"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».
Marx (L'idéologie allemande)

«Devant le déchaînement du mal, les hommes, ne sachant que devenir,
cessèrent de respecter la loi divine ou humaine. »

Thucydide

dimanche 12 janvier 2014

AFFAIRE DIEUDONNE (2) : VERS UNE VICTOIRE A LA PYRRHUS DE LA CAMPAGNE D’ETAT




 CES DELINQUANTS POLITIQUES QU’ON NE SAURAIT VOIR

Toute cette campagne autour de Dieudonné a fini par mettre mal à l’aise tout le monde. Le gouvernement par ses mesures pachydermiques qui révèlent une nouvelle fois que l’appareil d’Etat peut se mettre tout entier au garde à vous, des augustes juges au plus petit journaliste, et fabriquer une contre-propagande imparable à la mitrailleuse lourde contre un minable petit commerçant de l’antisémitisme relooké africain[1] ; la technique gouvernementale est simple comparable à n’importe quelle dictature « antidémocratique » pour une campagne ultra rapide menée tambour battant en quatre journées par une bureaucratie en forme olympique: criminalisation à outrance,  trucage des images et sondages, moments de silence feutré et magie du suspense en infos distillées au compte-goutte, contre le principal représentant de la délinquance politique quoiqu’il n’en soit ni le concepteur ni la cause.
-          Suspense le premier jour (le 7) pour l’interdiction ou pas à Nantes, où le tribunal administratif a été chargé de faire rebondir la tension pour laisser croire à une indépendance des « corps constitués » face au sommet de l’Etat, où l’on savait que le conseil suprême confirmerait l’interdiction du spectacle nauséabond ; on est informé que Dieudonné « est soupçonné de blanchiment d’argent au Cameroun » et qu’il « fait payer ses dettes par ses fans »;
-          Ce même jour le ministre Valls fait savoir que Dieudonné est financé par l’Iran (ce qui n’est vrai que pour son film titré « L’antisémite ») ; Hollande pas encore rattrapé par son escapade en scooter avec casque Daft Punk, fait « informer » qu’il « s’engage » aux côtés de Valls ; l’interdiction est en voie de se généraliser à toutes les villes concernées commentent les commentateurs ; le feuilleton tient en haleine, Coupat et Hazan devaient se demander si l’insurrection n’allait pas venir dans les halls d’immeubles pour le « pote antisémite » ;
-          Le deuxième jour (le 8) la consigne est de laisser croire que le suspense va retomber, l’affaire Dieudonné n’est plus qu’en seconde place sur google news et dans la presse, mais certains expriment une émotion devant une « atteinte à la liberté d’expression » ; des humoristes professionnels s’inquiètent pour leur avenir artistique [2];
-          Le troisième jour (le 9) Libération informe que « les propriétaires du théâtre La main d’or » veulent virer Dieudonné (un coup de fil du commissariat voisin a suffi à les motiver même si le triste pitre semble en règle avec ses loyers) ; dans la journée Libération accentue le trait : « Dieudonné bientôt viré de La main d’or ; petite info : « En Bretagne les manifestants accueille Valls avec des quenelles » (c’est faux on ne voit qu’un type qui fait ce geste de bras d’honneur dieudonnesque) ; le suspense est maintenu : « Nantes et Orléans premiers tests devant la justice »
-          Le quatrième jour (le 10) les soldats du Nouvel Obs entrent dans la bataille gouvernementale avec une page  de couverture qui exhibe Satan, Belzébuth et Lucifer : Soral, Dieudonné, Zemmour titre : LA HAINE ; l’après-midi le site internet de Libé en remet une couche : « Dieudonné bientôt viré de son théâtre  à Paris»  (il faut toujours attaquer l’ennemi – en Vendée -  sur ses arrières) ; un autre titre s’interroge « Dieudonné aurait payé ses impôts ? » ; à l’annonce que le tribunal administratif de Nantes autorise le spectacle la presse claironne que Valls est bafoué, mais informe aussitôt que ce dernier saisit dans la minute le conseil d’Etat, lequel rend sa décision un peu avant le 20 heures, idéal effet d’annonce ; BFM se fait pour une fois carpette du gouvernement Hollande et ses commentateurs reprennent en long et en large l’accusation « d’atteinte à la dignité humaine » et l’argument obséquieux de la « crainte du désordre » ; BFM qui est la téloche la plus pourrie de France laisse voir en parallèle du costume de ses journalistes des gens qui grouillent près du Zénith provincial et ont l’air énervé, laissant croire qu’il y a du « désordre » quoique l’un mange le morceau en signalant que ce sont des images en différé et que « les spectateurs sont tous partis » du fait que Dieudonné leur a demandé de rentrer chez eux. Valls déclare que « la république a gagné ». Dans plusieurs journaux on jette le doute sur Noémie la compagne de Dieudonné : « qui est Noémie la femme de Dieudonné ? ». Décidément pense l’électeur moyen « ce Dieudonné est bien louche » ! La Une du lendemain de Libération est sans vergogne : « Rideau sur la haine ». Un internaute s’interroge : « trouble de l’ordre public ? Alors commencez par interdire le foot ! ». La majorité des commentaires au bas des articles ne cessent jamais de soutenir le pitre diabolique ni de conchier les élites bourgeoises, seul un article de professionnel semble s’en inquiéter[3] ;
Deux lycéens sont virés de leur lycée pour avoir fait une quenelle (mais ils n’en étaient pas à leur coup d’essai ayant fait plusieurs fois aussi le salut nazi). Un sondage ad hoc tombe : 71% des français ont une mauvaise opinion de Dieudonné, le lendemain 83% des français désapprouveront Dieudonné… L’Express publie une photo sale tronche de Dieudonné ; Valls est décrit comme superman ayant dompté le diable: « il a prouvé ses capacités d’homme d’Etat ». Reportage à Nantes où « complotistes » et simples fans attendent Godot.
-           Le quatrième jour (le 11) quand Dieudonné a promis de tenir un autre spectacle dans sa caverne de la Main d’or, que le Préfet a interdit la tenue de ce nouveau spectacle prévu à 14H c’est le silence total tout l’après-midi (les journalistes espéraient peut-être une émeute des gogos à Dieudo et avaient consigne de ne rien dire de toute façon sachant que de nombreux « fans » auraient pu rappliquer ; de toute façon la momie Sharon ayant été débranchée (complot juif ?) le boucher des Palestiniens reprend la tête des Unes papier et internet tout compris. Alternent les titres suivants : « Dieudonné calme le jeu » et « L’affaire Dieudonné c’est terminé ». D’autres moyens guère évoqués sont utilisés : menaces de morts contre Dieudonné et ses enfants. Dieudonné a peur mais il ne va pas le montrer, et son armada d’avocats lui a dit de mettre le pied sur la pédale de frein tout en lui ayant laissé croire qu’il allait être sauvé administrativement par le tribunal administratif et que dans cinq ans un tribunal européen lui rendrait grâce.
Je me suis trompé sur un point dans mon premier article. Je disais que le scénario de la dénonciation de la haine était en pleine improvisation. Non tout était calibré d’avance, quand l’Etat veut atteindre un objectif, électoral ou militaire, il s’en donne les moyens et la machine marche au doigt et à l’œil ; gare au contrevenant magistrat, juge, journaliste, assoc  ou politique !
Les affaires de fesses du Président, qui, à un autre moment, eussent ébranlé sa stature, sont jugées secondaires et une intolérable atteinte à la vie privée par toute la classe politique « présentable » de Marine à la peine aux adultérins compétiteurs de la droite caviar[4]. Cette union nationale contre le « nouveau boche qui rit » met mal à l’aise non par envie de soutenir le bouffon antisémite, mais par la manière pachydermique visiblement électoraliste et typique de la morale des élites bourgeoises, éthique qui n’existe pas pour leurs frasques comme en témoigne une même solidarité pour protéger un des leurs, l’avionneur Dassault ; les édiles de proue de la gauche gouvernementale réussissent même le tour de force de « désapprouver » cette façon de faire mais sans en rien changer. La dite extrême gauche, elle, s’en tire par une pirouette ambiguë : pour le NPA Besancenot botte en touche en déclarant qu’ils feraient mieux d’interdire les licenciements, vieille antienne inoffensive du père noël trotskien et pour ne pas heurter les possibles électeurs-spectateurs black-blanc-beur; LO semble plus près de la vérité du fonctionnement de la campagne idéologique entre la provocation d’un simple instrument de l’extrême droite puante, mais en traitant Valls de xénophobe (ce qui n’est pas vrai), mais en révélant une même hypocrisie qui assure participer tous les jours au combat « contre le racisme » dont on ne nous dit pas en quoi il consiste ledit combat[5].
La méthode destructive de l’Etat n’est pas regrettable face aux méthodes répugnantes de l’histrion Dieudonné mais parce qu’elle a déjà été utilisée par le passé pour criminaliser les mouvements sociaux, sans oublier le traitement de faveur sans médias modernes contre la Commune de 1871, contre les ouvriers révolutionnaires allemands avec le gouvernement d’Hitler, et que cette capacité à mettre au garde à vous tout l’appareil de la bureaucratie d’Etat de ses hauts fonctionnaires jusqu’aux journalistes d’Etat peut être utilisée de la même façon demain face aux masses de prolétaires en révolution.

