"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 8 avril 2010



Les anti-parti à l’œuvre et ma rencontre extraordinaire avec Wladimir Lénine



Un rassemblement d’intellectuels redresseurs et reconstructeurs du CCI fait circuler un tract sur le web, rédigé au départ par la fraction dite interne du CCI, et qui prétend parler au nom du prolétariat mondial:



« L’austérité qui s’abat en Grèce est celle qui attend les travailleurs partout dans le monde. Partout, refusons de payer la crise du capitalisme !»




Sans analyse sérieuse de la situation en Grèce et en imaginant une classe ouvrière homogène, qui n’y existe pas, ces divers éléments, has been militants, ergoteurs modernistes et intellectuels en cavale, nous font le coup du discours maximaliste tous azimuts (une sorte d’OPA façon NPA pour ultra-gauchistes ringards) pour séduire (éventuellement) les larges masses d’opprimés qui attendent la bonne parole d’un cartel d’intellectuels hétéroclites pour se lancer dans la grande aventure révolutionnaire. C’est le même bla-bla anti-tout que leur avait appris le CCI il y a trois ou quatre décennies et qui ne leur sert qu’à se donner bonne conscience.


Certes gauche et syndicats sont définitivement pourris, mais qui en doute désormais ? Pourquoi le ressasser ? Tout le prolétariat, et une partie des couches moyennes, veulent bien en finir avec le capitalisme, mais qui va répondre présent pour aller le premier au casse-pipe. La société est hyper fliquée, la moindre manif syndicale est filmée sous toutes ses coutures, une manif de soutien aux prisonniers de la Santé la semaine dernière comprenant une centaine de personnes a vu la mise en garde à vue de tous ces manifestants…


Tous les membres du cartel IPPI et leur assistance hétéroclite peuvent se retrouver en GAV lors de leur prochain conclave à Paris au mois de mai si un passant téléphone au commissariat en révélant qu’un des présents à susurré « crotte à la police » ; et pas un ouvrier ne viendra protester pour qu’on les relâche immédiatement.



On n’est pas grand-chose sous l’Etat policier, mais nos intellectuels sur le retour veulent sans doute faire croire que la classe ouvrière va incessamment montrer ses biscotos et faire fuir les cow-boys armés du gouvernement avec ce bla-bla ressassé mille fois, complètement décalé avec l’atomisation que subissent les prolétaires :


« Seule une prise en main des luttes par la classe ouvrière elle-même et une extension à tous les secteurs pourraient créer un rapport de force en mesure de faire reculer la bourgeoisie et ouvrir une autre perspective. Cette solidarité, les ouvriers ne peuvent la construire qu’en prenant confiance en eux-mêmes à partir du développement de leurs propres luttes et au moyen de leurs propres formes d’organisation (assemblées générales, délégués élus et révocables…), et non en les laissant dans les mains des syndicats et des organisations traditionnelles de gauche ».


Ce bla-bla, tant radoté depuis 40 ans, qui imagine une classe ouvrière pure, grévicultrice, soumise aux mêmes iniquités dans tous ses secteurs (jamais précisés…) présumée touchée de la même façon par le chômage, n’est pas simplement une messe imbécile qui fait rire les bourgeois eux-mêmes, mais finit par être un boniment du même acabit que les surenchères sociales gauchistes. En plus hypocrite puisque les syndicalistes gauchistes sont montrés du doigt comme incrédibles et qu’ils sont incrédibles de toute façon. Et très hypocrite parce qu’on s’adresse « à la classe ouvrière » comme si « on » était un parti, que l’on n’est point puisque la plupart de ces individus ont été exclus du prétendu squelette de parti (le CCI) ou l’ont quitté face à sa régression sectaire, mais tous pour des raisons différentes. Comme si « on » avait gardé la même conviction classique que la classe ouvrière est destinée à renverser le monde bourgeois alors qu’ « on » a autant d’avis sur la classe ouvrière, sa composition et son mouvement que, par exemple, des profs sur les classes qui composent leur lycée ou leur collège.


Que c’est archi hypocrite de donner des conseils sans en avoir l’air à ces « ouvriers » (le secteur enseignant disparaît tout à coup du raisonnement…) de « prendre confiance en eux », comme on le dit aux enfants, comme on leur dit qu’en marchant ils apprendront à marcher.


