"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

vendredi 25 novembre 2016

POURQUOI DROPPY SERA LE PROCHAIN ?


(Vivement une droite « méchante » pour faire oublier les attaques anti-ouvrières de la gauche bourgeoise et redorer le blason des syndicats collabos !)

« La gauche gouvernementale leur a préparé le terrain »
 édito de LO

Dans mes fichiers de citations historiques pas moyen d'en retrouver une très pertinente de Machiavel ou de Tocqueville, qui dit à peu près ceci : « sous tes ordres je m'abaissai, je me laisserai même humilier jusqu'au dernier degré, sachant qu'un jour je te succéderai et que j'occuperai ta place avec autant de cynisme ». Tant pis pour la citation réelle, l'idée est là. Il y a du Pompidou chez Fillon, madré comme un paysan, filou comme un notable provincial, Rastignac a plus d'un tour dans son sac. Fillon a rejoint des « roués parisiens » que décrivit si bien Balzac. Mais, et cela devrait servir d'argument à nos trotskiens farouches du NPA qui a estimé qu'au concert des primates de droite c'est le plus réac qui l'a emporté1, Rastignac est le portrait réel d'un politicien d'avenir :
Thiers le massacreur de la Commune de Paris. Avec ce raisonnement simpliste à gauchiste, qui préfère la simple comparaison au raisonnement, on en déduira qu'avec sa purge glaciale des « acquis sociaux » et des (privilèges) corporatifs du secteur public, le sinistre sire – catho anti-transgenre et immigréphobe – aura au moins l'avantage de provoquer l'insurrection tant attendue par les lycéens parisiens et leurs parents bobos.

C'est se tromper du tout au tout sur le personnage. Droppy a fait son chemin avec une certaine cohérence : il a voté pour l'abolition de la peine de mort, refusé les compromissions avec le parti FN mais sans jamais mépriser son électorat. Alors qu'un Juppé ou un Sarkozy ont toujours eu du mal avec les syndicats, Fillon est un des hommes politiques qui a été certainement le plus efficace pour la bourgeoisie depuis une trentaine d'années, au gré certes d'alliances et de retournements, d'amitiés et d'inimitiés dans sa « famille politique », comme ils disent affectueusement dans la droite patronale. C'est tout de même lui qui réussit à faire passer deux « réformes » de retraite2 avec une parfaite entente avec les bonzes syndicaux. Ce n'est pas un excité à la Sarkozy et il a montré au cours de ses successives prestations télévisées qu'il sait se contrôler. La bourgeoisie française a d'ailleurs compris, derrière la « merveilleuse surprise » d'une spontanéité bling-bling du « peuple de droite » qu'il est désormais son « homme » providentiel-présidentiel.

Au crédit de sa réussite à « percer », il y a bien sûr une bonne dose de provocation. Venir sur les plateaux, la main sur le cœur, plaider pour une « purge thatchérienne » - en plus avec le chanteur Renaud qui avait tant couiné contre la dame de fer (d'ailleurs cruellement jetée aux orties en fin de sompte par sa classe) – il faut le faire. Le choc est rude pour tous les vieux gauchistes, retraités ou en fin de carrière. Imaginez que Mitterrand ait dit : « je m'inspire du Maréchal Pétain » !? Bien qu'il s'en soit inspiré aussi. Il y a une continuité de la fable familiale du fascisme à la démocratie. Evidemment qu'il s'agit d'une provoc car nous ne sommes plus à la même époque, et Fillon n'aura pas à démanteler un syndicalisme égoïste et rétrograde (comme celui des mineurs anglais), au contraire il aura tout intérêt à trouver une poudre de perlimpinpin pour revigorer des appareils corrompus. D'ailleurs, comment ne pas noter au passage qu'une droite « méchante », comme je vous l'ai révélé dans le sous-titre, est absolument nécessaire pour ranimer les « valeurs de gauche », et non pas cette guimauve « multicucuraliste » d'Ali Juppé ?
On prendra les mêmes et on recommencera. Assez pitoyable comment les rats sarkoziens ou centristes se sont précipités dans le navire de Droppy, avec les insignifiants Morin, Karoutchi, Lemaire, et tutti quanti. Ou plutôt on reprendra un sarkozisme moins débridé, en soufflant plus subtilement ce qui est nommé « les idées du FN », qui ne sont d'ailleurs pas en soi, à l'origine des idées du FN : le questionnement sur la crise migratoire et ses conséquences, l'infantilisme laxiste de la justice bourgeoise, composée de curés cyniques, qui laisse en prison Jacqueline Sauvage et laisse en liberté des aspirants criminels notoires, la fable de la déradicalisation pour les tueurs de daech lorsqu'ils reviennent en France, le développement d'un sous-prolétariat qui renie toute identité ouvrière sous le régime de l'assistanat, une école où des rigolos psychologiques perpétuent les inégalités en prônant le jeu à la place de l'étude, une expansion du culte du numérique ou les trois quarts des jeunes font des fautes à chaque terme qu'ils emploient, etc.
Toutes ces questions, s'il semble les prendre en compte d'un coup de menton de champion automobile, Droppy ne les résoudra pas, mais son succès sera dû au fait qu'il aura osé les poser, alors que le terrorisme intellectuel de la gauche caviar et de ses gauchistes suppose que si vous les posez c'est que vous êtes un fâchiste (néologisme qui vient du verbe fâcher).

