"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 24 avril 2017

Fin de stabilité gouvernementale: la mise en orbite réussie du banquier Macron





Tu es libre! Tu choisis le banquier ou la raciste!
"La politique du président? La lettre du président? Le président lui-même? Allons donc? Allons donc? Qui diable prend monsieur Bonaparte au sérieux? Croyez-vous monsieur Victor Hugo, que nous vous croyons quand vous nous dîtes que vous croyez au président? Allons donc! Allons- donc!". Marx (Les luttes de classe en France 1848-1850).


Revenant d'un long périple à des centaines de kilomètres de Paris, j'étais surpris de voir tant de véhicules crossover, la voiture des encravatés, foncer aussi vite dans l'après-midi du samedi, veille de l'auscultation électorale. Dans mon quartier, peuple de bobos mélenchoniens je fus également surpris de ne point trouver une place pour me garer, alors que pendant les weekends ils sont tous dans leur résidence secondaire. Je comprenais enfin, la bourgeoisie avait mené de main de maître son suspense électoral au point de réussir à mobiliser furieusement les couches moyennes qui se sont réparties entre Macron et Mélenchon dans un vote qu'ils crurent "utile" pour "faire barrage au FN". L'enseignante retraitée qui me faisait face dans le Fish and Ships m'avait quelques heures avant éclairé sur la conclusion de ce long et déprimant suspense présidentiel: "je suis de gauche depuis toujours mais là j'ai voté Macron pour éviter un second tour Fillon-Le Pen avec le risque d'une victoire finale de l'extrême droite". La messe était dite.
Onction suprême, lundi matin la Bourse faisait un bond de 4%, du jamais vu lors d'un premier tour présidentiel. La Bourse bandant pour un banquier! Bon sang ne saurait mentir! Mais gare à la gueule de bois du prolétariat!

La victoire sous forme de subterfuge du système bourgeois – chantée par Léa Salamé nouvelle prêtresse cathodique: "la partition droite/gauche a éclaté" – est une forme de renouvellement du vieux et même clivage bons/méchants, sauf que le choix est entre droite et extrême droite, un banquier et une "raciste" selon les endeuillés gauchistes 100% gauche ringarde! Il fallait faire avaler à nouveau l'alternance lassante en la refilant sous une autre forme, comme une prétendue recomposition du tableau impressionniste politique français: la bande héréoclite du jeune banquier se revendiquant pourtant d'une pléthore de vieux machins ralliés du dernier moment, auxquels s'ajoutent pêle-mêle les Fillon, Hamon, Dray1, Autain (merde à Méluche), El Khomeri, Taubira la vertueuse et tutti quanti pour "faire barrage au FN".

Mais le "aucune voix ne doit manquer" a tellement cet air de déjà vu en 2002 que la gauche électorale majoritaire (Mélenchon + Hamon auraient été en tête du panel), restée divisée pour machiavéliquement faire jouer quand même une alternance de type droite libérale (aucunement différente de la gauche libérale) est restée sans voix. Il y a loin de cet espèce de structuralisme institutionnel où l'actuel chef de l'Etat et les financiers ont tiré les ficelles (qui a balancé Fillon? Comment Macron a-t-il été si largement financé?). La quasi victoire du petit arriviste eût été impossible surtout, au fond, sans cette ambiance d'état de siège anti-terroriste, dont Marx nous expliquait il y a plus d'un siècle et demi qu'elle permet au gouvernement en place d'être "maître des élections".

