"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 23 mars 2010



Ciné rafle à 3 balles


Beaucoup trop de pub pour


un téléfilm simpliste



Dimanche dernier j’ai raflé les enfants et leur copain – ils ont râlés et protestés qu’ils voulaient rester scotchés à leurs jeux débiles d’Internet – mais je n’ai pas cédé pour les forcer à aller voir une sale page d’histoire, trop méconnue et qu’on ne doit pas oublier. Pourquoi la salle de classe de cette école du quartier de la Goutte d’or était-elle déserte le 18 juillet 1942 ? Mon ami André Jarnolles, dont les cendres sont depuis longtemps dispersées en Méditerranée, me raconta qu’il s’était rendu en classe normalement. La classe était vide, tous ses copains juifs avaient été « raflés » la veille. Un autre ami, de la même génération que André m’avait témoigné ceci : « Déjà encadré par les képis, mon copain dont les parents étaient voisins de palier des miens m’a confié sa montre. - je te la rendrai à ton retour… - non je n’en aurai plus besoin, avait-il répliqué ». Ce genre de témoignage vous prend à la gorge (mais je ne sais pas rendre par écrit l’émotion que provoque cette anecdote en version orale). Ce film « La rafle » prétend restituer la journée du 17 d’arrestations massives à l’improviste et sauvages par la police bourgeoise de Pétain, au petit jour et dans la précipitation des lâches en uniforme. Le sujet était ardu. Je ne jette pas la pierre à la réalisatrice. Tout le monde ne s’appelle pas Polanski ou Huston. Pourtant représenter l’horreur et l’ignominie, le cinéma peut y parvenir, mieux qu’un livre ou qu’un témoignage. C’est raté avec ce téléfilm.


UN VAGUE APERCU D’UNE HISTOIRE TRONQUEE

Certes ce film n’est pas complètement inutile, il donne un aperçu de l’ignominie de l’Etat français et de sa police : des femmes et des enfants ont été tabassés comme des chiens, certains on préféré se suicider, un grand nombre se sont battus avec leurs faibles moyens face aux soudards armés. Comment ne pas avoir un haut le cœur à voir (même en reconstitution cinématographique) en visualisant le port infâmant d’une étoile jaune sur les paletots d’enfants ou sur la poitrine d’un adulte, comme du vulgaire bétail? Comment ne pas avoir envie de pleurer en voyant les gosses entassés dans des wagons à bestiaux, et qui, pour une part, vont mourir pendant le transport ? Comment ne pas imaginer le déchirement des mères à qui on arrache les enfants ? Or, si le téléfilm montre ces scènes, il le fait de manière si plate, si artificielle qu’il en atténue la gravité. Là où il eût fallu suggérer l’insoutenable, la réalisatrice est tombée dans l’empirique qui effleure. On l’imagine sans peine ordonner aux enfants figurant de pleurer : « faites semblant de chialer ! Moteur ». « Arrêtez de faire semblant de pleurer ! Coupez ! ». La reconstitution frise ainsi très souvent le ridicule avec le petit héros juif blondinet qui joue en plus comme un pied. Le Vel d’Hiv reconstitué n’est pas du tout dramatique. Les enfants y jouent en faisant la nique aux uniformes. Le débordement de merde des latrines de la triste salle de sport vélocipèdique ne rend même pas compte du rapide encrassement et de la fin d’hygiène minimale pour toute la population incarcérée. Le comique Gad Elmaleh, qui n’a jamais été très drôle, est nul et s’ennuie visiblement sur le plateau du tournage. Mélanie Laurent compose son talent présumé aux litres de larmes de cinéma que lui déversent les maquilleuses. Jean Reno est aussi moins efficace comme toubib d’urgence que Jean Yanne en tant que routier mélomane. L’acteur qui incarne le pourri Laval est bien trop propre sur lui comparé au larbin cradingue de Pétain dans la réalité, empuanti par ses mégôts et ses caries. Même les gosses jouent mal dans cette reconstitution poussive. Si l’on compare à « La guerre des boutons » ou à « Au revoir les enfants » de Louis Malle, les enfants de ce film sont de mauvais amateurs.

