"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mercredi 3 mars 2010



Congratulations



Je ne vais pas me mettre à étaler mes divers courriers, ni transformer ce blog en boite à lettres sinon M.Chirik sortira de sa tombe et me traitera de « simoniste ». Les deux courriers ci-dessous manifestent un attachement qui est mien à l’histoire vivante et à la transmission par les livres à nos suivants, en en référant aux deux derniers messages-blogs, c’est pourquoi j’ai choisi de les rendre publics.



♫Du toulousain Hyarion :



« Bernard Giovanangeli Editeur avait publié, il y a quelques années, les actes d'un colloque intitulé "Pourquoi réhabiliter le Second Empire ?, ouvrage assez confidentiel dans lequel j'avais lu des mises aux points intéressantes sur cette période systématiquement caricaturée à la sauce républicaniste anti-fasciste gnan-gnan de tous ces imbéciles qui, se disant "bons républicains" ou se posant en rebelles "progressistes" ne peuvent pas s'empêcher de juger le XIXe siècle avec un regard du XXe ou du XXIe (non, bande de crétins, Napoléon III n'était pas Hitler, et Victor Hugo n'était pas un saint !)... Je crois aussi savoir que c'est aussi chez cet éditeur qu'à été publié, ces dernières années, un autre ouvrage de Jean-François Lecaillon, intitulé "Les Français et la guerre de 1870" et construit, si je me souviens bien, sur le même principe de mise en avant des témoignages de l'époque que ce nouveau livre consacrée à la Commune de Paris dont tu parles.


Tu évoques, cher Jean-Louis, les "appréciations erronées ou des inventions de Marx sur le déroulement réel de la Commune". A juste titre. Mais tu pourrais ajouter aux évènements de la Commune ceux qui ont précédés, pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871. La première fois que j'ai commencé à lire "La guerre civile en France", il y a déjà longtemps maintenant, j'ai constaté, tout néophyte que j'étais à bien des égards, que l'erreur pointait le bout de son nez, chez Marx, dès la première phrase, lorsqu'il évoque le fait que la république (que l'on appellera plus tard IIIe) avait été proclamée en septembre 1870 en étant saluée unanimement partout en France. C'est complètement faux : le plupart des Français, qui avaient voté massivement en faveur de Napoléon III lors du plébiscite de mai 1870 (avec un sincère sentiment d'adhésion au régime du Second Empire, sauf dans les grandes villes), ont accueilli la proclamation de la république dans une totale indifférence, dans le meilleur des cas, comme en témoignent les derniers rapports des préfets de l'Empire, lesquels, vu le contexte de l'époque, n'avaient guère de raisons de ne pas dire la vérité. Je n'incrimine pas Marx en tant qu'acteur politique contemporain d'évènements dont il n'a pas été le témoin direct, mais je m'étonne qu'un écrit comme "La guerre civile en France" puisse être considéré comme une sorte de livre d'histoire immédiate vu la façon dont il peut être présenté aux lecteurs d'aujourd'hui par certains éditeurs...


Je ne vois pas bien, comme toujours, ce que tu veux dire en parlant, plus haut, de "vérité de classe prolétarienne". Si tu devais sous-entendre que cette "vérité de classe prolétarienne" est la seule Vérité qui vaille, je te répondrais que la Vérité n'existe pas (quant au prolétariat, dont tu dis souvent qu'il se "fout des élections", je ne sais toujours où se trouve ce bloc uniforme d'exploités agissant comme un seul homme dont tu semble parler, mais c'est déjà une vieille histoire entre nous, et je ne sais pas si tu me répondras un jour, mais ce n'est pas grave). Cela dit, plus loin, je constate heureusement que pour toi le marxisme "n’est pas à considérer comme le seul sas étanche dans la décomposition des valeurs universelles du genre humain", et même si je le savais déjà, ça fait toujours plaisir de lire ce genre de choses sur ce blog... »

Amicalement,

Hyarion.



