"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

samedi 24 janvier 2026

LA LUTTE DE CLASSE MEILLEURE ARME CONTRE LE POUVOIR ISLAMIQUE

 



interview de Yashar1





En Iran en grève il vaut mieux être photographiéde dos!



JLR : Tu es bien plus jeune que moi, quand as-tu entendu parler de cette « révolution religieuse « ? Quel âge avais-tu ?

YASHAR : Je suis un enfant de la « révolution »... mais c'était pas une révolution « religieuse ».

JLR : dis-moi plutôt comment tu as été plongé dans la politique ?

Y: j'ai été plongé dans la politique pluôt en France. Adolescent je me suis approché de la Fédération anarchiste. J'avais seize ans. Je pensais que la révolution internationale était en train de commencer. Et que la France était déjà préparée vers 1996. J'ai dit à mes parents : « la révolution intenationale c'est pour demain, donc je dois partir en Iran, pour la préparer en Iran ». Car dans mes souvenirs il fallait se souvenir de 1979. Là-bas j'ai commencé à diffuser des tracts dans les rues sous forme de lettre clandestine qui se concentraient sur la présence impérialiste américaine du moment. ; la jeunesse anarchiste iranienne condamnait vivement cette présence impérialiste. J'avais déjà vécu jusqu'à l'âge de sept ans en Iran. Juste après , avec mes parents, nous avons été vivre en Angleterre pendant quatre ans au moment de la guerre Iran/Irak.

JLR : tes parents étaient des intellectuels.

Y: oui mes parents étaient des intellectuels de gauche athées. Ma grand-mère paternelle, sous l'influence de Ali Shariati était devenue militante. Ce militant politique iranien, sociologue spécialiste des religions, philosophe avec cravate qui avait fait ses études en Angleterre dans les années soixante, avait entraîné de nombreux étudiants, les emmenant vers la religion avec le discours démocratique du chiisme. Le chiisme peut se présenter comme en faveur de la lutte pour la liberté. Les grands immams chiites étaient des martyrs de la lutte contre les califes Omavites et Abassid. Chaque chef religieux possède sa paroisse et ne dépend pas d'une hiérarchie cléricale. Chaque religieux étant le guide de sa propre paroisse.

Lorsqu'un curé écrit un livre de questions et de réponses idéologiques, il devient « guide ». Pour nombre de personnes qui achètent son livre, il devient aussitôt un personnage important. Le livre lui rapporte de l'argent, sans compter tous les gens qui lui garantissent un revenu annuel, en tant qu'impôt religieux. Or, pour gagner du succès auprès de ses lecteurs, il faut qu'il aille dans le sens du peuple.

Il faut savoir que, après « la révolution », les curés sont devenus employés d'Etat, avec une portion réservée dans le budget national. Une partie a pensé ensuite qu'ils n'avaient plus à suivre et compatir avec la population une fois logés dans leur poste étatique. D'autres sont estés fidèles à ce souci du peuple. Ce qui explique pourquoi on a aujourd'hui autant de mollahs en prison que de miilitants « rouges ».

La différence entre Khomeini et Khameini c'est qu'en 1979 Khomeini est un grand guide. Pas sorti de nulle part ; avant de résider en France les Américains le rétribuaient déjà. On le sait aujourd'hui parce que depuis les dossiers de la CIA sont sortis au grand jour. La Savak du Shah lui fournissait aussi une dotation parce qu'il estimait que les religieux lui devaient allégeance. Je le répète ce n'est pas une révolution mais une révolte religieuse, mais aussi une révolution de gauche. D'ailleurs le Shah avait dit  aux mollahs: « vous êtes en train de vous tromper parce que si les rouges sont pour l'instant avec vous, demain ils vont vous anéantir et prendre le pouvoir ». En 1960. une gendarmerie a été prise d'assaut par la jeunesse communiste, les « Fedayins du peuple » 19 ans avant la révolution ; ceci fut l'acte fondateur de la lutte armée contre le régime du Shah. Le Shah réprima dans le sang cette action insurrectionnelle ; cinq jeunes furent tués lors des échanges de tirs et onze autres fusillés par des pelotons d'exécution.

JLR : mais où est la place des conseeils ouuvriers, comment ça se passe, ce ne sont pas des conseils ouvriers comme en Russie et en Allemagne au début du siècle dernier ?

