"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

samedi 27 mars 2010

Les nouveaux laboratoires de la mystification écologique :

le bonheur de prendre les prolétaires pour des cons et de le leur chanter en démocratie capitaliste restaurée

OU LES PRETENTIONS DE L’ANARCHISME LIBERAL

Edito de Joffrin de ce samedi : « Le bonheur une idée neuve » : « Le bonheur ? Une idée neuve dans la mondialisation. Une urgence pour les citoyens. Le Forum de Rennes, qui se tiendra les 26 et 27 mars, débattra de cette idée d’apparence intemporelle, qui prend soudain une actualité aiguë. La crise a interrompu la croissance : suffit-il de relancer le logiciel économique pour en sortir ? Ou bien faut-il poser des questions plus fondamentales comme celles-ci : la croissance rend-elle heureux ? L’accumulation des richesses matérielles, objectif principal des grandes nations du monde postmoderne, débouche-t-elle sur une société de bien-être ? Vaut-il mieux changer de valeurs et de perspectives ? ». Une cinquantaine de débats sur deux jours, des dizaines de personnalités nationales et internationales, 15 0000 spectateurs attendus, le Forum Libération «Le Bonheur une idée neuve!» a démarré vendredi matin à Rennes. Du faux paysan promu député européen, Bové, au bateleur de foire (électorale) Cohn-Bendit, intellectuels peigne-culs, francs-macs et policiers syndicaux se sont rendus à la grand messe de Rennes.

« Revitaliser la démocratie par une participation accrue et mobiliser les citoyens, deux enjeux majeurs pour Daniel Cohn-Bendit, député d’Europe Ecologie, et l’historien Pierre Rosanvallon, invités à débattre sur les nouvelles utopies ». Ainsi est présentée une des séquences de l’intense campagne politique menée par une partie de l’appareil d’Etat européen sur le site Libé-Rennes par la journaliste Anne Le Bon. Laquelle nous fournit l’intéressant résumé suivant (tant pis pour mes lecteurs qui n’ont pas déjà lu le message blog antérieur sur le sujet – qui a levé le lapin en milieu maximaliste sur la vocation « sociétale » des bobos écolos à venir sur le terrain diffuser les mensonges bourgeois – mes lecteurs négligents peuvent se rattraper en lisant ci-dessous à la suite) ; je me livrerai ensuite à une analyse de ce texte typiquement anarchiste libéral :

« L’abstention massive aux élections, notamment locales, est souvent perçue comme un désintérêt pour les questions politiques. Une erreur d’interprétation, selon l’historien Pierre Rosanvallon : « Dans les 2/3 des cas, l’abstention est une décision politique », affirme-t-il. « S’ils refusent de voter, c’est que l’offre ne leur plaît pas », acquiesce Daniel Cohn-Bendit. Cet acte traduit un divorce entre la société et la sphère politique et pointe du doigt la nécessité de recourir à de nouvelles pratiques, plaçant le citoyen au cœur des discussions.
« On réduit l’espace décisionnel aux élections, c’est pour ça que la politique ne fonctionne pas », estime Daniel Cohn-Bendit, qui rêve d’un système impliquant les citoyens au quotidien. « Si on veut du temps pour la participation citoyenne, il faut réduire le temps de travail ! », ajoute-t-il. Une proposition accueillie par les applaudissements du public rennais. « Il faut politiser la société en dehors des échéances électorales », affirme encore le député européen. Pour faire évoluer les pratiques politiques, il propose de s’inspirer du système des coopératives, modèle vers lequel il lorgne pour faire évoluer Europe Ecologie. Ni parti, ni simple réseau, une structure au sein de laquelle les décisions seraient prises collectivement. « Il y a une dimension utopique à ce projet : il faut dépasser la forme traditionnelle des partis et inventer de nouvelles formes de coordination », explique Daniel Cohn-Bendit.
L’utopie de la démocratie participative délibérative, replaçant le débat citoyen au cœur des décisions politiques, est cependant loin d’être réalisée. Pierre Rosanvallon déplore le manque d’interactions entre les citoyens et le gouvernement : « On élit un représentant, mais il faut en permanence lui demander des comptes. Elire un super représentant et lui laisser les rênes, ce n’est pas de la démocratie ». Daniel Cohn-Bendit pointe, quant à lui, un autre responsable de la perte de vitesse de la démocratie : les médias. « J’attend que les journalistes remettent en question les politiques, qu’ils aient une attitude de défiance. »