Certes on va s’en servir bientôt comme documentaire idéologique destiné aux écoles[1] dans le cadre du bourrage de crâne sur la shoah exclusive, mais nullement pour permettre de réfléchir à autre chose que la méchanceté foncière des nazis, jamais pour mettre en cause la capitalisme, horizon indépassable de l’espèce humaine délivrée éternellement des guerres mondiales. Malgré le battage médiatique intense – « vous allez chialer », « le Vel d’Hiv est reconstitué tel que », « il faut y aller » - le film est mal bâti. Les séquences sont désordonnées. Pourquoi ne pas en être resté au niveau des « raflés » et avoir prétendu situer les responsabilités politiques en montrant en alternance un Hitler de carnaval, bon père de famille et gai luron ? En général les soit disantes incursions historiques sur le personnage d’Hitler sont incrédibles. Ce type avait tout du dément, mais se focaliser sur ce seul dictateur est oublier la machine d’Etat allemande[2]. Toutes les figurations d’Hitler dans le cinéma moderne sont clownesques, simplistes et simplement ridicules.


LES JUIFS SANS DEFENSE SUBSTITUéS AU PROLETARIAT

L’histoire réelle de l’utilisation des juifs comme bouc-émissaires reste à faire du point de vue marxiste[3]. « La rafle » s’en tient aux clichés les plus éculés au niveau du complot antisémite digne du Moyen âge ; on rafle les juifs pourquoi ? Parce qu’ils sont juifs et qu’il faut les exterminer ! Une partie du faux est dans le vrai et une partie du vrai dans le faux. La vérité il faut la chercher dans le cadre de la guerre mondiale. Dès 1942 la bourgeoisie allemande sait qu’elle est sur la pente de l’échec. Elle perd du terrain en Afrique et de plus en plus en Méditerranée. Pourquoi rafler les juifs en France en particulier ? Pas pour alimenter l’industrie de guerre allemande essoufflée puisqu’on les envoie à la mort par privation ou par gazage. Pourquoi prendre autant de risques à déporter des enfants en les séparant de leurs parents ? Avec le risque que, même dans la population allemande, cette action délirante soit considérée comme au ban du genre humain… et sera fatale et indélébile au passif de toute la bourgeoisie allemande au XXe siècle. On ne peut pas le comprendre si on oublie la situation de guerre où les informations sont cloisonnées, où règne la terreur militaire et policière, où surtout la classe ouvrière est décimée (deux millions de jeunes prolétaires prisonniers français en Allemagne durant les 5 années de la guerre). La classe ouvrière n’existe plus comme classe dangereuse, bien qu’elle ne soit pas morte. Cela n’empêcha pas que de nombreux hommes et femmes – courageux comme il est admirable de l’être dans ces conditions, au péril de leur situation sociale et même de leur vie – s’ingénient à soustraire aux barbares en uniforme de nombreux enfants juifs. J’ai eu l’honneur de connaître à Malakoff une vieille institutrice qui, alors âgée de 20 ans, est partie en train dans le sud de la France en emmenant des dizaines d’enfants juifs avec elle sous prétexte de « colonie de vacances »; et qui a refusé tout honneur et toute reconnaissance officielle comme membre de la «Confrérie des justes » de la part de l’Etat colon et assassin d’Israël. J’ai même beaucoup plus d’admiration pour ce genre de personnes (dont mon père, ce héros résistant et protecteur de juifs) que pour les hautains défaitistes marxistes de la soit disante intrépide « gauche communiste historique », qui en appelaient à la « révolution prolétarienne » contre les deux camps, mais bien à l’abri d’une clandestinité encore possible. L’action délirante du régime nazi – accouplée avec la veulerie de bourgeois pétainiste – ne peut donc s’expliquer de façon rationnelle et économique. Elle ne peut non plus être expliquée sérieusement par une volonté d’anéantir la « juiverie internationale » en tuant les enfants. Qu’on me trouve un seul texte nazi qui proclame officiellement, dans les médias de l’époque, face à la population allemande ou mondiale : « on va tuer tous les enfants des juifs pour qu’ils ne se reproduisent plus » ? Quand l’immense majorité des populations en guerre ne savait pas qu’on raflait des enfants ni qu’on allait les gazer. En guerre l’échelle de commandement et les niveaux de décision sont comme la chaîne à l’usine : l’exécutant intermédiaire ne voit pas ce qui se passe au bout. Je ne veux pas défendre la police française qui a été honteuse, mais gageons que si nombre de flics avaient su où étaient envoyés les enfants, on aurait pu les faire entrer en sédition (peut-être mais pas sûr). Les flics, comme les cheminots exécutaient les « ordres » de leurs patrons, comme ils le font en temps normal. Etrange et effrayante banalité : en temps de paix, obéir aux ordres « de travail » n’est pas spécialement criminel, mais en temps de guerre l’habitude d’obéir sans discuter peut confiner au sadisme animal ou à une inconscience pathologique grave.

