"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mercredi 2 avril 2014

COMMENT ENTERRER EN COULEUR LES CAUSES ET LES CONSEQUENCES DE LA GUERRE DE 1914 ?



Apocalypse c’est maintenant sur France 2 : fin de série minable

Pour clore l’abominable cadavre de 14 ravivé en couleur, Marie Drucker avait fait fort, négocier pour les caméras de sa propaganda d’Etat – la compil de la série sera livrée gratos dans toutes les écoles et médiathèques municipales - le final de l’émission en plein château de Versailles, là même où avaient été signés les plus félons traités du premier plus grand massacre (connu) de tous les temps. La Première Guerre mondiale eût on s’en rend compte soudain pour champ (labouré de sang) de bataille et de destruction avant tout, le nord-est de la France mais nos nigauds maîtres du commentaire toujours aussi inaudible évitent de faire franchir les questions politiques et sociales hors des… frontières, tout comme ils s’efforceront en conclusion de nous informer de la création d’un nouveau métier – génial pour not’pays en déficit d’emploi – la profession d’historien croque-mort; mais avec la participation du plus collabo à la prolongation moderne du bourrage de crâne, le nommé Auddouin-Rouzeau, qui a assuré dans sa version soft idéologie (cf. La grande guerre, aux éditions d'Etat Gallimard la découverte): "La 'propagande' fut moins un processus vertical d'endoctrinement des sociétés belligérantes par les cercles dirigeants qu'un processus horizontal, décentralisé et relativement spontané d'automobilisation des 'fronts intérieurs'".  (mensonge repris comme base argumentaire "horizontale" par Laurent Vayret dans la compil "Une histoire mondiale des cinémas de propagande", ed nouveau monde).

Pour la dernière série du cauchemar 14-18, il fallait glisser un tantinet l’allusion aux insubordinations dans tous les camps, avec le risque de faire allusion au véritable internationalisme et de briser le grand mensonge universel sur ce qui accéléra la fin de la boucherie, même provisoirement. Ne rêvez point compagnons maximalistes déterminés à éradiquer l’humanité de ses généraux et patrons, fût seulement évoquée l’insubordination des soldats italiens après le désastre de Caporetto, et où la guerre est « finie » grâce aux renforts franco-anglais. Mais le plus putain (pour de suite éliminer de l’histoire la révolution russe et le début de révolution en Allemagne) est – immédiatement – de salir Lénine et le prolétariat russe : « Ludendorff a favorisé le retour du ‘principal agitateur’ Lénine », premier mensonge, et mensonge plus putain encore lu sans honte par l’anarcho-gauchiste de service Kassovitz : « si les allemands ont financé son parti c’est parce qu’il proclamait que la Russie se retirerait de la guerre » ; étrange déformation de l’histoire du train blindé et de la notion de défaitisme révolutionnaire par les deux bourgeois scénaristes du truc ! A croire qu’ils voulaient aussi faire pleurer la famille de Monaco : « terrible prise du pouvoir… parmi les victimes de Lénine – clic – photo de la famille impériale ». On n’allait pas nous dire sur Tévé Collabo que le tsar faisait partie des premiers grands criminels de guerre du XXe siècle ! Pire encore – sans citer l’anarchiste Sabatier – on nous apprend que ce salaud de Lénine en obligeant son pote Trotski à signer l’armistice germano-russe dans un bar de Brest Litovsk, rend service aux casques à pointe (« goguenards » est-il précisé) qui le 3 mars 1918, non seulement fauchent à la Russie une énorme partie de son territoire mais foncent en trois jours à 120 bornes de Paris (sic toujours la faute à Lénine qui a … dégarni le front de l’Est !) ; faut dire que ce dictateur était chauve depuis longtemps et qu’il se servait du prolétariat comme d’une perruque !
Comme on a posé que la Russie était hors jeu et repliée dans une concentration dictatoriale, genre cosaque sans papier, digne des khmers rouges, il ne reste plus qu’à oublier tout ce qui se passe dans la classe ouvrière intra ou extra muros, pour revenir au champ militaire où tous les bons spécialistes de 14-18 excellent à esquiver les questions politiques qui fâchent. Poncifs sur le généralissime Foch et les deux grandes avancées techniques : le char à roulette et l’aviation à hélice imbécile qui se pète quand on tire derrière elle avec une mitrailleuse. Coup de chapeau au baron rouge Von Richtofen et à Guynemer rien sur l’inventif Roland Garros et la fraternité entre aviateurs français et allemands à la veille de la guerre ; Roland Garros n’a jamais brillé au tennis mais a été l’inventeur de la première hélice intelligente qui laissait passer les balles avant de se remettre à tourner. Mêlez à ce navet noir et blanc colorisé la grippe espagnole et Amédée et Philomène en déduisent que dieu a causé plus de morts que la guerre capitaliste ; grippe espagnole = 30 millions de victimes ; guerre capitaliste = 10 millions de victimes + 20 millions de blessés !  Si Marie Drucker avait osé poser la question « fallait-il pas la faire la guerre ? » elle eût été passible de la cour martiale de l’odieux visuel ou possiblement violentée par un ancien combattant sans parachute.