Y: Il y avait de tout petits partis de gauche, souvent surtout composés d'étudiants qui ont constitué par après des milices composées d'une trentaine de personnes, pour faire avancer la révolution. Ce sont surtout des étudiants qui abandonnent leurs études pour alleer se joindre aux ouvriers dans les usines et leur apporter leur aide politique intellectuelle. Des mouvements des gauches palestiniennes et libanaises leur faisaient parvenir des armes. Tous pensaient favoriser la venue de la guerre sociale pour qu'elle soit vraiment une révolution de classe.

JLR : mais il y a des grèves, des manifestations ? Les armes c'est pas tout.

Y: absolument. Là où le Shah sent que c'est foutu, c'est quand les grèves se généralisent dans le secteur pétrolier, c'est même une grève généralisée qui commence et elle est lancée par ce secteur pétrolier.

JLR : mais pourqoui les souvriers se sont-ils fait baiser par les religieux ?

Y: A ce moment-là Khomeini apparaît surtout en tant que religieux. Il faut préciser que dans la charte des miliciens maoïstes (ce qu'ils critiquent aujourd'hui) on interdisait aux femmes d'avoir des relations sexuelles danas l'organisation parce que nous sommes certes communistes (sic) et laïcs, athéistes, etc. mais nous sommes aussi le peuple musulman d'Iran ; nous ne devons pas donc contrebattre leurs valeurs religieuses (des mollahs).

Khomeini est alors un chef religieux au plus haut niveau et qui peut entraîner par ce statut clérical toute une population largement croyante. (description du pouvoir d'un Shah au 19ème siècle).

Le pouvoir finit par se détruire lui-même si on prend l'exemple suivant. Il y avait des milliers de prisonniers en opposition absolue au régime. Comme aujourd'hui il y a de nombreus « guides » emprisonnés ou en résidence surveillée. Le principal guide opposant au régime est actuellement en Irak et il est un des pires opposants à Khameini. Il est la plus haute autorité religieuse du monde chiite. Il est contre la participation des curés au pouvoir. Le pouvoir appartient uniquement aiu messie. Donc jusqu'à l'arrivée du messie, les religieux doivent se maintenir hors des affaires du pouvoir. Khomeini a réformé cette conception en faveur du pouvoir des guides et a brandi une nouvelle philosophie, qu'on appelle « vélaya faghig », assurant qu'en l'absence du messie, la haute autorité du clergé peut occupsr la place du roi. C'est pourtant un courant ultra-minoritaire dans la théologie.

Il faut se resituer dans l'ambiance de l'époque où nous avions la plupart des jeunes révoltés dans le monde admiraient le principal symbôle de la révolution moderne, le Che en Amérique latine, mais aussi le rétif anti-américain Castro, d'autres avaient les yeux tournés vers les mouvements de gauche politique libanaise, ces factions qui faisaient le lien avec la gauche palestinienne. Cerains s'étaient liés avec des chinois. On est surtout dans une période ou la lutte des classes est en première ligne.

JLR : alors après, si j'ai bien compris, il y a l'opportunisme des maoïstes qui finalement servent de marche-pied aux curés ? Que se passe-t-il après ?

Y: C'est l'intelligence des curés avec leurs réseaux des mosquées. Ils envoyaient dans chaque ville leurs guides les plus importants. Un cinquième de l'impôt religieux allait à chaque guide, et en plus des croyants lui envoyaient de l'argent pour qu'ils puissent voyager jusque dans les petits paroisses.

Khomeini a pu utiliser des guides à très haut niveau avec l'argent nécessaire.

Après la « révolution », nous avons trois grands courants : la gauche (avec les maoïstes, dans le sens contre le stalinisme) la secte islamo-marxiste, les Moudjahidins du peuple. Des gendarmeries ont été prises par ces trois courants et l'armement fût répandu dans la population. Cependant les bandes armées religieuses ont utilisé leurs réseaux pour s'établir au niveau national plus rapidement que ces trois courants. Mais très rapidement, à partir de 1980, une grande répression va forcer à l'exil les Moudjahidins et les autres partis de gauche.

JLR : Est-ce que les Moudjahidins sont prêts à revenir au pays ?

