"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 5 janvier 2016

ENTRE LES ATTENTATS LA PROPAGANDE CONTINUE...



Deux émissions commémoratives interprétatives des attentats par la propagande d'Etat de FR3

par Lou Soliterre

Ils ont osé. Le premier documentaire de propagande nous prend par la main pour nous promener dans les allées du pouvoir. Presque minute par minute on reste pendu aux basques des grands organisateurs de la lutte anti-terroriste, moins avant qu'après, les mousquetaires Valls, Cazeneuve et Le Drihan, la figurante Taubira n'étant là que pour le décor. Tel d'Artagnan, le président Hollande décrit ponctuellement son état d'esprit aux différentes étapes ; ou bien ce sont ses mousquetaires qui en rendent compte. Le scénario est si bien léché que pratiquement n'apparaît jamais l'effet de surprise indubitable des crimes islamo-terroristes sur le personnel gouvernemental et la tétanisation des services policiers de l'Etat, que tout le monde a ressenti en France.

Les deux massacres, celui de janvier et celui de novembre, qui se sont déroulés dans un affolement évident des services de l'Etat, sont collés bout à bout de façon obscène d'autant que les questions posées par le premier massacre n'ont reçu aucune réponse crédible avec l'explosion des suivants, tout comme la reproduction du massacre massif encore plus odieux du Bataclan (qui eût été pire au stade de France) n'a aucunement été freinée ou conjurée par les centaines de milliers de « je suis Charlie » et leur compassion envers la sauvegarde des « valeurs de la république » dans l'attente d'une série d'homélies funèbres pour « combattre le terrorisme ».

Aucune explication ni politique, ni géopolitique, ni internationale n'est fournie pour expliquer les divers attentats, leurs origines diverses ou cachées, réelles ou fausses ; un saupoudrage de généralités parsème un récit plus attaché au style fait divers et aux prévenances auprès du PN Sarkozy . Quoi de commun entre l'attentat de janvier contre un journal satirique qui se moque du symbole number one des armées de l'islamisme mondialiste, le prophète d'un autre temps, et ceux de novembre qui pouvaient trouver leur justification face à l'intervention impérialiste française1 ? Pourquoi toujours cette volonté de présenter un terrorisme unique, immanent, voire maintenant action toujours téléguidée par les seuls cinglés de Daech  quand l'Etat français soutient des résidus d'Al Qaida en Syrie?
Daech sert trop bien de couverture généraliste au bourbier moyen-oriental, direz-vous, et évite de mettre en cause de bons clients de l'industrie militaire française comme la dictature saoudienne, comme de tacler les responsabilités impérialistes de la bourgeoisie française, en tout cas de son principal délégué politique, le gouvernement Hollande.

Du cinéma propagandiste sans talent et incrédible, voilà ce qui nous fût servi. Voici d'Artagnan et ses mousquetaires mis en scène comme un quarteron de généraux pondérés qui depuis leur QG enterré gèrent la crise avec lucidité et détermination. On ne nous rappelle pas qu'en janvier, le premier souci de la propaganda n'était pas les victimes mais les croyants musulmans, car l'immigré ou le migré depuis longtemps est un meilleur supplétif électoral que les racistes de souche. Le scénario du docu tombe dans l'affabulation en faisant dire post-festum au ministre de l'intérieur que les mousquetaires gouvernementaux s'inquiétaient de possibles représailles contre les musulmans ! On n'est pas au Pakistan ni en Iran ! Cazeneuve en rajoute : « on savait que l'extrême droite était en embuscade ! ». Le commentaire off répète à plusieurs reprises que le gouvernement « se devait d'agir vite »... pour ne pas risquer de sauter ! Or, pour nous qui avons vécu devant nos postes de télé les massacres successifs, jamais la république bourgeoise, ni le gouvernement n'ont été en danger ; jamais non plus aurait-on pu voir Marine Le Pen défiler avec une petite moustache sur les Champs Elysées suivie par une troupe de morts-vivants du 6 février 1934 et d'une bande de l'OAS ressuscitée.

HOLLANDE L'HOMME QUI AVAIT PEUR DE DECIDER... et un Etat réduit au rôle de médecin urgentiste

Dans le téléfilm de FR3 voici un Hollande olympien, il pose au Clemenceau – photos certifiées à l'appui - sans moustache, ou plutôt avec cet air grave d'Obama au milieu de ses sous-fifres attendant l'élimination de Ben Laden2. Notre « chef de guerre » - plus intérieure qu'extérieure - « consulte » ses subordonnés mais tranche toujours avec panache, photos à l'appui, l'air « grave mais déterminé » ; confirmation des mousquetaires et de lui-même : « il a pas dormi de la nuit et avait les yeux rougis ». Avec ce Hollande régénéré sur le ton de la confidence au coin du feu à l'Elysée avec sérénité comme s'il était un témoin d'un drame qui aurait eu lieu il y a cinquante ans, un Valls dans la posture du matador qui se prend pour le shérif Gary Cooper dans Le terroriste sifflera trois fois, et le second couteau Cazeneuve en praticien policier omniscient, le téléfilm de la première partie commémorative est autant rébarbatif que moraliste – avec ce multiculturalisme comme meilleure antidote au vieil internationalisme3 – mais avec des perles comme celle-ci : « Les frappes aériennes (bombardements « décidés » par le maréchal Hollande) ont eu un effet limité, mais elles frappent l'opinion ! ». En tout cas ces frappes-là ne causent pas de morts dans l'opinion française.

