"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

lundi 17 octobre 2011

Primaires (fin) LE PETIT CHOSE MIS SUR LE TABOURET


Ou lancé en piste...

Normalement, aujourd'hui, Sarko serait battu, laminé, écarté par même une chèvre. Il ne remonte pas des sondages catastrophiques qui allient l'impuissance du blaireau à limiter la misère (c'est vrai il ne suffit pas de prendre aux riches) et faibles espoirs en des notables bourgeois "socialistes" du même bord. Mais ne boudons notre plaisir devant la fête bcbg des snobinards de la "gauche solférinesque"!

Quel panache ce Hollande avec ses trois discours d’affilée, filmé en continu toute la soirée sur BFM. Temps de parole illimité (consigne de l’Elysée, amoindrie seulement par les piques provocatrices de N.Morano, deuxième chien de garde après Copé). Il est en effet bon orateur, sait glisser le bon mot qui gagne les bons rires, se soucier de l’estomac des convives bobos et journalistes qui se pressent sous les ors prolétariens du local de banlieue ouvrière, rue de Solférino. Le discours travaillé par son équipe d’énarques contient pourtant des couplets à faire pisser de rire la réalité sociale. Lorsque ce bon monsieur loyal du trucage démocratique renouvelé crie « nous voulons permettre aux jeunes d’avoir une vie meilleure que la nôtre » et qu’il reçoit par une salve d’applaudissements d’un parterre d’élus et journalistes aux salaires mirobolants, de cadres supérieurs et de grisettes de l’enseignement supérieur, on pense qu’ils fumaient un shit pendant la rédaction.

Droit comme Artaban sur le perron de la maison du « peuple de gauche », au milieu d’un tas d’énarques amis ou judas (comme Fabius), François II agitait ses petits bas avec un lyrisme touchant. Toute sa prosodie enchantait à nouveau la « vie de parti socialiste », un parti de « rassemblement du peuple de gauche » et même peut-être au-delà. Un parti capable de réunifier tous ses éléphants énarques ou pas. Un parti de « militants »qui, avec ses « élus », ses « conseillers », ses « parlementaires » jusqu’au plus petit maire de Corrèze s’est montré capable « d’enchanter » le « peuple de gauche » par cette victoire « primaire ». Admirable aussi la prestance avec laquelle il amalgame tous les votards des autres candidats, incluant ceux de la conseillère patronale Martine Aubry, pourtant farouchement anti-« gauche molle », les bobos de Paris et des départements du nord en majorité en faveur de la fille à Delors; entre parenthèses si cette "gauche molle" était élue, comme, naturellement elle ne tiendrai pas ses promesses les plus maximales (retraites, embauches, emploi des jeunes) le PS pourrait toujours sauvegarder sa pérennité de "partie du peuple de gauche" et invoquer la (fausse) radicalité de la conseillère patronale M.Aubry au temps d'une primaire où les électeurs n'auraient eu qu'à s'en prendre à... eux-mêmes).

Les mêmes journalistes qui eurent des yeux de Chimène pour le pervers DSK, ont ressorti la même lyre, cet hymne à l’individu, d’autant que les électeurs volontaires, ces gros nuls, ont voté pour un type pas pour un programme ni s’assumer eux-mêmes, et bien conférer un « pouvoir personnel » à Tartempion. Ou le confier à ce petit bonhomme dont la moitié des français ne se souviennent pas des idées qu’il propose… (c’est Le Figaro qui le dit avec le Nouvel Obs…).

Pour un stylo du Nouvel Obs, Serge Raffy : « Durant presque toute sa carrière, le député de Corrèze a fait figure de remplaçant dans l’équipe des présidentiables qui empoisonnait le PS de leurs ambitions féroces. Il était le "livreur de pizzas", le "substitut", le "porteur de serviette" de Delors, puis de Jospin. Malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à se défaire de son image d’énarque, certes sympathique, pour ne pas dire accorte. Il était un homme de cabinet, un gentil camarade au caractère patelin et conciliant. Et puis Jospin, Premier ministre, le fit roi, en lui confiant les clés du Parti socialiste. Sa mission ? Jouer l’édredon entre toutes les écuries de la maison rose, pour que le "Frisé" gouverne en paix et se concentre sur sa cible numéro un : Jacques Chirac.

