"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

jeudi 27 mai 2010

UNE SI LONGUE NEGOCIATION POUR UN "RENDEZ-VOUS SOCIAL" A HAUTS RISQUES

"C'est égal, la société n'est pas si mauvaise, ni aussi si laide que le prétendent..."(légende du dessin de L'Assiette au beurre)


« Les syndicats rassurés, le gouvernement aussi »
(titre de Libé ce soir…)


On finit par ne plus rien comprendre aux labyrinthes des réformes successives de la retraite. Vous lirez une chronologie édifiante dans ce message-blog pour vous aider à vous y retrouver car à chaque fois le gouvernement pour sa part pleure qu’il récupère les patates chaudes des autres et les syndicats jurent qu’ils ont les mains blanches pour les coups fourrés antérieurs dont ils ont permis pourtant à chaque fois la réussite. L’avenir des caisses de retraite n’est pourtant qu’un maillon du système capitaliste, il est lié à la situation de l’emploi et des politiques économiques de l’Etat bourgeois. Un article du journal maximaliste RI de 2006 montrait bien l’absurdité des « réformes » successives du régime des retraites : « Ici, une absurdité manifeste saute aux yeux. Pourquoi repousser toujours plus loin l’âge de la retraite alors qu’il n’y a déjà pas assez de boulot pour tout le monde ? Pourquoi augmenter les trimestres de cotisation quand les boîtes licencient à tour de bras les plus de cinquante ans ? C’est tout simplement que le principal but visé n’est pas de faire trimer jusqu’à 65 ans (ou plus) les ouvriers usés. Non, c’est en réalité de diminuer les pensions ». C’est surtout que l’Etat capitaliste n’a plus de solutions et navigue à vue avec toujours le risque de provoquer, tôt ou tard, l’explosion sociale.

