"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 14 juin 2013

LA LUTTE déclassée de naïfs maximalistes



« Solidarité active avec les travailleurs en Grèce, en Turquie et partout ailleurs ! Engageons partout et organisons tous ensemble le combat contre les attaques capitalistes ! Généralisation internationale de la lutte de la classe ouvrière ! Une seule perspective : en finir avec le capitalisme ! Un seul moyen : la lutte internationale généralisée et unie contre le capital . Le 12 juin 2013. Les Communistes Internationalistes-Klasbatalo et la Fraction de la Gauche Communiste Internationale ».

J’aime bien les camarades d’une fraction politique lilliputienne qui ne vous dira rien lecteur ignorant des avanies du milieu maximaliste révolutionnaire, et leurs proches canadiens de Klasbatalo, mais j’aime mieux la vérité. Que ces camarades se livrent à un patchwork ou à un amalgame totalisant toutes les révoltes et « innombrables luttes » qui se déroulent dans le monde comme signifiant une « lutte internationale de la classe ouvrière » en voie d’expansion planétaire et dangereuse pour la bourgeoisie, est plutôt de nature à m’attrister. Partout je ne vois que confusion, dispersion et impuissance des peuples, sans compter un prolétariat ficelé ou inexistant. Crier à la nécessité d’en finir avec le capitalisme est de bon augure mais pas en se basant sur du sable ou du moins à partir d’une actualité fragmentaire, instrumentalisée et diluée.  Qu’y a-t-il de commun entre ce qui se passe en Turquie, en Grèce, en Europe en général, en France en particulier ou au Bengladesh ? Des révoltes sur des plans différents, hélas. Ces mêmes camarades, emballés  observateurs comme ceux du cercle Robin Goodfellow, tenants d’un marxisme orthodoxe, ont longtemps laissé un appel affligeant à la solidarité avec « les prolétaires de Port Saïd en Egypte » où les affrontements pour le moins ambigus entre fans de clubs de foot puis contre la police islamique auraient symbolisé un revival de la lutte des classes claire et évidente des sixties et une sorte de prolégomène à la révolution mondiale face à la crise mafieuse-financière du capitalisme décadent. Episode vite oublié où la démocratie directe et le contrôle de la rue auraient été effectifs par la population « travailleuse ». Dans les pays nommés autrefois sous-développés et devenus refuges des profits capitalistes des vieux capitalisme les prolétaires restent les dindons de la face sans pouvoir invoquer une théorie révolutionnaire, forcément colonialiste.
A l’heure où tous les naïfs bobos s’indignent de découvrir une surveillance planétaire d’internet par l’auguste America qui fait pâlir les mensonges de la CNIL franchouillarde, en Turquie, comme en Iran, la supercherie électorale des remplaçants islamistes d’anciennes dictatures militaro-impériales inféodées à l’ordre US, n’en finit pas de hérisser les couches petites bourgeoises qui se sont mobilisées dans des manifestations typiques des bobos argentins avec casseroles et confrontations futiles de rue avec la police anti-émeutes, sans projet politique consistant[1]. Les dictatures islamistes, adoubées par le printanier fétichisme électoral dit représentatif, sont toutES aussi incapables de faire avaler l’exploitation capitaliste continuelle que les anciennes dictatures, et de nombreuses grèves ont lieu dans divers pays du Moyen Orient mais restent en arrière-plan des éruptions cutanées des couches petites bourgeoises. En Turquie comme en Iran une lutte indistincte contre l’Etat capitaliste à couleur islamiste est déviée, phagocytée vers une confrontation entre élites pro-occidentales et confréries religieuses au pouvoir. Qui s’éteignent invariablement dans l’étouffoir électoral truqué.
En Grèce, la lutte contre les diktats du FMI et de son second couteau l’Europe germanophile, n’est qu’une discontinuelle mise en scène de grèves générales syndicales impuissantes et localisées. Notre presse francophone se délecte de reproduire les images de la misère croissante et des suicides de chômeurs en Grèce. NO future et misère assurée, tel est le message réitéré qui provient du marasme grec. Personne de sensé ne peut faire équivaloir avec espoir d’un changement de monde  la protestation « populaire » des grecs contre l’extinction de leur télé d’Etat (le comble de l’aliénation consentie)[2] avec l’espoir d’un véritable capitalisme démocrate par les petits bourgeois turcs qui le payent de leur vie sur une nouvelle parodie de la place Tahrir.
Les terribles massacres de centaines de prolétaires du textile au Bengladesh à la suite de l’éboulement de leur lieu de travail, n’ont donné lieu qu’à la revendication d’un meilleur contrôle des conditions de travail, à quelques confrontations de rue avec la police des patrons tiersmondistes (du Sud pardon) mais aucunement à poser la nécessité de renverser le capitalisme[3].
En France, le spectacle de la grève minoritaire et ultra longuette des ouvriers de PSA, comme celles de Florange, de Goodyear, n’ont abouti qu’à la désespérance pour ceux de Michelin :
