"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 26 janvier 2015

PRISE DE POSITION DE ROBIN GOODFELLOW







 
Internationalistes, toujours et partout !




Contre l’état bourgeois, toujours et partout !
 
 







sommaire Sommaire.. 2
1.             Des événements inévitables.
2.            La critique de la religion.
3.            La défense de la démocratie.
4.            Le poison du racisme et du nationalisme.
5.            Contre toutes les menaces armées.
6.            Contre l’unité nationale..

La situation créée en France par les attentats débutés le 7 janvier 2015 avec la tuerie de Charlie-Hebdo devrait susciter une réponse unie de la part de tous les groupes et individus se réclamant de la gauche communiste et internationaliste. Encore faut-il avoir une analyse claire des événements, et de leur contexte sous-jacent ce qui est loin d’être simple.
Le camp prolétarien doit en effet déjouer plusieurs pièges très dangereux que pourraient créer des prises de position énoncées à mauvais escient.

1.           Des événements inévitables.

Dans une société fondée sur l’antagonisme de classes, qui plus est dans une situation où les crises économiques et le déclin relatif du capitalisme français sur le marché mondial accroît la misère d’une partie de la population et met à mal la paix sociale, il est inévitable que se produisent des explosions de haines et de folies meurtrières qu’il ne sert à rien de déplorer ou de condamner. Elles sont, ainsi que leurs victimes, aussi inévitables que les morts lors de tempêtes, d’inondations ou de tremblements de terre. De même que la tectonique des plaques engendre une accumulation d’énergie qui à certains moments de rupture est brutalement relâchée en provoquant aveuglément tremblements de terre et raz de marée, la société bourgeoise accumule sourdement des tensions sociales dont nous venons de vivre une des manifestations.

La bourgeoisie française, incapable de maîtriser le développement des forces productives et de mettre un terme à la séparation de la société en classes antagoniques aux intérêts irréconciliables, menant et poursuivant sur divers théâtres d’opération sa politique impérialiste, confrontée à un déclin relatif de sa position sur l’échelle des nations, a permis, comme d’autres sociétés européennes, que se développe au sein de la société, généralement parmi une jeunesse en rupture de ban, celle qui ressent le plus les effets de cette situation, une révolte radicale. Celle-ci n’a rien à voir avec celle qui caractérisait l’action des groupes armés des années 1980 : RAF, Brigades rouges, Action Directe, … dont l’idéologie politique était un « marxisme » dégénéré et bâtard. Ces groupes étaient issus du mouvement social prolétarien des années 1960 et 1970 dont ils représentaient une excroissance petite-bourgeoise, incapable d’affronter de manière efficace l’Etat bourgeois et porteurs d’un projet politique à la fois utopique et réactionnaire (une démocratie populaire) tel qu’en propose le socialisme petit-bourgeois.

Rien de tel ici. Nous avons à faire à des individus ou groupes radicalisés qui constituent une couche non négligeable (vraisemblablement plusieurs milliers en France et à coup sûr à l’échelle européenne) issus des franges d’un prolétariat immigré et de sa descendance mais dont la contre-culture et la contre société qu’ils ont développé dans certains quartiers populaires entraîne dans leur sillage, de manière significative (autour du ¼ des recrues), d’autres jeunes prolétaires qui n’avaient pas vécu dans une atmosphère de culture musulmane[1]. Le terreau est formé d’un mélange de chômage endémique, de misère économique contrebalancée par le recours à la délinquance et aux trafics, de rejet raciste, de faillite de l’enseignement, d’acharnement policier et d’un mépris de classe subi en permanence.
Cette mise au ban de la société entraîne, pour une frange d’individus, la recherche d’une identité spécifique[2] qui entre en opposition avec nombre de traits du caractère national dominant : assimilationnisme, égalitarisme, laïcisme ombrageux … S’y ajoute le déracinement culturel en particulier pour les mâles confrontés à une perte de statut d’autant plus grand que, parallèlement, le patriarcat traditionnel de la société française s’effrite sinon s’effondre.

Pour autant, en l’absence de grandes luttes de classes, de l’absence d’un parti prolétaire indépendant et opposé aux autres partis et de l’attraction « naturelle » que pourrait représenter un en tel parti en lutte contre la bourgeoisie et son Etat pour la conquête du pouvoir politique, ces individus choisissent, alors que le drapeau rouge est discrédité et souillé par la contre-révolution social-démocrate et stalinienne et les diverses expériences soi-disant « socialistes », de se glisser dans les plis du drapeau vert de l’islam. Ils y puisent ainsi une idéologie politique qui leur permet de prendre les armes contre un ennemi fantomatique, figure fantasmée de l’impérialisme de « l’occident » réduit aux « mécréants » qu’il faut convertir de gré ou de force. De ce fait, ils englobent dans leur haine la plus grande partie de ce même prolétariat occidental dont ils sont souvent issus à travers la sédimentation par couches successives constituées au fil des différentes vagues d’immigration.

Leur combat n’a rien à voir avec le fascisme, ou avec l’extrême-droite. Pour autant que les mots ont un sens,  il faut réserver le qualificatif de « fascistes » aux forces, pour une part supplétives du régime démocratique puis se réclamant d’un état corporatiste ; des forces qui écartent du pouvoir politique une bourgeoisie (en ce sens il s’agit d’une forme de bonapartisme) effrayée de sa victoire contre le prolétariat, lui interdit toute représentation politique autre que le parti unique tout en lui assurant la continuité de ses affaires et la domestication du prolétariat et des classes moyennes, elles aussi privées d’expression politique ; des forces qui pillent le socialisme pour mieux l’écraser. Contre-révolution à la fois posthume (c’est la république démocratique qui a vaincu le prolétariat) et préventive afin de combattre et écraser la menace de la révolution prolétarienne, fut-elle déjà annihilée, le fascisme continue despotiquement l’œuvre de la bourgeoisie, la poursuite de la constitution de l’Etat nation et de ses ambitions impérialistes. C'est ainsi qu'ont fonctionné les formes classiques du fascisme en Italie et en Allemagne à partir de la contre-révolution des années 1920, dans une configuration historique dont les contours stricts ne sont pas répétables aujourd'hui.

Tout mouvement violent ou haineux, nationaliste, xénophobe ou antisémite n’est pas forcément « fasciste », y compris à l’extrême-droite, celle-ci pouvant représenter, par exemple, une droite nationale « classique ». Le projet d’une république islamique homogène est strictement réactionnaire dans le cadre du capitalisme occidental moderne et bien évidemment doit être combattu par le prolétariat ; la république démocratique est l’ultime champ de bataille entre le prolétariat et la bourgeoisie. Les bases matérielles d’un tel projet, si nous écartons les fantasmes racistes qui voient dans les évolutions démographiques de l’Europe et les conversions à l’islam l’équivalent d’une cinquième colonne, sont fondamentalement absentes et par conséquent, elles n’aboutissent qu’à donner une forme absurde, xénophobe, antijuive, raciste, théiste, terroriste, à une révolte sociale si ce n’est à la transformer en acte de guerre contre l’impérialisme français[3].

En effet, il ne s’agit pas non plus de desperados isolés, puisqu’ils se situent dans une logique de réseau, reliés aux mouvements opérant au proche et au Moyen-Orient et que leur nombre (plusieurs milliers en Europe) témoigne de l’importance du phénomène. Pour retrouver un tel niveau d’engagement (en y ajoutant les combattants qui viennent de pays où la religion dominante est l’islam), il faut se retourner vers la guerre d’Espagne et les brigades internationales. Il est en même temps difficile de caractériser ce courant dans les catégories politiques classiques. Si la république islamique se présente comme une utopie réactionnaire en France, elle peut être ailleurs un cadre adéquat pour le développement du mode de production capitaliste (en Iran par exemple[4]) et la féroce exploitation du prolétariat qui l’accompagne. C’est d’ailleurs dans des contextes similaires que s’effectuent les combats de l’Etat islamique, bande armée qui fédère les intérêts sunnites écartés du pouvoir par la chute de Sadam Hussein et dont l’action terroriste barbare et à base de « purification ethnique », procédé jugé par défaut tout à fait acceptable par la bourgeoisie occidentale notamment en Yougoslavie[5], remet en cause les frontières tracées par les impérialismes français et britanniques. C’est sur ces terrains, pour ceux à qui la réalité de ces luttes n’a pas décillé les yeux et permis d’échapper par la fuite et le retour en Europe à encore plus d’endoctrinement sectaire, que se battent au péril de leur vie nombre de ces soldats perdus.

