immigrée. Puis c’est surtout hors de l’usine, dans les cités que les distances entre français et immigrés s’accusent : c’est là que les immigrés, pris en bloc et ethnicisés, deviennent le danger : les « français » ne voient plus dans les cités que la « minorité du pire ». Les « français » en général (ou « gaulois ») ont bon dos, la politique de la gauche caviar au pouvoir a été un parfait décalque de la politique multiculturaliste intronisée par Nixon (cf. mon livre sur l’aristocratie syndicale, chapitre sur le « printemps de la dignité » et « l’usine stade suprême de l’intégration »). La gauche caviar au pouvoir a favorisé les salles de prière et le port « démocratique » du voile musulman pour satisfaire les industriels. Puis la droite sarkozienne n’y a rien changé sur le fond avec son battage débile.

Nos sociologues s’acharnent à leur tour sur les djeuns des banlieues colorées :

« Cette racialisation s’accompagne chez ces jeunes des cités d’une vision étroitement binaire de la société française, le « nous » des cités et de leurs origines et, de l’autre, les « blancs », les « français », les « bourgeois », etc.

Beaud et Pialoux, plus lucides que les autres zozos intellos sur le milieu ouvrier, ont toutefois le mérite de remettre en cause la propagande bien connue de la gauche caviar (ces mêmes élites qui s’étaient mises à snober la classe prolétarienne à la fin des 70, étudiants gauchistes promus caciques du PS) selon laquelle les ouvriers auraient adhéré au FN, et confirment que le FN a recruté et recrute surtout chez les patrons indépendants, les médecins, commerçants, professions libérales et étudiants. Ils ajoutent avec justesse : « Ce mépris de classe a une histoire : il s’enracine dans une sorte d’incapacité des « élites » à comprendre ce que vivent « réellement » (la « mal-vie »…) les ouvriers et les employés en voie de prolétarisation ( ? mais non ils le sont déjà ! jlR) (…) « A force de ne pas les voir dans l’espace public, on s’expose à parler d’elles (les classes populaires) sans les connaître, en les identifiant à travers des préjugés sociaux, bref, on risque de renouer avec un « racisme de classe ». Oui mais je préfère le terme d'ostracisme, moins connoté..

« Il ne faut pas oublier qu’un des privilèges des classes supérieures est de pouvoir toujours « se débrouiller », notamment par la mise en place de stratégies résidentielles et scolaires, pour se mettre à l’abri des formes les plus dures de la violence sociale ». C’est quoi ces formes « les plus dures de la violence sociale » ? La ghettoïsation éloignée du centre ville avec des transports de merde !

Beaud et Pialoux oublient de rappeler combien les syndicats ont contribué à la division français/immigrés, notamment en ayant toujours défendu le programme hesselien du Conseil national de la résistance avec ses nationalisations interdisant l’embauche d’immigrés tout en jouant un travail « symbolique d’union ouvrière » et aux bonnes sœurs de l’antiracisme pour jour de foire synicale. Pour expliquer ce « certain racisme ouvrier » des nouvelles générations des ouvriers « blancs », ils arguent que ceux-ci « non seulement se retrouvent orphelins de cette classe ouvrière combative et des valeurs de solidarité qu’elle avait réussi à imposer, mais qui ont subi, à l’école comme dans l’espace public, la concurrence des « beurs » et/ou des « blacks », groupe devenu majoritaire dans la jeunesse populaire locale » (p.97). Les pauvres d’en bas s’entredéchirent et c’est leur faute !

Appelons au secours un syndicalisme de bon aloi et un activisme gauchiste creux :

« Cette logique de racialisation peut être combattue ou débordée par des logiques de solidarisation en acte des membres des classes populaires, que ce soit au travail ou à l’occasion d’autres luttes à l’extérieur de la sphère du travail. Il était, par exemple, frappant d’observer que les luttes contre les fermetures d’usines au cours de ces cinq dernières années – Cellatex à Givet, Daewoo à Longwy, Metaleurop à Noyelles – avaient à leur tête des militants ouvriers « beurs » de trente à quarante ans, qui ont, semble-t-il, fait l’unanimité autour d’eux ».