Mélenchon, individu imbu de sa personne avait fini par "s'y croire"2. Contrairement à la joie de son principal fan Ruffin, qui dort debout à Amiens – et à la pauvre déclaration de son guru "chacun fera son devoir, ma belle patrie, ma patrie bien-aimée, un matin tout neuf commence à percer" – le mouvement mélenchonien n'était pas un parti, mais une alliance hétéroclite des vieux staliniens qui ruaient contre la personnalisation à outrance, et cela un peu honnêtement pour une fois, plus la noria écolo partagée avec le résidu du PS derrière Hamon, plus des déçus du FN appâtés par l'usage immodéré des termes "ma patrie bien-aimée" par l'ex-soumis de Mitterrand. Pas plus que la droite, le camp de la gauche bourgeoise avec sa masse d'électeurs bobos ne pouvait triompher, cinq ans de Hollande ça suffisait comme ci.
Le score à Mélanchon, non négligeable, n'est qu'une victoire à la Pyrrhus comme naguère la mère Royal. La forfanterie et la personnalisation hologrammique n'aboutissent qu'à l'impasse. Pour se refaire une santé la gauche aurait pu compter sur les syndicats, mais las, comme en 2002 ils vont tous appeler à faire barrage au "fâchisme", mais en faveur d'un banquier pro-américain, dont la directrice de campagne n'était autre que la rugueuse Haïm, accréditée journaliste newyorkaise, ex- fan de la famille Busch. Les électeurs sauveurs de la République face à Hitler avec une perruque et sans moustache, auront intronisé l'inventeur du 49.3 et des stupides et dangereux cars à bas coût. La gauche politique subit sa deuxième défaite après la défaite de la gauche syndicale face à l'ubérisation et à la flexibilité mises en place par les Hollande et Macron. La décrédibilisation de Fillon a donc bien fonctionné, mais comme Hamon il est fustigé comme le responsable de sa défaite, et cela n'empêchera pas les chaises musicales lors de la nouvelle louche électorale législative qu'on va nous resservir par après, avec en perspective le retour à la quatrième République.

La bourgeoisie a réussi son pari au court terme, mais elle estaffaiblie dans son ensemble par le choix d'un Bonaparte de bric et de broc, même pas général et plutôt fils à maman (ce qui explique son succès dans les maisons gériatriques). La clintonisation avec paillettes du gamin Macron si peu viril – il eût l'air pitoyable lorsqu'il en référa à sa "maman" sans qui il ne serait rien! - quand les journaputes ne cessèrent de nous signaler de successifs ralliements "de poids", était un foutage de gueule. Qu'est-ce que ça peut nous foutre que Machin ou tel chanteur de variété supporte un encravaté "en marche" vers le poste de potiche de la finance et des armées? Que la moitié des ministres de Hollande le rejoignent... Que Obama lui ait téléphoné... Que finalement la plupart des candidats battus le soutiennent dans le dernier ballet des voitures noires... Sous le sourire emprunté du petit Macron, qui va déchanter sous une paire de mois face à une "opinion" colérique, perce la chute de la réputation de la fonction présidentielle: les moutons "démocratiques" et manipulés élisent n'importe qui; la dégringolade s'était accentuée avec Sarkozy et Hollande. On va en voir le terme dans la transparence du petit encravaté. La gauche déconfite a de la chance que Fillon ne soit pas passé, elle aurait eu plus de mal à jour sa fonction d'opposition dans une lutte sociale avivée par un programme brutal; mais le flou de la gestion à venir de Macron, s'il peut éviter de premiers affrontements émeutiers3, n'empêchera pas des confrontations sociales bien plus importantes qu'un président anormal puis un autre normal surent tout de même juguler.

LE "BLOC PROGRESSISTE" DECONFI

Les plus "radicaux", Mélenchon et Poutou (qui fût assez bon voire le meilleur sur les plateaux malgré la grosse Bertha écolo qui lui intimait de voter pour le banquier), ne purent que se réfugier dans l'attitude abstentionniste. Poutou clairement appelant à refuser ce faux choix du deuxième tour, Mélenchon, plus coincé appelant chacun "à prendre ses responsabilités" pour le matin gris de mai.

L'abstention devient ainsi partie du jeu électoral pour ce cartel de partis de gauche déchue s'il veulent garder un semblant de crédibilité pour continue r) prétendre parler au nom de la "population" (Poutou) et de notre "chère patrie" (Mélenchon). Cette abstention ne dérange pas la bourgeoisie, qui s'est plus fait peur en craignant que Le Pen ne soit pas au second tour – ne nous avait-on pas assuré que Marine la radoucie allait planer dans les 30%? - aucun média ne nous informe sur une abstention ce coup-ci plus importante qu'aux élections similaires antérieures, et ils se fichent de celle qui apparaîtra au second tour tellement l'infrapolitique "faire barrage à" gonfle d'importance l'électeur bobo de base. 2002 une tragédie? 2017 une farce? Comme disait notre grand penseur prolétarien du dix-neuvième.