CHRONOLOGIE
1945 : jusqu’en 1974 (année de la première grande crise mondiale de l’après guerre) il est convenu que la retraite est planifiée pour tous. Sur le principe d’une solidarité entre les générations, un régime général basé sur une unification du système de retraite est mis en place. Les régimes spéciaux des agents de l’Etat et assimilés sont néanmoins maintenus et des régimes professionnels sont créés (régime des exploitants agricoles, artisans, commerçants…). Le principe de répartition remplace le système de capitalisation : les cotisations versées aujourd’hui financent immédiatement les retraites présentes.
1956 : le minimum vieillesse est instauré. Il garantit aux plus de 65 ans une retraite minimum. Des caisses complémentaires sont créées sur le modèle de l’Agirc créé en 1947 par les cadres du privé pour améliorer les retraites attribuées par les régimes de base.
1968 : à la suite des accords de Grenelle, le Premier ministre Georges Pompidou, annonce un assouplissement de l’âge de la retraite et l’augmentation de l’allocation minimum vieillesse (quand il y a une réelle action de masse et pas ces défilés carnavalesques syndicalistiques pour que les bonzes s’octroient de décider sur le dos des masses avec leurs complices du gouvernement, (et alors que la crise mondiale n’avait pas éclaté) la bourgeoisie recule face au prolétariat.
1972 : La loi du 29 décembre 1972 rend obligatoire l’appartenance des salariés à un régime complémentaire. De la crise de 1974-75 à 1992, les élites bourgeoises sonnent l’alarme. La crise économique conjuguée au vieillissement de la population change la donne. La question de la pérennité et du financement du dispositif se pose avec de plus en plus d’insistance.
1982 : L’ordonnance du 26 mars 1982, le premier gouvernement François Mitterrand fixe à 60 ans l’âge légal de la retraite, au lieu de 65 ans. Selon Sarkozy, dernièrement, Mitterrand a gaffé. Du point de vue strictement économique bourgeois sûrement mais du point de vue tactique bourgeois, sûrement pas. La gauche ne devait pas parvenir au pouvoir au milieu de la crise. Or, étant donné le niveau des luttes ouvrières de la fin des 70 + les désillusions de couches entières de la petite bourgeoisie salariée (des avocats aux enseignants), il fallait lâcher du lest. Pompidou avait moins lâché en 68 que Mitterrand en 1982… on mesure là toute la trouille de la bourgeoisie et son intérêt à se débarrasser de travailleurs pas si vieux mais expérimentés. Il ne s'agissait pas alors d'une avancée sociale, comme cela avait été présenté mais d’un arrangement avec les entreprises en difficulté (incluant un paquet de pré-retraités contents de lâcher chagrin) et atténuer l'ampleur du développement du chômage. Cette concession à « l’accident électoral », plus les nationalisations, aggrava la situation économique de la bourgeoisie française, et le chiffre de 3 millions de chômeurs fût rapidement atteint, faisant sourire Mme Thatcher. Mais après tout, nous les pue-la-sueur on était content d’avoir obtenu la cuillère à 60 berges sans grève générale insurrectionnelle et sans morts sur le pavé.
1991 : En avril 1991, un livre blanc sur les retraites est rendu public. Si le Premier ministre « socialiste » d’alors, Michel Rocard, écarte toute substitution de la capitalisation à la répartition, fidèle représentant des « élites inquiètes », il plaide pour un allongement de la durée de cotisation et un mode de calcul moins généreux des pensions dans « l’intérêt de tous » (la terreur était provoquée par la perspective de départ massive au « repos mérité » des générations du baby-boom). Coup de chapeau au site du CCI qui nous restaure la planification machiavélique par toutes les fractions bourgeoises : « En 1991, le premier ministre socialiste Michel Rocard publiait ce qui est considéré par les spécialistes comme "l’acte fondateur de la réforme du régime des retraites" : son fameux "livre blanc". Au nom de la lutte contre les déficits, une très large propagande fut lancée à l’époque sur la nécessité impérieuse pour la société de faire passer à 42 ans la durée de cotisation pour tous. En réalité, le but n’était pas alors d’attaquer frontalement et immédiatement l’ensemble de la classe ouvrière mais de préparer les esprits aux sacrifices à venir. Depuis lors, les gouvernements qui se succèderont, quelle que soit leur couleur, appliquent progressivement l’ensemble des mesures de ce plan Rocard en usant toujours de la même ficelle : cibler un secteur particulier de la classe ouvrière et justifier la réforme au nom de l’équité, de la solidarité et de la sauvegarde du système paritaire. Au bout du compte, année après année, paquets par paquets, ce sont tous les prolétaires qui subi(ront) les attaques sur les pensions de retraite ».(article de R.I.)
1993 : La première grande attaque de l’Etat bourgeois se base sur le livre blanc de 1991 (du camarade « socialiste » Rocard), c’est la « réforme Balladur ». Trois grandes mesures sont prises : l’allongement de la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein passe progressivement de 37,5 années à 40 années. Le salaire moyen de référence, base du calcul de la pension est calculé sur les 25 meilleures années et non plus sur les 10 meilleures. La revalorisation de la pension se fera à partir de l’évolution des prix et non plus à partir de l’évolution générale des salaires. L’attaque est subtile, seul le secteur privé trinque. Les syndicats organisent la défaite. C’est cette année-là qu’a lieu le débat entre Nicolas Sarkozy, secrétaire général du RPR, et Dominique Strauss-Kahn, ministre de l’Industrie et du Commerce, sur les acquis sociaux. Une large partie de ce face-à-face est consacré aux retraites. Sarkozy a du mal face au pontifiant professeur DSK mais, comme ils sont copains franc-mac, DSK ne le massacre pas trop. DSK peut encore jouer au malin « socialiste » contre une vilaine droite contre les « acquis sociaux » (mais ce mois-ci il a confirmé qu’il ne pouvait y avoir de différences « d’approche » entre lui et l’actuel président sur l’allongement de la durée de retraite… En cette 1993, la majorité des syndicats signent en catimini les accords avec Balladur, après avoir tous appelés à cors et à cris à la mobilisation « contre les mesures scélérates du gouvernement », tout en divisant les ouvriers par corporation au sein du privé et en laissant le secteur public au repos.
1995 : Le tour du secteur public est arrivé en 1995 et le gouvernement Juppé, droit dans ses bottes croit qu’il va pouvoir étendre à la fonction publique la réforme de 1993. Les grèves et manifestations éclatent partout. Le mouvement bien qu’ambigu et relativement tenu en mains par les syndicats, fait basculer le gouvernement. Les ouvriers du privé, qui avaient trinqués en 1993, ne se sont nullement sentis concernés par la mobilisation pour la défense des régimes spéciaux de retraites dans la fonction publique (même si les syndicats leur promettaient une marche arrière). Malgré le soutien apporté au gouvernement par le principal syndicat collabo, la CFDT, les mouvements de grève de novembre et décembre 1995 de « défense des acquis sociaux » mettent fin à la carrière politique de Juppé, et surtout poussent la bourgeoisie à toujours plus reculer les échéances du règlement de ce « problème » de la retraite. Jusqu’en 2003, l’Etat bourgeois ronge son frein et planche sur des rapports et projets successifs avant de remettre sur le métier… une nouvelle charge anti-ouvrière, en tout cas anti-fonctionnaires. L’angoisse pour la pérennité du système de retraite est régulièrement répercuté par les porte-voix journalistes. Un certain Jean-Michel Charpin, en 1999, est le préposé chargé d’annoncer la nécessité d’allonger la durée de cotisation à 42,5 ans. L’année suivante, le rapport Teulade relativise le problème de financement en se basant sur des hypothèses économiques très optimistes. Mais en 2001, le rapport Taddéi préconise la mise en place d’un système de « retraites choisies et progressives ».
1999 : Re-la gauche au gouvernement. Il faut faire avec et la gauche bourgeoise ne va pas se tirer une balle dans le pied, et donc temporise pour refiler la patate au gouvernement de droite suivant. Le gouvernement Jospin promet des mesures dès la fin de 1999, mais laisse pisser évidemment. Un fonds de réserve pour les retraites sera néanmoins créé en 2000. Son objectif : accumuler 152 milliards d’euros d’ici à 2020 par des recettes exceptionnelles (il vaut de remarquer que la démarche jospiniste n’était pas idiote en soi quand on voit en 2010 qu’il est possible de trouver des centaines de milliards pour sauver les banques mais pas un euro pour sauver les caisses de retraite). Jospin était cependant aussi complice de la longue tentative bourgeoise pour raboter la retraite, ses conseillers tablaient sur un allongement progressif de la durée de cotisation d’un trimestre chaque année pour la porter à 42,5années soulevant la polémique (cf. Le Nouvel Obs de 1999). A terme, tout le monde devrait cotiser 170 trimestres, dans le public comme dans le privé, afin de recevoir la retraite à taux plein ou à moitié.
2003 : Arrive la réforme Fillon. Ministre des Affaires sociales dans le gouvernement Raffarin Fillon est chargé de reprendre l’écheveau la réforme des retraites là où Balladur l’avait laissée. Fillon sait qu’il peut foncer 8 ans après l’échec de Juppé, en rabâchant que le public n’avait pas soutenu le privé en 1993 et en plaidant sur la gravité de la crise. Des grèves auront lieu mais bien moins importantes qu’en 1995 et avec des syndicats plus capables encore d’endiguer la protestation même si le 13 mai 2003, entre 1 et 2 millions de manifestants défilent dans la rue. Le Premier ministre, le madré Raffarin crâne : « C’est pas la rue qui gouverne ! ». La réforme Fillon, qui prévoit un allongement de la durée de cotisation et la mise en place d’un système de retraite par capitalisation, est adoptée à l’Assemblée nationale le 4 juillet 2003. Elle démantèle le régime spécial des postiers en particulier. Ce n’est qu’une étape, la réforme est encore jugée insuffisante pour assurer la pérennité du système. La CGT conteste avec Jean-Christophe LE DUIGOU, son spécialiste des retraites à la CGT face François Chérèque, chef bonze de la CFDT signataire de l’accord avec le gouvernement. Les syndicats se sont partagés la tâche pour laisser carte blanche au gouvernement grâce au bon (la CFDT), à la brute (CGT) et aux truands (les autres mafias désunies).
2004 : En août 2004, le parlement a voté une loi remettant déjà partiellement en cause le régime spécial des agents d'EDF et GDF (chacun son tour…) ; la protestation de cette catégorie reste isolée par un savant marchandage secret CGT-gouvernement : vous nous laissez tranquille au CE et on vous garantit de ne pas couper le jus sur tout le territoire !
2007 : La réforme des régimes spéciaux en vue. Le projet du nouveau président Sarkozy (qui a dit une chose et son contraire sur le sujet) n’entraîne cette fois qu’une dizaine de jours de grève des transports. Les négociations tripartites Etat-direction-syndicats sur les modalités d’application de la réforme et les compensations apportées aux salariés ont finalement été acceptées par les chefs syndicaux.
2008 : Pour appuyer à leur façon la « fermeté du gouvernement » les syndicats planifient une journée nationale interprofessionnelle d’actions et de manifestations le 22 mai 2008, soutenue à grands cris d’appel à la « grève générale » par tous les gauchistes et anarchistes. Et la JA fait prout comme d’habitude. La réforme entre tranquillement en vigueur le 1er juillet 2008 pour les agents de la SNCF et de la RATP, a avalisé l’augmentation progressive de la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein, de 37,5 ans à 40 ans en 2012, soit la même durée que celle des fonctionnaires et des salariés du privé. Le 3 octobre, le ministre du travail Xavier Bertrand confirme à l’Assemblée nationale la suppression des régimes spéciaux de retraite (mais ce n’est pas vrai pourtant…où en tout cas cela ne reste pas clair, et qui ira vérifier dans chaque grande entreprise ?). Personne n’a oublié encore que la CGT a donné son accord en 2007 pour la réforme des régimes spéciaux, et, lors des grèves le chef CGT B. Thibault se fait copieusement huer, siffler, couvrir par les pétards en rafale, une véritable bronca pendant son discours par les « Conti » (Continetla-Clairoix) avec des cris : “Thibault démission” haut et fort repris par tous les premiers rangs. Lors du 49e congrès de ce syndicat il n’en menait pas large, se défendant d’être "affecté d’un sarkozysme aigu" comme le lui reproche gentiment ses loyaux contestataires internes, mais néanmoins disciplinés. Le temps efface pourtant la mémoire des exactions syndicales puisqu’il n’y a que sur le site du CCI dans un article de l’époque qu’est rappelé la situation peu reluisante du sieur Thibault : « Ce que Bernard Thibault défend, ce n’est pas ce que les gens en bas attendent. Lors de la manifestation du 22 octobre (2007) dernier à Paris. Le 20 novembre, Bernard Thibault se fait siffler par les militants, on entendait scander « Thibault démission » (et c’est moi qui avait témoigné auprès des militants de ce groupe de ce que à quoi j’avais assisté : la fuite de la manif par un Thibault tremblant et entouré d’une escouade de policiers en civils) ; il reçut par la suite des menaces de mort à son domicile.
2009 : Il faut continuer à avancer dans la « réforme » et défendre les gardes-chiourmes. M. Joffrin patron de Libé s’en charge, comme le rappelle R.I. : “Moi, je trouve que les deux principaux leaders syndicaux Bernard Thibault et François Chérèque font preuve d’un esprit de responsabilité remarquable […] ils s’emploient constamment avec une certaine habileté à canaliser le mouvement et à le laisser sur des rails syndicaux, à éviter la politisation excessive de la contestation.” Ce grand homme de “gauche” se met alors à nous expliquer comment le gouvernement Sarkozy doit œuvrer pour renforcer la crédibilité des syndicats et donc leur contrôle sur les rangs ouvriers par “une dialectique entre les manifs […] et la politique gouvernementale qui doit s’infléchir de manière à justifier la démarche de Chérèque et Thibault.” ! « (cf. RI de mai 2009).