Semble-t-il ? Mais si le délégué syndical « immigré » trahit et fait sa carrière comme tous les autres bonzes « bien français », mon cœur antiraciste va-t-il lui pardonner ?

On nous apprend au passage que tous les noirs et les arabes ne sont pas idiots. Le savant noir William Julius Wilson, conseiller de Clinton, a proposé des analyses de la pauvreté en termes de classe. Ouf !

L’intello louche et versatile Taguieff est convoqué à la barre de nos compilateurs communautaristes : « l’utopie immigrationniste » l’emporte à gauche et chez les gauchistes envisageant une démocratie cosmopolite alors que la nation s’arcboute à l’immigration « choisie ». Puis vient plaider le méchant ex-maoïste, médaillé par Sarkozy, Finkielkraut qui s’opposa à la « réduction » de la révolte des jeunes de banlieues à leur dimension sociale pour n’y voir que des jeunes pour la plupart noirs et arabes « avec une identité musulmane ». Ce philosophe sarkozien fût cloué au pilori par les bien-pensants de l’oligarchie de gauche alors qu’il exprimait une opinion largement répandue parmi les ouvriers français et immigrés. Le gouvernement soutient d’une main le culte musulman (pour tenir les ouvriers immigrés) et de l’autre fait semblant de s’indigner de ses arriérations décoratives.

A l’origine l’invention de la discrimination positive est américaine, sous le règne de Nixon dans les 70 marquées par des émeutes raciales. Nixon caressant l’électorat noir en faveur des droits civiques avec un double langage qui détache les pauvres des questions de classe : « La stratégie sera payante puisque la droite américaine accuse depuis lors le parti démocrate d’avoir abandonné les classes populaires pour rester l’otage des minorités raciales » (p.136)

L’élimination de la classe ouvrière comme centrale est décalquée progressivement, avec retard, en France sur le modèle américain : « Le contraste est saisissant avec les années 2000. Dans les associations de défense des immigrés et des minorités comme au plus haut niveau de l’Etat, il n’est désormais question que de discriminations raciales » (p142).

Quoique : « Dans les classes supérieures (antiracistes) et même supérieures, la discrimination raciale existe bien ».

4. La bagarre entre « républicains » et « antiracistes cosmopolites » :

Les républicains sont taxés d’ « aveuglement racial » (color blindness) selon le penseur bcbg de la gauche caviar Gérard Noiriel. Il s’en prend à deux auteurs américains, Chapman et Frader qui récusent le modèle « assimilationniste » « parce que les jeunes issus de l’immigration revendiquent une intégration sans assimilation, respectant leurs traditions culturelles » (p167). Les jeunes, c’est qui ? Leurs parents ? L’ostracisme dont ils sont l’objet aux portes de la citoyenneté d’entreprise ?

Noiriel glorifie la fabrication de « SOS racisme » par Mitterrand et consorts « élargissant la thématique anti-raciste ». Pourtant il concède : « L’exemple des Etats-Unis montre aussi que la lutte contre les discriminations peut contribuer à alimenter le racisme » ; la première controverse sur le voile islamique date en France de 1989. Hé hé.

On se fout des débats entre républicains et cosmopolites gauchistes, voyons plutôt les discriminations racistes dans le monde du travail :

« L’inclusion et la promotion interne des militants minoritaires (immigrés ou issus de l’immigration) en principe toujours jugées légitimes et nécessaires se heurtent à la difficulté de les considérer comme des militants « comme les autres ». (p193). Des arrivistes immigrés dans les syndicats pourris, on va se pleurer pour leur promo ?

« La CGT et la CFDT ont développé des campagnes de lutte contre le racisme et les discriminations en dénonçant publiquement les pratiques patronales, mais aussi en tentant , plus souterrainement, d’enrayer les expressions de racisme assez répandues chez leurs adhérents et même dans quelques organisations de base »… Voilà qui est typique des élites intellectuelles et syndicalistes qui apportent la bonne conscience de l’extérieur dans le labyrinthe de la compétition hiérarchique.