Là où Droppy a tout faux c'est sur le culte de l'entreprise capitaliste, et j'y reviendrai. Avant il faut en finir avec la gauche bourgeoise au gouvernement. « Attaque brutale », « l'horreur nous attend avec ce qu'il y a maintenant en face », c'est la plainte des sec gen du PS ou des chefaillons gauchistes. Les gauchistes de France Inter, de Arte et de FR3 nous dépeignent un retour des affres des années 1930, pour un peu Trump est le nouvel Hitler, et pour beaucoup Fillon un nouveau Pétain. Bande de rigolos. Heureusement ils font partie des riches intermittents, surpayés et on espère qu'ils sont en CDD. Et l'attaque de leur loi El Khomri (on a nommé une ministre arabe du travail, et je n'ai pas dit une ministre du travail arabe car le travail est désormais ubérisé! Pour que ça passe mieux, plus convivial, plus antiraciste, plus « multicucuturel ») elle reste en travers de la gorge des ouvriers français et d'origine arabe ! La gauche et ses « valeurs » gauchistes nous prennent vraiment pour des cons sans mémoire.
« Que reste-t-il de nos amours ? »... de gauche, aurait chanté Trénet. Pas grand chose, de 1936 à 2016 la gauche intermittente au pouvoir aura toujours mené les pires attaques contre la classe ouvrière. « J'y pense et puis j'oublie », comme Claude François, mais le défaut de mémoire est impossible juste après un court laps de temps avec la violente loi travail. Ce n'est pas le Hollande Bashing, ni la bêtise costumière de Macron, ni la pléiade de rigolos candidats gauchistes du PS, les Montebourg, Hamon, Duflot plus à flot, Mélenchon, le petit Poutou ni le guide de LO Nathalie, qui vont inquiéter un parti de droite requinqué. Dimanche prochain la photo de « famille » est déjà prévue : ils seront tous là en rangs d'oignons pour adouber le révérend Fillon. Je me rappelle une réflxion de Marc Chirik disant que la droite en général, lorsqu'il faut se réunir le fait en général très rapidement et mieux que la gauche. La gauche son boulot bourgeois indispensable est dans l'opposition, sa participation au gouvernement est un pis aller (je ne l'ai pas fait exprès). Les choses sont ainsi faites que le principal parti de droite a été en morceaux le temps du mandat de Hollande, cette fraction bourgeoise peut dire merci à Sarko de l'avoir reconstruit même s'il n'en tire pas bénéfice pour son ego. Et voici venu le temps de l'effritement du bloc PS (Sabatier me comprendra).
C'est panique à bord dans le cargo Hollande. On a le pédalo Mélenchon, perdu en mer électorale, le pneumatique Macron dégonflé à peine mis sur le bon coin, l'insipide Hamon n'est même pas sur la même barque de marque française vermoulue que dadet Montebourg, Valls passe pour un Droppy de gauche. Seul Hollande peut désormais perdre honorablement en arguant que ce sera faute à l'absence de Sarko réduit en sarcophage.
Mais au moins Droppy aura siphonné le FN, redonné espoir à une gauche handicapée (qui comme tous les handicapés clame que c'est la faute à l'autre), et évité à la bourgeoisie française de perdre du temps.

LE COURAGE DU MENSONGE POLITICIEN

Rodé depuis 40 ans aux pires magouilles, renversements d'alliances et récompenses d'ambitions serviles, Fillon a au moins retenu de l'école sarkozienne le sens de la provocation. Monsieur Propre agit comme monsieur le curé où une bonne fessée vient compléter une leçon de morale. Si la fessée est déculottée c'est une garantie de volupté.
Rastignac Fillon en short de scout, saluant un Baden Powell dans le boucher de 14 -18 Clemenceau,
peut se réclamer de la tradition des pires tueurs du prolétariat. En soi l'application simple de son programme pourrait engendrer immédiatement les mêmes tristes barricades suicidaires de 1871, et le conduire à être un chef des mercenaires légaux tueurs des prolétaires. Ne soyons pas simplistes, la bourgeoisie ne veut pas nous servir la révolution sur un plat et avec ses gants.