LACHEZ-NOUS LES RÊNES INTELLECTUELS DE GOUVERNEMENT!

Ce texte est assez emblématique du totalitarisme impuissant de la bourgeoisie. Comme aux temps d’Hitler et de Staline, la démocratie impériale bourgeoise envoie ses missi dominici, ses « commerciaux » de la petite bourgeoisie (parvenus comme Bové et Cohn-Bendit) et une flopée d’intellectuels inoccupés du fait de l’extinction du militantisme gauchiste, pour catéchiser le peuple indistinct mais surtout le bon prolétariat. Rien de nouveau dans l’attirail idéologique ressorti du grenier vermoulu de 68. Ce n’est pas dans les vieilles outres qu’on peut faire de nouvelles lanternes. Franchement nous ressortir cette vieille outre d’autogestion quand les cadres et structures du pouvoir de la principale classe dominante n’ont pas changé et ne changeront pas tant qu’on ne leur foutra pas sur la gueule[1].

Résumons : en gros le plénipotentiaire d’Etat Rosanvallon[2] (lire la note SVP) suggère à ses maîtres que l’abstention politique des prolétaires n’est pas bien méchante et qu’il suffirait de leur proposer de fonctionner comme les assocs de parents d’élèves dans les quartiers pour revivifier la « parole citoyenne ». Pauvre con qu’est-ce que tu nous racontes ? Tu te prends pour qui ? On t’a rien demandé d’abord. Les assocs de parents d’élèves ont toujours été le monopole de cette même petite bourgeoisie passée du statut d’électeur gauche caviar à la prétention du citoyen plus citoyen que ses inférieurs (prolétaires et flics) à discuter de la politique local à défaut de la grande politique réservée aux nombreux oligarques intermédiaires nationaux, européens et régionaux. La plupart des ouvriers n’y mettent jamais les pieds dans ces assocs de merde où viennent parler les couches intermédiaires soucieuses de la réussite scolaire de « leurs » enfants ; les autres de toute façon sont largués : familles mono-parentales, familles immigrées impressionnées par le savoir et le bla-bla de petits profs incompétents, familles qui ont honte de venir plaider de la nullité de leur enfant et à qui il est interdit de protester contre la nullité des profs de collège. Mettez le voile et bouclez-la !

Cette campagne de recrutement sur le terrain à défaut d’une télé idéologique décrédibilisée ne sortira évidemment pas de quelques préaux d’école[3]. L’idéologie bobo, avec sa taxe carbone d’Etat et l’encouragement aux privations pour les classes pauvres afin de sauver les résidences secondaires de la pollution, n’est pas prête de pénétrer en milieu ouvrier.