Mais tous les regards de nos scénaristes, de l’innocente Marie Drucker à l’intermittent Kassowitz  se portent sur la raclée que les boches vont prendre dans les champs de blé à l’Est de la capitale. Les boches plient bagage. Ah excusez-nous Entracte zoom sur les cameramen boches qui rangent leur matos. Kassowitz bredouille encore son texte : « les cameramen rentrent en Allemagne pour filmer la révolution ». Oui tout
autre chose qui n’a rien à voir avec le déroulement des combats dans les provinces du nord françaises. On va sans doute avoir une petite idée de la gravité de l’insubordination en Allemagne… Mais non… Pas du tout, le Kassowitz nous sert un plat raplapla en une phrase… ce qu’il nommait pourtant révolution le faux derche : « les marins se mutinent ».
Cocu de la télé ! il tourne les feuillets du scénario qu’on lui a dit de lire bêtement : « Ludendorff  refuse la capitulation d’où le début de la légende du coup de poignard dans le dos ». çà alors !
Z’on nous fait comprendre comme aux gamins de maternelle que l’issue pacifiste de la guerre est due : 1. A la robuste réplique de l’armée française secondée par les amis de Lafayette et les tommies 2. Parce que le Kaiser a bien voulu abdiquer avant de filer se réfugier en Hollande (rien à voir avec François). La fin de la guerre entraîne la fin des grands empires sauf celui de la couronne britannique (notez bien c’est du géopolitique). Autre instruction factuelle : pépé Foch qui arrive pour signer un armistice dans un train avec les politiques allemands en queue de pie, sans présence de casques à pointe le 11 novembre 1918.
On n’allait tout de même pas vous révéler pauvre idiot de téléspectateur de France 2 qu’il s’était passé quelque chose de très grave pour la bourgeoisie mondiale et française en particulier, le 9 novembre 1918 à Berlin ! Ni chipoter pour savoir s’il faut un jour ou deux à la bourgeoisie mondiale pour arrêter une guerre qui coince dès que la révolution se pointe !
Des bouts de faits factuels s’accumulent confirmant que c’est un don du ciel si la guerre a éternué et en tout cas que c’est par humanité que généraux et chefs d’Etat y ont mis fin.
Bon pour la noyade idéologique soldat spectateur ? Quelle fin poisseuse ce survol en couleur de la guerre ? On bicherait même pour oser penser à une émission hâbleuse lourdingue et superficielle. Respect pour le respect du aux morts de la patrie !

ZOOM sur les monuments aux morts. 13 décembre 1918, la paix est signée nous dit-on, c’est pas vrai, elle
ne sera jamais ratifiée par le parlement américain. « La paix reste à faire » lit encore le gnome Kassovitz. Zoom sur Wilson, couleur pastel (moi j’aurais colorisé les généraux en rouge sang), qui se pointe avec son haut de forme très bourge pour reluquer les restes de la catoche de Reims. Détruite salement détruite par les boches la catoche, mais elle a été rénovée depuis nettoyée tout comme les monuments aux morts.
1919 : création de la SDN et plus de nouvelles du bandit Lénine et des ouvriers allemands armés. Ah si Kassovitz a un sursaut de lecture : on se partage les colos allemandes, on exige d’extravagantes indemnités… Monsieur Keynes déclare : « la vengeance de l’Allemagne sera terrible ». Le Traité de Versailles n’est pas ratifié par le congrès américain. Ah si cela est dit. Fin de lecture du Kassovitz illustré : « une génération d’enfants allemands va vivre dans l’humiliation et les désirs de revanche ».
ZOOM sur la grande salle de l’histoire perdue au château des ombres disparues. Marie Drucker va présider la commémoration non pas du haut d’une analyse critique des tonnes de mensonges et de remblais idéologiques qui recouvrent les cadavres mais au ras des tranchées. D’éminents spécialistes accolés à un candide sont là pour faire tapisserie. Candide c’est Christophe Malavoy, comédien qui fût beau jadis, mais vivote désormais en littérature pour enfants – prétendant illustrer la « bêtise » de la guerre - qui exhibe le petit portefeuille (avec l’ordre d’attaque inscrit sur un bout de papier, l’email n’existait pas à l’époque) et les chaussettes de son grand-père, vague sous-lieutenant bouzillé sur le bord de sa tranchée alors qu’il ordonnait à ses inférieurs de se jeter au casse-pipe.
Un prétendu historien passe son temps lui à faire les poubelles de tranchées quand un organisateur se félicite d’avoir orchestré un ramassage national des souvenirs des sacrifiés pour la patrie du Capital. On plonge dans les archives du macabre inoubliable : visite sur les lieux mémoriels du massacre avec tranchées miniatures pour touristes, incursion dans le donjon du château de Vincennes où la grande muette conserve toujours les milliers de lettres d’amour (subversives) qui ont été interceptées pour éviter que les pioupious ne sachent ce qui se passait à l’arrière. D’ailleurs un abruti galonné qui classe toujours ces archives au milieu des souris du donjon, nous exhibe une lettre qui contient cette info ultra-dangereuse : une femme raconte à son soldat de mari dans la boue et la terreur qu’il y a une grève en ce moment à Paris ; et l’abruti galonné d’aujourd’hui de conclure : « en effet on ne laisse jamais passer ce type d’information ».
Notons dans le désordre des tranchées télévisées  une once de polémique feutrée : la guerre de 14 est-elle indigeste ? Oui apparemment même un siècle après mais n’épiloguons pas, si le littérateur Giono (non celui-là n’était pas sur le plateau) a dit que les guerres sont « inutiles » le candide de service Malavoy surenchérit : « non une bêtise ».