Que c’est nullard ce bla-bla de notre quarteron d’intellectuels éclectiques lorsqu’ « on » transmue du simple conseiller au « nous », et qu’ « on » devient ainsi le porte-parole de « la classe ouvrière » invitée à se pencher sur le labo grec :


« Pour porter nos luttes à la hauteur des enjeux actuels, il nous faut tirer les leçons de ce qui se passe en Grèce et, à notre tour, engager la résistance dans tous les pays face aux mesures de plus en plus dures que la bourgeoisie et ses États nous portent. Les obstacles et illusions rencontrés par les travailleurs en Grèce, nous les rencontrerons tous car nos ennemis sont les mêmes partout, quels que soient les pays ou la couleur politique de droite ou de gauche dont ils se réclament. Seule une mobilisation sociale massive peut offrir une perspective d’avenir, et cette mobilisation doit être à la hauteur pour répondre à la brutalité exercée par les dominants : c’est la seule « éthique » à laquelle ceux-ci sont vraiment sensibles ».


Et tic tac, la bombe révolutionnaire prolétarienne est amorcée ! Une poignée de has been révolutionnaires rangés des voitures - colporteurs de la lutte finale à la suite des nombreuses luttes insurrectionnelles qui n’ont pas eu lieu depuis l’an 2000 mais spécialistes des colloques semestriels en communisation et analyses sociologiques – qui tiendraient dans la moitié d’un bus de la RATP non incendié – « nous » appellent à la révolution MAXIMALE. Maintenant ou jamais :


« Les luttes des travailleurs en Grèce inaugurent la résistance aux ravages sociaux causés par la dernière crise du capitalisme mondial. La question est posée en Grèce, mais la réponse ne peut être donnée qu’au niveau international. Dès lors, un seul mot d’ordre s’impose : extension des luttes partout dans le monde contre l’austérité tout azimut ! Prolétaires du monde entier, tous unis dans la lutte contre les mesures du capitalisme international. Pour vaincre, imposons un rapport de force au-delà des frontières nationales. C'est ainsi que nous pourrons prendre conscience (sic) que le capitalisme est un système en faillite, qu'il n'a plus rien d’autre à offrir à l’humanité qu’encore plus de misère et de destructions. Bref, qu’il est temps de le mettre à bas et construire un autre monde mettant fin aux millénaires d’exploitation de l’homme par l’homme ».



Bien, bien, et pourquoi on ne nous dit pas le nom que pourrait prendre cet « autre monde mettant fin aux millénaires d’exploitation » ? C’est le projet communiste (classique et lavé de tout stalinisme) n’est-ce pas ? Mais pourquoi ne le dites-vous pas ?



C’est signé par les « révolutionnaires » suivants :



-Perspective Internationaliste : http://internationalist-perspective.org/PI/[1]


- Forum pour la Gauche Communiste Internationaliste - Controverses : http://www.leftcommunism.org/[2]


- Le Cercle de Paris : http://cercledeparis.free.fr/


- La majorité de la Fraction Interne du Courant Communiste International : www.bulletincommuniste.org/


- Tumulto : www.tumulto.org/Bienvenue.html



Un autre monde n’est pas seulement possible mais nécessaire si l’humanité veut survivre. Pour accomplir cela, les révolutionnaires dispersés – en tant que minorités – doivent faire l’effort de se rencontrer. Toute l’histoire du mouvement révolutionnaire témoigne de cette renaissance à chaque époque du besoin de se rencontrer, de mettre les énergies en commun. Les dominants, les ennemis du prolétariat, sont puissamment organisés et nous devons l’être aussi.


Or il y a deux types d’organisations : celle des minorités révolutionnaires qui ne vont pas racontant qu’elles auraient des illusions sur le capitalisme ou attendraient des luttes qu’elles leur expliquent qu’il est en faillite comme le tract imbécile ; cette organisation de révolutionnaire est politique et minoritaire. Il ne faut pas se voiler la face, aucun réel parti n’a été constitué avant toutes les révolutions. Les partis politiques se construisent réellement dans le flux des événements, malgré toutes les affabulations des volontaristes qui refont l’histoire à chaque fois.


L’organisation dont se dotent les prolétaires en révolution n’a pas besoin des conseils d’intellectuels observateurs de la lutte des classes ni de « consignes » en kit sur la façon dont elle doit fonctionner. A chaque fois, dans les grandes confrontations où les ouvriers étaient devant, et jamais dans les grèves locales syndicales, la voie de l’organisation indépendante est retrouvée, même avec tâtonnements et faiblesses.