L'incroyable conjonction des assassinats au magasin casher et la course poursuite des assassins à Dammartin laisse pantois. Il a fallu deux jours pour les retrouver et une semaine pour déduire qu'ils étaient potes avec le petit tueur Coulibaly. Aujourd'hui encore deux ou trois complices des tueurs du Bataclan courent toujours un mois après4. Rien n'est rappelé de l'incroyable irresponsabilité des journalistes en janvier qui se permettent de divulguer des infos très dangereuses pour les otages au magasin casher et dans l'imprimerie de Dammartin-en-Goële. Rien non plus sur la précipitation policière désordonnée dans l'intervention dans le bled du côté de Roissys (je crois être le seul à m'en être indigné), c'est une cascade d'irresponsabilités coalisées : c'est Coulibaly en abattant les premiers otages à Paris qui déclenche l'intervention qui lanternait stupidement depuis le matin à Dammartin (Hollande retrouvant son célèbre naturel hésitant  ou les grands flics tergiversant?). Et les journalistes de continuer à informer n'importe comment du côté des frangins Kouachi, enfin trouvés, alors que leur pote Coulibaly peut tout entendre à la radio, enfin les « autorités » qui trouvent le moyen de faire sortir les gosses des écoles du bled au nord de Paris pour les faire monter dans des cars (alors qu'on les avait fait poireauter toute la journée) au moment où ça commence à tirer dans tous les sens ; les balles à longue portée des frangins tueurs et des flics pouvant largement atteindre les enfants des lycées environnant ou qu'une décision stupide a fait sortir hors des bâtiments pour aller vers les cars... au pire moment.

Le congrès organisé en novembre à Versailles pour les deux chambres des élites bourgeoises équivaut au couronnement de Napoléon. La preuve de la sauvegarde de l'Etat et de la légitimité de Hollande, poursuit notre servile commentateur Voix off, c'est que tout le monde s'est levé et a chanté la Marseillaise. Faux, seule Taubira ne la chanta point, comme d'hab, car elle est une fan de Benzema (certifié par moi au vu des images vues plusieurs fois).
Quoiqu'il en soit, la voix-off de l'Etat conclut sans fard : « Un an s'achève, il faudra s'habituer à ces scènes de guerre en ville » !? Ben mon colon... Et el matador Valls d'en rajouter une couche : « il y en aura d'autres...les français doivent vivre avec ». Ah bon, mourir dans la loterie des attentats ciblés pour pouvoir continuer à vendre des armes à l'Arabie Saoudite ou à Israël ? Jamais. Dernière petite note sentimentale et subjective pour ses maîtres, le Voix off termine par une pirouette enfantine et servile : « Hollande l'optimiste et Valls le pessimiste ». Deux fumistes de l'impérialisme patriotique et nationaliste oui.

LES VISAGES DE LA TERREUR

Le deuxième téléfilm reportage, quoiqu'il n'aborde pas vraiment les questions géopolitiques ni ne mette en cause la diversité ou l'ambiguïté des motivations politiques des tueurs, ni non plus le contenu clairement belliciste et éradicateur de l'islam, est très intéressant sous ses airs sociologiques et sur les trajectoires des tueurs, filmés, connus et répertoriés, mais qui sont carrément laissés libres de leur mouvement « au bénéfice du doute » (tradition démocratique); on les emprisonne, puis en les relâche ; les plus grands tueurs qui n'ont pas écopés de la peine de mort dans la rue, ne subissent que 5 à 6 années d'emprisonnement, puis peuvent reprendre du service après l'école islamisante de la prison.
Ce téléfilm est bizarre parce qu'il ne prend en compte que les tueurs de janvier et prétend, avec le sensationnalisme propre à ce genre de reportage ras du HLM, nous faire découvrir « ce qu'ils avaient dans la tête ». L'intérêt de s'attacher cette fois-ci aux basques des petits tueurs est très pervers car s'adressant à plusieurs publics, en laissant à fond de cave les manipulations et les commanditaires d'Etats masqués au profit de la théorie aléatoire du loup solitaire, reconfigurée pour l'heure (tardive) de cette deuxième partie, en bande solitaire ! Les frères Kouachi et leur pote Coulibaly, une bande de solitaires ! fallait l'entendre sur FR 3 !

Partant du louche mais convenable « ni rire ni pleurer mais comprendre » du célèbre philosophe batave et juif, l'explication sociologique fournie lourdement peut tout à fait faire passer nos petits tueurs de la « guerre révolutionnaire islamiste » pour des héros. L'émission peut faire pleurer le spectateur gentil mais en faire rire beaucoup d'autres, et pas précisément les amis de la république bourgeoise multiculturelle et islamophile. Mais pour des marxistes pas fossilisés, nombre des éléments de ce reportage, comme je vais le montrer, confirment que les petits tueurs ratés sont bien les produits de la société bourgeoise française et non pas de cet islam dont chacun sait désormais qu'il ne s'agit que d'un décor idéologique dont ils ne sont que la parodie superficielle et débile.

Beaucoup de tautologies typiques et simplistes des émissions de propagande d'Etat à la Hitler : « les tueurs avaient rejeté les valeurs de la nation avant de la rejeter » ; remplacez tueurs par communistes... Les mannes de Beauvoir et Sartre planent sur la pensée officielle : « que se passe-t-il dans les âmes glacées des terroristes ? » ; « on ne naît pas terroriste mais on le devient ».
Voici la jeunesse des frères Kouachi et le témoignage d'oncle Mohamed. Début des années 1990, à Paris de la place Stalingrad aux Buttes Chaumont c'est la fin de la convivialité prolétarienne, le quartier est miné par le trafic de drogue, quand les frérots Kouachi sont encore bambins. Ils sont rapidement orphelins du père puis de la mère. Fin 1994, tonton Mohamed, qui fait la prière cinq fois par jour, est en tôle pour délit mineur. Les gamins sont en fugue, puis vont se retrouver dans un foyer au fin fond du Limousin.