Y: Oui ils sont prêts à revenir. D'ailleurs ils sont soutenus en Iran par les américains et les israéliens. Ce sont eux qui ont donné les informations sur le nucléaire iranien au début des années 2000, contre le retrait de leurs noms sur la liste des organisations terroristes ; par contre ils n'ont aucune base populaire parmi les iraniens du fait de leur collaboration avec Saddam Hussein pendant la guerre Iran/Irak.

JLR : Excuse moi, avant de poursuivre, faisons une parenthèse, est-ce que tu estimes que si l'armada américaine intervient finalement …celaf avoriserait l'élimination des salauds islamistes et ouvrirait la voie à une reprise de la révolte et aussi sur le terrain de classe ?

Y: C'est ce qu'il dit Trump mais entre ce qu'il dit et fait...mais franchement il ne sait pas ce qu'il dit... Il a dit que c'était retardé et l'aide qu'il avait promise au peuple d'Iran il s'en fout.

JLR : Il ne faut pas se mentir, le régime est aux abois, et Trump pourait frapper.

Y: Bof le régime est mort depuis la révolution des femmes en 2022 (la révolution de Azadi/Femme, Vie, Liberté, suite à l'assassinat par le régime de la jeune Mahsa Amini pour un voile « mal porté »). C'est d'ailleurs la première révolution féministe de l'histoire, c'est important de le dire mais pas comme révolution de femmes en tant que telles mais de toute la société et aussi des hommes, mais les femmes ont été physiquement courageuses en étant devant lors des manifestations de rue.

Donc la république islamiste est morte. La situation est inverse de la fin du Shah, il y a une multitude de forces, de mafias qui ont des armes, de l'argent, qui ne sont pas unies, qui forment l'Etat. C'est un ensemble d'influence des caïds corrompus qui tient leur soi-disant république. Les gardiens de la révolution ne sont pas des gardiens d'une révolution. Ce sont des mafias dans le sud avec le pétrole, dans le nord avec l'importation de narcotrafics vers l'Europe et qui, à eux seuls, détiennent 60 % de l'économie de l'Etat dans un pays où l'économie est largement étatique.

JLR : Mais revenons à 1979, où sont les ouvriers ?

Y: Ils sont une des trois forces en présence. Il y a ce que j'appelle « les forces de gauche », des ouvriers qui deviennent révolutionnaires,. A l'époque, les ouvriers ont pris les armes et s'étaient mis en grève. Les grèves avaient commencé dans les raffineries de la ville d'Abadan dans le sud de l'Iran, ce qui avait déclenché la vague de protestation qui avait abouti à la révolution de 1979.

JLR : Mais ils sont vaincus.

Y: Ils sont vaincus là où le clergé avait ses réseaux. Et pas les ouvriers. La guerre sociale ira jusque dans les régions autonomes éloignées, le Turkistan et Turkmenistan iranien. D'abord c'est dans le Turkmenistan iranien que la révolte est matée dans le sang. Les religieux dénoncent les sectes marxistes comme sécessionnistes. Après la guerre, contre ce régime, se continue au Kurdistan où les forces ouvrières se joignent au combat du peuple kurde.

JLR : Mais c'est pas la classe ouvrière tes « forces de gauche ».

Y: Ce sont les iraniens, des ouvriers, des kurdes, etc. Tous veulent l'installation d'une république laïque. En même temps, chaque peuple veut avoir son autonomie. La dernière offensive contre l'Etat islamique se déroulait dans le Kurdistan. On est en 1981, et commence la guerre Iran/Irak. Forcément c'est une invasion étrangère (des irakiens de Saddam Hussein) . L'Irak a très rapidement envahi une grande partie du territoire iranien. Et l'union nationale iranienne fonctionne. Une partie des forces de gauche et des opposants abandonne le combat contre le régime pour aller au front. Des régions sont pourtant encore contrôlées par les opposants aux mollahs. Mais petit à petit le régime des religieux reprend le pouvoir partout. En 1987, des milliers de prisonniers jeunes, de 20 ans, 30 ans,sont assassinés en prison alors qu'ils n'étaient pas condamnés à mort. Au moins 6800. C'est le chiffre de Amnesty international. Avec la petite signature de Khomeini ou plutôt du procureur national qui lui demande : « que devons-nous faire de ces non-croyants présents dans nos prisons ? ». Il s'agit d'éliminer des « rouges ».