L’explication de la rafle trouve par contre ses fondements sur le plan idéologique. Déjà, dans la zone orientale de l’Europe, la propagande de l’Etat bourgeois allemand avait suffisamment développé depuis les années 1930 le fantasme du « juif bolchevique ». L’ « ennemi intérieur » qui avait fait trembler Hindenburg en 1918 et toute la République de Weimar par la suite, ne devait plus être caractérisé comme « le prolétariat » mais « les juifs » toutes classes confondues. C’est le bourgeois « juif Rathenau » qui avait baissé culotte en signant les accords de fin de la guerre et qui avait fait passer l’Allemagne pour vaincue ; c’est en face la rouge, la « juive Rosa » qui avait sapé le moral des troupes. Ce sont les communistes « juifs » en Allemagne qui avaient affaiblis l’armée et fomentés les grèves. Intronisé « ennemi intérieur » à la place du prolétariat, le juif indistinct était désormais, pour la propagande en uniforme, non un simple fauteur de troubles mais celui qui « poignardait dans le dos » la nation allemande. Par chance un bonne partie des juifs était prolétaires ou commerçants ruinés, ce qui revient au même. L’Etat bourgeois pouvait donc montrer du doigt ces « inutiles » en les opposant au reste de la classe ouvrière allemande, dénoncer des « parasites » dits bourgeois ou petit-bourgeois propres à générer le chaos plutôt qu’à sauver la nation « au-dessus de toutes les autres » qui leur avait pourtant donné généreusement le sein ; après d’ailleurs qu’une bonne partie d’entre eux aient fui les pogromes tsaristes et même les premiers camps staliniens en croyant trouver refuge en Allemagne. La rafle des juifs dans toute l’Europe sera de toute façon un échec tant elle est inique, irrationnelle et barbare, typique d’un Etat aux abois. L’Etat français lâche ne peut même pas tenir les quotas fixés par les nazis. Il faudra tout de même attendre 1945 pour que les « nobles » Alliés débarquent non pour libérer en urgence les juifs et toutes les populations sous la botte nazie, mais pour mettre la pâtée à la bourgeoisie allemande et l’éliminer de sa prétention à rester la première tête de bloc impérialiste mondial et pour… enrichir la vertueuse Amérique, en préparant d’autres guerres, mais en rétablissant tout de même une paix de réparation et de reconstruction aux prolétaires d’Europe. Hitler avait gagné la guerre, il avait gagné son pari – éliminer le marxisme de l’histoire – ce n’était pas le prolétariat qui avait mis fin à la barbarie nazie mais l’armée de la bourgeoisie américaine, avec l’aide de 20 millions de cadavres russes.


PIQURE DE RAPPEL

La rafle du Vélodrome d'Hiver (16-17 juillet 1942), souvent appelée rafle du Vel' d'Hiv, est la plus grande arrestation massive de juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale. En juillet 1942, le régime nazi organise l'opération « Vent Printanier » : une énorme rafle de Juifs dans plusieurs pays européens. En France, le régime de Vichy mobilise la police française pour participer à l'opération: à Paris, 9 000 policiers et gendarmes, sans état d’âme et sans honte, rafleront les Juifs. Le 17 juillet, en fin de journée, le nombre des arrestations dans Paris et la banlieue était de 13 152, selon les chiffres de la préfecture de police. Les juifs français étant normalement fichés depuis 1940 (le dernier recensement français ayant recueilli des données religieuses est celui de 1874), les autorités connaissent leur adresse (« fichier Tulard »). René Bousquet, le secrétaire général de la police nationale, accompagné de Louis Darquier de Pellepoix, commissaire général aux questions juives, rencontre le 4 juillet, au siège de la Gestapo à Paris, les SS Knochen et Dannecker, général SS qui dirige la police allemande en France. Un nouvel entretien, dans les bureaux de Dannecker avenue Foch, afin d'organiser la rafle prévue pour le 13 juillet 1942, se tient le 7 juillet en compagnie de Jean Leguay, l'adjoint de Bousquet, accompagné de François, directeur de la police générale, Hennequin, directeur de la police municipale, André Tulard, en charge des questions juives à la préfecture, Garnier, sous-directeur du ravitaillement à la préfecture de la Seine, Guidot, commissaire de police à l'état-major de la police municipale et enfin Schweblin, directeur de la police aux questions juives. La rafle vise les juifs allemands, autrichiens, polonais, tchèques, russes et les indéterminés, âgés de seize à cinquante ans. Des dérogations exceptionnelles pour les femmes « dont l'état de grossesse sera très avancé » ou « nourrissant leur bébé au sein » sont prévues, mais « pour éviter toute perte de temps, ce tri ne sera pas fait au domicile mais au premier centre de rassemblement par le commissaire de la voie publique ». Les nazis prévoient de faire arrêter par la police française 22 000 Juifs étrangers dans le Grand Paris, qui seront conduits à Drancy, Compiègne, Pithiviers et Beaune-la-Rolande.