POURQUOI L’INTERDICTION DE L’ETAT N’EST PAS CHOQUANTE

Il est toujours difficile pour les divers ennemis politiques affichés du capitalisme, gauchistes, anarchistes et même maximalistes de reconnaître qu’un Etat peut avoir raison ponctuellement. L’Etat serait toujours mauvais. Même sa centralisation administrative en tout genre qui évite encore à la société d’éclater en morceaux comme en Centrafrique et partout où les grandes puissances ont semé désordre et mort ? Les quatre principaux vendeurs d’armes au monde sont : les Etats Unis, l’Allemagne, la France et l’Angleterre ! Au moment de l’Affaire Dreyfus, Guesde commit l’erreur ouvriériste de ne pas vouloir apporter de solidarité à un capitaine « bourgeois ». Lorsque l’avortement a été soumis aux électeurs en Suisse il y a une trentaine d’années, le CCI, roi du maximalisme anti-électoral rigide avait sermonné son concurrent bordiguiste d’avoir failli théoriquement en appelant les électeurs suisses à voter pour l’avortement. Or le PCI avait raison ponctuellement sinon la révolution internationale promise pour les années 1980 aurait encore laissé des milliers de femmes otages des tricoteuses à l’étranger.
Avec l’Affaire pitoyable de Dieudonné et parce qu’il y a assez de monde pour hurler avec les loups, la seule objection que je peux faire est pourquoi l’Etat n’a-t-il pas interdit les délires publics de Dieudonné avant ? En le frappant simplement  à la caisse comme pour tout margoulin ?