Excusez la digression suivante. L'état d'urgence (qui limite les dites libertés publiques) est considéré comme normal par la plupart des prolétaires – les sondages ont confirmé la popularité de notre « chef des armées » qui est passé maître dans l'art du pathos d'estrade - quand cet Etat urgentiste est dénoncé gentiment donc valorisé par les pitres écologiques qui veulent se faire passer pour subversifs avec leur réformisme radical et leur soutien à l'islamisme soft ; alors qu'il ne sert quasiment à rien quand la filière terroriste a été quasiment éliminée, et qu'il faudra certainement du temps pour que les obscurs commanditaires ne reconstituent d'autres équipes de tueurs drogués5, sujet esquivé par les deux téléfilms de la propagande commémorative. Effacer l'histoire en la refondant dans l'explication officielle réchauffée très peu de temps après alors que rien n'a été réglé, que l'ennemi n'est même pas clairement identifié, que tout reste flou en attendant les prochains massacres, que le principal des ministres répète sans cesse comme aussi inévitables que s'ils étaient déjà advenus. Substitution qui a pour but d'effacer comme le ramdam fait hier et avant-hier autour d'une cassette porno distribuée sur les réseaux sociaux non réservés à la masturbation universelle privée, tournée par deux types et une jeune femme qu'on dit violée – laisse au second plan le crime de Rouen très gênant concernant le poisseux débat sur la double nationalité. L'ougandais sans papier qui a étranglé le jeune couple après avoir violé la femme, était en instance d'expulsion mais le gouvernement ougandais n'en voulait pas. Que faire de ce tueur ? La solution sera trouvée par miss Taubira, il sera condamné en France et sera entretenu pendant des années aux frais de la princesse ; comme le tueur du petit Ilan et le gourou Djamel Berghal il pourra se recycler islamiste radical derrière les barreaux et prendre du service à la suite des « héros » du monde interlope les Merah et Coulibaly, une fois sa peine écourtée pour bonne conduite. Preuve de plus que la polémique sur la double nationalité est de la foutaise6 : les pays européens sont des vaches à lait qui n'ont pas le droit de fabriquer des apatrides, dit-on – ce que sont pourtant désormais la plupart des réfugiés qui fuient une guerre où tous les Etats sont partie prenante, poussés vers le nord de l'Europe par le très humanitaire Erdogan qui se vante d'avoir liquidés 3000 kurdes et ne bouge pas le petit doigt pour empêcher les noyades incessantes.

Je me permets de rappeler que, malgré les largesses d'estrade de la mer Merkel, obtenir la nationalité, même au grand nombre, est un véritable chantage et parcours du combattant ; aux Etats Unis c'est seulement après avoir endossé l'uniforme et être morts au combat contre Al Qaida que les mexicains pouvaient obtenir la « double » nationalité américaine à l'ère des Bush! Le véritable problème ne sera jamais attaqué à la racine : comment en finir définitivement avec les frontières et l'inégalité criante de répartition des richesses sur cette putain de terre de douleur. En outre le déplacement massif de populations effarées n'a rien à voir avec la théorie de la libre circulation des gauchistes complices mais signe la marche vers la guerre mondiale comme dans les années 1930, parce que le capitalisme est devenu ingérable, irresponsable tout en prétendant être humanitaire dans des situations qui empirent et sont sans solution ; un deuxième camp va être institutionnalisé à Calais, puis il y en aura un troisième puis un quatrième, comme dans n'importe quel pays du tiers-monde.
La gabegie bourgeoise se drape dans l'humanitaire, en accusant les prolétaires d'Europe d'indifférence criminelle, pour mieux voiler les causes de la misère, non seulement la guerre, qui n'est qu'une expression de la compétition économique, mais la marche à l'abîme du monde capitaliste dans une destructuration de tous les rapports humains. Avec cette prétendue lutte contre le terrorisme comme dans la porosité des frontières européennes - au contraire de celles des Etats Unis, de la Chine et de la Russie - les Etats européens sont débordés et prétendent « contrôler ». La bourgeoisie parvient encore à atténuer son impuissance au nom de l'anti-racisme et d'une ouverture « généreuse » des frontières grâce à cet antiracisme, philosophie officielle de l'Etat qui génère d'autant plus tous les racismes et ridiculise l'internationalisme communiste qui avait des visées « sans patrie ni frontières », quoique pas dans un monde en guerre et en vases communiquant de populations de toute façon considérées « en trop », même si Merkel prétend rajeunir les exploités en Allemagne et maîtriser le débordement des réfugiés. La vérité de la crise capitaliste ne sera pas une intégration des millions de réfugiés au travail – déjà rareté sociologique – mais la généralisation de camps de la misère comme en France, en attendant le big clash.

HELLO GRIGNY

Revenons à l'analyse sociologique au ras des pâquerettes de la banlieue apache, qui permet de dissoudre les responsabilités politiques de l'Etat bourgeois dans sa faconde de médecin urgentiste, dont P.Pelloux, le survivor de la bande à Charlie, a été l'illustration pleurnicharde.
Saïd l'aîné cherche déjà un « réconfort » dans le religion quand le benjamin Chérif est un bambaucheur de première. Simultanément, le cinéma de la chaîne de gauche gouvernementale permet le suspense, Coulibaly se fait les crocs à la célèbre Grande Borne de Grigny, où quelques années auparavant un architecte taré a inventé des cages à cailleras. La Grande Borne est légendaire : échec scolaire garanti, piège social assuré pour cinquante nationalités. Le commentateur est ici aussi sidérant de multiculturalité productrice de ghetto religieux ; il déplore : « les parents tentaient d'inculquer les valeurs musulmanes 7» ! Les pauvres, quoique Saïd en ait retenu quelque chose même sans parents. Plus saisissant on apprend que le père de Coulibaly a « fait le regroupement familial » (sic)... avec ses dix enfants ! Pas mal, surtout en milieu ouvrier ou, chez les parents évolués, on a compris depuis 1945 qu'une progéniture nombreuse était la meilleure source d'échec scolaire et social, puis de tremplin vers la marginalisation!

Tout s'accélère pour l'ado Coulibaly qui est « pris dans l'engrenage », comprenez : travailler c'est trop dur, cambrioler c'est plus excitant. Mais dérapage, cerné par les flics lui et son pote de l'époque, collègue de la cambriole, sont coincés. Le pote est tué. L'affaire est écrasée et la police des polices même pas consultée à l'époque mais grandes échauffourées à la Grande Borne, les premières de cette importance nous assure la voix off (icielle). La poésie entre par la fenêtre et fait rêver un instant les spectateurs des barres absurdes, la parole est à un avocat du verbe : « l'ordre politique affronte le sentiment d'injustice ». L'exclusion sociétale justifie tout. Nulle remontrance de la violence symbolique de nos « jeunes hommes » cambrioleurs – qui rimeraient presque avec gentleman cambrioleur -, la voix off a pris partie pour celui qui va pleurer son ami en purgeant un an et demi de tôle. Là on est presque tous avec Coulibaly et on aurait envie d'exprimer notre haine (gauchiste) du gouvernement ( raciste). Voix off nous apprend qu'il est naturel que ces jeunes veuillent être des stars, avoir de l'argent, « réussir notre vie quoi ». Sacrée conscience religieuse... du capitalisme. On en reparlera.