Si Fillon a attiré l'attention majoritaire contre les clichés multiculturalistes de la gauche bourgeoise et de leurs amis gauchistes (bourgeois de base), il a creusé l'avance sur le peloton des idiots, sur l'immigration massive il n'a pas un raisonnement fasciste, ni sur le retour des tueurs islaminguants, ni sur le système des allocations familiales dispendieuses, ni sur l'assistanat (quoiqu'il ne dénonce pas l'assistanat généreux dont disposent retraités du patronat, intermittents du spectacle, apparatchiks divers et journalistes). Sauf qu'il n'y changera rien, trop d'intérêts étant en jeu pour la sauvegarde du parasitisme des couches supérieures. Venons-en à sa principale provocation électorale : suppression de 500.000 emplois de fonctionnaires !

Bravo l'artiste ! Le plouc, le plombier qui gagne deux fois plus qu'un toubib, le chômeur lambda, l'épicier, l'ouvrier rampant d'une petite boite privée, sont comme le milliardaire de Georges Orwell, qui aimerait bien que les lumières de l'avenue s'éteigne après le passage de sa limousine. Cibler sur les fonctionnaires « ces privilégiés », c'est comme cibler sur les immigrés comme cause du chômage. Fillon prendra-t-il de la cortisone comme Pompidou ?
Malheureusement c'est du pipeau, et Juppé a eu raison de lui rétorquer que c'est impossible. Un Etat moderne sans fonctionnaires est comme une bicyclette sans roues. Mais c'est plus vicelard d'autant que c'est inapplicable, mais que Droppy vise à faire passer le message nécessaire : ubérisation et flexibilité accrue de la condition ouvrière.
Doublé d'un autre gros mensonge, la fameuse suspension des 35 heures et le repoussoir à 65 ans de la retraite, pour redévelopper les emplois.

Or, supprimer le recrutement des fonctionnaires et monter à 39 heures sans compensation salariale (au nom du sacrifice pour la patrie patronale) pour créer des emplois c'est comme vider un vase d'eau en attendant qu'il pleuve. C'est bête et méchant, et aucun de ses colistiers n'a fait l'effort de vraiment ridiculiser cette idiotie économique. J'ai interpellé sur cette idiotie hier soir au métro Raspail une militante UMP qui diffusait un large prospectus fillionien glacé, fort bien fait (homme smart, provindentiel – pas provincial – reprise du navrant slogan mélenchonien : « prenez le pouvoir en votant pour moi »). La femme, chef d'entreprise entreprit de m'expliquer que « tout est lié », que cette libération de potentiels fonctionnaires viendrait abreuver les petites entreprises. Je lui répondis qu'à ma connaissance un jeune, encore aujourd'hui, souhaite un emploi en CDI et un travail dans les grandes sociétés de service public où, en nombre, nous les prolétaires on est plus en situation pour se faire respecter que face au despotisme des petits patrons. Ce qui a un pendant, ajouté-je, un esprit corporatif aigu qui fait que jamais ni les gens d'EDF, ni ceux de la RATP, de Renault ou de la SNCF ne se mobilisent pour défendre les salariés du privé mais ne pensent qu'à leur propre gueule ; la casse des retraites a commencé quand le gouvernement Fillon a attaqué le secteur privé et quand les syndicats du public se sont bien gardés d'apporter une quelconque solidarité, puis ont pleuré toutes les larmes de leur corporation quand leur tour et arrivé. Je crois avoir été le seul il y a quarante ans à m'être étonné, qu'au lieu de revendiquer le droit de vote (islamique) pour les immigrés, les syndicats antiracistes ne se sont jamais battu pour l'embauche « internationaliste » des ouvriers immigrés dans le secteur public ou à EDF, sauf accessoirement via l'entrepreunariat privé en maçonnerie pour creuser les tranchées des câbles.

Le sourire de Droppy lorsqu'il apparaît montre les profonds sillons du Medef et les cernes de l'austérité mais pas pour tous. Ce culte de l'entreprise, blanchie sous le harnais salarial, qui va sauver la France, on l'a entendu mille fois sous tous les gouvernements précédents et particulièrement sous celui de Hollande, qui n'a ni empêché la fermeture des grosses boites ni empêché les continuelles « destructions d'emploi ». La tambouille à Fillon pour la suppression de l'ISF, une diminution de la torture des charges patronales et son allocation sociale unique, pour restaurer les profits et revenir au magique et disparu plein emploi, est un breuvage imbuvable.
Après un capitaine de pédalo on aura un général d'armée mexicaine avec des avirons sans barreur.