OU DIEUDONNE SE RIDICULISE TOUT SEUL

Certainement parce que le « succès » de l’histrion était devenu incontrôlable. Dieudonné clôt finalement la campagne de chasse à sa propagande insidieuse lui-même en se tirant une balle dans le pied avec ses grimaces de fier à bras. Plus on va le laisser parader sur internet plus il va s’enfoncer, mais avec des dégâts collatéraux pour les jeunes déshérités naïfs (que seuls les Alévêque et Plantu ont eu le courage de défendre). Si vous avez été vous balader sur ses nombreuses prestations sur You Tube vous n’avez pas pu ne pas être effaré par ces sketches où un des pires fachos Faurisson fait le clown en sa compagnie, où il le fait applaudir au Zénith, où il va serrer la main des pires dictateurs de la planète, etc[6]. Ce ne sont pas seulement les juifs en général qui sont bafoués mais nous tous qui haïssons ses manières pousse au crime, pousse à la « délinquance politique » mais plus encore à une marginalité impuissante et aigrie. Sa dernière prestation face à ses « fans » vient donner en définitive totalement raison à la répression gouvernementale. Il cache sa peur en faisant le mariole. Tout ce qu’il dit suinte l’idéologie la plus crasse, celle de l’extrême droite ringarde. Il se fout du monde, tour à tour suave, menaçant puis insultant. Il salive de mentir outrageusement sur tout. Il dit qu’il n’est pas antisémite, mais qu’il n’exclut pas de le devenir, poil au menhir, poil à l’ananas. Il utilise constamment le mythe de la « ruse arabe » pour dire une chose effarante et son contraire sarcastique. Les gestes – grossiers, esquisse de bras d’honneur et de rentre-dedans, ricanements  – sont du domaine du non-verbal qui échappe à l’initié. Il s’adresse aux banlieues « initiées » avec le même code gestuel des cailleras. Il invite Valls à venir se castagner avec lui dans la rue derrière et « il ne fera pas le poids avec ses oreilles décollées ». Ce langage agrée aux petites frappes et aux ados peu réfléchis qui voient en lui le vrai ennemi des « puissants », qui « en a ». Depuis des années il distille en effet une haine stérile basée sur l’interprétation du monde des pires racailles politiques de l’extrême droite, avec pour messie le martyre de la Palestine occupée.
Ce qui est plus frappant encore, c’est le silence en réalité des groupes d’extrême gauche avec leur théorie de la montée de fascisme en Europe, chanson entendue la dernière fois lors du meurtre accidentel du petit Méric. Ils auraient dû tous déployer banderoles et articles à rallonge pour y décrire une étape supplémentaire dans la « montée du fascisme » dont seuls Chirac et Hollande nous protègeraient. Eh non. Ils se taisent parce que les « délinquants » sont pour la plupart des enfants spoliés de la classe ouvrière qui n’avalent plus les discours officiels. Non là c’est plus compliqué que pour les clivages politiques simplistes traditionnels ou les fantômes du passé exhibés comme barils de lessive. Il ne s’agit plus comme au temps de l’affaire des chambres à gaz d’une poignée d’intellectuels paumés déçus par les suites évaporées de mai 68, mais de milliers de spectateurs, jeunes, souvent « banlieusards », employés, ouvriers, quelle que soit leur origine sociale ou raciale… Les guignols de l’info c’est ringard, cela ne dérange plus les dominants cela fait partie du cirque médiatique des « bouffons du pouvoir ». Ils ont pris goût à se moquer du « système médiatique » plus que du capitalisme.

Des voix se sont élevées pour souligner que la répression ne suffisait pas ou était contre productive pour tant de « délinquants » pourtant déjà embastillés au collège et à l’usine et prisonniers d’une vie de merde. Certes. Or, comme d’autres observateurs, et sans doute Zemmour l’iconoclaste qui ne dit pas que des bêtises, ont répliqué que c’est le système politique actuel qui fabrique les « délinquants politiques ». En réalité, loin de toute éthique vertueuse pour éradiquer l’antisémitisme (disparition impossible sous le règne mondial de la bourgeoisie qui peut être un jour « universaliste » et le lendemain tout autant « antisémite »), le gouvernement de la gauche bourgeoise a eu peur lui aussi, comme hier la facétie électorale de Coluche avait inquiété « en haut lieu » et qu’on n’avait pas tardé à le menacer. Inquiété pour quoi ? Pas pour une improbable resucée du nazisme, ni pour une mauvaise éducation distillée aux jeunes gens de second ordre, mais pour une banale campagne électorale, et, comme Sarkozy en son temps de s’inventer un label
moral pour feindre ne pas être seulement en charge de l’exploitation des masses paupérisées, garant de la « propreté du discours public », quand chaque jour le double langage des gens du pouvoir démasque leur hypocrisie, révèle leur vénalité et corruption plus encore que celle de Dieudonné. Le délitement de la croyance au discours public des partis bourgeois est tel que même le FN n’est pas épargné et qu’ils ont tous peur de l’abstention massive. Certes les pitreries nauséabondes de Dieudonné desservent Marine Le Pen et ses colistiers, mais les urnes ne vont pas être remplies pour autant pour le parti de l’exploitation « socialiste » au pouvoir, dont le motocycliste adultérin vient d’annoncer la « croissance » pour les chefs d’entreprise.
Une fois le rideau tiré concernant ce petit histrion minable tout continuera comme avant « en bas » pour les spectateurs rentrés chez eux, pour ceux qui supportent les humiliations à Pôle emploi, pour ceux qui crèvent de solitude, pour ceux qui se noient en mer, pour la pérennité de l’antisémitisme, pour la morgue des puissants. Sauf le geste de la quenelle, il est rentré « dans les mœurs » de tout colérique, de tout lycéen bafoué, de tout routier exaspéré par la police. Grâce au gouvernement qui n’a pas la prétention de supprimer inégalités et injustices sociales ni aux diverses « atteintes à la dignité humaine » dans le cadre du travail ou de l’exclusion. Et qui ne dispose pas assez de flics pour empêcher tous les doigts d’honneur des oubliés du profit et de l’opulence.
C’est parce que la bourgeoisie étouffe tout véritable débat politique, méprise la classe ouvrière. C’est parce qu’il n’y a plus de parti politique comestible ni syndicat buvable que la délinquance politique s’est installée et va perdurer. Un parti politique doit avoir du pognon pour pouvoir prétendre être entendu, au point qu’un doux parti électoral comme le NPA, qui est à sec, n’aura plus bientôt pour choix lui aussi que la « délinquance politique ». Parce que les bourgeois au pouvoir sont aveugles à leur capacité de nuisance quand chaque jour les faits mettent à nu leur pourriture. Pourquoi enfin cacher que le capitalisme va… dans le mur.