Les bonzes syndicalistes sont de purs antiracistes contrariés :

« Tout se passe comme si la dénonciation d’une structuration ethniste ou raciste des relations sociales et des rapports hiérarchiques dans l’entreprise et a fortiori dans le syndicat leur paraissait dangereuse. La crainte de la « division des travailleurs » joue ici un puissant rôle d’intimidation » (p.194)

« La surexploitation des immigrants récents, à laquelle se réfèrent régulièrement les responsables fédéraux ou confédéraux, n’est pas la première préoccupation des syndiqués de base ou des responsables syndicaux locaux, qui évoquent plutôt les refus d’embauche et de promotion, voire de harcèlement ».

Les immigrés sont il faut l’avouer considérés par beaucoup d’ouvriers autochtones comme la nouvelle « classe dangereuse » ni révolutionnaire ni solidaire. Le ramadan et le foulard islamique ne passent pas et viennent créer mauvaise ambiance et ferments de division sans que l’on puisse taxer de racistes pourtant les ouvriers français écoeurés par cette bigoterie. Nos intellos antiracistes idéalistes ne connaissent pas la profonde misère où plonge l’aliénation salariée où les jalousies permettent toutes les dérives. Ils oublient aussi tout le combat du mouvement communiste contre l’exploitation coloniale et le sacrifice d’ouvriers français en solidarité avec leurs frères de classe d’Afrique, tout comme la solidarité de milieux ouvriers récemment à Calais avec des sans-papiers afghans ou autres.

Un des auteurs estime ensuite qu’il y a une quasi absence d’élèves immigrés dans les établissements privés, ce qui est notoirement faux. Il existe des immigrés bourgeois qui sont prêts à payer pour que leur progéniture « réussisse ». La sélection est plus subtile pourtant comme il le note plus loin : « Ce placement est facilité par l’existence d’options de langues modernes et anciennes : les « bons » élèves des classes moyennes et supérieures qui choisissent allemand et latin… se retrouvent ensemble dans les mêmes classes ». « Les pratiques d’évitement des parents des classes moyennes et supérieures ont pour conséquence de renforcer la ségrégation académique ». Idem dans la police : « Le fameux « oral » des concours de la fonction publique permet ainsi de refouler les candidats maghrébins à l’entrée de la police nationale, comme le oral de l’ENA les candidats de basse extraction sociale » (p.222). Des immigrés dans la police, c’est bien le cadet de nos soucis, un policier noir est comme un policier blanc au service de la classe ennemie.

C’est vrai que la chasse au faciès perdure, mais la bastonnade est la même pour tout manifestant blanc qui dit merde aux policiers :

« … les « assholes » (trous du cul) sont tous ceux qui ne se plient pas aux attentes des policiers (par exemple, rester calme et respectueux lorsqu’ils se font contrôler) et méritent de ce fait un traitement différencié, que Van Maanen appelle la « street justice », autrement dit une bonne bastonnade » (p.228).

La culpabilisation n’est pas nouvelle contre toutes les « classes pauvres ». Les sphères publiques et privées sont brouillées, « l’intimité devenant l’enjeu d’une bataille politique » (Fassin p243) et cf. les campagnes contre la polygamie lors des émeutes de banlieue. La gestion des questions sexuelles renvoie à la race, assure notre sociologue « scientifique ». Et l’affaire des « blancs » d’Outreau elle renvoie à quoi ? Au racisme de classe de la magistrature bourgeoise ! Et la religion ? Elle n’explique rien dans le conflit des classes.

5. La question de l’immigration est liée à la question paysanne :

La classe ouvrière s’est toujours formée à partir de la paysannerie. On traquait au début les jeunes paysans dans les bois pour les amener travailler dans la fabrique en ville. Ce que des générations de français, de belges, d’italiens, d’espagnols, de portugais ont vécu, les maghrébins et les africains le vivent. Ils subissent eux aussi au début l’ostracisme de ceux qui devraient les considérer comme frères de classe, puis automatiquement ils s’insèrent dans la grande famille prolétarienne. C’est la classe bourgeoise qui fait tout pour maintenir les clivages dits culturels, pour sponsoriser les diverses religions, pour favoriser le sentiment d’étrangeté qualifié de « diversité » ou d’ « altérité ». L’immigré est, on l’oublie toujours, un ancien travailleur de la terre ou un sans patrie de la faim. Au XIXème siècle comme au XXème en milieu ouvrier on se moquait toujours des mœurs primitives du nouvel arrivant de la campagne, puis celui-ci, apprenant du dur labeur la nécessité de la solidarité, il finissait par se définir comme prolétaire et révolté des conditions réservées à sa nouvelle classe, et se persuader qu’un monde meilleur est possible.