Le besoin d’organisation politique séparée, qui ne joue ni au « on » ni au « nous » hypocrite a été mis en évidence au début du siècle dernier par un théoricien qui n’a pas encore été enterré décemment, Wladimir Lénine. Les turpitudes de l’échec en Russie et dans le monde, comme le stalinisme ne peuvent lui être reproché (contrairement à ce que pensent une bonne partie de nos « conseillistes » intellectuels du cartel icelui). Ce besoin d’organisation Lénine ne l’a pas inventé, il court tout au long du mouvement ouvrier et révolutionnaire.


A quoi cette organisation devait ressembler varia grandement d’une période à une autre, le mythique « parti léniniste » n’exista pas et n’existera jamais. L’œuvre de Lénine n’est pas un ensemble de livres de recettes. Le meilleur des révolutionnaires n’est pas celui qui cite continuellement Lénine quand le plus bête des « conseilleurs » est un parfait crétin de rejeter tout Lénine. Réfléchir sur l’expérience des bolcheviques, non sur ce qu’ils n’ont pu accomplir mais sur le point de départ de leur combat peut nous aider à comprendre les bonnes méthodes pour aujourd’hui, et ainsi rendre plus facile pour nous de comprendre les tactiques qui sont dépassées.


Parmi celle-ci, le courant maximaliste émietté, continue, comme la maison mère le CCI décadent, à s’imaginer que de la généralisation des grèves (qualifiées de luttes pour faire moins trade-unionistes) sortira la « grève de masse », la « confiance en elle » de la classe ouvrière et le tapis rouge pour la voie royale vers la société « débarrassée des millénaires d’exploitation » !


Ces maximalistes de la phrase sont comparables, toute proportion gardée aux populistes russes (narodniks), groupes de jeunes étudiants et d’intellectuels qui croyaient qu’ils avaient pour mission de libérer les paysans opprimés. Leurs méthodes impliquaient souvent des attentats à la bombe et des assassinats. Ils faisaient preuve d’un énorme courage mais eurent peu d’impact. Nos maximalistes de la phrase sont par contre, eux, résolument anti-terroristes, je dirai même frileusement anti-terroristes, au point qu’ils veillent à ce qu’une tâche d’encre ne risque pas de tuer une mouche. Deuxième différence, ils sont vieux et n’ont aucunement ce dynamisme qui caractérisa les jeunes agitateurs bolcheviks autrement sérieux que les terroristes noirs. Mais le comportement de nos vieux machins, résidus de l’ultra-gauche marxiste décomposée des seventies, laisse poindre une gériatrique mission de libérer « la classe ouvrière », vague notion qui s’étend pour certains des mecs de leur boite à l’humanité entière, sauf les gouvernants et les flics, pour les autres.


Les premiers tracts de Lénine étaient écrits à la main – aujourd’hui il suffit de cliquer sur un bouton pour envoyer les idées voler à travers le globe. A partir de leurs petits sites nos petits maximalistes de la phrase s’imaginent lancer au monde entier des bombes théoriques qui « réveilleront » les masses prolétariennes. Dans la nasse d’internet.


MA RENCONTRE EXTRAORDINAIRE AVEC LENINE


A peine de retour d’Athènes, j’avais pris l’avion pour Moscou afin d’aller visiter le musée militant des vieilles ronéos et du matériel de propagande bolchevique comme j’en avais toujours rêvé, du fait de mon passé d’activiste. Au coin de la rue Pouchkine et Robespierre je tombai nez à nez avec… Lénine en chair et en os, toujours aussi dégarni et mal fringué. Il n’avait pas fini d’ôter ses bandages, et de se parfumer à l’eau de Cologne pour éloigner 80 ans d’odeur de naphtaline. Je crois qu’il venait juste de sortir à la dérobée de son mausolée. Je pensais intuitivement qu’il trouvait l’esplanade de la place rouge toujours aussi belle, mais les intellectuels reconstructeurs de parti fictif toujours aussi crétins et impuissants. Il attaqua immédiatement comme s’il avait deviné ma pensée.