[1] Un internaute croit bon de rappeler le début où c’est pourtant Dieudonné qui a « servi la soupe » : « Qui a commencé ? Vous oubliez de dire que tout à commencé sur France 5 (C à Vous) lorsque Patrick Cohen de (France Inter) a reproché à Taddei (de Ce Soir ou jamais) d'accepter que certaines personnes, notamment M'Bala M'Bala aient droit de parole dans son émission sur le Service Public. S'en est suivie l'invective nauséeuse de Dieudo, filmée en caméra cachée, dans son Théâtre, par une équipe de France 2 ». Qu’on considère cela comme un complot ou pas, le résultat est que ces petits arrangements médiatiques ont permis à la machine d’Etat de se mettre en ordre de bataille face à « l’opinion » des si nombreux et si passifs électeurs.


[2] On débat sur légitimité ou pas de l’attaque de Valls, floraison d’articles mais questionnement sur la nature du « second degré ». Au-delà de ces embarras, même les « voix musulmanes les plus critiques » s'interrogent sur la pertinence de l'offensive du ministre de l'intérieur, Manuel Valls, contre ses spectacles. Certains fans pourraient y voir la preuve de « la supposée mainmise de la "communauté organisée" », craint M. Seniguer. Tous dénoncent en effet le « deux poids deux mesures » dont feraient preuve les pouvoirs publics en matière de liberté d'expression et dans leur combat contre l'antisémitisme et contre l'islamophobie. « C'est vrai qu'avec l'affaire des caricatures , politiques et intellectuels ont posé le principe que l'on pouvait rire de tout. Du coup, beaucoup se disent, si on peut rire du Prophète, on peut rire de la Shoah », résume M. Kimouche. A sa manière, M. Boubakeur ne dit pas autre chose : « Quand nous sommes attaqués, nous aussi attendons des réactions. »Bonjour les dégâts des pitres communautaristes qui disposent de strapontins dans l’Etat vertueux ! Les curés musulmans ne vont pas lâcher les « délinquants politiques » qu’ils espèrent embrigader à leur tour. Sans rire.

[3] « …c'est sûr qu'avec le blanc seing que nos sénateurs viennent de donner à Dassault, nos jeunes musulmans ne risquent pas d'être séduits par nos "élites" ! si la jeunesse (et pas seulement) se réfugient dans des postures extrêmes et radicales, c'est aussi à cause de notre classe politique qui est en-dessous de tout ! qu'ils moralisent leur marigot, qu'ils vident leurs écuries d'augias et après, les tristes sires comme dieudonné n'intéresseront personne ! mais dans le contexte actuel, sa voix porte ».

[4] Peccadille fort bien résumée par un internaute : « En attendant le Président fait appel à l'Amour, ce qui nous change de Dieudonné, qui lui fait appel à la haine ». Un autre internaute de Bordeaux suggère à François Hollande « de porter plainte directement devant le Conseil d’État. En se dépêchant un peu, il peut avoir une condamnation de Closer en appel dès ce soir ! ».


[5] « Le bouffon antisémite et les hypocrites qui lui servent la soupe (…). Derrière l’image anti-système qu’il veut se donner, Dieudonné prospère, au propre et au figuré, sur l’antisémitisme. Il cherche ses amitiés et ses références du côté des pires ennemis des travailleurs : Jean-Marie Le Pen, parrain de sa fille, ou Alain Soral, un des idéologues connus de l’extrême droite. Mais en interdisant ses spectacles, Valls, qui n’a pas hésité à tenir lui-même des propos xénophobes sur les Roms et qui a expulsé plus de 35 000 étrangers en 2013, sert la même soupe, et en plus lui fournit l’occasion de jouer les victimes. Le combat contre l’antisémitisme, et plus généralement contre le racisme, ce n’est pas sur un terrain juridique qu’on peut le gagner, mais c’est un combat de chaque jour, sur le terrain ». (portail de Lutte Ouvrière)


[6] Certains s’émeuvent qu’on puisse supprimer tôt ou tard ses prestations débiles sur le web ainsi que celles de son compère Soral et se rassurent en les faisant glisser sur le site russe RUTUBE. Et chacun d’invoquer Voltaire avec sa fameuse sentence mais Voltaire ne s’est pas fait tuer pour JJ Rousseau et fut un sordide agioteur enrichi. Il n’est pas vrai que le droit d’expression soit le droit de dire n’importe quoi, ni un droit à la tolérance de l’intolérance en particulier celle qui consiste à se gausser des millions de morts juifs ou pas de la seconde boucherie mondiale capitaliste. Quoique l’origine de cette intolérance « délinquante » prennent ses racines dans l’hypocrite tolérance bourgeoise parfaitement intolérance quand ses assises sont en cause plus sérieusement que l’hydre antisémite.