Pour un autre stylo de la revue de la gauche caviar : « La dynamique Hollande procède, quand on interroge les Français, d’un triptyque: attention aux autres, humilité et détermination. Le premier atout d’image est fondamental. 70% des Français et 83% des sympathisants socialistes estiment que "l’attention aux autres" est un trait de sa personnalité. Les plus modestes et les retraités en sont aussi largement convaincus. Cette perception est essentielle dans une société où le sentiment d’abandon, notamment par les politiques, va désormais croissant. Chez les personnes interrogées, l’image du député de la Corrèze n’est pas associée à celle du père ou du frère mais à celle de l’ami. Comme dit un interviewé: "Si on avait un coup dur, on imagine qu’il serait là ». L’interviewé est aussi navrant que les votards, le coup dur est déjà arrivé depuis des années et la classe ouvrière n’a pu ni compter sur Hollande ni aucun des énarchiques bonzes de ce parti bourgeois.

Allons plus loin, plus près de la vérité de fond de la propagande intensive autour de cette «élection « primaire ». La victoire du « petit chose » (un « rien » comme un des chiens de garde l’a osé, car leur maître est « tout » pour leur carrière) est sensée redonner du sentiment à la politique, pas vraiment de réinventer un « père », incarné par feu Tonton le collabo, au « peuple de gauche » : « Toute l’équation que doit résoudre désormais François Hollande se trouve ainsi résumée: l’ami n’est pas un chef. Les atouts qu’il possède actuellement lui permettent de figurer dignement dans la primaire socialiste et même de la remporter. Mais s’il ne réunit pas ses deux images – celle de l’ami et celle du chef –, il aura du mal à s'imposer face à Nicolas Sarkozy. Même si, comme dit un interviewé: "Il faut un président compréhensif qui ait de la considération pour nos problèmes"; "On a besoin d’être rassuré et Sarkozy nous stresse ». (F.Bazin, NouvelObs)

Les bobos de base veulent être rassurés dans la crise mais le petit Chose intronisé « élu du peuple de gauche » (pas de la classe ouvrière mais d’un patchwork de vieux et d'encratés) n’a pas les moyens de sa politique lyrique, et a bien trop démontré son flou (comme Aubry l’a si agressivement fait remarquer) sur tous les sujets qui sont astreints à la « responsabilité gouvernementale » bourgeoise : redressement financier de la nation (= poursuite de l’enrichissement financier des riches capitalistes), rétablir les comptes (= licencier toujours plus), réduire les déficits (= combler ceux des banques avec les impôts sur le dos des travailleurs), renforcer la police et limiter l’immigration et le laxisme vis-à-vis du fétichisme musulman (face à la crise qui fait affluer les pauvres, la gauche angélique ne peut plus se reposer sur l’ambigu anti-racisme et la tolérance du voile et des prières de rue). Sur ce dernier point, la bande à Hollande est créditée d’un score voisin voire inférieur à celui de Marine Le Pen au premier tour en 2012… Seule une bonne dose de protectionnisme à la Montebourg et quelques renationalisations pourraient concrétiser pour le « peuple de gauche » une tentative de solution nationale à la crise.

Nouveau réac en chef du Nouvel Obs, Joffrin se moque en parlant de possible victoire, et en soulignant l’aspect ringard de cette rhétorique militante que j’ai commencé par épingler : « Il faut à la fois rétablir les comptes et exalter les rêves, réduire les déficits et rompre clairement avec le cours libéral qui domine les grandes démocraties depuis trente ans. Exigence de vérité. Rien, dans ce qui sera avancé, ne pourra passer la rampe si l’on préfère la rhétorique militante au réalisme gouvernemental. Le "rêve français" cher à Hollande doit conduire à une réalité tangible. Sinon le crible de la campagne réduira en miettes les illusions imprudemment jetées au vent ».

La question du présumé retour à la retraite à 60 ans est une gageure qu’on n’avait pas pu obtenir en 1968 et qui avait dû être concédée en 1981, pour éviter à l’accidentelle élection de Mitterrand que l’émeute gagne le pays. Les déclarations floues ou contradictoires du « favori » Hollande ont révélé que, si par inadvertance, il emportait le poste du margoulin suprême, il ne pourrait pas défaire ce que les Sarko-Fillon et syndicats de gouvernement ont eu tant de mal à faire passer. Ce flou est aussi une lucidité. Hollande sait que les vieux votent en majorité et donc que les vieux retraités ou plus jeunes (les gagnants gagnants qui ont décroché la timbale de la paix sociale personnelle) n’ont pas envie qu’une forte portion de « rétroactifs » viennent faire basculer le régime général ; comme les immigrés déjà intégrés sont réticents à ce que les nouveaux arrivants viennent les concurrencer… De plus Sarko a déjà commencé sa campagne comme dans toute république bananière et à couper l'herbe sous les pieds de la "gauche lyrique", en arrosant de billets diverses clientèles. Au cours des visites en maison de retraite, il se flatte d’avoir donné consigne de donner la retraite à ceux qui ont déjà les annuités mais pas l’âge, c’est ainsi que des tranches de 58 ou 59 ans décroche en ce moment la timbale et en seront très reconnaissant à qui de droite…

Toutes les chansons lyriques de la gauche privée du caviar ou les marivaudages du lobby anti-nucléaire des bobos intermédiaires sont donc voués à se briser sur l’urne en bois rigide de la vie espacée du scrutin personnel de l'élection personnelle, cette intimité religieuse qui gît au fond de la culotte de l'électeur moyen.