On peut conclure que le « problème » de la retraite est loin d’être réglé en 2010 ou solutionné pour les raisons contenues dans ce long extrait d’un article de RI, qui, même avec sa langue de bois, va à l’essentiel : « En 2008, tous les fonctionnaires devront avoir cotisé pendant 40 ans, au lieu de 37,5 ans pour pouvoir "bénéficier" d'une retraite aux conditions actuelles. D'ici à cette date, la mise en application de la mesure devrait être progressive. Les critères permettant le calcul du montant de la retraite (inclusion de primes, prise en compte des meilleures années travaillées, …) vont être revus de manière à ce que nos exploiteurs, l'Etat capitaliste en l'occurrence, puisse dépenser moins une fois que ses salariés ne seront plus productifs.
L'objectif, déjà avoué, est qu'en 2012, tous les salariés en reprendront encore pour une année supplémentaire et davantage dans les années qui suivent. Des cadeaux sont prévus pour faire avaler la pilule : ceux qui iront au-delà des 40 ans de cotisations bénéficieront d'une amélioration de leur pension, sans doute pour mieux payer leurs funérailles. En même temps, les cotisations prélevées sur les salaires vont être fortement augmentées. Pour les jeunes générations, l'obtention d'une pension de retraite "décente" va devenir un véritable parcours du combattant. L'allongement des études de plus en plus nécessaires pour intégrer un poste de travail, les difficultés pour avoir un travail plus ou moins fixe, les galères diverses par lesquelles il faut passer pour "s'installer" dans un boulot plus ou moins acceptable, les longues périodes de chômage, le travail à temps partiel qui a explosé dans les derniers temps, tout cela va rendre de plus en plus illusoire le "rêve" d'une fin de vie à l'abri du besoin. Un des principaux pans de ce qu'on appelle le "salaire social" est en train de tomber en miettes puisque la hausse des cotisations et la chute libre des pensions vont aboutir à ce qu'une grande majorité de ces dernières descendent en dessous du niveau du salaire minimum. Ainsi, il va arriver avec les retraites ce qui est arrivé dans tous les domaines de l'exploitation capitaliste : l'insécurité et la précarité s'installent. L'indécence du pouvoir capitaliste, quelle que soit la fraction de la bourgeoisie au gouvernement, de droite ou de gauche, a depuis longtemps présenté cette attaque comme "nécessaire pour sauvegarder le système de retraites" et "éviter un lourd fardeau pour les générations futures". En réalité, ces mesures n'ont d'autre cause que l'aggravation de la crise du système capitaliste qui oblige la bourgeoisie à porter des coups de plus en plus tranchants contre le "salaire social". ».