vendredi 10 janvier 2014

L’INSURRECTION QUI REVIENT DE LOIN




 PREMIERES MESURES REVOLUTIONNAIRES par Hazan et Kamo

(Le subversionnisme émeutier dans le texte)

Qu’est-ce qu’il a encore fabriqué celui-là ? L’éditeur Hazan s’est senti pousser des ailes après le bon accueil de son ouvrage sur la révolution française et malgré le peu de succès des p’tis couns[1] qu’il avait couvé sous son aile jacobine-anar, le voilà qui prétend nous fournir le « programme de l’insurrection »… qui n’est pourtant pas venue ! Son colistier anonyme Kamo (membre de la « cellule invisible ») est sans doute le pâle Coupat dont la confrérie bouseuse est si endettée qu’elle a lancé un appel aux nigauds pour pouvoir continuer à élever des chèvres subversives sur le plateau de Millevaches en l’auguste épicerie de Tarnac.
Il manque un programme révolutionnaire modernisé, sous-entend fort justement Hazan. Il n’en manque pas pourtant des « programmes communistes » pour la « libération de l’humanité », voir côté maximalisme, sans compter pithécanthropes maoïstes ou bordiguistes qui vous resserviront à chaque grève le Manifeste de 1848. Dont acte : « c’est le vide théorique et programmatique non  comblé par les élucubrations maoïstes ou trotskistes qui permet au PCF et à la CGT de reprendre les choses en main… »… de l’émeute "révolutionnaire" sans doute de 68... que d’arguments bien simplets pour vendre la plaquette « programmatique » sur les étals de Publico.
 J’ai esquissé moi-même un programme pour l’insurrection dans mon livre « The end » que Hazan a certainement lu mais ignoré comme tous les autres vieux histrions de son acabit. La révolution moderne, comme les anciennes n’a jamais été vraiment une question de programme comme ces vulgaires listages de recettes électorales que l’élite bourgeoise nous ressert régulièrement. Vulgaire pensum de potaches sans souffle « les premières mesures révolutionnaires » n’ont  pas  le vent irradiant des plus célèbres pamphlets ou manifestes. Elles ne sont pas révolutionnaires. Elles étalent les dernières des âneries ploucs de l’anarchisme le plus éculé.

Il est vrai que l’anarchisme n’a jamais eu qu’un repère « subversif » la french revolution de 1789, ce vieil objet élimé de musée qui enchante ou terrorise mais a autant à voir avec l’insurrection moderne que le combat des Athéniens contre Sparte. Le summum historique inégalable reste donc l’émeute : ah cette increvable émeute de l’incendie de la carriole des princes aux barricades de voitures de série ! L’anarchisme est depuis belle Rirette et la bande à Connot intégré à l’idéologie bourgeoise confusionniste parce qu’il saute les étapes historiques en gommant les événements qui le gênent, à la manière du stalinisme. Comme le stalinisme il a tout intérêt à conchier la révolution russe de 1917 gage d’admission dans l’édition bourgeoise. C’est pourquoi syndicalistes anarchistes et staliniens ont toujours fait la paire. Le révolté de pacotille généralement bien nourri et en accession à la propriété, se cache derrière un vieil événement lointain pour mieux conjurer une révolution plus contemporaine, qui le gêne comme son compère en idéologie, le bourgeois moyen. Le propre de l’anarchisme est de se cacher derrière de grands idéaux fumeux et de ne jamais se prononcer clairement dans les grands événements : il commente après coup, il porte un jugement une fois la fête finie. Il reste observateur hypocondriaque. Il est impuissant à s’occuper de politique et n’est bon qu’à se barder de citations des autres mais du moins a-t-il la gueulante comme ressource pour porter hautain[2].
Après une introduction poussive sur le méprisable « capitalisme démocratique », qui a tenté d’égaler mais en vain le souffle de la brochure de Khayati, nos auteurs semblent déplorer que « nulle part le capitalisme démocratique n’est sérieusement attaqué ». Il est vrai que la rhétorique de l’extrême gauche est cuite depuis longtemps, tout comme les indignés de braves bobos pétaradant le temps d’un printemps.
Page 22 nos  histrions du subversionnisme bobo (et bomo maintenant) trouvent un seuil de dangerosité garanti critique de base du « capitalisme démocratique » : l’émeute, ce parangon du subversionnisme bcbg qui fait pisser dans sa culotte le pandore moyen : « … car les responsables du maintien de l’ordre savent où pourraient les mener de tels sursauts populaires organisés et coordonnés ». Et savez-vous où est née la subversion, historiquement moderne, contrairement aux barbaristes (cf. la revue Socialisme ou Barbarie) encroûtés ? Elle est apparue un jour du mois de mai 68 sur les monticules de voitures de série brûlées rue Gay-Lussac par des étudiants (subversifs) révoltés et certainement des jeunes ouvriers qui s’ennuyaient.
« Les raisons de se révolter sont nombreuses » - sans doute autant que les mécontentements catégoriels et communautaires – mais que l’insurrection parte d’Espagne ou d’Italie : « … elle ne manquera pas de gagner ensuite toute cette Europe branlante ». Quoi ? Celle-ci serait incapable de faire aussi bien que les émeutiers du printemps arabe ? Chiche ?
Eliminant les « démocratie populaires », certes « aberrantes » mais qui tenaient tête à « l’impérialisme américain », en s’effondrant on supprimé « l’idée de révolution » et… tout le film romantique de 1917 ! Conclusion de cette introduction touffue : on est à la veille d’un nouveau 1789. Préparez vous piques et vos fourches !