« Mon pauvre ami, les révolutionnaires en 2010 ne peuvent plus se faire d’illusion sur le fait d’être là où sont les travailleurs. De mon temps, au début des années 1890 il y avait de petits cercles d’étude de travailleurs intellectuels, des individus déterminés à la poursuite du savoir, mais éloignés de leurs collègues travailleurs. J’avais argumenté en disant que les socialistes (nous nous appelions ainsi et pas encore communistes) devaient s’engager dans des luttes réelles à propos des salaires et des conditions de travail par exemple, aussi limité que cela pouvait paraître. Au cours de nos premières activités à St Pétersbourg dans les années 1890, j’avais défendu l’idée que le travail important c’était d’entraîner les militants à être des agitateurs dans les usines. Moi-même, pourtant avocat de formation, je m’étais livré à une étude des conditions de travail dans les usines et comment produire au mieux les tracts destinés à y circuler. Mais franchement, aujourd’hui, dans les conditions qui sont les vôtres, mes pauvres amis, il n’y a que dalle à faire circuler dans les usines. Il ne se passe rien dans les entreprises où les ouvriers et les employés ne discutent que de conneries. Les enseignants se prennent toujours pour l’élite et génèrent une foule de militants intellectuels pour les partis de tout acabit, ils font des assocs, des collocs et des cinoques. Ils ont été augmentés dernièrement par votre Sarkozy, et ils se plaignent encore de ne pas être assez protégés par la police contre ces crétins d’inférieurs scolarisés qui ne veulent rien apprendre. Examinez plutôt ce qui se passe dans les quartiers ouvriers et dans la rue. Les abus de pouvoir de votre police, son impunité, son addiction à l'arrestation d'enfants et d'adolescents, sont en train de favoriser comme jamais la future insurrection qui ne sera pas simple émeute nanarchiste comme celle des rigolos de Tarnac. La répression aveugle et ses meurtres déguisés au profit des riches sont des ferments de conscience pour le prolétariat autrement subversifs que toutes vos grèves locales même assorties de bouteilles de gaz.

J’aurais bien eu envie de réécrire mon ouvrage de 1902 et de le titrer « Que ne pas faire ? » mais le titre a déjà été repris par un ancien révolutionnaire devenu informaticien pour enfants, Raoul Victor d'un cercle de déclassés de Paris qui ne produit rien. Mon « Que faire ? », assez usiniste, est évidemment dépassé, mais je n’avais jamais prétendu en faire un livre de recettes, j’en laisse l’utilisation bigote à ces pauvres trotskiens. Je maintiens évidemment les principes établis les plus clairement dans mon vieil ouvrage, et surtout ceux que mes faux fidèles oublient comme par hasard. Je ne renie en rien la phrase suivante : « Le syndicalisme est l'asservissement idéologique des travailleurs par la bourgeoisie ». C’était déjà une vision profondément prémonitoire sur le fait que les révolutionnaires au XXIe siècle devraient se démarquer de la conception étroite d'une lutte de classe présupposée partir du lieu d'exploitation. C'est-à-dire, car vous savez que j’aime être percutant pour préciser ma pensée, que l'action ne se situe plus au niveau des boites, dans l’attente des grèves ; je reconnais que j’ai dit une connerie en affirmant que toute grève était l’hydre de la révolution. Bon, syndicats ou activistes maximalistes ouvriéristes peuvent toujours lutter pour ceci ou cela, limiter le nombre de suicides en entreprise, ou améliorer les conditions de l’attribution des primes. Mais cela ne me dérange ni ne me concerne. Je n’ai jamais pris les ouvriers pour des crétins simplement déterminés dans leur conscience par les questions économiques. La dynamique révolutionnaire n'est pas liée en soi aux revendications immédiates. Quand la pauvreté explose on ne va pas demander des hausses de salaires, on va poser directement les questions au niveau politique. Vous aurez besoin dans discuter physiquement tous dans des AG de quartiers par derrière vos claviers d'ordinateur qui sont un leurre de communication.

A mon époque je crois que finalement j’ai eu bien raison de dire aux ouvriers, plus visibles alors, qu’il fallait leur apporter la conscience de l’extérieur. Dans votre monde actuel, ce dedans et dehors n’existent plus, la conscience vient de l’intérieur d’un monde ravagé, et certainement plus à partir de l’échec scolaire des enfants vers l’incertitude de l’emploi des parents que l’inverse, mais le va et vient est incessant de cet échec à l'autre, convenez-en. La conscience ne se forge plus dans l'usine mais dans le "village mondial" du prolétariat universel: les exactions des flics, les actions terroristes déguisées des grandes puissances contre la population civile et l'arrogance des politiciens de toutes couleurs sont des éléments de révolte bien plus édifiants que les cathédrales du Moyen âge. Chez nous, en Russie tsariste, la révolution n’a pas démarré par une grève générale pour de meilleurs salaires mais par un mouvement des femmes contre la guerre, contre la misère et qui a provoqué peu à peu une paralysie générale que je n’assimile même pas à ce stupide fantasme anarchiste de grève générale, car on a continué à faire fonctionner les industries vitales comme on devra le faire dans ce monde-ci la prochaine fois.


