"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 5 avril 2010





Veuves noires à Moscou (suite)


CES ATTENTATS ON POUVAIT S’Y ATTENDRE…



Bon ce matin, le prolétariat universel se réveille de bonne humeur… ouf… une centaine de mineurs chinois ont été sauvés. Mais l’ogre capitaliste ne se nourrit pas que des accidents du travail. Le Nouvel Obs confirme toutes les inquiétantes suppositions que nous avions déduites du dernier crime terroriste à Moscou. Imputés aux rebelles islamistes du Caucase, les attentats dans la capitale russe pourraient profiter aux partisans de la manière forte proches de Poutinepar Gaïdz Minassian (chercheur, spécialiste du Caucase).



Le Nouvel Observateur. - Certains disent que ces attentats ont probablement été organisés ou « contrôlés » par certaines branches du pouvoir russe. Cette hypothèse vous paraît-elle farfelue?


Gaïdz Minassian. - Non. Souvenez-vous de ce qui s'est passé en 1999 : une série d'attentats à Moscou a précipité, justifié la seconde guerre en Tchétchénie et largement facilité la prise du pouvoir de Vladimir Poutine. Or, plus de dix ans après, ces attentats ne sont toujours pas élucidés. Beaucoup pensent qu'en réalité ce sont les services russes, le FSB et/ou le GRU, qui les auraient orchestrés. Tant que ce doute subsistera, on ne pourra jamais, lors des attentats suivants, exclure la piste des services secrets.


N. O. - L'hypothèse la plus probable n'est-elle pas celle d'une action montée par des islamistes caucasiens ?


G. Minassian. - Oui, bien entendu, mais l'une n'exclut pas l'autre. Certains services peuvent avoir eu vent de ce qui se préparait (et une telle opération nécessite des mois de préparation) et n'avoir rien fait pour l'empêcher. Il est tout de même étonnant de constater que les vagues d'attentats correspondent souvent à un moment de flottement du pouvoir russe à Moscou, en 1994, en 1999 et aujourd'hui. A deux ans de l'élection présidentielle, la Russie connaît une crise économique profonde, et Moscou bruisse du conflit entre les différentes institutions en place. Disons que, pour les partisans de la manière forte proches de Poutine, pour tous ceux qui, dans l'appareil d'Etat, souhaitent le retour au Kremlin du « leader national » et la fermeture de ce qui pourrait à terme s'appeler la « parenthèse » Medvedev, ces attentats - qui en annoncent peut-être d'autres, comme en 1999 - sont une aubaine.


N. O. - Que se passe-t-il exactement dans le Caucase russe ? Il y a un an, Medvedev a annoncé « la fin des opérations antiterroristes» en Tchétchénie, donc la pacification de la région. C'était donc faux ?


G. Minassian. - Et comment ! La guerre, qui n'est toujours pas totalement terminée en Tchétchénie, n'a fait que se déplacer vers les républiques voisines, l'Ingouchie et le Daguestan en particulier. Là, il y a tous les jours ou presque des affrontements, des attentats, des règlements de comptes. Des ministres, des responsables de la police et des services sont assassinés. L'an dernier, il y a eu plusieurs centaines de morts dans la petite Ingouchie. En fait, on pouvait s'attendre à de tels attentats. Depuis le début de l'année, la tension est encore montée d'un cran. L'armée russe a tué plusieurs leaders islamistes. Le 15 février, le chef des rebelles, Dokou Oumarov, a annoncé qu'en représailles il allait lancer une vague d'attentats en terre russe : « Le sang coulera et pas seulement dans nos villes, a-t-il déclaré dans une vidéo. La guerre va frapper aussi les villes [russes]. »


N. O. - Qui est cet Oumarov, et que veut-il ?


G. Minassian. - On sait peu de chose de lui. C'est un Tchétchène qui a succédé au populaire - et sanguinaire - Chamil Bassaïev, tué en juillet 2006 par les forces russes. Dokou Oumarov, qui est né en 1964, est un ancien ingénieur. Il a travaillé dans le pétrole avant de rejoindre les mouvements indépendantistes puis les services secrets tchétchènes. Aujourd'hui, il est à la tête d'une « armée » d'environ 1 000 hommes, dont 300 à 500 islamistes radicaux. En 2007, il a proclamé l'instauration d'un «émirat» dans le Caucase du Nord, émirat dont il est le chef. Dans les villages inaccessibles qu'il contrôle, et où l'armée russe n'entre pas, la loi de la charia est en vigueur. Les femmes portent le voile intégral, et ce sont des tribunaux islamiques qui rendent la justice.


N. O. - La Russie peut-elle décider d'accorder l'indépendance au Caucase du Nord ?


G. Minassian. - Certainement pas. Pour trois raisons au moins. D'abord, la Russie a mis trois siècles à conquérir le Caucase. Elle ne va pas le «lâcher» comme cela, après «seulement » vingt ans de guerre. Elle vient d'ailleurs de restructurer l'ensemble du Caucase du Nord en une seule entité administrative. Ensuite, on perçoit depuis quelques années une volonté de Moscou de renforcer son leadership dans tout le Caucase non russe Géorgie, Azerbaïdjan, Arménie. Enfin, la Tchétchénie est consubstantielle au poutinisme depuis l’origine du conflit.




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