"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

samedi 10 octobre 2015

DES ULTRA-GAUCHES ANARCHISTES CONTRE LA REVOLUTION RUSSE


Finalement il faut lire régulièrement le bulletin « Echanges » d'Henri Simon. C'est le seul endroit non sectaire où l'on est tenu au courant de ce qui se passe dans les milieux plus ou moins révolutionnaires prolétariens, maximalistes et néo-syndicaux. Je trouve en plus que HS vieillit bien, avec un sens critique toujours en éveil, sans jamais être agressif il porte souvent des jugements très justes et fins politiquement, du point de vue de classe. Quand il annonce la constitution d'un « front anticapitaliste » par les bouffons d'Alternative libertaire c'est pour noter finement l'alliance de « groupes réformateurs gauchistes » et le soutien aux mouvements nationalistes kurdes ou canaques. C'est en effet ce que je nomme réformisme radical pour le marais sous-politique, profondément suiviste de l'idéologie de la gauche bourgeoise, qui s'étend du gauchisme à l'anarchisme organisé.

C'est en lisant Echanges °150 que j'avais pris connaissance du revirement d'anciens ultra-léninistes, formés (en partie) jadis par le CCI d'un groupuscule à prétention mondialiste le GCI, à travers leur numéro (sic!) 66 (revue nommée Communisme, comme indication d'une croyance éternelle). Je n'ai lu finalement que la deuxième partie de « Le léninisme contre la révolution », que HS a intitulé « le léninisme contre le prolétariat » ; ce qui peut signifier la même chose, sauf que moi j'aurais titré : « le léninisme contre le parti ». Passons. N'ayant point trouvé le numéro en question dans mes librairies du quartier latin, j'ai fini par le pomper sur le web. Je dois des excuses à « Mouvement communiste », vieux frère du GCI, car ce n'est pas lui qui aurait ainsi remis en cause Octobre 17 (j'avais reproché à un de leurs membres ce soudain rejet de la révolution russe). Le GCI est une scission bordigo-léniniste du CCI en 1979, quand Mouvement communiste est une scission du GCI en 1988. Sur le GCI, un article de Révolution internationale de 2006 dit l'essentiel (A quoi sert le GCI?), sous ses airs anti-gauchistes et ce langage sermonneur de petits profs aigris, ce n'est qu'un groupuscule contre-révolutionnaire, plus proche du terrorisme idéologique stalinien que du marxisme révolutionnaire. Mouvement communiste est moins caricatural, avec des textes longuets mais argumentés et demeure plus bordigo-léniniste.
J'ai connu à peu près tous ces zigotos encore étudiants et apprentis militants et les voilà quasiment tous près de la retraite ou rangés des limousines bolcheviques. Plus ils vieillissent plus ils haussent, d'une voix chevrotante, une exigence communiste qui tient plus de l'incantation et de la redondance professorale que de la patiente et complexe lutte pour un monde débarrassé du capitalisme.
Le conseilliste (= syndicaliste radical) Henri Simon n'allait pas les louper. Il fournit un bon résumé qui vous évitera de vous farcir le galimatias de « l'organe en français du groupe communiste internationaliste » (HS se moque avec la rallonge). Résumé : dès l'insurrection le parti bolchevique est pourri, ses membres ne sont que des sociaux-démocrates en chapka équivalents à Ho Chi Minh, Hodja, Castro, Montseny (HS regrettant au passage que le « superléniniste Bordiga » ne soit pas fustigé lui aussi) ; les bolcheviques ont terrorisé le prolétariat tout comme ils ont soutenu parlementaristes et syndicalistes. Au lieu de se moquer de ce retournement anti-léniniste, assez primaire il faut le dire, HS ne peut que s'en féliciter : « Tous rappels utiles théoriquement et pratiquement pour la lutte de classes longtemps dévoyée par la social-démocratie et le léninisme, idéologies du dogme révélé opposé à la capacité des masses laborieuses à prendre en main leurs propres affaires ».

Bon j'ai dit que Henri Simon avait de beaux restes, mais pas qu'il n'était qu'un décomposé de l'idéologie anarchiste « laborieuse » du dix neuvième siècle, un fils bâtard du révisionniste Castoriadis, un héritier de la confusion politique moderniste de « Socialisme ou Barbarie ». Non je n'ai pas dit tout cela, mais je l'ajoute.

Non le pensum du GCIste-chef n'est pas utile ni théoriquement ni pratiquement à la lutte de classes et à la révolution. Quitte à parodier le Clemenceau de 1891, je réplique ici : la révolution russe est un bloc !