UN GOUFFRE GRANDISSANT ENTRE PROLETAIRES ET BOBOS CULTIVES

C’est un fait la classe ouvrière a disparu… culturellement. Depuis 30 ans on nous plaint. On nous assure que la classe ouvrière, si au moins elle n’a pas disparu physiquemnt, a perdu son « identité de classe », est rongé par des religions arriérées, ne fait plus grève mais se laisse gentiment jeter à la rue, etc. Or c’est au niveau culturel que la classe dangereuse, paradoxalement pour le bourgeois ignare et le militant douteux, est en train de se renforcer. Autant des sixties au seventies on a pu voir se rapprocher le niveau culturel de la jeunesse par l’inflation des études littéraires, ce qui faisait qu’un fils de prolétaire pouvait trouver un langage commun avec même les fils de grands bourgeois, autant le gap (l’abîme) entre fils de prolétaires et fils de bobos et grands bobos n’a cessé de s’accentuer depuis une vingtaine d’années. La politique d’Etat de dauche à goitre n’a cessé d’aggraver les inégalités sociales, économiques et scolaires. Une partie des scolarisés fils de petits bourgeois parviennent même au niveau du bac avec une connaissance nulle en histoire, en littérature, en géographie, etc. (la suppression de certaines matières dans les classes terminales confirme la volonté de la bourgeoisie de conforter ce numerus clausus de l’ignorance). Ce n’est ainsi pas simplement le dégoût de la vanité politique bourgeoise qui explique les désaffections multiples mais la perte d’un langage commun, de références communes, et même de joies communes (tels qu’on pouvait considérer les grands concerts rocks d’antan, quand maintenant il y a les concerts pour racailles, les concerts plus intimes pour bobos jazzis, etc.). La chute du militantisme de conviction part de ce constat également. La plupart des militants des partis bourgeois n’ont jamais été que des promoteurs d’autocollants. Ce qui en reste est tellement collant sur les marchés qu’on les évite. Dans le milieu ultra-gauche disparu, il n’y a jamais eu un nombre appréciable de prolétaires. Dans le milieu anar actuel qui s’est approprié le terme pour faire peur à la police, ce ne sont que petits bourgeois déclassés et individualistes réduits à de petits métiers marginaux ou du petit commerce. Dans le milieu maximaliste, malheureusement il ne reste aussi que de petits intellectuels ergoteurs.

LA CULTURE MOINS ON EN A PLUS ON CHIE DESSUS :

Eloge de l’ignorant prolétaire contre Rose en ballon

Ce « gap » entre bobos cultivés – surtout celui des amis des Rosanvallon et DCB – et une masse de jeunes prolétaires qui n’ont aucune base de discussion commune ni langage commun, est assez extraordinaire. Il résume à lui seul les frontières de classe. L’ignorance des subtilités langagières des intellectuels de gouvernement tout comme les éclats de rire à l’évocation de l’autogestion, et encore plus de la trouvaille anarchiste éculée de Cohn-Bendit « fonctionnons en « coopératives », confirme qu’il n’y a pas de discussion possible avec les bonimenteurs accessoires de la bourgeoisie. Qu’est-ce qu’il est minable de Cohn-Bendit !

L’ignorant prolétaire n’est pas si idiot qu’on le croit. Il a compris l’essentiel : on se fout carrément de sa gueule en lui suggérant qu’il va pouvoir venir discuter dans les quartiers (avec ou sans un retour aux 35 heures), sans que soit changé son régime débilitant dans l’entreprise, avec la continuation des inégalités de salaires, avec les mêmes fainéants auto-promus aux fonctions politiques nationales et européennes. Naguère les militants intellectuels du camp maximaliste n’avaient pas compris le b a ba de la conscience de classe, et une partie ne le comprend toujours pas… les mêmes ex-militants du CCI, individus gravitant autour de Perpective Internationaliste : la conscience de classe n’est pas culture mais « conscience » ; cette conscience n’exclut pas la « connaissance » mais celle-ci ne passe pas par les arcanes de l’Etat bourgeois mais par l’existence de prolétaire, la souffrance et la réflexions sur ses causes, et l’action des partis révolutionnaires (quand ils existent). Marc Chirik s’était bien moqué d’eux il y a30 ans : « moi je n’ai pas usé mes fonds de culotte sur les bancs de la Fac » ! Tout comme il avait rappelé le mépris des intellectuels mencheviques face aux ouvriers bolcheviques illettrés, tout comme Trotsky souligna dans « Questions du mode de vie » qu’en temps normal les ouvriers se fichent de la politique et la laisse aux autres…