Dans l’extraordinaire et vieil ouvrage de Barrington Moore, que tout révolutionnaire maximaliste devrait avoir lu – « Les origines de la dictature et de la démocratie » (Maspéro 1969), il faut étudier l’étonnant chapitre « Les paysans et la révolution » où cet auteur reconnait que les paysans ne pouvaient pas être révolutionnaires contrairement au prolétariat, mais leurs révoltes séculaires en Inde ou en Russie ne comportent aucun élément d’ordre religieux car « la religion n’explique rien en soi ». : « Ce qui ruine toutes les hypothèses, c’est qu’elles accordent trop d’attention à la paysannerie. Il suffit de réfléchir un peu pour admettre qu’on ne peut comprendre une révolte pré-industrielle sans faire appel aux actes de l’aristocratie qui, dans une grande mesure, en porte la responsabilité. D’autre part, les révoltes agraires tendent à emprunter des traits de la société contre laquelle elles se dressent ». Dans le cas de l’Allemagne au temps de Thomas Münzer, la religion servit simplement de couverture, comme l’avait déjà génialement remarqué Engels : « Tout ce qu’on peut dire, c’est que le conflit, créé d’abord par les revendications modérées des paysans aisés, se radicalisa progressivement pour finir sur les visions apocalyptiques de Thomas Münzer. Cette évolution fut provoquée en partie par le refus d’accéder aux revendications modérées ; elle s’explique aussi par la tendance manifestée par les paysans à adopter des idées religieuses nouvelles émanant de la Réforme pour justifier leurs revendications économiques, politiques et sociales. La liaison avec les villes contribua certainement à radicaliser le mouvement, et d’ailleurs assez tôt, ainsi peut-être que le mécontentement des couches paysannes les plus humbles, car il y avait, comme en France au XVIIIème siècle, un clivage entre riches et pauvres (…) Il semble qu’on puisse énoncer la loi suivante : lorsque les liens issus des rapports entre seigneur et paysan sont forts, les chances de la révolte (et plus tard de la révolution) sont faibles. En Chine et en Russie, les liens étaient fragiles et les soulèvements endémiques, alors que la structure même des communautés paysannes était aussi différente que possible. Au Japon, où la révolution fut toujours étouffée, le lien était très fort. Cela ne va pas sans contradictions ni problèmes. En Inde, le pouvoir politique proprement dit ne pénétra jamais dans les villages, sauf dans certaines régions avant la venue des anglais. Mais les prêtres servaient de courroie de transmission ». Comme l’avait très bien vu Machiavel, pour que le système de domination perdure, il ne doit pas y avoir de concurrence entre le seigneur et le paysan au sujet de la terre, des ressources économiques et à condition que le seigneur ne s’approprie pas les femmes des paysans (pratique courante en Chine encore au XIXe et au XXe siècles). En règle générale le mouvement de révolte paysanne ne pouvait pas être une force révolutionnaire d’avenir puisqu’il comportait à chaque fois des aspects nettement anticapitalistes aussi bien qu’antiféodaux. Une amélioration économique de la condition paysanne est parfois prélude à une révolte : « Cette amélioration paraît contredire la thèse selon laquelle l’exploitation objective est une cause de révolte. Il n’en est rien. L’exploitation peut s’aggraver sans que les paysans s’appauvrissent ; elle peut même s’accompagner d’une amélioration matérielle ».

« La solidarité défaillante est plutôt de type moderne. Lorsque le capitalisme a mis en place sa législation et que le commerce et l’industrie ont fait leur œuvre, la société paysanne peut retrouver une nouvelle forme de stabilité conservatrice. C’est ce qui se passa en France et dans les provinces occidentales d’Allemagne et d’Europe, pendant la première moitié du XIXème siècle. Marx avait bien compris la situation lorsqu’il comparait les petites exploitations des villages français à des sacs de pommes de terre. Ce qui caractérise ce genre de société, c’est l’absence de rapports de coopération. Le village moderne est ainsi l’antithèse du village médiéval (…) Plus tard, dans le développement industriel, ce type de petit village atomisé peut, comme en Allemagne, devenir un ferment d’anticapitalisme réactionnaire (…) Les paysans n’ont jamais pu faire une révolution tout seuls. Les marxistes ont entièrement raison sur ce point, sinon sur d’autres. Ce sont les autres classes qui donnent leurs chefs de file aux paysans. Mais la tête n’est rien. Les révoltes médiévales eurent pour chefs des aristocrates ou des bourgeois, et elles furent écrasées ».