Après le collectionneur des objets des morts pour la patrie des patrons et des généraux tueurs, une gourdasse diplômée de Picardie vient nous expliquer que le pioupiou de 1914 était petit, râblé, généralement péquenot donc très résistant à la marche, comme le complète l’éminent historien Audouin-Rouzeau, qui pointe son museau à chaque fois qu’il est question de cueillir des pâquerettes au fond des tranchées retrouvées. Comme dirait Marcel.
On s’empailla quelque peu toutefois mais avec cette noble politesse de musée ou cette exquise complicité de cimetière sur la signification pour ces soldats, à la veille d’être déchiquetés, de sourire face aux caméras. L’explication la plus stupide vint d’un des scénaristes de ce documenteur : « il y avait deux officiers derrière la caméra qui ordonnaient de sourire… ». L’éminent Audouin-museau eût plus de bon sens : « non, ils étaient contents d’être filmés, ils se disaient qu’on les verrait ainsi à l’arrière ». Moi j’eusse été  plus cruel : « ils se disaient : au moins maman verra ma dernière image vivant ».
Mais c’est sur l’interprétation selon cet aéropage d’une séquence, moins horrible que l’entasseur des morts dans une charrette : la vision de ce soldat fou. L’horreur indépassable et soit disant non renouvelée de cette première der des der permit de prouver que l’imbécilité télévisuelle peut dépasser l’horreur. Ce petit film montrait un soldat à l’asile rendu fou par la guerre face à deux infirmiers en blouse blanche. L’homme est d’abord à terre agité de tremblements. On l’aide à se remettre debout puis un des gugusses lui met sous le nez un képi galonné, le pauvre fou se met alors à trembler de tout son corps. Aucun des invités de cette plaisanterie télévisée esquive ou ne voit ce fait. La blanche Marie dédramatise « la terreur n’explique pas tout… ». On en reste les lèvres pincées, la scène exhibant le pauvre malade résume à elle seule toute la barbarie de la guerre capitaliste : tu avais dans le dos le fusil de l’officier pointé pour aller de faire tuer, et il vaut mieux se faire tuer d’une balle dans la tête que dans le dos, n’est-ce pas[1].
La conasse Marie Drucker ne voulait certainement pas passer pour telle, lorsqu’elle remarqua : « quand même… ce n’est plus pareil de nos jours ! Quand on pense qu’en dix ans en Afghanistan il y a eu seulement 93 soldats tués ! ». Habituée à l’autopromotion Marie Drucker ose enfin qualifier « Apocalypse 14-18 » de « qualité absolue » en concluant, malgré une légère grimace du grand historien : « LA GUERRE c’était la faute à Guillaume II ». Cette partie finale de la projection télévisée ne sera pas dans le pack pour les écoles. Heureusement pour les chers petits.
Lecteur effondré… tu me permettras de qualifier cette émission et son docu en série de « nullité absolue ».