Oui l’on ressent parfaitement que la bourgeoisie et ses laquais en vert voudraient bien faire semblant de croire qu’un dialogue serait possible face à une classe ouvrière perpétuellement en rupture de ban. Ils voudraient « communiquer », rétablir une « interaction entre citoyen et gouvernement » (cf Rosenballon) ! Nos pauvres ânes « communisateurs », qui rêvèrent d’une classe inférieure non disparue (culturellement) ont fourni bel et bien la batterie idéologique nécessaire aux Rosanvallon et DCB, incapables par eux-mêmes d’inventer quoi que ce soit. Mais ils n’ont transmis que des vieilleries totalement solubles sous les coups de tsunami de la crise systémique. Tous ils ont voulu nous faire croire que le règne des partis est fini. Non tous les partis oligarchiques de dauche à goitre continuent à se partager le pouvoir pendant que les faux électrons libres Rose-en-ballon et Cohn-Bendit tapent sur le tambour du garde-champêtre

pour « politiser » gratis mais se tirent royalement une balle dans le pied :

« Il y a une dimension utopique à ce projet : il faut dépasser la forme traditionnelle des partis et inventer de nouvelles formes de coordination ». Oui car elle est utopique cette prétention bourgeoise à racoler à nouveau avec une politique des mains vides un prolétariat de plus en plus accablé de chômage, de répression et de misère.

La connerie bourgeoise est en effet une idée neuve en Europe !



[1] Croyez-moi si j’avais pu me rendre à Rennes pour y intervenir, tous ces laquais d’un pouvoir répugnant auraient passé un sale quart d’heure, ou même si n’importe lequel de mes camarades maximalistes avait pu y prendre la parole. Mais c’est filtré et les journalistes sont de si bons copains de Cohn Bendit qu’ils auraient squizzé ce genre d’intervention « d’en bas », des sans-grades, de qui n’existent plus, qui n’ont jamais compté et dont on se fout de la gueule.

[2] Plus qu’un simple franc-mac, Rosanvallon symbolise, bien après Daniel Mothé, toute la pourriture des anciens syndicalistes intellectuels passés au service du pouvoir (et financés directement par les assocs patronales). Son intense collaboration capitaliste est décrite sur Wikipédia. Il a été successivement permanent syndical de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), membre du Parti socialiste unifié (PSU) puis du Parti socialiste. En 1982, il crée la Fondation Saint-Simon avec François Furet, dont l'autodissolution eut lieu le 31 décembre 1999[]. Il s'engage en 1995 dans la défense de la réforme de la Sécurité sociale présentée par le gouvernement Juppé en 1995, signant notamment une pétition parue dans Le Monde en sa faveur. Il est membre depuis 2002 du Conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France, depuis 2004 du Conseil scientifique de l'École normale supérieure. Il crée en 2002 , avec le soutien financier de grandes entreprises (Altadis, Lafarge, les AGF, EDF, Air France...), La République des Idées, un « atelier intellectuel » qu'il préside. Son ambition est de « refonder une nouvelle critique sociale », détachée de ce qu'il nomme l'« archéoradicalisme » ou l’« idéologie radicale-nostalgique ». Ce groupe édite une revue, La Vie des Idées ainsi qu'une collection de livres aux éditions du Seuil, et a organisé en 2006 le forum de Grenoble sur la « nouvelle critique sociale ». En mai 2009, dans le cadre de la République des Idées, il organise de nouveau un forum à la Maison de la Culture de Grenoble, "Réinventer la Démocratie. Comme pourriture on ne fait pas pire, même Cohn-Bendit apparaît à côté comme un simple enfant de chœur.

[3] Cohn-Bendit était venu pendant la campagne dans le préau en face de chez moi. Quelle chance pour lui, j’étais en voyage et je me promettais de lui filer comme d’hab une déculottée – sur le terrain il est plus nul que sur les plateaux télé et se fait casser assez facilement mais ses amis journalistes le taisent – mais aurait-ce été opportun de l’honorer de ma présence ?

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