« Pour qu’une révolution aboutisse, il faut que l’aristocratie soit particulièrement aveugle (…) Le mouvement paysan ne peut espérer trouver ses alliés chez les élites, à part les chefs que lui fournit, dans les temps modernes, une poignée d’intellectuels en colère. Les intellectuels, par eux-mêmes, ne peuvent pas grand-chose s’ils ne s’allient pas à un mécontentement de masse. L’intellectuel à problèmes a reçu une attention imméritée en regard de son importance politique, en partie parce que ces problèmes laissent derrière eux des traces écrites, et aussi parce que ceux qui écrivent l’histoire sont précisément des intellectuels. Il est tout à fait malhonnête de nier qu’une révolution naisse d’un mécontentement paysan sous prétexte que ses chefs sont des intellectuels ».

Balayons devant notre propre porte. En Russie en 1917 : « … la classe ouvrière n’avait rien contre le partage des terres, du moins dans l’immédiat. Les paysans voulaient en finir avec une guerre où ils se faisaient massacrer par un régime qui ne daignait rien leur accorder. Chez eux les bolcheviques ne trouvaient guère d’écho. Mais comme ils formaient le seul parti qui n’était pas compromis avec le régime, ils pouvaient leur céder momentanément, Saint Pétersbourg valant bien une messe. C’est ce qu’ils firent en prenant les rênes du gouvernement et, plus tard après le chaos de la guerre civile. Ensuite les bolcheviques se retournèrent contre ceux qui leur avaient ouvert la route du pouvoir et contraignirent la paysannerie au collectivisme pour en faire la source et la victime de l’accumulation primitive socialiste ».

6. La petite bourgeoisie ne peut rien sans le prolétariat :

Ainsi l’histoire ancienne nous rend modeste. Contre les menteurs publicistes de la classe dominante qui exaltent des révoltes impuissantes, les « révolutions de jasmin » et autres « occupations des indignés » ne dérangent pas le système tant que la classe ouvrière ne se porte pas au combat politique, et pas simplement économique. Les mouvements de protestation contre les dictatures militaristes sanglantes ne peuvent pas adopter pour l’heure autre chose qu’une tactique pacifiste, comme d’ailleurs les manifestations contre la guerre en 1905 et 1917 en Russie, et elles font l’objet de toute notre admiration et compassion pour les jeunes vies détruites par les dictatures sanguinaires appuyées de toute manière par l’oligarchie occidentale. Il faudra que les jeunes petits bourgeois se résolvent à « tomber dans le prolétariat » et non pas à aspirer à de meilleures promotions dans la barbarie existante. Il faudra que cessent de se suicider ces membres des couches intermédiaires salariées. Le suicide représente justement l'absence de perspective et personnelle et politique de l'individu humilié, isolé. Il faudra que ces "cadres" (qui font partie du haut du panier mais de fait de plus en plus traités comme de vulgaires employés) acceptent de laisser la première place au prolétariat qui pour l’heure est encore bluffé par les « particularismes » et le faux problème religieux. Les campagnes antiracistes ou communautaristes sont donc directement responsables de l’absence de solidarité active des prolétaires européens envers leurs frères de classe martyrisés dans le croissant arabe.

Enfin, comme pour le rapport seigneur/paysan, et comme le dit si bien le communiqué de nos chers camarades bordiguistes : « S’ils (les prolétaires européens) continuent à rester prisonniers des illusions de la démocratie parlementaire, qui propose une éternelle discussion entre des forces politique de gauche ou de droite, toutes intéressées à, « sauver l’économie grecque » ce qui signifie sauver les profits du capitalisme grec – et à leur faire accepter les sacrifices, les travailleurs sont condamnés à ne pas pouvoir se défendre ».

