"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 15 décembre 2009

CONSIDERATIONS DEPLORABLES SUR LA NATURE DU CAPITALISME ET CONFONDANTES EN FAVEUR DE L’UNIVERSALISME ABSTRAIT

La presse européenne de ce 15 décembre semble trouver complètement anormal que l’Europe perde un million d’emplois. Réponse d’un prolétaire sur le site 20 minutes, qui se fiche comme moi des difficultés de la bourgeoisie française et de sa désindustrialisation : « complètement anormal pourquoi?? : nous sommes des milliers de personnes à entrer en retraite depuis deux ans au moins ( papy boom ) ; dans ces conditions le chômage devrait baisser si le patronat jouait le jeu mais les employés et ouvriers entrent comme variables d'ajustement dans la gestion des bénéfices des entreprises redistribués aux actionnaires , pour ces entreprises elles dégraissent le mamouth sans avoir à faire appel aux licenciement massifs. Un ouvrier part en retraite on ne le remplace pas d'une part , d'autre part ces entreprises font appel de plus en plus aux emplois kleenex ( intérimaire ). On prend et on jette sans autre forme de procès, avantages : plus de primes diverses , plus de calculs de congés payés voilà la réalité .De plus la gestion de la crise en France est déficiente on y répond par des saupoudrages de mesurettes , alors qu'il faudrait une relance devenue impossible au regard du taux d'endettement du pays. Résultat : chômage et misère. Je ne pense pas que cela tienne encore longtemps. » (cf. Dragon, 5 heures du mat)

A quoi ressemble la structure du capitalisme français ? S’interroge en même temps le journal bourgeois Le Monde :

« Dans une étude sur la gouvernance des entreprises (MiddleNext, juin 2009), Pierre-Yves Gomez, professeur à l'EM-Lyon et chroniqueur au "Monde économie", indique : « Sur les 2,6 millions d'entreprises françaises, 72 % sont possédées par un seul actionnaire et seules 4 % des sociétés de capitaux ont un capital dilué, au sens où le premier actionnaire ne représente pas plus de 10 % du capital. Huit cents entreprises sont cotées. La part moyenne de leur (capital) flottant est de l'ordre de 20 %. Quelque 85 % des entreprises de taille intermédiaire (250 à 5000 salariés) sont de type patrimonial. Enfin, il existe 27 600 PME non-cotées dont la taille dépasse cinquante salariés ».

Résumé : une ultra-minorité règne sans partage et assoit sa dictature sur toujours plus de privations des masses et une répression sans vergogne.

QUI SEME LE VENT RECOLTE LA TEMPETE

Forcené l’agresseur de Berlusconi, Tartaglia ? Déséquilibré le « pauvre type »? « Suivi pour troubles psychiatriques » ce pauvre prolétaire qui a exprimé sa haine d’un symbole typique du mépris bourgeois? Tout agresseur d’un membre du personnel politique bourgeois est immédiatement criminalisé sans que personne ne connaisse le pourquoi du comment. Il n’y a aucun motif de se réjouir du visage en sang d’un homme, fusse-t-il un ignoble bourgeois libidineux et mafioso. Cependant, hors de tout jugement moral ou humain (type secouriste) la violence primaire est inévitable face à la gouvernance gangstériste des mafias au pouvoir ; on ne devrait pas se contenter sur ce plan de croire à une « spécificité » italienne. Même l’agression du chirurgien d’Hallyday, probablement par des « beaufs » cagoulés, est significative du fait que la médecine bourgeoise n’est plus sacrée. L’Etat bourgeois, partout, génère à la fois l’incompétence et la prévarication, et une violence mille fois plus choquante : en Afghanistan, en Palestine, au Timor Oriental, en Tchétchénie, en Afrique…

La violence « individuelle » - rançon de décennies de culture de l’individualisme - va occuper de plus en plus le terrain « médiatique » sans que le pouvoir, de plus en plus pourri, ne puisse (un) exhiber des mains blanches et (deux) poser au protecteur des citoyens .

UN. Le personnel politique continue, dans tous les pays à se discréditer à la vitesse grand V, signe de fin de règne. Avec le présumé président de la république française, le ridicule de la fonction gouvernementale est apparu indéniable grâce à ses divers valets, cette bande de transfuges arrivistes prêts à tuer père et mère pour un poste ministériel, dont la pouffiasse N°1, la casserole Dati vient d’illustrer que tous ces gens-là sont payés à rien foutre.