P.S.: j'ai lu dernièrement, dans le "Marianne" de cette semaine, des choses assez dégoûtantes. Il faut bien que ce magazine que j'achète depuis plus de dix ans, sans jamais avoir été abonné, et malgré le fait qu'il ait été fondé par l'insupportable Jean-François Kahn (le pire adorateur de Victor Hugo que la Terre ait jamais porté) me serve de temps en temps à quelque-chose... Dans les premières pages, on y parle déjà du succès de librairie que rencontre aux Etats-Unis d'Amérique ce misérable petit manuel de rebellitude qu'est "L'insurrection qui vient", grâce à la publicité qu'en a fait stupidement la chaîne télé ultra-conservatrice Fox News en hurlant au satanisme à propos de cet opuscule bien surfait (dont tu as déjà dit sur ton blog tout ce qu'il y avait à en dire). C'est déjà consternant. Mais le pire, c'est l'un des dossiers principaux du magazine présenté plus loin, et entièrement consacré à... ce prétentieux cornichon pseudo-marxiste qu'est Alain Badiou, que certains présentent quasiment comme l'ultime "philosophe" "marxiste" "radical" de notre temps. Quand je pense que le fantasme N°1 de Badiou est de débattre avec un certain BHL devant les médias de masse... Au secours.
Aussi, j'avoue que si tu pouvais, à l'occasion, tailler un costard à ce Badiou, comme tu sais si bien le faire, cher Jean-Louis, ça ferait toujours bien plaisir...



MA (Courte) REPONSE A HYARION



Les remarques positives sont si rares à mon égard que je prends sans gêne avec plaisir les encouragements d’Hyarion, d’autant qu’il n’est pas un rigolo en connaissance de l’histoire. Je suis donc très heureux qu’il défende aussi une conception vivante de l’histoire sans clichés militants et sans se laisser enfermer dans la catégorie « mouvement ouvrier » qui sent le ranci dans la bouche de la noria syndicaliste ou gauche front de bœuf. Mes termes « vérité de classe prolétarienne » ne sont pas terribles. Le prolétariat comme tel, pas plus que la bourgeoisie ne détient la vérité en général. J’ai voulu parler de « point de vue de classe ». Un point de vue de classe peut permettre de voir une grande partie de la réalité du capitalisme, s’y adapter pourtant voire s’y compromettre pour certains. Ce point de vue de classe n’est pas forcément un raisonnement sur la « vérité » mais plus souvent souffrance, soumission alternant avec révolte. Le prolétariat n’est pas un bloc uniforme comme tu me prêtes l’image simplissime. Le prolétariat est composé de diverses couches plus ou moins favorisées, d’une partie des couches moyennes, de ces crétins d’enseignants, de cadres subalternes suce-boules vite dégrisés par temps de crise ; s’il n’était pas composé de diverses couches, la bourgeoisie n’aurait pas aussi longtemps régné… en multipliant les divisions qui ne sont pas pour l’essentiel corporatives ou cols blancs et cols bleus mais divisions idéologiques sophistiquées, dont l’hystérie anti-raciste n’est qu’un pan de l’entretien d’un apolitisme généralisé. La conscience politique (de l’iniquité du système et de son obsolescence) au sein du prolétariat, comme classe la plus importante de la société moderne avec ses mains et avec sa tête, avec ses actifs et avec ses exclus du chômage, n’est pas spontanée ou renouvelable à n’importe quelle période ; elle dépend de minorités politiques plus ou moins agissantes, plus ou moins capables d’élaborer et de systématiser un projet révolutionnaire de renversement de la société bourgeoise.


Pour l’instant il n’existe plus de minorités maximalistes conséquentes pour porter au devant du public le projet révolutionnaire. C’est lamentable mais pas éternel.


Le ou les partis de jadis sont remplacés dans les médias par les intellectuels de la bourgeoisie. Les partis les plus conséquents, les plus honnêtes du mouvement socialiste et révolutionnaire du passé ont toujours eu leur ribambelle d’intellos de premier plan : l’agrégé Jaurès, l’avocat Lénine, l’universitaire Rosa Luxemburg, etc. Les véritables partis révolutionnaires de la IIIe Internationale réussirent un court moment à ce que le fonctionnement et l’activité de parti ne relève pas des seuls intellectuels, même ce bâtard de PCF à la suite de la bolchévisation réussit à garder quelques strapontins à des ouvriers du rang (pas les meilleurs ni les plus honnêtes d’ailleurs). J’ai déjà développé sur ce sujet dans plusieurs ouvrages, et je ne me fais plus d’illusions sur « l’égalité politique » ou le poids décisionnel indépendant du niveau culturel dans n’importe quel parti. Les inégalités de formation demeurent, et au nom des inégalités instaurées par l’éducation bourgeoise j’ai connu tant de marxistes orthodoxes qui considèrent utopistes ou criminels de prétendre remettre en cause ces inégalités de fait… pour le vertueux et inénarrable horizon de « tirer vers le haut ».