Contrairement au discours qui veut que les peuples du Moyen-Orient sont inaptes pour une république démocratique[6], et qui sont autant de justification d’une politique impérialiste éclairée et de défense des autocraties en place, le prolétariat doit en faire la conquête.

Il s’agit donc d’un courant qui peut s’ancrer durablement dans le paysage social et politique qui marque également, sous une forme aliénée, un développement de la lutte entre les classes mais dont les actions peuvent d’une part pousser à la radicalisation des antagonismes raciaux et religieux qui parcourent la société française (et européenne), envenimer l’antagonisme entre les fractions du prolétariat, antagonisme attisé par les idéologues de la bourgeoisie soit à travers le déni de réalité soit en répandant les préjugés racistes. La bourgeoisie en profitera pour peaufiner son arsenal répressif tant du point de vue juridique que militaire, et pour entraîner le prolétariat sous la bannière démocratique et servir ses intérêts impérialistes. Ce serait une fatale erreur que de se réfugier dans l’union nationale avec les différentes fractions de la bourgeoisie.

Premier piège : être paralysé entre la déploration de la violence et l’allégeance à la « protection » de l’état bourgeois. Voir dans ces phénomènes uniquement des facteurs religieux indépendants de la lutte des classes.

2.           La critique de la religion.

Imaginer qu’il existe une essence de l’Islam, indépendante des modes de production, des classes sociales, des intérêts nationaux, bref de toute base matérielle est bien sûr une conception idéaliste. Pas plus que le stalinisme n’est a priori contenu dans Marx, le « djihadisme » n’est contenu a priori dans le Coran. Pour s’affirmer face à l’Occident, dans le cadre de mouvements d’émancipation bourgeoise vis-à-vis des différents impérialismes, il s’est avéré nécessaire pour les classes porteuses de cette perspective de forger une idéologie susceptible d’être une alternative de combat à l’idéologie démocratique des puissances impérialistes. Pendant un temps, le socialisme, sous sa forme dégénérée avait joué ce rôle avec le tiers-mondisme. Dès lors qu’il était en faillite, il était à la fois aisé et nécessaire de trouver dans une des multiples et foisonnantes interprétations de l’islam les éléments adéquats (de ce point de vue l’islam a des caractéristiques qui favorisent particulièrement cette entreprise idéologique). Il s’agissait de bâtir une idéologie politico religieuse capable de fournir un modèle d’Etat, un ensemble de lois, une théorie non démocratique, une communauté (la communauté des croyants) susceptible de transcender les frontières bien que les groupes qui la portent ne dépassent pas le cadre de l’Etat nation (même si celui-ci reste à constituer et ne correspond pas nécessairement aux frontières actuelles). Donc, une idéologie nationale révolutionnaire capable d’émanciper la nation de la domination impérialiste et de permettre la domination et la création d’une bourgeoisie nationale. Ce type d’idéologie a permis et permet, comme dans tout le cours des révolutions bourgeoises, sous toutes les latitudes, d’écraser les expressions autonomes du prolétariat qui se manifestaient dans la foulée (exemple de l’Iran). Par conséquent, sous le manteau religieux, il est indispensable d’en comprendre le contenu de classe[7].

En Europe, et en France, l’islam radical, idéologie politique, trouve dans l’islam les éléments d’une contre- culture (vêtements, aliments, fêtes, rituels religieux, lieux de cultes, langue), d’une forme de résistance aux évolutions de la société bourgeoise moderne. Par exemple à la tendance à nier les différences entre les sexes, s’opposera la résurgence d’un machisme porté par des traditions patriarcales et une structure de la parenté propres à certaines des régions où la religion dominante est l’Islam. Cette tradition de domination masculine est mise à mal par les évolutions de la société bourgeoise[8], le succès relatif (scolarité, emploi) des sœurs par rapport aux frères[9], etc. Ainsi, une minorité - plus large cependant que la pointe émergée que représente l’islam politique – tend, en réaction au sort qui lui est fait, à constituer de fait une population allogène. Cette perspective qui heurte le sentiment national français (y compris des assimilés musulmans ou issus de culture musulmane), est ressentie comme une provocation et alimente les préjugés racistes de certaines fractions de la bourgeoisie[10].

Que cette idéologie politique relève plus d’un folklore guerrier et d’une contre-culture que d’un véritable engagement théologique structuré et fanatique ne doit pas entraîner le prolétariat à accepter l’idée qu’il y a une « bonne » facette de la religion et à se réfugier dans le giron d’une église officielle et « responsable » quelle qu’elle soit.

Dès lors que la bourgeoisie est devenue la classe dominante – et après avoir joué un rôle essentiel dans sa phase révolutionnaire dans la critique de la religion et de l’Eglise – elle a tôt fait de comprendre que la religion est une arme de premier choix pour soumettre le prolétariat à sa domination. Les révolutionnaires doivent combattre l’influence de la religion et aucune d’entre elles ne peut bénéficier d’une indulgence particulière au prétexte qu’elle serait plus particulièrement la religion des « opprimés » ou aurait un caractère « anti-impérialiste ». Les masses ouvrières et les femmes des pays où domine la religion musulmane paient notamment un lourd tribut à la férule religieuse, pour le plus grand profit des bourgeoisies locales qui les exploitent et leurs alliés impérialistes, de l’Est ou de l’Ouest[11]. En même temps, le parti révolutionnaire défend la liberté de conscience, défend la liberté religieuse et ne combat pas la religion de la même manière que l’anticléricalisme bourgeois ou l’anarchisme. Il évite les formes qui pourraient engendrer un élément de division du prolétariat et met en avant la lutte sociale, la lutte de classe contre la bourgeoisie afin de permettre, dans le mouvement, de dépasser les divisions et diriger le prolétariat vers la conquête du pouvoir politique. Tandis que, d’un côté la bourgeoisie bien-pensante « somme » les musulmans de France de se « désolidariser » d’avec la fraction terroriste et ses actions, contribuant à stigmatiser les fidèles et jetant de l’huile sur le feu par rapport à une religion qui serait par essence « suspecte » (à ce compte, le christianisme, entre les croisades, l’inquisition, les bûchers, les guerres de religion, la bénédiction de toutes les saloperies coloniales et la férule brandie dans les villes et les campagnes contre toute forme de critique pourrait prétendre à la première place[12]) ; d’un autre côté, les imams en quête de notabilité et les représentants de cette religion particulière y cherchent une reconnaissance officielle pour mieux jouer leur rôle de chiens de garde et coller l’étouffoir sur toute tentative de révolte qui viendraient de prolétaires dont l’identité est réduite au seul statut de « musulmans ». Les fractions dominantes de la bourgeoisie souhaitent à la fois le maintien et le développement d’une religion susceptible de maintenir sa domination en offrant notamment le paradis comme consolation des malheurs d’ici-bas et étouffer toute velléité révolutionnaire. En même temps, ils voudraient que cette religion s’adapte aux lois de sa république (concernant par exemple la question de la polygamie ou de l’héritage défavorables aux femmes, lois par exemple en vigueur en Algérie et conformes à une certaine lecture du Coran), tienne compte du passé et du paysage architectural (pas de lieux de culte[13] dominateurs – minaret, appel à la prière) voire du caractère national (effacement des signes d’appartenance les plus ostensibles - ce qui a notamment conduit à la loi sur le voile à l’école -) afin d’accompagner un mouvement de sécularisation et d’assimilation qui est tout aussi réel sinon plus vaste que la tendance au communautarisme[14]. De nombreux points, plus qu’épineux, subsistent encore comme celui de l’abattage rituel et ses suites, les calendriers des fêtes, …

Enfin, il faudrait se garder d’identifier musulman et prolétaire, immigré[15] et musulman, immigré et prolétaire, dans la mesure où d’une part, les nouveaux arrivants ne relèvent pas nécessairement ni de cette classe sociale ni de cette religion, et qu’au sein des populations de tradition musulmane émerge une classe moyenne[16] et une bourgeoisie. C’est un des grandes forces de la société bourgeoise que de permettre aux plus travailleurs, aux plus entreprenants, aux plus studieux, aux plus savants, aux plus courageux, aux plus intelligents, aux plus talentueux, aux plus chanceux, aux plus beaux etc. de devenir membres de la classe dominante ou de ses serviteurs les mieux lotis. Mais ce que la bourgeoisie appelle la « méritocratie » ne peut s’appliquer en aucun cas à la classe considérée dans son ensemble. A côté de l’exemple de l’immigré « intégré », ou du prolétaire « de souche » qui ont quitté le prolétariat, subsiste nécessairement une classe prolétaire, elle-même en évolution, rivée au char de l’exploitation et soumis à tous les aléas de la société bourgeoise, chair à plus-value et chair à canon. Enfin, tout français ou étranger originaire (à un certain degré) d’une région où domine l’islam n’est pas nécessairement musulman[17]. Outre que certains se convertissent au christianisme (10% des baptêmes) une partie a rompu ou est susceptible de rompre avec la religion voire d’embrasser le socialisme internationaliste.

