"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

samedi 25 septembre 2010

Les syndicats ne trahissent pas tout le monde

...Evidemment sinon ils auraient été éliminés depuis longtemps ! Si des révolutionnaires maximalistes simplistes (par ex. le CCI) ont toujours voulu ignorer la notion d’aristocratie ouvrière, dénoncée par d’éminents marxistes acteurs de l’histoire comme Lénine, celle-ci a bien survécu à une certaine vision œcuménique et naïve d’une classe ouvrière conçue comme un éventail large de couches et professions disparates, extrêmement hiérarchisées et qui, une fois en lutte, chanterait d’un même chœur.
Au XXIe siècle, les syndicats ont été certes happés dans la machinerie de l’Etat bourgeois mais on ne peut pas les ridiculiser en répétant simplement à chaque fois qu’ils « trahissent » la classe ouvrière. Ils ont trahi une fois pour toutes la classe ouvrière en se ralliant à la Défense nationale en 1914 et restent partout des syndicats d’encadrement national du prolétariat, toujours contestés par celui-ci et craintifs que des grèves leur échappent. Ils se sont par contre adaptés aux exigences des dites couches moyennes, et c’est bien là-dessus qu’existe leur formidable complicité dans l’Etat avec les gouvernements successifs. Les « corps d’Etat » des secteurs majeurs (lumière, industrie, transports, Poste, etc.) ont toujours eu besoin d’une stabilité pour que chaque mois l’Etat n’ait pas la trouille d’être renversé. Cela ne signifie pas que les personnels de ces industries, souvent nationalisées ou concentrées en nombre, soient corrompus, mais les appareils syndicaux corporatifs qui sont autorisés dans ces places, parasitant l’exploitation des travailleurs, sont clairement des profiteurs du système mais dans la mesure où ils exercent leur rôle de garde-chiourme et de défense des catégories salariales les mieux rétribuées au détriment des couches inférieures. Depuis 1968 ce sont d’ailleurs clairement la grande masse des couches intermédiaires du salariat qui « suivent » les ordres syndicaux, parce qu’elles sont typiquement aigries et parce qu’elles ont compris la gageure de sa cacher derrière le faux collectif syndical pour conserver leurs privilèges, tout en s’offrant le luxe de compatir aux couches inférieures maintenues dans leur infériorité salariale et intellectuelle….
Mais bon je vous livre là une des idées force de mon prochain ouvrage – « Histoire des trahisons syndicale » - et nous allons revenir aux impressions qui se dégagent selon moi du texte/interview des révisionnistes négristes, ci-dessous, à l’égard du bonze CGT Thibault, si vous avez eu le courage de le lire jusqu’au bout.
Dans l’ensemble, sans qu’on sache quand le pape moderniste Negri pose ses questions, les éléments hyper-intellectuels qui ont été reçu par big chief Thibault ne font pas montre d’un questionnement dérangeant pour le bonze ni jamais ne cherchent à contredire ses pires mensonges. L’odeur de la sueur prolétarienne, même si c’est du Chanel CGT, est un plaisir indicible pour les hyper-intellectuels, au demeurant souvent anciens terroristes gauchistes. Lénine se moquait déjà de ces intellectuels qui n’aiment jamais tant que sentir le cul de l’ouvrier. Basse besogne cette interview car elle permet surtout au phraseur en eaux troubles Thibault de faire croire à la pérennité obligatoire du syndicalisme de service d’Etat.
L’année où se déroule l’interview, 1996, vibre encore des grèves et manifestations de 1995 où les cheminots, fer de lance du mouvement, ont réussi à faire tomber le premier ministre Juppé en défendant leur régime de retraite spécial, avec le soutien moral de toute la classe ouvrière qui pourtant passait parallèlement à la casserole avec un allongement de la durée du travail à 41,5 annuités pour le privé sous Balladur, puis, plus tard pour le public sous Fillon.
Succédant à Renault, les prolétaires de la SNCF, avec la frange aristocrate du rail des conducteurs, avait bien fait éternuer la France cette année-là, mais avec une leçon en partie oubliée, quoique volontairement par le sieur Thibault : il était possible de commencer une grève sans l’aval ni l’organisation des syndicats. Le mouvement fût fort de la résistance de la partie aristocrate des conducteurs qui disposaient d’une vraie faculté de paralysie contrairement aux employés de bureaux ou de voirie… Avec les défauts inhérents à ce type de catégorie spécialisée qui se prend pour la cuisse de Jupiter, donc avec des aspirants chefaillons gauchistes très à cheval sur les particularismes et plus corporatifs que la moyenne des ouvriers. On retrouvera d’ailleurs ce défaut majeur chez les infirmières, développant une lutte corporative nettement séparée des aides-soignants considérés comme des inférieurs.