Miracle de la cinématographie gouvernementale, nous revoici avec les autres héros de l'histoire des loups solitaires en bande, les frères caïds. Chérif le benjamin est renvoyé de son école-club de foot. Humiliation. Exclusion quand tu nous tiens. Saïd l'aîné suivait une formation de cuisinier, mais travailler ne le branchait pas trop. Comme le confie son seul pote français de l'école : « il n'aimait pas les français » (curieuse contradiction que Voix off ne relève pas : Saïd n'était-il pas français lui-même? Il agitait le drapeau français lors du match houleux contre l'Algérie...). Le grand frérot tance sévèrement sa sœur de ne pas épouser un français. Que voilà un bon début de « radicalisation », je dirais même d'éradication racaille voire de répudiation de la communauté... gauloise.

Saïd part à Paris en 2000 et se met à porter la jupe et la barbe pendante et clairsemée8 (ce qui horripile tonton) ; il ne va pas tarder à s'attribuer un non de guerre islamiste. Il fréquente la bande de la Butte Chaumont où quelques-uns se vantent déjà du désir de mourir pour la terre d'islam, font des prières de rue à une dizaine et sont cornaqués par un jeune imam auto-proclamé, Farid qui laissera tomber tout cet attirail pour rentrer dans le rang quelques années plus tard comme infirmier rangé des kalachnikofs9.
Toujours pour s'adresser aux spectateurs gentils musulmans, Voix off va ensuite justifier la « radicalisation » des futurs tueurs en plaidant contre l'armada américaine lors de son invasion de l'Irak, images affreuses, Guantanamo, etc. Cette incursion superficielle pour « expliquer » le présumé romantisme révolutionnaire islamiste, fonderait les deux mamelles de la « radicalisation » : l'idée d'un complot contre les musulmans et une répression planétaire de ces mêmes mahométans. Ce n'est pas entièrement faux, et Olivier Roy, qui dit souvent des choses très intéressantes pour éclaircir les causes de ces embrigadements subits et suicidaires, en déduit que ces événements internationaux confirment l'exclusion sociale et que la « victimisation » (musulmane) fait son chemin ». Et après ? Reprenons le scénario.

Comme dans tout bon story-board, nous voici au milieu du film, au croisement de la rencontre des héros, ces humiliés et offensés dans leur désir de gloire et de fortune, dans un lieu très français et très protégé : la prison. C'est là que Saïd Kouachi rencontre le petit Coulibaly (qui est en effet très petit et complexé au point de s'être sculpté des muscles de taureau). Saïd s'est donc « endurci » en prison où il n'y a pas que les salles de gym qui endurcissent les muscles. Plusieurs images nous montrent un Coulibaly phénomène de foire médiatisable. Il aura même serré la main au blaireau Sarkozy lors d'une célébration des talents des cités, genre de cérémonie aussi utile à la diminution du chômage qu'une sex-tape à la carrière de Benzema. Le petit Coulibaly a réalisé un film clandestin sur la dureté et la saleté de la prison dont TF 1 ne voulut pas – probablement le meilleur reportage sur les conditions de détention en France - qui demeurera, si dieu le veut, surtout une référence intégrée dans la propaganda de Daech.
Saïd, une fois sorti de prison, reste dans son ghetto mental religieux, sa femme est voilée et son fils sera terroriste comme papa. Revoilà Olivier Roy qui nous explique doctement ce qu'il faut comprendre du mal absolu : « le salafisme coupe complètement de la société ». Pas leur religion en général car le salafisme n'est qu'une pustule sur le bout du nez ? Pas l'organisation de la ghettoïsation généralisée par le capitalisme ?
Roy résume la fixation sur le seul phénomène religieux radical en parlant de tentation identitaire accolée à un vernis de connaissances religieuses. En effet, il y a toujours des gourous pour combler l'ignorance des petits tueurs en stage d'apprentissage, orphelins de l'ascenseur social et admirateurs des milliardaires du foot ou des navets d'Hollywood. Ce sera Djamel Beghal, assigné dans un bled paumé du Cantal. Beghal, auréolé de sa légende de terroriste certifié10, apprend aux frangins Kouachi la charia, le mode de vie policée et les arcanes du complot mondial contre les musulmans. En prison ils trouvent enfin quelqu'un qui leur redonne l'estime de soi et au surplus une cause. Olivier Roy, sur son nuage hors du monde capitaliste, nous décrit la modernité des organismes de l'islamo-terrorisme, non seulement une grande capacité à utiliser de malins spécialistes de la communication informatique mais à intégrer des femmes à leurs délires ou celles-ci, même intégralement voilées (sauf les violées de guerre) sont de véritables passionarias11. On est subjugué par tant de sagacité. Mais Roy va plus loin encore dans la révélation : les salafico-terroristes c'est des faibles ! Cette version mature bourgeoise du traditionnel « c'est leur faute » qu'on crache à la gueule des échoués du système scolaire démocratique et républicain.
Rien ne change, déplore notre spécialiste, les gourous ne font que manipuler des gens faibles, qui cumulent une tronche d'adolescents et restent des ados attardés ; avec tout ce que signifie cet état : impulsivité, intolérance à la privation, volonté de puissance, désir de s'enrichir très vite, de dézinguer du français.

Enfin on comprend pourquoi une bande d'attardés scolaires a tué tant de gens innocents : la vengeance. Ce concept a quelque chose de rassurant, même les victimes peuvent le comprendre. Je suis un raté social donc je me venge en tuant à l'aveugle. Normal quoi. Rien à voir avec l'aimable communauté musulmane si pieuse et pacifique, ajoute notre poète de la sociologie apolitique ; rien ou presque, sauf que les enfants prodiges lui reprochent, à cette communauté de croyance soumise, d'être molle comme nous jeunes soixantehuitards avons reproché à nos parents de ne pas avoir été de vrais résistants au capitalisme, sauf que notre « radicalité » n'a jamais incliné en faveur d'un embrigadement « révolutionnaire » comme soldats du crime islamo-terroriste... qui ne s'en prend jamais aux capitalistes ni aux résidences secondaires des milliardaires saoudiens à Neuilly.