Deuxième piège : oublier que la lutte pour l’émancipation de l’humanité passe par une critique radicale de la religion, qui ne signifie pas une stigmatisation ou une persécution des fidèles ni une fermeture des lieux de culte, mais une transformation radicale des conditions de vie qui rende superflu le recours au « baume » que représente la religion pour la « créature accablée » (Marx). Mais ne pas prendre le prétexte de la lutte contre la religion pour faire dévier la lutte contre la bourgeoisie et la conquête du pouvoir politique en divisant les prolétaires. Dans son action immédiate, le parti prolétaire (aujourd’hui inexistant) demande partout une séparation marquée de l’Eglise et de l’Etat (ce qui, en France, signifie notamment la remise en cause des avantages dont disposent certaines religions à commencer par la religion majoritaire : la religion catholique – ex. le concordat en Alsace-Moselle)

3.           La défense de la démocratie.

La cible constituée par un journal[18] et des caricaturistes a fait se lever une bourgeoisie et une petite-bourgeoisie dégoulinante de bons sentiments pour défendre la « liberté de la presse » et la « liberté d’expression ».

Le parti prolétarien défend la plus grande liberté d’expression, mais il ne compte en aucun cas sur la démocratie bourgeoise, sur l’état bourgeois pour la garantir. Il sait que la bourgeoisie est le principal liberticide. Il sait qu’elle ne tolère la liberté d’expression que quand elle ne remet pas en cause son propre pouvoir et qu’elle est prompte à rogner et suspendre les libertés publiques et individuelles dès qu’elle se sent menacée.

En France, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, dans le cadre restauré de la république démocratique, la bourgeoisie n’a cessé de remettre en question la liberté de la presse ou d’association et dispose de tout un arsenal de lois. Par exemple celles dites « mémorielles » ou celles qui prennent le prétexte de l’antiracisme pour interdire certaines expressions politiques ou théoriques voire même la simple expression de faits.

A la fin de 2014, le renforcement des lois anti-terroristes a encore accru les possibilités de museler toute expression en introduisant une forme de délit d’opinion[19]. Le reproche « d’apologie du terrorisme » peut être suffisamment vague et étendu pour mettre deux ans en prison des partisans de mouvements qui, considérant les pratiques tant des révolutions (bourgeoises en tout premier lieu) que des contre-révolutions (terreur blanche), reconnaîtrait la nécessité de se préparer à de telles éventualités comme de couper des têtes de rois (révolution anglaise, française), de faire face à la contre-révolution par une politique employant la terreur (révolution française, révolution russe), de fusiller des évêques otages (Commune de Paris) ou des tsars (révolution russe). Il s’agit là de phénomènes inhérents à toute révolution, et la propagande révolutionnaire qui appelle à prendre la tête de ces actions[20], si ce n’est tous les manuels d’histoire qui justifient peu ou prou la nécessité ou l’utilité de ces mesures, ou encore certains passages de la constitution de 1793, tombent évidemment sous le coup de « l’apologie du terrorisme ».

Qui plus est, c’est bien la bourgeoisie que ce soit sous un angle révolutionnaire, conservateur ou contre-révolutionnaire qui n’a jamais hésité à utiliser des moyens d’une barbarie sans nom et le terrorisme le plus implacable. C’est bien la bourgeoisie qui n’a pas reculé devant l’extermination de groupes entiers de population[21]. C’est bien dans les pays signataires de la déclaration universelle des droits de l’homme que l’on n’a jamais hésité à pratiquer l’intimidation, la torture et l’assassinat. Bien plus, la bourgeoisie s’y est montrée complice sinon participant actif des massacres et autres exterminations qui endeuillent régulièrement la planète.

Troisième piège : Tout en défendant le cadre d’une république démocratique si ce dernier venait à être renversé (la bourgeoisie étant le principal suspect), le prolétariat ne doit pas renoncer à critiquer l’hypocrisie de la bourgeoisie qui ne soutient la liberté d’expression et notamment la liberté de la presse que si celle-ci ne remet pas en cause (quelle qu’en soit la forme) ses privilèges et sa domination. Le prolétariat doit donc revendiquer l’extension la plus grande possible des libertés publiques et individuelles et demander l’abrogation de toutes les lois liberticides afin d’obtenir la plus grande liberté de mouvement et d’expression. Il doit se constituer en parti politique indépendant et opposé aux autres partis.

4.           Le poison du racisme et du nationalisme.

Les préjugés raciaux ne se combattent pas avec de bons sentiments ni des positions théoriques. Ils sont profondément ancrés dans la matérialité de la vie sociale et ne se dépassent, avant de disparaître, que dans la dynamique d’événements historiques suffisamment grands pour faire fondre le sentiment des différences culturelles et ethniques. Les combattants de la Commune ouvrirent « grand leurs bras » (Marx) aux étrangers[22], mais une partie des bannis et déportés - à l’exception notable de Louise Michel, « la canaque » - combattirent ensuite aux côtés des gendarmes pour écraser les révoltes des Calédoniens.

La reproduction de l’espèce[23] est une composante de la base matérielle des sociétés. Les évolutions de la démographie sont un élément à prendre en compte pour comprendre celles de la société. La race blanche qui domina le monde - et à ce titre est identifiée dans sa globalité à l’expansion capitaliste, à la domination coloniale et impérialiste – est en déclin à l’échelle mondiale[24]. En Europe, outre les effets de l’allongement de l’espérance de vie, l’accroissement de la population n’est fondamentalement dû qu’aux apports de populations non européennes et non blanches et à leur descendance. Le marxisme n’a jamais nié qu’il existait un caractère national (il n’est d’ailleurs par nécessairement identique d’une classe à l’autre), ni que celui de la nation d’accueil était identique à celui d’une population immigrée. Comme les populations immigrées ont également un nombre, une histoire et un contexte d’immigration, une origine sociale au sein de la nation d’où ils sont partis, des structures de parenté, des religions et des cultures, souvent des langues, différents, que leur rôle social va les mettre en concurrence avec les membres des autres classes de la population, leur insertion est toujours source de tensions.

Marx et Engels ont montré à travers le cas classique de l’Irlande, la nation qui a connu le plus grand taux d’émigration au monde, et de l’Angleterre, les effets de l’immigration sur le prolétariat. En rejoignant l’armée de réserve industrielle, les immigrés non seulement pèsent sur le salaire des ouvriers de même qualification, mais compte tenu des habitudes sociales dans leur pays d’origine ce sont même les constituants de la force de travail qui peuvent être revus à la baisse[25], non seulement le prix mais la valeur de la force de travail du fait d’un nouveau standard de vie est abaissée[26]. L’immigration n’est donc pas due comme le justifient les bonnes âmes des classes supérieures qui profiteront de services moins chers, au fait que les prolétaires autochtones ne voudraient plus faire le travail qui est désormais confiée à la fraction immigrée, mais à ce qu’ils rechignent à accepter les conditions sociales qui leur sont proposées du fait de la concurrence et qui les entraînent vers le bas.