Les instructions du directeur de la police municipale de Paris Émile Hennequin, le 12 juillet 1942, stipulent que «1. Les gardiens et inspecteurs, après avoir vérifié l'identité des Juifs qu'ils ont mission d'arrêter, n'ont pas à discuter les différentes observations qui peuvent être formulées par eux […] 2. Ils n'ont pas à discuter non plus sur l'état de santé. Tout Juif à arrêter doit être conduit au Centre primaire. […] 7. […] Les opérations doivent être effectuées avec le maximum de rapidité, sans paroles inutiles et sans aucun commentaire». Le 13 juillet 1942, la circulaire n°173-42 de la préfecture de police ordonne l’arrestation et le rassemblement de 27 391 Juifs étrangers habitant en France. Finalement, un peu de retard est pris. Les autorités allemandes évitent d'ordonner la rafle pour le 14 juillet, bien que la fête nationale ne soit pas célébrée en zone occupée, ils craignent une réaction de la population civile. A rafle a donc lieu deux jours après. 12 884 Juifs sont arrêtés (4 051 enfants, 5 802 femmes et 3 031 hommes). Un nombre indéterminé, prévenu par la Résistance ou bénéficiant du manque de zèle de certains policiers, parvient à échapper à la rafle (le film dans le générique de fin prétend que 10.000 juifs ont été soustraits aux rafleurs, ce qui paraît exagéré vu la rapidité de la rafle).

Les ignobles conditions qui font suite aux arrestations brutales et inopinées ne laissent pas le temps aux personnes d’emporter le strict nécessaire. Les familles sont séparées. Après leur arrestation, une partie des juifs est emmenée par autobus dans le camp de Drancy (au nord de Paris). Une autre partie est envoyée vers le Vélodrome d'hiver (situé dans le XVe arrondissement), qui sert de prison provisoire. Ce sont donc environ 7 000 personnes qui devront survivre pendant cinq jours, sans nourriture et avec un seul point d'eau. Ceux qui tentent de s'enfuir sont tués sur le champ. Une centaine de prisonniers se suicident. Les prisonniers seront conduits dans les camps de Drancy, Beaune-la-Rolande (dans le département du Loiret) et Pithiviers, avant d'être déportés vers les camps d'extermination allemands. Cette rafle représente à elle seule plus du quart des 42 000 Juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942, dont seuls 811 reviendront chez eux après la fin de la guerre. En 1979, Jean Leguay, le représentant du secrétaire général de la police nationale, René Bousquet, en zone occupée, est inculpé pour son implication dans l'organisation de la rafle, mais cet ami encombrant de Mitterrand est assassiné avant de pouvoir être jugé, en 1993, par un individu présenté comme déséquilibré (alors que tout concourt à laisser sourdre qu’il a été manipulé, les médias n’avaient pas cessé de filmer Bousquet en train de balader son chien devant son domicile). Selon la préfecture de police, le nombre de personnes arrêtées s'élève à 13 152. Cette scandaleuse rafle d’êtres humains, de civils innocents destinés à la mort, passe l’entendement si l’on s’en tient au descriptif simpliste du film. Quoi ? Aucune réaction de la population ? Les français, tous des lâches ? Les policiers tous des ordures ? Laval on a bien fait de le fusiller et Bousquet de l’abattre comme un chien même tardivement… Voilà ce que peut penser le spectateur encore boutonneux ou l’adulte féru d’Internet mais ignare en histoire récente. La réalisatrice Mme Roselyne Bosch (sic !) a pu nous trimballer avec les poncifs les plus nunuches sur les « boches » justement. On perd de vue les raisons impérialistes de la Seconde Guerre mondiale et on ne comprend surtout pas que, partout, le capitalisme a aussi bombardé massivement femmes, enfants et civils indistincts. La shoah devient la « fleur du mal » et plus personne n’y comprend rien, à part pleurer sur le sort des pauvres juifs.