Qu’on se le dise et le redise, c’est bien d’un combat clairement politique qu’il sagit.

samedi 25 juin 2011

A mort Vachard Assad !


La Girafe Al-Assad continue à massacrer la population syrienne. Après Tsahal, même le Hezbollah lâche ce criminel pire qu’Hitler (ils rapatrient leur arsenal). Saluons ici l’imagination et le courage du peuple syrien (reprise de l’article du Figaro ce matin, Delphine Minoui).

La fronde noctambule des insurgés syriens


La répression a fait neuf morts vendredi. Les manifestants défient le régime même la nuit.

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«Des bougies, des slogans antirégime griffonnés sur des bouts de carton… Ah, et puis des baskets, pour pouvoir courir le plus vite possible !» Au bout du fil, Ammar, 38 ans, détaille, d'une voix haletante, la liste de ses «armes» de la nuit. Soudain, ses paroles sont entrecoupées d'une salve de slogans. «Le peuple veut la chute du régime», peut-on entendre en fond sonore. La ligne téléphonique crépite, puis se ressaisit, laissant à nouveau la parole à l'ingénieur syrien qui appelle de Deir ez-Zor, l'un des foyers de la contestation syrienne. Chez lui, il est 21 heures passées. «Vous entendez ces cris de colère ? Tous les soirs, nous sommes de plus en plus nombreux à manifester dans les rues. C'est notre seul moyen de résister !»

Voilà presque un mois maintenant que la contestation syrienne - qui a démarré à la mi-mars - est passée au mode funambule. Par défaut. «Au début, on sortait en plein jour. Depuis que la répression s'est intensifiée, c'est devenu trop dangereux», explique notre interlocuteur. À l'exception des rassemblements traditionnels du vendredi - des dizaines de milliers de manifestants ont à nouveau défilé lors d'un «jour de colère» dans tout le pays, dénombrant au moins neuf morts dans leurs rangs - les cortèges sont désormais plutôt nocturnes. À Deir ez-Zor, mais également à Homs, Baniyas, Hama ou encore Lattaquié et dans la banlieue de Damas.

L'arme de l'ironie

«C'est une nouvelle tactique de résistance. Une façon de dire : rien n'arrêtera notre mouvement, malgré la brutalité de la répression !», déclare Wissam Tarif, activiste au sein de l'organisation de défense des droits de l'homme Insan. Plus de trois mois après le début des manifestations antirégime, le bilan est lourd : au moins 1 400 morts et 10 000 interpellés. La violence, elle, est innommable : torture d'hommes, de femmes, d'enfants, matraquage des étudiants, charniers, bombardements et ratissages de certaines villes. L'armée syrienne va même jusqu'à retenir en otage les populations qui cherchent à s'enfuir, en déployant ses troupes à la frontière turque.

Armés de simples pancartes, les protestataires font difficilement le poids face aux chars, kalachnikovs et tirs de gaz lacrymogènes des forces de l'ordre. Pourtant, ils redoublent d'audace et d'ingéniosité pour que la flamme de leur mouvement ne s'éteigne pas. «Les manifestants ont réalisé que lorsqu'il fait nuit, c'est plus facile de s'enfuir et de se cacher en cas d'intervention soudaine des forces de sécurité. En plus, c'est une façon d'épuiser les miliciens en les forçant à rester éveiller toute la nuit», relève l'avocate Zeitouneh, dans un échange par courriel, depuis sa cachette de Damas.

Traquée par les services de renseignement - qui ont récemment arrêté son beau-frère et son mari pour tenter de la faire taire -, cette activiste des droits de l'homme raconte qu'elle a déjà changé neuf fois de logis en trois mois et ne sort également que la nuit pour se faire plus discrète. Selon un dissident contacté à Hama, cette tactique nocturne porte même un nom : tayyara («l'avion»).