Il n’y a pas la moindre xénophobie chez Engels. Lui, qui vivait avec une ouvrière irlandaise, défend toujours le caractère national irlandais quand il juge qu’il est déformé[27] et montre que ce sont les conditions sociales qui conditionnent complètement l’existence de certains maux comme l’alcoolisme[28] par exemple. Après avoir montré tous les maux endurés par le prolétariat et les effets sur son comportement social (santé menacée, logements dégradés, nourriture de mauvaise qualité, éducation insuffisante, influence néfaste de l’Eglise, instruction absente, moralité relâchée, importante mortalité infantile, espérance de vie réduite, effet des grandes villes et des mauvais exemples, alcoolisme, criminalité, travail pénible sans intérêt, etc.) il défend les deux fractions du prolétariat et appelle à leur unité[29].

Le marxisme ne nie pas non plus que la délinquance et la criminalité entretiennent une relation non pas avec l’immigration en général mais avec l’existence du prolétariat[30]. Ce sont donc les conditions sociales qui sont à la base de celles-ci. Si dans ses couches les plus basses, les immigrés et leur descendance directe sont présents, ils seront aussi d’autant plus surreprésentés dans les délits et les crimes. De même, la classe capitaliste est surreprésentée dans les abus de biens sociaux, la fraude fiscale, les grandes escroqueries financières, les fraudes sur la TVA et les cotisations sociales, avec des montants en jeu et un degré d’impunité sans commune mesure avec le montant des vols et cambriolages et la répression qui s’abat sur les classes les plus pauvres.

En créant au sein du prolétariat deux nations rivales, dont l’une se pose en aristocrate de l’autre ou des autres, on réduit le prolétariat à l’impuissance pour le plus grand bien des classes dirigeantes qui entretiennent en permanence leur concurrence[31]. Cette situation de tension raciale permanente est une arme toujours mobilisable pour opposer entre elles les fractions de la classe exploitée selon la vieille facilité du bouc-émissaire

Ce n’est pas l’antiracisme qui peut nous animer, mais l’internationalisme. Celui-ci ne nie pas qu’il existe des nations, des ethnies, des races, il travaille à dépasser les clivages en unifiant l’espèce par-delà ses différences (et non en les niant). L’internationalisme sait que le principal clivage qui sert à renforcer les préjugés racistes est la division de la société en classes, il lutte pour l’abolition des classes et donc pour l’unification du prolétariat à l’échelle internationale, afin qu’une révolution mondiale puisse en finir avec les appareils d’état, l’économie marchande, le salariat et toutes les conditions de l’exploitation. L’exploitation ayant disparu, les conditions pour que les hommes et les femmes de toutes couleurs et conditions physiques se reconnaissent et se mélangent seront données.

En attendant, c’est en menant des luttes où l’ennemi commun est bien identifié en termes de classes, en termes politiques (les bourgeoisies et leurs Etats, de toutes couleurs) que l’on peut créer les conditions de cette unification.

Quatrième piège : désigner l’ennemi en fonction de ses origines, de sa couleur de peau, de sa culture, de sa religion, et non de sa position de classe dans l’échelle de la société. Ce n’est qu’en créant un parti communiste international que l’action du prolétariat pourra venir à bout de la société bourgeoise et des tares qui l’accompagnent.

5.           Contre toutes les menaces armées.

Si, pour parler vite, il arrive aux communistes internationalistes de se dire athées, cette démarcation est en fait insuffisante. Une telle caractérisation, par la négative, relève plus des fractions libre penseuses, anti-cléricales et rationalistes de la bourgeoisie, que du matérialisme communiste. Ce dernier cherche à montrer la base matérielle de la religion et ne compte en rien sur la « raison » mais sur un changement de société mettant fin à sa division en classes sociales pour que le phénomène religieux dépérisse. Le matérialisme communiste est donc au-delà de la religion, il est transthéiste. Cela, bien sûr, ne l’empêche en rien de mener une lutte contre les religions, contre leur idéologie et leur pratique dans la mesure où elles jouent un rôle politique et social et notamment en montrant comment les institutions religieuses et le clergé se posent en défenseurs de la société bourgeoise dont ils sont une composante.

De par leur position sur la religion, sur la nature de la société, parce qu’ils sont partisans comme Fourier de mesurer le degré de l’émancipation générale en fonction du degré d’émancipation de la femme et donc en appellent à une société non pas seulement d’égalité de l’homme et de la femme mais une société où celle-ci est placée à son faîte, parce que leur parti s’oppose à tous les autres partis bourgeois ou petit-bourgeois ou pseudo ouvriers ou encore représentants de classes laminées par l’expansion du mode de production capitaliste, les militants révolutionnaires sont évidemment des ennemis et des cibles pour les tueurs des partis « djihadistes ».

Rappelons que, des agents d’entretien, aux ouvriers d’imprimerie, les récentes prises d’otages ont frappé indistinctement cibles médiatiques – les caricaturistes de Charlie-Hebdo – et des prolétaires. Le prolétariat doit savoir, en voyant les capacités de mobilisation extrêmement rapides et efficaces des forces de répression depuis le 7 janvier que, contre lui aussi, s’il ose relever la tête, il n’y aura pas de quartier. Même s’il est certain que le sacrifice de leur vie faisait partie de la trajectoire des assassins, on doit constater que la peine de mort n’a pas été abolie ; sa pratique est inévitable ; elle a été transférée de la justice à la police. Les populations des banlieues sont déjà confrontées régulièrement à des interventions de police musclées, les réactions de l’Etat à la mort de Rémi Fraisse en septembre 2014 ont montré que la « mort d’homme » est désormais un risque parfaitement assumé par l’Etat dans les manifestations de rue. De la Grèce à l’Espagne, l’Italie, les répressions de la colère sociale sont extrêmement vives et l’Etat est parfaitement prêt à passer un cran au-dessus dès que la menace d’un véritable soulèvement prolétarien pourrait se faire jour.

Ce n’est que dans le cadre de la république démocratique que la lutte contre la bourgeoisie peut être menée jusqu’à son terme : la conquête du pouvoir politique par le prolétariat et l’exercice de sa dictature révolutionnaire, elle-même phase de transition politique vers la société sans classes.
La république démocratique est une forme politique instable que la bourgeoisie a régulièrement abandonnée dès lors qu’elle est effrayée par les conséquences du déchainement de la lutte des classes. Le prolétariat doit défendre le terrain de lutte indispensable à sa victoire ou sinon le conquérir (notamment dans les théocraties islamistes où la religion est mobilisée pour museler par la terreur toute opposition non seulement prolétarienne mais même démocratique envers les classes dominantes) ou le reconquérir si par malheur il l’a perdu.

Le parti prolétarien a toujours considéré que le meilleur moyen pour assurer l’existence de la république démocratique, est la suppression de l’armée permanente et l’armement du prolétariat.
Ajoutons ici la lutte contre la politique impérialiste de la bourgeoisie.

Aujourd’hui, les forces organisées du prolétariat révolutionnaire sont réduites à néant, il n’existe aucune possibilité d’action autonome, le prolétariat est réduit à n’être que l’aile gauche de la démocratie. Mais la seule réponse possible consiste contre toutes les menaces qui pèsent sur sa capacité d’action, au tout premier rang duquel figure la bourgeoisie, dans la suppression de l’armée permanente et l’armement du prolétariat, le rétablissement du service militaire, afin qu’il se dote de ses propres organes de combat et d’autodéfense et qu’il puisse partout, dans les entreprises, la rue, les quartiers, défendre sa vie, sa sécurité et celle de ses enfants.

Cinquième piège : confier sa protection à la puissance de l’Etat et renoncer à la possibilité, aujourd’hui ou demain de se défendre par ses propres moyens contre toutes les menaces armées d’où qu’elles viennent.

6.           Contre l’unité nationale

La petite-bourgeoisie a la mémoire courte. Rivée en septembre 2014 aux écrans télés de la série « Apocalypse » qui montrait les conséquences de l’union sacrée de 1914 : l’embrigadement vers la mort annoncée de millions d’ouvriers et de paysans, elle est prête aujourd’hui à défiler bougies à la main avec toutes les composantes du paysage politique (sauf le FN) et les chefs de gouvernement de toute l’Europe et au-delà, dont les plus réactionnaires et liberticides d’entre eux.