Un job va réduire légèrement le chômage : la protection rapprochée du personnel politique ridicule. Ils s’attendent d’ailleurs tous à ce qu’on leur « foute sur la gueule » s’ils passent dans le quartier… Ils sont bien peu nombreux pour serrer les rangs face à leur faconde et arrogance de bourgeois bien pourris. Berlusconi a reçu une pincée de messages de soutien par les complices internationaux de ses crimes. Le faux premier ministre russe Poutine et le faux président français Sarkozy ont été les premiers à l'appeler, avant les messages de réconfort du papillon Benoît XVI, du premier valet britannique Gordon Brown, de la dentellière allemande Merkel et de la secrétaire d'Obama Hillarante Clinton.

Bémol. La violence individuelle, son culte et son exaltation est, comme je l’ai souvent rappelé, et ce depuis 1789, typique de la petite bourgeoisie grugée et primaire; par exemple un journaliste farceur du Monde.fr serait l'auteur d'un montage vidéo montrant Amine Benalia-Brouch, ce morveux militant UMP rendu célèbre par les propos du négrier Hortefeux, un fusil Kalachnikov pointé sur la tempe. Le journaliste, auditionné mi-novembre, aurait reconnu être l'auteur du « détournement » diffusé sur YouTube – propre à enthousiasmer un rigolo d’entarteur comme Godin - rapportait lundi Le Parisien. Cette tendance à exsuder la violence au niveau « sociétal », comme disent les sociologues toujours en retard d’un métro, est la réponse bobo à leur rétrogradation statutaire dans la hiérarchie bourgeoise. Si l’on trouve des prolétaires parfois, parmi les « malfaiteurs » sociaux violents, leur détermination part d’un autre esprit de vengeance, comme réponse aux suicides à France-télécom et ailleurs. Or, je l’ai déjà expliqué dans ces colonnes, il ne faut pas s’attendre à des meurtres en entreprise de chefs honnis, cela ne correspond ni à l’éducation ni à la conscience politique dans la classe ouvrière. La réponse du « point de vue de classe » du prolétariat ne peut pas se situer à ce niveau mais dans cette formidable expression collective que sont les grèves dirigées par les travailleurs eux-mêmes et des manifestations qui auront un sens et des buts, avec inévitablement des débats politiques d’envergure dans les lieux occupés (comme en 68). La bourgeoisie s’attend à cette réponse plus grave, politiquement inquiétante pour son avenir, comme j’ai été pour l’instant le seul à le signaler concernant le congrès de la CGT. Si cette officine gouvernementale a prévu d’en finir avec la « fédération » par entreprises de son cordon policier pour passer à une « fédération territoriale », je suis tenté de dire que cette « mue bureaucratique » a pour fonction d’anticiper l’apparition d’organismes de classe révolutionnaire, type Conseils ouvriers, qui se ficheront totalement du cadre de l’entreprise ; et dont il faudra tenter d’éradiquer la potentialité subversive comme organisations réelles du prolétariat face au système capitalo-écolo, dans une bataille à couteaux tirés face à un maillage syndical comparable à celui de la « gauche socialiste » qui permit de vider de son sang la révolution allemande de 1918. Bataille plus ardue dans des conditions de simultanéité internationale.