LA GROSSE MYSTIFICATION DE L'EGALITE

Je l'ai déjà dit dans un de mes livres, après la révolution prolétarienne, la première chose à effacer du fronton des édifices publics est le premier terme de la trilogie mystifiante « liberté, égalité, fraternité » et à remplacer par « altérité, égalité, fraternité » ; le système dominant l'a déjà fait, mais c'est un mot d'ordre vraiment pervers qui existe virtuellement, la « diversité » qui concerne les races et non les besoins humains.

Là aussi Fillon sait le bon filon : mentir avec ce mythe de l'égalité. Le monde entier est un monde sans avenir où la majorité de la population va se trouver de plus en plus sans emploi, rejetée du monde du travail, c'est pourquoi ces histoires d'égalisation ne sont même pas une péréquation des richesses. C'est frappant avec sa proposition d'unification des régimes de retraites, Mr Retraitable intraitable, alors qu'on a déjà fondu plusieurs régimes des couches petits bourgeoise dans le régime général, veut supprimer les régimes spéciaux corporatifs (concédé par le gaullisme pour reconstruire le pays, preuve qu'il ne peut plus être gaulliste sic!) pour égaliser les « privilégiés » du public sur les « malheureux » du privé, certes plus productifs, pourquoi pas ? Mais alors faut égaliser vraiment et revoir à la baisse les ignobles retraites chapeaux des patrons, des big chefs des administrations publiques qui grèvent les caisses, et surtout celle de l'impotent Chirac qui défie tout entendement).
L'idée d'allocation sociale unique, sœur du revenu universel, n'est qu'une acceptation de la pauvreté généralisée et une officialisation de l'exclusion sociale. En attendant Godot « revenu universel » (cela peu prendre des décennies) la réduction des allocations chômage et le chantage à la rue, sont en continuité des gouvernements précédents ! Vous croyez que les braves employés de Pôle emploi ont été moins cyniques sous Hollande ? Fillon si apte à mentir sur les attaques similaires de la bourgeoise dans les autres pays nous prend pour des caves qui croient que le capitalisme en crise, en compétions impérialistes sans fin, pourrait se résoudre par une intensification de l'exploitation des prolétaires au niveau national. N'est-ce pas une fillionie ?

Une fois qu'on a passé en revue les blagues (réformes simples et efficaces, hi hi) des 15 « mesures phares » (pour renouer avec la réussite, ah ah) de Fillon, et qu'on survole les trois préoccupations qui les guideraient – libérer l'économie (?) Rétablir l'autorité de l'Etat (lequel?) Affirmer nos valeurs (lesquelles?) - on est fondé d'en conclure que l'an prochain nous aurons à choisir entre le sida ou le cancer, face à une droite droit dans ses bottes (nazies) et une gauche avec le salut militaire que fût le poing levé, pour empêcher un nouvel incendie du Reichstag. Mortal combat ou pitoyable combat ?

PS: à lire aussi cet excellent papier sur les origines politiques broussailleuses de notre sourcilleux Droppy: http://www.centpapiers.com/quand-le-tapis-diznogoud-reve-de-devenir-calife-a-la-place-du-calife/

NOTES

1Ce qui reste à démontrer si on aligne ce pauvre Sarko, le minable Copé et le patibulaire Poisson.
2« Réformes » comme ils disent à droite comme à gauche, que je qualifierai plutôt d'attaques contre la classe ouvrière. Cela dit, et personne ne s'en est aperçu (sous les chants syndicaux) mais la retraite est devenue une relégation, une honte. Nos sociologues et les politiciens nous assurent que c'est pour gagner plus d'argents que des retraités retravaillent. Stupidité, sans oublier le nombre de volontaires bénévoles pour des activités caritatives ou associatives très hiérarchisées, la retraite est une mort sociale, comme je ne cesse de le répéter. Et un vieillissement avec une meilleure santé ne donne pas forcément une envie de rentier touristique (quel ennui ou quelle impossibilité financière!) . Je connais désormais trop de gens d'en haut ou d'en bas, humiliés ou en désarroi après départ en retraite, pour douter que cette perspective soit envisagée désormais comme une joie, une libération, alors qu'elle se rapproche de plus en plus de la condition d'isolement du chômeur ! Moi-même j'ai honte d'être parti à 55 ans. Lors de manifs je me suis d'ailleurs engueulé avec des syndicalistes sur ce sujet. L'allongement de la durée de travail dans la vie peut être aussi un allongement de l'espérance de vie... sociale, excepté pour les boulots de merde. Le communisme abolira la retraite, sans glorifier le travail puisque le travail sera intégré comme une activité ludique dans la vie quotidienne, comme diraient Lefebvre et Debord... et non plus cet imbécile cloisonnement dit activité/inactivité.

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