Suit une envolée lyrique où le poète sociologue nous instruit sur la conduite dite suicidaire des petits tueurs issus de la banlieue exclue : « la mort est pour eux une consécration ». Pas sûr. Nul doute que l'arriération religieuse ne laisse qu'un chapelet de prières pour tout paradis, mais le simplisme de ce poète esquive le fait que la plupart ont tenté de fuir après leurs forfaits criminels. La thèse du suicide émancipateur sert à prolonger le silence de l'Etat sur les nombreux blessés et les familles des tués qui n'ont tous qu'une volonté : en buter quelques uns pas seulement en Syrie mais leurs collègues entretenus en prison. Il esquive aussi, ce que confirment la plupart des rescapés : on avait affaire à des types drogués, insensible à la douleur inouïe de ces jeunes (comme eux) qui pleuraient, suppliaient. Roy parsème quelques vérités au milieu d'un discours focalisé sur de petits exécuteurs de basses besognes mais, curieusement autonomes sans lien direct avec les cinglés de Daech. Où se sont-ils procuré les armes ? En France, et c'est bien connu, pour trouver des armes il faut en acheter aux vieux grigous pétainistes ou aux derniers vieillards de l'OAS. Un héritier de cette mouvance fût arrêté, soupçonné d'avoir revendu des ferrailles à Coulibaly, puis on le relâcha et on n'en entendit plus parler. Résumé de la motivation des petits hommes de main sans uniforme visible, pas dignes d'être considérés comme des soldats puisqu'ils tuent lâchement des civils sans armes : « de petits paumés deviennent des héros en vengeant un musulman abstrait ».

Les péchés du Kapital...

Personne n'est capable subitement de lister les 7 péchés capitaux : l'Orgueil, l'Avarice, l'Envie, la Colère, La Luxure, la Gourmandise et la Paresse. Les 7 péchés capitaux sont immémoriaux et attribués communément à la « nature humaine » si imparfaite ou perfectible grâce à dieu, dont il n'est même pas sûr qu'une société communiste paradisiaque se débarrasse. A moins que la vengeance ne soit inclus dans le registre de la colère, plaçons la comme huitième péché du Kapital. Or la vengeance, qui reste de tout temps un plat qui se déguste froid, ne peut pas être un critère ni de justification sociale ni de compensation de la misère. Elle est surtout un critère de type religieux du genre « œil pour œil, dent pour dent » dans un conflit inter-individuel. On la trouve exhalée ou exaltée dans toutes les révolutions et parmi celles du mouvement ouvrier, sentiment compréhensible mais brut de fonderie, quand il n'est qu'un oxymore. Une société qui succède à une autre ne venge pas la précédente. Les critères de type moral ou psychologique n'expliquent pas l'histoire.
Posons la question autrement : de jeunes paumés ont la haine contre une société injuste – tout le deuxième reportage montre très bien en effet que ces paumés sont des produits ready made de la société bourgeoise française et pas de l'islam abstrait – mais qu'est-ce qui justifie qu'ils aient transmué leur vengeance ou mécontentement extrême en désir de meurtre de leurs semblables et non pas en conscience socialiste ou communiste de la nécessité non de tuer des gens qui pensent autrement ou qui ont un niveau de vie décent mais de détruire les institutions de l'injustice capitaliste ?
Certainement pas la charia moyenâgeuse ni une foi au paradis invraisemblable de béatitude stupide.

Tout est dit dans le deuxième reportage pourtant, à qui sait lire et comprendre sous le vernis du discours focalisé et focalisant sur le seul islam : on a affaire à de purs produits du capitalisme actuel et du cynisme généralisé avec ces jeux vidéo mis au point par les militaires américains, de petits arrivistes avides de gloire et de fric comme les vedettes du foot qu'ils envient ( péché notoire du Capital, nommé aussi jalousie)12. Il n'y a pas en ce sens de radicalisation mais cette bonne vieille aliénation qui a toujours caractérisé le lumpenprolétariat : refus du travail, jouissance immédiate, traiter les autres et celui qu'est pas de ma bande comme de la merde. Même la séduction de ces héros-racailles n'est pas nouvelle, ni islamique (l'islam n'a jamais rien inventé). Du seizième au dix neuvième siècle, en Angleterre , la punition sévère des malfrats et criminels avait la prétention d'être exemplaire ; en réalité elle en faisait des héros pour la working class. En France, Cartouche, truand minable et balance, comme Landru PN raffiné tueur de femmes, furent l'objet d'un culte comparable à celui de nos voyous milliardaires du foot. Hitler est toujours l'objet d'un culte que peut lui envier Mahomet, au point que (pour répondre à la demande) on republie son brouet imbitable Mein Kampf mais pas le Manifeste communiste.

Qu'une bande d'ados attardés (au visage d'enfant, dixit voix off) exécutent d'aussi sales et monstrueuses besognes ne peut nous enfermer dans la seule indignation pleurnicharde. Les clichés gagnant-gagnant de la propagande mensongère sont très bien résumés par le rabbin Cukierman aujourd'hui : « on ne peut pas laisser faire les fous d'Allah contre notre mode de vie avec cette barbarie moyenâgeuse ». A mon humble avis, téléphones portables et kalachnikovs n'ont rien de moyenâgeux, notre mode de survie n'est pas enviable et il n'y a pas vraiment de fous d'Allah (ce qui serait insulter icelui) mais surtout des mercenaires manipulés. Les hôtes préférés des médias passent leur temps de parole à dénoncer sentimentalement ou sociologiquement des crimes islamo-terroristes qui relèvent de politiques bellicistes encore très embrouillées et obscures qui dépassent les petits paumés exécutants, qui sont drogués comme l'étaient les kamikazes japonais, n'en déplaise à la presse et la police qui se mettent à le nier en période de commémoration ou comme par hasard on ne parle plus d'esprits faibles mais d'individus déterminés. A qui l'ont a fait bien trop d'honneur à les comparer aux brigades internationales dans l'Espagne de 1936. L'islamo-terrorisme n'est pas un projet de société mais un gimmick, une invention pour faire peur, un prétexte idéologique (en même temps totalement criminel) pour une guerre qui ne dit pas son nom, ni son moment de croissance.