DEUX. L’argument de l’Etat bourgeois qui consiste à dénoncer la violence en général en oubliant qu’il en est le principal géniteur, s’accouple avec les accusations génériques de terrorisme à tout va, d’une assurance de son rôle de protection des citoyens. Cette dernière assurance est en train de voler littéralement en éclats. Les campagnes antiterroristes n’abusent plus grand monde. C’est la deuxième fois, depuis l’ascension fulgurante de Sarkozy, qu’un enfant de 12 ans est tué dans la rue pour des querelles de petites frappes. La fois précédente, Sarko, simple premier flic de l’Intérieur avait promis une réponse au kärcher. J’avais trouvé sa réponse plutôt virile et correcte sémantiquement (le gamin précédent lavait la voiture du père avec une éponge) du point de vue médiatique par le ministre ; et je pense toujours que la réponse face aux meurtriers d’enfants ou des terroristes du lumpen reste la mitraille, mais pas par la police bourgeoise qui est chargée de protéger exclusivement les puissants. Ce deuxième meurtre, celui du petit Amar à Lyon, criblé de balles, vient révéler que Sarkozy, malgré son bla-bla « viril », ne fait rien pour les quartiers ouvriers (face aux excroissances et dérives du lumpen, en attendant de les recruter plus tard comme corps francs) et ne fera jamais rien que jouer au malin et exhiber, comme Berlusconi : l’étalement de sa richesse et les envies de sa bite, et couvrir d’or ses complices en tics Guaino et Dati. La petite mémé continue à se faire brutaliser et arracher le sac à main, des passants à se faire écraser par les cowboys policiers et policières, des retraités maghrébins à se faire tabasser et tuer au commissariat. L’antiracisme du maoïste intégré Kouchner peut voisiner sans émotion avec la chasse au faciès. L’intégration républicaine autorise la kabyle fonctionnaire d’ANPE comme l’algérien en uniforme de CRS à taper sur le chômeur et sur le manifestant, indépendamment de sa race. Contrairement aux analyses superficielles des sociologues influencés par l’idéologie US (à la Dominique Schnapper) les liens ethniques sont totalement secondaires dans la « fonction sociale » de chacun. Le maghrébin devenu flic restera flic en premier lieu. Parmi la classe ouvrière, c’est pareil, face à la répression et au chômage, face aux assassinats de rue, ce n’est pas l’islamisation des mœurs qui se répand mais la détermination de classe. La détermination des « gens des quartiers », des prolétaires, lorsqu’ils protestent n’est pas centrée sur ces questions secondaires et artificielles que sont les minarets, les quotas, le voile ou le string. Cette détermination, pour l’instant pacifique, est une détermination de prolétaires indistincts. C’est pourquoi la manifestation à Lyon pour le petit Amar m’a beaucoup touché par sa dignité et parce qu’un manifestant, couvrant la voix des habituels « médiateurs démocratiques » a crié : « c’est la révolution qu’il faut ».

Universalisme abstrait contre communautarisme d’Etat :

Depuis des années les intellectuels gouvernementaux, et à leur suite tous les prédicateurs écolos, les imams consensuels, les rabbins obligés d’Israël, les féministes bourgeoises, les communisateurs antiracistes confortent la principale idéologie bourgeoise occidentale selon laquelle la lutte de classes n’était plus devenue qu’un « universalisme abstrait ». Ces engeances ont rejoint la frange gauchiste et social-démocrate de l'intelligentsia de gauche qui pense qu'on ne peut plus changer le monde et qu'il faut l'accepter comme il est à condition de produire plus d’éoliennes et de chanter ensemble à Copenhague. Aujourd'hui ils veulent tous dialoguer avec tout le monde. On balaye toutes les difficultés et on cache la poussière sous le tapis pour avoir la paix. On ne veut plus aborder les questions de fond de la lutte des classes. On accepte tout dans un mouvement de fraternité communautaire… abstraite, mais, en réalité, c'est pour mieux contrôler le prolétariat.

Notre époque est celle du dérapage contrôlé. Ce sont les prolétaires qui payent, et les sans-diplômes que l'on envoie au casse-pipe se battre ou marner pour les marionnettes du Capital. La démocratie, l’antiracisme sont des leurres avec lesquels on égare les consciences. Vieille tactique politicienne, on nous demande d'abandonner l'idée que l'histoire va dans le sens de l'émancipation du prolétariat. Les manifestations diverses du prolétariat n’intéressent pas les moyens de contrôle médiatique de l’Etat bourgeois, ou elles ne sont présentées que comme grèves d’égoïstes, manifestations pour plus de police, protestations « citoyennes », phénomènes dérisoires d’éternels vaincus de l’histoire.

Hélas, trois fois hélas ! La crise systémique se renforce. Ce ne sont plus des entreprises seulement qui sont en faillite mais des Etats entiers. La crise systémique fait et fera voler en éclats de plus en plus les leurres gouvernementaux. La violence n’est que la crête de la vague. C’est d’organisation qu’ont besoin les prolétaires, c’est de lieux où décider de leur vie, de l’universalisme concret de l’humanité. C’est une réflexion renouvelée pour la possibilité de changer le monde qui est à l’ordre du jour de la période qui vient. Vivement 2010.

Bien creusé vieille taupe !

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