Sans être évidemment comparable, les appels à l’union nationale constituent une volonté d’empêcher que la colère sociale grandissante due à la succession des crises, à la guerre sociale menée par une bourgeoisie et un patronat arrogant et ivres de vengeance contre le prolétariat, ne se muent en un grand mouvement de protestation pouvant déboucher sur une reprise du combat révolutionnaire.

L’Union nationale vise à retourner contre le prolétariat les énergies, la colère et l’émotion suscitée par les attentats en lui faisant avaliser une politique sécuritaire renforcée, la politique impérialiste, et capitaliser cet élan pour aller plus vite et plus loin dans la politique sociale diminuant le salaire social (retraites, santé, chômage, …)

L’union nationale est toujours et partout une défaite pour le prolétariat, car elle l’enchaîne au char de l’Etat et à la bourgeoisie qui mène la danse. Dans l’état de tension internationale extrême qui prévaut aujourd’hui et qui atteint le cœur de l’Europe (Ukraine) toute forme d’embrigadement sous quelque bannière bourgeoisie que ce soit : démocratie, tolérance, antifascisme constitue un piège mortel.

Pour une fois la qualification de « historique » appliquée à la manifestation du 11 janvier 2015 par les commentateurs n’est pas exagérée. Réunir près de 4 millions de personnes dans une démonstration de soutien à l’Etat et à ses forces de répression (quelles que soient par ailleurs les motivations individuelles des participants qui par la même occasion ont montré leur volonté d’une république démocratique élargissant les libertés) est une performance exceptionnelle.

C’est en même temps un jour noir pour le prolétariat révolutionnaire. L’exécutif français, si souvent caractérisé comme mollasson a joué un coup de maître en réunissant cinquante chefs d’Etat tous engagés dans des politiques anti-ouvrières drastiques et liberticides. Il faut y voir là à coup sûr un signe avant-coureur d’une accélération des attaques contre la classe ouvrière que l’état bourgeois français a commencé à engager, mais plus mollement que ses homologues européens, sans doute par crainte des réactions prolétariennes, dans une atmosphère sociale très volatile. La fraction française du capital international est contrainte de mettre en place rapidement un train de « réformes » et d’ajustements à la concurrence internationale dont l’objectif est d’accroître l’exploitation et la soumission du prolétariat.

Sixième piège : se laisser embrigader dans l’union nationale pour la défense des « libertés », marcher derrière l’ennemi de classe au nom du « rassemblement national ».

Pour autant que le prolétariat puisse avoir une expression autonome, il devrait s’affirmer :

-         Contre l’union nationale et toute illusion sur la protection par l’Etat.
-         Pour la liberté totale d’expression, de presse, de manifestation, d’organisation et l’abrogation des lois liberticides
-         Contre toutes les religions et l’emprise des appareils théocratiques de toute nature, séparation radicale de l’Eglise et de l’Etat.
-         Pour la suppression de l’armée permanente et l’armement du prolétariat et auto-défense ouvrière.
-         Pour le renforcement des organes de défense du prolétariat et la constitution d’une internationale communiste, d’un parti prolétaire international.