LA DISCUSSION AVEC LES ENFANTS DANS LA VOITURE

Certains avaient versé une larme. Ils étaient contents d’être venus finalement pour apprendre sur un moment dramatique de l’histoire de France que l’histoire n’est pas belle à voir. De but en blanc je leur ai demandé si cela était possible aujourd’hui. Pour Abdel, 16 ans, certainement mais contre d’autres races, les arabes ou les pakistanais par exemple. Elodie, 13 ans, et Roberto, 17 ans, approuvaient. Mes questions étaient plus précises : est-ce que la police fait la même chose en France par rapport aux sans-papiers reconduits dans leur pays d’origine ?

Pour tous c’était évident. Alors je reformulai mon questionnement : est-ce que l’arrivée de plus en plus fréquente de gens d’Afrique du nord, et surtout d’Europe centrale par exemple, dans la clandestinité, qui viennent placer leurs enfants dans les écoles, qui sont pris automatiquement en compte avec « les allocs », puis dont les parents tentent de légaliser ensuite leur présence, n’exige pas un contrôle par l’Etat en place d’un flux des populations qui ne génère pas forcément plus de chômage mais accroît la misère sociale ? Comme ma question était plutôt longue et qu’ils devaient penser que je cherchais à les embrouiller, je fis un raccourci : qu’on le veuille ou non l’action des flics de raccompagnement à la frontière des immigrés clandestins n’est tout de même pas comparable à la rafle des juifs ?

Ils me faisaient des yeux ronds avec ce léger froncement de sourcil adolescent qui toise votre vieillesse ennemie. Elodie fut la première à réagir :


- mais merde on est tous des êtres humains ! On n’a pas à renvoyer les gens comme ça et les enfants n’ont rien fait de mal. Oui c’est comme les flics de Pétain !


Abdel ajouta un argument qui pouvait me convaincre :


- le problème n’est pas ceux qui viennent avec leurs valises, roumains, afghans ou africains, c’est ceux qui les font venir, les patrons anglais, les petits entrepreneurs français. Ils les font venir pour les payer au lance-pierre puis ils se désintéressent de leur situation juridique.


- Mais le fait que la police les expulse ce n’est tout de même pas pour les envoyer à la mort comme la police pétainiste ?


- Non, convint Abdel, sauf pour certaines expulsions politiques…


Roberto était plus nuancé :


- ceux qui sont là on les garde mais on ne peut pas accueillir tout le chômage du monde.


On n’était pas parti pour engager un grand débat car nous approchions de la maison de Roberto qui nous quittait pour aller au match. Je lui demandai s’il avait aimé le film et où il aurait été pendant la guerre :


- je te les aurais butté les nazis… ouais ouais… d’ailleurs il y a un jeu sur la résistance qui vient de sortir. Je vais l’acheter. Je t’apprendrai Jean-Louis et tu verras… on peut être un bon résistant et butter autant de nazis qu’on veut.


J’ai freiné et laissé descendre Roberto, un fan de Tarantino. Je me suis dit que l’idéologie nationaliste avait encore de beaux jours devant elle avec cette couillonnade de « résistance » petite bourgeoise. Pas seulement sous la forme logicielle.











[1] Ces imbéciles d’enseignants vont en tout cas organiser des sorties groupées au cinoche pour édifier nos petits à l’idéologie de la vertu antiraciste triomphante si décalée par rapport à la réalité des races qui continuent à être opprimées.



[2] Qui reste autant arrogante de nos jours. Le mépris évident de la bande à Merckel pour la Grèce et les autres pays européens dans la crise économique confirme toujours la volonté de domination impérialiste continue de la bourgeoisie allemande, malgré sa cure de modestie sous Adenauer et sa rémission « anti-fasciste ».



[3] Quoique j’y ai grandement contribué avec mon livre « Le nazisme et son ombre sur le siècle » (Cahiers Spartacus, 2001) à la suite de la gauche communiste maximaliste qui est inexistante dans les rayons d’histoire officielle.

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