Les protestataires ne sont pas à cours d'idées. Jeudi, date du 100e jour du soulèvement, c'est par un appel à la grève générale que de nombreux commerçants ont rendu hommage aux victimes de la répression. Toute la journée, leurs rideaux de fer sont restés tirés. Pour défier la propagande, les Syriens s'arment également d'ironie. «La compagnie pharmaceutique de Homs connaît le meilleur médicament pour faire vomir : écouter le discours de Bachar el-Assad», ironisait récemment une banderole dans la ville de Homs (centre du pays). Un pied de nez au raïs de Damas, qui, dans son discours controversé de lundi dernier, a appelé les Syriens à s'immuniser contre «les microbes qui se propagent» - sous-entendant un «complot étranger» qui vise à «manipuler» les foules. Les habitants de Homs, connus pour leurs sens de l'autodérision, s'amusent même à filmer de petits sketchs transgressifs.

Dans une vidéo tournée au cours d'une manifestation, et postée sur YouTube, un adolescent est armé d'un faux lance-roquettes composé d'un tuyau et d'une grosse courgette. Un autre est équipé d'une… aubergine, qu'il brandit comme une bombe. Derrière, la foule chante : «Il n'y a de Dieu qu'Allah et el-Assad est l'ennemi d'Allah !» «El-Assad n'arrivera jamais à nous faire taire. Maintenant que nous avons goûté à la liberté d'expression, nous ne pouvons plus faire marche arrière», prévient Ammar, l'ingénieur de Deir ez-Zor.

lundi 20 juin 2011

La Grèce au bord de la faillite (communiqué du PCI)


La lutte des prolétaires grecs contre une austérité de plus en plus dure anticipe la future lutte des prolétaires des autres pays européens

Les effets de la crise capitaliste mondiale qui depuis 2009 à mis à genoux l’économie des pays européens les plus faibles poussent la Grèce vers la faillite. L’économie grecque, à l’instar de celle de pays comme l’Irlande, le Portugal ou des pays d’Europe orientale, est soumise à une tension grandissante en raison d’un endettement toujours plus élevé et d’une exploitation toujours plus grande des travailleurs autochtones et immigrés: le but était avant tout de rester dans le cercle soi-disant vertueux de la zone euro, qui permet d’avoir accès aux prêts de la Banque Centrale Européenne. L’économie capitaliste est partout fondée sur l’endettement, c’est-à-dire sur des prêts: quand les prêts ne peuvent plus être remboursés, l’économie entre en crise.

De même que les profits, sous le capitalisme les conséquences de la crise ne sont pas réparties également entre tous les habitants. Les profits sont accumulés par les capitalistes, qui ne sont qu’une petite minorité de la population, alors que la majorité ne peut espérer recevoir que des miettes.

Les ravages de la crise, sur le plan des salaires et des conditions de vie et de travail, sont infligées à la majorité de la population et surtout aux prolétaires. Tant que règne le capitaliste ceux-ci sont toujours durement frappés: quand l’économie est en croissance (pour utiliser un terme cher à tous les bourgeois), l’exploitation de la force de travail ne diminue pas, mais s’étend et s’approfondit, même si quelques concessions sont accordées; quand l’économie est en crise, l’exploitation ne disparaît évidemment pas mais se fait encore plus intense pour ceux qui travaillent, alors que le chômage s’accroît et que de façon générale l’appauvrissement et l’insécurité touchent des couches toujours plus larges.

La crise économique démontre que le système capitaliste est incapable de fournir une solution aux problèmes du prolétariat, parce que pour la bourgeoisie il ne peut y avoir de sortie de crise qu’en attaquant les prolétaires: intensification de l’exploitation, augmentation de la concurrence entre travailleurs, accroissement du despotisme économique et social, répression de toute poussée de résistance contre cette dégradation généralisée de leur situation..

Dès le printemps de l’année dernière, les ouvriers en Grèce sont entrés en lutte par des grèves et des manifestations contre le plan d’austérité décidé par le gouvernement de Papandréou pour obtenir du FMI et de la BCE le prêt de 110 milliards d’euros jugés nécessaire pour «sauver» l’économie grecque et la stabilité de l’euro.

Un nouveau prêt d’une centaine de milliards d’euros est en discussion car ce plan s’est révélé insuffisant l’économie grecque étant incapable d’empêcher d’ici 2012 la faillite de son Etat ; les grandes banques, les grandes entreprises, comme les autres Etats européens, veulent éviter un défaut de l’Etat grec qui provoquerait une crise encore plus profonde.