[1] Mais le phénomène de l’adhésion peut être plus complexe que la simple proximité (quand celle-ci n’est pas non plus celle de la prison), la misère et l’échec scolaire. La révolte qui s’empare de jeunes, les injustices qu’ils découvrent, le besoin d’une communauté et d’une action de type humanitaire, l’information accessible sur Internet, l’existence d’un pôle radical de contestation facilitent leur adhésion. Par leur connaissance et l’usage des nouvelles technologies, les postures adoptées, leurs intentions et leur mise en scène qui montrent une grande maîtrise de l’image et des symboles, ils sont bien les enfants de la société moderne, au-delà des traits archaïques et obscurantistes des idéologies sur lesquels ils s’appuient.
[2] « Plus d’un immigré et d’un descendant d’immigré sur deux déclarent qu’« on ne les voit pas comme des Français ». » Gérard Bouvier, Les descendants d’immigrés plus nombreux que les immigrés : une position française originale en Europe.
[3] Aujourd’hui ennemis (mais pas de tous), hier amis. On n’oubliera pas qu’un Ben Laden par exemple a d’abord été soutenu, formé, armé par la bourgeoisie étasunienne en tant que combattant de la liberté contre l’impérialisme soviétique en Afghanistan.
[4] Bien qu’elle soit également une forme de la contre-révolution iranienne et aussi un produit de la contre-révolution prolétarienne à l’échelle internationale, celles des années 20 qui a vu disparaître le prolétariat en tant que classe politiquement autonome.
[5] Mais, cela a été aussi le cas, par exemple, à la suite du conflit entre la Grèce et la Turquie. En 1923, plus d’un million de grecs de Turquie (dont beaucoup mourront en route, sachant que de 1916 à 1923, plusieurs centaines de milliers seront exécutés, pendus, exterminés par le travail obligatoire, la famine et les marches forcées) et plus de 300 000 turcs de Grèce sont déplacés ou encore les déplacements des allemands notamment de Pologne et de Tchécoslovaquie après la deuxième guerre mondiale (soit pour l’ensemble de l’Europe entre 12 et16 millions d’allemands expulsés tandis que 1,5 millions de polonais sont expulsés des territoires conquis par l’URSS).
[6] Par exemple : « il est vain de prétendre appliquer au monde du Levant les principes libéraux et démocratiques dont l’Occident a pu s’accommoder » (Charles de Gaulle)
« Il est vrai que pour agir nous avons adopté le pire système dans ce pays [le Levant NDR] à savoir d'inciter les gens à se lever d'eux-mêmes quitte à les y encourager, alors qu'on n'a jamais rien réalisé ici, ni les canaux du Nil, ni l'aqueduc de Palmyre, ni une route romaine, ni une oliveraie, sans la contrainte. » (Charles de Gaulle)
[7] Des religions qui ont traversé les siècles et les modes de production ne recouvrent pas les mêmes intérêts partout et toujours. Elles s’adaptent aux nouvelles circonstances entraînant au passage, schismes et évolutions doctrinales. Par exemple, le christianisme primitif était « le mouvement des opprimés ; il apparut tout d’abord comme la religion des esclaves et des affranchis, des pauvres et des hommes privés de droits, des peuples subjugués ou dispersés par Rome. » (Engels, Contribution à l’histoire du christianisme primitif). Plus tard, « l’opposition révolutionnaire contre la féodalité se poursuit pendant tout le moyen âge. Elle apparaît, selon les circonstances, tantôt sous forme de mystique, tantôt sous forme d’hérésie ouverte, tantôt sous forme d’insurrection armée. » (Engels, la guerre des paysans en Allemagne) puis « Le dogme calviniste convenait particulièrement bien aux éléments les plus hardis de la bourgeoisie de l’époque. » (Engels, Socialisme utopique et socialisme scientifique). Quant à l’islam des origines c’« est une religion faite à la mesure des Orientaux plus précisément des Arabes, c’est-à-dire, d’une part, de citadins pratiquant le commerce et l’industrie ; d’autre part, des Bédouins nomades. Mais il y a là le germe d’une collision périodique. Les citadins, devenus opulents et fastueux, se relâchent dans l’observance de la « Loi ». Les Bédouins pauvres et, à cause de leur pauvreté, de mœurs sévères, regardent avec envie et convoitise ces richesses et ces jouissances. Ils s’unissent sous la direction d’un prophète, un Madhi, pour châtier les infidèles, pour rétablir la loi cérémoniale et la vraie croyance, et pour s’approprier comme récompense les trésors des infidèles. » (Engels, Contribution à l’histoire du christianisme primitif)
[8] Il est facile d’en montrer une des bases matérielles. En solde net, depuis près de 40 ans, il n’y a pratiquement aucun emploi masculin de créé tandis qu’environ 4 millions d’emplois ont été créés (pendant les soi-disant trente glorieuses environ 2 millions d’emplois au total avaient été créés). En 2013, la population employée était composée de 13,4 millions d’hommes et de 12,3 millions de femmes. En 1975, la population active était composée de 13,8 millions d’hommes et de 8,7 millions de femmes. Comme la population active inclut les chômeurs, il faut les déduire pour obtenir la population employée. Le taux de chômage moyen était de 3,4% en 1975 (2,6% pour les hommes et 4,7% pour les femmes). Par conséquent, en 1975, la population employée masculine s’élevait à 13,4 millions. Nous retrouvons plus ou moins le même nombre 40 ans après. Dans le même temps, la population féminine employée est passée de 8,3 millions à 12,3 millions. Nous pourrions également montrer que ces emplois (solde net) sont à temps partiel, précaires(cdd, intérim), aidés, tenus par un personnel plus qualifié que la moyenne et d’autant moins bien payé que le salaire des femmes est 20% plus bas que celui des hommes à qualification égale. N’en déplaise aux féministes, il y a eu substitution des femmes aux hommes.
[9] Un exemple extrême est celui de Rachida Dati, ancienne ministre de la justice dont deux frères sont passés par la case prison.
[10] Et anciens : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.
Qu’on ne se raconte pas d’histoire ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français. Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri, même s’ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. » (Charles de Gaulle)
[11] Cette situation est loin d’être récente : « La religion musulmane trouve ses racines dans un communisme religieux selon lequel aucun homme ne peut être propriétaire et toutes les institutions religieuses doivent avoir pour préoccupation principale de prendre soin des orphelins et des indigents. Néanmoins, ces principes religieux n’ont pas sauvé les paysans du servage ni empêché l’accaparement des terres par les propriétaires fonciers et les despotes. Graduellement, ces principes ont été modifiés à l’avantage des classes dirigeantes. La terre, libre et appartenant seulement à Allah, a d’abord été déclarée appartenir aux sultans et aux shahs et ensuite devient la propriété des féodaux et des capitalistes.
Les terres en donation (Wakf) qui avaient été données aux mosquées et au clergé afin que leurs revenus contribuent au financement des institutions de charité pour le peuple perdirent graduellement leur fonction originale et devinrent des terres appartenant au clergé et à des personnes privées. Au lieu d’être utilisé au bénéfice des pauvres, le revenu de celles-ci fut pris par les dirigeants séculiers et ecclésiastiques - parasites qui utilisaient ces terres tout d’abord pour exploiter les paysans pauvres.
Le paysan, un homme libre selon la charia a été réduit graduellement à la condition d’esclave soit par la coercition directe de la part des khans et des beys soit par la contrainte économique liée à l’appropriation des terres par les propriétaires fonciers. » (Extrait du rapport de A.E. Skachko, secrétaire de l’IC pour l’Est, dans la 6ème session du Congrès de Bakou dédiée à la question agraire, le 6 septembre 1920)
[12] En 2011, le chrétien fondamentaliste norvégien Breivik, critique d’une Eglise protestante éloignée de ses « valeurs traditionnelles », hostile à « l’islamisation de l’Europe », ennemi du marxisme a tué 7 personnes par un attentat à la bombe puis 85 jeunes socio-démocrates sans que personne ne « somme » les chrétiens de s’excuser. Il considérait que : «Si l'Europe de l'Ouest et les États-Unis avaient emprisonné tous les marxistes après la Seconde guerre mondiale, et avaient considéré l'idéologique marxiste comme aussi haïssable que le nazisme, nous n'en serions pas là. [C’est-à-dire à l’islamisation de l’Europe NDR]».
[13] Avec la difficulté que arrivant après la loi de 1905, les lieux de culte musulmans sont en principe intégralement à la charge des fidèles, tandis que l’entretien des églises est à la charge de la nation. Comme elle l’a fait pour la cathédrale d’Evry, la bourgeoisie, au lieu d’affronter directement la question, encore qu’elle y vienne, prend divers biais hypocrites pour détourner la loi et aider au financement des lieux de culte, terrain sur lequel elle est également en concurrence avec certains pays comme l’Arabie saoudite ou le Qatar qui cherchent par ce moyen à étendre leur influence.
[14] On peut le mesurer par exemple à travers le recul des mariages forcés (sauf pour les turcs mais avec une tendance à la polarisation des extrêmes – le mariage forcé et le concubinage progressent simultanément-), les naissances « mixtes » (un parent né à l’étranger et un parent né en France soit environ 100 000 naissances sur environ 800 000. L’essentiel de l’accroissement des naissances qui a caractérisé la France par rapport au continent - sans pour autant parvenir à un seuil supérieur au taux de renouvellement des générations - est le fait soit de ce type de naissances – avec un père ou une mère née hors de l’union européenne – soit des naissances avec un père et une mère nés hors UE soit encore environ 100 000 naissances), la polarisation de la ségrégation des quartiers (La politique de la ville a défini 751 zones urbaines sensibles (ZUS) qui regroupent environ 5 millions de personnes. Au sein de celles-ci, 100 quartiers de plus de 8500 personnes représentant entre 1,5 et 2 millions d’habitants sont classés en zones franches urbaines (ZFU). Dans ces zones la population immigrée (toutes origines confondues est majoritaire) et encore plus fortement dans les zones franches qui conjuguent un bâti dégradé, des capacités fiscales communales limitées, un fort taux de chômage et d’emplois précaires. Dans les zones franches, l’immigration africaine -dont maghrébine- et leur descendance représente une majorité relative. Cependant près des ¾ des immigrés de cette origine ne vivent pas dans ces quartiers et ce pourcentage s’accroît pour les descendants.), etc.
[15] Le concept d’immigré, création relativement récente dans la statistique, est défini comme une personne résidant en France et née à l’étranger de parents étrangers. La personne reste dans cette catégorie statistique toute sa vie, même si elle a acquis la nationalité française (environ 100 000 personnes obtiennent la nationalité française par acquisition en majorité (environ 50% des cas) par naturalisation. Selon l’Insee, il y a actuellement en France 5,6 millions d’immigrés (environ 3,9 millions en 1975) dont la moitié environ a acquis la nationalité française. Cette population est composée de plusieurs générations, nationalités d’origine, religions. La majorité des immigrés sont désormais des immigrées. Elles représentent plus des 2/3 de l’accroissement de la population immigrée. Les immigrés nés dans un pays d’Afrique ou en Turquie représentent près de la moitié des immigrés et 40% d’entre eux vivent dans la région parisienne. On n’oubliera pas non plus que les immigrés peuvent partir dans un autre pays ou mourir. Quant à leur descendance directe, leurs enfants, la « deuxième génération », qui a donné lieu à des débats ridicules dans la mesure où on oublie que les enfants en question sont issus de diverses vagues d’immigration d’origine différentes et peuvent avoir tous les âges, ils sont de l’ordre de 7 millions (les 2/3 ont plus de 18 ans). Cette « catégorie » (immigrés et descendance) représente plus du ¼ de la population en âge de travailler.
[16] Un bon exemple est fourni par le manifeste publié dans « Le Monde » du 11 janvier où plusieurs centaines de signataires prennent fait et cause contre les tueurs et « au côté de la liberté ».
[17] Ce qui faisait dire à l’écrivain berbère (terme qu’il récusait) algérien, Kateb Yacine qu’il n’était ni arabe, ni musulman.
[18] On notera que l’ex-directeur dudit journal avait lui-même viré abusivement le caricaturiste Siné pour cause « d’antisémitisme », puis, à France-Inter, les humoristes Stéphane Guillon et Didier Porte. Voilà qui témoigne bien de l’hypocrisie qui préside à cette défense pleurnicharde de la « liberté d’expression ».
[19] Le sinistre Dieudonné, dont la dérive vient de se concrétiser par la formation d’un parti politique ayant des accointances avec l’Iran et dont un des fondements est l’antisémitisme, est depuis longtemps harcelé par le gouvernement. Il vient d’en être la première victime pour un simple mot douteux, provocateur et ambigu comme à son habitude. Il a été rapidement suivi par le signalement d’élèves qui refusant de s’associer à la minute de silence décrétée dans les établissements scolaires ont pris une attitude qui les faisait tomber sous le coup de la loi.
[20] « Bien loin de s’opposer aux prétendus excès, aux exemples de vengeance populaire contre des individus haïs ou des édifices publics auxquels ne se rattachent que des souvenirs odieux, il faut non seulement tolérer ces exemples, mais encore en assumer soi-même la direction. » (Marx, Adresse à la ligue des communistes)
[21] Depuis la deuxième guerre mondiale, la bourgeoisie a introduit dans le droit bourgeois le concept de génocide sous le chef d’inculpation duquel peut tomber le parti prolétaire puisqu’il admet qu’il puisse réprimer des adversaires sur la base de considérations sociales, sur la base de différences de classes, alors même que c’est Babeuf, le représentant du premier « parti communiste agissant » qui dénoncera notamment un des premiers « populicide », pour reprendre son expression, de l’ère moderne, celui accompli par le panthéon révolutionnaire contre la Vendée.
[22] « Le second Empire avait été la grande kermesse de la filouterie cosmopolite, les escrocs de tous les pays s'étaient rués à son appel pour participer à ses orgies et au pillage du peuple français. En ce moment même le bras droit de Thiers est Ganesco, crapule valaque, son bras gauche, Markovski, espion russe. La Commune a admis tous les étrangers à l'honneur de mourir pour une cause immortelle. - Entre la guerre étrangère perdue par sa trahison, et la guerre civile fomentée par son complot avec l'envahisseur étranger, la bourgeoisie avait trouvé le temps d'afficher son patriotisme en organisant la chasse policière aux Allemands habitant en France. La Commune a fait d'un ouvrier allemand son ministre du Travail. - Thiers, la bourgeoisie, le second Empire avaient continuellement trompé la Pologne par de bruyantes professions de sympathie, tandis qu'en réalité ils la livraient à la Russie, dont ils faisaient la sale besogne. La Commune a fait aux fils héroïques de la Pologne l'honneur de les placer à la tête des défenseurs de Paris. Et pour marquer hautement la nouvelle ère de l'histoire qu'elle avait conscience d'inaugurer, sous les yeux des Prussiens vainqueurs d'un côté, et de l'armée de Bonaparte, conduite par des généraux bonapartistes de l'autre la Commune jeta bas ce colossal symbole de la gloire guerrière, la colonne Vendôme. » (Marx, La guerre civile en France)
[23] « Selon la conception matérialiste, le facteur déterminant, en dernier ressort, dans l'histoire, c'est la production et la reproduction de la vie immédiate. Mais, à son tour, cette production a une double nature. D'une part, la production de moyens d'existence, d'objets servant à la nourriture, à l'habillement, au logement, et des outils qu'ils nécessitent; d'autre part, la production des hommes mêmes, la propagation de l'espèce. » (Engels, L’origine de la famille de la propriété et de l’Etat)
[24] Ce sont les pays capitalistes les plus développés qui ont initié la révolution démographique du XVIIIè siècle, en faisant reculer notamment la mortalité infantile. Avec retard, la natalité a ensuite baissé pour rejoindre le niveau de la mortalité, le nombre d’enfants par femme tombant au niveau du taux nécessaire pour renouveler les générations. Entre les deux mouvements, l’augmentation de la population, également favorisée par l’augmentation de l’espérance de vie, a été considérable ; il s’agit de la plus grande révolution démographique depuis le néolithique. En Europe elle a été multipliée par 4 en deux siècles. Désormais, l’Union européenne est passée sous le seuil de renouvellement de générations ainsi que la plupart des pays où le mode de production capitaliste est le plus développé donc au-delà du peuplement blanc proprement dit (par exemple au Japon, où le taux de renouvellement est de 1,3 enfants par femme et l’immigration limitée la population diminue. C’est le cas aussi en Allemagne malgré une forte immigration. Mais ce mouvement gagne l’ensemble du monde et d’ores et déjà plus de la moitié de l’humanité vit dans des pays qui sont passés sous le seuil du renouvellement des générations (C’est le cas par exemple de l’Iran, de la Tunisie, de la Turquie). Les démographes estiment que la population atteindra un apogée avec environ 9 milliards d’individus vers 2060.
[25] Florilège à faire hurler le petit bourgeois démocrate politiquement correct : « Ces gens [irlandais NDR], qui ont grandi presque sans connaître les bienfaits de la civilisation, habitués dès leur jeune âge aux privations de toutes sortes, grossiers, buveurs, insoucieux de l'avenir, arrivent ainsi, apportant leurs mœurs brutales dans une classe de la population qui a, pour dire vrai, peu d'inclination pour la culture et la moralité. » « Les pires demeures sont assez bonnes pour eux; leurs vêtements les préoccupent peu, tant qu'un seul fil les maintient; ils ignorent l'usage des chaussures; leur nourriture consiste uniquement en pommes de terre, ce qu'ils gagnent en plus, ils le boivent; pourquoi de tels êtres auraient-ils besoin d'un fort salaire ? Les pires quartiers de toutes les grandes villes sont peuplés d'Irlandais; partout où un quartier se signale particulièrement par sa saleté et son délabrement, on peut s'attendre à apercevoir en majorité ces visages celtiques qui, au premier coup d’œil se distinguent des physionomies saxonnes des indigènes, et à entendre cet accent irlandais chantant et aspiré que l'Irlandais authentique ne perd jamais. Il m'est arrivé d'enten­dre parler le celto-irlandais dans les quartiers les plus populeux de Manchester. La plupart des familles qui habitent des sous-sols sont presque partout d'origine irlandaise. Bref, comme le dit le Dr Kay, les Irlandais ont découvert ce qu'est le minimum des besoins vitaux et ils l'apprennent maintenant aux Anglais. Ils ont importé en outre l'alcoolisme et la saleté. Cette malpropreté qui chez eux, à la campagne, où la population est disséminée, n'a pas de trop graves conséquences mais qui est devenue chez les Irlandais une seconde nature, est véritablement une tare effrayante et dangereuse dans les grandes villes par suite de la concentration urbaine. Ainsi qu'il a coutume de le faire chez lui, le Milésien déverse toutes ses ordures et ses détritus devant sa porte, provoquant ainsi la formation de mares et de tas de crotte qui salissent les quartiers ouvriers et empuantissent l'atmosphère. Comme il le fait dans son pays, il construit sa porcherie tout contre sa maison; et si ce n'est pas possible, il fait coucher son cochon dans sa chambre.