Pour ne prendre que le terrorisme d'Etats faibles (dits Etats voyous), au cours des années 70 et 80, ce qui reste remarquable est : la seule manière de pouvoir se faire entendre du « village mondial » était de tuer le plus de gens possible. Ce terrorisme était au service de la cause nationaliste tiers-mondiste en façade, et en arrière-fond une bagarre entre les deux anciens blocs impérialistes. On ne s'interrogeait guère sur les motivations des tueurs à la Carlos. Ils étaient staliniens, un point c'est tout. On ne s'interroge pas pourquoi le tueur Carlos a mué de stalinien en islamiste convaincu.

Le stalinien terroriste pouvait faire passer ses crimes pour un noble combat d'une cause « patriotique » et « anticapitaliste ». La nouveauté et révélation de nos nouveaux tueurs de masse n'invoque même plus une noble cause car celle que ces demeurés invoquent – le djihad et la société voilée et sans auto-radio – est repoussante et synonyme de massacres perpétuels. Comme paradis le communisme faisait mieux.
Se vérifie donc une « progression » dans la barbarie du capitalisme. Nous ne sommes plus à Cordoue au temps de la « civilisation arabe », ni en voie d'être islamisés ou arabisés. Le terrorisme n'est qu'un prétexte - et une forme de mobilisation des populations prolétaires consternées et tétanisées - aux bagarres entre grandes puissances pour le contrôle géopolitique et géo-pétrolier du monde. L'islamo-terrorisme, comme son frère ennemi l'anti-terrorisme, servent à faire oublier les causes de la guerre et à éradiquer toute idée de lutter contre les guerres des capitalistes. Mieux encore ils servent à habituer les populations toutes catégories confondues à l'idée de la guerre en permanence et mieux encore à une guerre plus grande encore pour « en finir ». Les capitalistes ne sont pas suicidaires eux mais ne sont pas dérangés par le fait que leur système voue à l'assassinat de masse des civils que la loterie du système13 a programmé et accessoirement au suicide inévitable et guère déploré des petits paumés assassins.
Si le multiculturalisme et la morale antiraciste incessante dissolvent les classes, le terrorisme complète la dissolution en agrégeant un patriotisme ringard, toujours aussi puant, qui reste encore une potion peu magique, amère et contre-indiquée tant que le prolétariat est rongé par la déprime du doute sur la réalité du mal présumé qu'on lui agite chaque jour sous le nez.

LA SEULE COMPARAISON GENANTE AVEC LES 2 MASSACRES parisiens de 2015 est un certain 17 octobre 1961 !

On a comparé l'engagement islamiste à celui des brigades internationales, cocues de l'histoire avec la résistance en France, à l'embrigadement de paumés désoeuvrés dans les bandes islamo-terroristes. Etrange oubli de la période « terrorisante » de la guerre d'Algérie ! Est-ce pour éviter d'enrichir la propagande de daech, à laquelle hélas je vais inévitablement contribuer par devers moi. Hé hé les amis, il eût été bien plus éclairant de comparer avec la période de la fin de la guerre coloniale d'Algérie en France. J'ai relu l'ouvrage de Jean-Luc Einaudi – La bataille de Paris – pour comparer utilement. Comparons ensemble.

Les nationalistes algériens ne s'adressent pas à des petits voyous arrivistes ratés, mais à des prolétaires qui triment dur et vivent dans des conditions insalubres. Ils ne sont pas chômeurs mais généralement manœuvres dans le bâtiment. La plupart subissent une cotisation mensuelle forcée par le FLN : 3000 francs. Ils sont isolés dans leur bidonville. Leurs camarades de travail français ne les invitent pas chez eux. Les cotisations forcées sont la principale source de revenus des nationalistes qui s'adressent à ces prolétaires sous les termes de « nos frères musulmans ». Le terrorisme de masse est le fait de saint De Gaulle. Il y avait eu les milliers de massacrés à Madagascar en 1945, il y aura un millier de morts parmi les tunisiens le 26 juillet 1961 et bientôt un nombre inconnu d'algériens en plein Paris le 17 octobre 1961 sous le commandement du préfet nazi Papon14.

La lecture rétroactive par la bien-pensance de gauche caviar et du gauchisme bobo des meurtres policiers de prolétaires otages du FLN dans l'inévitable manif au casse pipe d'octobre 1961, oublie de rappeler que des dizaines de policiers en uniforme étaient abattus et que, par conséquent la plupart des « français » assistaient aux « ratonnades » dans l'indifférence. A un toubib qui lui pose la question – à quoi cela sert-il d'abattre un policier qui garde un édifice public ? - un des terroristes de l'époque répond : « c'est un salaud, un tortionnaire ». A ce même médecin qui lui rétorque que cela ne peut que monter encore plus l'opinion contre les nationalistes algériens, il répond qu'il s'en fout, qu'il veut incendier la France. Cette attitude provoque l'indignation jusque parmi les meilleurs « porteurs de valise » du FLN. A l'époque « l'opinion » et celle des policiers n'est pas pour une simple déchéance de la nationalité mais pour la peine de mort sans discussion et publiquement tous les musulmans étaient mis dans le même sac15. Les algériens pris dans les rafles sont systématiquement renvoyés en Algérie dans « leurs douars d'origine » mais plus souvent internés dans des camps. En 1961 Le Monde fait savoir le mécontentement de la population (on ne la formate pas encore avec les sondages) et de la police devant « la faiblesse des lois en matière de répression du terrorisme »16.
Au lendemain du massacre de la manifestation pacifique et sans armes, même pas un canif avant la découverte, tenue sous le boisseau, de nombreux cadavres dans la Seine, Jean Ferniot désapprouve la manifestation de la veille (remplacez De Gaulle par Hollande, FLN par Daech et OAS par Marine Le Pen, sans les gauchistes au rang d'extrémistes vu qu'ils se sont fondus dans la gauche caviar antiraciste, et vous aurez le même discours de l'élite d'aujourd'hui) : « En fin de compte, les manifestations parisiennes d'hier, et les raisons qui les ont provoquées, risquent de servir les extrémistes des deux camps. Pour le général De Gaulle, alors que l'OAS multiplie ses provocations et que le FLN étend le théâtre de la violence, le chemin est très étroit qui, pour mener à un règlement, doit éviter les écueils dressés par ses adversaires et, parfois, par des serviteurs trop zélés » (page 219). Ce n'est pourtant pas l'OAS qui a massacré le 17 octobre ni le FLN qui a tiré dans la foule des ouvriers endimanchés et mains nues !
Exemple pour des générations de journalistes soumis et suivistes, Jacques Fauvet nous révèle comment il a fait école jusqu'à nos jours : « Le FLN ne manquera pas d'exploiter les sanglants incidents de Paris (…) Pourtant il en porte la responsabilité puisque ici et là c'est le terrorisme musulman qui est à l'origine de ces drames (…) Les lâches attentats commis au hasard contre les agents de police ont amené à prendre des mesures, qui sont peut-être critiquables, mais qui visent à
assurer autant la sécurité des musulmans que celle des agents en évitant aux premiers d'être des victimes, comme cela est arrivé, de mitraillades de nuit » (page 220). Etrange qu'il ne nomme pas les auteurs des « mitraillades de nuit » ?