PREMIERES PROJECTIONS DU PRESTIDIGITATEUR

Le terme prestidigitateur sonnerait presque comme agitateur, mais Hazan n’est ni l’un ni l’autre. Ce n’est pas Houdini, mais Garcimore : « …les conditions sont réunies aujourd’hui pour une évaporation du pouvoir » ! Comme en 1789 la prise de la Bastille aurait « évaporé » le pouvoir ! Comme historien amateur Hazan nous avait semblé pouvoir rivaliser avec ceux de la chaire académique quand il n’est qu’un magicien infantile. Une petite leçon d’histoire recopiée de wikipédia sert à illustrer que tous les gouvernements provisoires sont aussi durables que pourris. Donc mes bons Proudhon et Bakounine revenez-y : plus de gouvernement tout de suite ! Plus de transition, tout de suite mangeons à « l’appétit de l’inconnu ». Pas question de rédiger un énième programme mais traçage de « pistes » pour « créer immédiatement l’irréversible ».
Premièrement on l’a deviné à la suite du jeu de mains de Garcimore-Hazan: « L’appareil d’Etat s’est dissous, ses débris  tournoyent dans le vide ». Les maçons anarchistes commencent donc à murer les fenêtres de l’Elysée et de Matignon, ne conservant que certaines pièces pour faire autogérer crèches hammams et cantines populaires par les maoïstes et trotskiens non déportés au Larzac. Les lignes de communication et intranet des anciens bourgeois seront coupées (il n’est pas dit si l’on fera dérailler leurs trains). On ne se réunira plus dans les amphis de fac (qui insupportaient Kamo-Coupat car il trouvait meilleur fort en gueule que lui) il y a assez d’écoles, de gymnases et de cirques à Tarnac pour se passer des salles pour universitaires ou politiciens chevronnés.
Ne croyez pas que l’anarchisme survivant au pouvoir « évaporé » va fabriquer de nouveaux Goulags pour ces dizaines de milliers de flics, de financiers, de militaires et de juges au chômage en plus des millions de prolétaires au chômage. C’est pas un problème tout simplement parce « le travail au sens classique du terme ne reviendra pas ». Un autre coup de baguette de Garcimore-Hazan fait jaillir une gerbe d’étincelles par enchantement libertaire : « …le travail ce mythe fondateur qui pourrit la vie : tout le monde sera content de s’en débarrasser ». En quoi consistera alors « l’organisation de la vie collective » selon nos deux prestidigitateurs anarchistes ? Certes c’est ardu « de se figurer ce que sera l’abolition du salariat » mais pas tant que ça si on évoque les « moments insurrectionnels » de la trilogie subversionniste idéale : Barcelone 1936, l’Odéon 1968, place Tahrir 2011, description  élégiaque : « Ces moments où plus rien n’est travail mais où nul ne compte plus ni ses efforts ni les risques qu’il prend, ces moments où les rapports marchands ont été remisés à la périphérie sont aussi ceux de la plus haute vertu individuelle et collective ».
Nos deux magiciens sont en transe à l’idée du « partage de la vie entière », sans doute « sans temps morts » car la petite bourgeoisie s’ennuyait à la veille de « l’émeute révolutionnaire » de l’an 68. L’argent, bof il est déjà « dématérialisé » pour tous nos amis chômeurs anarchistes, alors demain… d’un clic : instauration d’une égalité parfaite des comptes bancaires », car il ne faut pas reproduire « l’erreur » des bolcheviques et des khmers rouges d’abolir l’argent tout de suite : « on ne sort pas indemne du monde de l’économie » !
Formidablement réac ces anarchistes subversionnistes, non seulement ils ne renversent pas l’Etat et sans transition conservent le règne de l’argent capitaliste. Le top du subversionnisme, on continue dans le changement accommodement. L’argent tombera en désuétude de lui-même puisqu’on aura les cantines gratuites (de la CGT), l’électricité gratuite (fournie en quantité réduite par éoliennes et pédales de vélo), films en peer to peer, l’argent restera une sorte de paiement pervers pour un petit café comme un  allemand de l’Est qui, nostalgique, loue pour une heure une Traban : « (l’argent) restera aux marges de la vie tant individuelle que collective » ; il a fallu beaucoup kiffer à nos deux magiciens bakouninistes pour pondre cela.
Se moquant fort justement de « l’utopie réaliste », le revenu universel garanti prôné par tous les gauchistes de la terre, et après un détour par l’antique Xénophon (pour justifier de leur culture esthétique) sortent leur lapin du chapeau : « L’abolition du capitalisme, c’est avant tout l’abolition de l’économie, la fin de la mesure, de l’impérialisme de la mesure ». Le subversionnisme des magiciens de l’anarchisme sans faim et sans besoins est en effet démesuré dé-mesuré. On pourra vivre comme aux beaux temps du stalinisme ; la terre possède des ressources démesurées, inépuisables, comme le gaz soviétique avant que Brejnev ne demande de cesser le gaspillage en faisant importer des compteurs du trust capitaliste français  GDF. Le modèle unique stalinien refleurit toujours sous la coopérative anarchiste, le monde sera heureux (le consommateur moins) : « … quand nous aurons de grandes laiteries d’où sortiront des pots sans marque et sans colorants » (made in Tarnac ?). Beuark ! La force du capitalisme actuel est le choix et la diversité. Ces magiciens ratés nous proposent un communisme monacal qui ressemble comme deux gouttes de vodka au communisme de caserne ou à l’ordinaire du hippy fauché.
Le travail revient soudain au détour d’un mauvais tour de magie, et le spectateur se gondole : « … quand les ouvriers du bâtiment travailleront pour loger leurs frères et leurs sœurs et non plus pour engraisser les fonctionnaires des multinationales du BTP l’ambiance sur les chantiers sera tout autre ». L’Etat non renversé, l’argent maintenu à la marge et toujours les mêmes ouvriers espagnols et portugais dans le bâtiment !