Avec les partis bourgeois, comme le PS dont tu es membre, cher Hyarion, pas de problème. L’élite oligarchique parade sans honte devant le parterre des mémés qui aiment la castagne entre Fabius et Frêche, des pépés qui rêvent à DSK ou à Royal dans la défroque de Sarkozy en 2012. Même si tu ne crois pas comme moi à la force de frappe sociale du prolétariat, conviens au moins cher Hyarion que le « bloc uniforme » électoral du principal parti de la gauche caviar ne va pas mettre fin au chômage ni résoudre les questions d’avenir même s’il remporte, comme il est probable toutes les régions en mars. Et puis surtout, la mélasse électorale des petits aux grands bobos reste l’affaire des couches moyennes (même les paysans en sont écartés avec mépris dorénavant), des intellos gauchistes et des bourgeois meneurs de jeu. Les problèmes de politique sociale, de politique tout court, qui concernent les millions de prolétaires ne sont pas encore pris en charge par eux-mêmes. Ils restent les dindons de la farce. Pour que cela cesse il n’y a rien à attendre des pitreries médiatiques ni des promesses de la groître ou de la dauche, il y faudra UNE RUPTURE.



Il ne faut accorder aucune importance aux intellectuels à la mode. Quand les intellectuels comme Badiou ou Tartempion sont mis en vedette, il faut voir la réalité en face : qui lit Badiou ? Des étudiants ? Des trotkiens jaloux ? Des anarchistes fils de concierges ? Plus les intellectuels se succèdent à l’écran moins ils peuvent étaler leur jargon désormais. Il n’y a plus aucune revue littéraire ni politologue qui se vende à plus de 550 ex comme les revues théoriques de jadis des Temps modernes aux merdes du parti stalinien. Cela n’intéresse plus personne. Déjà Sartre avait été trop longtemps un maître à penser nullard (un agité du bocal dixit Céline) fondu enchaîné dans la plus débile des théories politiques modernes, le maoïsme ; Bourdieu n’avait pas pu prendre la place tellement il était la quintessence de la bêtise syndicaliste universitaire ; enfin Badiou, qui ne peut faire oublier lui non plus sa trajectoire de petit intello maoïste pour sous-développés, ne peut trôner que sur un bidet (prénom Jacques) au milieu du désert théorique de la confrérie des vieux staliniens associés, près du cimetière des éléphants althussériens jusqu’à BHL, qui parviennent tout de même, surtout en Allemagne, à faire croire qu’ils sont les derniers meilleurs relents de mai 68. Comme le ponte d’édition Gallimard Sollers, ex-maoïste lui aussi, ces merdes intellectuelles veulent faire oublier leurs délires totalitaires stalinistes en saluant les morts qui eurent le courage et la lucidité politique de les moquer il y a quatre décennies. Chapeau bas devant Guy Debord. ! J’ai jamais admiré Debord ni considéré qu’il était un penseur utile à la révolution, mais il a fort bien « recadré » une rangée d’imbéciles payés par le pouvoir pour nous conter des sornettes dans le petit écran ou faire du verbe appointé par les éditions d’Etat. C’est le cas avec les courbettes de Badiou. Je ne veux pas perdre mon temps à répondre ou à analyser les écrits de cet imbécile outrageusement médiatisé et sans aucune importance ni sociale ni révolutionnaire, par conséquent je te livre juste ces quelques réflexions pour ne pas avoir à y revenir ni te faire perdre ton temps.


Alain Badiou, que d’aucuns tiennent désormais pour le représentant le plus intransigeant de la pensée radicale – dans un monde sans parti révolutionnaire ni prolétariat - n'a jamais été très clair ni sur le marxisme ni sur le rôle des partis de gauche et des gauchistes toutes chapelles confondues. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles Guy Debord considérait que, parmi tous les "déchets critiques" de l'époque présente, il était assurément "le pire de tous". ("Lettre à Jean-François Martos du 16 mai 1982" in Jean-François Martos, Correspondance avec Guy Debord, Paris, 1998, p. 50). »


Badiou s’est toujours fourvoyé dans toutes les erreurs de l'histoire en y apportant son soutien ( stalinisme , Pol Pot , maoïsme etc. ) , ce qui dénote d'une incapacité a comprendre le monde malgré son intelligence. Quelqu’un d’intelligent et de cultivé n’est pas automatiquement un individu conscient et encore moins un « maître à penser » race déjà dégénérée des années 1950 dont il n’est plus possible de trouver spécimen équivalent.


P.Adam dans son blog « Theatre Mundi », dit la même chose que moi à chaque « sortie » de Badiou (ou de Michea): « Je n’ai pas lu et ne lirai évidemment pas le dernier ramassis d’Alain Badiou ». Il rappelle que dans Le Perroquet du 11 novembre 1981, Badiou s’était avisé de flatter Guy Debord ; ce dernier ne lui aura répondu qu’en citant in extenso son article dans l’opuscule Ordures et décombres déballés à la sortie du film In girum imus nocte et consumimur igni par différentes sources autorisées. Debord avait en somme remis le déchet (du maoïsme) Badiou à sa place ; il ne l’a pas quittée ».