Le plus comique est l'appel aux français du FLN du 20 octobre avec des idées communistes (peut-être Daech va-t-l s'en inspirer après lecture de mon rappel : « fraterniser partout dans les usines, les chantiers, les quartiers, les universités, avec les travailleurs et tous les émigrés algériens » (…) annulation du couvre-feu raciste », assurant que jamais le FLN n'a exécuté un policier « uniquement parce qu'il est policier. Aucune exécution n'est ordonnée sans que le coupable ait été jugé criminel (sic »17.

Inutile d'étayer plus la comparaison. Même s'il existe des similitudes, la situation mondiale est totalement différente. Les libérations nationales, nécessaires certes comme étape historique, se sont révélées être de nouvelles supercheries d'un capital découpé en blocs mais aussi en multiples rivalités de ce qui fût appelé les pays non-alignés. Les pays dits libérés n'ont pas pu procéder à une industrialisation et à un développement d'un prolétariat laïc comme au XIX ème siècle en Europe.

Ce qui me frappe le plus chez le racketteur du FLN est qu'il a tout de même un projet politique concevable ( la mise à bas du colonialisme). Il se paie sur le dos des travailleurs qu'il est chargé de rançonner sinon torture ou peine capitale ; Einaudi ne parle pas des cadavres dans la Seine avant le 17 octobre et sans doute pas exécutés par la police ni de certains corps coulés dans le ciment de chantiers au bénéfice d'héritage pour un compatriote... Le racketteur du FLN dépend de la cotisation forcée de ces mêmes travailleurs. Nos petits paumés de l'islamo-terrorisme sont rétribués par un tas d'intermédiaires de l'Arabie Saoudite, de la Turquie, de l'Iran (bien avant-hier) et ne croient qu'au pognon ou à la possibilité de jouir de meurtres et de viols, comme tout guerrier sous uniforme.
Dans cette situation, a plusieurs tiroirs, cela peut durer longtemps comme le répète le premier des ministres donneur de leçon de patience et d'impuissance. Or, le terrorisme du tout début des sixties reste relativement limité en France et touche beaucoup plus d'uniformes que de civils, contrairement à aujourd'hui. Il va être rapidement dissous par deux actions. L'une, imparable de la partie immigrée de la classe ouvrière. Les racketteurs et exécuteurs de basse œuvre du FLN sont mis en garde par les moins fous d'entre eux. Comme la source de revenu principale est la cotis des travailleurs, il faut y aller mollo pour les attentats en France et les réduire sous peine de se retrouver au chômage, car, même encore dans cette période de contre-révolution et donc d'absence de soutien des prolétaires en général, les ouvriers immigrés en ont de plus en plus marre de cotiser pour des maquisards d'un pays qui ne va ni leur donner du boulot ni améliorer leur situation d'émigrés. L'autre action, celle de De Gaulle, sous pression américaine, parvenant à régler intelligemment la question algérienne. Probablement que la lenteur de la bourgeoisie française à décoloniser et ce massacre d'octobre 61 ont été au fondement du réveil de la classe ouvrière un certain mois de mai 68.
Sans préjuger d'un nouveau réveil, il est évident que seule la classe ouvrière pourra à nouveau mettre fin au terrorisme, non par les gesticulations de l'antiracisme, ni une collaboration avec la police elle même dépassée par le phénomène, mais en luttant vraiment contre la cause centrale : la guerre dont personne ne parle et qui finira par faire sortir les soumis « consumateurs » de leurs gonds.

La conclusion du téléfilm gouvernemental fait à nouveau dans le poétique tout public. A propos de « ces âmes perdues de la république en quête d'action », on finit en queue de poisson : « saurons-nous allumer les contre-feux de la culture, de l'histoire et de l'éducation » ;
La culture élitaire, l'histoire trafiquée et l'éducation excluante auraient-elles empêché l'arrivée d'Hitler au pouvoir ? Ou empêché la Seconde Guerre mondiale ? La lutte des classes qu'un patron reprochait la semaine dernière à Hollande de ne pas avoir éradiqué, aura-t-elle le dernier mot ?

1Je dis bien « pouvaient trouver leur interprétation », car autant on pouvait concevoir la légitimité des attentats du FLN pour libérer l'Algérie de l'occupation française, à une époque où les terroristes s'efforçaient encore de ne viser que les militaires du camp d'en face – où ceux-ci payaient de leur poche comme la plupart des ouvriers algériens racketté en métropole – autant les tueurs de l'islam dit radical ne sont que des mercenaires sans foi ni loi. J'y reviens ne conclusion.
2Qui passait ses journées cloîtré à mater des cassettes pornos comme la CIA nous en a « informé ».
3Le pouvoir de la bourgeoisie c'est de détenir l'exclusivité des leçons de morale et de la défense armée. L'effet est paralysant pour tout ennemi du système, surtout pour celui qui se qualifie de communiste. Mais pire inertie que dans les autres attentats de l'histoire du terrorisme moderne lorsque celui-ci ciblait des représentants politiques ou du personnel étatique en uniforme, on en est réduit à espérer que police et militaires finissent le travail sans pitié puisque le terrorisme ne fait plus la différence, à la façon des deux guerres mondiales contemporaines entre soldats et civils ! (j'y reviens sur la période des attentats FLN/OAS).