 L’insurrection est repartie ailleurs ?

Coupat et Hazan prennent-ils la pelle pour retourner gravier et ciment près de la bétonnière ? Sont-ils maçons le matin, joueurs de flûte l’après-midi ? Inspirés par la révo cul chinoise trop punitive, ils nous assurent s’engager, s’ils exercent le métier bobo de dermatologue, de se former au métier de balayeur ou d’aide-boucher pour « y consacrer volontiers deux ou trois après-midi par semaine ». Pas plus ? La vie humaine sera transcendée « dans mon quartier » : « « Les voisins deviendront des collègues et certains d’entre eux des amis ». Ambiance une poste à Moscou avant la chute de la maison stalinienne. Un rêve glauque de magiciens ratés.
On progresse. En vérité l’Etat « évaporé » n’avait pas disparu. Bande de naïfs qui ne soupçonnaient pas la trappe à gogo dans la géniale écriture du tandem subversionniste, l’Etat est en train de s’éteindre comme la loupiote du plafonnier lorsque vous fermez la porte de votre voiture: « La fin du travail obligatoire, la fin de la dictature de l’économie auront pour conséquence quasi mécanique la fin de l’Etat ». L’Etat qui s’était évaporé dès la page 31 disparaît définitivement page 53. Le tour de magie n’a pas duré dix ans ni un siècle mais à peine vingt pages.
Comme il existe des risques de renaissance de l’Etat nos magiciens jettent un peu de poudre de riz pour épater le spectateur : « A ceux qui se demandent comment un pays peut survivre à l’évanouissement de l’appareil d’Etat on peut répondre simplement : cet appareil ne sert à rien – plus précisément, à rien d’autre qu’à sa propre reproduction ». La sentence est éloquente de la hauteur de vue de magiciens anarchistes fort mécontents si le courant est coupé dans leur quartier et prêts à pétitionner s’il n’est pas rétabli dans la demi-heure et déterminés à aller porter plainte au plus proche commissariat de police si un sauvageon a dérobé leur mobylette.
Cette théorie de marginal assisté trouve appui sur les délires de l’immature Saint Just qui décrète que l’ennemi du peuple est le gouvernement, quand lui-même est au gouvernement !
Peu importe le désordre généralisé, il faut s’affirmer jacobins. Fi de la centralisation et de la décentralisation ! C’est à une échelle « localisée » que le pouvoir doit être assuré : « à l’échelle des villages et des quartiers » renouant : « …avec la richesse des formes historiques d’organisation depuis les sections parisiennes de 1793 jusqu’aux quilombos du Brésil ». Bref, vive le nouveau socialisme communal ! Produisons localement selon nos besoins des yaourts sans étiquette avec nos quinze vaches bios et notre tracteur à pédales ! Robespierre revient comme seule référence au bulletin non secret mais pas pour la guillotine à main levée. L’exemple d’autonomie des « gens » face à l’Etat « évaporé » moderne ne vient-il pas du « mouvement coopératif » des pays latins du Sud de l’Europe, qui snobent toute organisation de type conseil ouvrier pour cogérer la misère avec les moyens du bord au soleil théorique des coopératives anarchistes ringardes ?
La référence à une autre société n’est jamais la tentative bolchevique ni les débats du courant maximaliste de la dite Gauche communiste (Pannekoek, Appel, Bordiga, Bilan, etc.) mais les resucées du stalinisme, les bobards des anars espagnols, les coopératives de la misère en Amérique du Sud et les acquis médicaux de la dictature castriste : « … après la révolution cubaine on a vu la médecine de ce pays devenir la meilleure d’Amérique latine la mortalité infantile baisser au niveau des pays industriels le tout sans injection particulière de crédits ». La profession de prestidigitateur est une profession de menteur habile. Hazan est Garcimore, aucun coup n’est destiné à marcher pour la plus grande joie du spectateur. La médecine merveilleuse de Cuba n’est que de la propaganda castriste. Les médecins venézueliens en particulier étaient pris en otage, leur salaire envoyé au pays pour leur famille et la misère cubaine toujours plus belle au soleil du stalinisme exotique même si la mortalité infantile avait baissé. L’illusionniste anarchiste se trahit toujours par ses références au présent pour ne pas passer pour un hippy utopiste. Son raisonnement de marginal hors des réalités de classe et son déni de l’histoire réelle de la théorie marxiste insurrectionnelle veut se moquer du monde mais fait rire de son tour de passe-passe raté[3].
Le terme des « pistes » se vautre dans les mêmes âneries que l’opuscule verbeux de Coupat. L’apologie de l’émeute n’est que l’apologie de la marginalité et du jeune délinquant qui tient coopérative avec son deal au bas de l’immeuble, nouvelle catégorie révolutionnaire la « jeunesse » (du bas des immeubles) « jouera son rôle dans la mise à bas du capitalisme démocratique » : « Elle mettra en application la politique des halls d’immeubles qui vaut bien celle des émissions de France-Culture et des éditoriaux de la presse asservie ». Il est vrai que dans la société libérée du capitalisme démocratique le concierge aura perdu toute utilité car les clés des appartements seront autogérées par les habitants des halls d’immeubles.
Les « pistes » qui surnagent du projet magique sont bien sûr la remise en cause de la rémunération des politiques, la dénonciation des fantaisies écologistes et l’antifascisme ; mais outre que ces trois thèmes sont repiqués au véritable milieu politique prolétarien, le maximalisme marxiste, nos magiciens ne savent même pas dénoncer correctement l’antifascisme, ce qui leur a valu des critiques de leurs fans anarchistes et gauchistes, très près de la morale d’Etat et pointilleux concernant ce sujet.
Enfin la conclusion de tant de pistes insensées de petits bourgeois égarés dans la théorie anarchiste bohème se résume au pire galimatias qui est à la base de toutes les confréries anarchistes, qui explique pourquoi elles sont et seront toutes inexistantes politiquement et impuissantes à prétendre changer quoi que ce soit, simple reflet des arrangements entre petits amis et couples bureaucratiques pour autogérer au mieux son ennui dans le capitalisme imprenable : « S’organiser, c’est faire évoluer ces groupes en constellations subversives par le jeu des amitiés, des espoirs partagés, des luttes menées en commun, de proche en proche. C’est tracer entre eux des chemins qui les amènent à se retrouver par affinités de ville à village, de quartier à quartier, de centre à banlieue ». Mais l’ensemble des cartels syndicaux, les clans gauchistes et le FN ne fonctionnent PAS AUTREMENT !