JLR : La répresion a eu lieu. Iil y a eu des miliers de morts mais qu'est-ce qui se pase après ?

Y: Bon il y a eu la grève de masse, pas vraiment cordooronée. Les partis commencent à quitter le pays à partir de 1982-83. les militants qui sont en prison sont, eux, exécutés. Cela décapite une génération enière de militants. Pour les partis cela signifie une coupure historique. Ce qui signifie qu'il faut tout recomencer à zéro.

JLR : Le long temps écoulé a-t-il permis l'apparition d'une nouvelle génération ?

Y: Alors le seul parti qui a plus de soixante ans d'existence et qui a subsisté, c'est le parti démocrate du Kurdistan. Ce n'est pas un parti de gauche mais un parti nationaliste. Aujourd'hui la plupart des maoïstes sont devenus des social-démocrates. C'était des jeunes qui étaient très radicaux quand ils avaient vingt ans et qui se découvrent social-démocrates à 60 ans.

La décapitation par la répresion a été fatale pour beaucoup de partis. Pour se reconstituer il a fallu en passer par des organismes neutres avec des associations comme les droits de l'homme, associations sous couleur humanitaire, etc.. Et puis dernièrement de nombreux étudiants ont rejoint les mouvements de gauche rennaissant. La politisation des étudiants étaient sous-jacente tout de même depuis 1997. Le premier mouvement d'opposition de gauche après la longue et terrible répression ; ce mouvement de redémarage commence avec ces étudiants. On a donc ce mouvement étudiant à partir de 1987, Il apparaît une soixantaine de journaux réformateurs. Trente cing ont été fermés en une seule journée.

Des journalistes ont été jetés en prison. En réaction les étudiants se lancent dans une grève, pendant quelques mois dans la cité universitaire de Perse. Un soir les forces de répresion entrent dans l'enceinte de l'Université tabassent ou tuent des étudiants. Or, dans toute l'histoire de l'Iran, ce genre de pénétration ne s'est produit que deux fois. Une enceinte universitaire était quelque chose de sacré. Par le pasé le Shah avait aussi maté une telle révolte à Téhéran au moment du voyage de Nixon. Les étudianta avaient jeté leurs chausures sur les voitures de Nixon et du Shah. Le Shah est sorti complètement de ses gonds. Les étudiants ont été battus jusqu'au sang et il y a eu plusieurs morts.

C'est pourquoi nous comémorons aujourd'hui, ce 22 janvier 2026, l'anniversaire de cete tuerie. Après, la deuxième fois fût celle du régime religieux iranien ; c'est donc les deux seules et uniques fois où ils ont violé l'espace universitaire. C'étaient les premières contestations de mase après l'installation de la république islamique. L

On peut mesurer ainsi à quelles échéances se déroulent les révoltes sucessives.Elles se déroulent en deux périodes, de 1996 à 2009 et de 2016 à 2018. En 2018 il y a une courte période de révolte, puis en 2022. Cela démontre que d'un espace de dix ans on est passé à six ans puis tous les deux ans ; ça se rapprochait ete cela se généralise. Le mouvement étudiant de 1996 se déroulait uniquement à Téhéran, à Ispahan et dans trois ou quatre grandes villes. Puis avec « femmes, vie, liberté », onn a eu 5000 personnes dans la rue dans une ville de 10.000 habitants. Ce qui veut dire que cela gagnait une majorité de la population. Maintenant ça s'est calmé mais des slogans sont entendus pendant la nuit. Mais une autre scission a eu lieu dans les forces de gauche. Beaucoup de gens ont dit que désormais l'avant-garde ce sont les syndicats. Cela démontre quand même une avancée du mouvement de classe.

JLR : Est-ce que avant et pendant la répression il y a eu des grèves, des manifestations de la classe ouvrière ?

Y: Entre ces dates, de 96 à 2008 c'est à peu près calme mais à partir de 2009 on a des grèves qui sont plus importantes que d'autres. Celle des chaufeurs de bus par exemple parce qu'ils ont de grands syndicats, qui sont pourtant divers. Nous avons par exemple des syndicats islamistes

ou des syndicats du régime, complètement inutiles et à la solde du régime. Mais nous avons aussi, depuis une dizaine d'années, des syndicats libres, réprimés et interdits par le régime, qui engagent des luttes et organisent des grèves. Sans oublier le syndicat des chauffeurs de bus téhéranais, le syndicat des étudiants de gauche ou encore le syndicat des ouvriers de la canne à sucre « Haft Tapeh », dont le principal slogan – Pain, Travail, Liberté – comme organisation communale mutualiste démontre l'esprit communiste de ces organisations ouvrières.