J’avais défendu, bien solitaire, des années avant la révolution que le rôle du parti était de se battre pour le socialisme pas pour des augmentations de salaires ou « faire reculer la bourgeoisie » (comme ils disent vos has been du CCI), et la lutte élémentaire quotidienne reste un moyen limité pour une fin limitée, qui n’élève pas à la conscience d’être une classe, qui limite dans le corporatisme, et qui est encore moins une fin en soi qu’à la fin du XIXe siècle.


A chaque époque, les idées révolutionnaires ne se développent pas automatiquement. Les principaux penseurs marxistes, de Marx et Engels à Lénine moi-même, nous n’étions pas des prolétaires. Les travailleurs industriels, peinant au travail parfois jusqu’à 11 heures par jour, avaient rarement le loisir de lire, sans parler d’écrire, alors on leur apportait des livres « de l’extérieur », de la « littérature » comme on disait à l’époque. Maintenant vos ouvriers et employés ont tout le loisir, grâce aux comités d’entreprises CGT ou aux syndicats enseignants d’obtenir de la lecture, mais ils ne veulent plus lire même à l’extérieur de l’entreprise. Evidemment je pense que la réflexion des prolétaires trouve toujours des canaux par où s’exprimer, même sur internet, et qu’il va en apparaître dans la période qui vient, mais rien ne remplace les discussions de rue, je veux dire l'occupation d'amphithéâtre ou de cinémas pour débattre en tant que prolétaires, en expulsant les phraseurs petits bourgeois ou toute notoriété socialisante qui voudrait y pointer son nez.

Cependant, attention... par contre l’initiative de ce cartel d’intellectuels maximalistes de la phrase (comme tu le dis si bien camarade Jean-Louis, mais en me recopiant) – même si ce ne sont que de doux discoureurs sans couilles – est un signe qu’il va se passer quelque chose sous peu dans votre société actuelle. Des grèves sérieuses manifestent quand même un peu partout qu'on ne peut plus négocier avec un capitalisme en faillite. Les soubresauts des has been d'un militantisme néo-prolétarien ne sont qu’un des épiphénomènes de l'ébranlement souterrain d'une société sans rêves et sans espoir mais je sens qu’il peut se produire quelque chose de plus qui va libérer les énergies depuis trop longtemps contraintes, un peu comme votre gentil mai 68, qui n’était pas parti des usines ni de revendications "unifiantes" comme l’imaginent vos constructeurs de pieux adages néo-syndicalistes, les Bogdanov de la fraction du vestiaire; mais de la répression policière inouïe contre les jeunes et les "passants"(nommés "badauds complices" à l'époque).

Vous vous rappelez certainement par ailleurs qu’un aspect central de l’esprit de parti et de regroupement je l’avais établi, dans la section finale de mon Que faire ?, en appelant à la mise en place d’un journal pour couvrir toute la Russie de l’influence socialiste et non pas de billevesées sur l’extension des luttes ou la prise en mains par les ouvriers des AG. Je pensais vous reproposer la même chose, mais pour deux raisons évidentes, j’ai fait immédiatement marche arrière :


- d’abord ce journal existe déjà nationalement depuis au moins un demi-siècle, c’est Révolution Internationale, et il est si insipide et produit d’une secte autiste que je déconseille à quiconque de perdre son temps à le lire ; un cercle bordiguiste publie Le Prolétaire, qui ne vaut guère mieux du point de vue du contenu qui n’est que la reproduction des délires d’un auteur oublié quoique plein d’humour rital, un certain Bordiga, que je croisais régulièrement dans les couloirs de l’I.C.


- ensuite les prolétaires ne lisent plus la presse, et si une partie déplorable se contente encore de la télé, un nombre non négligeable fréquente internet. Cet instrument est intéressant mais fragile. A tout moment, comme c’est le cas à l’heure actuelle pour le site « Vive la révolution », les autorités de l’ombre coupent le cordon. J’encourage les révolutionnaires amateurs de votre époque à l’utiliser évidemment tant que cela sera possible, mais ne négligez pas l’usage du tract classique et d’un deuxième téléphone portable à un autre nom que le vôtre pour échapper aux surveillances para-policières de la vache noire (F.télécom Arcueil).