Cette nouvelle et anormale sorte d'élevage pratiquée dans les grandes villes est purement d'origine irlandaise; l'Irlandais tient à son cochon comme l'Arabe à son cheval, si ce n'est qu'il le vend quand il est assez gras pour être tué; pour le reste il mange avec lui, dort avec lui, ses enfants jouent avec lui, montent sur son dos et s'ébattent avec lui dans le fumier, ainsi qu'on peut en voir mille exemples dans toutes les grandes villes d'Angleterre. Et quand à la saleté, à l'inconfort des maisons, impossible de s'en faire une idée. L'Irlandais n'est pas habitué aux meubles; un tas de paille, quelques chiffons absolument inutilisables comme vêtements et voilà pour sa couche. Un bout de bois, une chaise cassée, une vieille caisse en guise de table, il ne lui en faut pas plus; une théière, quelques pots et écuelles de terre, et cela lui suffit pour sa cuisine qui fait en même temps office de chambre à coucher et de salle de séjour. Et quand le combustible lui fait défaut, tout ce qui peut brûler et qui lui tombe sous la main : chaises, montants de portes, chambranles, plancher, à supposer qu'il y en ait, prennent la direction de la cheminée. Et d'ailleurs, pourquoi lui faudrait-il de l'espace ? Dans son pays, dans sa cabane de torchis, une seule pièce suffisait à tous les usages domestiques; en Angleterre, la famille n'a pas non plus besoin de plus d'une pièce. Ainsi cet entassement de plusieurs personnes dans une seule pièce, maintenant si répandu, a été introduit princi­palement par l'immigration irlandaise. Et comme il faut bien que ce pauvre diable ait au moins un plaisir, et que la société l'exclut de tous les autres, il s'en va au cabaret, boire de l'eau-de-vie. L'eau-de-vie est pour l'Irlandais, la seule chose qui donne son sens à la vie - l'eau-de-vie et bien sûr aussi son tempérament insouciant et jovial : voilà pourquoi il s'adonne à l'eau-de-vie jusqu'à l'ivresse la plus brutale. Le caractère méridional, frivole de l'Irlandais, sa grossièreté qui le place à un niveau à peine supérieur à celui du sauvage, son mépris de tous les plaisirs plus humains, qu'il est incapable de goûter en raison même de sa grossièreté, sa saleté et sa pauvreté, autant de raisons qui favorisent l'alcoolisme - la tentation est trop forte, il ne peut résister et tout l'argent qu'il gagne passe dans son gosier. » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre)
[26] « C'est contre un concurrent de ce genre que doit lutter le travailleur anglais, contre un concurrent occupant le barreau de l'échelle le plus bas qui puisse exister dans un pays civilisé et qui, précisément pour cette raison, se contente d'un salaire inférieur à celui de n'importe quel autre travailleur. C'est pourquoi le salaire du travailleur anglais, dans tous les secteurs où l'Irlandais peut le concurrencer, ne fait que baisser constamment et il ne saurait en être autrement, comme le dit Carlyle. » « Mais partout où il s'agit d'un travail simple, moins précis, qui requiert davantage de vigueur que d'adresse, l'Irlandais est tout aussi bon que l'Anglais. Et c'est pourquoi tous ces métiers sont envahis par les Irlandais; les tisserands manuels, aide-maçons, porte-faix, «jobbers» etc. comptent une foule d'Irlandais; et l'invasion de cette nation a contribué, pour beaucoup, dans ces professions, à abaisser le salaire et avec lui la classe ouvrière elle-même. Et même si les Irlandais qui ont envahi les autres branches ont dû se civiliser, il leur est resté encore assez de marques de leur ancien mode de vie pour exercer sur leurs camarades de travail anglais, une influence dégradante - sans parler de l'influence du milieu irlandais lui-même. Car si l'on considère que dans chaque grande ville, un cinquième ou un quart des ouvriers sont Irlandais ou enfants d'Irlandais élevés dans la saleté irlandaise, on ne s'étonnera pas que dans l'existence de toute la classe ouvrière, dans ses mœurs, son niveau intellectuel et moral, ses caractères généraux, se retrouve une bonne part de ce qui fait le fond de la nature de l'Irlandais, et l'on concevra que la situation révoltante des travailleurs anglais, résultat de l'industrie moderne et de ses conséquences immédiates, ait pu être encore avilie. » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre)
[27] « Carlyle a ici tout à fait raison - si l'on excepte la condamnation exagérée et partiale du caractère national irlandais. » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre)
[28] « Comment la société qui le met dans une situation telle qu'il deviendra presque nécessairement un buveur, qui le laisse s'abrutir et ne se préoccupe nullement de lui - comment peut-elle ensuite l'accuser, lorsqu'il devient effectivement un ivrogne ? » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre)
 « L'alcoolisme a cessé dans ce cas d'être un vice, dont on peut rendre responsable celui qui s'y adonne; elle devient un phénomène naturel, la conséquence nécessaire et inéluctable de conditions données agissant sur un objet qui - du moins quant à ces conditions - est sans volonté. C'est à ceux qui ont fait du travail­leur un simple objet d'en endosser la responsabilité. »
[29] « Un autre facteur qui a exercé une influence importante sur le caractère des ouvriers an­glais, c'est l'immigration irlandaise, dont il a déjà été question sur ce plan également. Elle a certes, comme nous le voyons, d'une part dégradé les travailleurs anglais, les privant des bienfaits de la civilisation et aggravant leur situation - mais elle a contribué par ailleurs à creuser le fossé entre travailleurs et bourgeoisie, et ainsi hâté l'approche de la crise. Car l'évolution de la maladie sociale dont souffre l'Angleterre est la même que celle d'une maladie physique; elle évolue selon certaines lois et a ses crises, dont la dernière et la plus violente décide du sort du patient. Et comme il est impossible que la nation anglaise succombe à cette dernière crise, et qu'elle doit nécessairement en sortir renouvelée et régénérée, on ne peut que se réjouir de tout ce qui porte la maladie à son paroxysme. Et l'immigration irlandaise y contribue en outre par ce caractère vif, passionné qu'elle acclimate en Angleterre et qu'elle apporte à la classe ouvrière anglaise. A maints égards les rapports entre Irlandais et Anglais sont les mêmes que ceux entre Français et Allemands; le mélange du tempérament irlandais plus léger, plus émotif, plus chaud, et du caractère anglais calme, persévérant, réfléchi ne peut être à la longue que profitable aux deux parties. L'égoïsme brutal de la bourgeoisie anglaise serait resté beaucoup plus enraciné dans la classe laborieuse si le caractère irlandais, généreux jusqu'au gaspillage, essentiellement dominé par le sentiment, n'était venu s'y adjoindre, d'une part grâce au croisement entre races, d'autre part, grâce aux relations habituelles, pour adoucir ce que le caractère anglais avait de froid et de trop rationnel.