L’essentiel de la grève cheminote reste pour Thibault la remise en selle du syndicalisme. C’est du moins ce qu’il explique à Négri et à ses « nègres » intellectuels. A aucun moment Thibault ne rappellent comment dans la plupart des premières AG, la CGT et autres sindicraties autonomes étaient contestées. La lutte démarrée hors des syndicats, avec des bonzes qui couraient dans tous les sens pour « rattraper les gars » n’est plus qu’un « besoin de parler »… avec les étudiants. Le bonze CGT à la frange de cheveux Chantal Goya en profite pour gommer la mauvaise impression qui perdurait du syndicat stalinien refusant en 1968 d’ouvrir les grilles pour discuter avec les « futurs cadres » de la société capitaliste, ce qu’ils sont toujours, mais en beaucoup moins excités contre ladite société. Alors que les AG et les manifestations spontanées se développent inquiétant « le pouvoir » et ses valets syndicaux, cet épisode est ramené à ce lénifiant dialogue avec des étudiants. Le même effacement de l’histoire réelle de la lutte finalement de ce vieux syndicat stalinien où le petit Thibault avait été à l’école de la lutte des places. L’interviewé Thibault en profite pour caser la théorie de l’indispensable professionnel de la négociation salariale : « pour coller à la volonté des salariés, il faut être professionnel ».
L’art du discours syndical, comme du discours bourgeois classique, est d’être là où on ne l’attend pas. Lorsqu’il évoque, dix ans plus tard donc, le refrain « Tous ensemble » de 1995, c’est pour en démontrer l’absurdité dans la durée car il faut retourner, comme « professionnel » bien entendu au niveau de la corporation. Pour une fois, un des négristes ose la question : tous ensemble contre qui ? Thibault ne pouvait rêver meilleure perche. Il se confond en anecdotes sur des discussions avec des « non-syndiqués » (il ose) qui lui auraient opposé leur joie de l’absence de « politisation », et qui se fichaient de faire tomber un premier ministre. Eh oui, ajoute-t-il en substance, quel intérêt de faire tomber le gouvernement ? Aussitôt il se dresse menaçant le pouvoir, sauf « si le pouvoir d’achat continue à être pressuré ». Magnifique menace , le pouvoir d’Etat menacé par le pouvoir (nul) des consommateurs ; on est habitué aux formules alimentaires depuis de la part de ce Thibault. Pourtant meilleur défenseur que quiconque du corporatisme étroit, mais doublé d’un statut de négociateur national, un deuxième Thibault s’en prend sans crainte de se renier aux corporatisme des brèves coordinations, tenues par ses rivaux trotskiens de LO et LCR, ce qui lui permet d’affirmer que dans la durée le syndicalisme classique reste le seul vrai défenseurs des salariés.
« Multitudes » l’attendait au tournant car cette revue « communisatrice » et éclectique, est persuadée que les classes n’existent plus et ne sont plus que de vagues multitudes. Questions donc sur la composition du « nouveau salariat ». Thibault concède que cols blancs et maîtrise occupent un bon tiers dans l’entreprise SNCF, et que les manuels doivent se servir d’un clavier d’ordinateur. Mais au lieu de décrire ce clavier comme un simple nouveau stylo, voici une nouvelle spécialité de l’aristocratie salariée saluée comme telle. Thibault ne se laisse pas entraîner par les prêchiprêcha des négristes, ce n’est pas un bon job sur le terrain de la lutte des classes. Son job à lui c’est de faire croire que, intermédiaires ou de base, les couches salariées seraient pleinement actrices des décisions en AG et que l’entreprise est bien un lieu de discussion citoyenne.
Les négristes en sont pour leurs frais mais sont rassurés, car, majoritairement profs de ceci ou de cela, ils veulent pouvoir conserver les garanties de base qui assurent leurs arrières pour continuer à publier livres et articles, et jaser sur une révolution miraculeuse tombée du ciel après les révélations du céleste Empire de leur Casanova théorique.
Nous étudierons tout naturellement ensuite la psychologie des foules syndicalistes.