4Je me suis plu à imaginer comment le chef d'Etat Lénine aurait géré cette simultanéité. Je reconnais que ce n'est pas facile même avec l'ultra surveillance des services de l'Etat bourgeois moderne. Lénine eût une partie de la réponse minimale après les meurtres des cinglés anarchistes terroristes : razzia et pelotons d'exécution. Cela ne risque pas d'arriver avec nos Etats faibles non tant de leurs faiblesses (ils n'ont pas légitimité pour défendre l'humanité) mais parce qu'ils ont besoin du terrorisme et de l'entretenir pour nous conter la balance entre le bien et le mal.
5Ce mardi 5 janvier commémoration et poses de plaques de souvenir des crimes des 7 et 9 janvier 2015, les médias informent que les tueurs n'auraient pas été drogués à l'amphétamine captagon. Très douteux comme personne n'aura les moyens d'aller vérifier les 6 attentats déjoués dans l'année selon Cazeneuve. Plus on s'enfonce dans les détails et péripéties plus le pouvoir peut escamoter les nombreux dysfonctionnements (mais plus encore l'incurie policière et judiciaire dans la gestion de l'anti-terrorisme) qui ont envoyés au casse-pipe des gens comme le policier Brinsolaro comme s'en indigne encore sa femme. Et cette vérité élémentaire : nous ne sommes pas protégés par l'Etat et sa police ; leur fonction est surtout de protéger l'Etat des riches, et les riches en second lieu même si certains peuvent être victimes de balles perdues.
6Le cas d'un certain, mais pas improbable, Djamel Berghal est le plus significatif de cette foutaise (lire sa bio sur wikipédia).
7Les valeurs sociétales du type françaises cela fait réac, ou civiques c'est encore pire car c'est « se moquer des exclus ». Les femmes de terroristes enterrés à l'ombre de « l'islam radical » sont claires sous le voile : « on n'a qu'une loi à respecter, celle du coran ».
8Qui vous libère immédiatement une place assise lorsque vous entrez dans une rame de métro.
9Cet individu reste une énigme pour les médias qui se sont un temps inquiétés qu'un ancien « formateur » de nos petits assassins de 2015 ait pu demander à travailler à l'Assistance publique. Or il est du même type que les sergents recruteurs de tous les temps : envoyer les autres au casse-pipe et s'éloigner à petit pas.
10Voir sa bio édifiante sur wikipédia de la façon dont les services secrets et les magistrats peuvent être bluffés et la déchéance de nationalité tournée en dérision. Ce type, inspirateur d'un des plus grands crimes de masses commis en France ne purge que dix ans de taule dans une prison de province, nourri et logé aux frais du contribuable mécréant, même déchu d'un versant de sa double nationalité, et pourra « reprendre du service » à sa sortie, avec remise de peine s'il se tient bien sage.
11Comparaison outrancière avec Dolorès Ibarruri , dite la passionaria parce qu'elle squattait les micros anti-fascistes pendant que ses potes de parti zigouillaient opposants et anarchistes ; elle au moins n'était pas voilée ni investie de la folie d'Allah et de son petit télégraphiste.
12Tare perverse qui n'est pas l'expression d'un idéal élevé ou désintéressé mais – propre des PN – signifie : « tant mieux si je peux te tuer pour te piquer ton bien ».
13Le choix d'un vendredi 13 avril par les conseillers dans l'ombre des tueurs n'a pas fait matière à exégète, tout comme les inventions successives de Daech calculées pour être très choking par gradation avec un sens aigu du marketing terroriste : destruction de monuments antiques, filmage dans une cage du bien léché martyre du pilote libanais, égorgement d'otages par de véritables petits paumés européens, annonce de l'autorisation de prélèvement d'organes sur les otages, etc. Des finasseries de tortionnaire cartésien voire très … occidental, très « modernes » comme dirait le poète Olivier Roy !
14Ce zélé sous-fifre pétainiste et ami du jeune ministre Mitterrand, au service de De Gaulle comme à celui des « socialistes » Guy Mollet et Robert Lacoste en Algérie, est soucieux de fournir de la main d'oeuvre manquante en Allemagne pour l'organisation Todt et le grand chantier du mur de l'Atlantique, une sorte de mur contre envahisseurs américains... Il a obtenu in extremis une carte « d'ancien combattant volontaire de la résistance ». Il est coauteur de la création de la BAV – brigade des agressions et violences – qui succède à la brigade nord-africaine d'avant guerre connue pour avoir fourni de zélés exécuteurs de la Gestapo, du même type que nos petits paumés terroristes « qui ont réussi ...à tuer » mais sans avoir besoin d'argumentaire islamiste ou fasciste, c'était un bon gagne-pain et un moyen de spolier des victimes sans défense comme les juifs en 40 et les arabes après 45.
15Il y a des similitudes incontestables entre toutes les formes de terrorisme et la place de l'immigration : « Un brigadier a été tué en attendant l'autobus alors que c'était un gars connu comme n'ayant pas du tout de sentiments racistes, bien au contraire. Il a été abattu aveuglément (…) René Bellanger (secrétaire de la CFTC police) habite à Argenteuil. Le matin, quand il prend l'autobus en tenue, il est souvent le seul métropolitain parmi les travailleurs nord-africains ». (page 85).
16Roger Frey, ministre de l'Intérieur à l'époque tient un discours que Hollande n'a eu qu'à recopier en remplaçant FLN par Daech : « Ces derniers (les travailleurs musulmans et leurs familles) ont soif de paix et de tranquillité. J'ai pour eux la plus grande estime et aussi la plus grande pitié, car ils sont les victimes des exactions du FLN (…) L'essentiel est d'assainir le climat le plus vite possible et de prendre toutes les dispositions utiles pour que ne tombent plus, sous des coups meurtriers, les meilleurs fonctionnaires de police (…). Les travailleurs musulmans comprennent parfaitement la nécessité où je suis non pas seulement de protéger la police, mais encore de les protéger eux-mêmes contre le FLN. » (page 102).
17L'appel est lisible en page 270, c'est une maïeutique à la Tariq Ramadan, sous des airs pacifiques et « de classe » est défendu l'inadmissible crime terroriste aveugle.

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