Devant cette perspective, les dirigeants et les capitalistes européens ne conçoivent d’autre solution que d’accroître la pression sur les masses laborieuses grecques, provoquant une dégradation encore plus forte de leurs conditions de vie. Que reste au pouvoir le gouvernement socialiste, que s’installe un gouvernement d’union nationale ou que soient décidées des élections anticipées, le pouvoir bourgeois n’a pas d’autre alternative pour les prolétaires des larmes et du sang et le talon de fer contre leur rébellion !

Les travailleurs peuvent-ils échapper au sort que leur réservent les capitalistes ?

S’ils continuent à rester prisonniers des illusions de la démocratie parlementaire, qui propose une éternelle discussion entre des forces politiques de gauche ou de droite, toutes intéressées à «sauver l’économie grecque» - ce qui signifie sauver les profits du capitalisme grec – et à leur faire accepter les sacrifices , les travailleurs sont condamnés à ne pas pouvoir se défendre.

De leur côté, les forces réformistes «de gauche», qu’elles soient syndicales comme le PAME ou politiques comme le Parti Communiste Grec (KKE), crient contre les monopoles et le capital ; mais c’est pour mieux enchaîner les prolétaires à des objectifs bourgeois comme la défense du pays contre la faillite et à les noyer dans la masse du peuple ! Elles dirigent la colère prolétarienne vers des «luttes» et des grèves générales incapables de défendre leurs intérêts de classe parce que ces intérêts sont mis de côté dans le but de mettre sur pied un confus, indistinct et impuissant mouvement «populaire» interclassiste.

Les prolétaires vivent dans leur chair, jour après jour, non seulement les conséquences désastreuses de l’exploitation capitaliste renforcée par la crise, mais aussi les conséquences paralysantes de ces politiques soi-disant démocratiques, progressistes ou socialistes, qui mettent leurs revendications les plus élémentaires à la remorque de l’«intérêt national» - qui n’est pas autre chose que l’intérêt du capitalisme national – et qui les noient dans des rassemblements populaires , alors que la simple perspective de l’affrontement de classe ouvert est incomparablement plus efficace que les plus gigantesques manifestations pacifiques devant le parlement.

Ceux qui ne parlent que de peuple, de pouvoir du peuple, d’alliance populaire, de gouvernement populaire, veulent en réalité rester dans le cadre des institutions politiques bourgeoises et du mode de production capitaliste dont ils ne dénoncent que les monopoles privés, comme si le monopole d’Etat n’était pas la forme suprême de la concentration du capitalisme et du renforcement de sa domination sur la société !

Les prolétaires, en Grèce comme d’ailleurs, doivent retrouver la voie de la lutte de classe ouverte, contre la classe bourgeoise, son Etat et les couches qui défendent sa domination (comme la petite et moyenne bourgeoisie, l’Eglise, les couches d’aristocratie ouvrière…), la voie de la lutte véritable pour l’émancipation du salariat, donc du capitalisme : tant qu’existe le salariat, existe le capitalisme et le pouvoir économique et politique bourgeois.

Pour combattre contre le capital, le prolétariat doit commencer par s’organiser en classe distincte, donc en dehors de tout collaboration de classe au nom de l’unité du «peuple» ; il doit constituer des organisations de classe pour la lutte de défense immédiate, indépendantes non seulement de la bourgeoisie et de son Etat, mais aussi des forces collaborationnistes réformistes . Sur ce terrain de lutte, les prolétaires peuvent se reconnaître comme frères de classe, surmonter la concurrence entre eux, et construire une forte et durable solidarité de classe internationale solide (et non une prétendue solidarité nationale et populaire) .

Arrivant après des décennies de collaboration entre les classes, la crise capitaliste a affaibli le prolétariat dans tous les pays. Mais celui-ci peut reconstituer sa force de classe s’il renoue avec la tradition des luttes de classe qu’il a menés autrefois, faisant trembler non un simple gouvernement, mais la société et les classes bourgeoises du monde entier.

Reprendre la voie de la lutte de classe, c’est reconstituer la seule force sociale capable d’en finir avec la société du capital, avec la misère, le chômage, la guerre, perspective dans laquelle le prolétariat en lutte aura à se regrouper autour de son organe politique, le parti de classe communiste et international, pour pouvoir être enfin victorieux.

Parti Communiste International

www.pcint.org