Le corrompu Julien Dray a timidement aboyé, lui qui s’en veut encore d’avoir refusé l’offre ministérielle de Sarkozy, espérant ramener sa fraise : « on sent une envie de chasser ceux qui sont au pouvoir ». Oui il y a une envie très forte de chasser ceux qui sont au pouvoir mais pas pour vous y mettre à la place cochons de députés compromis ! Le soutien des ralliés – les éléphants étaient hyper divisés et ne se remettaient pas du suicide sexuel de DSK – est le même que la corde qui soutient le pendu. Les grands chambellans de la peuplade de la gauche bourgeoise, les Royal (qui s'est précipitée pour, non pas adouber, mais jeter dans l'arène son ex... "vazy pépère à ton tour dans l'eau sale"), Fabius et Cie ne rêvent secrètement que du même sort pour leur concurrent intra-Solférino… cela disons au moins que c’est humain, avec cette lucidité bien connue des arrivistes, quoique intime, sur l’inanité de leur programme de sauvetage du capitalisme. Je ne cite jamais tant cette saillie de Marx si applicable au mode relationnel bourgeois classique : « « Tout besoin est une occasion pour s’approcher du voisin avec l’air le plus aimable et lui dire : cher ami, je te donnerai ce qui t’est nécessaire ; mais tu connais la condition sine qua non, tu sais de quelle encre tu dois signer le pacte qui te lie à moi : je t’étrille en te procurant une jouissance ».

UNE CAMPAGNE ANTICIPEE POUR FAIRE REVENIR LES OUVRIERS AUX URNES

(et limiter l’abstention en 2012)

Comme on le voit, dans les hautes sphères de la bourgeoisie comme chez leurs larbins de la presse et d'internet, tout le monde se fiche de la victoire de Hollande et ne croit pas à « son destin ». Deux leçons se dégagent.

Le tintamarre autour de ces primaires a eu clairement pour fonction d’intéresser à nouveau le prolétariat (caricaturé comme « peuple de gauche »), pour qu’il se mette à la queue des vieux et des bobos qui ont fait le déplacement comme toujours le dimanche comme on allait autrefois à la messe (cf. pub pour mon prochain livre : La religion électorale de Lénine à Sarkozy), car, vu la haine qui persiste contre les syndicats traîtres, si le mysticisme électoral n’est pas suffisant pour dérider les masses, c’est l’émeute généralisée qui pourrait bien gagner la France en 2012, pas simplement contre la crise économique mais contre le cynisme puant des gouvernants et leurs faire-valoir dans les jeux télévisés.

La deuxième leçon est une manière d’enfoncer une porte ouverte. La crise exigeant de ne plus porter des ray bans ni de festoyer au vu et au su de tous au Fouquet’s, ni d’insulter à tout va, le sieur Hollande base sa campagne d’encravaté sur le thème d’un « président normal », l’image du type sympa qu’il affectionne donner aux braves gens du « peuple de gauche » (il aurait dû arborer un col roulé). Sa campagne commence mal, il va donner des leçons de morale au blaireau de l’Elysée alors que Sarko, qui est déjà en train de jouer au "président normal" (pour faire oublier le petit abruti insultant qui roulait des mécaniques de parvenu), il se fait plus petit qu’il n’est, il se tient en retrait tout en lâchant une ou deux phrases assassines pour montrer qu’il ne changera jamais, cynique il est et cynique il restera. C’est ce que demandent les électeurs, ils veulent toujours choisir le plus cynique des candidats, car, comme disait ma mère : « bon et con finissent par la même lettre ».

Les syndicats ont contribué au début de la campagne pour 2012, par leur échec de mobilisation la semaine dernière confirmant le dégoût pour leur sabotage de la lutte pour les retraites, mais si pervers au fond car voulant signifier que rien n’est possible dans la rue dans l’attente des élections. Et, comme les « travailleurs » n’ont ni mémoire ni parti révolutionnaire conséquent, après la réélection de Sarkozy il sera toujours temps de reconnaître que les « élections ne changent rien » mais que le troisième tour se passera dans la rue et à la Saint Glinglin.

Certains jours je suis malade de constater que la politique bourgeoise et tous ses acteurs sont schizophréniques, ou plutôt nous ont rendu fous et impuissants nous tous les prolétaires.

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