Le feuilleton syndical va continuer dans les mois à venir, mais la mobilisation n’a pas été terrible aujourd’hui, quoique le sujet reste « sensible » et « explosif ». On notera l’étrange commentaire de Libération « Le gouvernement échappe à une mobilisation massive » : « PARIS (AFP) - Le gouvernement a échappé à une mobilisation massive pour les premières manifestations sur les retraites jeudi, les syndicats annonçant tout de même un million de personnes dans la rue deux jours après la fin annoncée de la retraite à 60 ans. Les organisateurs (CGT, CFDT, CFTC, FSU, Unsa et Solidaires) ont atteint l'objectif de "faire mieux" que lors de la dernière mobilisation du 23 mars (800.000 manifestants selon la CGT, 380.000 selon la police, qui en a compté cette fois-ci 395.000). Mais ils n'ont pas franchi de palier et on reste loin des défilés de l'hiver 2009 (2,5 à 3 millions de manifestants selon la CGT) » ; et curieusement ferme la page des commentaires. Réussite gouvernementalo-syndical cette manif n’a pas vu ni les ouvriers du privé ni la masse des cheminots.
Les syndicats vont planifier d’autres carnavals de rue à l’automne et rien ne reste clair. Ainsi il paraît que le régime des cheminots reste intact…On nous cache tout on nous dit rien. Pierre, Paul et Jacques ont ainsi des régimes différents. Jean qui rit ne va pas consoler Pierrot qui pleure. Encore bravo au gouvernement et aux syndicats ! Ils pourront continuer à négocier ce qu’ils veulent entre eux, à notre place.
Mais voilà, aujourd’hui, sous la pluie, je voulais fixer pour notre mémoire prolétarienne, les étapes précédentes de cette histoire un peu folle de la retraite aux flambeaux. Finalement, mais pas encore en lambeaux.