Vous ne leur en voudrez pas. Vous n’aurez pas eu besoin d’acheter leur plaquette pleine de tours de magie ratés. Vous auriez été fâché d’être floué pour un spectacle aussi miteux pas drôle comme celui de l’excellent Garcimore, le vrai magicien comique, qui a tant enchanté les enfants en échec scolaire qui manquaient de confiance en eux-mêmes.

NOTES DE LECTURE

-          « Le curé rouge vie et mort de Jacques Roux, de Dominique Rousseau », ed Spartacus : très bon ouvrage sur les « curés rouges » de 1789, instructif. Visiblement écrit par un professeur attaché à son histoire locale, peu critique envers Mara et les égorgements révolutionnaires, avec une tendance à mêler les clichés modernes au passé (la « diversité  religieuse »!?).
-          Rirette Maîtrejean : excellent mémoire par Anne Steiner spécialiste de l'histoire du terrorisme anarchiste, sur la compagne de Victor Serge et une militante anarchiste (du bon vieil anarchisme pas de sa décomposition libérale moderne) et des textes de cette admirable petite bonne femme, morte solitaire hélas en 1968 comme le superbe dessinateur Grandjouan… Mais quelle stupidité d'avoir édité sur papier cartonné (toutes les pages oui) comme pour les livres bébé, une insanité qui gâche la lisibilité d'un travail de souvenir mémorable et honorable  (je ne cite même pas l'éditeur qui mérite carton rouge).
-          L’affaire Durand de Patrice Rannou (ed Noir et Rouge) : on nous rebat les oreilles avec l’Affaire Dreyfus depuis un siècle mais le calvaire de ce jeune ouvrier syndicaliste condamné à mort accusé faussement d’avoir tué un contremaître jaune, a non seulement entrainé une vague de protestation probablement plus ample que pour Dreyfus, a mis en évidence la cruauté patronale et le sadisme des ministres ex-socialistes, mais s’est terminée par la destruction mentale de la victime et aucune sanctification de la postérité comme pour le capitaine juif.


[1]Gibert jeune, la FNAC font un étalage généreux des brouets illisibles et creux de son édition. La Fabrique.  Les p’tits couns était le nom originel de la revue Tiqqun (p’tit con) de Coupat, au cours d’une plus longue campagne d’Etat que celle de Dieudonné,  accusée d’avoir voulu s’en prendre aux caténaires des voies ferroviaires- alors que comme le montre la triste affaire de Brétigny la SNCF dénationalisée est tout à fait capable de faire dérailler les trains elle-même. Coupat était la plume réincarnée de Debord pensa Hazan. Si c’est ce blaireau qui se cache encore sous le pseudo de Kamo, le résultat n’est pas plus ébouriffant que la prose de Hazan et de son acolyte invisible. Les grands seigneurs de l’anarchisme ne sont plus que de petits roitelets du verbe.
[2] Le site-radio Vosstanie fonctionne ainsi. Tout est caché par un décor accrocheur pour le jeune émeutier quand derrière la petite Cécilia débite de sa voix sexy des textes romantiques rythmés par une vague musique de samba brésilienne. Le couple animateur se fait passer pour un « groupe de la gauche communiste » avec  un texte de référence du révisionniste Dauvé dont Paulette se vante d’avoir été le ronéoteur. Les contributions sont vides de contenu car même en vieillissant nos animateurs de la subversion esthète et collégienne ne savent pas écrire ni argumenter. Dans les débats qu’organise le système secret de cette radiologie parallèle marginale, il est plaisant d’entendre les interlocuteurs anonymes anars se mentir mutuellement sur leur influence microscopique, sur leurs chiffres de vente extraordinaire, mais plus encore marrant de les ouïr s’enorgueillir de « démasquer » le monde de la marchandise. Il font partie de la même mouvance bobo que Hazan & Cie sans oublier ce pauvre Lastelle, et son sous-fifre Janover lamentables déclassés qui naviguent au gré des remugles de leurs ambitions mort-nées.

[3] Les hauts lieux de la magie anarchiste sont pour sûr Notre-Dame-Des-Landes mais aussi : « Tarnac et Marinaleda sont des îlots dans l’océan du capitalisme démocratique » ; la magie opère à partir de ces lieux uniques de culture de ses propres patates et de construction de bric et de broc de sa propre habitation comme dans n’importe quel village plouc de lozère il y a cent ans : « Pour nous (Hazan et Coupat) leur existence, leur succès, leur persistance en milieu hostile montrent qu’un communisme véritable est possible et qu’il est à notre portée ».