Allez, porte-toi bien et garde tes sous pour acheter les ouvrages consistants des auteurs qui n’ont pas l’allégeance des salons télévisés,



Bien amicalement, JLR



♫Du bretonnant Florian :



Salut Jean-Louis,



« Suis dans la lecture de ton tome III (de Marc Laverne). Pas fini, te dirais lorsque j'aurais terminé. En tous cas, belle introduction de ta part. J'espère un jour que ton souhait prenne forme : que les productions de révolutionnaires du passé soient réunies, en éditions propres et au plus intégral. Juste un mot pour te dire que tes deux derniers articles sont
excellents. Je vais les indiquer à Jacques pour qu'il les lisent. Il y a
une fibre qui fait que oui, inévitablement, il a de la sympathie pour
toi ! Et franchement moi aussi... Mais attention : l'"inutile" aujourd'hui peut se révéler sacrément géologique, au sens de plaque tectonique, dans un certain avenir... !
Bien à toi et à bientôt ! »



Les remarques d’un « camattiste » ne sont pas toujours négatives pour une modeste « production prolétarienne » et savoir que maître Camatte (pas l’espion de Sarko enlevé au Sahara) lit mon blog, même s’il est sur l’autre rive (il a quitté le monde prolétarien après avoir goûté à sa première carotte bio) me flatte, mais pour le grand marxiste d’organisation qu’il a été. Je sais que je vais commencer à faire un peu vieux gribou avec cet espoir obstiné que « ça pète » entre les classes, alors que le monde baille d’ennui. Merci là aussi pour les encouragements, mais il n’y a plus d’éditeurs pour le mouvement révolutionnaire. Maspéro s’est converti au mitterrandisme, les cahiers Spartacus sommeillent dans leur ronron libertaire poussiéreux, une smala d’anciens gauchistes à la Hazan publient les contes pour lycéens attardés de Coupat et Cie, des éditions moyennes font dans le pipole avec des bios poussives sur Besancenot, même Bourseiller n’a plus rien à recopier et tente un dernier coup avec la franc-maçonnerie.


Je ne sais pas quel sens tu mets à ton allusion à la plaque techtonique, peut-être qu’on n’aura jamais rien fait qu’espérer un autre monde moins minable et qu’il ne restera rien de celui-ci (l’actuel) mais qu’est-ce qu’il y a comme tremblements de terre en ce moment et que d’eau que d’eau, et qui tue. Et toujours pas de tremblement de terre social. Faut tout de même pas désespérer.



Amitiés à toi également, JLR.



Il y a d’autres e-mail ou commentaires louangeurs sur mon histoire du maximalisme de Lille, Montpellier, Millau, mais aussi des critiques valables. On y reviendra ultérieurement.


Ce fût une bonne journée après avoir ouvert mes courriers.





1 commentaire:

  1. Je ne pensais pas que mon modeste commentaire ferait l'objet, pour partie, d'un de tes articles, mais n'ayant du reste rien à cacher (si ce n'est mes honteuses fautes d'orthographe pour lesquelles je m'excuse), je te remercie pour ta réponse, cher Jean-Louis, laquelle contient toutes les précisions souhaitées.

    Après vérification, j'ai constaté que Jean-François Lecaillon avait en fait publié plusieurs ouvrages consacrés aux témoignages des Français sur les évènements des années 1860 et 1870 :
    - "Eté 1870 : La guerre racontée par les soldats" (2002)
    - "Les Français et la guerre de 1870" (2004)
    - "Le siège de Paris en 1870 ; récits de témoins" (2005)
    - "La campagne du Mexique 1862-1867 : Récits de soldats" (2006)
    - "La Commune de Paris racontée par les Parisiens" (2009)

    Tous publiés chez Bernard Giovanangeli Editeur (il n'est franchement pas très connu, alors on peut bien lui faire un peu de pub).

    Exposer, comme le fait Lecaillon, des faits historiques à partir des témoignages des contemporains d'une période si souvent mal connue et mal comprise, est une excellente entreprise, et on ne peut que s'en féliciter.

    Portes-toi bien toi aussi, cher Jean-Louis, et ne t'inquiètes pas : les sous, quand j'en ai, je les garde pour les livres qui valent la peine d'être achetés... et ce ne sont donc pas, en général, ceux écrits par les cornichons "philosophes" salonards surfaits qui peuplent le paysage audiovisuel français...

    Content d'avoir contribué à embellir ta journée.

    Bien amicalement,

    Hyarion.

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