LES CHIENS DE GARDE SYNDICAUX :

Avant de devenir sergents recruteurs du syndicalisme, les prolétaires devenus permanents jouissent très vite de leur échappée belle. Ils ne veulent jamais revenir manger d'herbe à la production. Cette espèce d'apprenti sergent recruteur du syndicalisme modernisé (formation assurée par l'Etat et fonction de "salarié protégé) vivote en général dans la fonction publique à l'ombre de grands CE où, pendant les vacances, les sergents recruteurs se retrouvent patrons, c a d directeurs de colos de vacances ou terrains de camping où ils compensent leur absence d'héritage familial et intellectuel ; et où , totalement incultes en histoire du mouvement ouvrier, ils expliquent aux enfants que les "acquis sociaux" ont été obtenus de hautes jouxtes verbales entre négociateurs staliniens ou trotskiens pendant que les ouvriers, ces boeufs, restaient chez eux devant la cheminée d'Emile Zola ou l'écran plasma du XXIe siècle. Mon contremaître CGT aime bien me donner des ordres et faire passer son capitaine Thibault pour un vrai bolchevik. (fin des extraits).

PAS DE CRISE ! FAUT PRENDRE L’ARGENT OU IL EST !?

Parenthèses pour ceux qui croient parler de politique en insultant sans cesse Sarkozy et en bêlant dans chaque promenade de rue syndicale. Les balades actuelles serviraient-elles à marquer des points pour 2012 ?(pour qui? DSK est déjà descendu en flèche par les hommes de main à Sarko, et ses propres colistiers). Le comble de tous les syndicalistes gauchistes (et la raison pour laquelle ils ne nous aveuglent pas) c'est qu'ils croient ou veulent faire croire qu'il n'y a pas crise, qu'il suffit, comme un vulgaire Mesrine, de "prendre l'argent où il se trouve" (dixit la prof bobo Arto et le bobo facteur Besansot); mais, du coup ils oublient la gravité de la crise qui va s'approfondissant et la terreur des faux-culs de la gauche caviar et du sous-Marceau Pivert Mélendéchu à l'idée de se retrouver aux rênes... Dans un sens j'aimerais bien un nouveau Kerensky, mais la bourgeoisie ne nous offrira jamais plus ce plaisir là.
Avec sa victoire dans cet imbroglio sur "les" retraites (la revendication des 60 ne peut pas être unitaire car elle n'était déjà pas une réalité égalitaire depuis Mitterrand le florentin bourgeois) Sarkozy aura gagné son ticket pour 2012. Les croyants au suffrage universellement imbécile en seront pour leurs frais, quoiqu'ils joueront les sergents recruteurs pour illusionner sur un possible changement fallacieux de menteurs professionnel. Parce qu'ils ne comprendront jamais rien, Sarko Ier a été élu par la finance pour mener cet enculage sur les retraites (par le tripatouillage électoral et la collaboration des classes moyennes) et Sarko 2 sera élu en récompense de ses bons et loyaux services par la même mafia financière et juridique; et ceux qui iront voter pour un cacique quelconque de la gôche caviar se feront complice de ce cirque, qui permettra par conséquent à Sarko 2 de proclamer: "je suis l'élu de tous les français" (c a d de tous ceux qui ont voté et qui sont syndiqué).
Les guachistes syndicalistes et les néos du stalinisme ne voient que les méchants patrons les pauvres! Voyons, de façon subliminale, et compréhensible par les oreilles sensibles de la syndicratie (jamais plus traité avec hargne et mépris par la droite caviar comme avant 68) , Fillon le pion de Sarkozy siffle la fin de la récré. Les pions syndicaux ont parfaitement entendu le coup de sifflet en poussant lycéens et étudiants à dévier la protestation encadrée dans une impasse probablement barricadière le 2, suivie le 12 d'une reprise en main "contre l'aventure" et pour laisser les généraux syndicaux finir de négocier à la place de la rue. Si certains nigauds se réveillent (une partie des sectaires aveugles de ce site que nous avons dénoncé à juste raison depuis plusieurs jours) ce sera pour aller au casse-pipe et déplorer une désunion syndicale subite, qui les désarmera, mais si classiquement comme à chaque fois qu'on se demande pourquoi leurs parents n'ont pas développé leur mémoire quand ils étaient petits.
Clap de fin.

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