Ne vous faites pas d’illusion, aspirants reconstructeurs du parti mondial, rien ne sera facile. Ni internet ni un nouveau journal "étincelant" ne pourront être l’organisateur collectif dont a besoin le prolétariat. Un tel outil nécessiterait que les « réseaux policiers et syndicaux » soient sourds, aveugles et bêtes. La vie politique et active de partis révolutionnaires dépend malheureusement plus qu’à mon époque de la déstabilisation par des circonstances encore utopiques à préciser, des incroyables et totalitaires moyens de surveillance d’une société policée à l’extrême. Société dans laquelle on ne peut plus dire aussi naïvement que notre ami Karl Marx que la lutte des classes doit se dérouler intégralement à la lumière du jour.


Je maintiens que le véritable parti révolutionnaire ne peut pas être ouvert à n’importe qui, au premier sympathisant venu de manière générale avec ses approximations, mais devra être une organisation de révolutionnaires amateurs, toujours prêts à refuser la professionnalisation de la politique, et acharnés à l’éliminer de la vie publique après la destruction de l’Etat bourgeois. D’ailleurs, comme je l’ai fait remarquer discrètement sous la dictature autocratique du tsar, sous les conditions répressives existant actuellement en Europe et en Russie, une « organisation de travailleurs large… supposée plus ‘accessible’ aux masses » rendrait en fait encore « les révolutionnaires plus accessibles à la police », et à la pire de toutes les polices, la police de secte.


Enfin, contrairement au mythe du parti bolchevique invariant, nous avons connu des réunifications successives, des échecs puis d’autres réunifications. Malheureusement votre CCI n’est pas le parti bolchevique, et François n’est pas Trotsky. Les diverses scissions ou expulsions du CCI ne contiennent aucune dynamique révolutionnaire, et n’ont même pas la potentialité qui a été celle, quoique brève, du milieu qui entourait le cercle intellectuel « Socialisme ou Barbarie » à la veille de mai 68, car en vérité, sous des litanies de type trade-unionistes ou des envolées lyriques en faveur de la fin de l’exploitation millénaire, ils ne croient plus en rien. Mais attendent le Messie, ce prolétariat pur qui n'existera jamais ».

Ainsi m’avait parlé Lénine, lors de mon deuxième voyage à Moscou. De nombreuses questions restaient accrochées à mes lèvres. J’étais troublé d’autant de nihilisme de la part de ce Lazare marxiste, car je reste convaincu qu’il restera bien quelques vieux chaouis utilisables pour la résurgence révolutionnaire, tous les intellectuels ne sont pas pourris quand ils échappent à leur confrérie. Aussi je décidai, une fois rentré à Paris, d’aller traîner vers l’hôpital Tenon pour voir si le corps de Marc Chirik confié à la science n’avait pas laissé disséquer son âme.


A suivre…












[1] P.I. fait suivre le courrier suivant : Comme nous nous le soutenons dans notre Appel, il importe au milieu révolutionnaire de se rencontrer, d’entamer des discussions afin de pouvoir approfondir les diverses analyses qui se développent. Des rencontres se sont effectivement déroulées. Des initiatives communes ont été prises. Mais peut-on affirmer que le climat au sein du milieu révolutionnaire ait changé ? Comment poursuivre ? Faut-il poursuivre ? Il nous semble opportun de tenter de faire le point afin d’appréhender les éléments positifs qui se dégagent de l’initiative prise l’année dernière.


Nous vous convions à la réunion de réflexion qui se déroulera le samedi 22 mai à Paris.



Cette réunion se déroulera à l’AGECA, 177, rue de Charonne, Paris 11ème


A 15 heures, le samedi 22 mai 2010.




[2] Controverses signale aussi sa propre réunion : Le 1er mai 2010


Controverses & Perspective Internationaliste tiendront un stand lors de la fête du 1er mai à Bruxelles :14h00 à 18h00, Place Rouppe, 1000 Bruxelles, Belgique & en soirée Controverses organise une réunion publique sur le sujet :Le réel cheminement du


rapport de force entre les classes


1er mai, à 18 h 30 La maison Arc-en-Ciel - Salle 1


Rue du Marché au Charbon 42 - 1000 Bruxelles, BG


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