JLR : de classe ?

Y: Oui et leurs leaders sont régulièrement emprisonnés. Mais d'autres leaders émergent. Après dans le sud de l'Iran nous avons les syndicats des producteurs de pétrole et des ouvriers des usines de cane à sucre. On a eu un grand syndicat qui est parvenu à bloquer deux ou trois petites villes. Leurs leaders sont pareillement emprisonnés mais d'autres émergent. Il y a encore des massacres localement. Après apparaît un syndicat des enseignants. Des syndicalistes français de FO ont joué un rôle dans sa constitution. Les syndicats des camionneurs, des transports, du sucre sont les plus dynamiques. Il y a un syndicat plus de classe dans le secteur du pétrole : ce sont des contractuels qui sont moins contrôlables. Mais ces syndicats n'ont pas un rayonnement national.

Les seuls syndicats qui ont une corrélation et influence nationale sont les syndicats islamiques. .En revanche les enseignants ont essayé de provoquer des grèves nationales. Mais la chaîne nationale n'est pas encore très solide. Les chauffeurs de bus arrivent à faire des grèves étendues à Téhéran mais elles restent encore corporatives. Les syndicats au niveau national sont ces fameux syndicats islamistes, syndicats du pouvoir. L'Etat islamiste sait donc dans quelle ou quelle usine on crée des syndicats indépendants, emprisonnant très rapidement leurs animateurs. Mais il y a une combativité exceptionnelle et d'un courage incroyable. Par exemple cette jeune ouvrière, Sepideh Gholian, qui avait passé un mois en prison où elle avait été tabassée. Elle sort de la prison, elle enlève son foulard et crie « à bas la dictature ! ». Ils la remettent en prison, après l'avoir ratrappée sur l'autoroute qui allait jusqu'à chez elle. Mais elle recommence la fois suivante où elle ressort de prison. Ou encore l'histoire des sept prisonnières de la prison de Evin, qui avaient scandé : « A bas Khameneyl ! A bas la dictature ! Et « Femme, Vie, Liberté », le 16 setembre 2023 pour commemorer l'assassinat de Mahsa Amini.

JLR : Y a-t-il des vieux dans les mouvements ?

Y: Oui mais dans la majorité ce sont des jeunes. Mais le mouvement des retraites ne désemplit pas ces dernières années dans les rues et leurs leaders sont aussi emprisonnés et torturés. Pour les viols massifs il faut revenir à 1987 où ils ont exécuté des jeunes filles mineures. Eles ont été systématiquement violées avant d'être exécutées. Parce que la religion interdit d'exécuter une vierge. On violait systématiquement les jeunes files avant de les tuer. Les viols ne sont pas systématiques car de nombreux soldats refusent de s'abaisser, mais sont aussi menacés de la peine de mort parce qu'ils ont refusé de tirer (c'est pourquoi ils ont fait venir des milices de tueurs des pays étrangers) Forcément les forces de l'ordre sont obligées de tenir compte des réactions de la population face aux crimes les plus horribles. En plus il y a une forte opposition du clergé de base. Il y a aussi une gradation dans les tortures de punition. On peut couper un membre encore aujour'hui ; si tu pêux payer une certaine somme on ne va te couper qu'une main. Cela se pase en prison où un juge ordonne qu'on te coupe un membre. Si tu payes bien on t'envoie à l'hôpital pour te faire recoudre le membre. On te fait payer les balles qui vont t'abattre. Sinon si les familes n'ont pas d'argent, l'Etat islamiste récupère les cadavres pour les jeter dans les foses comunes de ses sbires tués par les manifestants et ainsi augmentent leur nombre de victimes des « voyous ». Du coup beaucoup de familles se précipitent pour récupérer les cadavres de leurs êtres chers et les enterrer dans leur jardin pour qu'ils ne les récupèrent pas pour leur idéologie islamique ou ne le laissent pourrir à la morgue. La flagellation est un châtiment encore très couramment utilisé par les juges.