« Ces muffs qui, sous le nom d’  « concurrence »,
Ont créé eun’ source de souffrances
Un genr’légal d’assassiner ! »

Jehan Rictus


VOICI CE QUE JE DISAIS DES PRECEDENTES SERIES DE APOCALYPSE 14

Premières impressions... apocalyptiques!
On nous avait crié tant partout que la version colorisée de la boucherie de 14-18 était une "nouvelle approche" d'historiens, voire un approfondissement! Plouf! Ennuyeux au possible malgré un effort cartographique pour situer les divers impérialisme en lice. Lu par le cinéaste gauchiste Mathieu Casspadesbriques moitié inaudible sous le fracas des bruitages de studio imitant pauvrement bruits des sabots de canassons et grosse Bertha, le déroulé des images bute sur la niaiserie du commentaire: la guerre est tombée du ciel, les pioupious y vont l'air content, on ne savait pas que cela allait être une boucherie inouïe... Rien sur la trahison de la Seconde Internationale, rien sur les défaites ouvrières antérieures et, en France par exemple, la préparation de l'Union nationale sous l'Affaire Dreyfus, aucun questionnement sur l'assassinat de Jaurès la veille du jour J, et, alors qu'on approche de 1916 rien sur Zimmerwald... Tout est lisse dans la barbarie, l'essentiel était de restituer la couleur du sang et de montrer les cadavres rouge carmin comme le pantalon garance. Sinistre quand le spectateur ne peut s'empêcher de penser à la Syrie, à l'Ukraine et surtout à l'impuissance des impérialismes actuels à tirer l'humanité dans une troisième véridique "der des der" et dont les historiens de gouvernement chuchotent qu'elle pourrait bien elle aussi tomber du ciel, mais sans les casques à pointe ni les baïonnettes!

La deuxième partie est aussi inaudible avec un visuel à gerber, le regard des soldats qui vont à la mort à la vitesse d'une caméra moderne, massacrés aux bras articulé exhibés comme des marionnettes, des commentaires chauvins face au massacre en mer par les sous-mains allemands, poncifs francophiles de l'armada US avec des honteux "Vive Lafayette" cet assassin royaliste le boucher Joffre sous les fleurs à New York. On éteint la télé, un désastre cette retransmission sanguinolente!
A ne pas rater à partir du 18 mars
Sur France 2 "L'Apocalypse", la boucherie de 1914 avec des inédits jamais vus jamais dits de Clarke et Costelle. En 1914 aucune armée n'a de casques. Comme la guerre sera courte on n'en aura pas besoin. Le sort des blessés est un des plus grands scandales du début de la guerre. Personne n'avait imaginé ce que seraient les ravages de la guerre moderne (entrevus lors de la guerre de Crimée photos à l'appui qui avaient émues Marx). Des milliers vont mourrir de gangrène et de soif dans les trains. Un général débarque en colère et fait reboucher les tranchées car cela signifie que les soldats ne veulent pas aller systématiquement au feu. Impressionnante est la rapidité d'adaptation des appareils militaro-industriels. Tous les ouvriers en âge d'être incorporés avaient été envoyés au front. Au bout de trois mois on en fait revenir une partie parce qu'il n'y a plus de munitions. Mais ils restent sous statut militaire. Dans les usines de guerre on trouve donc quatre catégories: des militaires mobilisés, qui n'ont pas le droit de grève; les ouvriers non mobilisés parce que trop âgés; les femmes, souvent vues par les hommes comme des rivales enfin les travailleurs étrangers dont les chinois. Il ya donc un morcellement du monde ouvrier... Au front le racisme n'existe pas ou peu. Quand on est ensemble dans les tranchées ou sur un lit d'hôpital on est frères d'armes... Terra Nova pourra ainsi pronostiquer que la prochaine guerre ne sera plus patriotique mais multiculturaliste! Ne vous attendez pas à voir développé les causes impérialistes de la guerre ni qui y a mis fin provisoirement. Ne rêvez pas c'est la télé d'Etat plus portée sur l'hémoglobine que sur la réflexion de fond. Mais vous pouvez me poser les questions qui vous tenaillent."

NOTA BENE: Un autre aspect de l'horreur de 14-18 reste masqué: le massacre des populations civiles en Belgique et France, des milliers de personnes sont tuées, violées, dépouillées par la soldatesque. Fini la guerre "entre militaires", cf "Les cicatrices rouges" de Annette Becker (fayard 2010).



[1] La scène reste ambivalente, car très antimilitariste ! Il est fort possible que ce soit un coup monté par trois comédiens anars, inventeurs du détournement bien  avant les  surréalistes et les situs. Le chapeau de général montré comme on exhibe un fouet à un chien est digne de l’imagination de Chaplin. Dans la réalité les fous produits par la guerre, par toutes les guerres, restent prostrés.

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