Nous ne nous étonnerons donc plus dès lors d'apprendre que la classe laborieuse anglaise est devenue peu à peu un peuple tout différent de la bourgeoisie anglaise. La bourgeoisie a plus d'affinités avec toutes les nations de la terre qu'avec les ouvriers qui vivent à ses côtés, Les ouvriers parlent une langue différente, ont d'autres idées et conceptions, d'autres mœurs et d'autres principes moraux, une religion et une politique différente de celles de la bourgeoisie. Ce sont deux peuples différents, aussi différents que s'ils étaient d'une autre race, et jusqu'ici, nous n'en connaissions sur le continent qu'un seul, la bourgeoisie. Et pourtant, c'est précisément le second, le peuple des prolétaires qui est de loin le plus important pour l'avenir de l'Angleterre. » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre).
[30] « Le mépris de l'ordre social se manifeste le plus clairement dans son extrême, le crime. Si les causes qui rendent l'ouvrier immoral s'exercent de façon plus puissante, plus intense, qu'habituellement, celui-ci devient un criminel aussi sûrement que l'eau chauffée à 80º Réaumur passe de l'état liquide à l'état gazeux. Sous l'action brutale et abrutissante de la bourgeoisie, l'ouvrier devient précisément une chose aussi dépourvue de volonté que l'eau; il est soumis avec exactement la même nécessité aux lois de la nature - pour lui, à un certain point, toute liberté cesse. C'est pourquoi, parallèlement au développement du prolétariat, la criminalité s'est accrue en Angleterre; et la nation anglaise est devenue la plus criminelle du monde entier. » «Les tableaux de criminalité fournissent aussi la preuve directe que presque tous les crimes ont été commis par le prolétariat. » (Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre)
[31] « En raison de la concentration toujours plus grande des exploitations agricoles, l'Irlande fournit sans cesse un excédent de main-d'œuvre au marché du travail anglais et exerce, de la sorte, une pression sur les salaires dans le sens d'une dégradation des conditions matérielles et intellectuelles de la classe ouvrière anglaise.
Ce qui est primordial, c'est que chaque centre industriel et commercial d'Angleterre possède maintenant une classe ouvrière divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais. L'ouvrier anglais moyen déteste l'ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l'ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l'Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. Il se berce de préjugés religieux, sociaux et nationaux contre les travailleurs irlandais. Il se comporte à peu près comme les blancs pauvres vis-à-vis des nègres dans les anciens États esclavagistes des États-Unis. L'Irlandais lui rend avec intérêt la monnaie de sa pièce. Il voit dans l'ouvrier anglais à la fois un complice et un instrument stupide de la domination anglaise en Irlande.
Cet antagonisme est artificiellement entretenu et développé par la presse, le clergé et les revues satiriques, bref par tous les moyens dont disposent les classes dominantes. Cet antagonisme est le secret de l'impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C'est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente.
Mais le mal ne s'arrête pas là. Il passe l'Océan. L'antagonisme entre Anglais et Irlandais est la base cachée du conflit entre les États-Unis et l'Angleterre. Il exclut toute coopération franche et sérieuse entre les classes ouvrières de ces deux pays. Il permet aux gouvernements des deux pays de désamorcer les conflits sociaux en agitant la menace de l'autre et, si besoin est, en déclarant la guerre. » (Marx, Lettre à S. Meyer et A. Vogt, 9 avril 1870.)

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