L'abstention prônée par dépit des Poutou et Mélenchon est plus alignée sur le dégoût des milieux prolétaires français comme dans les banlieues "diversifiées"- où le dimanche électoral est passé inaperçu comme je l'ai constaté à Pierrefitte et Grolay - que véritable dénonciation de la supercherie électorale basée sur un fric énorme dont on ne sait la provenance, quoique en grande partie de l'Etat lui-même; traversant divers petits bleds j'étais effaré d'imaginer des milliers, de voir ces tonnes d'affiches des neuf potiches collées devant chaque mairie ou école, période faste pour les imprimeurs! Sans oublier des meetings géants multiples et répétés qui on en effet irradié et favorisé la soumission électorale à de minables bateleurs d'estrade sans réel projet de société alternative, dans un ordre immuable respecté de bout en bout qui octroya nirvana et satisfecit aux sondagiers, redevenus les grands manipulateurs incontournables de "l'opinion".

La bourgeoisie a gagné la guerre électorale mais ouvert en même temps une période d'instabilité. Ce n'est pas la première fois que le suffrage universel anéantit l'autorité et menace de faire de l'anarchie l'autorité (Marx) mais en se drapant dans la "légitimité populaire", et avec la nécessité de continuer à dépouiller le prolétariat de toute garantie sociale et salariale, le prochain gouvernement, de coalition ou de cohabitation, devrait persister à dévier l'attention de la lutte de la classe opprimée face au dehors, "l'invasion", le retour effrayant des djihadistes, l'exaltation de "l'union patriotique" comme préparation à la guerre, seule échappatoire et seul exutoire pour "redonner de la compétitivité à la France", avec une nouvelle politique, la même, un nouveau personnel politique, les mêmes.



NOTES:

1L'argumentaire de Dray peut obtenir la palme de l'argutie perverse: "ma famille politique a été prise en otage par Fillon" et "le débat démocratique n'a pas pu avoir lieu à cause des affaires". Vous connaissez l'histoire de la grenouille qui se voyait plus grosse que le boeuf? La même perversion éjaculait tous les jours dans les colonnes de Libé-Rothschild, en particulier contre le machisme supposé de Fillon évoquant la grossesse de Léa Salamé, une démonstration féminosto-débile s'étalait dans un long article. Heureusement qu'une Elisabeth Lévy a déconstruit cette bêtise crasse qui caractérise l'infantilisme anorexique du gauchisme où un sentimentalisme répugnant tient lieu de raisonnement politique, tout en soutenant l'orientation voulue par la gauche encore au pouvoir et les lobbies financiers, pirates en vigies. Le Monde confirma que Fillon avait rendu les vrais costumes, mais les coups redoublés avaient porté par la masse des petits bourgeois, si naïfs en politique, ulcérée que ce voleur ait "trop piqué dans la caisse"! Défaite morale pour la droite, a semblé regretter Dati, trop heureuse de la déconfiture fillonesque.

2Moins utopiste radical que les Hamon et Poutou, le programme de Mélanchon, bouillie de promesses et de garanties intenables, révèle le doctrinaire impuissant si bien décrit aussi par Marx: "Ainsi donc, pendant que l'utopie, le socialisme doctrinaire qui subordonne l'ensemble du mouvement à un de ses moments, qui met à la place de la production commune, sociale, l'activité cérébrale du pédant individuel et dont la fantaisie supprime la lutte révolutionnaire des classes avec ses nécessités au moyen de petits artifices ou de grosses sentimentalités, pendant que ce socialisme doctrinaire qui se borne au fond à idéaliser la société actuelle, à en reproduire une image sans aucune ombre et qui veut faire triompher son idéal contre la réalité sociale, alors que le prolétariat laisse ce socialisme à la petite bourgeoisie, alors que la lutte entre les différents systèmes entre eux fait ressortir chacun des prétendus systèmes comme le maintien prétentieux d'un des points de transition du bouleversement social contre l'autre point, le prolétariat se groupe de plus en plus autour du socialisme révolutionnaire, autour du communisme pour lequel la bourgeoisie elle-même a inventé le nom de Blanqui

3Quelques agités gauchistes ont commencé à se ridiculiser à nouveau en jouant à l'émeute parisienne "antidémocratique" comme disent les journaputes. L'émeute est tout pour les nanars sauf une lutte de classe indépendante mais toujours favorable aux gouvernements bourgeois comme Marx l'explique si bien dans "Les luttes de classes en France": "Méprisé par ses ennemis, maltraité et journellement humilié par ses prétendus amis, le gouvernement ne voyait qu'un moyen de sortir de sa situation répugnante et insupportable: l'émeute. Une émeute à Paris aurait permis de proclamer l'état de siège dans la capitale et dans les départements et d'être ainsi maître des élections" . Il ajoute plus loin: "Le prolétariat ne se laissait provoquer à aucune émeute parce qu'il était sur le point de faire une révolution".

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