PS: UNE ELLIPSE GOUVERNEMENTALE
Etrange négociation dont on ne sait pas vraiment de quoi il retourne, et qui explique que la mobilisation n’ait pas été plus massive. Pourtant tout s’éclaire le lendemain, les secteurs des transports qui peuvent paralyser tout le pays sont relativement épargnés, je dis bien relativement, et provisoirement. EDF relooké ERDF, RATP et SNCF ne sont pas concernés par le recul annoncé au-delà de 60 ans (les craintives « pistes de réforme du ministre Woerth) ; ce dernier nous a fourni une image résumant l’art de l’ellipse gouvernementale : «Nous respecterons à la lettre les engagements qui ont été pris en 2007. La peinture est à peine fraîche, les régimes spéciaux ont été réformés et considérablement réformés», a indiqué Eric Woerth mercredi dernier sur LCI. Il n’en reste pas moins que déjà en 2003 puis en 2007 les dits régimes spéciaux après pris dans la gueule une rallonge, passant en 2003 de 37,5 à 40 années de cotisation, déjà en 2003 (et pas d’ici 2012 comme le prétendent les journalistes) puis de 41 annuités d’ici 2012 (pas 2016 comme le disent les journalistes). Autre mensonge quotidien, le gouvernement ne ménage pas les syndicats, il travaille main dans la main avec. Le nouvel aménagement progressif du gouvernement sur la base d’un départ à 61 ou 62 ans pourra passer au parlement tranquille pendant les vacances des ouvriers, lesquels n’auront plus qu’à attendre le droit de voter pour un PS qui ne veut pas se précipiter à revenir au pouvoir en 2012 et disposera enfin du programme électoral adéquat : retour aux 60 ans ! Ce qui sera, comme les élections bien entendu, du domaine de l’utopie.

PS:

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