JLR : Est-ce que tu crois que de manière générale la religion a pris un coup dans la gueule ?

Y: En fait l'oppression ignoble de la dite république islamique a favorisé la laïcisation de l'Iran. En 1973, un sondage (d'une fondation néerlandaise) établissait que 80 % de la population disait être croyante et pratiquante. Un autre sondage derrièrement montrait qu'il n'y avait plus que 20% de la population qui était croyante et seulement 6% pratiquante.

JLR : Est-ce que j'ai exagéré en disant dernièrement dans un article que ce qui se passe était le début de la révolution mondiale ? Est-ce que la révolution pourrait partir d'un pays comme l'Iran et pas de l'Europe ? En tenant compte du combat contre la religion qui était, pour Marx, la première des critiques des critiques ?

Y: Question importante qu'il faut réfléchir. Je ne sais pas mais la France est importante parce que vous êtes le pays classique des révolutions. Est-ce que cela pourrait s'étendre. Prenons l'Afghanistan. Sur beaucoup de points l'Afghanistan est en avant-garde par rapport à l'Iran : Pas au niveau de la mise en cause de la religion, Mais sur la condition de femmes, de la liberté de la presse, etc. L'Afghanisatn reste un pays extrêmement pieux où les anciennes religions ont encore vraiment leur place. L'Iran est en avance par rapport à la critique de la religion, même par rapport à la Turquie ; Erdogan réussit à s'opposer à la laïcisation, sauf dans l'ïlot d' Ankara . En Iran l'islamisation forcée a favorisé la laïcisation. Sauf dans les régions sunnites, il n'y a qu'une minorité de chiites qui fait la prière dans les mosquées . Ou peut-être un pépé de 90 ans.

JLR : Tu ne vois pas sortir de cette société un vrai mouvement prolétarien mais la seule alternative d'un régime bourgeois démocratique ? Même si les Américains bombardent ou bien est-ce que cela ne va que générer la guere civile  interethnique ou chaos régional?

Y: Moi j'ai très peur que si les A méricains bombardent on voit un regain du nationalisme.

JLR : Je ne pense pas. Imagine si, en 1914, les ouvriers avaient été tués par milliers à la veille d'août 14... la mobilisatistion aurait foiré.

Y: Pas d'accord, L'Iran n'est pas la France et reste très particulière à ce niveau là. On l'a constaté avec la guerre Iran/Irak et avec la guerre des 12 jours, l'union nationale se ressoude presque automatiquement. Les forces de gauche et d'opposition cessent de critiquer le régime des mollahs et ils partent au front. C'est la différence avec la France où le fait d'être nationaliste ou patriote n'est pas un critère respectable.

JLR : Tu ne penses pas qu'en bombardant et en choisissant une solution intelligente de recruter des collabos sur place comme au Venezuela (ce que n'ont pas compris tous nos crétins anti-impérialistes) on peut envisager un renversement des mollahs sadiques ?

Y: ça c'est possible mais ce qui me fait peur c'est qu'en faisant un bombardement désordonné, les Américains restaurent l'union nationale. Mais c'est aussi pour çà que Trump lorgne vers les fractions libérales même en partie ou à moitié islamiques.

JLR : J'ai tendance à dire : vaut mieux n'importe quel autre régime que de conserver celui-ci. Même si la révolution doit attendre.

Y: Moi aussi. On dit aussi que ce sont ces gardiens de la révolution qui pourraient se pointer en cravate pour une éventuelle transition, pas rassurante, comme l'autre con en Syrie, Ahmed al-Charaa. Mais on a bien vu pendant la guerre des 12 JOURS que la population était derrière le régime islamique. Cette guerre a retardé le mouvement de 2025 qui aurait pu d'ailleurs avoir lieu au moment de cette guerre, car à l'époque il y avait de grandes grèves des chauffeurs de bus. Les enseignants étaient aussi dans la rue, les retraités aussi. Mais le premier missile israélien nous est tombé dessus...


On reprendra cette discussion.


1Yashar est iranien, diplomé en graphisme, engagé politiquement dans le combat de classe, et ouvrier du bâtiment. Habitué des confrontations politiques publiques, il est intervenu durant des années dans plusieurs médias et a dernièrement polémiqué sur France Inter avec un royaliste iranien. Il nous éclaire sur les failles de cette « révolution religieuse ».

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