« Pas de zèle, mais pas de blocages: ici, l’exemple de la grève dure des ouvriers de PSA Aulnay ne fait guère d’émules. Pour les syndicats, c’est même un anti-modèle: «Ça ne servirait à rien, estime Jérôme, du syndicat majoritaire Sud. Quand tu sais que l’outil de travail va fermer, tu négocies les conditions de départ et puis c’est tout. Moi je viens de l’usine de Poitiers, qui a fermé en 2006. Là-bas, ils l’ont tenté, le bras de fer. Résultat: zéro, ça s’est encore plus mal passé que prévu» (cf. Libé du 13 juin).
Le « tous ensemble », vieux mot d’ordre canaille de la syndicratie –évoqué par la fraction puriste et naïve – s’apprête à être le nouveau subterfuge pour mieux faire passer la pilule pour la nouvelle attaque sur les retraites. Pour reprendre le bon mot de l’anar girouette Onfray, souteneur de la gauche électorale et mélenchoniennse – « Hollande c’est Sarkozy sans les piles » – la gauche bourgeoise au pouvoir va encore jouer des privilèges de l’aristocratie ouvrière. Les régimes spéciaux seront maintenus, comme du temps de l’excité Sarkozy, non de gré mais parce que des corporations comme la SNCF et l’EDF (pseudo d’ERDF) peuvent tout paralyser non en solidarité avec le privé (ou la généralisation révolutionnaire des luttes) mais pour le maintien des avantages corporatifs des concernés. La fantasmatique et théâtrale lutte syndicale va se mettre en branle avec ses cortèges nombreux de retraités privilégiés et d’affidés municipaux avec le soutien remuant des gauchistes et des maximalistes suivistes. Et nos naïfs amis proclameront que « la classe relève le défi ». Pas besoin de clown comme Beppe Grillo en France, la clownerie est syndicale et l’amnésie la règle. Foin de tout espoir de retour de la droite caviar et amie des escrocs Tapie et Cahuzac, la médiamétrie et son infographie pavoisent ici et maintenant:
« Près de 40% des Français ont vu leur motivation au travail chuter en 2013, selon le baromètre Edenred-Ipsos. Ils sont plus déprimés que les Italiens ou les Espagnols, pourtant plus touchés par le chômage. En cause, un manque de reconnaissance et une frustration salariale. Les Français vont au bureau à reculons. Près de 40% d'entre eux ont vu leur motivation au travail diminuer cette année, selon le baromètre annuel Edenred-Ipsos. Ils sont donc plus démoralisés que leurs voisins italiens (35%) et espagnols (32%), pourtant plus frappés par le chômage, et nettement plus démotivés que les Allemands (22%), les Belges (27%) et les Britanniques (27%). Cette baisse de moral s'explique surtout par un pessimisme quant à leurs possibilités d'évolution, une frustration vis-à-vis de leur rémunération et le sentiment que leur travail n'est pas reconnu au sein de l'entreprise. Des insatisfactions d'autant plus mal vécues que les salariés français ont un «niveau d'affect non négligeable, notamment un sentiment d'implication, dans le travail», note l'étude. Ce qui n'est pas le cas des Britanniques, «plus opportunistes», qui se montrent «relativement plus distants à l'égard de leur travail», ou des Allemands et des Belges qui, en évoluant «dans un environnement plus contractuel», nourrissent également moins d'attentes vis-à-vis de leur hiérarchie ».
On est peu de chose face à la propagandastaffel bourgeoise. On est peu de chose tant que le prolétariat est ainsi clivé en corporations et que la politique de tout prolétaire est réduite à celle de l’autruche. Il faudra d’autres événements bien plus graves pour qu’une explosion révolutionnaire puisse avoir lieu. Un chambardement qui restitue la véritable solidarité prolétarienne et son projet historique de renversement du capitalisme. Certainement pas les désastres écologiques, certainement pas la « baisse du pouvoir d’achat », certainement pas les « licenciements boursiers » mais, une nouvelle fois, la guerre généralisée – résumé de a solution à la misère généralisée, au chômage massif et à la destruction des humains - preuve que le capitalisme aux abois ne peut que détruire l’humanité.  Alors les prolétaires, suivis par les couches intermédiaires flouées, auront le choix entre le « parti pris » pour la révolution ou la soumission à l’anéantissement. Il ne suffit pas d’appeler de façon grandiloquente à la révolution « internationalisée » mais d’être à la hauteur pour déterminer les causes qui la rendent impossible pour le moment.


[1] Le pic de la catastrophe imminente et des moyens de ne pas la conjurer est atteint en Syrie où les massacres obscurs et réels n’en finissent pas de mettre en scène une « communauté internationale » affligeante de feinte impuissance à régler le conflit planétaire sous-jacent entre grandes puissances sous prétexte « d’équilibre régional » face aux obscurs « insurgés islamistes » et au « boucher Assad ».
[2] Rappelons ici qu’en mai 68 en France l’extinction des émissions de la télé d’Etat avait été vécue comme un miracle favorisant l’éclosion de l’esprit critique.
[3] Juste à une culpabilisation des « consommateurs » occidentaux !

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