En janvier 1891, une pièce de Victorien Sardou, « Thermidor », représentée à la Comédie Française, est frappée d'interdiction (la censure des théâtres ne sera abolie qu'en 1907). Pour les radicaux, dominants dans le gouvernement Freycinet, Sardou n'y défend Danton que pour mieux attaquer la Convention et l'ensemble de la Révolution française. Clemenceau refuse de faire le tri entre « bons » et « mauvais » révolutionnaires. La Révolution française est un « bloc », qu'il faut accepter ou rejeter dans son intégralité, car le combat révolutionnaire continue. Le discours de Clemenceau marque l'entrée du terme bloc dans le discours politique : on parlera plus tard sous le gouvernement Waldeck-Rousseau (1899-1902) du « bloc des gauches » - la droite parlera des « blocards », mais le mot sera repris à droite (« le bloc national ») aux élections de 1919. Quant à la formule d'une Révolution « unie et indivisible », la plupart des républicains à l'époque auraient pu la faire leur.
Dix ans plus tard, Waldeck-Rousseau, républicain modéré, s'exprimait presque dans les mêmes termes, le 15 janvier 1901, à l'ouverture du débat sur l'autorisation des congrégations : « Il faut choisir : être avec la Révolution et son esprit ou avec la contre-révolution contre l'ordre public ».

LES NOUVEAUX CRITIQUES ULTRA-GAUCHES DE LA REVOLUTION RUSSE REJOIGNENT LES REVISIONNISTES DE LA REVOLUTION FRANCAISE


Avec la même absence de méthode, des mensonges à la stalinienne (ils gomment leur ultra-léninisme antérieur), ces cuistres qui se parent du titre de communistes purs s'alignent sur le plus plat renoncement à la politique et au respect de l'histoire réelle des révolutions par les gentils intellectuels vagabonds à la Henri Simon.
D'emblée la démarche apparaît infantile, petit juge de l'histoire le réacteur anonyme dénie toute action révolutionnaire aux bolcheviques, s'alignant sur la position des réfugiés blancs en France « Lénine et les autres, une bande de voyous et de bandits » (témoignage oral que j'ai entendu au Petit Clamart en 1970). A la poubelle l'héritage de la social-démocratie allemande, qui a constitué longtemps pourtant la colonne vertébrale du mouvement international du prolétariat !
Invention d'une notion éthérée et invisible de « minorités révolutionnaires », le pitre oublie que les premières minorités révolutionnaires étaient... les bolcheviques ! Et que la plupart le sont restés jusqu'à la mort sous la torture stalinienne.
Lourdingue sous ses radotages, le donneur de leçon articule son pensum autour des trois « positions de classe » que lui a (péniblement) appris le CCI : l'anti-parlementarisme, l'anti-syndicalisme, l'anti libérations nationales, et de broder sur la criminalisation bolchevique, les horribles compromissions diplomatiques surtout lorsque l'armée rouge est battue à plate couture... Le petit sergent chef du GCI eût fait le fier à bras face aux tanks teutons et réveillé la « guerre révolutionnaire » pour rester fidèle aux « idéaux internationalistes ».
Ce fantôme de « minorités révolutionnaires » est une reprise de l'anaphore à la F.Hollande, rhétorique creuse répétitive qui supplée à une argumentation réelle, sert de canevas à une série de dénonciations incantatoires débiles et puristes khmers rouges des différentes étapes où le parti bolcheviques a été acculé à une real politique d'Etat pas du tout prolétarien. La critique échevelée d'une expérience en cours, jamais égalée, de référence, est du même type que cet adolescent boutonneux qui, au coin de la rue, se vante auprès de ses potes d'avoir tout essayé.

Autre fantôme dans la description ensauvagée de bolchevique malfaisants « les secteurs révolutionnaires » : « Comme on le voit (sic), les secteurs révolutionnaires ont une conscience claire que Lénine et compagnie sont en train d'abandonner les positions élémentaires du prolétariat » ; passons sur le méprisable « positions élémentaires », mais je peux rappeler ici que la plupart de ces scissionnistes du CCI, et l'auteur de cet article infamant et ridicule, sont partis because ils n'avaient pas été nominés dans la haute hiérarchie du CCI, en s'inventant des désaccords bordigo-léninistes mais en partant avec les quelques « schémas de classe » pillés au CCI. J'imagine sans mal que ce genre de donneurs de leçons jaloux et aigris eussent pu très bien réclamer des postes élevés à la tchéka, ce qui fût le cas de nombreux anarchistes et mencheviques ! Et tirer dans le tas des « minorités révolutionnaires » et autres « secteurs révolutionnaires », sans peur et sans reproche...de classe !

Le léninisme « liquidateur de la rupture communiste » est en partie une galéjade qui se retourne contre les falsificateurs du GCI. L'invention du « léninisme », c'est au lendemain de la mort de Lénine, le fait de l'opportuniste Radek, ouvrant la voix au « marxisme-léninisme » cache-sexe du stalinisme. La culture de référence du contempteur d'hommes révolutionnaires courageux, et pas de pépère sur son clavier avec pour fusil virtuel gogol propaganda, est limitée aux pires plumitifs réactionnaires ultra-gauchistes révisionnistes à la Baynac (en note SVP).
Des encarts sensationnels plagient les formes propagandistes de la presse bourgeoise, mais d'une façon si simpliste et idiote qu'on hésite entre rire aux larmes et compassion. Avec « la persistance contre-révolutionnaire du léninisme », on apprend que le léninisme s'est répandu « hors des régimes marxistes-léninistes », qu'il est devenu « une véritable science de la manoeuvre », que Lénine « est l'auteur le plus lu de tous les temps » (si c'était vrai, tant mieux!) ; et enfin : « le triomphe de la contre-révolution léniniste a fait de cette science (sic) la forme la plus développée de domination des prolétaires ». Un curé, un imam ou un rejeton de la CIA peuvent ergoter cela, pas un auguste membre du parti mondial GCI ! Non, impossible ! Mais c'est écrit !

Quel est le mode de lutte du prolétariat derrière la mise à la poubelle de toute la révolution russe ? Après avoir fait la leçon aux milliers de « salauds » bolcheviques morts, fusillés et enterrés, que propose le GCI au « prolétariat élémentaire » ? Un nouveau parti bolchevique ? Non en effet il a commis l'erreur de s'identifier à l'Etat national dans l'échec international. Des conseils ouvriers ? Non, cela serait trop « conseilliste-anar ». Des grèves et des manifestations politiques de masse ? Non le parti bolchevique a commis l'erreur de ne pas rester une minorité révolutionnaire et de ne pas laisser les masses à la social-démocratie bourgeoise.
Non, rien de tout cela dans le capharnaüm d'un vomissement pathologique de la révolution russe, mais, discrètement, en note de bas de page 13, la vieille théorie stalino-gauchiste du terrorisme armé : « il faut au contraire le détruire (l'Etat national) et seul le prolétariat en arme peut développer cette action révolutionnaire ». Pas du tout ! La véritable lutte primordiale du prolétariat, comme disait Pannekoek, ne passe pas par la priorité à la lutte en arme, mais par la conscience et les assemblées de masse ! Et les problèmes pendant la révolution et dans le prolétariat ne peuvent plus se régler à coup de fusil et de terreur d'Etat, sinon adieu à jamais la révolution... prolétarienne.

Oui Kronstadt a été une tragédie condamnant la révolution en Russie à la régression contre-révolutionnaire, oui ils ont tirés sur les grévistes, mais parce qu'ils avaient la même croyance que les nains du GCI que la révolution pouvait progresser par les armes, même contre son propre camp et par cette hérésie anti-communiste, la guerre révolutionnaire.

Au début notre réacteur du GCI se situe du côté des russes blancs et à la fin il rejoint les crétins poseurs de bombes anarchistes et les critiques du même acabit de Brest-Litovsk.
De cette mixture de choses apprises au CCI et de mentalité révisionniste bourgeoise1, il ressort une tentative de s'annexer les opposants de gauche à Lénine et à Staline – je rappelle à son complice HS que c'est Bordiga qui a eu le culot le premier d'affronter Staline face à face dans le bureau central du parti ! Je rappelle que c'est tout l'honneur de Bordiga et de la Gauche italienne d'avoir persisté à défendre le combat de Lénine et de Trotsky, pas leurs erreurs.

Je regrette d'avoir qualifié en titre ces ultra-gauches décadents et néantissimes d'anarchistes, c'est leur faire trop d'honneur car je respecte les grands anarchistes du passé du mouvement ouvrier, le qualificatif est utilisé en fait pour l'absence de méthode et une dialectique de la haine.

Après avoir recopié à peu près toutes les infamies et interprétations mensongères des historiens bourgeois, l'auteur anonyme du GCI pourra être admis membre d'honneur de la CIA ou recevoir la légion d'honneur par le vice-chancelier Hollande, car il a trouvé la science infuse de la « mystification  léniniste » : le parti était une Eglise. Qu'en pensent les frères ennemis de « Mouvement communiste » ?

1Comme n'importe quel historien bourgeois superficiel, le réacteur anonyme (Ricardo, hi hi) du GCI fait de Lénine le père de tous les malheurs du XXe siècle : « Les nazis imiteront ses méthodes de mobilisation de masse et de propagande, ses camps de travail et de concentration, ses méthodes de terreur ». Cela fait beaucoup pour un seul homme, fut-il un théoricien de génie comparable à Marx.

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